Campagne Tunisie/Tunisian Campaign (2) Ochsenkopf

 

Opération « Ochsenkopf »

 Un Fallschirmjäger: Arnim engage de nombreuses unités, dont plusieurs d’élite, dans une vaine offensive dans le nord tunisien

Le 25 février, la passe de Kasserine est à nouveau entre les mains des Américains: la grande confrontation entre le « Renard du désert » et l’US Army s’achève avec un bilan en demi-teinte pour le maréchal Rommel. Certes, les pertes infligées au IInd US Corps de Fredendall sont conséquentes mais l’objectif stratégique de l’offensive n’est pas atteint. Deux jours auparavant, Ambrosio, le chef du Comando Supremo, ordonne à Rommel (bientôt commandant du Heeres-Gruppe Afrika) de s’attaquer à la 8th Army de Montgomery: ce sera l’opération « Capri », sur Médenine, lancée le 6 mars. Le général von Arnim (le chef de la 5. Panzerarmee), dont le manque de coopération a lourdement pesé sur l’issue de l’offensive de Rommel, s’envole pour Rome, sans même en avoir informé son supérieur, où il obtient de Kesselring l’autorisation de lancer une offensive dans le nord du front tunisien. L’opération, étrangement baptisée « Ochsenkopf », c’est à dire tête de boeuf, doit être déclenchée le 26 février. Le plan initial (que Rommel avait avalisé), visant avant tout à mener des escarmouches et à s’emparer de Medjez-el-Bab, a pris de l’ampleur. Arnim revient à son plan visant à s’emparer de Béja, auquel il a dû renoncer le 19 février en pleine bataille de Kasserine. Le postulat de base est que les Alliés ont dirigé leurs réserves pour conjurer la menace que faisait planer l’offensive de Rommel au sud. Ambrosio est surpris de la proposition du chef de la 5. Panzerarmee puisque celui-ci avait renoncé à un assaut sur Medjez-el-Bab faute d’effectifs suffisants. Deux offensives (au nord et au sud de la Tunisie) sont donc préparées mais sans réelles coordination. La situation semble pourtant désespérée aussi bien pour Rommel, Arnim ou Messe (le chef de la 1 Armata). Les généraux présents en Afrique préconisent une concentration des forces dans le nord tunisien, éventualité rejetée par Berlin et Rome.

 Les objectifs

L’optimisme est pourtant de mise en ce qui concerne « Ochsenkopf » puisque le Generalmajor Weber (le commandant de la 334. ID) estime que les Alliés ne disposent dans le secteur que de quelques réserves dans la profondeur. Le Korpsgruppe Weber s’articule en 5 groupements: le Panzergruppe Lang, le Gruppe Eder, le Gruppe Audorff, le Gruppe Schmid (avec les Untergruppen Kleeberg, Koch et Holzinger) et le Gruppe Buhse (en réserve à El Bathan avec le II/Gren-Rgt 754 et du Marsch-Bn 24). Il est entendu que l’obscurité favorisera l’effet de surprise. Ordre est donné d’éviter les attaques frontales. Les troupes d’assaut devront se concentrer pour former un Schwerpunkt dans chaque secteur pour percer et anéantir l’ennemi. Les routes principales devront être sécurisées afin d’assurer les communications et de permettre la poursuite des opérations.

La gare de Sidi Nsir: un objectif pour la Pz AOK 5

L’objectif majeur de l’offensive est de s’assurer de Béja en attaquant depuis Mateur via Sidi Nsir. Il s’agit de percer en direction de Béja-Téboursouk. Lang attaquera dans le secteur avec, en soutien, une partie du Régiment Barenthin (en provenance de la Division Manteuffel). Le Gruppe Eder surprendra les batteries d’artillerie ennemies par l’arrière. L’opération « Ochsenkopf » devrait également permettre de reprendre l’important carrefour de Medjez-el-Bab. Deux Kampfgruppen doivent y anéantir les défenses alliées par une attaque en tenaille. Toutes les défenses ennemies dans le secteur Haidous-Chaouach-Toubakeur doivent être annihilées. Un autre Kampfgruppe doit frapper à Bou Arada avant de poursuivre l’attaque sur Gafour. « Ochsenkopf » est soutenue, au nord, par une attaque secondaire, l’opération « Ausladung », menée par la division von Manteuffel, qui couvrira ainsi le flanc droit du Korpsgruppe Weber. Manteuffel doit détruire les défenses alliées établies dans l’oued Sedjenane et poursuivre une trentaine de kilomètres vers l’ouest, jusqu’à la gare de Nefta. Le flanc gauche sera assuré par la division italienne « Superga » ainsi que d’autres éléments du 30° Corpo. Le plan prévoit neuf attaques étalées sur un front de près de 90 kilomètres. Trois secteurs d’assaut sont donc déterminants: Béja, Medjez-el-Bab et Bou Arada. En tête des vagues d’assaut, les pionniers, qui emportent également leurs propres mines et le nécessaire pour s’assurer du franchissement des ponts et l’utilisation des routes. Il est prévu que la Luftwaffe intervienne au cours de la nuit de l’offensive: elle doit attaquer Souk-el-Arba, Medjez-el-Bab, Téboursouk ainsi que différentes batteries alliées.

Le terrain est-il favorable à une offensive? Il est très montagneux, entaillé de ravins et d’oueds, ces lits de rivières asséchés en période aride mais qui ont tôt fait de se transformer en torrents impétueux dès qu’il se met à pleuvoir. Or la météo n’est pas favorable en cette fin février 1943 dans le nord tunisien. Si la pluie cloue au sol nombre d’avions alliés, elle empêche également les appareils de l’Axe d’intervenir. Pis, le terrain devient boueux… Quant aux montagnes et aux collines, elles risquent fort de forcer les troupes des deux camps à mener une bataille visant « à enlever les hauteurs les unes après les autres, suivant la même conception rigide qui était devenue familière au cours des batailles de matériel de la Première Guerre mondiale » selon les mots de Rommel, qui a lui-même fait l’expérience de tels combats en Italie au cours du conflit précédent. Il y a bien quelques espaces libres et des couverts offerts par la végétation, mais le défenseur qui tient les hauteurs et contrôle les défilés possède un avantage tactique évident.

 

Les forces engagées

La force de frappe principale d’Arnim est constituée du Korpsgruppe Weber, en particulier le Kampfgruppe Lang, qui s’articule autour de 77 Panzer commandés par l’Oberst Lang. Diverses unités en provenance de la 10. Panzer-Division, de la division « Hermann Goering », de la 334. ID d’Audorf, de la division von Manteuffel participent à l’attaque. La 10. Panzer-Division engage une partie de ses effectifs dans la bataille. Le II/ Panzer-Regiment 7 compterait plusieurs Pak 40 de 75 mm (6 ou 7) et, surtout, 8 Panzer IV, plus de 25 Panzer III et plus de 20 Panzer II (21?). Le 25 février, le s. Panzer-Abteilung 501 devient le III/ Panzer-Regiment 7, ce dernier alignant 14 Tiger, 12 Panzer IV G et 15 Panzer III N.

Les gros bataillons sont constitués par la 334. Infanterie-Division du Generalmajor Weber autour de laquelle se constitue le Korpsgruppe éponyme. La Gefechstärke des forces du Korpsgruppe Weber est de 11 737 hommes (total excluant donc la Manteuffel-Division). La 334. ID en forme les gros bataillons puisqu’elle aligne 6 228 hommes (Gefechstärke), total qui n’inclut pas le Gebirgsjäger-Rgt 756, visiblement rattaché à la « Superga » (bien que compris dans le Gruppe Schmid). Ses effectifs en fantassins sont raisonnables puisque le Grenadier-Rgt 754 compte 2 333 hommes (plus 31 soldats du Panzerjäger-Abt 90) et le Grenadier-Rgt 755 en aligne 2 343. Le III/754 possède 3 pièces de 75 mm (beute), probablement des canons français. La 14e compagnie de ce régiment compte 11 antichars (quatre 37 mm -probablement des antichars américains capturés selon un document, six 50 mm et un 75 mm). La 14/756 en compte 9 (six 50 mm, trois 75 mm). La division compte par ailleurs 404 pionniers et 798 artilleurs. Au 1er mars (dont après le lancement de l’offensive), le Schnelle Abteilung 334 n’aligne que 8 Pak 40 sur les 18 de dotation ainsi que 4 automoteurs. L’Artillerie-Regiment 334 est assez hétéroclite avec 8 IFH, 4 Geb Kan 36 de 10,5 cm (attelés à des mulets!) et 7 sFH (on compte entre 28 et 32 canons dans la division). Sur les 130 camions tout terrain que devraient compter la division, celle-ci n’en aligne que 22 en état de marche (2 en réparations). Les 506 autres camions théoriques ne sont en fait que 178. Les motos et side-cars ne sont présents qu’à moitié de dotation (209 au lieu de 488). C’est pire pour les voitures: on en compte 116 au lieu de 312.

Parmi les forces engagées côté allemand, la Division von Manteuffel (Division von Broich jusqu’au 7 février 1943) est pour le moins une unité atypique, à la configuration unique au sein de la Wehrmacht. Début février, elle 3 bataillons dans la Lw Rgt Barenthin, 3 bataillons au 10° Bersaglieri (XXXIV, XVI et LXIII), ainsi que le Tunis Feldbataillon T4 ainsi que l’Afrika Marsch Bataillon A 30. Avec le bataillon T4, ces deux unités vont constituer un troisième régiment de fantassins, baptisé tardivement le 160. Panzergrenadier-Regiment. Il s’agit donc d’un régiment créé ex-nihilo à partir de bataillons de remplacements présents à Tunis en novembre 1942. Tout le service de soutien (artillerie…) et de logistique doit être improvisé à partir de ressources de diverses provenances : allemandes, italiennes ou encore matériel allié capturé. L’appui d’artillerie est fourni par plusieurs batteries de l’Artillerie-Regiment 2 et de l’Artillerie-Regiment 190. L’artillerie, assez hétéroclite, aligne entre 11 et 15 pièces de 10,5 cm mais aussi 4 pièces de 155 mm françaises. Une compagnie de reconnaissance, une unité de Flak, une section de transmissions blindée ainsi que le Fallschirmjäger-Bataillon (mot)11, autrement dit les parachutistes du Fallschirmjäger Korps Pionier Bataillon du Major Witzig, complètent l’unité avec les troupes de soutien divisionnaires habituelles. Rattachée au XI. Fliegerkorps, l’unité du génie parachutiste de Witzig, héros de la prise du fort belge d’Eben-Emaël en mai 1940, aligne 716 soldats, et prend à sa charge l’extrême nord du front, devant assurer la sécurité de Bizerte.

Jäger de la Manteuffel-Division

L’autre unité parachutiste de la Manteuffel-Division est celle de l’Oberst Barenthin, commandant du Luftwaffe Regiment Barenthin (Luftwaffen-Jägerregiment, selon la terminologie officielle). L’unité est créée ad hoc à partir de deux bataillons de parachutistes (1-4/I et 5-8/II) et de trois batteries de 20 mm de l’Oberst Maier, le Fallschirm-MG-Flak Abteilung 7, redésigné 9-11/III afin de constituer un 3ème bataillon. Il s’agit en fait de personnels d’écoles de troupes aéroportées, en l’occurrence la Kraftfahrschule Helmstedt (l’école de conduite Helmstedt) et du Segelflieger-Ergänzgruppe Posen (Groupe de remplaçants de pilotes de planeurs de Posen).

La Manteuffel-Division n’est pas la seule unité allemande à engager des parachutistes dans l’opération. La Division « Hermann Goering » engerbe elle-aussi une formation constituée de ces troupes d’élite. Il s’agit du Fallschirmjäger-Regiment 5, qui ne possède que les I et III bataillonen, le second étant affecté à la Brigade Ramcke depuis le printemps 1942. Le régiment est commandé par l’Oberst Koch, un autre héros d’Eben-Emaël en 1940. Son FJ Bn III s’était temporairement emparé de Medjez-el-Bab avant de rétrocéder la place à l’ennemi le 26 novembre 1942, soit trois mois plus tôt. Fin 1942, le FJR5 est rebaptisé Jäger-Regiment «Hermann Goering ». Les composantes de cette division parviennent en ordre dispersé en Tunisie et seule une partie rejoint en fait l’Afrique du Nord. Les premiers arrivés constituent un corps avancé, le Vorkommando Hermann Goering, placé sous le commandement de l’Oberst puis Generalmajor Schmid. L’ensemble n’atteindra jamais les effectifs d’une division standard. Le Kampfgruppe Schmid combat avec distinction, d’abord dans le sud de la tête de pont, avant d’être impliqué dans l’opération « Ochsenkopf ». Le Jäger-Regiment « Hermann Goering » (finalement doté d’un troisième bataillon) attaque avec une Gefechstärke de 1 620 hommes. Chaque bataillon compte 2 Pak 38, le 1er étant le seul à être doté en sus d’un Pak 36 de 37 mm.

Les bataillons de marche sont d’effectifs inégaux: 656 hommes au Feld Bn A 33, 469 hommes et 4 canons Pak 38 au Feld Bn A 24 et 161 soldats au 3/ Feld Tunis Bn 1 (une seule compagnie). Les différentes unités d’artilerie comptent environ 900 hommes, sans compter les troupes de la Flak (dotées de 4 pièces de 88 mm) et des Panzerjäger (le 2 Panzerjäger-Abteilung 90 aligne 10 excellentes pièces Pak 40 de 75 mm). Le Panzergrenadier-Regiment 69 engage 743 hommes et 6 Pak 38 dans la bataille (I/ et 9/).

On peut d’une certaine manière considérer que des éléments de la 21. Panzer-Division participent à l bataille. Outre 15 Panzer IV du Panzer-Regiment 5 (en fait des engins qui viennent d’être débarqués en Tunisie et qui doivent lui être transférés après l’opération), on compte 133 hommes et 11 Pak 38 du 14/PZ Gren-Rgt 104. L’Infanterie-Regiment 47, qui sera affecté à la 21. Panzer-Division, participe également à « Ochsenkopf ».

La « Superga » appuie l’assaut sur le flanc sud dans. Au 1er mars 1943 l’Abschnitt Benigni est en ligne. Il compte le 91e Rgt italien, le Marsch-Bn A 28 ainsi que les bataillons d’artillerie italienne 57 et 65. La division « Superga » engage aussi un groupement rassemblant le 92e Rgt d’infanterie italienne, l’Artillerie-Regiment 5, le Panzer-Jäger-Abteilungen 1, 101 et 136, le Feld-BnT 5, les Marsch-Bn A 22, A 25 et A 26.

 

KORPSGRUPPE WEBER

 GRUPPE LANG (Oberst Lang)

a)Gruppe Lüder

  1. PZ Abt 501 II/ Art-Rgt 22

II/PZ Rgt 7 (moins une compagnie)  Pioniere: 1 Zug du 2/ Pionier-Bn 334 (mot.)

Flak: 4 Flakkampftruppe

b)Gruppe Haut                                            1 Vierlingzug

I/PZ Gren-Rgt 86                                          2 Züge de pièces de 2 cm

 

GRUPPE EDER (Oberstleutnant Eder)

Gren-Rgt 755                                    I/ Art-Rgt 334

III/Gren-Rgt 754                               II/Art-Rgt 334

Pioniere: 1 Zug du 2/ Pionier-Bn 334 (mot.)

Flak: 1 Zug de pièces de 2 cm

 

GRUPPE AUDORFF (Oberstleutnant Audorff)

I/ Gren-Rgt 754                                 III/ Art-Rgt 334

II/ Jäger-Rgt Hermann Goering         Pioniere: 2 Züge du 2/ Pionier-Bn 334 (mot.)

 

GRUPPE SCHMID (Oberst Schmid)

a)Gruppe Kleeberg

I/PZ Gren-Rgt 69                              I/PZ Art-Rgt 90

Feld Bn A 33                                     Pioniere: 1 Zug

1 compagnie II/PZ Rgt 7

 

b)Gruppe Koch

Jäger-Regiment HG (sauf II/HG)      II/Art-Rgt 190

 

C)Gruppe Holzinger

Gebirgsjäger Rgt 756                         4/ Geb Art-Rgt 334

Bn Mickley (Feld Bn T5)                 9/ Art-Rgt 90

II 92 (Italiens)                                               3 Batteries I 25 (7,5 cm)

Réserves: 2 compagnies II/HG

Feld Bn A 24

Pioniere: 3/ Pionier-Bn 334 et 1 Zug du 2/Pionier-Bn 334

 

MISSIONS

Gruppe Lang: percer à Sidi Nsir et s’emparer de Béja

Gruppe Eder: avancer à travers le Djebel-el-Ang et détruire les unités alliées dans le secteur Chaouach-Toubakeur. Couper la route principale.

Gruppe Audorff: attaquer Medjez-el-Bab

Division von Manteuffel: attaque dans le secteur du Djebel Abiod, du Cap Serrat à la zone de contact avec le Korpsgruppe Weber

Division « Superga » : assurer le flanc gauche de l’offensive du Korpsgruppe Weber

 

Faisant face à Weber, suite à l’envoi de troupes au sud de la Tunisie pour contrer Rommel, les renseignements d’Arnim ont repéré le gros de la 78th ID, une partie de la 6th Armoured-Division ainsi que des troupes françaises étirées dans des positions de campagne du Djebel Mefta au Djebel Mansour. A l’ouest du Djebel Sidi Mufta et dans le secteur de la gare de Sidi Nsir se trouve la 128th Brigade et le 5e Rgéiment de Tirailleurs Algériens ainsi que 2 à 3 bataillons d’artillerie. Un autre régiment de Tirailleurs Algériens (le 3e) occupe les montagnes au nord de Medjez-el-Bab. 4 batteries d’artillerie sont disposées d’Heidous à Toubakeur. Au sud-est de Medjez, se trouve le 9e Régiment de Tirailleurs Algériens avec 3 batteries. La 38th Brigade se tient au nord-ouest et au sud-ouest de Goubellat avec 2-3 bataillons d’artillerie du sud-est du Djebel Rihane au sud-est de Medjez-el-Bab. Au sud de Bou Arada, les Allemands ont repéré 3 bataillons, dont un de parachutistes anglais et un bataillon français, l’ensemble disposant d’artillerie en soutien. Les renseignements sont complétés par les informations obtenues auprès d’Arabes, probablement des Tunisiens pour la plupart (rapports consignés au sein des « Arabermeldung »). Le 24 février, on estime ainsi que le secteur Zet Madien-Béja est défendu par 40 chars lourds (probablement des Churchill) et 30 chars moyens. Amar ben Mohamed (que certains documents nomment au contraire Mohamed ben Amar…), un déserteur de l’armée française (le 4e Zouave selon les Allemands) fournit un certain nombre de renseignements : il informe la Manteuffel-Division, par exemple, que Béja est défendu par 800 hommes, 20 tanks et des automitrailleuses, sans compter 10 chars, 4 pièces de DCA lourdes et 5 automitrailleuses dans la zone du pont Munchen sur l’Oued Béja. Manteuffel ferait face à 8-10 000 Britanniques dans le secteur minier de Tabarka. On tente d’évaluer les effets des attaques de la Luftwaffe : ainsi 6 canons et 3 camions auraient été détruits par une attaque sur Ain Zeboudj.

« Ochsenkopf »: le choc des paras ou le duel entre les « Red Devils » et les « Grüne Teufel »

Les forces alliées frappée de plein fouet par l’offensive appartiennent au Vth British Corps d’Allfrey. Ce sont les 78th et 46th ID, des éléments de la 6th Armoured-Division ainsi que quelques unités françaises, dont le Corps Franc d’Afrique au nord et un groupement français (III/9e régiment de tirailleurs Algériens et III/43e Régiment d’Infanterie Coloniale rattachés à la 138th British Brigade; 3e Régiment de Tirailleurs Algériens). Une autre division alliée est en lice. Le Brigadier Nelson commande la « Y » Division, formation ad hoc incluant la 1st Parachute Brigade et la 38th Irish Brigade. Les Allemands ont identifié un seul bataillon de paras britanniques alors qu’en fait le 5th British Corps en compte trois. Ces derniers sont retranchés dans le secteur d’Argoub, surnommé « Happy Valley », la vallée heureuse, puisque les « Red Devils » n’ont encore connu aucun secteur aussi calme en Tunisie. Ils ne vont pas tarder à réviser leur jugement… La connaissance exacte du dispositif adverse semble pourtant faire défaut s’il faut en croire un rapport de la 334. ID écrit après la bataille. Dans ces conditions, estime le rédacteur du document qui insiste sur la nécessité de réitérer les reconnaissances, il n’y avait aucun espoir de réussir.

A COMPLETER PAR LA LECTURE DE MON ARTICLE:

Magazine Batailles & Blindés N°59:  « Ochsenkopf »

Benoît Rondeau Textes sur la campagne de Tunisie 1942-1943

 

   

Mes textes sur la campagne de Tunisie:

-Mon livre publié chez Tallandier L’Afrikakorps. L’armée de Rommel (sur la portée de la campagne)

-Hors-série Ligne de Front n°29 « 5. Panzerarmee. La meilleure ennemie des Alliés ». (beaucoup de détails inédits sur cette armée méconnue)

-Thématique 2e Guerre Mondiale magazine N°24 : « La campagne de Tunisie »

-Hors-Série Batailles & Blindés N°26 « Dictionnaire des unités de l’Axe en Afrique du Nord. 1941-1943 »

-Magazine 2e Guerre Mondiale Magazine N°62: « Les mythes de la bataille de Kasserine »N°64: « La tête de pont de l’Axe en Tunisie. Un exploit logistique? » ; N°71: « L’impact du front méditerranéen sur Overlord »

-Magazine Batailles & Blindés N°59:  « Ochsenkopf » (éléments inédits et des chiffres nouveaux) et N°70: « « Capri « , c’est fini! La dernière offensive de Rommel en Afrique »

« Rückmarsch! The German Retreat From Normandy. Then and Now »Jean-Paul Pallud

Jean-Paul Pallud, « Rückmarsch! The German Retreat From Normandy. Then and Now »

376 pages. Publié par « After the Battle » en 2006. L’iconographie -même si nombre de photographies sont connues- est intéressante avec, habitude et marque de fabrique d »After the Battle », une mise en parallèle de clichés actuels avec les lieux photogaphiés en 1944. On reste confondu par l’habileté de l’auteur à retrouver les emplacements. Par ailleurs, l’ouvrage ne se borne pas -comme trop souvent- à la retraite hors de la poche de Falaise puis au passage de la Seine, mais aborde également la bataille de Mortain et les poussées alliées sur Falaise et Argentan ainsi que les replis effectués depuis le sud et le sud-ouest de la France, de même que la retraite à travers le Nord jusqu’en Belgique, aux Pays Bas et en Lorraine. Un ouvrage de la série, tout aussi réussi, est paru en 2011 : « The Battles for Monte Cassino, Then and Now ».

Campagne Tunisie/Tunisian Campaign (1) Mareth

 

 Face au système défensif de la ligne « Mareth » et en raison du caractère accidenté des monts Matmata, l’infanterie tient un rôle prépondérant.

Les forces de l’Axe se retrouvent dans une situation délicate après l’échec stratégique de la bataille de Kasserine. Mais, sur le front de la 1ère Armée Italienne, elles ont la possibilité de se défendre sur des positions solides, s’articulant sur la ligne « Mareth ». Rommel veut porter la ligne d’arrêt plus au nord, au niveau de l’Oued Akarit, une position encore plus facile à défendre car l’espace de manœuvre se limite à 20 kilomètres, entre la mer et les chotts, ces lacs salés infranchissables pour les blindés. Toutefois, le Commando Supremo impose à Rommel puis à Messe de combattre sur la ligne « Mareth », afin de bénéficier des défenses édifiées par les Français dans les années 1930. Cette ligne de fortifications, un peu abusivement surnommée « la ligne Maginot du désert », s’étend de la mer aux monts Matmata et ne comporte en fait qu’un nombre limité de casemates et de points d’appuis bétonnés. Le dispositif est donc modeste et de faible profondeur, d’autant plus que la commission d’Armistice italienne avait exigé la destruction de certains obstacles. Par ailleurs, un assaillant peut déborder la ligne par le sud. Les Italiens ne ménagent cependant pas leurs efforts pour renforcer le dispositif de défenses existant. C’est ainsi qu’au mois de mars 23 kilomètres de fossés antichars ont été achevés, 6 kilomètres d’aménagements des rives des oueds sur les 7 prévus ont été exécutés, 58 kilomètres de barbelés ont été mis en place et 50 autres kilomètres sont en cours d’achèvement, 50 000 mines antichars ont été distribuées et 27 000 posées, 35 000 mines antipersonnelles ont été distribuées et 18 200 posées. La ligne « Mareth » est donc devenue un dispositif défensif nettement plus conséquent et ne pourra être enlevée qu’à la suite d’un assaut en règle. Lorsque la 8th Army parvient face aux positions germano-italiennes, les lignes de communications britanniques sont très étirées, Tripoli n’étant réouvert au trafic que le 1er février. Le 15 février, Monty s’empare de Médenine. Après avoir repoussé l’ultime offensive de Rommel, Montgomery se prépare à l’assaut de la ligne « Mareth ». L’opération est baptisée « Pugilist Gallop ». Le plan prévoit une attaque frontale du 30th Corps de Leese en vue d’aménager une brèche pour une exploitation des blindés du 10th Corps d’Horrocks. Pendant ce temps, le corps d’armée de Freyberg effectuera un vaste mouvement d’enveloppement en direction d’El Hamma afin de prendre Messe à revers. Monty dispose de 160 000 hommes, 610 chars et 1 410 pièces d’artillerie et il bénéficie en outre d’une nette supériorité aérienne puisque la Western Desert Force aligne 800 avions face à seulement 120 appareils de l’Axe. Pour défendre la ligne « Mareth », l’armée de Messe aligne 80 000 hommes, 150 chars et 640 canons. Monty dispose donc d’une supériorité numérique de deux contre un en hommes et de quatre contre un en blindés.

 Les Valentine sont à la peine au cours de l’opération « Pugilist Gallop »

La préparation d’artillerie britannique débute le 16 mars à 20h30. Elle s’avère en fait inefficace. L’assaut de l’infanterie débute à 23h. La 50th Northumberland Division et la 201th Guards Brigade se ruent sur les positions de la division Giovanni Fascisti du général Sozzani et de la 90.Leichte-Division du général von Sponeck. Les rives de l’oued Zigzaou sont franchies à l’aide de fascines et d’échelle, dans la meilleure tradition médiévale. Des têtes de pont sont établies mais au prix de lourdes pertes, notamment en raison de la densité des champs de mines. En outre, il s’avère impossible de consolider les acquis. Les Britanniques ont perdu 38 officiers et 500 hommes. Le 17 à l’aube, la bataille gagne les secteurs des divisions « Spezia » du général Pizzolato et « Trieste » du général La Ferla. C’est un nouvel échec pour les Britanniques : le front de la ligne Mareth reste solide. La pluie empêche les opérations le 19 mars mais, dans la nuit, la 50th ID renouvelle ses assauts, soutenue par les « Valentine » de la 23rd Armoured Brigade. Ces derniers se trouvent dans l’incapacité de franchir le fossé antichar et les Britanniques échouent donc une nouvelle fois. Dans la journée du 21, le génie du 30th Corps parvient néanmoins à préparer des passages pour les blindés. 42 « Valentines » rejoignent donc la tête de pont avant qu’un effondrement des berges ne bloque le passage. Sa puissance de feu ainsi considérablement renforcée, la 50th ID écrase le 8ème bataillon de Bersaglieri . C’est sans compter sur Messe qui fait intervenir la 15.Panzer-Division qui parvient à résorber la tête de pont de l’oued Zigzaou. L’échec est donc complet.

 L’intervention de la Desert Air Force sera décisive, innovant une pratique d’appui tactique direct

La manœuvre de contournement de Freyberg, qui engage la Force L de Leclerc et la 2nd New-Zealand Divsion, soit 27 000 hommes et 200 chars, s’avance dans la trouée d’El Hamma et se heurte au Groupement Saharien du général Mannerini, qui est alors renforcé par la 164.Leichte-Division de von Liebenstein, obligeant ainsi la division « Pistoia » a allonger son front sur la ligne « Mareth » pour occuper les positions allemandes. Messe renforce ensuite le secteur d’El Hamma en déplaçant la 21.Panzer-Division qui stoppe Freyberg alors que celui-ci vient d’écraser les unités sahariennes. Le 23 mars, il apparaît que la manœuvre de Freyberg est elle aussi vouée à l’échec.

  

Le 2th US Corps de Patton est lui aussi mis en difficulté, à Maknassy et à El Guettar

Pendant ce temps, les Américains du 2th US Corps de Patton sont loin d’être inactifs et procèdent à des attaques avec celles des Britanniques, à la demande express d’Alexander, en vue de s’emparer de Maknassy. En dépit de la pluie, la 1st ID du général Allen et la 1st Armored Division de Ward s’emparent de Gafsa en repoussant sans difficultés les unités de reconnaissance et poussent ensuite leur avance vers El Guettar, où est positionnée la division blindée « Centauro » du général Calvi di Bergolo. Le 21 mars, Ward s’empare de Sened. Le 22 mars, les Américains sont repoussés à l’est de Maknassy au Djebel Naemia, hâtivement mis en défense par une poignée de combattants germano-italiens, renforcés par 80 hommes d’élite, anciens membres de la garde personnelle de Rommel. Le 23 mars, la colline n’est toujours pas prise tandis que le djebel voisin est reconquis en partie par les Germano-italiens. Le nouvel assaut américain échoue : 3 000 GI sont tenus en échec par 270 Italiens et 80 Allemands ! Ward, envoyé en première ligne par Patton, est blessé en menant ses hommes à l’attaque. Le 25 mars, un nouvel assaut est repoussé de justesse. Entre-temps, von Arnim dépêche la 10.Panzer-Division pour renforcer la « Centauro ». Montgomery, préparant un nouvel assaut qu’il espère décisif, fait alors appel à Patton pour que celui-ci intervienne à nouveau dans la région de Gabès. Le 23 mars, les Allemands devancent les deux chefs en lançant la 10.Panzer-Division contre la 1st ID à El Guettar. Les premiers succès allemands liassent craindre un instant une répétition de la défaite de Sidi-bou-Zid : deux bataillons d’artillerie et de nombreuses unités d’infanterie sont bousculées par les Panzer. C’est alors qu’une erreur providentielle fait basculer le sort de la bataille en faveur des Américains. Les Panzer s’engouffrent en effet dans un champ de mines couvert par les feux de l’artillerie et des tanks destroyers dont les tirs détruisent 38 blindés allemands. Alexander félicite Patton pour la prestation de ses hommes et lui demande de lancer une nouvelle attaque en direction de Gabès le 28 pour soulager Monty. Trois divisions d’infanterie américaines (1st, 9th et 34th) sont engagées avec la 1st Armored Division. La percée n’est pas réalisée, d’autant plus que la 21.Panzer-division a rejoint le secteur, dont les positions antichars détruisent 15 blindés américains en quelques minutes. Les raids aériens de la Luftwaffe achèvent de rendre la tentative américaine infructueuse. Le 31 mars, Patton, qui fulmine de rage devant l’absence de progrès, note dans ses carnets : « Téléphoné à Ward de monter une attaque et d’admettre jusqu’à 25% de pertes. Nos hommes, et en particulier la 1st Armored Division, ne veulent pas se battre. C’est écoeurant…Je sais que c’est dur en admettant un tel taux de pertes mais il le faut. On ne gagne les guerres qu’en tuant et, le plus tôt nous commencerons à tuer, le mieux ce sera. » Patton doit suspendre l’attaque, elle ne pourra reprendre qu’au départ des allemands après la percée de Montgomery à l’oued Akarit.

Pendant que Patton attaque vers Maknassy et repousse les Allemands à El Guettar, Monty met au point et lance une nouvelle offensive pour défaire la 1ère Armée Italienne sur la ligne « Mareth ». L’axe offensif se porte dans les collines de Matmata. La 1st Armoured Division et ses 160 chars vont donc renforcer Freyberg. Baptisée « Supercharge II », faisant ainsi écho à la victoire d’El Alamein, la nouvelle offensive est déclenchée le 26 mars. Un bombardement roulant sur le défilé très encaissé et une attaque systématique des centres téléphoniques doit paralyser l’ennemi et anéantir les défenses de la trouée d’El Hamma. Après une tempête de sable qui gêne momentanément les opérations aériennes, la Desert Air Force revient à l’assaut. A 16h, les Néo-Zélandais sortent de leurs tranchées et partent à l’assaut, balayant les points d’appui allemands, suivis par les chars de la 8th Armoured Brigade. La nuit, c’est au tour de la 1st Armoured Division d’intervenir dans la bataille, attaquant en masse compacte, chose jusqu’alors inhabituelle dans les rangs des unités blindées britanniques. L’unité arrive devant l’oasis d’El Hamma, où les Allemands ont établis de nouvelles positions. La 4th Indian Division s’empare de son côté de Ksar El Hallouf et Leclerc prend les hauteurs du Djebel Melab. L’intervention de la 15.Panzer-Division, pourtant réduite à 30 chars, permet d’arrêter les Britanniques pour deux jours, un délai suffisant pour permettre aux Italiens d’évacuer les positions de la ligne « Mareth » et de se rétablir sur l’oued Akarit. Les Britanniques traversent sans combat les positions de la ligne « Mareth » à la fin du mois de mars. Messe a perdu 5 000 Italiens et 1 000 Allemands au cours de cette bataille, ainsi que 60 chars et 31 batteries d’artillerie. La victoire britannique est cependant incomplète et constitue en fait un semi-échec pour Monty qui n’est pas parvenu à encercler l’armée adverse. L’attaque frontale s’est avérée être un fiasco total tandis que l’attaque de Freyberg a été trop tardif. En revanche, la rapidité de l’improvisation de « Supercharge II » et son exécution brillante, met en relief sa grande souplesse d’esprit. La 1ère Armée Italienne parvient à se repositionner sur l’oued Akarit, à l’endroit même où Rommel et Messe souhaitaient combattre, et non sur la ligne « Mareth ». Le sillon de l’oued s’étire sur 11 kilomètres et la ligne à défendre se réduit à 20 kilomètres au plus. Une position donc facile à défendre et impossible à contourner du fait de la présence de la mer sur un des côtés et de l’existence du chott El Fedjaj, un lac salé marécageux, sur l’autre flanc.

Journal El Alamein

« Egyptian Mail » daté du 3 juillet 1942 avec les informations sur les débuts de la bataille d’El Alamein ainsi que la motion de censure votée contre Churchill à la Chambre des Communes.

Trouvé dans la coiffe d’un caque britannique camouflé en beige sur sa face externe et saupoudré de sable.

Patton : sa caravane

La caravane de Patton est en fait une roulotte pour officier supérieur. « J’ai un camion pour dormir. Il est plutôt chouette-un peu comme une cabine de yacht sauf qu’on peut s’y tenir debout. Il y a un lit avec un matelas pneumatique, un lavabo, une penderie, un bureau, un meuble à cartes, du chauffage et un circuit électrique de 110 volts avec une radio intégrée ; également une sorte de toile faisant office d’auvent. » Il la juge spacieuse et dotée de beaucoup de place de rangement. Il estime pourtant que « le camion-couchette est vraiment trop confortable. Je vais me ramollir ».Il déplorera toutefois que le chauffage au gaz lui occasionne des maux de tête et il s’en passera, quitte à dormir dans le froid. Patton dispose d’un poste radio émetteur-récepteur qu’il écoute mais qu’il utilise peu. Le lit se situe au fond de la caravane et un espace est aménagé pour la toilette et il dispose d’une petite penderie. Sa radio lui est utile pour écouter les nouvelles mais il ne l’utilise pas pour entrer en contact avec ses subordonnés. Il aura un radio-téléphone, censé être pourvu d’un dispositif brouillant les paroles avant qu’elles ne soient reçues par l’interlocuteur mais Patton n’a jamais su s’en servir correctement, prétendant que l’appareil brouillait ses mots avant même qu’il ne parle. Lorsqu’il sera en Allemagne, il préférera toujours y dormir même lorsque son bureau et sa salle de conférence seront installés dans des bâtiments. La seule exception à cette règle sera la période hivernale, notamment au cours de la bataille des Ardennes. Il dispose d’une seconde caravane qui fait office de bureau.

Sur la caravane de Patton et des vues de l’intérieur, voir aussi:

http://www.pattonthirdarmy.com/PattonVan.html

Sur le QG de Patton, voir mon livre :

Campagne de Pologne 1939 (2)

LA BATAILLE DE LA BZURA

Troupes polonaises lors de la bataille de la Bzura

Les armées de Poznan  et de Pomorze disposent de moyens encore importants au 12 septembre car elles n’ont pas subi tout le poids de l’offensive de la Wehrmacht. Leur valeur militaire est conséquente et elles vont amplement le prouver. C’est dans le triangle Varsovie-Lodz-Wloclaweck que ces armées vont trouver leur fin, non sans avoir démérité et mis à mal des unités de la Wehrmacht au cours de la bataille de la Bzura, d’après le nom d’un affluent de la Vistule. En revanche, à cette date, l’armée Modlin a virtuellement cessé d’exister en tant qu’armée constituée, seuls des éléments épars et très diminués continuant le combat. L’armée Pomorze dispose de trois divisions d’infanterie, les 4ème, 15ème et 16ème, et d’une brigade de cavalerie, la brigade « Grande Pologne ». L’armée Poznan  dispose quant à elle des restes des brigades de cavalerie « Podolie » et « Pomorze » et de trois divisions d’infanterie, les 25ème, 17ème et 14ème. Le haut-commandement polonais décide de frapper au sud de la Bzura le flanc allemand qui s’avance dangereusement vers Varsovie. Le maréchal Rydz-Smigly accède ainsi à la requête de son subordonné, le général Kutrzeba. Le plan envisage de lancer l’armée Poznan vers le sud-est en direction de Strykow tandis que l’armée Pomorze, en soutien sur l’aile gauche, s’efforcera d’attaquer vers Skierniewice, de part et d’autre de Lowicz. La tâche d’éliminer ces forces a été confiée par von Rundstedt à la 8.Armee de Blaskowitz de concert avec les divisions de la 4.Armee opérant depuis le nord de la poche. Les événements vont prouver que ces forces sont insuffisantes pour mener à bien cette mission.

L’armée polonaise lance sa plus grande contre-attaque sur la Bzura

L’attaque polonaise prend les Allemands totalement au dépourvu. L’armée Poznan passe à l’attaque le 9 septembre, à la grande surprise des Allemands qui ne s’y attendent pas. La 30.Infanterie-Division reçoit le choc de l’assaut et est anéantie sur ses positions. Le lendemain, trois divisions de la 10.Armee de von Reichenau sont enfin détachées pour faire face à la pression polonaise et porter assistance à la 8.Armee qui est assaillie. Cependant, l’armée de Lodz s’effondre face à Varsovie et Kutrzeba comprend alors qu’il est en danger d’encerclement s’il persiste à maintenir son axe d’attaque. Il réoriente donc celui-ci vers l’est, en direction de Varsovie à partir du 12 septembre. Ces mouvements sont assurés sous la protection de deux divisions de l’armée Pomorze qui réussissent à repousser deux des divisions de renfort envoyées par la 10.Armee.

 

 

            Le 12 au soir, Blaskowitz a positionné son 11.Armee-Korps sur la ligne Sochaczew-Lowicz, cependant qu’au sud-ouest le 10.Armee-Korps contient difficilement la poussée polonaise. Blaskowitz lui envoie une division à Poddebice pour le soutenir et von Rundstedt intervient en personne, comprenant l’urgence de renforcer Blaskowitz. Il insiste pour que la 10.Armee de Reichenau s’implique davantage dans la bataille. L’OKH intervient à son tour, manifestant notamment sa volonté de faire intervenir le 16.Armee-Korps (mot) qui est ainsi détourné de son objectif initial. Rundstedt ordonne d’en terminer au plus vite en lançant une offensive dans tous les secteurs. Tandis que les 10. et 13.Armee-Korps contiennent l’ennemi sur la Bzura et sur le Ner, la 19.Infanterie-Division du 11.Armee-Korps prend position entre Sochaczew et Lowicz, soutenue par la 4.Panzer-Division. L’évolution de la situation sur la Bzura est telle que la Wehrmacht interrompt ses efforts vers Varsovie, guère couronnés de succès.

 

Au cours de l’après-midi du 13 septembre, les 10. et 13.Armee-Korps refoulent les Polonais entre Lowicz et Parzcezew tandis que la 213.infanterie-Division s’avance depuis Poddebice jusqu’à Aleksandrow. Pour compléter l’encerclement au nord, Blaskowitz fait intervenir d’est en ouest le 3.Armee-Korps, mis à sa disposition par la 4.Armee. Ce dernier se heurte à une vive résistance au sud de Plock de la part des Polonais, notamment ceux de la 5ème division, et aucune tête de pont significative n’est établie sur la Vistule. Si les Polonais n’ont plus l’initiative qu’ils se sont arrogés les premiers jours, ils gardent le ferme espoir de réaliser la percée en direction de Varsovie. Or, tous les espoirs s’évanouissent le 14 septembre lorsque les reconnaissances aériennes rendent compte du déploiement de forces blindées et motorisées allemandes qui se dirigent vers l’ouest entre Varsovie et la Bzura. Trois corps de la Wehrmacht se pressent en effet dans le secteur (11., 13. et 16.Armee-Korps). Les Polonais, sur le point de renouveler leur effort vers l’est, sont donc contraints de se retirer sur la Bzura.

 

Les Allemands n’ont pourtant pas encore remporté la partie qui s’avère extémement disputée. Les assauts du 15 septembre n’apportent que des déconvenues face à la farouche résistance des Polonais. L’attaque menée par les trois corps de la 8.Armee entre Lowicz et Leczyca n’obtient aucun succès notable. Il en va de même dans le secteur de Kutno où le 3.Armee-Korps de la 4.Armee ne réussit pas à emporter la décision. La 3.Infanterie-Division est refoulée par les Polonais débouchant de la tête de pont de Plock. L’échec est aussi au rendez-vous dans le secteur d’attaque du 16.Panzerkorps, renforcée par la division SS « Leibstandarte Adolf Hitler », à partir de la tête de pont de Gora Kalwarja. L’appui des appareils de la 4.Luftflotte n’y change rien. Bien plus, les Polonais organisent des contre-attaques déstabilisantes : le 11.Armee-Korps est ainsi contraint de se mettre sur la défensive et n’arrête ses adversaires qu’après de terribles combats.

 Bousculée dans un premier temps, la Wehrmacht réagit avec puissance

Résolu à en finir avec un adversaire qui se révèle décidément beaucoup plus coriace que prévu, von Rundstedt pousse von Reichenau à prendre personnellement la direction des opérations à l’est de la poche en employant le 16.Armee-Korps (mot) et le 11.Armee-Korps tandis que Blaskowitz mène l’attaque à l’ouest. Face à l’impossibilité de poser des câbles de téléphone, une bataille est dirigée, pour la première fois de l’histoire, exclusivement par radio depuis le quartier-général de von Reichenau, établi pour la circonstance à Glughow. Le 15 septembre, au nord de la poche, le 3.Armee-Korps est toujours tenu en échec à 10 kilomètres de Kutno. A l’ouest, Blaskowitz parvint à établir une tête de pont de 10 kilomètres de profondeur à Leczyca. De son côté, la Luftwaffe se concentre sur tous les points de franchissement sur la Vistule jusqu’à Modlin en raison d’indices de préparatifs d’une contre-attaque polonaise dans la région de Wyszgorod.

L’attaque finale est déclenchée le 16 septembre. La 4.Panzerdivision franchit la Bzura à Sochaczew tandis que les divisions légères et motorisées du 15.Armee-Korps marquent le pas, la 29.Motorisierte-Division étant encore à Radom ! La situation évolue cependant rapidement dès que la 8.Armee réussit à percer sur une largeur de 9 kilomètres dans le secteur du 13.Armee-Korps, permettant la prise de Kutno par les fantassins de la 208.Infanterie-Division. Au nord, le front polonais cède et les Allemands atteignent Gabin. Le lendemain, la 8.Armee progresse rapidement en annihilant les poches de résistance polonaise établies dans les forêts entre la Vistule et la Bzura. De son côté, la 10.Armee avance également de façon inexorable vers Ruski. L’arrivée du 15.Armee-Korps précipite la fin de la bataille et le nettoyage de la poche. Le 18, les Polonais commencent à se rendre en masse. Les quelques unités qui réussissent à s’extirper de la nasse ont perdu leur armement lourd. Tandis que quelques éléments de l’armée Modlin et des éléments importants des 15ème et 24ème divisions refluent vers la capitale dont ils renforcent les défenseurs, les restes de l’armée Poznan sont décimés par la Luftwaffe avant d’atteindre Varsovie.

      

La défaite polonaise est consommée

Le 19 septembre, le champ de bataille est nettoyé, libérant trois armées allemandes pour la bataille de Varsovie. Pendant près d’une semaine, la bataille a revêtu un caractère statique, à l’opposé de ce que souhaitait le haut-commandement allemand. La campagne de Pologne n’a donc pas été toujours pour les Allemands une promenade militaire, loin s’en faut. Les Polonais se sont comportés de façon héroïque dans des conditions désespérées. Les armées de Poznan et de Pomorze ont réussi à tenir la Wehrmacht en échec pendant une semaine et elles ont fixé dans leur secteur pas moins de 29 divisions allemandes, retardant du même coup la chute de la capitale, Varsovie.

Après la défaite de la Bzura, la lutte est vaine : la capitulation est inévitable…

Campagne de Pologne 1939 (1)

POLOGNE 1939

 

La Pologne: 1er triomphe de la Wehrmacht

 

 1

1er septembre 1939: le Wehrmacht franchit la frontière polonaise

La Pologne dispose de 800 000 hommes déjà mobilisés, 300 chars légers, 570 tankettes TK et TKS, 100 autos-mitrailleuses, 3 400 pièces d’artillerie, 1 200 canons antichars, 450 pièces de DCA, 388 avions opérationnels (plus 950 en dépôt ou en école) et une petite flotte dont les plus grandes unités sont 4 destroyers. Le plan retenu par le maréchal Rydz-Smigly, qui est à la tête de l’armée polonaise est très simple : en dépit de son infériorité, l’armée se doit de défendre l’intégralité des frontières, fixer les Allemands et réduire les percées en faisant intervenir les réserves. Il s’agit de gagner du temps en attendant l’ouverture d’un second front par les Alliés.

    Forces polonaises

 

L’Allemagne engage de son côté 1 250 000 hommes répartis en deux groupes d’armées dans la campagne de Pologne : le Heeres-Gruppe Nord en Prusse-Orientale et en Poméranie et le Heeres-Gruppe Süd de von Rundstedt le long de la frontière occidentale de la Pologne. En dépit du maintien de formations aériennes à l’Ouest, la Luftwaffe engage 1 500 appareils au sein des Luftflotten 1 et 4 de Löhr et Kesselring. La Wehrmacht aligne 3 472 chars pour la campagne de Pologne. Le plan d’invasion, le « Fall Weiss » (« Plan Blanc ») vise à obtenir une rupture rapide du front et encercler les forces polonaises à l’ouest de Varsovie.

      

Le Schleswig Holstein                                      Les Stukas

L’offensive débute le 1er septembre à 4h45. A Dantzig, en dépit de la présence du cuirassé Schleswig Holstein et de l’intervention des Stukas en appui-feu, les assauts répétés des troupes allemandes sont voués à l’échec. La 3.Armee de Küchler, partie de Prusse-Orientale, fait sa jonction avec les unités de von Kluge venant de Poméranie dès le 4 septembre. Le reste de l’armée Küchler oblique vers le sud et se trouve confronté à l’armée Modlin sur la ligne de bunkers de Mlawa où sont retranchés les troupes du général Przedrzymirski qui infligent 72 pertes aux 164 Panzer des assaillants qui n’arrivent pas à percer en dépit du soutien de la Luftwaffe. Néanmoins, la position est contournée. La retraite est alors un véritable désastre pour Przedrymirski dont les unités sont décimées. Les Allemands sont donc aux portes de Varsovie.

   

La situation s’avère encore plus préoccupante dans le sud et à l’ouest du pays où les Allemands engagent la majeure partie de leur corps de bataille. La 14.Armee de List doit se frayer un chemin à travers le massif montagneux des Carpates, tâche difficile s’il en est pour ses unités blindées. Après plusieurs journées d’intenses combats pour réaliser enfin une percée en profondeur, List progresse avec difficulté dans l’espoir de couper les Polonais de la frontière roumaine. A Przemysl, la défense polonaise est si efficace et agressive que la 2.Gebirgs-Ddivision est contrainte de se mettre à son tour sur la défensive et la ville ne tombe que le 15 septembre. L’effort principal est déployé face aux armées polonaises de Cracovie et de Lodz. Les 15.Armee-Korps de Hoth et le 16.Armee-Korps de Hoepner vont réaliser la percée décisive dans le secteur de Czestochowa. La situation est entendue plus rapidement qu’ailleurs et la percée des Panzer se confirme rapidement.

 La Wehrmacht entre dans Lodz

Le 8 septembre, Rydz-Smigly lance une contre-attaque menaçante de la Bzura vers le sud-est. La bataille est indécise et von Rundstedt est contraint de détourner une grande partie de son effort vers Varsovie pour parer à cette menace. Le 9 septembre la 4.Panzer-Division tente de s’emparer de la capitale. Les défenseurs polonais résistent avec l’énergie du désespoir et, très vite, les Panzer sont isolés et les pertes sont conséquentes : sur les 120 blindés engagés, seuls 57 sont encore opérationnels ! Si la capitale est provisoirement sauvée, la situation générale n’est guère brillante pour les Polonais.

Tandis que les défenseurs de Varsovie se renforcent, le 19.Armee-Korps de Guderian s’oriente vers le sud-est, en direction de Brest-Litovsk, afin de se prémunir de toute tentative de rétablissement polonais à l’est de Varsovie, sur le Boug. Le 14 septembre, les Panzer de Guderian forcent la ligne des forts de Brest-Litovsk et la cité est investie le lendemain. La citadelle est finalement prise le 17 septembre. Ce même jour, Staline envahit à son tour la Pologne : les Polonais savent désormais que tout espoir est perdu.

Des soldats allemands à Dantzig

Les fortifications de Varsovie sont solides et les combats de rues ne peuvent que s’avérer très coûteux en vies humaines. Le déploiement prend du temps et ce n’est que le 23 septembre qu’intervient la Luftwaffe. En dépit de la situation désespérée dans laquelle ils se trouvent, les Polonais ne manquent pas de mordant. Les combattants allemands doivent souvent se battre maison par maison pour avancer dans les décombres de la ville. Néanmoins, les Polonais atteignent les limites de leurs ressources et Varsovie capitule le 27. Quelques combats ont encore lieu dans le pays jusqu’au 6 octobre.

   

Soviétiques et Landser établissent la jonction…

Cette courte guerre a coûté aux Polonais 66 000 morts, 133 000 blessés et environ 600 000 prisonniers. De son côté, l’armée allemande ne compte que 10 500 tués, 30 000 blessés et 3 500 disparus. En outre, la Wehrmacht accuse la perte de pas moins de 674 Panzer (dont 218 irrécupérables), 319 blindés, 200 canons, 6 000 camions et 564 appareils (285 détruits et 279 endommagés). Les Soviétiques, impliqués tardivement dans la lutte, ne compte que 1 000 tués et 2 000 blessés. La campagne de Pologne fut donc une « Blitzkrieg », une guerre éclair, rapide et peu meurtrière en regard des massacres de la guerre précédente. Néanmoins, le succès allemand ne doit pas masquer d’importantes zones d’ombre. Les troupes n’ont pas toujours été à la hauteur et certaines unités manquent singulièrement d’entraînement. Certaines armes semblent plutôt inefficaces comme les Panzer I et II et le canon antichar Pak 36 de 37 mm. Plus grave, les réserves de munitions sont épuisées et les stocks doivent être recomplétés avant d’envisager quoi que ce soit à l’Ouest.

 

 

LA CAVALERIE POLONAISE

L’élément caractéristique de l’armée polonaise de 1939 demeure l’importance et le prestige de la cavalerie : 210 escadrons en 3 régiments de légère, 27 de lanciers et 10 de chasseurs à cheval. Trop vulnérables, les 11 brigades formées par ces régiments vont vite faire l’amère expérience des limites de leur possibilités tactiques dans le cadre d’une guerre moderne et motorisée. Les officiers généraux polonais estiment cependant que leur cavalerie est la meilleure du monde. En fait, ces formations sont les seules à être vraiment mobiles au sein de l’armée polonaise mais elles sont malheureusement obsolètes, les moyens en matière d’artillerie et de pièces antichars étant particulièrement insuffisant avec moins de 20 pièces de dotation. L’image d’Epinal des cavaliers chargeant les Panzer sabre au clair doit être effacée des mémoires : depuis la guerre de Sécession, les charges de cavalerie s’avèrent en générale impossible devant le développement de la puissance de feu de l’infanterie et de l’artillerie et ne peut mener qu’au massacre, à quelques exceptions près. De toute façon, le rôle du cheval est avant tout de permettre le déplacement rapide du cavalier qui combat ensuite à pied.