Recension: Vérités officielles

Par Jean-Baptiste Pattier (Vendémiaire, 2012)

Un travail peu banal et sérieux qui mérite d’être salué. Néanmoins, l’absence d’iconographie est décevante: aucun exemple de page de manuel scolaire… Quels textes? Quelles images? Quelles légendes? L’auteur accorde trop de place à rappeler des événements de la guerre concernant les pays considérés, au lieu de concentrer son propos sur la seule transmission par l’école de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il aurait été bienvenu de mettre en parallèle la diffusion du souvenir de la guerre par d’autres biais (films, commémorations, jouets…) dans les pays considérés, et selon les époques, mais on ne peut en faire le reproche à l’auteur car ce n’est pas là l’exact propos de son livre. Par ailleurs, quels sont les niveaux concernés et combien d’heures sont accordées à la Seconde Guerre mondiale dans les programmes? Est-elle au bac?On y apprend cependant des détails intéressants (ex: quels bombardements sont évoqués dans les manuels, selon la date et selon le pays considéré; la façon dont la Shoah est abordée), mais l’ensemble est bien court: 166 pages en comptant les généralités et les faits précédemment exposés. J’aurais aimé davantage de pages et d’explications sur l’histoire militaire telle qu’elle est enseignée, et pourquoi; des détails sur les biographies des grands personnages: comment sont-ils présentés? La manière dont on présente le conflit en Allemagne, en Italie ou en Angleterre, etc, est intéressante, mais j’aurais préféré une approche par pays, avec plus d’exemples concrets et davantage de réflexion pour expliquer les choix. enfin, l’auteur qui n’est pas un praticien de l’enseignement comme moi, devrait savoir qu’un manuel n’est qu’une interprétation d’un programme, non le programme. De plus, un professeur à toute latitude pour employer les moyens dont il dispose (ce qui va bien au-delà du manuel: Power Point, DVD, internet, etc) pour transmettre un savoir et/ou un savoir-faire. Il faut aussi ternir compte qu’on peut en dire infiniment plus que ne l’exige le programme (qui sont tellement creux…) et qu’il faudra non seulement tenir compte du pays où on enseigne la 2e GM (la Pologne n’a pas eu la même expérience que le Royaume-Uni), mais aussi la période (ainsi lorsqu’on évoque la Résistance en France, ce que montre bien l’auteur), de même que la personnalité de l’auteur (certains ont des options politiques déviantes qu’ils ont bien des difficultés à dissimuler en cours, hélas…). Ceci étant, Jean-Baptiste Pattier nous gratifie d’un ouvrage sans équivalent et qu’il faut lire. On notera des tableaux intéressants en annexes.

Recension: Forgotten Armies

Par Christopher Bayly et Tim Harper

La guerre en Asie-Pacifique me passionne, particulièrement les fronts qui mettent en jeu les forces de l’empire britannique. Plutôt que les sempiternelles batailles de Stalingrad, Bir Hacheim et autres Pearl Harbor, voici un livre qui narre par le menu l’histoire d’armées passées dans l’oubli de l’Histoire. Il y est beaucoup question de politique, puisque plusieurs de ses forces sont apparues avec l’irruption des troupes de l’Empire du Soleil Levant dans le sud-ouest asiatique. La question des populations civiles, ainsi que celle des exactions subies amis aussi leur vie quotidienne sont abordées longuement. L’attitude des différents peuples vis à vis des Britanniques et des Japonais ainsi que leurs relations, parfois très conflictuelles, n’est pas oublié. On y rencontre des personnages comme Aung Sang, Ba Maw ou encore Chandra Bose, ainsi que des unités très peu connues. Alors que le conflit se termine, l’auteur traite des conséquences sur l’après-guerre. Une très belle étude.

 

TABLE DES MATIERES

‪ PROLOGUE, PART I : ESCAPING COLONIALISM 1
‪AUNG SANS FAR EASTERN ODYSSEY 9
‪SIGNOR MAZZOTTA FLEES TO BERLIN 15
‪MR TAN KAH KEE VISITS MAO 19
•  PROLOGUE, PART II : JOURNEYS THROUGH EMPIRE 30
‪A MALAYAN PASTORALE 37
‪THE NEW WORLD OF SINGAPORE 50
‪MALAISE 59

 

1: 1941 : LAST OF THE INDIAN AND BURMESE DAYS 71
‪INDIA ON THE BRINK 72
‪INDIAN POLITICS AS USUAL? 78
‪BURMA UNREADY 81
‪THE WORLD OF THE HILLS AND THE TRIBES 83
‪DORMANSMITH REACHES HIS BACKWATER 85
‪BURMESE AND OTHERS 89
‪THE GOVERNOR AND THE POLITICIANS 96
2: 1942 : A VERY BRITISH DISASTER 106
‪THE ARROW LEAVES THE BOW 113
‪THE BATTLE OF MALAYA 126
‪THE MODERN POMPEIIANS 131
‪FLOTSAM AND JETSAM 144
3 :1942 DEBACLE IN BURMA 156
‪FROM SCORCHED EARTH TO GREEN HELL 167
‪BURMAS FALSE DAWN 178
‪DEATH OF THE INNOCENTS 181
‪WOULD INDIA HOLD? 190
‪THE LUSHAI LEVIES 197
‪THE NAGAS THE KACHINS AND THE ANTHROPOLOGISTS 202
‪AN UNNOTICED TURNING POINT 206
4 :1942 THE ABYSS AND THE WAY BACK 208
‪THE NEW MALAI 217
‪BURMA IN LATE 1942 230
‪INDIA ABLAZE 244
‪THE FORGOTTEN ARMIES MOBILIZE 253
5 :1943 VALLEYS OF THE SHADOW OF DEATH 269
‪UNEASY ALLIES 270
‪ANOTHER FIASCO IN ARAKAN 272
‪INDIA IN THE DOLDRUMS 276
‪THE GREAT STARVATION 282
‪THE SLOW FIGHT BACK BEGINS 291
6: 1943 PERSONAL WARS 307
‪THE SPIRIT OF ASIA AND THE MALAY NATION 315
‪THE SECOND COMING OF THE INDIAN NATIONAL ARMY 321
‪LIFE IN THE TIME OF TAPIOCA 327
‪LIFE WITHOUT SALT 336
‪WAR BY PROXY 343
‪TOKYO CAIRO AND TEHRAN 356
‪7 :1944 THE PIVOT OF THE FIGHTING 360
‪INDIA ON THE OFFENSIVE 362
‪IMPHAL AND KOHIMA 370
‪THE POLITICS OF WAR 383
‪JAPANS FORGOTTEN ARMY 388
‪8:1944 THE NEMESIS OF GREATER EAST ASIA 393
‪HEROISM AND MURDER IN THE HILLS 394
‪THE CRUMBLING OF FREE BURMA 396
‪ROADS TO THE DEATH RAILWAY 405
‪SILENT ARMIES 409
‪THE PENINSULAR WAR 414
‪NEW BALLS AT WIMBLEDON 419
‪9 :1945 FREEDOMS WON AND LOST 423
‪INDIA MOBILIZED 424
‪BA MAWS LAST STAND 427
‪AUNG SANG REVOLT 433
‪RANGOON FALLS AGAIN 435
‪THE FADING LIGHT OF THE NEW ASIA 448
9 :AUGUST 1945 AN END AND A BEGINNING 456
‪FINAL JOURNEYS DOWN THE CRESCENT 457
‪FORGOTTEN ARMIES FORGOTTEN WARS 462
Notes 465
Bibliography 517
 
Index 535

 

El Alamein Museum: 8th Army

Recension: The British Defence of Egypt

De Steven Morewood, Routledge, 2014 (Frank Cass, 2005)

Un livre très documenté qui sort de l’ordinaire et qui nous permet de bien appréhender les événements de l’avant-guerre et notamment la politique de l’appeasement, si chère à Neville Chamberlain. On comprend comment les perspectives de guerre avec l’Italie, l’Allemagne et le Japon ont influé sur la politique britannique en Méditerranée et, partant, sur les relations anglo-égyptiennes. L’importance du canal de Suez et ses conséquences sur la présence britannique en Egypte sont clairement expliquées par l’auteur, qui relate les tractations entre les gouvernements égyptien et britannique ainsi que les discussions entre les responsables militaires et politiques britanniques en Angleterre et en Egypte. Morewood nous explique par ailleurs l’évolution du dispositif défensif en Egypte et en Méditerranée, ainsi que les plans de guerre dressés avec les Français. la crise de Munich et celle d’Abyssinie prennent ici une nouvelle perspective. A recommander pour tous les passionnés de la Seconde Guerre mondiale.

Sommaire:

Introduction: Defending Egypt in the Era of Appeasement

The Lingering Strategic Significance of Egypt – The Appeasement Debate and Egypt

– The Nature of the Italian Threat to Egypt – Sir Miles Lampson and the Security of

Egypt – The Decision – Making Process.

I/ The Defence of Egypt in the Interwar Period: Strategic Imperatives and Rationale

No Surrender – The Role of Egypt in Imperial Defence.

II/ The Defence of Egypt and the Onset of the Italo-Abyssinian Emergency

The Emergence of the Italian Threat – The Origins of the Italo-Abyssinian Crisis: the Egyptian Dimension –

The British Response to the Growing Abyssinian Crisis – The Position in Egypt – Countdown to War.

III/ Defending Egypt during the Italo-Abyssinian Emergency: First Phase, August – December 1935

Policy Imperatives and Dilemmas – Preparations for War – A Clash of Attitudes: The Men on the Spot and the

Chiefs of Staff – The Imperial Defence Dimension and the Hoare-Laval Pact.

IV/ Defending Egypt during the Italo-Abyssinian Emergency: Second Phase, January – July 1936

The Capacity to Defend the Egyptian Power Base – Too Far Too Fast – An Oil Embargo: So near and yet so far

– The Suez Canal Closure Issue – The End of the Emergency.

V/ The Making of the 1936 Anglo-Egyptian Treaty of Friendship and Alliance: The Military Aspects

Early Efforts to Conclude a Treaty, 1924-1930 – Commencing Negotiations – The Negotiations: First Phase –

The Negotiations: Middle Phase – The Negotiations: Final Phase – An Assessment.

VI/ Securing an Exposed Flank: The Defence of Egypt through Diplomacy, June 1936-April 1938

The Debate over the Way Forward – Defence Planning Priorities and Egypt – Assessing the Italian Threat –

From Eden’s Resignation to the Easter Pact.

VII/ ‘Bloodless War’

Prelude to the Munich Agreement – The Mediterranean Dimension of the Munich Crisis – The Aftermath –

Bloodless War Begins – Preparing for War – Improving the Intelligence Picture.

VIII/ The Approach of War in the Mediterranean

A Summer of Tension – Anglo-French Incongruity – Preparing for Battle – War Comes Closer – The Onset of

War.

IX/ Implementing the Treaty of Friendship and Alliance: Anglo-Egyptian Relations, 1937-1940

Implementing the Treaty: Immediate Achievements and Complications – A Changed Leadership – Munich and

After – The Power Struggle in Egypt – The Lead Up to War in Europe – Egypt Stays Out – The Lead Up to War

in the Mediterranean – The Removal of Ali Maher.

X /The Suez Canal and the Defence of the Far East, 1919-1941

The Origins of the Suez Canal Defence Plan – The Suez Canal Defence Plan – The Suez Canal Defence Plan

and Interwar Crises 1937-1939 – The Advent of War in the Mediterranean – The Canal at War – Italo – German

– Japanese Motives for Closing Suez.

XII/Conclusion

 

8th Army 1941-1943 (6)

 

FFL de la Légion, « Box » de Bir Hacheim

Les « Boxes »

Cette organisation marque particulièrement l’ordre de bataille britannique pour la bataille de Gazala. Un « box » consiste en fait en un périmètre défensif défendu par une brigade d’infanterie à couvert dans des tranchées protégées par des barbelés et des champs de mines. Le « box » est sensé mettre l’infanterie à l’abri des blindés ennemis grâce à ces retranchements et aux points d’appuis antichars et d’artillerie qui renforcent sa défense. Le problème pour les Anglais est l’absence de coordination entre les composantes d’une division, les « boxes » sont souvent trop éloignés les uns des autres pour se fournir un soutien mutuel. Si les « boxes » permettent une défense tout azimut et règlent le problème du manque de transport pour toutes les unités d’infanterie, les armes lourdes, disséminées, ne sont donc nulle part disponibles en assez grand nombre. Cette répartition des unités est une des causes du désastre de la bataille de Gazala et de la chute de Tobrouk en mai-juin 1942. Cependant, si en théorie les Army Tanks Brigades et les Armoured Division doivent manœuvrer pour venir à leur secours et détruire les Panzer, les « boxes », trop faibles pour résister à un assaut résolu, seront généralement anéantis les uns après les autres. La défense remarquable du « box » de Bir Hacheim démontre ce qu’une unité d’infanterie déterminée et résolue est capable de réaliser et reste exemplaire. Les combats ardus menés par l’Afrika Korps pour la destruction du « box » de la 150th Brigade sur la ligne de Gazala et, plus encore, contre celui de la 18th Indian Brigade à Deir el Shein à El Alamein prouvent cependant que les « boxes » ne permettent pas de remporter la décision. Au moment d’El Alamein, Auchinleck a bien saisi l’importance de maintenir les unités d’infanterie mobiles, y compris celles qui sont affectées à la défense d’un « box ». Auchinleck prend donc la décision controversée de motoriser l’intégralité de son infanterie en redéployant sur le Delta les unités ne pouvant pas être transportées par le parc de véhicules alors existant. Auchinleck attend un soutien mutuel et réciproque entre les divisions et les corps de son armée et ne veut en aucune façon qu’une brigade d’infanterie reste immobile et livrée à elle-même bien que la conception des « boxes » ne soit pas abandonnée.

   

 

8th Army 1941-1943 (5)

« Jock » Campbell, le héros de Sidi Rezegh

Jocks Columns

C’est par ce nom, lié au Brigadier « Jock » Cambell, du Royal Horse Artillery au sein du Support Group de la 7th Armoured Division, que l’on désigne des unités interarmes de petites tailles. Elles regroupent le plus souvent une compagnie d’infanterie, une batterie de 8 pièces de 25 livres, des automitrailleuses ainsi que des éléments antiaériens et antichars, voire des blindés légers. Ces détachements très mobiles doivent harceler l’ennemi tout en empêchant celui-ci de mener à bien ses reconnaissances au sol. Le concept est issu des premières confrontations face aux Italiens, lorsqu’hommes et matériels à la disposition de Wavell sont encore très limités. L’apparente réussite qu’on attribue aux Jocks Columns font qu’elles perdurent jusqu’à la prise de commandement de Montgomery, en août 1942. Certains officiers subalternes y sont favorables car elles leur permettent d’accéder à un commandement indépendant. Il s’avère que les succès face aux Italiens sont surévalués, ce qui cause de sérieuses déconvenues dès qu’il s’agit d’affronter l’Afrika Korps. Les détracteurs du système insistent sur la dispersion insensée de l’artillerie au détriment de la concentration de la puissance de feu ainsi que sur la faiblesse évidente d’une Jock Column face à un ennemi bien armé. En outre, les officiers qui servent au sein de ces colonnes prennent la fâcheuse habitude de combattre selon des manœuvres d’esquives et d’attaques subites et rapides, pratiques qui peuvent alors les dérouter lorsqu’il s’agit de combattre sur des positions établies. Certes, les Jocks Columns opèrent des raids de harcèlement réussis au détriment des colonnes de ravitaillement de Rommel au moment où celui-ci se lance dans son attaque téméraire vers la frontière et le « Wire ». Devant les difficultés observées, Auchinleck décide qu’elles seront employées uniquement en coordination avec les unités de reconnaissance, en avant de positions défensives et selon des plans préétablis, et non au hasard des rencontres avec l’ennemi. La pratique des Jocks Columns reste pourtant très présente si on en juge par le déploiement des troupes britanniques sur la frontière après le second encerclement de Tobrouk : les forces disponibles sont dispersées en une douzaine de groupements ! A Mersa Matrouh, les colonnes « Gleacol » et « Leathercol » ne peuvent pas grand chose pour arrêter Rommel et représentent encore un gaspillage de forces.

 

8th Army 1941-1943 (4)

Australiens à El Alamein

L’armée des Indes et les forces des Dominions

S’il a bien été de tout temps une armée composite, il s’agit bien de l’armée britannique. La 8th Army ne fait en aucune manière exception. Aux contingents anglais, écossais, gallois et irlandais s’ajoutent les alliés français, grecs, polonais et tchécoslovaques, les troupes des Dominions australiennes, néo-zélandaises et sud-africaines, ainsi que les forces provenant des colonies et de l’empire, à savoir des unités de l’armée des Indes, de Rhodésie et du Soudan. Si les contingents alliés restent modestes, ils n’en tiennent pas moins un rôle politique essentiel pour leurs nations, mais aussi militaire : songeons aux Français à Bir Hakeim ou aux Polonais et aux Tchécoslovaques à Tobrouk.

Maoris de la 2nd NZ Division

Les relations entre les officiers britanniques et leurs homologues des Dominions sont parfois difficiles et les commandants de la 8th Army doivent compter avec des subordonnés pouvant en référer à leurs gouvernements respectifs. L’Australien Morshead et le Néo-Zélandais Freyberg ont ainsi une grande latitude pour faire part de leur réticences à l’emploi de leurs divisions, une possibilité qui n’exitse pas pour les Sud-Africains ui ne peuvent en appeler à leur gouvernement en cas de litige avec le haut-commandement britannique. Les troupes australiennes, néo-zélandaises et sud-afriacines ont aussi pour point commun de ne pas disposer de réserves humaines inépuisables en raison, d’une part, du potentiel démographique relativement limité des Dominions concernés, et, d’autre part, en ce qui concerne les Australiens et les Néo-Zélandias, de la nécessité de pourvoir à l’effort de guerre contre le Japon. Corollaire direct, il est impossible d’amalgamer ces troupes entre-elles. ce cosntat vaut aussi pour les forces alliées présentes dans le désert et l’armée des Indes dont les contingents respectifs ne peuvent en aucun cas être mixés au sein d’unités communes.

Soldats de l’armée des Indes

L’armée des Indes se distingue des troupes des Dominions par sa composition particulière. Les Indes appartenant à l’Empire britannique, son statut est différent des armées des Dominions. En effet, dans chaque brigade, un bataillon sur trois est exclusivement composé de Britanniques, qui forment également en général les effectifs des unités d’artillerie. En outre, les officiers supérieurs sont toujours britanniques. L’armée des Indes est très prisée sur les fronts du Moyen-Orient, en raison de son entraînement et de sa résolution au combat. En outre, les unités qui ont été engagées sur la frontière du Nord-Ouest aux Indes sont accoutumées à une longue absence de la maison et au terrain désertique. La phase d’acclimatation est en effet très rapide pour les unités indiennes. La contribution de l’armée des Indes à la guerre du désert sera de première importance avec la mise en lice de trois divisions (4th ,5th et 10th ) et une grande unité, la 4th division indienne, participe au combat de juillet 1942 à El Alamein, enregistrant 3 000 pertes. Au total, les pertes des divisions indiennes en Afrique du Nord s’élèveront à 15 248 hommes, dont 1 299 tués, 3 738 blessés, 419 disparus et 9 792 prisonniers.

Contrairement à ce qu’il s’était passé en 1914, la déclaration de guerre de 1939 n’entraîne pas automatiquement celle ces Dominions, qui restent libres de leur décision. L’Australie et la Nouvelle-Zélande déclarent cependant la guerre le même jour que le Royaume Uni et, en dépit de la menace que laisse planer l’empire du Japon sur le Pacifique, leur rôle dans la guerre en Méditerranée sera conséquent. Les Australiens ont une très haute opinion de leur capacité combative et de leur qualité de combattants. La discipline laisse à désirer dans leurs unités si on se réfère aux standards britanniques. Mais le soldat australien fait beaucoup plus preuve d’initiative sur le terrain et sait ce qu’on attend de lui sans qu’il soit nécessaire qu’un supérieur lui donne des ordres. Les relations avec les supérieurs sont très informelles et décontractés, de même que la tenue. Par ailleurs, le soldat australien, le « Digger » ou « Aussie », est bien mieux payé que son frère d’arme britannique. La participation des troupes australiennes à la campagne du désert sera déterminante et elles comptent parmi les plus vaillantes des forces alliées, forçant le respect de l’ennemi. Le plus brillant fait d’armes qui leur est rattaché restant bien sûr l’héroïque et décisive résistance qu’elles offrirent à Tobrouk en 1941, sous le commandement du général Leslie Morshead La 9th Division participe à la bataille d’El Alamein de juillet à novembre 1942. L’offensive de Monty lui coûte 1 225 tués, 3 638 blessés et 946 prisonniers.

Les Néo-Zélandais jouissent d’une aussi bonne réputation que les Australiens en matière d’efficacité au combat. A l’instar de la situation qui prévaut au sein des unités australiennes, les relations entre les officiers et les hommes du rang chez les Néo-Zélandais sont en général très décontractées. La plupart des soldats néo-zélandais respectent leurs officiers et les considèrent comme leurs égaux et sont capables de les remplacer. Les premières troupes néo-zélandaises parviennent au Moyen Orient dès février 1940 et compteront parmi les unités les plus efficaces et les plus pugnaces de l’armée britannique. A l’issue des campagnes tragiques de Grèce et de Crète, l’unique division que la Nouvelle-Zélande déploie sur le théâtre d’opération méditerranéen va s’illustrer en Afrique du Nord, y enregistrant de nombreuses pertes, 21 496 hommes sur 43 800 hommes envoyés au Moyen Orient (chiffre de février 1942). Australiens et Néo-Zélandais ne souffrent d’aucuns complexes d’infériorité vis-à-vis des Allemands et ils s’estiment tout à fait capables de les vaincre. Ils le prouveront à plusieurs reprises.

Les Sud-Africains participent à la guerre du désert efficacement tout en n’atteignant pas la renommée de leurs compagnons d’armes australiens et néo-zélandais. Ils ne jouissent malheureusement pas d’un commandement aussi efficace. Mais ils tiennent cependant un rôle de premier plan dans la victoire en Afrique orientale avant de rejoindre la 8th Army. La reddition de Tobrouk le 21 juin 1942 leur porte un coup sévère en annihilant la 2nd Infantry Division. La 1st Infantry Division participe aux deux batailles d’El Alamein avec efficacité, bien qu’étant reléguée à un rôle de second plan, sauf au début juillet et lors du déclenchement de l’offensive de Montgomery le 23 octobre.

Soldat sud-africain portant le casque colonial caractéristique de sa nationalité

Si toutes ces troupes de Dominions tendent à éprouver quelque ressentiment à l’égard des Britanniques, les relations entre elles sont loin d’être cordiales. Elles sont en réalité particulièrement tendues en ce qui concerne les Australiens et les Sud-Africains. C’est ainsi qu’un incident éclate dans un bar du Caire entre des soldats des deux armées. Tandis que des Sud-Africains entre dans l’établissement où sont déjà attablés des Australiens, un Sud-Africain se voit offrir une chaise par un Australien qui s’enquiert de son air fatigué, lui demandant si la raison est le fait qu’il ait couru depuis Tobrouk ? L’altercation qui s’ensuit est en fait une des plus spectaculaires bagarres qui aient eu lieu dans un bar au Moyen-Orient. Les unités britanniques ne sont pas elles mêmes exemptes de tensions, les Ecossais et les Gallois marquent leurs différences avec les Anglais, qui eux-mêmes se divisent entre Anglais du Nord et ceux du Sud. Les Irlandais forment un groupe à part, ayant tendance à ne parler qu’entre eux. Enfin on note une distinction qui se fait entre troupes régulières et les appelés des unités du temps de guerre. Une dure réalité avec laquelle doit compter le chef de la 8th Army.

Pour ne s’en tenir qu’aux hommes -puisque le matériel made in USA à l’instar des M4 Sherman tient un rôle essentiel dans l’équipement- le constat est donc évident : la 8th Army n’est pas seulement une armée venant de Grande Bretagne, c’est une armée du Commonwealth appuyée de quelques contingents alliés. Un constat similaire pourrait être fait à propos de la Desert Air Force et des autres forces aériennes engagées en soutien de cette 8th Army au cours de la campagne.

8th Army 1941-1943 (3)

Un matériel et un équipement abondant plus efficaces que généralement admis

La supériorité qualitative du matériel allemand, et plus particulièrement dans le domaine des blindés et des antichars, est souvent l’explication première retenue pour analyser l’ascendant tactique pris par le DAK sur la 8th Army. C’est aller un peu vite en la matière. Certes, l’insuffisant canon de 2 livres qui arme la plupart des tanks britanniques (Valentine, Matilda, Cruisers divers dont le Crusader) et qui est en dotation au sein des régiments antichars pendant plus d’un an et demi de guerre en Afrique. Toutefois, le 2 livres est peu à peu supplanté à partir de Gazala au printemps 1942 par l’excellente pièce de 6 livres, qui soutient la comparaison avec le Pak 38 allemand. Ce nouveau canon équipe ensuite des Crusader en nombre de plus en plus important bien que l’étroitesse et la configuration de la tourelle ne laisse alors plus la place qu’à deux hommes. C’est également à partir de Gazala que rentre en lice le char américain M3 Lee/Grant doté d’un canon de 75 mm en casemate dont l’allonge de tir permet d’engager les Panzer à distance. Un saut qualitatif est franchi avec l’intégration de M4 Sherman américains pour la seconde bataille d’El Alamein. Ce char moyen, armé d’un 75 mm en tourelle cette fois-ci, surclasse enfin tous les engins dont dispose l’adversaire, mis à part la quarantaine de Panzer IV F2 à canon long de 75 mm L/43.

Dans le domaine de l’artillerie, l’excellente pièce polyvalente de 25 livres est disponible en quantité. Elle est également apprécié par les Germano-Italiens, qui ne s’y trompent pas, n’hésitant pas à la réemployer à leur profit. Il en va de même pour les multiples camions en dotation au sein de la 8th Army : Morris, Ford, Chevrolet, Bedford, Fordson … mieux adaptés aux conditions du désert que leurs homologues allemands et que l’ennemi réutilisera dans ses rangs par milliers. Les transporteurs de chars qui préservent la mécanique et le train de roulement des tanks sont également apprécié. Les chenillettes Bren Carrier rendent de leur côté bien des services, du transport des munitions à la traction des antichars en passant par l’emport de troupes d’assaut. Les automitrailleuses de divers modèles, Marmon-Herrington, Humber ou Daimler, sont de bonne facture et s’avèrent efficaces en terrain sablonneux. Leur armement peut faire parfois faire pâle figure vis à vis de leurs homologues allemands, mis à part le Daimler Mk II équipé d’un canon de 2 livres.

L’équipement individuel n’est pas en reste. Les tenues khaki, issues de l’expérience coloniale, témoignent du savoir-faire britannique en la matière. Encore une fois, les forces de l’Axe ne se privent pas pour réutiliser les stocks qui tombent entre leurs mains. L’armement individuel, fusil-mitrailleur Bren, fusil Lee-Enfield Mk III et mitraillette Thompson, et l’armement collectif, mitrailleuses Vickers et mortiers, sont tout à fait satisfaisant.

Certains écueils sont néanmoins décelables. Le moindre n’est pas la fragilité des bidons d’essence en métal si mal conçus qu’ils se brisent aisément, entraînant la perte non négligeable d’une partie du précieux carburant. Une fois n’est pas coutume, ce sont les ingénieux jerrycans allemands qui sont réutilisés par les Britanniques avant d’être copiés. La pièce antiaérienne de 3,7 Inch offre un autre aspect du problème que peut poser un matériel britannique et de la supposée infériorité de celui-ci.

L’équipement et le matériel de la 8th Army sont loin d’être toujours surpassés ou de mauvaise qualité, d’autant que la situation est très loin d’être excellente dans le camp adverse. On constate par ailleurs l’importance du matériel américain, particulièrement dans le domaine crucial des blindés.

Des atouts non négligeables pour autant

En dépit de ces réserves constatées, il est plusieurs domaines dans lesquels la 8th Army excelle. On observe ainsi la maîtrise des opérations dans les profondeurs du désert par le LRDG et les autres « armées privées » évoquées précédemment (voir les articles de mon blog). On peut affirmer que la 8th Army s’avère excellente au niveau logistique. Les offensives d’O’Connor en décembre 1940 (Compass), de Cunningham en novembre 1941 (Crusader) et de Montgomery en octobre 1942 (Lightfoot) sont déclenchées au bénéfice d’une préparation logistique adaptée et réfléchie. Elle ne constituent en aucune manière des avances téméraires sans aucun égard vis à vis de la question du ravitaillement, pratique dangereuse à laquelle Rommel s’est risqué à plusieurs reprises : reconquête de la Cyrénaïque en mars 1941, contre-attaque en février 1942, avance en Egypte fin juin 1942, Alam Halfa en août 1942. L’immense base logistique constituée peu à peu en Egypte, notamment dans le Delta, prend ici toute son importance. Et c’est tout le mérite d’Auchinleck et de ses subordonnés d’avoir su la préserver mais aussi d’avoir surmonté le chaos logistique qui a suivi la retraite opérée vers El Alamein après la chute de Tobrouk. Décriés lorsqu’on les compare à ceux de l’armée de Rommel en matière de récupération du matériel endommagé sur le terrain, les services d’intendance de la 8th Army, RASC et RAOC, n’en effectuent pas moins des prouesses et un travail remarquable, le moindre n’étant pas le maintien d’une base logistique viable en Egypte après le flottement consécutif à la défaite de Tobrouk.

L’opportunisme est pourtant parfois de mise. Ainsi, en décembre 1940, le raid de cinq jours envisagé d’abord par O’Connor et Wavell, son supérieur au GQG du Moyen-Orient, se mue en conquête de la Cyrénaïque qui aboutit à la destruction de la 10ème armée italienne à Beda Fomm en février 1941.

Si la poursuite opérée par la 8th Army après Alamein et un échec dans la mesure où Rommel parvient in fine à rallier la Tunisie, elle représente en revanche un chef d’œuvre logistique à mettre au crédit de l’état-major du Moyen-Orient du général Alexander. Cette donnée logistique impose d’ailleurs son tempo à la poursuite, explique l’importance de Benghazi puis de Tripoli pour le ravitaillement et explique également la relative modestie des effectifs de Monty en première ligne si on compare ceux-ci à l’ordre de bataille au 23 octobre 1942 à El Alamein.

Les renseignements constituent un autre atout notable Les différents commandants au Moyen-Orient et les chefs de la 8th Army bénéficient de l’appoint non négligeable mais parfois surestimé des informations fournies par ULTRA. Ne retenons que quelques exemples pris pendant la bataille d’El Alamein pour illustrer notre propos. Le 29 juin, dans la nuit, Auchinleck est informé par ULTRA des intentions de Rommel : celui-ci va poursuivre son attaque le 30 juin à partir de 3 heures du matin et l’axe principal de son effort se situera au sud de la position d’El Alamein et consistera en un vaste mouvement tournant au sud de Bab El Qattara. L’imminence de l’attaque ennemie est transmise aux unités de la 8th Army sur le terrain. ULTRA apprend ensuite d’un message codé de la Luftwaffe que celle-ci doute que l’armée de terre sera en place à temps pour mener son attaque comme prévu. En effet, la 90.Leichte se trouve encore à 20 kilomètres d’El Alamein tandis que la 21.Panzerdivision est stoppée pour cause de pénurie de carburant. La Luftwaffe n’est pas logée à meilleure enseigne puisqu’une tempête de sable l’empêche de se déployer sur des terrains plus en avant. A 4 heures, Bletcheys Park informe Auchinleck que l’évolution de la situation pousse Rommel à modifier ses plans et qu’en conséquence l’attaque débutera probablement à 1 heure le 1er juillet. ULTRA complète ses informations en décryptant d’autres messages de la Luftwaffe : on attend de celle-ci qu’elle envoie des vague d’appareils pour soutenir l’assaut sur El Alamein entre 4 et 6 heures de l’après-midi le 1er juillet.

Le matin du mercredi 1er juillet, Bletchey Parks informe Le Caire que la Panzerarmee Afrika demande d’urgence l’acheminement de 10 000 cartes des plus grandes villes égyptiennes du Delta. Deux jours plus tard, Auchinleck reçoit une autre information d’importance de la part d’ULTRA. Un message décodé d’Enigma révèle en effet les intentions de Rommel : en dépit de pertes sévères, il est décidé à renouveler l’assaut dans le secteur d’El Alamein et couper la route côtière. ULTRA apprend également que l’ennemi a appris qu’Alexandrie est sur le point d’être évacuée. Le lendemain, 4 juillet, Bletchey Parks n’envoie pas moins d’une centaine de messages Enigma décodés au Commandant en Chef au Moyen-Orient. La valeur de ces renseignements est incalculable. Outre des détails d’ordre tactique, Auchinleck est informé de la situation des colonnes de ravitaillement ainsi que des routes qu’elles empruntent, de la position des postes de commandement et des états-majors, de la position et de la force des unités ennemies ainsi que des pertes et des intentions de ses adversaires. Auchinleck n’a pas manqué de reconnaître toute l’importance de ces messages et a même estimé que sans ces informations Rommel aurait probablement atteint Le Caire.

Les jours suivants, Auchinleck apprend que Rommel se met temporairement sur la défensive afin de renforcer son dispositif et améliorer sa situation logistique avant se repartir à l’attaque. Le 7 juillet, ULTRA informe Auchinleck de l’arrivée de l’Infanterie Regiment 382, de la 164.Infanterie Division, en provenance de Crète. Le lendemain, un rapport décodé d’Enigma permet d’apprendre que Rommel a concentré ses meilleures troupes dans le secteur sud du front. Le 9 juillet, un bataillon de la 26th Brigade de la 9ths Australian Division est informé qu’il doit s’emparer des points 23, 26 et 33, de la crête de Tell El Eisa et de la gare du même nom. Seuls quelques officiers savent que l’objectif est en fait la destruction de la compagnie de renseignement 56 du capitaine Seeböhm, la compagnie la plus importante de l’unité 621 pour Rommel. La guerre des renseignements prend une nouvelle tournure défavorable pour Rommel le 12 juillet quand les Britanniques commencent à déchiffrer le code Enigma « Scorpion » utilisé pour les messages radio entre la Luftwaffe et la Panzerarmee Afrika, l’Afrika Korps et les divisions de Panzer. Cet exploit est accompli par des décrypteurs établis à Héliopolis, près du Caire. Cette source d’information renseigne les Britanniques sur les intentions de la Luftwaffe et fournit de précieuses indications sur les mouvements des unités blindées allemandes. Le même jour, pour la deuxième fois en 24 heures, un navire côtier italien est envoyé par le fond au large de Mersa Matrouh après qu’ULTRA ait décodé un message d’Enigma informant de l’envoi de carburant à RommEl Alamein la voie maritime.

Le vendredi 7 août, l’Intelligence Service est horrifié d’apprendre que Montgomery, à peine arrivé au front, déclare avec conviction qu’il va vaincre Rommel car il connaît ses intentions. On craint alors que l’ennemi comprenne qu’Enigma est décodée ! Au milieu du mois d’août, les services de renseignements britanniques informent Alexander que Rommel est satisfait de l’état de son ravitaillement et qu’il estime que la pleine lune du 26 août constitue le jour idéal pour lancer son attaque. Le Commandant en Chef au Moyen-Orient est également informé que l’ennemi a décidé de suspendre ses reconnaissances aériennes dans le secteur de la Dépression de Qattara afin de ne pas rendre les Anglais trop suspicieux. Peu après la réception de ces précieuses informations, la RAF et la Royal Navy entreprennent de causer le chaos sur la route de ravitaillement maritime des forces de l’Axe en Afrique. Devant l’insistance de Rommel, une vaste opération de ravitaillement en carburant est mise au point et il est prévu que pas moins de 20 navires doivent apporter du ravitaillement en Afrique entre le 25 août et le 5 septembre. Le 30 août, Alexander apprend que Rommel n’a reçu que 100 tonnes de carburant sur les 24 000 promises et que ses stocks ne lui permettent d’envisager que six jours de bataille. Le 1er novembre, Betchley Parks décode un long message de Kesselring à l’OKW dans lequel il demande qu’une enquête soit menée pour savoir si des informations n’ont pas été transmises par inadvertance à l’ennemi en raison d’un manque de rigueur dans les liaisons radio, d’une trahison de la part des Italiens ou d’un possible décryptage des codes d’Enigma. La destruction de six navires ravitailleurs italiens en un temps très rapproché semble en effet très suspecte aux yeux de Kesselring.

 

Voir mon article dans 2e Guerre Mondiale Magazine N°56: « La 8th Army britannique dans la guerre du désert »

8th Army 1941-1943 (2)

Les effectifs de la 8th Army

En août 1940, le général Wavell dispose d’environ 80 000 de la Somalie à l’Irak. La Western Desert Force du gérnéral O’Connor aligne alors 36 000 hommes, par environ 300 char.

Pour assurer la défense de Tobrouk, le général australien Morshead dispose d’environ 30 000 hommes. La Royal Navy évacue également le personnel non-combattant de la forteresse, dont la garnison se monte au cours de l’été à 15 000 Australiens, 500 Indiens et 7 500 Britanniques.

En novembre 1941, le général Auchinleck dispose de 750 000 hommes de la Libye à l’Irak. Sur ce total, entre octobre 1941 et mars 1942, on compte en moyenne 127 000 soldats alliés dans ou aux alentours de la capitale égyptienne. A la veille de l’offensive Crusader, la 8th Army compte dans ses rangs 100 000 hommes, 5 000 véhicules et 735 chars, dont 126 à Tobrouk. A ce total, il convient d’ajouter les 259 blindés placés en réserve. En outre, 236 autres chars vont arriver à Alexandrie pour former le noyau de la 1st Armoured Division.

La 8th Army se renforce pendant les semaines qui suivent la surprenante volte-face de Rommel après la conclusion de l’opération Crusader. Les effectifs se montent à 126 000 au mois de mai 1942. Le général Ritchie dispose de 850 chars en première ligne, avec 150 autres blindés en réserve.

La défaite de Gazala et la reddition de Tobrouk sont très coûteuses et, début juillet, on compte entre 40 000 et 50 000 seulement sur la ligne d’El Alamein. Toutefois, en six mois, jusqu’au mois d’août, la 8th Army reçoit 250 000 hommes en renfort Selon une autre source, de novembre 1941 à septembre 1942, 149 000 hommes sont envoyés au Moyen Orient. En tout état de cause, fin juillet, lorsque Auchinleck met fin à la première bataille d’El Alamein, 120 000 hommes sont en ligne.

41 000 hommes sont envoyés à nouveau en renforts entre août et octobre 1942. Le 23 octobre 1942, au moment du lancement de l’opération Lightfoot, Montgomery commande à 210 000 hommes appuyés par 1 029 chars en première ligne, 200 chars en réserve, 1 000 chars en atelier en Egypte, 1 400 canons antichars et 884 canons d’artillerie.

Lors de la bataille de la ligne Mareth, Monty dispose de 160 000 hommes, 610 chars et 1 410 pièces d’artillerie. Pour la campagne de Tunisie, la 8th Army dialigne au total environ 230 000 hommes.

 

Les pertes enregistrées par la 8th Army

La guerre en Afrique du Nord et au Moyen-Orient s’est soldée par la perte de 220 000 hommes pour l’empire britannique, dont 35 500 tués. Il est intéressant de dresser le bilan pour certaines unités du Commonwealth. Les pertes des divisions indiennes en Afrique du Nord s’élèveront à 15 248 hommes. Les Néo-Zélandais perdent 21 496 hommes. Les Australiens subissent également des pertes sensibles: 3 200 hommes pendant le siège de Tobrouk en 1941 et 5 809 au cours de la bataille d’El Alamein.

Les pertes de la Western Desert Force au cours de l’opération Compass (décembre 1940) se montent seulement à 104 tués, 512 blessés et 8 disparus. En février 1940, lorsque le dernier acte de la destruction de la 10ème armée italienne a lieu à Beda Fomm, les Britanniques n’ont à déplorer que la perte de 555 tués et disparus ainsi que 1 373 blessés.

Le deuxième engagement important est la bataille de Tobrouk. Les pertes du siège d’avril à décembre 1941 se montent à 3 836 hommes, dont 855 tués et 3 196 Australiens. Du printemps à l’automne, 47 000 hommes sont ainsi évacués tandis que 34 000 autres sont amenés en renfort pour la perte de 34 navires coulés et 33 endommagés.

Pendant le siège, pluieurs tentatives sont faites pour lever le siège. En mai 1941, l’opération Brevity ne cause que des pertes légères. En juin, l’opération Battleaxe est de plus grande ampleur. Les Britanniques, contraints à la retraite, perdent 122 tués, 588 blessés, 259 prisonniers, 36 avions et 101 chars.

La fin du siège de Tobrouk et la jonction entre la garnison et la 8th Army seront effectives à l’issue de l’opération Crusader, en décembre 1941. L’opération Crusader  a opposé 120 000 hommes dans chaque camp. En un mois de combat, la 8th Army enregistre la perte de 17 700 hommes, dont 2 900 tués. 800 tanks britanniques sont perdus mais les ateliers du RAOC pourront en remettre en état un certain nombre.

Du déclenchement de l’opération Crusader par le général Auchinleck en novembre 1941 à la conclusion de la bataille d’Alam Halfa au mois de septembre 1942, la 8th Army enregistre 102 000 pertes, dont 49 000, Britanniques, 66 000 hommes ayant été perdus au cours de la bataille de Gazala (avec plus de 30 000 hommes capturés lors de la chute de Tobrouk). Au cours d ela 1ère bataille d’El Alamein (juillet 1942), les Britanniques perdent 200 chars restés sur le terrain et 13 000 hommes. Au cours de la bataille d’Alam Halfa, dernière tentative de Rommel pour s’emparer de l’Egypte, les pertes de la 8th Army se montent à 1 750 hommes, 67 chars, 15 pièces antichars et 68 avions.

La seconde bataille d’El Alamein est la plus importante menée par la 8th Army en terrme d’effectifs engagés. Ses pertes s’élèveront à 13 560 hommes, dont 58% de troupes en provenance du Royaume-Uni.

Les pertes pendant la poursuite de Rommel jusqu’en Tunisie sont limitées. Mais la campagne de Tunisie est coûteuse en vies humaines. Entre 2 600 et 3 000 hommes sont perdus lors de la bataille de la ligne Mareth en mars 1943. 10 000 hommes sont finalement perdus par l’armée de Montgomery au cours de cette ultime campagne.

 

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2e GM Magazine N°72

Ecrire l’Histoire « Le German Bias ».

« Guerre et Psychologie. De l’estimation de l’adversaire et ses conséquences »

Magazine Batailles & Blindés

N°79 : « Les unités de reconnaissance du DAK. Les yeux de Rommel » (1)