8th Army 1941-43 (1)

Ordre de bataille de la Western Desert Force, Cyrenaica Command, XIIIth Corps puis 8th Army

1ère offensive en Egypte-Libye (décembre 1940-février 1941) : pour l’opération Compass, la Western Desert Force dispose de la 7th Armoured Division (O’Moore Creagh), de la 4th Indian Division (Bereisford-Peirse), du 7th RTR (chars Matilda) et de la Shelby Force. Retirée du front pour être engagée en Afrique Orientale, la 4th Indian Division est relevée par la 6th Australian Division (Mackay) qui opère à Bardia dès janvier 1941.

 

Tobrouk (avril-novembre 1941): en avril 1941, la garnison comprend des unités d’infanterie de la 9th Australian Division (Morshead), de la 18th Australian Brigade (unité de la 7th Australian Division alors engagée en Grèce), de la 18th Indian Cavalry, d’un bataillon de mitrailleurs, de quatre régiments d’artillerie, d’unités antichars, de 26 blindés moyens et d’une brigade antiaérienne, disposant de 16 pièces lourdes et de 59 légères, défendant le secteur du port. Au cours de l’automne, les unités australiennes (sauf un bataillon) sont peu à peu relevées par la 70th British Division et la Polish Carpathian Brigade, une unité de Polonais. L’ensemble des blindés de la garnison formera la 32nd Army Tank Brigade.

Battleaxe (juin 1941) : le 13th Corps, sous la direction de Bereisford-Peirse, passe à l’attaque le 15 juin. Il comprend la 4th Indian Division du général Messervy et la 4th Armoured Brigade équipée de chars Matildas, et la 7th Armoured Division du général O’Moore Creagh qui opérera en direction de la crête d’Hafid.

 

Crusader (octobre-novembre 1941): En dehors de la garnison de Tobrouk commandée par le général Scobie, les unités de la 8th Army sont réparties au sein du 13th Corps du général Godwin-Austen (4th Indian Division du général Tucker, 2nd New-Zealand Division du général Freyberg et 1st Army Tank Brigade de Watkins) et du 30th Corps du général Norrie (7th Armoured Division du général Gott et 1st South-African Division du général Brink). En réserve, le général Cunnigham dispose également en réserve de la 2nd South-African Division.

 

Gazala (mai-juin 1942) : Le 13th Corps de Gott est retranché sur la ligne fortifiée de Gazala. Il comprend les 1st South African (Pienaar) et 50th Northumbrian (Ramsden) Divisions, la 1ère Brigade FFL, la Polish Indepedent Brigade ainsi que les 1st et 32nd Army Tank Brigades. La 2ème ligne est confiée au 30th Corps de Norrie dont les deux divisions blindées, 1st et 7th Artmoured (généraux Lumsden et Messervy). Norrie dispose également de la 201st Guards Brigade (avec la 1st Arm. Div.), des 3rd Indian Motor et 29th Indian Brigades (rattachées à la 7th Arm. Div.). La 2nd South African Division (Klopper), qui dépend du 13th Corps, est en position dans la forteresse de Tobrouk avec des élémentsde de la 5th Indian Division (Briggs) également en réserve (dont les 9th et 11th Indian Brigade).

 

1ère bataille d’El Alamein (juillet 1942): le 1er juillet, le XXXth Corps de Norrie tient le flanc droit, au nord, avec les « boxes » d’El Alamein et de Deir el Shein tenues par la 1st South African Division et la 18th Indian Brigade. En réserve, un second échelon est formé de deux brigades de la 1st South African Division et d’une partie de la 50th Division. Le général Gott prend en charge la défense du secteur sud avec le XIIIth Corps. Celui-ci s’articule autour de la 2nd New-Zealand Division (Freyberg) entre Qaret el Abd et Bab el Qattara, de la 5th Indian Division sur le plateau d’El Taqa et de la 7th Motor Brigade placée en deuxième échelon. Auchinleck dispose aussi des restes des 1st et 7th Armoured Divisions, la plupart des tanks étant regroupés dans la première. La 9th Australian Division (Morshead) entre en lice peu aprè et se met en position sur la côte. Outre les renforts en chars pour les divisions existantes, la 8th Army reçoit aussi de nouvelles unités blindése, en l’occurence la 23rd Armoured Brigade.

 

Alam Halfa (août-septembre 1942): l’attaque de Rommel se heurte au seul XIIIth Corps nettement renforcé, qui représente en fait l’élément le plus puissant de la 8th Army puisqu’il aligne les 10th et 7th Armoured Division, la 2nd New-Zealand Division et la 44th Infantry Division

2ème bataille d’El Alamein (octobre-novembre 1942): le Xth Corps du général Lumsden rassemble les 1st et 10th Armoured Divisions commandées par les généraux Briggs et Gatehouse. Au nord, à partir du « box » d’El Alamein, le XXXth Corps du général Leese tient la ligne avec le 23th Armoured Brigade Group, la 9th Australian Division de Morshead, la 51th Highlands Division de Wimberley, la 2nd New-Zealand Division de Freyberg, la 1st South par Division de Pienaar et la 4th Indian Division de Tucker. Horrocks, venu d’Angleterre, remplace Ramsden à la tête du XIIIth Corps, toujours positionné au sud du front. Celui-ci aligne la 7th Armoured Division de Harding, remplaçant Renton, la Brigade des FFL de Koenig (incluant la 1ère Brigade Française Libre, deux bataillons de marche de la 2ème Brigade Française Libre et le Bataillon d’infanterie de Marine du Pacifique), la Brigade grecque du général Katsotas, ainsi que les 50th et 44th Infantry Divisions, commandées respectivement par les généraux Nichols et Hugues.

Tunisie (mars-mai 1943): les forces de la 8th Army s’articulent en trois corps. Le Xth British Corps du général Horrocks réunit les 1st (général Briggs) et 7th (général Erskine) Armoured Divisions. Le XXXth British Corps, commandé par le général Leese, dispose pour sa part de trois divisions d’infanterie : les 50th (général Kirkman), 51th Highland (général Wimberley) et 4th Indian (général Tucker). Montgomery formera aussi le New-Zealand Corps commandé par le général Freyberg. Ce corps englobe la 2nd New-Zealand Division de ce dernier et de la Force L du général Leclerc

 

Principales unités engagées au sein de la 8th Army

17 divisions ont combattu au sein de la Western Desert Force puis de la 8th Army:

5 divisions blindées : 1st, 2nd, 7th, 8th1 et 10th Armoured Divisions

4 divisions d’infanterie : 44th, 50th, 51st et 70th Infantry Divisions

2 divisions australiennes : 6th et 9th Australian Divisions

1 division néo-zélandaise : 2nd New-Zealand Division

3 divisions indiennes : 4th, 5th et 10th Indian Divisions

2 divisions sud-africaines : 1st et 2nd South African Divisions

 

Un certain nombre de brigade, citons :

18th Australian Brigade (de la 7th Australian Division)

Brigade Polonaise des Carpathes

1ère et 2ème Brigades FFL

Brigade Grecque

3rd Indian Motor Brigade

18th Indian Brigade

201st Guards Brigade

1st et 32nd Army Tank Brigades

 

De nombreuses unités indépendantes ensuite amalgamées au sein d’autres formations : 4th Armoured Brigade, 4th RTR, régiments d’artillerie, unités d’automitrailleuses…

Diverses unités spéciales servant aux côtés de la 8th Army mais souvent rattachées au Middle East Command, citons:

Long Range Desert Group, Special Air Service (ex L-Detachment), Indian Longe Range Squadron, Middle East Commandos, Popski’s Private Army

 Note 1 : la 8th Arm.Div. ne sera pas engagée en tant que telle mais ses éléments sont dispersés au profit d’autres unités.

 

My Afrika-Korps Photos (3)

El Alamein (VI)

Bientôt une réédition par Tallandier de mon livre « Afrikakorps. L’armée de Rommel » en format poche (collection Texto).

Version corrigée et augmentée (nouveaux éléments dans les annexes).

Les « + » de cet ouvrage:

-une grande partie sur la question du mythe de la guerre sans haine, de la postérité de l’Afrika-Korps et de celle d’Erwin Rommel

-un long chapitre sur les conséquences d’une victoire de l’Axe à El Alamein en juillet 1942

-le vécu du combattant n’est pas ignoré

-l’intégralité de la campagne est couverte, y compris la Tunisie

-un texte impartial

 

El Alamein (V)

Le véritable rapport de force : Rommel peut-il conquérir l’Egypte ?

Toutes les considérations qui précèdent ne sont qu’hypothèses et conjectures. Elle permettent d’appréhender les enjeux de la confrontation d’El Alamein de juillet 1942. Ceux-ci sont, à l’évidence, considérables. Il faut maintenant examiner la situation réelle des forces en présence devant El Alamein le 1er juillet 1942, ce qui amène à des considérations plus prosaïque.

Rommel est persuadé qu’une nouvelle attaque sera couronnée de succès. Le moral est au zénith et le carburant ne manque pas encore, grâce aux stocks pris à Tobrouk. Pourtant, les pertes ont été nombreuses et les hommes sont épuisés. L’Afrika Korps ( 15. et 21. PZD) ne dispose plus que de 55 chars opérationnels. Au 20ème Corps italien (divisions Ariete, Littorio, Trieste) la situation est pire encore puisqu’à peine 15 chars M13/40 sont disponibles. Les forces de l’Axe disposeraient de plus de 500 pièces d’artillerie de toute sorte, ce qui paraît beaucoup et inclut peut-être des unites qui n’ont pas encore atteint la ligne de front. Ce total inclut notamment de 40 canons de 88 mm, essentiels dans la lutte antichar, et 44 canons britanniques de 25 livres capturés. La question de l’artillerie ne semble donc pas dramatique tant que le ravitaillement ne fait pas défaut, une question épineuse en ce qui concerne les canons capturés aux Britanniques. Le véritable problème concerne toutefois les unités d’infanterie, pourtant indispensables pour mener l’attaque et surtout tenir le terrain gagné. Les deux divisions blindées de l’Afrika Korps ne comptent plus dans leurs rangs qu’à peine 500 Panzergrenadiers tandis que la 90. Leichte Division n’en aligne qu’un peu plus d’un millier. Il convient toutefois d’ajouter les autres soldats de ces divisions, à titre d’exemples la 21.Panzer Division compte 4 800 hommes et la 90.Leichte Division 2 200. Les trois corps italiens ne regroupent pour leur part que 5 500 fantassins, ce qui est bien peu. Certes, des renforts sont en route et de nombreuses unités ont été laissées en arrière. De nombreux chars sont en ateliers, et rejoindront le front à plus ou moins brève échéance. Les forces de l’Axe ont donc le potentiel pour attaquer à nouveau, mais un temps de pause semble plus que jamais nécessaire. Les distances sont en effet considérables (Tripoli est à presque 2 500 km rappelons-le) et le maériel. La Luftwaffe et la Regia Aeronautica souffrent du manque d’infrastructures le temps nécessaire au redéploiement des escadrilles en Egypte. Le soutien aérien, loin d’être inexistant, fera donc un temps défaut.

Quelle est la situation dans le camp adverse? Le 1er juillet, on compte 137 chars dans les unités à El Alamein, plus 42 en transit. Mais, ce même jour plus de 900 chars se trouvent dans les ateliers, dont 34 opérationnels. Les Britanniques seraient donc à presque 3 contre 1 en blindés. Toutefois, les pertes importantes enregistrées au cours des affrontements avec les Allemands laissent supposer que cette supériorité numérique en blindés est bien marginale. L’artillerie ne fait toutefois pas défaut et plusieurs régiments sont regroupés sous le commandement direct de l’armée. Sur la ligne d’Alamein, Auchinleck a regroupé ses blindés au sein de la 1st Armoured Division, la 7th Armoured étant convertie en unité légère dotée d’automitrailleuses. Le général anglais dispose de la 1st South African Division et de la 2nd New-Zealand Division, de la 18th Indian Brigade arrivée tout droit d’Irak, ainsi que d’éléments des 5th Indian et 50th Northumbrian Divisions. Toutes ces unités sont réparties au sein de deux corps d’armées, les 13th et 30th. Pour être complet, il convient de mentionner la présence d’un 10th Corps, qui assure la défense du Delta. Celui-ci est composé de la 10th Indian Division, de la 9th Australian Division et d’unités françaises, polonaises et grecques, soit 25 000 fantassins et une centaine de chars. Auchinleck dispose également des 9th et 10th Armies en Syrie/Palestine et en Iran/Irak, mais la première déjà contribué à renforcer la 8th Army avec des unités, parmi les meilleures dont elles dispose, à savoir les 9th Australian et 2nd New-Zealand Divisions. Auchinleck peut compter sur le soutien de la Desert Air Force du général Coningham. Celle-ci domine ne effet le ciel et inaugure une tactique de bombardement dit “round the clock”, les escadrilles se succédant afin de dénuer tout repis à l’adversaire. Les effets de la maîtrie des cieux par les Alliés sont dévastateurs sur les colonnes de ravitaillement et les troupes combattantes de Rommel.

Pourtant, pour Auchinleck, la situation est particulièrement critique dans le domaine des munitions : les combats et la retraite ont entraîné la destruction, la perte ou la capture de 780 000 obus et de 12 millions de cartouches pour armes portatives. Au 12 juillet, le 30th Corps estime que la consommation quotidienne d’obus de 25 livres atteint les 41 000 coups, soit 100 par pièce ! Si cette cadence est maintenue, les stocks d’obus de 25 livres disponibles au Moyen-Orient seront vides dans 10 ou 11 jours. Il est donc décidé de limiter la dépense journalière à 15 000 coups, ce qui est insuffisant. Mais il y a moins de 200 000 obus de 25 livres en Egypte le 15 juillet. Certes 420 000 sont en voie d’acheminement depuis la Palestine et plus de 500 000 embarqués dans des navires à destination de Suez, mais ces derniers n’atteindront pas l’Egypte avant la fin du mois. Le manque de munitions est encore plus criant pour les mitrailleuses Besa montées sur les chars et pour les mitraillettes Thompson. Cet aspect des batailles de juillet ne doit pas être oublié pour saisir la situation exacte de la 8th Army.

Il reste une donnée à considérer pour évaluer le rapport de forces. Qu’en est-il d’une intervention allemande au Moyen-Orient à partir du Caucase? Rommel peut-il bénéficier du soutien du Heeres-Gruppe A de von Kleist? Disons-le tout net : le « Renard du Désert » n’a rien à espérer de ce côté-là. L’image des soldats l’Afrika Korps effectuant la jonction avec leurs camarades venant de Russie est pure spéculation qui ne repose sur rien de tangible. L’offensive vers le Caucase implique déjà trop peu d’unités, mal ravitaillées de surcroît, vers des objectifs très éloignés les uns des autres : il y a un millier de kilomètres entre la Caspienne, vers Grozny et Bakou que visent les Panzer, et la mer Noire, où la Wehrmacht attaque en vers Novorossirsk. Entre les deux ojectifs, les Gebirgsjäger se perdent dans l’immensité du Caucase, la progression ne concernant bientôt plus que des colonnes de quelques milliers, puis quelques centaines d’hommes, une poignée à peine parvenant sur le versant est de la chaîne, en dehors de toute route carossable. De toute façon, même si les Panzer franchissent l’obstacle et s’emparent de Bakou, l’invasion de l’Iran est une campagne à elle seule alors que la guerre contre Union Soviétique requiert toutes les ressources disponibles.

 

Une armée britannique en Iran

En raison de la présence de conseillers et de ressortissants allemands en Iran et devant le refus du gouvernement iranien d’expulser ces derniers, les Britanniques et les Soviétiques décident d’envahir conjointement le pays le 26 août 1941. Les colonnes d’invasion soviétiques pénètrent en Iran par le nord ouest tandis que des unités britanniques attaquent par l’ouest depuis l’Irak. La résistance fait long feu et le roi Reza Shah est contraint d’abdiquer en faveur de son fils, Mohammed Reza Shah Pahlévi, le 16 septembre 1941. Cette intervention commune anglo-soviétique est essentielle pour le cours de la guerre. En premier lieu, elle écarte, au moins provisoirement, le risque d’un contrôle de la région par les Allemands. En outre, elle permet à la Grande-Bretagne, puis aux USA, de ravitailler l’URSS en matériel de guerre pendant toute la durée du conflit. Cette route d’approvisionnement s’avèrera capitale et indispensable à la victoire finale. Il est en effet indéniable que l’impossibilité des Soviétiques à recevoir l’aide des Occidentaux aurait amené à un effondrement dramatique devant la Wehrmacht. L’importance stratégique de la zone obligera les Britanniques à y maintenir la Paiforce (Persian and Irak Force), placée sous les ordres de « Jumbo » Wilson, qui dispose de la 10th Army du général Quinan qui comptera 4 divisions et plusieurs brigades en septembre 1942, sans compter l’armée polonaise en formation, alors que les Allemands menacent le Caucase. L’Iran comptera jusqu’à 150 000 soldats britanniques, principalement de l’armée des Indes.

 

Une inconnue : l’attitude des Egyptiens

On peut difficilement imaginer l’Egyptien moyen s’insurger contre les Britanniques. Pourtant, la défiance de ceux-là pour ceux-ci s’explique aisément en raison du statut de puissance occupante du Royaume-Uni. On attribue ainsi l’envolée des prix à la présence de soldats britanniques. Fin juin-début juillet 1942, la ville d’Alexandrie est envahie de rumeurs annonçant l’arrivée imminente de l’Afrika Korps, rumeurs couplées avec celles d’une possible politique de terre brûlée par les troupes britanniques en retraite vers le Sinaï. Ces rumeurs sont certes non fondées mais elles sont habilement répandues par des agents au service des forces de l’Axe. On prépare l’accueil des nouveaux vainqueurs en confectionnant des drapeaux allemands et italiens et on détruits les uniformes, compromettants, laissés par les Britanniques. Il apparaît cependant que, si une partie de la haute société cairote et alexandrine intrigue pour être prête à se rallier aux nouveaux vainqueurs germano-italiens au moment opportun, d’autres ne sont pas dupes des visées de l’Italie sur leur pays. L’Egyptien moyen est en revanche indifférent quant au vainqueur de la guerre. Certains ne voient pour ainsi dire jamais de soldats britanniques et la guerre leur semble lointaine, tout juste connue par la radio. Néanmoins, on décèle un certain dilemme sur la question d’ouvrir ou non les boutiques et échoppes, considérant le risque de saccages et de pillages par les foules en panique mais aussi la possibilité de vendre au prix fort des marchandises très prisées en ces circonstances. L’hésitation de ces marchands et artisans contribue au sentiment général d’insécurité. On raconte que Rommel a déjà réservé les meilleures chambres du Shepheard’s. On se presse vers la bourse, on dit que le gouvernement égyptien reste en session extraordinaire, que les étudiants se préparent à passer à l’action et que le marché du coton est clos. Globalement, les Egyptiens ne sont bien sûrs pas mécontent des revers essuyés par les Britanniques et c’est avec une certaine satisfaction qu’ils voient fuir ces Anglais qui les prennent si souvent de haut. Ils attendent l’arrivée des libérateurs Allemands et Italiens. On ne peut négliiger la gène que des saboteurs et des nationalistes auraient pu occasionner aux Britanniques. Les militaires comme Nasser et Sadate ne sont certes pas les derniers à espérer une victoire des forces de l’Axe. Sadate et un groupe de nationalistes préparent une note pour demander à Rommel la garantie de l’indépendance de l’Egypte en échange du soutien de l’armée égyptienne et du mouvement de résistance qu’ils espèrent lever. Sadate prétend avoir ainsi acheté 10 000 bouteilles au souk Mouski pour en faire des coktails Molotov. Toutefois, le texte rédigé par ces officiers ainsi que des photographies aériennes de positions britanniques restent lettres mortes puisque le pilote égyptien est abattu au-dessus d’El Alamein par les Allemands qui n’ont vu qu’un avion anglais Gladiator. Quelques membres de l’Egyptian Royal Army Corps au Caire sont arrêtés en raison de leurs propos défaitistes et sous le prétexte d’activités submersives. pour pallier à toute difficulté, 250 soldats britanniques remplacent des soldats égyptiens à des postes sensibles.

 

El Alamein (IV)

Musée El Alamein (I): les mannequins de l’Afrika-Korps

El Alamein (III)

Les conséquences géopolitiques d’une victoire de Rommel en Egypte

Les répercussions politiques de l’occupation de l’Egypte par les forces de l’Axe sont potentiellement très importantes. Churchill, qui doit affronter une motion de censure début juillet 1942, pourrait être politiquement affaibli. Les Etats-Unis pourraient également émettre des doutes sur les capacités de leur allié et envisager de s’impliquer prioritairement vers le Pacifique, une option qui a de nombreux soutiens. Puissance coloniale dominante au Moyen-Orient, le Royaume-Uni verrait sa situation ébranlée dans une région où les populations arabes lui sont hostiles. La nécessité d’accorder des moyens importants au maintient de la sécurité intérieure dans les zones encore occupées se poserait donc avec acuité. La chute de l’Egypte ne peut qu’influencer un autre Etat important de la région, la Turquie, ancienne grande puissance au Moyen-Orient, ancienne alliée du Reich pendant la Grande Guerre. Ceci serait d’autant plus préjudiciable pour la cause alliée que, au même moment, le front soviétique vacille dans le sud, avant la ruée de la Wehrmacht vers le Caucase. Si la Turquie quitte sa neutralité et se range finalement dans le camp de l’Axe, qui est sans doute plus apte à lui faire des offres territoriales intéressantes que les Alliés, cela complique les choses pour les Soviétiques dans le Caucase et les Britanniques en Iran et ailleurs. On peut aussi imaginer qu’une victoire de Rommel pourrait laisser à penser que le conflit bascule définitivement dans le camp de l’Axe, ce qui pourrait influer également sur le Portugal et pousser l’Espagne à s’impliquer davantage avec le III. Reich. Pures conjectures mais qui laissent à réfléchir sur les répercussions d’un désastre britannique. Enfin, comment ne pas penser aux Juifs établis au Moyen-Orient, plus particulièrement en Palestine ? L’irruption des Panzer à leur porte signifie la persécution, la déportation et finalement la mort. La guerre sans haine qu’on attribue à l’armée de Rommel n’aurait plus cours.

Les conséquences stratégiques d’une victoire de Rommel

Sur le plan militaire, on a vu les conséquences plutôt difficiles sur l’armée britannique au Moyen-Orient qu’entrainerait un nouveau repli. Du point de vue stratégique, plusieurs questions sont à examiner. En supposant que les positions britanniques ne soient pas tenables et que Rommel puisse même menacer l’Iran,  quelles en sont les conséquences pour l’Union Soviétique ? Elles sont primordiales car l’afflux de matériel allié via l’Iran est essentiel pour la machine de guerre de l’Union Soviétique, particulièrement à ce moment critique où sa survie est en jeu.

L’Iran, ainsi que l’Irak, c’est également une source importante d’approvisionnement en pétrole pour les forces du Commonwealth. Si les Etats-Unis fournissent la plus grande part des ressources en or noir des Alliés, la perte ou l’incapacité d’exploiter les champs pétrolifères du Moyen-Orient, et pire encore leur mainmise par un ennemi qui, lui, manque de carburant –pour autant qu’il puisse raffiner et acheminer jusqu’en Méditerranée le précieux liquide- serait fort préjudiciable.

Les Japonais viennent en effet de s’emparer des zones pétrolières d’Indonésie en ce début d’année 1942. Ces mêmes Japonais seraient dès lors plus à même d’avoir des relations plus faciles avec leurs partenaires de l’Axe, sans aller jusqu’à imaginer une stratégie commune qui n’a jamais existé. Il reste que la position de l’Inde devient d’autant plus délicate que, outre les velléités d’indépendance vis à vis des Britanniques à l’intérieur, le « joyau » de l’empire britannique verrait ses lignes de communications avec le Royaume-Uni et l’Australie gravement menacées dans l’océan Indien si les forces de l’Axe parviennent à réutiliser à leur profit le canal de Suez par où pourrait transiter des U-Boote. En cas de large victoire au Moyen-Orient, a Luftwaffe et la Regia Areonautica seraient également capables de menacer les voies maritimes alliées.

Se pose alors la question du lancement ou non de « Torch », le débarquement allié en Afrique du Nord, en cas de désastre britannique en Egypte. Les amiraux Leahy et King sont plutôt favorables à une intervention en force dans le Pacifique. Le général Marshall, plutôt dans l’optique d’une priorité accordée à la lutte contre le Reich, est quant à lui partisan d’un débarquement en France le plus tôt possible. Il a fallu tout le poids politique et toute la persuasion du président Roosevelt pour que soit décidé le principe d’une opération conjointe des puissances anglo-saxonnes en Méditerranée. Il est notable de rappeler que les Américains ont un temps envisagé l’envoi d’une division blindée dans le désert pour assister la 8th Army. Cette idée n’a pas été retenue, mais, en revanche, des escadrilles de l’USAAF vont rejoindre le Moyen-Orient. Toutefois, suite au désastre de Tobrouk, Roosevelt n’hésite pas fournir 300 nouveaux chars M4 Sherman aux Britanniques. Cette offre généreuse signifie qu’une Armored Division est immédiatement de ses nouveaux tanks qui sont expédiés en Egypte. Leur présence au sein des formations blindées du général Montgomery ne sera d’ailleurs pas sans donner celui-ci une carte maîtresse pour s’assurer de la victoire à El Alamein. Mais n’anticipons pas. Pour l’heure, la situation des Britanniques au Moyen-Orient est grave. Alors que débute la 1ère bataille d’El Alamein en juillet, Marshall est persuadé que la 8th Army sera vaincue et que rien ne peut arrêter Rommel. Si les Américains n’ont pas hésité à fournir une aide substantielle aux Britanniques aux heures sombres de la chute de Tobrouk, il y a fort à parier qu’un revers cinglant de ceux-ci en Egypte ne pourrait que les faire réagir avec vigueur. Il reste difficile de savoir quelle forme elle aurait pu prendre. Paradoxalement, si Rommel l’emporte à El Alamein, « Torch » semble plus viable que jamais. En effet, une poursuite de l’avancée des forces de l’Axe et la mainmise sur l’Egypte suppose un effort de guerre accru sur ce théâtre des opérations. Ce sont autant de moyens qui feront plus tard défaut pour s’opposer aux Alliés en Tunisie. La campagne de Tunisie ne mettrait alors en lice que deux armées ennemies sur un seul front avec impossibilité pour l’un et l’autre camp de bénéficier du soutien immédiat des armées engagées à près de 3 000 kilomètres de là, en Egypte. Connaissant la mentalité des deux dictateurs allemand et italien, eut-on imaginer Hitler et Mussolini renoncer à l’Egypte et évacuer celle-ci en cas de menace surgit en Afrique du Nord française ? Le plus grave pour les Alliés dans cette affaire, si la chaîne des événements avait pris cette tournure, est moins la victoire en Afrique, encore que celle-ci serrait loin d’être acquise avec la chute de Malte et la défaite de la 8th Army, qu’un prolongement de la guerre dont les conséquences sont difficiles à évaluer mais de toute façon défavorables pour les puissances anglo-saxonnes. Tout retard pris pour un retour des Alliés sur le continent européen joue en effet en faveur de l’Allemagne, qui peut y renforcer ses positions tout en concentrant davantage de ressources à la lutte contre l’Union Soviétique.