Raiders du désert (5)

Libyan Arab Force

La dure et sanglante conquête de la Libye par l’armée italienne laisse bien des rancoeurs. Lors de l’entrée en guerre de l’Italie en 1940, un certains nombre de leaders libyens saisissent l’opportunité pour tenter d’organiser une guérilla aux côtés des Britanniques. C’est ainsi que va naître la Libyan Arab Force, ou armée Senussi. Elle compte plusieurs bataillons sous commandement britannique. Si l’intention première est de les engager dans le Djebel Akhdar pour y mener des opérations de guérilla, ils sont avant tout relégués à des tâches secondaires, comme la surveillance de prisonniers ou d’installations militaires. En effet, combattre dans le désert nécessite d’être motorisé, ce qui nécessite un minimum de connaissances techniques et mécaniques qui fait défaut. Un bataillon combat cependant dans Tobrouk assiégé. Trois bataillons sont levés pour des missions de guérilla. De fait, de nombreuses missions sont organisées sur les arrières ennemis en Cyrénaïque de concert ave le LRDG.

Les patrouilles du LRDG, notamment les patrouilles R et T du A Squadron, vont multiplier les transports d’agents britanniques et arabes derrière les lignes ennemies, dans le Djebel Akhdar, au point que le Squadron est vite surnommé « Libyan Taxis Ltd ». C’est en juin 19471 que le LRDG reçoit en effet la mission de convoyer des agents en Cyrénaïque et collecter leurs rapports. Le 11 juin 1941, la H Patrol du Lieutenant Easonsmith dépose deux Arabes à proximité de Gambut. Le 19 du même mois, la H Patrol quitte à nouveau Siwa pour emmener notamment un officier de renseignement britannique et deux officiers Senussi dans le Djebel Akhdar. En juillet, deux autres agents arabes sont déposés à Mersa Lukk, sur la côte, à l’est de Tobrouk. En juillet-août 1941, c’est au tour de la Y Patrol de transporter un officier et un groupe envoyés par le GQG du Caire. En août, la patrouille R dépose deux agents arabes au nord de Bir Raggia, à nouveau dans le Djebel Akhdar. Après les avoir attendu 12 heures au point de rendez-vous fixé, la patrouille doit retourner à Siwa sans eux mais deux autres arabes, connaissant bien la région et les positions ennemies, repartent avec les hommes du LRDG. En septembre 1941, la patrouille R doit déposer deux agents à l’ouest de Mechili et les ramener avec deux autres qui opèrent dans le même secteur. Les deux premiers reviennent bien au rendez-vous fixé au bout d’un jour et demi mais les deux autres ont entamé de leur propre chef le voyage de retour, sur dromadaires, et arrivent à Jarabub une ou deux semaines plus tard. La même patrouille R dépose deux autres agents arabes dans le Golfe de Bomba, à l’ouest de Tmimi en octobre 1941. Après quatre jours d’absence, les deux agents retrouvent la patrouille et sont ramenés à Siwa. En octobre, c’est la Captain Haseleden, fameux agent britannique déguisé en arabe, est ramené à Siwa. En novembre 1941, à la veille de l’opération Crusader, la patrouille T2 du Catain Hunter doit emmener Hasleden et cinq hommes, dont deux arabes, les déposer en un point convenu le 10 novembre au plus tard, puis reprendre ceux-ci le 39 novembre et les ramener à Siwa. La connaissance du terrain de Hasleden aide beaucoup à la navigation de la patrouille. Le 13 novembre, Hasleden envoie un de ses agents arabes prévenir Hunter que depuis trois semaines la division motorisée Trieste a quitté Slonta, entre Benghasi et Derna, et s’est dirigée vers l’est. L’information est d’importance car le QG de la 8th Army l’ignore. Aussi est-elle transmise par radio.

Le 9 février 1942, la patrouille G2 du LRDG du Lieutenant Timpson quitte Siwa avec pour mission d’observer le trafic routier ennemi. Le Captain Hasleden est du voyage, ainsi que, sur son conseil, Hussein Eff Taha, ex-Mudir de Slonta. Ce dernier sera une aide précieuse pour savoir s’il est possible de faire confiance aux Arabes de Cyrénaïque. Les accompagne également un certain Tayeb el Barani, un natif de Slonta, qui est réfugié en Egypte depuis plusieurs années. A Baltat el Zelagh, au sud de Mechili, des Arabes informent la patrouille qu’il n’y a eu aucun mouvement de l’ennemi dans le secteur. Le 12, mes camions sont camouflés dans un wadi à proximité de Slonta. Timpson et Hasleden prenne en charge chacun un groupe pour observer le trafic sur les routes du nord et du sud en direction de Barce. Hasleden rapportera qu’un véhicule sur cinq est d’origine britannique et que ces derniers sont en bien meilleur état que les engins de facture allemande ou italienne. Les Arabes locaux s’avèrent être une source précieuse d’informations sur les mouvements de troupes ennemies. Hasleden apprend aussi d’un homme de la tribu Barassa que quelques Britanniques ont été vus le 11 février. Certains peuvent être localisés et sont ramenés à Siwa, en l’occurence un tambour du Royal Sussex Regiment, 3 hommes du Welsh Regiment et 11 du 3rd Battalion Libyan Arab Force. Les Arabes s’avèrent dans l’ensemble favorables aux Britanniques, en particulier ceux des tribus Barassa et Obeidat. Hasleden observe également que, bien que pillant à l’occasion les colons, les Arabes ne subissent aucune forme de représailles. Lors de son voyage de retour à sa base de Siwa, la patrouille G2 emporte 47 passagers, dont deux épouses et un enfant d’Hussein Eff Taha.

Le 25 février 1942, la patrouille S1 du Captain Holliman reçoit une mission similaire à la patrouille G2 pour surveiller les deux routes menant à Barce. L’accroissement de l’activité de l’ennemi empêche les camions de se rapprocher à proximité des routes. Le transport, qui devait être assuré par des agents arabes, ne se matérialise pas, de sorte que seul le trafic sur la route méridionale pourra être surveillé trois jours durant. Le 15 mars 1942, la patrouille S2, en mission avec des hommes du SAS, dont David Stirling lui-même, embarque également à bord de ses camions le Captain Melot, un officier britannique du GQG parlant arabe, ainsi que deux hommes du Senussi Regiment. Ces derniers seront chargés de faire des reconnaissances, notamment sur les aérodromes visés par le SAS. La patrouille R2, qui part en mission le 5 avril, transporte un officier arabophone du QG et deux soldats de la Libyan Arab Force. La mission de la patrouille du 2nd Lieutenant Croucher est de ramener un groupe de raiders du SAS commandé par le 2nd Lieutenant Dodd. Une fois encore, les rabes seront des auxiliaires précieux. A Baltert el Zelagh, l’agent arabe Hamed bu Serawaliya informe la patrouille du LRDG que les hommes du SAS seront à Hagfet Gelgaf, à 35 km au nord, dans la soirée du 20. Au lieu du rendez-vous, Croucher découvre, en sus des 7 hommes du SAS, le Captain Chapman du GQG, un officier de la Libyan Arab Force, un caporal du GQG et 6 membres de la RAF. Arrivée à Siwa le 10 avril, la patrouille repart aussitôt pour récupérer trois autres soldats de la Libyan Arab Force ainsi que des commandos. Enfin, courant avril, deux agents arabes sont déposés à proximité de l’oasis de Djalo par la patrouille G1 qui les récupère 4 jours plus tard après avoir acquis de précieux renseignements sur la garnison qui s’y trouve. En mai 1942, la patrouille G2 emmène deux officiers de renseignement, dont le Captain Melot (G (R)) et deux Arabes. La patrouille S2 emmène elle-aussi 3 officiers du G(R) ainsi que des soldats de la Libyan Arab Force. La patrouille Y1 surveille la route Mechili-Msus du 30 mai au 9 juin, déposant par la même occasion le Major Peniakoff et 17 hommes de la Libyan Arab Force sur un poste d’observation à une vingtaine de kilomètres au sud de Baltet el Zelagh. Le 19 juin, la patrouille T2 doit récupérer un aviateur de la RAF qui a réussi à entrer en contact avec les hommes de Peniakoff. La patrouille emmène par la même occasion 12 hommes de la Libyan Arab Force sous la direction du Captain Grandguillot dans le but de créer une organisation pour faciliter le retour dans les lignes britanniques de soldats évadés et de pilotes.

En juillet 1942, alors que la première bataille d’El Alamein fait rage, les patrouilles S2 et R2 transportent jusque dans le secteur de Benghasi des hommes du G(R), de l’ISLD et de la Libyan Arab Force opérant avec Peniakoff. Le 4 août, le Captain Kennedy-Shaw quitte le Fayoum avec les patrouilles Y2 et G2. Celles-ci ont notamment pour mission de déposer 4 hommes de l’ISLD avec un émetteur radio dans le secteur de Regima et de les ramener à la fin de leur mission. Elles doivent également rejoindre un point de rendez-vous à l’ouest de Mechili pour y apporter deux millions de lires à Peniakoff et ramener Chapman et autant d’hommes que Peniakoff désire, dans la limite de 30. La dépression de Qattara est franchie le 6 août. Les hommes de l’ISLD sont déposés à Umm el Schechaneb le 11 août. Le contact est établi avec Peniakoff et 20 de ses hommes embarquent pour le voyage de retour. Le 29 août, la patrouille R1 quitte Koufra pour entreprendre le long voyage jusqu’à Tarhuna, dans le secteur duquel doivent être déposés le Lieutenant Losco et trois hommes de l’ISLD. La mission se déroule comme prévue.

Le 23 août 1942, une conférence tenue au quartier-général décide entre-autres que la composante militaire du G (R) ne doit pas entreprendre de reconnaissance en temps que telle, puisque c’est la mission dévolue à l’ISLD. En revanche, elle peut faire part de toute information glanée à ce propos au cours de ses activités sur les arrières de l’ennemi. En octobre-décembre 1942, alors que Rommel est vaincu à El Alamein et que débute sa grande retraite vers la Tunisie, le LRDG continue ses missions de taxi pour l’ISLD, le G(R) et les hommes de Peniakoff, notamment en Tripolitaine, à Bir Tala, au sud-ouest de Misurata, et à Buerat. En janvier 1943, quittant Zella, 6 hommes de la PPA accompagnent la patrouille S1 dans le sud tunisien, à proximité de l’Algérie. Peniakoff et ses hommes font des raids dans le secteur d’Esc-Sciuref. Ils établissent un dépôt d’essence avec la patrouille T2 et la section lourde du LRDG. Toutefois, le 27 janvier, des avions de l’Axe attaquent les bases d’opérations de la patrouille T2 et de la PPA. Cinq jeeps seulement sont encore en état, dont 2 du LRDG. Les survivants se mettent en route vers le secteur de la 1st Army et parviennent à Tébessa. En février 1943, la patrouille S2 arrive à Tozeur où elle doit convoyer le Captain Grandguillot, un opérateur-radio et quatre Arabes avec leur équipement. En route, elle découvre les carcasses des engins de la patrouille T2. Le 16 février, alors qu’il se trouve en opération, des méharistes français informent Grandguillot que Tozeur est tombé, suite à l’offensive de Rommel vers Gafsa. La patrouille longe alors l’Erg Oriental. Afin d’éviter un fort parti de soldats italiens montés sur dromadaires, les raiders doivent traverser les dunes où le terrain et la progression sont plus difficiles.