El Alamein (II)

Le prix de la victoire: le cimetière de la 8th Army, le cimetière allemand et le cimetière italien   Nécropole allemande

 Nécropole italienne

Alamein (I)

 

« Le 29 juin, les nouvelles en provenance de la 90. Leichte-Division sont des plus satisfaisantes car l’unité a atteint El Daba avant de poursuivre au milieu de dépôts en flammes des troupes sud-africaines encore plus à l’est jusqu’à un lieu-dit appelé Sidi Abd El Rahman, dont la mosquée blanche offre un repère remarquable. Le lendemain, des escarmouches rompent à nouveau la quiétude du désert. Des unités des deux camps ont la consternation de constater qu’elles ont bivouaqué non loin l’une de l’autre. La 90. Leichte-Division poursuit prudemment son avance le long de la route côtière, s’attendant à tout instant à se voir confrontée à une solide ligne de résistance. La progression de l’unité sur l’unique route bitumée dans le désert est sérieusement mise à mal par une escadrille de bombardiers Boston, qui détruisent un certain nombre de véhicules sans qu’il y ait espoir de se dissimuler. A midi, les Allemands sont à Tell el Eisa où ils se trouvent soumis à des tirs d’artillerie de plus en plus nourris. La 90. Leichte-Division vient d’atteindre la position défensive d’El Alamein. El Alamein est une gare ferroviaire qui va donner son nom à une bataille. Elle a été édifiée dans les années 1920. El Alamein signifierait les deux cairns ou les deux drapeaux. En arabe, en effet, « A’alam » signifie drapeau ou cairn et « ein » est la marque de la paire. Ce sont des bédouins qui ont baptisé ainsi le lieu au moment de la construction de la gare. Les hommes du génie qui ont bâti celle-ci avaient en effet planté deux drapeaux pour en marquer l’emplacement. Le Kamfgruppe Briel est un le premier à atteindre la position d’El Alamein. « A quelle distance est encore Alexandrie ? » demande un soldat allemand. « D’ici, cela fait encore 85 km » répond un de ses camarades, et tous d’espérer atteindre la fameuse métropole égyptienne dès le lendemain.

A quelques kilomètres de là, solitaire, tête nue, regardant passer le cortège des colonnes britanniques en retraite, se tient l’artisan de la défense établie à El Alamein : le général Claude Auchinleck. Sur ses épaules reposent le sort de l’Egypte. Celui-ci est bien déterminé à stopper la progression apparemment irrésistible de l’Afrika Korps. La bataille décisive pour l’Egypte sera donc menée sur les positions d’El Alamein. Pourquoi Auchinleck a-t-il fait le choix de livrer bataille à cet endroit? L’intérêt porté à cet endroit a priori insignifiant débute en fait assez tôt au cours de la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu’en juin 1941 il succède au général Wavell en tant que commandant en chef au Moyen-Orient, il ordonne la construction de positions défensives à El Alamein. Il s’écoule en fait une année avant que ces positions soient utilisées au combat. La configuration particulière du terrain confère à la position d’El Alamein son intérêt et son caractère exceptionnel. Il s’agit de la seule ligne de défense dans le désert occidental égyptien qui soit limitée au sud par la dépression de Qattara, ses sables mous et ses marais salés réputés infranchissables. Les 60 kilomètres du front sont donc délimités au nord par la mer et au sud par la dépression. Impossible à contourner, la position d’El Alamein est donc naturellement forte.

La première semaine de juillet 1942 est l’une des plus cruciales de la guerre. »

Extrait de mon livre, Afrikakorps. L’armée de Rommel, Tallandier, 2013, qui est bientôt republié dans la collection « Texto ».

 

My Photos Afrika-Korps (2)

My Afrika-Korps Photos (1)

Quelques-unes de mes photos personnelles du DAK/some of my personal pictures of the DAK

More to follow…

26 juin 1942: Mersa Matrouh

MERSA MATROUH 26-28 JUIN 1942:DERNIERE VICTOIRE DE ROMMEL DANS LE DESERT

 
Les unités de reconnaissance sont les premières à franchir la frontière. A droite, l’Oberst Bayerlein aux côtés de Rommel, qui vient d’être promu Generalfeldmarschall, alors au zénith de sa gloire.
 La Luftwaffe ne suit pas la progression en EgypteUn Panzer III Sur l’escarpement dominant Mersa Matrouh

Mersa Matrouh est la bataille qui n’aurait pas dû avoir lieu. Cavallero et Kesselring auraient souhaité que la Panzerarmee de Rommel se positionne sur la frontière égypto-libyenne après la prise de Tobrouk le 20 juin 1942. Il importe avant tout, selon eux, de s’emparer de Malte. Fort de l’appui du Führer et de celui du Duce, Le Feldmarschall Rommel entame pourtant l’invasion de l’Egypte où son destin se jouera à El Alamein. Avant d’atteindre cette position appelée à entrer dans l’Histoire, il va devoir au préalable affronter la 8th Army au cours d’un premier affrontement majeur sur le sol égyptien qui aurait pu tourner à son désavantage. L’entrée de Rommel en Egypte est cependant un risque calculé: les messages décryptés adressés à Washington par le colonel Fellers, l’attaché militaire américain au Caire, ne confirment-ils pas les importantes pertes subies par la 8th Army?

Mersa Matrouh ou El Alamein?

Le général Neil Ritchie, qui tient encore les rênes de la 8th Army, entend s’appuyer sur les défenses de Mersa Matrouh, décision fort logique puisque la petite localité égyptienne constitue le pivot de la défense britannique de l’Egypte face à un assaillant venant de l’Ouest depuis 1940, et même avant. Depuis ce temps-là, il est entendu que la perte de Matrouh signifierait immanquablement la chute de l’Egypte. La position, base principale de l’ancienne Western Desert Force, est fortifiée. Les sapeurs, protégés par un cordon de protection, s’activent à renforcer les champs de mines: 9 000 mines doivent être posées par les troupes du génie des 2nd New-Zealand et 5th Indian Divisions pour renforcer la zone au sud du point dit « Charing Cross ». Un travail dangereux, sans même pouvoir disposer du relevé exact des anciens champs de mines sur des cartes mises à jours. Un camion transportant 350 mines explose après avoir roulé par mégarde sur une mine: 2 hommes sont tués, 5 autres blessés et le 8ème, disparu, s’est volatilisé. Rommel estime que près de 200 000 mines protègent la forteresse. De toute façon, Ritchie ne présidera en aucune manière aux destinées des troupes de la 8th Army défendant l’Egypte: le 25 juin, Auchinleck le relève et assume personnellement le commandement sur le terrain.

Estimant la situation comme particulièrement critique, Auchinleck tergiverse: il ne veut pas prendre le risque de voir la plus grande partie de son corps de bataille anéantie à Mersa Matrouh. Surestimant le nombre de Panzer dont dispose Rommel (les services de renseignements britanniques créditent le « Renard du Désert » de 339 blindés dont 220 Panzer), il craint une percée au centre ou enveloppement par le sud et il ne pense pas que la position soit tenable. Un repli est sans doute à envisager jusqu’à El Alamein, où déjà les Sud-Africains donnent les premiers coups de pioches pour renforcer les défenses existantes. S’il avalise l’idée d’un repli d’abord sur Fouka (les plans sont déjà distribués aux unités), il envisage finalement d’accepter de livrer bataille à Mersa Matrouh ne serait-ce que pour retarder l’ennemi: « j’ai donc annulé les ordres de tenir à Matrouh et j’ai donné les instructions à la 8th Army pour se replier jusqu’à El Alamein, en retardant l’ennemi le plus possible au cours de cette manoeuvre ». L’ordre n°83 qu’Auchinleck envoie à la 8th Army est quelque peu ambigu (d’autant qu’il complète cet ordre par des instructions additionnelles). Certes, il annule la directive précédente qui envisageait de livrer la bataille décisive à Matrouh. Certes, le repli jusqu’à El Alamein est clairement établi. Mais l’ordre stipule également que « la 8th Army stoppera l’avance de l’ennemi vers l’Est et le dans la zone Matrouh-El Alamein-Naqb Abu Dweiss-Ras el Qattara » (ces deux dernières positions se situant au sud d’El Alamein). Les forces déployées à Mersa Matrouh reçoivent l’ordre de retarder (voir de défaire) Rommel mais de retraiter de Matrouh si l’ennemi menace d’anéantissement les unités qui s’y trouvent. Que faut-il comprendre? Les Xth et XIIIth doivent-ils donc tenir à Matrouh si aucune attaque sérieuse les menace (c’est à dire s’il n’y pas danger d’annihilation) tout en préparant le repli? Ils doivent en effet se préparer à mener des opérations mobiles. Tout le matériel, le ravitaillement et les troupes (les unités d’artillerie doivent rester mais seulement le « minimum d’infanterie ») non jugés comme essentiels pour les combats dans la zone de Mersa Matrouh doivent se replier. Alors que les ordres précédents visant à transformer Matrouh en forteresse ne se sont pas encore complètement traduits effectivement sur le terrain. La 10th Indian Division, qui devait se fortifier, reçoit l’ordre de se préparer à passer d’un combat statique à une guerre de mouvement. Ce n’est que dans la nuit du 25 au 26 juin, voire en début d’après-midi le 26 juin que les formations de la 8th Army sont informées des nouveaux ordres. Mais Rommel n’est plus très éloigné… Par ailleurs, les blindés (qui ont beaucoup souffert à Gazala) ne doivent intervenir que si une opportunité particulièrement favorable se présent.

Le regard d’Auchinleck se porte déjà sur El Alamein, position beaucoup plus forte que celle de Mersa Matrouh (car non contournable si on dispose de suffisamment de défenseurs). Aussi est-ce à son corps défendant qu’il est contraint par Rommel à combattre à cet endroit. La bataille décisive ne sera pas donc livrée à Mersa Matrouh: c’est un changement radical par rapport aux directives données par Ritchie quelques jours auparavant. Mais la 8th Army va devoir y livrer un combat. Les limites du style de commandement d’Auchinleck apparaissent ici au plus grand jour: si tout est clair dans son esprit et dans celui de Dormann-Smith, son chef d’état-major officieux, les ordres transmis sont moins limpides pour les subalternes.

 

Pour en savoir plus : Mon article dans Batailles & Blindés N°58,« Mersa Matrouh »

Patton: Posterity

I wrote a huge chapter about Patton’s posterity (facts which were unpublished until now) in my bibliography : museums, landmarks, movies, books, Patton’s image (his guns for example), derivative products… His name is used for the wargames. « Patton’s Best » is just one example among lots of them.

To learn more: « Patton. La chevauchée héroïque » , Benoît Rondeau, Tallandier, 2016.

Patton: postérité

La postérité de Patton est abondamment traité dans la biographie (ce qui est inédit) que je consacre au grand général, que ce soit des musées, des rues, au grand écran, dans la littérature mais également dans son image (le fameux revolvers) ainsi que dans toutes sortes de produits dérivés. Il est question également de son héritage. Parmi les exemples les plus marquants de l’utilisation de son image : les wargames, dont « Patton’s Best » de Avalon Hill n’est qu’un exemple.

Pour en savoir plus: Patton. La chevauchée héroïque, Benoît Rondeau, Tallandier, 2016.

 

 

Raiders du Désert (9)

Les raids

Les missions du LRDG ont été très variées (cf mon article dans Batailles & Blindés N°62 : « Le LRDG »). Bien que n’ayant pas été spécifiquement mis sur pied dans cette optique, au contraire du SAS, le LRDG procède lui aussi à des raids, dès 1940, à Mourzouk.

En juillet 1941, la patrouille G, alors en opération dans la Djebel Akhdar, s’attaque ainsi à un aérodrome. Mais c’est en juillet 1942, alors que Rommel et Auchinleck disputent la première et décisive bataille d’El Alamein que plusieurs patrouilles (G1,Y2) interviennent au plus près du front. Il s’agit de semer le chaos dans la logistique adverse, le talon d’Achille de la Panzerarmee Afrika arrivée à de 2 500 kilomètres de Tripoli. L’objectif des raiders sont les colonnes de camions et, surtout, leur contenu: carburant, munitions, ravitaillement de toutes sortes… De concert avec le SAS, le LRDG (les patrouilles susnommées plus la G2) s’en prend au même moment aux aérodromes de Fouka et de Mersa Matrouh (30 avions y auraient été détruits), à peine occupés par les forces aériennes de l’Axe. Le 29 novembre 1941, la patrouille Y2 du capitaine Lloyd-Owen parvient à s’emparer d’un fort, certes modeste, près d’El Ezzeiat dans le Djebel Akhdar. Parvenus à 200 mètres du fortin, les camions du LRDG subissent les tirs des défenseurs. Lloyd-Owen envoie donc ses hommes à l’attaque à pied. Après un premier refus, la garnison rend les armes: 2 tués et 12 prisonniers chez les Italiens. Les Britanniques s’en retournent après avoir pris ou détruits tout le matériel d’importance: documents, armes, munitions… La participation à des raids d’envergure se limite toutefois à deux cas: Mourzouk en 1940 et Barce en septembre 1942 (l’opération « Caravan »). Dès novembre 1940, il est décidé d’opérer en coordination avec les Forces Françaises Libres du Tchad.

 

Pour en savoir plus, voir mon article dans Batailles & Blindés N°62 : « Le LRDG »

Bataille de Gazala 1942

Rommel pendant la bataille de Gazala: sa plus grande victoire

La bataille de Gazala, mai-juin 1942

A la suite de l’opération « Crusader », Rommel est repoussé sur Mersa-el-Brega avant une étonnante volte-face qui amène les deux armées au niveau de la ligne de Gazala tandis que les garnisons germano-italiennes sur la frontière doivent rendre les armes. Le succès final de l’offensive couronnée par la chute de Tobrouk laisse apparemment peu de place à la question d’une occasion manquée par le DAK. Néanmoins, on peut raisonnablement réfléchir aux conséquences si Rommel s’en était tenu au plan initial, « Theseus », plutôt qu’à sa variante « Venezia ». Dans ce cas, c’est l’intégralité de l’Afrika Korps qui aurait frappé de plein fouet le « box » de Bir Hacheim, l’emportant probablement rapidement sans que ne retentisse la gloire qui sera celle des FFL au cours de la véritable bataille. La neutralisation et la destruction de Bir Hacheim dès les premières heures aurait eu des conséquences très avantageuses pour Rommel. Il n’aurait pas eu la nécessité d’y déployer des jours durant des moyens non négligeables (d’abord la « Trieste » puis la 90. Leichte, sans oublier les bombardements de la Luftwaffe). Rommel aurait alors disposé de davantage de troupes pour frapper en direction de la route côtière sans avoir besoin de réduire les « boxes » de Gott-el-Ualeb et de Bir Hacheim.

Globalement, on constate que, plutôt que d’avoir laissé passer une opportunité au cours de la bataille, Rommel a au contraire réussi avec brio à s’extirper d’une situation fort délicate: coincé dans le « Chaudron », c’est-à-dire entre les zones minées de la lignes de Gazala battues par les tirs des « boxes » et le gros des blindés britanniques, il a repoussé l’opération « Aberdeen » (l’offensive mal coordonnée de la 8th Army face à un adversaire le dos aux champs de mines) et rétablit les lignes de ravitaillement en écrasant le « box » de la 150th Brigade ; il a décimé les brigades blindées britanniques; il s’est emparé de Tobrouk sans coup férir.

 

Pour aller plus loin : voir mon article paru dans Batailles & Blindés N°69 « Le « Chaudron » de Gazala. L’Afrika-Korps au bord du gouffre? »

Ainsi que mon chapitre sur la bataille de Gazala dans “Afrikakorps. L’armée de Rommel”

Un article sur la chute de Tobrouk est à venir…

Combats de chars de l’Afrika-Korps

Combats de chars: l’avantage au DAK

Bien qu’il n’acquière sa pleine efficacité qu’en coopération avec les autres armes, le tank est l’arme maîtresse de la guerre du désert, caractérisée par la mobilité et l’art de la guerre du mouvement. La supériorité de l’Afrika-Korps sur le champ de bataille a souvent été soulignée au cours des engagements entre chars. De fait, les revers répétés subis par les régiments des chars alliés de 1941 à 1943 ainsi que la grande disparité du ratio des pertes militent en ce sens. Les unités blindées alliées n’auraient donc pas été à la hauteur du DAK ?

Les avantages et les limites des blindés des deux camps sont bien connues et on été maintes fois soulignés. La supériorité qualitative du matériel allemand est souvent l’explication première retenue pour analyser les déboires répétés subis par les Britanniques. Certes, l’insuffisant canon de 2 pounder arme la plupart des tanks britanniques (Valentine, Matilda, Cruisers divers dont le Crusader) et les Infantry Tanks (Valentine et Matilda), s’ils sont bien blindés, sont en revanche très lents et opèrent dans des unités différentes des autres blindés. C’est à partir de Gazala qu’entre en lice le char américain M3 Lee/Grant doté d’un canon de 75 mm en casemate dont l’allonge de tir permet d’engager les Panzer à distance. Certes, le Panzer III –cheval de bataille du DAK- et plus encore l’inutile Panzer II sont loin d’être immunisés contre les frappes obus de 2 pounder mais globalement, les engins allemands sont légèrement mieux armés jusqu’à la deuxième bataille d’El Alamein, lorsque les Anglais peuvent aligner Sherman contre à peine 38 Panzer IV Spezial dotés d’une pièce de 7,5 cm L/43. En revanche, aucun des 31 chars Tiger qui prendront finalement le chemin de la Tunisie et rejoindront la 5. Panzerarmee et non l’Afrika-Korps comme initialement promis par Hitler. Quelques autres blindés : une trentaine d’automoteurs Marder III, 9 Diana, 2 ou 3 Sturmgeschütze, quelques automoteurs prototypes ou bricolés dans les ateliers en Afrique…

Un Panzer III Spezial avec 5 cm long. Le Panzer III est fiable, relativement rapide et emporte une pièce de 3,7 cm, de 5 cm court ou un 5 cm long L/60. Si les Panzer III armés d’un canon de 5 cm court forment l’essentiel des effectifs, les Panzer III à canon de 37 mm disparaissent des effectifs, les chars disposant d’une pièce de 5 cm long sont de plus en plus nombreux. 859 Panzer III sont expédiés en Afrique du Nord pendant la guerre.

Un Panzer IV F2 Spezial avec un 7,5 cm long L/43. Le dernier modèle de Panzer IV, le modèle F2, qui est armé d’un canon long de 75 mm, surclasse largement tout ce que peuvent lui opposer alors les Alliés, tandis que le Panzer IV du modèle précédent, disposant d’un canon de 75 mm court L/24, rempli toujours son rôle de soutien d’infanterie tout en frappant occasionnellement mortellement les fragiles engins blindés britanniques.

La supériorité des formations de Panzer réside en fait avant tout dans le domaine tactique, outre la capacité non négligeable de pouvoir neutraliser les batteries d’artillerie adverses grâce aux obus explosifs embarqués dans les chars allemands au contraire des engins de facture britannique (un handicap qui ne sera comblé que par l’entrée en lice des Lee/Grant puis des Sherman). C’est que le combat de chars se conçoit avant tout dans un cadre interarmes et, dans les espaces désespérément plats du désert de Libye et du désert libyque (son prolongement en Egypte), avant tout avec le concours des pièces d’artillerie et encore davantage des canons antichars.

Le 2 pounder qui équipe intégralement les unités antichars britanniques jusqu’au printemps 42 (parfois très mobiles quand elles sont employées dans le cadre de « portees », c’est à dire montées sur des camions) dépasse largement le piètre Pak 36/37 de 3,7 cm. Les Allemands disposent en revanche des excellents canons antichars Pak 38 de 5 cm seront présents en nombre de plus en plus importants, de l’ordre de 280 à El Alamein. L’arme antichar absolue du DAK reste bien entendu le fameux canon de 88, qui reste un des emblèmes de la guerre du désert. Les pièces de 8,8 cm, Flak 18, 36/37 puis Flak 41 sont d’excellentes facture et, bien que finalement rares jusqu’à El Alamein, finalement, un grand nombre sera expédié en Afrique, particulièrement en Tunisie. A partir de Gazala, les Anglais s’équipent avec la très bonne pièce de 6 pounder, qui équipe peu à peu les régiments antichars des divisions blindées (la pièce est également remontées sur des Crusader) et qui va faire montre de tout son potentiel à plusieurs reprises dès la bataille de Gazala en attendant son heure de gloire à El Alamein le 27 octobre 1942 au cours des combats menés autour d’un point d’appui baptisé « Snipe ». La redoutable pièce antichar de 17 livres, qui sera un atout de taille en Normandie, entre également en lice à partir de la bataille de Médenine : les Britanniques ont désormais l’arme pour dominer les Panzer sur le champ de bataille. La 8th Army disposait bien du canon antiaérien de 3,7 Inch. Rarement employé dans un rôle antichar à l’instar du 88 mm allemand, ce canon a pourtant démontré tout son potentiel à Tobrouk et dans le sud tunisien.

L’aspect qualitatif semble donc assez équilibré pour certaines batailles tandis que les Britanniques disposent en outre le plus souvent d’une confortable supériorité numérique. Pour autant, les Allemands, menés par des généraux spécialistes des Panzer et rompus au « Blitzkrieg », vont humilier à maintes reprises les formations britanniques grâce à leur maîtrise de la coopération interarmes et aux pièges antichars vers lesquels ils vont diriger les infortunés régiments blindés britanniques. Pourtant, certains batailles semblent à sens unique : Rommel n’avait alors pas en face de lui un adversaire à sa mesure. Ainsi, il écrase les forces blindées adverses au cours de sa première conquête de la Cyrénaïque (hormis, et ce n’est pas un détail, Tobrouk) en mars-avril 1941 puis lors de sa volte-face de l’hiver 1942 quand il reconquiert le terrain jusqu’à hauteur de la ligne de Gazala : la 2e Armoured Division, dans le premier cas, puis la 1ère Armoured Division, dans le second, ne sont que des unités incomplètes, mal –voire très mal- équipées et parfois mal commandées. En revanche, les carnages répétés et sans appel subis par les régiments de chars anglais au cours de l’opération « Crusader » (novembre-décembre 1942), de l’opération « Venezia » (mai-juin 1942) de Gazala à Tobrouk puis au cours de la première bataille d’El Alamein (juillet 1942) prouvent la supériorité tactique du DAK (et de ses alliés italiens, notamment de l’«Ariete») : sur ce plan tactique, on peut affirmer que les hommes de Rommel n’avaient pas face à eux un adversaire de leur niveau. La première bataille d’El Alamein (juillet 1942) confirme cette impression. L’exemple le plus emblématique étant le carnage subi par la 23rd Armoured Brigade le 22 juillet aussi bien dans la fameuse attaque sur Ruweisat qu’en soutien des Australiens, au nord du front. C’est apparemment un peu moins vrai lors de la seconde bataille d’El Alamein (octobre-novembre 1942) puisque les Anglais sont désormais dotés de chars plus performants (et en grand nombre) et qu’ils usent au besoin d’une tactique efficace (avec les pièces antichars de 6 pounder) mais les pertes sont très lourdes et des charges comme celle de la 9th Armoured Brigade sur Tell-el-Aqqaqir semble montrer un retour dans des errements tactiques déplorables.

Sauf à Médenine (le 6 mars), les combats de l’année 1943 impliquant des chars confirment une nouvelle fois l’ascendant tactique des Allemands. Les tankistes britanniques sont encore à la peine à Bouerat, au cours de l’ultime engagement majeur de la retraite épique depuis El Alamein. La 15. Panzer manœuvre avec habileté avant de franchir la frontière de la Tunisie. Sur le front de la 1st Army, les blindés de la 6th Armoured Division sont bousculés par les Allemands, mais ceux-ci appartiennent essentiellement de la 10. Panzer (sauf à Sbiba où l’attaque est menée par la « vieille » 21. Panzer). Si, le 6 mars, le DAK se heurte à un mur d’artillerie pendant l’opération « Capri », à Médenine, à la fin du même mois, les Panzerchütze et leur camarades des Panzerjäger et de la Flak de Messe et de Bayerlein (Rommel a quitté le sol africain…) dament à nouveau le pion aux Britanniques au-delà du oued Zigzahou, face à la ligne Mareth, mais aussi dans la trouée d’El Hamma où Freyberg ne parvient pas à percer suffisamment rapidement en dépit d’un rapport de force très favorable.

 

Le choc des blindés

« Battleaxe » implique environ 200 blindés dans chaque camp mais une forte disparité se fait jour pour les pertes définitives : 101 tanks perdus contre 12 Panzer.  

Pour « Crusader », les Britanniques disposent de 735 chars (250 chars en réserve, 1 230 chars en comptant un convoi en route) contre 390 pour l’Axe. Le bilan, largement en faveur de Rommel, sera de 800 tanks finalement détruits pour 340 pour l’Axe.

Au cours de la bataille de Gazala, la 8th Army aligne 849 tanks (150 en réserve immédiate) contre 560 (77 en réserve). Les pertes seront de 1 188 tanks au total contre environ 500 chars de l’Axe.

La première bataille d’ El Alamein se soldera par environ 200 tanks détruits au total contre quelques dizaines pour l’Axe. Les effectifs étaient au départ de près de 200 chars contre environ 50 pour l’Axe (mais on compte au 1er juillet 1942, 900 tanks britanniques et 350 chars germano-italiens en ateliers), mais les effectifs se montent à 323 contre 110 le 20 juillet.

 

Un Panzer IV F1

A Alam Halfa, le rapport de force et les pertes sont équilibrées: 67 tanks sont détruits sur plus de 600 contre 49 chars de l’Axe sur 500.

Au cours de la Seconde Bataille d’El Alamein, la 8th Army est à son apogée (1035 chars ; 200 chars en réserve, 1 000 en atelier. Il y aurait 2 671 chars en Egypte) et ses pertes se montent à entre 500 et 600 tanks détruits (mais beaucoup seront récupérés contre 450 à 520 chars germano- italiens perdus (et 77 abandonné pendant la retraite), soit la quasi-totalité des moyens blindés de la Panzerarmee.

La 8th Army bénéficiera dès lors toujours d’une supériorité numérique en chars confortable : 650 contre 93 à Bouerat, 400 contre 141 à Médenine et 750 contre 140 (plus 80 en réserve vers Gabès) sur la Ligne Mareth.

Les deux dernières batailles de Rommel sur le sol africain présentent des bilans fort contrastés. A Kasserine, on compte plus de 300 tanks et automoteurs alliés contre 20 Panzer définitivement détruits. A Médenine, le résultat est tout autre: 1 tank détruit pour 40 Panzer

Si on met de côté l’opération « Battleaxe » (mais tous les blindés de l’Axe ne sont pas intervenus et n’étaient pas tous opérationnels), et Alam Halfa, les Britanniques ont toujours jouit d’un rapport de force avantageux en matière de tanks. Il faut certes pondérer celui-ci avec la qualité relative du matériel, mais celle-ci évolue grandement dans le temps et char engin a ses qualités et ses défauts qui sont avant tout mis en avant ou atténués selon les tactiques employées. En ce qui concerne les engins directement perdus sur le champ de bataille (donc ni par défaillance mécanique, ni par abandon, ni par sabordage), le différentiel des pertes en chars des deux camps sera pourtant presque toujours nettement en faveur de l’Axe.

Le Tiger I n’entre en lice qu’en Tunisie: Hitler en avait pourtant promis à Rommel pour le front d’El Alamein