8th Army 1941-1943 (4)

Australiens à El Alamein

L’armée des Indes et les forces des Dominions

S’il a bien été de tout temps une armée composite, il s’agit bien de l’armée britannique. La 8th Army ne fait en aucune manière exception. Aux contingents anglais, écossais, gallois et irlandais s’ajoutent les alliés français, grecs, polonais et tchécoslovaques, les troupes des Dominions australiennes, néo-zélandaises et sud-africaines, ainsi que les forces provenant des colonies et de l’empire, à savoir des unités de l’armée des Indes, de Rhodésie et du Soudan. Si les contingents alliés restent modestes, ils n’en tiennent pas moins un rôle politique essentiel pour leurs nations, mais aussi militaire : songeons aux Français à Bir Hakeim ou aux Polonais et aux Tchécoslovaques à Tobrouk.

Maoris de la 2nd NZ Division

Les relations entre les officiers britanniques et leurs homologues des Dominions sont parfois difficiles et les commandants de la 8th Army doivent compter avec des subordonnés pouvant en référer à leurs gouvernements respectifs. L’Australien Morshead et le Néo-Zélandais Freyberg ont ainsi une grande latitude pour faire part de leur réticences à l’emploi de leurs divisions, une possibilité qui n’exitse pas pour les Sud-Africains ui ne peuvent en appeler à leur gouvernement en cas de litige avec le haut-commandement britannique. Les troupes australiennes, néo-zélandaises et sud-afriacines ont aussi pour point commun de ne pas disposer de réserves humaines inépuisables en raison, d’une part, du potentiel démographique relativement limité des Dominions concernés, et, d’autre part, en ce qui concerne les Australiens et les Néo-Zélandias, de la nécessité de pourvoir à l’effort de guerre contre le Japon. Corollaire direct, il est impossible d’amalgamer ces troupes entre-elles. ce cosntat vaut aussi pour les forces alliées présentes dans le désert et l’armée des Indes dont les contingents respectifs ne peuvent en aucun cas être mixés au sein d’unités communes.

Soldats de l’armée des Indes

L’armée des Indes se distingue des troupes des Dominions par sa composition particulière. Les Indes appartenant à l’Empire britannique, son statut est différent des armées des Dominions. En effet, dans chaque brigade, un bataillon sur trois est exclusivement composé de Britanniques, qui forment également en général les effectifs des unités d’artillerie. En outre, les officiers supérieurs sont toujours britanniques. L’armée des Indes est très prisée sur les fronts du Moyen-Orient, en raison de son entraînement et de sa résolution au combat. En outre, les unités qui ont été engagées sur la frontière du Nord-Ouest aux Indes sont accoutumées à une longue absence de la maison et au terrain désertique. La phase d’acclimatation est en effet très rapide pour les unités indiennes. La contribution de l’armée des Indes à la guerre du désert sera de première importance avec la mise en lice de trois divisions (4th ,5th et 10th ) et une grande unité, la 4th division indienne, participe au combat de juillet 1942 à El Alamein, enregistrant 3 000 pertes. Au total, les pertes des divisions indiennes en Afrique du Nord s’élèveront à 15 248 hommes, dont 1 299 tués, 3 738 blessés, 419 disparus et 9 792 prisonniers.

Contrairement à ce qu’il s’était passé en 1914, la déclaration de guerre de 1939 n’entraîne pas automatiquement celle ces Dominions, qui restent libres de leur décision. L’Australie et la Nouvelle-Zélande déclarent cependant la guerre le même jour que le Royaume Uni et, en dépit de la menace que laisse planer l’empire du Japon sur le Pacifique, leur rôle dans la guerre en Méditerranée sera conséquent. Les Australiens ont une très haute opinion de leur capacité combative et de leur qualité de combattants. La discipline laisse à désirer dans leurs unités si on se réfère aux standards britanniques. Mais le soldat australien fait beaucoup plus preuve d’initiative sur le terrain et sait ce qu’on attend de lui sans qu’il soit nécessaire qu’un supérieur lui donne des ordres. Les relations avec les supérieurs sont très informelles et décontractés, de même que la tenue. Par ailleurs, le soldat australien, le « Digger » ou « Aussie », est bien mieux payé que son frère d’arme britannique. La participation des troupes australiennes à la campagne du désert sera déterminante et elles comptent parmi les plus vaillantes des forces alliées, forçant le respect de l’ennemi. Le plus brillant fait d’armes qui leur est rattaché restant bien sûr l’héroïque et décisive résistance qu’elles offrirent à Tobrouk en 1941, sous le commandement du général Leslie Morshead La 9th Division participe à la bataille d’El Alamein de juillet à novembre 1942. L’offensive de Monty lui coûte 1 225 tués, 3 638 blessés et 946 prisonniers.

Les Néo-Zélandais jouissent d’une aussi bonne réputation que les Australiens en matière d’efficacité au combat. A l’instar de la situation qui prévaut au sein des unités australiennes, les relations entre les officiers et les hommes du rang chez les Néo-Zélandais sont en général très décontractées. La plupart des soldats néo-zélandais respectent leurs officiers et les considèrent comme leurs égaux et sont capables de les remplacer. Les premières troupes néo-zélandaises parviennent au Moyen Orient dès février 1940 et compteront parmi les unités les plus efficaces et les plus pugnaces de l’armée britannique. A l’issue des campagnes tragiques de Grèce et de Crète, l’unique division que la Nouvelle-Zélande déploie sur le théâtre d’opération méditerranéen va s’illustrer en Afrique du Nord, y enregistrant de nombreuses pertes, 21 496 hommes sur 43 800 hommes envoyés au Moyen Orient (chiffre de février 1942). Australiens et Néo-Zélandais ne souffrent d’aucuns complexes d’infériorité vis-à-vis des Allemands et ils s’estiment tout à fait capables de les vaincre. Ils le prouveront à plusieurs reprises.

Les Sud-Africains participent à la guerre du désert efficacement tout en n’atteignant pas la renommée de leurs compagnons d’armes australiens et néo-zélandais. Ils ne jouissent malheureusement pas d’un commandement aussi efficace. Mais ils tiennent cependant un rôle de premier plan dans la victoire en Afrique orientale avant de rejoindre la 8th Army. La reddition de Tobrouk le 21 juin 1942 leur porte un coup sévère en annihilant la 2nd Infantry Division. La 1st Infantry Division participe aux deux batailles d’El Alamein avec efficacité, bien qu’étant reléguée à un rôle de second plan, sauf au début juillet et lors du déclenchement de l’offensive de Montgomery le 23 octobre.

Soldat sud-africain portant le casque colonial caractéristique de sa nationalité

Si toutes ces troupes de Dominions tendent à éprouver quelque ressentiment à l’égard des Britanniques, les relations entre elles sont loin d’être cordiales. Elles sont en réalité particulièrement tendues en ce qui concerne les Australiens et les Sud-Africains. C’est ainsi qu’un incident éclate dans un bar du Caire entre des soldats des deux armées. Tandis que des Sud-Africains entre dans l’établissement où sont déjà attablés des Australiens, un Sud-Africain se voit offrir une chaise par un Australien qui s’enquiert de son air fatigué, lui demandant si la raison est le fait qu’il ait couru depuis Tobrouk ? L’altercation qui s’ensuit est en fait une des plus spectaculaires bagarres qui aient eu lieu dans un bar au Moyen-Orient. Les unités britanniques ne sont pas elles mêmes exemptes de tensions, les Ecossais et les Gallois marquent leurs différences avec les Anglais, qui eux-mêmes se divisent entre Anglais du Nord et ceux du Sud. Les Irlandais forment un groupe à part, ayant tendance à ne parler qu’entre eux. Enfin on note une distinction qui se fait entre troupes régulières et les appelés des unités du temps de guerre. Une dure réalité avec laquelle doit compter le chef de la 8th Army.

Pour ne s’en tenir qu’aux hommes -puisque le matériel made in USA à l’instar des M4 Sherman tient un rôle essentiel dans l’équipement- le constat est donc évident : la 8th Army n’est pas seulement une armée venant de Grande Bretagne, c’est une armée du Commonwealth appuyée de quelques contingents alliés. Un constat similaire pourrait être fait à propos de la Desert Air Force et des autres forces aériennes engagées en soutien de cette 8th Army au cours de la campagne.