La Guerre d’Asie-Pacifique 1941-45 (2): Philippines (2)

BATAAN ET CORREGIDOR

Après l’écrasement des forces alliées aux Indes néerlandaises et la reddition de Singapour, seules les forces américaines des Philippines s’opposent aux troupes japonaises dans le sud-ouest du Pacifique. Le général Homma enjoint aux Américains de suivre l’exemple des Britanniques et de renoncer à une lutte qui ne peut que s’avérer vaine. A Washington, Roosevelt et Marshall décide de confier le commandement des forces américaines aux Philippines au général Wainwright après que MacArthur eût quitté l’île pour l’Australie, d’où il espérait toutefois garder la direction des opérations menées dans l’archipel philippin, en dépit des difficultés de liaisons que cela aurait supposé. Fin mars, Wainwright envoie un rapport alarmant à MacArthur : les rations de ses troupes sont réduites à 1 000 calories par jour, ce qui est bien entendu plus qu’insuffisant pour des combattants. Alors que ses unités sont diminuées, Wainwright doit en outre affronter un ennemi qui ne cesse de se renforcer à la suite de la chute de Hong-Kong et de Singapour. Le général Homma reçoit ainsi la 14ème Division en renfort ainsi qu’une partie de la 21ème, sans compter de substantiels renforts en artillerie et en aviation. Les forces américaines à Luçon sont commandées par le général King.

 Rien ne semble pouvoir stopper les Japonais

Le 3 avril, les Japonais déclenchent une nouvelle offensive, face à un adversaire sans espoir. Les Américains s’accrochent néanmoins aux Philippines, ne pouvant laisser les Philippins à leur sort sans que cela ait des conséquences politiques désastreuses pour les Etats-Unis : les Américains n’abandonnent pas leurs alliés. Cependant, affaiblis par la malnutrition et les maladies, les Américains et les Philippins se montrent incapables d’opposer une résistance sérieuse aux Japonais. C’est ainsi que le 2nd Army Corps du général Parker, chargé de la défense du tronçon est de la ligne Bagac-Orion, est bousculé par les attaques ennemies et se trouve rapidement dispersé. Dans ces conditions, le 1st Army Corps n’a d’autre alternative que de se replier à son tour devant la menace qui se profile sur son flanc désormais découvert. Au beau milieu de ce chaos arrive un message vibrant de MacArthur ordonnant aux forces de Luçon de déclencher une attaque massive contre la ville d’Olongapo. On voit bien là la limite d’un commandement tactique de la part d’un général qui se trouve à des milliers de kilomètres du front ! Les instructions de MacArthur font tout simplement fi de toute réalité sur le terrain. En effet, l’état des troupes de Wainwright est à ce moment-là déplorable et il est bien sûr impensable d’envisager tout retour offensif de leur part. Qu’on en juge plutôt : environ 80% des hommes sont atteints de paludisme, 75% souffrent de dysenterie et quelque 35% ont le béribéri. Plus de 12 000 hommes sont dans les hôpitaux quand survient la fin des combats. Le 8 avril, alors que le général de brigade Funk, chef d’état-major du général King, se rend à Corregidor, pour annoncer que l’armée de Luçon va probablement être contrainte à la reddition, Wainwright l’informe de l’ordre de contre-attaque de MacArthur. Les deux hommes savent très bien ce qu’il résulterait de l’obéissance à un tel ordre. Ce même jour, King consulte ses différents commandants sur l’état de leurs unités. Tous lui affirment que la fin est proche. King en déduit que non seulement il est incapable de stopper l’ennemi mais que, de surcroît, il n’est même pas possible d’envisager de le retarder de façon notable. Dans ces conditions, la lutte est vaine. King décide donc de capituler. Les Japonais sont donc maîtres de Luçon, mis à part Corregidor et les îlots qui en dépendent.

Les défenseurs américano-philippins

Tant que Corregidor est tenue par les Américains, la flotte japonaise ne peut avoir accès à Manille et à son excellent mouillage. Les défenses de Corregidor et des îles avoisinantes sont conséquentes mais, comme à Singapour, elles sont avant tout conçues pour repousser un ennemi venant de la mer. En outre, les pièces d’artillerie, dont des canons de 12 pouces, sont dotées surtout d’obus perforants destinés à percer l’épais blindage des navires de guerre. Employés contre des objectifs terrestres, ces obus ne sont que de peu d’utilité, ayant la fâcheuse tendance à ne s’enfoncer que profondément dans le sable. En outre, la plupart des positions d’artillerie consistent en des encuvements de béton, laissant les pièces à l’air libre, à la merci des attaques aériennes et des tirs de contre-batterie. Le quartier général, l’hôpital, le centre de transmissions et les magasins se trouvent dans le tunnel de Malinta. Le centre vital de commandement est donc à l’épreuve des bombardements dans des kilomètres de galeries. Mais le tunnel de Malinta est encombré de personnel des services, de blessés et de rescapés. Très vite, l’atmosphère devient chaude, humide et mal ventilée. Les réserves d’eau sont aussi un souci car elles sont insuffisantes pour des effectifs aussi importants. Enfin, la centrale électrique n’est pas à l’abri des tirs des Japonais. Ceux-ci ne tardent pas à passer à l’attaque. Il s réunissent in nombre conséquent de pièces d’artillerie sur la pointe sud de la presque île de Bataan et soumettent Corregidor à un bombardement en règle pendant plus de trois semaines. L’aviation nippone intervient elle aussi au-dessus des positions américaines. C’est ainsi que la plupart des batteries de Corregidor, l’équipement de commande de tir et les réseaux de communications sont peu à peu détruits. Le sol de l’île st labouré par les tirs et un groupe de Philippins est même enterré vivant quand des blocs de falaise se détachent et viennent les emmurer vivants dans la grotte où ils se sont réfugiés. Homma, soumis à la pression de ses supérieurs, attend cependant avec impatience le moment où il pourra lancer l’assaut final. Le 4 mai, pas moins de 16 000 obus s’abattent sur Corregidor.

Le 6 mai, le général Homma estime que le moment est venu d’en finir avec les défenseurs américains de Corregidor. L’attaque se porte sur la côte nord de l’île, près d’une étroite langue de terre. Cependant, les Japonais prennent du retard et les deux bataillons du 61ème Régiment impliqués dans l’attaque, soit 2 000 combattants, sont surpris par la nuit tombante et par la marée. Le débarquement s’effectue donc dans une certaine confusion dans un lieu appelé Cavalry Point, à l’ouest de Corregidor. Le 4th Marines Regiment, amené de Chine par l’amiral Hart, attend ses adversaires de pied ferme. Renforcé par des centaines de Philippins, de marins, d’artilleurs et d’hommes d’intendance sans expérience du combat d’infanterie, les Marines s’apprêtent à donner une chaude réception aux Japonais. Le clair de lune aidant, les américains n’ont aucun mal à distinguer leurs cibles. Les dernières batteries de l’île ouvrent donc le feu avec de petits canons de défense côtière et sèment le carnage au sein du 2ème bataillon japonais : les embarcations des assaillants sont pulvérisés et à peine la moitié des soldats nippons atteint le rivage. Le 1er bataillon japonais n’est pas logé à meilleure enseigne et subit lui aussi des pertes importantes. Il parvient toutefois à se ménager une tête de pont. Les Japonais parviennent ensuite à s’enfoncer vers l’ouest de Corregidor. L’objectif des Japonais est de s’emparer de la crête marquant le centre de l’étroit prolongement de l’île, à l’emplacement de la batterie « Denver ». Les Américains tentent en vain de reprendre la position puis se résigne à s’établir sur une autre ligne de défense plus à l’ouest.

Les Japonais consolident leurs positions et soumettent les défenseurs à des tirs meurtriers. Au lever du jour, quelques blindés et des pièces d’artillerie légère ont été débarqués dans l’île. A 10h30, les défenses américaines ne sont plus qu’à quelques mètres du tunnel de Malinta. Toutes les réserves américaines et philippines sont engagées, s’attendant à un renouvellement de l’assaut de la part des Japonais. La situation n’est alors guère brillante : l’artillerie est presque intégralement mise hors de combat et les réserves d’eau et de munitions sont presque épuisées. Dans le camp adverse, la pénurie de munition commence à se faire sentir et les embarcations font défaut.

 Wainwright au sortir d’une rude captivité, étreint par un MacArthur qui l’a abandonné en 1942…

Cependant, à 10h, le général Wainwright envoie un dernier message à Washington : « Dites à la nation que mes troupes et moi-même avons accompli tout ce qui était humainement possible et que nous n’avons pas failli aux meilleures traditions des Etats-Unis et de son armée…Avec un profond regret et un respect nullement diminué envers mes vaillantes troupes, je vais me présenter au commandant japonais. » Pour Wainwright et ses 11 000 hommes, la dure épreuve de la captivité commence alors : elle ne s’achèvera qu’en 1945 après bien des souffrances.

Le début de l’enfer pour les captifs…