Tempête du 19 juin 1944

La tempête du 19 juin

Du 19 au 22 juin, une tempête menace la chaîne logistique alliée, les intempéries mettant sérieusement en péril le ravitaillement de la tête de pont. Le talon d’Achille des lignes de communications alliées réside en effet dans la nécessité d’assurer un approvisionnement par voie maritime depuis l’Angleterre. Si la puissance de la tempête semble avoir été exagérée (vent nord-est de force 6 et rafales à 7/8), ses conséquences sont notables. Sérieusement endommagé, le port artificiel d’Omaha doit être démantelé au profit du seul Mulberry B d’Arromanches. Près de 800 embarcations sont jetées à la mer ou sombrent, provoquant le chaos au sein des unités de la logistique. Les réserves des dépôts alliés sont sévèrement limitées et l’espoir de remédier au manque chronique de munitions d’artillerie s’envole définitivement. Dans ces conditions, l’activité sur le front américain doit être réduite au profit de la seule poussée vers Cherbourg. La nécessité impérieuse de s’emparer de ce port apparaît ainsi avec d’autant plus d’acuité. Pourtant, la puissance de feu des Alliés et la pression exercée sur l’ensemble du front sont telles que les effets de la tempête passent inaperçus dans le camp allemand. Ce répit inespéré n’est donc pas mis à profit par Rommel pour mener une contre-attaque d’envergure. De leur côté, les Britanniques sont également contraints de marquer le pas alors que le dispositif ennemi est encore très fragile.

Raiders du Désert (8)

RALPH BAGNOLD, Le père du LRDG

Les hommes de Bagnold

Les jeunes années

Ralph Bagnold est né à Devenport, en Angleterre, en 1896. Son père, officier des Royal Engineers (le génie) a servi en Egypte et au Soudan. Bagnold suit la voiede son père. Il devient gentleman cadet à l’école militaire de Woolwich. En 1915, il rejoint les Royal Engineers au sein duquel il combat en France dans la Somme, à Ypres et à Passchendaele. Après la Première Guerre mondiale, il reprend les études et suit le Tripos d’ingénieurie à Cambridge. Il retourne cependant à l’armée.

 

La découverte du désert

Ralph Bagnold est posté en Egypte en 1926. Il devient alors un des pionniers de l’exploration du désert au Moyen-Orient. Dès les années 20, avec d’autres officiers en poste au Caire, il multiplie les escapades dans le désert, avant tout en Egypte. Les vastes étendues désolées qui recouvrent la majeure partie de ce pays sont alors largement inconnues. Certes, l’armée britannique -en l’occurence les Light Car Patrols– y a lancé des expéditions punitives contre les Senoussis pendant la Première Guerre mondiale. Mais tout reste à apprendre. Bagnold réalise la première traversée du Sinaï en véhicule automobile depuis la guerre. Il s’illustre plus particulièrement au cours des sorties organisées dans le désert libyque, appelé encore le Désert Occidental. Envoyé en Inde puis posté au Nord de l’Angleterre, Bagnold parvient néanmoins à obtenir l’autorisation pour organiser une expédition qui lui vaudra une médaille de la part de la Royal Geographical Society en 1934. Son expérience de la conduite dans le désert est sans équivalent. Débouté de l’armée comme invalide permanent suite à des troubles digestifs liés au service sous les Tropiques, Bagnold démarre une carrière scientifique à l’Imperial College de Londres. Son objet de recherche: comprendre le mouvement et la formation des dunes. Pour ce faire, il met au point les premières expérimentations utilisant une soufflerie. Il retourne alors dans le désert égyptien, explore le Gilf Kebir et le Gabal Uweinat ainsi que la mer de sable de Selima. Il retourne dans le désert en 1938 et publie l’anéne suivante The Physics of Blown Sand and Desert Dunes.

 

La création d’une unité mythique

Bagnold retourne sous les drapeaux avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Il est alors Major. L’armée britannique, dans toute sa sagesse, le met en poste au Kenya au lieu de chercher à tirer profit de ses connaissances sur le désert en le nommant au Moyen-Orient. Par chance, le transport de troupes Franconia, qui l’emmène en Afrique de l’Est, entre en collision avec l’Alcantara. A caue des avaries, les passagers sont contraints de descendre dans un port égyptien. Bagnold file alors au Caire où un journaliste le reconnaît au fameux hôtel Shepheard. Un article de l’Egyptian Gazette a tôt fait de faire connaître sa présence au Caire et de rappeler ses exploits passés. Tout ceci n’aurait eu guère d’importance si le General Wavell, futur commandant en chef au Moyen-Orient, n’avait eu sous ses yeux ledit journal. Wavell s’inquiète des conséquences que pourraient avoir une entrée en guerre de l’italie et entend se préparer à toute éventualité. S’enquiérant auprès de Bagnold lui-même de sa connaissance ou non du Kenya, Wavell comprend que le Major serait plus utile en Egypte et le fait muter. Bagnold est nommé à Mersa-Matrouh, non loin d ela friontière avec la Libye italienne. Que se passerait-il si les Italiens parvenait à saisir le barrage d’Assouan ou attaquer Wadi Halfa depuis Koufra et Uweinat? Les Italiens n’ont-ils pas eux ausi effectué bien des reconnaissances dans le désert? Pour répondre à cette menace, Bagnold imagine de mettre en place un système de patrouilles dans le désert. Proposition rejetée par le QG du Caire.

Toutefois, l’arrivée de Wavell au poste de commandant en chef au Moyen-Orient change la donne. Dans les jours qui suivent le moment où Wavell prend connaissance de sa proposition, Bagnold est introduit dans le bureau de Wavell. Celui-ci accepte de lui donner carte blanche pour mettre sur pied une petite unité dans l’espace de six semaines. Le rôle de celle-ci serait de surveiller les mouvements de l’ennemi au-delà de la Grande Mer de Sable et de fournir le maximum de renseignements qui seront utiles pour préparer la future campagne contre les Italiens. Bagnold n’a que peu de temps. Sa proposition est acceptée le 23 juin 1940. Le 5 août, le Long Range Patrol (c’est le premier nom donné à l’unité) effectue son premier voyage d’entraînement. Le 27 du même mois, l’unité est prête pour passer à l’action.

Bagnold a battu le rappel de ses anciens compagnons d’équipées à travers le désert, tous promus à la célébrité au sein de la nouvelle unité: Bill Kennedy Shaw, Pat Clayton et Guy Prendergast. Il faut recruter des volontaires au sein de l’armée. Chaque patrouille devra compter 5 véhicules et entre 15 et 18 soldats. Les membres de la nouvelle unité devront être de nature sociable et être capable d’endurer la soif, la faim et la chaleur. Ils devront en outre supporter l’inconfort de longs trajets et supporter l’idée de passer de longues périodes derrières les lignes ennemies et être traqués en permanence. Solidement constitués et habitués à vivre au grand air, les Australiens et les Néo-Zélandais semblent être les candidats idéaux.

Il va falloir naviguer de nuit, à l’aide étoiles. Aussi Bagnold réquisitionne-t-il les almanachs. Pour assurer un bon , les théodolites s’avèrent indispensables: l’armée britannique au Moyen-Orient n’en fournit qu’un seul un autre étant procuré par George Murray du Desert Surveys et un troisième est acquis à Nairobi. Enfin, il faut se doter de compas solaires: ceux-ci sont fournis par l’armée égyptienne qui s’est constituée un stock du modèle mis au point par bagnold lui-même avant guerre. C’est aussi l’armée égyptienne qui accepte de se séparer de 19 camions Chevrolet 30 cwt, 15 autres provenant du concessionnaire Chevrolet établi au Caire.

 

Au combat

Bagnold est décidé à faire un bluff: faire croire aux Italiens que ses forces sont plus considérables qu’en réalité. Début septembre 1940, Bagnold accompagne le LRP jusqu’à Ain Dalla. Bagnold et Shaw montrent à leurs hommes comment s’y prendre pour négocier le passage des dunes et éviter les pièges que recellent les sables. Bagnold prend ensuite l’avion pour Fort-Lamy, au Tcahd, où il est mis en relation avec le gouverneur, Félix Eboué, et un officier français qui ne demande qu’à en découdre, le colonel d’Ornano. Les Français et les Britanniuques conçoivent et lancent des raids en commun: contre Mourzouk et sur Koufra. Ce dernier oasis, pris par Leclerc, devient la base du Long Range Desert Group (LRDG), ainsi qu’a été rebaptisée l’unité, jusqu’alors basé dans la citadelle de Saladin, au Caire. L’oasis de Siwa sera également l’une des principales bases opérationnelles du LRDG. Toutefois, dès août 1941, Bagnold, promu colonel quitte le service opérationnel sur le terrain.Le GQG du Caire a en effet besoin d’un conseiller avisé pour les opérations menées dans les profondeurs du désert auprès. La relève est assurée par Guy Prendergast. Il est alors promu à un travail d’état-major au Caire, présidant à l’expansion du LRDG, le recrutement et l’entraînement des nouvelles recrues. Une unité de réparation et d’intendance du Royal Army Ordnance Corps est ainsi mise sur pied au profit du LRDG. Bagnold, affecté à la section opération du quartier général, coiffe sous sa responsabilité toutes les opérations indépendantes dans le désert.

 

Après-guerre

Bagnold, devenu brigadier, quitte l’armée en 1944. Sa remarquable carrière scientifique est récompensée par de nombreux prix. Il devient consultant, notamment pour tout ce qui a trait aux dunes et au sable. Ce qui a de remarquable chez cet homme, c’est qu’il est demeuré un chercheur scientifique jusqu’à la fin de ses jours, publiant les résultats de ses travaux jusqu’à près de 90 ans. En 1981, il est employé à la NASA en qualité d’expert pour faire part de son analyse des vents de sables sur la planète Mars. Ralph Bagnold s’éteind en 1996, à l’âge honorable de 94 ans.