Raiders du désert (III)

Indian Long Range Squadron (ILRS)

En 1941, le haut-commandement britannique, à l’instigation notamment d’Ord Wingate, discute de la multiplication d’unités de raiders à l’image du LRDG afin d’opérer en Afrique, mais aussi en Syrie. La mise en place et l’entraînement de ces nouvelles unités doit être supervisée par Ralph Bagnold. En fait, en raison du manque d’hommes et d’équipement, mais aussi car le sentiment d’alors est que les Allemands seront bientôt chassés d’Afrique. Finalement, on ne crée que le seul ILRS. L’ILRS, comprenant quatre patrouilles, est mis sur pied dans l’optique de mener des opérations similaires au LRDG mais en Iran et en Irak, au cas où la Wehrmacht y parviendrait. L’idée de créer l’ILRS vient d’un certain Captain McCoy, de la 9th Army, qui en prendra le commandement. Le personnel de l’ILRS provient de la 3rd Indian Motor Brigade, composante de la 31st Indian Armoured Division. Les hommes sont en majorité des Indiens. A la date de sa création, l’ILRS compte 7 officiers britanniques, 9 sous-officiers et soldats britanniques et 85 Indiens, dont 3 officiers. Abandonnant ses véhicules de reconnaissance, les raiders, à l’instar de leurs camarades du LRDG, sont dotés de Chevrolet et de jeeps, au nombre de 35. Après avoir mené des patrouilles au Moyen-Orient, l’unité est envoyée en Egypte. L’ILRS, bien que formé par le LRDG et ayant accomplit des missions de concert avec celui-ci, n’est pas une composante du LRDG. Alors que son unité est encore en Syrie, un soldat de l’ILRS participe à une opération de la patrouille Y2 du Captain Lloyd-Owen lancée depuis Siwa vers la Tripolitaine centrale le 24 décembre 1941. C’est le 11 mai 1942 que les deux premières patrouilles de l’ILRS arrivent de Syrie. La 1st Indian Patrol est composée de Jats, la 2nd de Musulmans. Elles sont commandées par le Captain Rand et le Lieutenant Nangle. Pour s’acclimater, elles effectuent un petit trajet entre Siwa et le Trigh el Abd. Les 3rd Indian Patrol (Rajputs) et 4th Indian Patrol (Sikhs) entrent en lice plus tard, en octobre 1942.

Le 30 mai 1942, la 1st Indian Patrol quitte Siwa dans l’intention de déposer le Lieutenant Losco et des soldats de l’ISLD dans le Djebel Akhdar et de ramener le Captain Melot du G(R). Avec l’approbation de ce dernier, la voie ferrée Barce-Benghasi sera minée. La patrouille ne parvient pas à trouver Melot au lieu de rendez-vous mais sa position est indiquée par deux de ses Arabes. Le 7 juin, la voie ferrée est minée avec de la gélignite. Le 9, la patrouille est à Siwa, après avoir été pris en chasse par cinq véhicules qu’elle est parvenue à semer.

Du 11 au 18 juin 1942, la 2nd Indian Patrol (lieutenant Nangle) est en position d’embuscade entre Jalo et Jrabub mais aucun convoi ne se présente.

Le 30 octobre 1942, la 3rd Indian Patrol du capitaine Rand quitte Koufra avec pour mission de ramener le Major Chapman et un petit groupe du service de renseignements. Le rendez-vous est fixé à Regima, à proximité de l’escarpement de Benghasi. Les conducteurs indiens sont toutefois encore inexpérimentés et le temps perdu dans la Grande Mer de Sable contraint Rand à renoncer. Toutefois, le 11 novembre lors du voyage de retour, au nord de la Grande Mer de Sable, la patrouille est attirée par un bruit de véhicules et découvre une procession ininterrompue de véhicules sur la piste qui relie les oasis de Jalo et de Jarabub. Le 13, mission lui est confiée de partir en reconnaissance à Jarabub et Siwa. Il est alors avéré que l’ennemi a abandonné les deux oasis. Pendant ce temps, la 2nd Indian Patrol, commandée par la Captain Birdwood, part chercher Chapman et ramène deux prisonniers évadés.

Le 1er décembre, la 4th Indian patrol du Lieutenant Nagle accompagne la patrouille Y1 dans un raid contre un érodrome à Hon. La pluie et le terrain, très mauvais pour les véhicules, empêchent les deux patrouilles d’atteindre leur objectif. Ce même 1er décembre, la 1st Indian Patrol du Captain Cantlay (5 Britanniques, 11 Indiens et 5 véhicules) quitte à son tour Koufra. Mission : assurer la surveillance de la route entre El Agheila et Sirte. Toutefois, le 6 décembre, les ordres sont changés en raison des pertes essuyées par la patrouille G1. Il s’agit maintenant d’aller lui prêter main forte. En raison du mauvais temps, Cantlay éprouve des difficultés à localiser le campement de la patrouille G1 mais la jonction est finalement établie. Alors que les eux patrouilles se mettent en route vers Koufra, elles sont réorientées vers Zella, où elles parviennent le 20 décembre. Les Indiens procèdent ensuite à la destruction d’un champ de mines sur la piste de Marada.

Le 24 décembre, la 4th Indian Patrol, alors basée à Zella, reçoit pour mission de repartir vers Hon, mais aussi Uaddan, afin d’établir si l’ennemi a abandonné les deux localités et, dans le cas contraire d’évaluer sa force et ses intentions. Le 25, en début de matinée, on ouvre le feu sur la patrouille. Celle-ci se met en ligne et commence à manoeuvrer mais s’enlise dans le sable mou. Tandis que la moitié des Indiens attaque à pied, le reste des hommes se démènent pour dégager les véhicules. L’ennemi saisit alors l’occasion pour se replier à bord de ses quatre camions. Le lendemain, deux Arabes qui accompagnent la patrouille doivent s’infiltrer à Uaddan mais, démoralisés par le combat de la veille, ils refusent. Finalement, le 2 janvier, la patrouille constate l’abandon de Uaddan, puis de Hon.

Une semaine après la 4th, la 2nd Indian Patrol (captain Birdwood) quitte à son tour Zella avec pour mission de s’attaquer à tout véhicule ennemi sur la route Brach-Mizda-Tripoli. Brach est alors entre les mains des FFL de Leclerc, lequel a été rejoint à Esc-Sciuref par la 1st Indian Patrol qui accompagne ensuite les Français jusqu’à Nalut, atteint le 21 février. Le 4 janvier, Birdwood est prêt à passer à l’action. Le 6, un convoi de 30 camions escorté par deux blindés est repéré. Les raiders laissent passer 15 camions puis se mettent en route, en ligne, et remontent la colonne adverse après avoir ouvert le e feu à une distance de 300 mètres. De nombreux fantassins sautent alors des camions et répliquent aux tirs des Indiens. la patrouille est alors contrainte au repli mais reste dans le secteur encore cinq jours. Le 8, elle reçoit l’ordre de déminer la route où elle vient de poser ses mines car les Français sont annoncés. Le 11 janvier, une petite colonne formée de deux autos-blindées, l’une d’entre-elles arborant un drapeau français, et six camions remplis de soldats, apparaissent, faisant mouvement vers le nord. La patrouille de l’ILRS se trouve alors en excellente position d’embuscade. Son signal de reconnaissance ne reçoit pas de réponse. La colonne continue à avancer avant de stopper tandis que la patrouille se replie sans être vue. Les automitrailleuses ouvrent alors le feu sur la colline où étaient les Indiens qui répliquent à bord de leurs cinq camions. Une course poursuite s’engage ensuite sur environ 9 kilomètre. Birdwood apprendra ensuite que les Français qui devaient emprunter la route ont en fait pris un autre chemin et que sa patrouille a donc dû affronter des Italiens.

Le 21 janvier 1943, la 3rd Indian Patrol (Captain Rand) quitte Hon pour une mission de repérage topographique dans le sud tunisien. Elle doit trouver un passage à l’est du Grand Erg Oriental. Le 22 janvier, elle se trouve avec la patrouille R1 à Esc Sciuref puis campe dans le secteur d’Allagh dans la nuit du 24 au 25. La patrouille se heurte ensuite à une ceinture de dunes qui, bien qu’aisément franchie par les jeeps, cause des difficultés aux Chevrolets 30-cwt. Rand fait le plein de carburant au « Wilder’sDump ». Les jours suivants, la patrouille se rapproche de l’Erg, mais le terrain est mauvais. Rand, ayant établi une base, est parti avec une jeep et deux Chevrolet quand il reçoit alors l’ordre de partir à la recherche de la patrouille T2 dont on est alors sans nouvelles depuis le 27 janvier, date à laquelle celle-ci a subi une attaque aérienne. Rand parvient à localiser les épaves des véhicules de la patrouille T2 sur lesquels il trouve deux notes, l’une d’elles mettant en garde contre les espions arabes. Rand rentre alors à sa base le 5 février où il retrouve les 2nd puis 4th Indian Patrols. A Tripoli, Rand fait son rapport au général Freyberg et lui annonce que, bien que n’ayant pu patrouiller au nord de la zone, il peut, pour la partie qu’il a parcourue, recommander un passage contournant la ligne Mareth. Les 2nd et 4th Indian Patrols effectuent également des reconnaissances topographiques, notamment dans le Djebel Tebaga. Les deux patrouilles ont dû chacune abandonner un camion pour ennuis mécaniques. La reconnaissance du secteur est alors menée par une patrouille composite formée de 4 jeeps et de 4 Chevrolets. Deux bases dotées chacune de deux Chevrolet sont établies afin de se prémunir d’un désastre comme celui qui vient de survenir dans le même secteur à la patrouille T2 qui y a perdu tous ses engins sous les coups d’une attaque aérienne. La mission est terminée le 10 février. Si elle rapporte que le Djebel Tebaga est infranchissable, elle permet d’établir en revanche qu’un passage existe au sud.

Début mars, l’ILRS est déplacé de Hon vers la frontière tunisienne où il mène notamment des patrouilles de sécurité pour des aérodromes ou des reconnaissances pour établir des routes. Le 3 avril 1943, il rentre en Egypte. Le bilan est mitigé. Certes, l’ILRS est engagé tardivement et les missions sont en général remplies, mais les patrouilles participent peu aux missions d’observation de la route ni aux attaques d’aérodromes, parmi les plus réussies au LRDG. En revanche, sa contribution dans le cadre des reconnaissances topographique est indéniable, notamment à l’ouest de la ligne Mareth, vers Tebaga.

Christophe Prime, « La bataille du Cotentin . 6 juin-15 août 1944. L’enfer des haies »,

Christophe Prime, « La bataille du Cotentin . 6 juin-15 août 1944. L’enfer des haies », Tallandier, 2015, 301 pages

  Le Cotentin, avec Cherbourg, constitue un objectif majeur pour les Alliés afin de s’assurer du succès d’ « Overlord ». Féru de bataille de Normandie, j’ai lu des dizaines d’ouvrages sur le sujet et j’ai passé un agréable moment de lecture, et c’est l’une des façons pour moi de mesurer l’intérêt d’un ouvrage qui porte sur un thème pour lequel je ne suis pas un néophyte. Comme d’accoutumée, Christophe Prime écrit bien et sait donner suffisamment de détails sur les opérations tout en mettant le lecteur aussi bien au niveau du combattant que du général, ce qui est, à mes yeux, indispensable pour qu’un livre soit intéressant : la guerre ne doit pas rester un récit froid et désincarné. Le « morceau de choix » est la narration, très réussie et documentée, de la bataille pour Cherbourg, avec des détails intéressants. On regrette même qu’elle n’ait pas été le sujet unique de l’ouvrage (j’espère que c’est un projet de l’auteur)… Les conditions de la guerre des haies et les tactiques induites sont abordées à deux reprises mais sans redondance car ils présentent des éléments complémentaires. Toute la campagne (le 6 juin –puisque la bataille du Cotentin débute dès le premier jour, Le Mont Castre, Saint-Lô…), jusqu’au-delà de la percée d’Avranches est donc bien résumée sans jamais tomber dans l’allusif ou le succinct. Il s’agit bien des opérations menées dans la Cotentin, non de celles de l’intégralité de la 1st US Army, qui mène des actions également plus à l’est. Un seul bémol (s’il faut en faire un) : un lien, même succint, avec les opérations menées autour de Caen n’est peut-être pas assez relevé. Il reste qu’il est difficile de définir « Cotentin » ou encore « bataille du Cotentin » et que l’auteur a dû faire des choix qui, in fine, se sont avérés pertinents. Une lecture hautement recommandée.

Raiders du désert (II)

Raid du A Battalion sur Bardia

Soldats réputés avoir rejoint les Middle East Commandos

Le 14 avril 1941, le QG de la Western Desert Force exprime son souhait de lancer un raid sur Bardia et sur la route côtière dans le golfe de Bomba. La mission est confiée à la Layforce en coopération avec la marine. Laycock décide d’engager ses bataillons A, B et C, le B Battalion étant engagé sur Bomba (4 troops rassemblant 150 hommes), les deux autres sur Bardia. La rapidité étant jugée essentielle pour des questions de sécurité, les commandos embarquent dès le 15 avril en soirée! Le B Battalion embarque sur le HMS Decoy tandis que les deux autres bataillons et le QG de la brigade embarque sur les HMS Glengyle et Lenearn. Toutefois, devant des conditions météorologiques trop défavorables, le raid est annulé et les navires retournent à la rade d’Alexandrie.

Laycok apprend toutefois que le commandement en chef au Moyen-Orient désire que le raid prévu soit lancé le plus rapidement possible. La mission est simple : harceler les lignes de communications de l’ennemi et lui infliger le plus de dommages possibles. Le 19 avril dans la nuit, le seul A Battalion du lieutenant-colonel Colvin et le QG de brigade ainsi que 20 hommes du Royal Tank Regiment (au cas où des engins blindés ennemis seraient capturés) prennent la mer à bord du HMS Glengyle, qui sera escorté par le croiseur antiaérien Coventry et quatre destroyers. Le A Battalion est divisé en 7 détachements devant débarquer sur quatre plages baptisées a, B, C et D. Les quatre premiers détachements, soit 200 hommes, débarqueront sur la plage A, le détachement 5, 70 hommes, sur la plage B, le détachement 6, 70 hommes, sur la plage C et le détachement 7, 35 hommes, sur la plage D. Les commandos doivent embarquer à bord des ALC à partir de 22h15, ces mêmes péniches devant les réembarquer sur les plages à partir de 2h30 le 20 avril. Le sous-marin MMS Triumph arrive sur les lieux en premier pour s’assurer de la faisabilité de l’opération et pour aider au guidage du Glengyle sur l’objectif. A l’arrivée de celui-ci, les péniches MLC et ALC sont mises à flot, non sans difficulté. Un ALanding CraftC destiné à la plage B reste ainsi coincé sur le Glengyle mais le retard pris par les embarcations est rattrapé lors de l’avance vers les plages, sauf sur la palge D où, de surcroit, les raiders doivent débarquer avec de l’eau jusqu’aux aisselles/waist. Le second ALC devant se diriger vers la plage B aborde cependant par erreur la plage A, de sorte qu’aucun commando n’arrive sur la plage B. L’attaque prévue sur Bardia par le nord est donc impossible.

Les opérations depuis la plage A se déroulent sans souci majeur. un détachement sur quatre est laissé sur la plage pour assurer la couverture lors du réembarquement. Un détachement doit s’établir en embuscade sur la route et détruire tout véhicule qui se présenterait mais il revient à la plage bredouille. Un troisième détachement doit attaquer Bardia par le sud mais, arrivé trop tard dans la ville, il doit faire demi-tour pour réembarquer sans avoir accompli quoi que ce soit. Le dernier détachement doit détruire un campement ennemi baptisé « Square camp ». Ce dernier, inoccupé, ne contient que des roues/pneus qui sont promptement détruits. Une partie des commandos perd son chemin et se dirige alors vers la plage B. Or, on l’a vu, aucune embarcation n’y est parvenue. 20 hommes sont finalement recueillis par un ALC de la plage C, les Italiens prétendant avoir capturés les autres.

Sur la plage C débarque d’abord un seul des deux ALC du détachement 6. Il faut donc modifier le plan en conséquence. Un groupe est envoyé détruire une station de pompage, mais il y parvient trop tard en raison de difficultés de repérage. Le second groupe, renforcé par des hommes du second ALC finalement arrivé à destination, tente de creuser un trou à l’explosif sur la route sur l’escarpement mais, en raison de la solidité de la roche, l’explosion ne parvient à réaliser qu’un petit cratère. la dernière mission est la destruction d’un pont, qui est menée à bien, quoique, après explosion, celui-ci soit encore utilisable par des hommes à pied. Les commandos y mettent donc le feu et s’éloignent avant d’avoir pu évaluer les résultats.

Enfin, sur la plage D, le détachement n°7 qui doit s’attaquer à toute défense côtière ou position antiaérienne ne parvient à localiser que quatre pièces navales de 5.9 inch qui ne semblent pas avoir été en service depuis la prise de Bardia par les Australiens en janvier 1941. Les mécanismes de tirs sont rendus inopérants et les culasses sont détruites.

Le réembarquement cause certains soucis : une ALC, échouée/stranded, doit être détruite, une autre ne parvient pas à localiser le Glenghyle et se dirige donc sur Tobrouk et le moteur casse sur un autre engin. Dans son rapport, Laycock insiste sur le fait que les délais entre l’arrivée sur le lieu du mouillage et l’arrivée sur l’objectif doivent être impérativement réduits. Une meilleure connaissance du terrain et une utilisation efficace des photographies aériennes sont également indispensables. Laycock pointe également du doigt les différences entre un raid en Europe et en Afrique. Pour lui, s’il est impératif de sacrifier la vitesse pour le silence dans une ville française, cela est moins important dans le désert. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire d’adopter une formation serrée dans la crainte de perdre contact car les nuits en Orient, dans une atmosphère claire, permettent de voir à 40 ou 80 mètres, contrairement à la nuit noire qui a court en Europe. Des péniches de réserves doivent également être prévues pour pallier aux inévitables pertes ou accidents et également pour récupérer les troupes isolées. Il importe aussi de laisser des hommes à intervalles réguliers lors de la progression vers l’intérieur afin de gagner du temps lors du retour sur les plages. Le résultat de ce raid est d’alarmer quelque peu les forces de l’Axe. Ainsi, une unité allemande quitte Solloum, qui sera ainsi moins défendu lors des opérations Brevity et Battleaxe, pour Bardia et la mise en place de défense dans le port de celle-ci.

 

Le B Battalion à Tobrouk

Alors que commence le siège de Tobrouk en avril 1941, le B Battalion « Layforce » du lieutenant-colonel Dermot Daly reçoit l’ordre de rejoindre la place forte assiégée. Une avant-garde sous la direction du Lieutenant Aston y est donc dépêchée pour trois semaines tandis que le reste de l’unité s’installe à Mersa Matrouh. 200 hommes embarquent en outre à bord de la canonnière Alphis pour tenter un raid sur l’aérodrome de Gazala. Le navire, attaqué par un fort parti de Stuka, doit pourtant faire demi-tour, quoique les pertes fussent légères (2 blessés). En mai, un détachement de 100 hommes commandé par Lord Sudeley est envoyé sur les arrières ennemis à une trentaine de kilomètres à l’est de Tobrouk au cours de l’opération Battleaxe qui vise précisément à lever le siège de Tobrouk. La mission est pourtant annulée et le détachement quitte la ville assiégée pour Alexandrie.

Fin juin, une nouvelle avant-garde du B Battalion est débarqué à Tobrouk, en l’occurrence 64 hommes commandés par le Major Kealy. Dès son arrivée à destination, l’unité apprend à nouveau l’annulation des ordres la concernant. Le général australien Morshead, qui commande la garnison de Tobrouk, refuse de s’en séparer. Le détachement de Kealy passe ainsi ses premières semaines sur le front de Tobrouk à patrouiller avec le 18th Cavalry IA. Dans la nuit du 17 au 18 juillet 1941, il participe à un raid mené sur une position fortifiée italienne établie sur une éminence baptisée « Twin Pimples ». Celle-ci, surplombant les tranchées indiennes à proximité, est en effet une gêne. Le plan consiste en une feinte des Indiens pour attirer l’attention de l’ennemi pendant que 43 commandos et moins d’une dizaine de sapeurs australiens pour opérer le plus de destructions possibles. La moitié des hommes est armée de mitraillettes Thompson, un tiers une couverture pour transporter les blessés et tous emportent plusieurs grenades. Ayant bien reconnu le terrain, par une nuit noire, les commandos se faufilent à travers les premières lignes avant de contourner la position de « Twin Pimples ». Deux minutes après le début de la diversion des Indiens, une sentinelle repère les commandos et les combats commencent. La position italienne comprend des sanghars (trou peu profond entouré d’un parapet de pierre), des tranchées et des abris. Le combat ne dure que quelques minutes. Les Italiens se cachent dans les abris puis se ruent dehors après avoir été grenadés à nouveau mais aucun ne se rend, de sorte qu’ils sont presque tous massacrés à la grenade et à la baïonnette. Lorsque l’ennemi se met à frapper copieusement « Twin Pimples », les commandos sont déjà sur la voie du retour, mais encore à moins d’une centaine de mètres, d’où cinq hommes blessés dont un mourra de ses blessures. Deux autres raids, qui se solderont par des échecs, sont encore menés par le détachement avant qu’il ne réembarque pour Alexandrie dans la nuit du 31 août au 1er septembre. Le B Battalion est alors dissout, certains hommes rejoignant le L detachment SAS de David Stirling.

 

Raiders du désert (I)

RAIDERS DANS LE DESERT : LRDG, SAS, ILRS, COMMANDOS ET AUTRES FORCES SPECIALES

Les opérations menées par le LRDG et le SAS dans le désert sont bien connues. Cette série de 9 articles s’intéresse plutôt à des unités moins connues comme l’Indian Long Range Squadron, les Middle East Commandos et autres forces spéciales. La question des difficultés rencontrées par le LRDG est également abordée.

Middle East Commando

Parmi les unités rompues aux raids sur les arrières d’un ennemi, on pense en premier lieu aux commandos, dont les unités sont mises sur pied au Royaume-Uni dès l’été 1940 alors que le BEF s’échappe in extremis des plages de Dunkerque. En 1941, des commandos sont effectivement envoyés au Moyen-Orient. Plusieurs raisons militent en faveur de cette décision. On peu espérer en effet y trouver un intérêt stratégique et tactique, aussi bien en menant des raids au cours des périodes de calme relatif sur le front, que dans le cadre d’offensive d’envergure, possibilité alors inenvisageable en Europe. Les objectifs en Méditerranée sont de surcroît moins défendus et les raids seront plus des opérations sur le flanc ennemi, ses lignes de communications, plutôt que des attaques frontales comme en Europe.

Les N°7, 8 et 11 British Commandos sont ainsi envoyés au Moyen-Orient où ils arrivent en mars 1941. Ils seront ensuite respectivement renommés A, B et C Battalions « Layforce », la Layforce, sous le commandement du lieutenant-colonel Laycock, rassemblant tous ces commandos au sein d’une même unité. S’y ajoutent les N°50 et 52 Middle East Commandos, levés sur ce théâtre des opérations avec un certain nombre de Palestiniens et des volontaires de la Légion Etrangère Espagnole. Ces deux unités sont amalgamées en un D Battalion au sein de la Layforce. Les interventions des A et D Battalions en Crète en mai 1941 et du C Battalion en Syrie en juin 1941 se soldent par de lourdes pertes, respectivement 800 hommes sur les 1 200 engagés et 131 sur 380.

En juin 1941, à son retour de Crète, où les pertes ont été sévères, Laycock apprend que Londres envisage de dissoudre la Layforce. Les effectifs manquent dans les unités ordinaires, de sorte qu’il est impossible de trouver assez d’hommes pour reconstituer toutes les unités de commandos. Fin décembre, le général Wavell autorise la création du Middle East Commando sous les ordres du lieutenant-colonel Graham. Cet ensemble est formé à partir du G(R) Depot, en charge notamment du renseignement derrière les lignes ennemies, des restes de la Layforce et du N°51 Middle East Commando hormis le L Detachment SAS ainsi que le Special Boat Section. Le Middle East Commando, renommé 1st S.S. Regiment (1st Special Service Regiment) est sous les ordres du G(R). Sa composition rappelle la Layforce et consiste en trois bataillons britanniques (A, B et C) plus un D Battalion (voir ci-dessus) qui est composé d’Espagnols, d’Arabes palestiniens, égyptiens et syriens ainsi que de Juifs. Le 1st S.S. Regiment, basé essentiellement en Syrie ne participe guère aux opérations en Afrique mis à part quelques interventions aux cotés du LRDG et la participation à l’opération Agreement sur Tobrouk sous le commandement du lieutenant-colonel Haselden. En octobre 1942, le 1st S.S. Regiment est dissous et une grande partie de ses effectifs rejoint le SAS.

Les unités du Middle East Commando sont engagées en Libye dès le mois de mars 1941. Si le raid mené en novembre 1941 par le C Battalion de la « Layforce » sur le QG supposé de Rommel à Beda Littoria et l’attaque sur Tobrouk par le SAS et différents commandos le 14 septembre 1942 (opération Agreement) sont célèbres (nous n’en parlerons donc pas), d’autres opérations lancées par les commandos sont moins connues.

En mars 1941, avec l’aide d’Arabes locaux, la patrouille T1 du LRDG récupère ainsi un groupe de commandos commandés par le Captain Chapman près de Sidi Musa. Le 23 mars, ils sont de retour à Siwa. Le 31 mars, la patrouille Y2 du Captain Hunter emmène un groupe de 16 commandos jusqu’aux environs de Slonta et assure le relevé topographique du secteur du Wadi Mra avant de les récupérer. Les commandos ne réalisent cependant rien de significatif et sont ramenés à Siwa le 13 avril. Le même mois, la patrouille R2 dépose 15 commandos sous le commandement de du Major Glennie à proximité de Ghedir Bu Ascher, une dizaine de kilomètres au nord de Baltet el Zelagh. Les commandos sont récupérés par le LRDG le 13 avril et arrivent à Siwa deux jours plus tard.

Le 23 avril 1942, le LRDG prend le contrôle de toutes les opérations réalisées derrière les lignes ennemies en Cyrénaïque et en Tripolitaine. A cet effet, les A et C Squadrons du Middle East Commando passent ainsi sous ses ordres. Le personnel du G(R) et les agents employés dans des missions de renseignements sont placés sous la responsabilité du chef du LRDG à qui ils doivent présenter leurs rapports. Le A Squadron du Middle East Commando se trouve à l’oasis de Jarabub lorsqu’il passe sous le contrôle du LRDG. Il est constitué de trois patrouilles comprenant chacune 5 camions Chevrolet 15-cwt flambants neufs, soit 18 camions avec la section de QG. Si l’organisation rappelle un peu celle du LRDG, le rayon d’action des commandos se limite à moins de 500 kilomètres. Trois unités de saboteurs devant opérer à pied ou à bord de camions sont également formées. S’il est d’abord envisagé d’employer les Middle Est Commandos à la surveillance du trafic routier de l’ennemi, l’idée est abandonnée. Un groupe de commandos embarque à bord des camions de la patrouille S2 le 9 mai 1942. Les commandos doivent surveiller la route. Le 14 du mois, la patrouille rencontre les autres commandos, qui avaient été déposés par la patrouille Y2 pour la même mission. En raison de l’activité de l’ennemi dans le secteur, il est décidé de ramener à Siwa les deux groupes de commandos. Il s’avère que ceux-ci ne sont pas adaptés à la mission d’observation de la route, mission qui sera désormais dévolue au Major Peniakoff et à la Libyan Arab Force en ce qui concerne le secteur du Djebel Akhdar. L’expérience montre notamment que les commandos manque de connaissance dans le field craft.

Le 26 mai 1942, la 8th Army donne pour instructions que deux patrouilles du Middle East Commando doivent se préparer à partir en opérations dans le secteur de Maraua. Leur mission consiste à semer le chaos sur deux routes parallèles traversant le Djebel Akhdart le plus longtemps possible. Ces deux patrouilles seront guidées pour parvenir jusqu’au Djebel Akhdar et à leur retour de mission mais devront opérer seules. Le A Squadron Middle East Commando, soit un QG et deux patrouilles, quitte ainsi Siwa le 3 juin avec pour objectif de s’attaquer aux convois ennemis dans le secteur de Barce. Pourtant, les deux patrouilles, qui opèrent séparément, sont toutes deux prises à parties et perdent presque tous leurs véhicules sous le coup d’attaques aériennes sans être parvenues à aucun résultat. Fin juin 1942, alors que Rommel pénètre en Egypte et que la base du LRDG à Siwa doit être abandonnée, les A et C Squadrons du Middle East Commando sont retirés du front et ne participeront plus aux missions du LRDG. Le bilan de l’action du Middle East Commando est donc fort décevant. Les pertes en véhicules ont été lourdes, les missions pas toujours menées à bien, il ne s’est pas montré apte à la surveillance du trafic routier ennemi et son action, comme à Tobrouk par exemple, s’est souvent limitée à quelques engagements tactiques sans autres conséquences que temporaires. Etudions maintenant avec plus de détails deux raids significatifs de son engagement : Bardia et « Twin Pimples ».

Gazala (III)

La bataille de Gazala, mai-juin 1942

A la suite de l’opération « Crusader », Rommel est repoussé sur Mersa-el-Brega avant une étonnante volte-face qui amène les deux armées au niveau de la ligne de Gazala tandis que les garnisons germano-italiennes sur la frontière doivent rendre les armes. Le succès final de l’offensive couronnée par la chute de Tobrouk laisse apparemment peu de place à la question d’une occasion manquée par le DAK. Néanmoins, on peut raisonnablement réfléchir aux conséquences si Rommel s’en était tenu au plan initial, « Theseus », plutôt qu’à sa variante « Venezia ». Dans ce cas, c’est l’intégralité de l’Afrika Korps qui aurait frappé de plein fouet le « box » de Bir Hacheim, l’emportant probablement rapidement sans que ne retentisse la gloire qui sera celle des FFL au cours de la véritable bataille. La neutralisation et la destruction de Bir Hacheim dès les premières heures aurait eu des conséquences très avantageuses pour Rommel. Il n’aurait pas eu la nécessité d’y déployer des jours durant des moyens non négligeables (d’abord la « Trieste » puis la 90. Leichte, sans oublier les bombardements de la Luftwaffe). Rommel aurait alors disposé de davantage de troupes pour frapper en direction de la route côtière sans avoir besoin de réduire les « boxes » de Gott-el-Ualeb et de Bir Hacheim.

Globalement, on constate que, plutôt que d’avoir laissé passer une opportunité au cours de la bataille, Rommel a au contraire réussi avec brio à s’extirper d’une situation fort délicate: coincé dans le « Chaudron », c’est-à-dire entre les zones minées de la lignes de Gazala battues par les tirs des « boxes » et le gros des blindés britanniques, il a repoussé l’opération « Aberdeen » (l’offensive mal coordonnée de la 8th Army face à un adversaire le dos aux champs de mines) et rétablit les lignes de ravitaillement en écrasant le « box » de la 150th Brigade ; il a décimé les brigades blindées britanniques; il s’est emparé de Tobrouk sans coup férir.

Pour aller plus loin : voir mon article paru dans Batailles & Blindés N°69 « Le « Chaudron » de Gazala. L’Afrika-Korps au bord du gouffre? »

Ainsi que mon chapitre sur la bataille de Gazala dans “Afrikakorps. L’armée de Rommel”

Gazala (II)

Dès le premier jour, les combats sont acharnés. La 15. Panzerdivision (vers 7 heures) frappe avec force la 4th Armoured Brigade, dont deux régiments (3 RTR et 8th Hussars) sur trois sont annihilés. Le Sonnenkalb raconte: « Notre PzRgt 8 tourne de 90° vers la gauche et traverse la colonne qui évoluait près de nous pendant la nuit comme un ver sans fin. Bientôt, notre régiment forma à toute vitesse sa large formation d’attaque avec environ 40 mètres de distance de panzer à Panzer. Les écoutilles sont fermées. Pour moi, en tant que conducteur, il n’était possible que de voir devant moi à travers la largeur de la trappe. » Les premiers combats « Ce combat de chars ne ressemblait à rien de ce qu’on avait connu en Afrique. Du Nord auparavant. Les collisions d’acier l’un avec l’autre, tank contre tank. Les premiers tirs de tanks ennemis sont rapportés par radio ainsi que nos pertes. Et nous avons eu un certain nombre de pertes au cours de la première rencontre. L’ennemi a touché 32 de nos Panzer, dont 10 prirent feu. » Parfaitement entraîné, désormais aguerri, Sonnenkalb reste concentré sur sa tâche, ne se laissant pas distraire par le spectacle horrible de la guerre. Le PzRgt 8 de l’Oberstleutnant Tegge avance avec le reste du DAK. Le I/Abteilung est déployé sur un front de 2-3 km de large sur 1 de profondeur. Echelonné légèrement plus à droite, le II/Abteilung suit à un kilomètre de distance. Vers 7 heures, après avoir fait à nouveau halte pour se ravitailler, l’unité franchit le Trigh-el-Abd près de Bir el Harmat. Avec le jour, la chaleur devient peu à peu plus prenante et les mirages rendent l’acquisition des cibles plus difficile. La première rencontre avec des Grant sera mémorable. Les pièces de 5 cm Kurz des Panzer III sont à la peine : il faut parfois trois ou quatre coups pour immobiliser un tank adverse. Il faut jouer sur la mobilité en cherchant un contact rapide avant de s’esquiver. La coopération avec les Pak n’est pas toujours possible. Certes, l’artillerie est là : le II/ Artillerie-Regiment 33 soutien l’assaut de ses tirs. Le II/Abteilung PzRgt 8 de l’Hauptmann Wahl parvient à prendre de flanc les Britanniques accrochés par le I/Abteilung Pz Rgt 8 de l’Hauptmann Kümmel.

La 4th Armoured Brigade (avec dans ses rangs six équipages de tankistes américains, qui seront les premiers GI’s de l’armée de terre à combattre les nazis au cours du conflit) a subi une sévère correction : dès 8h50, elle a perdu la moitié de ses blindés. Après avoir réorganisé ses unités, le Generalmajor von Verst reprend l’avance, aiguillonné par Rommel en personne, toujours impatient. Pourtant, une autre surprise attend les Panzerschütze : après les Grant, ils font connaissance avec les antichars de 6 pounder. Nehring craint un moment de voir les deux divisions de Panzer du DAK se dissocier, aussi ordonne t-il à la 21. Panzer-Division (qui étrille de la même façon la 22nd Armoured Brigade à partir de 8 heures) d’attendre la 15. Panzer-Division, retardée par ses combats contre la 4th Armoured Brigade. Dès qu’il apprend la nouvelle, Rommel donne un contrordre. Certes, Ritchie commet alors une erreur récurrente à la 8th Army depuis « Crusader » : il envoie ses brigades combattre une par une ou, lorsque les trois sont engagées en même temps (2nd, 4th et 22nd), elles le font sans soutien mutuel. La 22nd Armoured Brigade est ainsi prise en tenaille par les deux divisions de l’Afrika-Korps. Le plan de Rommel semble fonctionner : en dépit des pertes, l’ennemi serait-il déjà battu ?

Des éléments isolés des 21. et 15. Panzer ainsi que de l’Ariete subissent les assauts des 2nd, 22nd armoured et 1st Army Tank Brigades. La Trieste, par chance on le verra, est empêtrée dans les champs de mines au nord de Bir Hacheim (alors qu’elle aurait dû elle aussi contourner la position par le sud), échappant ainsi à l’encerclement. Globalement, puisque les unités sont très dispersées, les communications sont très erratiques entre le DAK et le 20o Corpo. Plus à l’est, la 90. Leichte-Division n’est pas non plus en bonne posture. Si les automitrailleuses ont atteint El Adem, le ravitaillement et les liaisons avec l’Afrika Korps sont coupées. Si son avance semble d’abord prometteuse, elle se retrouve donc en situation périlleuse. L’inquiétude perce chez Otto Henning, un jeune soldat de l’Aufklärungs-Kompanie (mot) 580 : « C’est nous qui sommes tombés dans le piège et pas les Tommies ». Et de se demander s’il ne va pas perdre déjà sa chance alors même qu’il commence à peine sa guerre…

Ce 27 mai, à court de carburant, les Panzer, immobilisé devant « Knightsbridge », doivent faire face à plusieurs menaces qui se matérialisent à l’est et au sud-est. Le Schützen–Regiment 115 éprouve les pires difficultés à suivre l’avance rapide des Panzer et subit de sérieuses contre-attaques de la part de la 7th Motor Brigade. L’après-midi n’est qu’une suite de combats épars entre Bir el Hermat et le « box » de « Knighstbridge », Rommel s’évertuant à accomplir les desseins de son plan en poussant ses troupes à s’emparer d’Acroma avant la tombée de la nuit. En vain. Rommel est mis en difficulté : « de nombreux éléments de nos colonnes rompirent en désordre et s’enfuirent vers le sud-est pour échapper au tir de l’artillerie anglaise. Mais l’Afrika-Korps, sur la défensive à l’est, avançait mètre par mètre vers le nord ».

Les Panzer isolés avec une partie des troupes de soutien à Bir El Harmat, la principale zone de concentration de la force de frappe de Rommel, les Germano-Italiens ont la chance insigne que les flancs soient finalement sécurisés grâce au concourt et à l’intervention des unités d’artillerie, de Pak et de Flak qui dament le pion à des Britanniques qui les engagent dans des attaques manquant de coordination. Nehring réagit promptement en engageant les batteries du Flak-Regiment 135 de l’Oberst Wolz. 16 pièces de 88 mm sont ainsi mises en batterie sur un front de 3 kilomètres. Sous une grêle d’obus, les servants allemands, galvanisés par leurs chefs, poursuivent leur tâche et répliquent mortellement aux tirs des Anglais L’offensive des Grant britanniques est stoppée. Une nouvelle fois, le 88 mm a fait un miracle. Non sans mal car les Britanniques ne manquent pas de mordant. Dans son Stuart, le tankiste David Brown reçoit la dangereuse mission de repérer les positions des 88 mm en attirant le feu sur son engin. La vélocité de l’obus et sa puissance sont telles qu’un char est capable de vaciller sous l’impact. Rapidement, les soldats apprennent à reconnaître le calibre de chaque obus par son seul bruit. Une fois sa mission accomplie, son char encadré par les tirs de plus en plus précis des Flak ennemis, Brown fait demi-tour et laisse les Grant et les pièces de 25 livres affronter les terribles 88.

Tandis que la division Ariete échoue dans sa tentative de prendre Bir Hacheim, l’avance allemande est donc stoppée. A leur habitude, les antichars allemands ont infligé de lourdes pertes aux blindés britanniques mais l’Afrika Korps a perdu le tiers de ses chars en cette première journée. Le seul PzRgt 8 accuse la perte de 148 Panzer pour raisons mécaniques ou suite à des dommages infligés au combat. Les pertes définitives sont de 23 chars. La division commence la seconde journée avec 58 Panzer opérationnels… La 21. Panzer-Division n’en compte plus que 84 en état, soit 50 % de ses effectifs au 26 mai. Tout l’état-major de la PzAOK Afrika s’accorde pour admettre que l’opération est un échec. Gause, évaluant la situation avec Nehring, va même jusqu’à suggérer de câbler à l’OKW et l’OKH que l’attaque n’était qu’une reconnaissance en force afin de pouvoir entreprendre un repli sans perdre la face…

Pour en savoir plus, lire mon article dans Batailles & Blindés N°69 « Le « Chaudron » de Gazala. L’Afrika-Korps au bord du gouffre? »

26 mai 1942: la veille de la bataille de Gazala

Le 26 mai,  les 10 000 véhicules des divisions motorisées de Rommel rejoignent leurs positions d’attaque pour l’opération qui doit aboutir enfin à la prise de Tobrouk, trophée qui échappe au « Renard du Désert » depuis un an. Certains éléments effectuent une feinte en direction du nord, afin de leurrer les britanniques, avant de rejoindre le gros des troupes. Le plan de Rommel (l’offensive « Theseus ») est ambitieux –la victoire doit être acquise en quelques jours à peine- et simple : pendant que talentueux General der Panzertruppen Crüwell –l’ancien chef de l’Afrika-Korps de retour d’Allemagne- effectuera une diversion au nord, appuyée par un débarquement sur les arrières de la ligne de Gazala, l’Afrika-Korps du Generalleutnant Nehring (un autre spécialiste éminent des blindés) et les divisions motorisées italiennes entreprendront une vaste manœuvre d’enveloppement après avoir réduit le « box » de Bir Hacheim.

Ce 26 mai, la tempête de sable qui se lève dissimule les mouvements aux yeux des Britanniques. « Nous avons eu de la chance durant notre déplacement de nuit, rapporte Horst Sonnenkalb. Il n’y a pas eu de collisions. Après presque 3 heures de route nous nous arrêtons à nouveau. A nouveau le ravitaillement en carburant, le nettoyage des filtres à air, la vérification des goupilles et des boulons. On distribue des provisions et du café chaud. Pendant le ravitaillement nous avons reçu l’ordre de vider les bisons à essence et de les stocker sur les véhicules de la logistique. Les armes sont nettoyées ainsi que les canons des Panzer et les armes automatiques. La durée de la halte a pu être de 70, 80 ou 90 minutes. Durant ce mouvement de nuit, on n’avait aucune sensation de temps, de lieu ou d’orientation. Nous savions que nous faisions mouvement vers le sud. Il était impossible d’utiliser le compas gyroscopique. Toute la concentration allait dans le fait de rester dans la colonne, de ne pas perdre contact et de ne pas heurter le véhicule qui précédait. Qui peut identifier un lieu dans la nuit, quand vous yeux brûlent et qu’il n’y aucun point de repère dans le désert, mais seulement de l’herbe à chameaux ».

La Panzerarmee Afrika et la 8th Army à la veille de la bataille

Le Panzergruppe Afrika, rebaptisé Panzerarmee Afrika le 30 janvier 1942, reçoit 284 Panzer au cours de l’hiver et du printemps 1942 et 44 Panzer perçus en plus par la 21. Panzer-Division. Rommel aligne 332 Panzer (plus 77 autres Panzer en réserve), 228 chars italiens, 48 pièces de 88 mm, 117 canons de 76,2 cm soviétiques, 16 automoteurs Semoventi de 75/18 et 100 000 hommes.Le General-Leutnant Walter Nehring quitte le front russe et se voit confier le commandement de l’Afrika Korps. Comme Crüwell, il s’agit d’un officier particulièrement compétent. Les généraux von Bismarck et von Vaerst arrivent eux aussi pour commander respectivement les 21. et 15. Panzer-Divisionen. La 90. Leichte-Infanterie-Division (nouveau nom depuis février 1942) est confiée au général Kleemann. Rommel bénéficie enfin de l’avantage décisif d’une supériorité aérienne certaine, forte de 704 avions pour appuyer son offensive, sans compter les 1 000 avions de la Luftflotte 2 de Kesselring basés en dehors de l’Afrique.

La 8th Army, déployée sur la ligne de Gazala, compte 126 000. Ritchie dispose de 850 chars en première ligne, dont des nouveaux Grant américains (dont nous parlerons dans un prochain article) avec 150 autres blindés en réserve. 112 nouveaux canons antichars de 6 livres sont versés à la 8th Army. L’excellente pièce antichar arrive un peu tardivement toutefois et en trop faible quantité.  La Desert Air Force aligne 350 appareils, sur les 739 avions disponibles au sein des escadrilles de la RAF au Moyen-Orient. Les adversaires les plus redoutés de Rommel, Australiens et Néo-Zélandais, en garnison en Syrie, sont absents du dispositif qui fait face à la Panzerarmee.

Afrika-Korps (1)

Cette photographie que j’ai achetée il y a quelques années est très emblématique. Ce « vieux briscard » de l’Afrika-Korps, coiffée de la fameuse casquette à visière devenue un des symbole du DAK, illustre bien les contraintes de la guerre en milieu désertique: un foulard, pour se prémunir de la poussière et du sable, surtout en cas de tempête; des lunettes, pour les mêmes raisons, voire pour se prémunir de la trop forte luminosité; des jumelles, indispensables dans un théâtre d’opérations où les compartiments de combats sont profonds; une barbe de quelques jours et un uniforme défraîchie: l’allure martiale de la Wehrmacht n’est plus de rigueur dans le désert, d’autant plus que l’eau se fait rare. Le soldat semble fatigué: les effectifs sont relativement faibles, il y a peu de relèves et de permissions et le climat exige beaucoup de l’organisme, qui ne le supporte pas forcément.