Guerre du Pacifique/Pacific War (5/43) : Singapour

Singapour : la plus grande défaite de l’Empire britannique

L’humiliation…

Aucune défense, aucune obstruction, pas plus que le terrain, ne ralentissent les Japonais de façon sensible: la progression vers Singapour semble irrésistible…

Le 31 janvier 1942, Percival prend le commandement de toutes les troupes stationnées dans l’île. Il dispose de 13 bataillons d’infanterie britanniques, 6 australiens, 17 indiens et 2 malais. A cela s’ajoute 3 bataillons de mitrailleurs. Toutefois, bon nombre de ces unités sont en sous-effectifs et certains bataillons n’ont aucune expérience du combat, sans parler des carences en armement, particulièrement pour les rames collectives. Bien plus, la baisse de moral inhérente à la retraite n’est pas pour renforcer l’efficacité combative des unités. La nouvelle du départ de la flotte et des dernières escadrilles aériennes n’a pu que renforcer le pessimisme ambiant. La base gigantesque pour laquelle on s’est tant battu est donc évacuée ! la base navale de Singapour est en effet des plus impressionnante : des réservoirs pouvant contenir des millions de tonnes de carburant, des dépôts de munitions souterrains, des ateliers, des cales sèches, des docks de radoub ainsi qu’une rade de dimensions impressionnantes. Le contre-amiral Spooner a même fait évacuer la base navale sans avertir Percival que les mesures de destruction doivent être pris en charge par l’armée le cas échéant. Percival se prépare néanmoins à recevoir l’assaut japonais. Il lui apparaît que Yamashita peut très bien combiner un assaut à travers le détroit de Johore avec une attaque amphibie. Il faut en conséquence envisager la défense de la totalité de la centaine de kilomètres de côtes de l’île. En dépit de la difficulté de défendre ce rivage parsemé de criques et de marais, Percival est décidé à repousser les Japonais au moment même de débarquement, les couverts de l’intérieur de l’île ne pouvant qu’avantager les Japonais, sans parler de l’effet désastreux qu’aurait la nouvelle d’un débarquement ennemi couronné de succès. La 8th Australian Division du général Gordon Bennett prendra en charge le secteur ouest de l’île, à l’ouest de la digue. Le secteur nord est attribué aux 11th et 18th Divisions, à l’est de cette même digue. Le sud de l’île est défendu par diverses unités, dont la 1st Malaisian Brigade. Le 20 janvier, Wavell est en inspection à Singapour. Il fait remarquer à Percival que, selon toute probabilité, les Japonais frapperont au nord-ouest de l’île, en secteur australien. Percival pense au contraire que l’assaut viendra au nord-est. Gordon Bennett reste donc sur ses positions, sa division comprenant 1 900 hommes arrivés en renfort sans entraînement, renforcé par la 44th Indian Brigade, formation qui n’est elle-même que partiellement instruite. Des points d’appui sont mis en place mais ils sont trop éloignés les uns des autres, avec des champs de tir réduits à 200 mètres en raison du grand nombre d’arbres. En l’absence de main d’œuvre civile, les troupes doivent construire elles-mêmes leurs retranchements, toute défense vers un ennemi venant du continent ayant été négligée avant la guerre. Il s’avère impossible de creuser des tranchées à proximité des plages car l’eau de mer s’y infiltre immanquablement. Des défenses doivent donc être édifiées au-dessus du niveau du sol, au mépris de toute mesure de camouflage et de dissimulation. Des barbelés et des mines antichars parachèvent le dispositif de défense. Le manque d’imagination est cependant consternant car des millions de litres de carburant de la RAF sont déversés dans les criques au lieu de les utiliser contre les Japonais le long du détroit ! Yamashita est lui-même en proie à bien des soucis. La pénurie en munitions est inquiétante et si l’aviation bombarde bien Singapour, c’est rarement sous ses ordres. De surcroît, ses supérieurs l’inondent de paperasserie au lieu de renforcer sa position et d’assurer ses précaires lignes de communications. Les préparatifs pour l’assaut final vont cependant bon train. Le 4 février, après les nécessaires reconnaissance dans le détroit, les plans sont prêts. Installé dans le palais impérial de Johore, Yamashita peut observer Singapour : le but ultime de sa campagne. Ses trois divisions sont maintenant à pied d’œuvre pour lancer l’assaut final. A cet effet, Yamashita a rassemblé 200 vedettes d’assaut motorisées et 100 grandes barges de débarquement. 4 000 hommes de la doivent constituer la première vague, tous des vétérans de Chine, et les séances d’entraînement se multiplient. Pour tromper les Britanniques, des convois de camions sont organisés en face de la base navale et de faux camps sont établis. Percival en sort ainsi renforcé dans sa conviction que l’attaque nippone viendra du nord-est. L’attaque doit débuter dans la soirée du 7 février. Le 5, la préparation d’artillerie japonaise s’abat sur l’île de Singapour. La base navale, les trois aérodromes du nord et les carrefours routiers sont particulièrement visés. Bennett informe Pervcival que les Japonais se massent dans son secteur. Le lendemain, le bombardement frappe à nouveau le nord-est de l’île, et plus particulièrement la digue. Les tirs s’intensifient encore le 7. Les Britanniques envoient alors des patrouilles à travers le détroit entre le Sungei Skudai et le Sungei Malayu sans localiser les péniches de débarquement. Ces patrouilles signalent cependant des concentrations de troupes mais Percival n’en est avisé qu’à 15h30. Bennett demande l’assistance d’un appareil de reconnaissance pour ajuster ses tirs mais il lui est répondu de tirer au jugé sur les zones de concentrations repérées par les patrouilles. L’assaut ennemi est imminent et pourtant Percival ne concentre ni ses troupes ni ses canons au nord-ouest de l’île pour assister Bennett. Le 7 février, la division impériale de la Garde de Nishimura effectue une feinte sur l’île de Pula Ubin. Le 8 février, l’artillerie et l’aviation bombardent sans répit le secteur occidental de l’île cinq heures durant, avant de reprendre après un court répit. Percival et Gordon Bennett sont cependant persuadés que le bombardement va encore se poursuivre trois ou quatre jours.

 

 

 

Percival ne manque pas d’unités de valeur en Malaisie, mais certaines unités restent peu instruites et mal équipés, le déploiement, dispersé, est malheureux.

Ils se trompent lourdement. A la tombée de la nuit, les combattants japonais de la 5ème division de Matsui et de la 18ème de Mutaguchi prennent position dans les embarcations et traversent le détroit de Johore. Toute la côte comprise entre Tanjong Bulok et Tanjonk Marai est violemment attaquée par les troupes japonaises. Celles-ci sont toutefois accueillies par le feu nourri de la 22nd Australian Brigade du général Taylor, pourtant étirée sur 12 kilomètres et pilonnée par l’artillerie adverse. La nuit oblige cependant de tirer bien souvent à l’aveuglette ou en direction des bruits de moteurs dans le détroit. Lorsque l’artillerie alliée entre enfin en action après avoir aperçu des fusées de détresse, il est déjà trop tard et les Japonais ont établi une tête de pont. La traversée du détroit, à peine 1 500 mètres, est en effet rapide et la rotation des embarcations permet d’amener rapidement à pied d’oeuvre de nombreux combattants. Si la première vague est anéantie et la seconde sérieusement malmenée, les Japonais s’infiltrent rapidement entre les points d’appui et prennent les positions australiennes à revers, parfois au corps à corps, tandis que de plus en plus de soldats japonais arrivent sur l’île. Ayant épuisés leurs munitions, bien des points d’appui tombent, creusant des brèches dans le dispositif. Les Australiens tentent de se replier mais la confusion est grande. Vers 10h, le 9, la 22nd Australian Brigade n’est plus une unité cohérente. Bennett lance en vain toutes ses réserves contre les Japonais. Les derniers chasseurs encore présents à Singapour, 10 Hurricane et 4 Swordfish, décollent peu après 6h mais se heurtent à 84 appareils nippons, tout en réussissant à en abattre plusieurs. Pendant ce temps, les japonais bousculent les Australiens établis près d’Ama Leng, qui couvre les approches de l’aérodrome de Tengah, en dépit d’une lutte acharnée et d’une contre-attaque sans suite. Taylor juge alors inévitable de se retirer jusqu’à la route de Jurong. Ainsi, en quelques heures, les Japonais se sont redus maîtres de la partie ouest de l’île. A midi, Yamashita a fait passer le détroit à toute l’infanterie des 5ème et 18ème DI et à certaines unités d’artillerie. La division de Nishimura traverse alors à son tour derrière la 5ème division, humiliée de n’avoir pas fait partie de la première vague. Bennett est pourtant parvenu à stabiliser la situation. S’il peut tenir la ligne de crêtes sur la ligne Jurong entre les sources du Kranji et celles du Jurong, un espoir est permis.

 Percival, le vaincu de Singapour. Un officier qui n’est certes pas à la hauteur de ses responsabilités, amis qui doit compter avec l’impéritie de ses supérieurs militaires et politiques.

Percival décide que les troupes se replieraient autour de la ville de Singapour si les Japonais percent en direction de Bukit Timah. Cependant, recevant leurs instructions, les commandants de brigades australiens se méprennent sur les intentions de Percival et de Bennett et pensent qu’ils doivent décrocher immédiatement, abandonnant la ligne Jurong et donc tout espoir de contenir les Japonais à l’ouest de l’île pendant plusieurs jours. Telle est la situation lorsque Wavell arrive à Singapour pour sa dernière inspection. Il ordonne une contre-attaque mais sans grande conviction. De retour à Java, Wavell transmet son rapport pessimiste à Churchill, où il rappelle les déficiences des unités alliées engagées à Singapour en matière d’entraînement et de moral, tout en insistant sur le fait que les troupes vont se battre jusqu’à la dernière extrémité. A Singapour, la situation s’aggrave d’heure en heure. Ce même 10 février, des blindés japonais surgissent sur la ligne de front, provoquant la dispersion d’une unité indienne se trouvant sur les hauteurs à Bukit Timah. La nuit, cet important carrefour est pris par les Japonais. Au matin du 13, les forces alliées sont positionnées sur la ceinture de 40 kilomètres, qui constitue l’ultime défense de la ville de Singapour. Le chaos règne alors dans la ville avec l’arrivée de 500 000 réfugiés, faisant par là doubler la population de la cité. Le pillage et les violences de toutes sortes sont de mise. Des égarés et des unités déambulent sans but apparent. Les cinémas sont bondés, la plupart du temps par les troupes ! Tout ceci sous les interminables bombardements japonais et sous l’épais nuage de fumée provenant des réservoirs de carburant mis en feu. Poutant, Yamashita est très inquiet car le rapport du colonel Ikatini lui apprend que les réserves de munitions et de carburant atteignent leurs limites. Yamashita est alors pris par la hantise de la perspective de combats de rues, alors qu’il ne dispose pas assez d’hommes et de munitions pour l’emporter. Il décide alors d’un bluff et poursuit l’attaque sur Singapour, bien qu’étant surclassé dans la proportion de 4 contre 1, ne disposant que de 30 000 hommes. L’artillerie reçoit alors l’ordre de tirer comme si ses munitions étaient inépuisables, tandis que l’aviation, les blindés et l’infanterie attaquent sans relâche. Dès le 13, Percival envisage de capituler, mais Wavell l’exhorte à poursuivre la lutte. Cependant, le 15, Churchill et Wavell se rendent à l’évidence et Percival est informé de l’évolution de l’appréciation de la situation à Singapour. La capitulation sans condition a lieu dans la concession Ford peu après 19h, Yamashita ayant en outre exigé que les plénipotentiaires soient accompagnés d’un porteur de drapeau blanc et d’un homme tenant l’Union Jack, le drapeau britannique. Le succès japonais est immense. L’empire britannique subit là sa plus grande défaite et une très grande humiliation. 120 000 Britanniques, Indiens, Australiens et Malais sont capturés au cours de cette désastreuse campagne de Malaisie, la plupart à Singapour.

 L’armée britannique peut s’avérer dépassé et équipée de façon obsolète.