2 novembre 1942 :  l’opération « Supercharge »

2 novembre :  l’opération « Supercharge »

 

La dernière offensive des Australiens a trompé Rommel sur les intentions de Monty. Le « Renard du désert » est persuadé que la 8th Army va tenter sa principale percée le long de la route côtière. Montgomery a au contraire le projet de frapper plus au sud, dans le secteur de « Woodcock » et de « Snipe ». Le secteur est en effet défendu par des troupes italiennes. Monty convoque ses principaux subordonnés pour leur expliquer avec détails la manœuvre attendue. La discussion est très précise et de nombreuses modifications sont adoptées. La manière de commander de Montgomery et les qualités de de Guingand au poste de chef d’état-major sont brillamment illustrées par cette conférence. Lors de la première bataille d’El Alamein, personne, à part Auchinleck et Dorman-Smith, n’était en mesure de saisir la totalité des buts et objectifs d’une opération. La 8th Army se prépare à cette poussée finale, qui doit réaliser enfin une percée et aboutir à la victoire dès le 27 octobre. Le 30th Corps reçoit en effet l’ordre de retirer du front la 2nd New-Zealand Division,y compris la 9th Armoured Brigade, et rejoindre la 10th Armoured Division, déjà mise en réserve. La 7th Armoured Division reçoit également pour consigne de se préparer à rejoindre cette réserve qui se constitue dans le secteur nord du front.

Le plan de l’opération « Supercharge » offre quelques similitudes avec celui de « Lightfoot ».Sous le couvert des formations aériennes et avec le soutien d’une nouvelle préparation d’artillerie, les unités d’infanterie partiront les premières à l’attaque pour ouvrir le chemin aux blindés. L’objectif est distant de quatre kilomètres. Une différence de taille avec l’assaut du 23 octobre réside dans le fait essentiel que les champs de mines sont peu profonds, moins denses et non continus. L’attaque initiale de l’infanterie sera le fait de la 2nd New-Zealand Division, renforcée par l’appoint de la 151st Brigade de la 50th Division et de la 152nd Brigade de la 51th Division, toutes deux soutenues par un bataillon blindé de 38 Valentines, soit un appuis de 76 chars. Précédée d’un tir de barrage roulant de l’artillerie, la9th Armoured Brigade suivra de près l’avance des formations d’infanterie et devra exploiter immédiatement sans perdre le moindre temps. La percée de cette brigade blindée, commandée par le brigadier Briggs, devra se poursuivre deux kilomètres au-delà de l’objectif assigné à l’infanterie, jusqu’à la piste de Rahman. Il s’agit d’une véritable mission de sacrifice pour laquelle Monty dit à Briggs qu’il est prêt à assumer 100% de pertes ! Toutefois, les équipages de chars de l’unité ne sont pas mis au courant de leur mission de sacrifice afin de ne pas les démoraliser. L’initiative et l’allant de l’attaque ne doivent en aucun cas être perdu, de sorte que la 1st Armoured Division interviendra aussitôt, prête à repousser l’Afrika Korps. Des attaques simultanées seront également lancées sur d’autres secteurs du front, les unités guettant la moindre opportunité d’exploiter une éventuelle brèche. Ayant atteint la piste de Rahman, la 8th Army pourra envelopper les unités allemandes et les acculer à la mer avant de les détruire.

En fin de journée du 1er novembre, la Royal Navy se livre à un simulacre de débarquement pour abuser l’ennemi. La Desert Air Force et l’USAAF commencent pour leur part une suite ininterrompue de 7 heures de bombardement et de matraquage systématique des positions germano-italiennes. 184 tonnes de bombes tombent sur les forces de l’Axe, coupant toutes les communications téléphoniques du QG de l’Afrika Korps. L’opération « Supercharge » est lancée à 1h05 dans la nuit du 2 novembre. Un terrible barrage d’artillerie jette un ouragan de feu devant la 2nd New-Zealand Division qui part une nouvelle fois à l’attaque. 150 000 obus s’abattent sur les positions germano-italiennes en un déluge ininterrompu de feu et d’acier de 4 heures 30. Les 151st et 152nd Brigades et leurs chars Valentines de soutien se ruent courageusement sur les lignes adverses, pendant que la couverture des flancs est assurée au nord par la 133rd Lorried Brigade et au sud par le28th Maori Battalion. L’attaque débute de façon fort satisfaisante puisque la 2nd New-Zealand Division parvient à conquérir ses objectifs après avoir enfoncé les lignes ennemies sur 4 kilomètres de profondeur sans avoir subi de pertes excessives. Les Allemands de la 90.Leichte Division et les Italiens de la Trieste ont pourtant luttés avec détermination, souvent jusqu’à la mort. Profitant sans tarder de la percée effectuée, deux régiments d’automitrailleuses tentent de s’engouffrer dans la brèche. La ruée des véhicules du 1st Royal Dragoons s’avère particulièrement réussie puisque l’unité va causer de sérieux dégâts sur les échelons arrières de la Panzerarmee Afrika.

            Comme prévu, suivant de près l’infanterie, la 9th Armoured Brigade se porte à son tour à l’attaque à 6h15. En raison de nombreux problèmes mécaniques, seuls 94 chars sur 133 parviennent sur la ligne de départ. Précédés d’un barrage d’artillerie, les chars de Briggs chargent courageusement les défenses antichars germano-italiennes en position sur la piste de Rahman. Bien que Rommel s’attend à une offensive sur la côte, il n’a pas pour autant négligé les défenses plus au sud, en particulier dans le secteur de Tell el Aqaqir où de nombreuses pièces antichars sont enterrées le long de la piste de Rahman avec au moins 24 pièces de 88 mm dans des positions défensives plus en arrière. Le ciel commence à s’éclaircir à l’est, de sorte que les silhouettes des chars se découpent sur l’horizon. Le feu nourri des canons antichars parvient presque à stopper la brigade blindée mais celle-ci parvient à atteindre son objectif, au prix exorbitant de 70 chars détruits sur 94 ! Sur 400 hommes d’équipages, plus de 200 sont perdus. Les antichars germano-italiens ont retenu leur tir jusqu’au dernier moment, puis le combat se transforme en une multitude de duels. Les pertes de l’infanterie d’accompagnement sont également sensibles car le nombre de camions détruits est terrifiant. La voie est donc ouverte pour les autres unités blindées. A ce moment précis, la 1st Armoured Division est introduite dans la bataille mais sa 2nd Armoured Brigade se heurte aux Panzer et aux antichars de l’Afrika Korps au nord de Tell el Aqaqir. Rommel a décidé de contre-attaquer et ses Panzer manoeuvrent sous le couvert des 88 mm. Ce n’est pas du tout ce que voulait Monty. Les pertes sont lourdes dans les deux camps. Un autre secteur de Tell el Aqaqir est alors attaqué à son tour, cette fois-ci par la 8th Armoured Brigade. Les blindés britanniques sont une nouvelle fois stoppés dans leur élan mais ils parviennent à infliger des pertes substantielles à Rommel. Ce dernier lance tout ce qu’il possède dans la bataille mais ses concentrations sont soumises à 7 raids de 18 bombardiers. La bataille autour de Tell el Aqaqir et sur la piste de Rahman, appelée piste du Télégraphe par les Allemands, atteint donc une intensité inégalée. Sur les autres parties du front, les lignes germano-italiennes, durement pressées depuis 10 jours de combat, commencent à donner des signes de craquement. En fin de journée, Rommel fait le point. Il ne lui reste que 35 Panzer en état et à peine plus de chars italiens. Le ravitaillement est en outre plus déficient que jamais, d’autant que les mouvements des unités brûlent un carburant précieux. Du côté britannique, les pertes sont très lourdes, dépassant les 150 chars. Mais plus de 300 chars sont encore opérationnels au sein des quatre brigades blindées britanniques. Montgomery peut donc attaquer à presque 10 contre un, sans compter 300 autres blindés pouvant intervenir à plus ou moins brève échéance en cas de nécessité. La seule division blindée encore intacte dont dispose Rommel, l’Ariete, n’est pas encore sur place avec sa centaine de chars. La ligne germano-italienne n’a cependant pas cédée et aucune percée n’a été réalisée l’opération « Supercharge » est donc un échec à cet égard

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