Photo Fallschirmjäger

Recension Max Schiavon, « Le Front D’Orient »

 

Max Schiavon, Le Front D’Orient. Du désastre des Dardanelles à la victoire. 1915-1918, Tallandier, 2014, 379 pages

Max Schiavon a le mérite de nous emmener sur un front, certes connu des passionnés du conflit, mais relégué au second plan dans la mémoire collective, souvent même oublié par le plus grand nombre, même si le « Capitaine Conan » a pu en raviver un peu la mémoire il y a quelques années. Gallipoli, Monastir, la Macédoine, la Serbie… L’auteur nous sort des habituels récits de Verdun ou de la Marne. Quatre grands chapitres : La naissance du front d’Orient ; Les Dardanelles ; Salonique ; L’offensive victorieuse. Max Schiavon alterne les propos stratégiques avec les batailles ou encore le quotidien des combattants, livrant au final une synthèse réussie et bienvenue sur ce théâtre des opérations qui ne s’est pas limité aux « jardins de Salonique ». Un livre nécessaire pour appréhender la Grande Guerre dans sa globalité : le conflit ne se limite pas au front français et l’ennemi ce n’est pas seulement l’Allemand. Un peu plus de cartes auraient été les bienvenues.

Patton: L’affaire de Hammelburg

 PATTON ET L’AFFAIRE DE HAMMELBURG 

 

Le fameux raid de Hammelburg est passé sous silence dans la version française des Patton’s Papers ainsi que dans la biographie de Ladislas Farago.  On pourra lire le livre de Charles Whiting, 48 Hours to Hammelburg : Patton’s Secret Ghost. Deux articles intéressants dans les magazines français ces dernières années: celui de Stéphane Mantoux dans 2e Guerre Mondiale Magazine n°47 et celui de Luc Vangansbeke dans Batailles & Blindés N°77. L’épisode est piteusement traité dans La campagne du Rhin des médiocres et prétentieux Cédric Mas et Daniel Feldmann qui commettent une erreur basique (qui ne serait même pas celle d’un débutant) en affirmant que le raid vise à sauver le neveu de Patton (le neveu c’est Fred Ayer Jr, qui a d’ailleurs écrit un livre intéressant sur son oncle: Before the Colors Fade: Portrait of a Soldier) .

Voici donc les faits.

 

L’affaire de Hammelburg

Patton semble avoir le don de se placer dans une situation délicate au moment où il brille au zénith. Les Américains ont baptisé l’affaire « l’incident d’Hammelburg ». Début 1945, les Soviétiques font savoir qu’ils ont libéré le camp de détention pour officiers alliés de Szubin, en Pologne, mais ce camp a été évacué vers Hammelburg où il est donc maintenant hautement probable que John Waters, son gendre capturé en Tunisie, s’y trouve détenu. Patton écrira plus tard à sa soeur qu’il avait qu’au moins 900 officiers américains s’y trouvaient mais qu’il n’avait aucune certitude quant à la présence de Waters. Avec l’approche des Américains, on craint une nouvelle évacuation. Patton, outre l’envie bien légitime de secourir l’époux de sa fille, a aussi le souci d’une belle publicité pour lui-même : le libérateur des officiers alliés détenus par les Allemands ! Le mois précédent, en effet, la libération de plusieurs camps d’internement à Manille par MacArthur a très médiatisé.

Sa décision est donc prise. Le 25 mars, il écrit à sa femme : « J’espère lancer demain une expédition pour aller chercher John ». Il s’agit incontestablement de la décision la plus controversée de toute la carrière de Patton. Stiller, qui est à même d’identifier Waters, sera de l’équipée. Il semblerait que Patton aurait préféré un raid d’envergure mais qu’Eddy aurait opté pour la constitution d’une petite Task Force sous le commandement du capitaine Baum. L’ensemble regroupe 300 hommes et 60 véhicules, dont une vingtaine de chars. L’erreur majeure est de ne pas avoir impliquée l’aviation, qui maîtrise alors pleinement l’espace aérien.

L’avancée derrière les lignes allemandes est épique et, le 27 mars, c’est une force bien diminuée qui parvient au camp de prisonniers, en l’occurrence l’Oflag XIII-B. Waters est lui-même blessé pendant l’action. Patton en ressentira une peur rétrospective : il aurait pu être à l’origine de la mort de son gendre. John Eisenhower, le fils du commandant du SHAEF, constate lui-même le désarroi de Patton qui fond en larmes. La Task Force Baum est anéantie et les prisonniers qui n’ont pas été évacués vers Nuremberg (parmi lesquels Stiller…) ne sont libérés pour de bon que le 6 avril. Waters, resté à Hammelburg, est enfin libre. Le colonel Odom est dépêché sur place à bord d’un halftrack et rapatrie Waters en avion Piper Cub tandis que les autres blessés du camp devront encore patienter plusieurs jours pour bénéficier de soins médicaux.

Le fiasco est complet. Patton, de mauvaise foi, prétend que cette action ne constituait qu’un raid de diversion pour couvrir l’offensive de la 3e armée. Mentionnant le fait qu’il savait qu’un camp de prisonniers contenant au moins 900 Américains se trouvait à proximité, il déclare : « Je pensais ne pas pouvoir dormir pendant la nuit si je parvenais à 100 kilomètres et ne faisais aucune tentative pour m’emparer de cet endroit ». Il reprend l’explication d’une diversion dans son carnet en date du 4 avril : justification a posteriori pour sa conscience ou réalité des faits ? Il est difficile de trancher malgré ce qu’il avait écrit dans la lettre adressée à sa femme le 25 mars. On peut toutefois douter qu’il aurait risqué ce raid s’il n’avait pas estimé hautement probable que Waters se trouvait détenu à Hammelburg.

Bien qu’il exprime un mensonge éhonté en public, il reconnaît son erreur et admet que le raid aurait vraisemblablement réussi si l’intégralité d’un Combat Command avait été engagée, mais il en rejette la faute sur Bradley, qui était opposé à l’idée du raid. La gravité des faits ne saurait être contestée : Patton a sacrifié des vies américaines pour sauver son beau-fils alors même que la guerre arrive à son terme. Pis, cela ternit l’image qu’il donne habituellement d’un général soucieux de ses hommes. Certes, le raid a perturbé les arrières des Allemands par ailleurs guère en mesure de s’opposer à l’avancée de la 3e armée qui vient de franchir le Rhin.

Le 7 avril, il peut néanmoins envoyer une lettre rassurante à sa fille Beatrice après avoir vu Waters à l’hôpital de Francfort : « Je lui ai rendu visite à 11 heures et je l’ai trouvé venant juste de se raser. Il avait l’air maigre mais pas autant que je l’avais craint et il était parfaitement cohérent et il ne souffrait pas ». Lorsque son gendre lui demande s’il savait qu’il se trouvait à Hammelburg, Patton répond par la négative : il n’en avait aucune certitude. Patton est surpris du bon état d’esprit de son gendre : voilà un jeune soldat qui, au lieu de l’excitation du combat, « a perdu deux années de sa vie mais son moral est intact et il se porte bien ».

La rumeur n’est pourtant pas favorable à Patton. De façon fort opportune pour le Californien, un drame secoue l’Amérique à l’heure même de la victoire : le président Franklin Delano Roosevelt décède le 12 avril. La nouvelle fait la une de tous les quotidiens et retient toutes les attentions.

 

 

Recension Jean-Jacques Marie, « La Guerre des Russes Blancs »

Jean-Jacques Marie, La Guerre des Russes Blancs. 1917-1920, Tallandier, 2017, 523 pages

La Grande Guerre est le cadre d’un autre épisode considérable de l’Histoire du 20e siècle. Centenaire de la révolution russe oblige, les ouvrages consacrés à celles-ci ont été légions, le meilleur côtoyant le pire. Le livre de Jean-Jacques Marie a retenu mon attention. 18 chapitres : de la naissance de l’armée des Volontaires à la Crimée de Wrangel, en passant par les campagnes de Koltchak, la légion tchécoslovaque, etc. Des sujets aussi divers que « Les Blancs et les Juifs » ou « Les Allemands ou les Alliés ? ». Le chapitre de conclusion pose une question essentielle : « Pourquoi ont-ils perdu ? » Avec ce livre, le lecteur suivra en détail cette terrible guerre civile (les récits d’atrocités font froid dans le dos…) et pourra se forger son opinion sur le fait qu’il y ait ou non existé la possibilité d’une alternative à la victoire des Bolcheviks de Lénine. Une certitude : à partir de février 1917, la dynastie des Romanov et le tsarisme appartenaient désormais au passé de la Russie, quoi qu’il advienne de la révolution.

 

Guerre du Pacifique/Pacific War (19/43): Guadalcanal

Guadalcanal : 1er débarquement des Marines

Guadalcanal: un débarquement sans opposition

Guadalcanal: six mois de campagne acharnée

A l’issue d’une succession d’entrevue entre l’amiral King et le général Marschall, le haut-commandement américain est décidé à passer à la contre-offensive dans le sud-ouest du Pacifique et en Nouvelle-Guinée. La première phase consiste en l’attaque de l’île de Tulagi, dans l’archipel des Salomon. Comme les Japonais y consolident rapidement leurs positions, cette première phase doit débuter sans tarder et l’opération, baptisée « Watchover », est fixée au 1er août. Lorsque les services de renseignements apprennent que les Japonais entreprennent la construction d’un aérodrome sur Guadalcanal, île voisine de Tulagi, Guadalcanal est ajoutée à la liste des objectifs. L’opération sera dirigée par l’amiral Ghormley, en sa qualité de commandant des forces navales du pacifique sud. Celui-ci est partage le pessimisme de MacArthur car les Américains ne savent alors presque rien sur les Salomon et le manque de moyens suffisant leur paraît inquiétant. La flotte d’invasion de Guadalcanal, commandée par le vice-amiral Fletcher, s’assemble pour la première fois le 25 juillet dans l’archipel des Fidjii. Elle est de force conséquente puisqu’elle totalise 76 navires de guerre, dont 3 des 4 porte-avions qui restent à l’US Navy. La force amphibie du Pacifique Sud, consistant en cargos et en transports embarquant la 1st Marine Division du général Vandegrift renforcée d’un régiment de la 2nd Marine Division, est dirigée par le contre-amiral Turner. Fletcher est inquiet de mettre ses porte-avions à portée de l’aviation ennemie, qu’il a vu à l’œuvre dans la mer de Corail et à Midway, et peste contre Turner et les stratèges en chambre de Washington qui ont préparé l’opération sans avoir aucune expérience réelle du combat. Turner répond sur le même ton à son interlocuteur. La cordialité n’est pas de mise entre les chefs de l’opération ! Fletcher indique qu’il accepte de laisser ses porte-avions dans une position exposée pendant deux jours, mais pas plus. Turner proteste mais, Ghormley absent, Fletcher obtient gain de cause. Après une brève répétition qui tourne au fiasco, la flotte met le cap sur les Salomon. Le 7 août, les débarquements peuvent commencer. A Guadalcanal et Tulagi, les Japonais sont pris par surprise et ne détectent la présence des américains qu’avec l’arrivée fracassante des obus de marine tirés par les croiseurs et les destroyers. La petite garnison de Guadalcanal s’enfuit dans la jungle tandis que Tulagi et les îlots voisins de Gavutu et de Tanambogo sont pris après une courte mais énergique résistance. Dès le soir du 8 août, les Américains ont pris le terrain d’aviation de Guadalcanal, qu’ils baptisent Henderson Field, du nom du chef des bombardiers en piqué des Marines à Midway. Pendant ce temps, Fletcher, de plus en plus inquiet, ne peut plus attendre et informe Ghormley par radio à 18h qu’il se retire avec ses porte-avions, à la grande fureur de Turner, qui reste seul.

Les Marines sont laissés à eux-mêmes sur l’île par l’US Navy. 

Pendant ce temps, un avion de reconnaissance australien, patrouillant au large de la baie de Milne, aperçoit à 10h30 des unités navales japonaises qui viennent de quitter Rabaul et se dirigeant vers le sud. Au lieu de rompre le silence radio devant un événement de cette importance, le pilote attend d’avoir fini sa mission et d’avoir pris son thé à 17h pour faire part de sa découverte ! Le rapport n’est reçu à Guadalcanal qu’à 19h. Ces bâtiments japonais sont la 8ème flotte de l’amiral Mikawa : 5 croiseurs lourds, 2 croiseurs légers et un destroyer. Mikawa pense que l’adversaire qu’il av affronter lui est supérieur mais il a confiance dans la maîtrise du combat de nuit par ses équipages. Il n’a pas tort. Après avoir attendu la fin de l’après-midi à Bougainville, il appareille pour Guadalcanal. Dans la matinée, le service de renseignement américain intercepte un message de Mikawa informant qu’il relâche à Bougainville avant d’attaquer un convoi ennemi. Malheureusement, ce message n’est décodé que le 23 août ! Pendant ce temps, Turner a reçu le rapport du pilote australien, qui mentionne à tort la présence de 2 ravitailleurs d’hydravions. Turner en conclu que cette flotte doit aller vers Santa Isabel, qui est un excellent emplacement pour une base d’hydravions, l’escorte et la faible vitesse du convoi semblant confirmer cette hypothèse. Par ailleurs, si la flotte japonaise se dirigeait vers le chenal des Salomon, les appareils de reconnaissance américains l’auraient repéré. En fait, le mauvais temps a cloué au sol la majeure partie des B-17 et des Catalina. Quand Mikawa arrive à Guadalcanal, aucun croiseur ni destroyer allié ne détecte l’arrivée de sa formation. Celle-ci passe au sud de Savo à 1h30. Le croiseur australien Canberra, touché par deux torpilles et vingt obus, ne tarde pas à sombrer. Le croiseur Chicago est torpillé à son tour alors que Mikawa contourne Savo pour attaquer la force Nord. Celle-ci n’a pas repéré les Japonais alors que le combat est engagé depuis 5 minutes mais la force Sud a été trop occupée pour l’avertir. Le croiseur lourd japonais Aboa braque alors ses projecteurs vers le croiseur Quincy, qui est vite mis hors de combat avec les croiseurs Astoria et Vincennes. A 2h20, Mikawa donne le signal de la retraite, ayant utilisé toutes ses torpilles, ses navires étant dispersés et craignant l’aviation alliée. 4 croiseurs alliés sont perdus et 2 destroyers et un autre croiseur sont endommagés. Le lendemain, le croiseur lourd japonais Kako est cependant coulé par un sous-marin américain.

Les Japonais engagent de nombreuses escadrilles dans la bataille: elles feront défaut quand viendra l’heure de défendre Rabaul et la Nouvelle-Guinée… Sur mer, le combat est plus équilibré, mais l’empire du Soleil Levant ne pourra combler ses pertes, peut-être plus décisives qu’à Midway.

En dépit de la perte de la quasi-totalité des croiseurs qui le couvraient, Turner poursuit les opérations de déchargement jusqu’au 9 août à midi, permettant d’amener à terre quelques fournitures essentielles. Lorsqu’il lève l’ancre, les Marines de Vandegrift sont laissés à leur sort, avec 4 jours de munitions. Ils devront se contenter d’un régime spartiate pendant 6 semaines et ils manquent d’équipement radio, de barbelés et de matériel de construction. Vandegrift dispose toutefois d’un atout de taille avec Henderson Field que les Marines s’empressent de terminer avec le matériel abandonné par les Japonais. Le 15 août, 4 destroyers rapides réussissent à amener de l’essence, des bombes et un groupe de techniciens et, le 20 août, 31 appareils atterrissent à Guadalcanal.

Deux Dauntless dans les Salomon en 1942

Les escadrilles basées à Henderson Field, donnant la maîtrise de l’air aux Américains, vont s’avérer décisives au cours de durs combats des semaines qui suivent. Dès la première semaine, le ton de la campagne est donné. Chaque jour, pendant des mois, excepté les jours de mauvais temps ou en présence des chasseurs américains, les avions japonais lancent des raids continuels. Les objectifs sont Henderson Field où Lunga Point où mouillent les navires de ravitaillement. La nuit, le périmètre américain est bombardé par les navires de guerre japonais ou les sous-marins (surnommés « Oscar »). Un avion japonais, surnommé « Louie the Louse », largue des fusées éclairantes qui sont immédiatement suivies de tirs de marine. Enfin, un autre avion japonais reçoit le surnom de « Washing Machine Charlie », en raison de ses moteurs délibérément non synchronisés, dans le but de harasser les Marines. Vandefrift fortifie rapidement le périmètre. Il décide de concentrer ses forces le long des plages entre « Alligator Creek » et Kukum. Au sud d’Henderson Field, d’où il semble impossible que les japonais attaquent, la ligne est tenue par des avant-postes établis sur les collines recouvertes de végétation.

 

Les véhicules n’ont guère leur place dans la jungle, mais l’intervention des chars légers M3 Stuart sera décisive sur le Manitakau.

Une fois le périmètre établi, Vandegrift envoie deux patrouilles pour obtenir des informations concernant les forces japonaises dans l’île. Une patrouille est envoyée vers l’est en direction de Tetere et une autre vers l’ouest, en direction de Matanikau. Le colonel Goettge emmène ainsi 24 hommes et un prisonnier japonais vers Matanikau. Il débarque à la pointe Cruz le 12 août, près de la rivière. Les Américains sont massacrés et un seul Marine parvient à s’échapper en s’enfuyant à la nage, affirmant plus tard avoir vu les Japonais mutiler les cadavres. La progression de la patrouille envoyée vers l’est est moins dramatique. Vandergrift a appris d’un prêtre catholique que des Japonais ont débarqué, information qui est confirmée le 14 août. Le 19 août, le capitaine Brush parvient à Koli Point où un bref engagement cause la mort de 31 Japonais. Il apparaît à Brush que ces hommes étaient en reconnaissance en vue d’une attaque montée contre le flanc est du périmètre américain.

L’artillerie: difficile à déployer dans la jungle, d’agnat que l’acquisition des cibles est ardue, mais elle reste néanmoins décisive…

Ce même 19 août, un bataillon est envoyé vers Matanikau. Pendant qu’une compagnie approche l’ennemi par la route côtière pour engager l’action à l’embouchure de la rivière, une compagnie doit se frayer un chemin à travers la jungle pour lancer l’attaque principale par le sud. Une troisième compagnie débarquera pendant ce temps sur les arrières des japonais à Kokumbuna. Cette première bataille de Matanikau est brève et les Marines parviennent à anéantir la garnison japonaise sans grandes difficultés. Les Marines s’installent alors sur leurs nouvelles positions et découvrent les cadavres mutilés de leurs camarades de la patrouille de Goettge.

La bataille sera rude pour les Marines et les Gis, mais, au final, la victoire sera acquise

L’armée de terre japonaise est préoccupée par leur propre offensive en Nouvelle-Guinée et se montrent lents à réagir. Avant l’attaque américaine, elle ignorait même que la marine construisait un aérodrome à Guadalcanal. Elle est persuadée qu’il ne s’agit que d’un raid de petite envergure de la part des Américains, ce que semble confirmer le départ de leur flotte. L’état-major impérial estime que les 2 000 soldats américains présents à Guadalcanal sont démoralisés et que la reconquête de l’île sera une promenade militaire. Toutefois, il importe d’agir rapidement en raison de la présence du terrain d’aviation. La mission de chasser les Américains de Guadalcanal est confiée au général Hyakutake, qui commande la 17ème armée, basée à Rabaul. Hyakutake rassemble 6 000 hommes pour mener à bien cette mission et, dès le 18 août, un détachement avancé de 1 000 hommes, la force Ichiki, débarque à Taivu. Au même moment, 500 hommes de la 5ème force spéciale de débarquement de Yokosuka débarquent à Kokumbona. Ces débarquements sont les premiers opérés d’une longue série da’rrivée de renforts japonais à Guadalcanal, surnommés « Tokyo Express » par les Marines. Ichiki projette d’attaquer les Américains après avoir établi sa base à Tenavatu. Cependant, à la suite de l’élimination de sa patrouille de reconnaissance le 19 août, il change ses plans. Dans la nuit du 20 au 21 août, les Marines établis à « Alligator Creek » sont alertés par Jacob Vouza, un indigène torturé par les Japonais, de l’imminence d’un assaut. Les Japonais, marchant en formation, s’empêtrent dans les barbelés à l’embouchure du cours d’eau, surpris de découvrir des éléments de défense si loin à l’est du terrain d’aviation. Le combat qui s’ensuit est particulièrement acharné et sauvage. Les Japonais lancent des vagues humaines à l’assaut des positions américaines du 2nd Battalion 1st Marines du colonel Pollock. Décimés par les mitrailleuses et les canons antichars de 37 mm, les Japonais tentent de déborder le flanc sud des Marines en remontant le cours d’eau et également le flanc nord par la plage. Ces tentatives sont vaines. Les combats durent toute la nuit et, dans la matinée, les marines encerclent les restes de la force d’Ichiki et les réduisent avec le soutien de l’artillerie, de chars légers et des chasseurs qui viennent d’arriver dans l’île. Les Japonais ont eu 800 morts dans ce terrible combat, contre 34 tués et 75 blessés américains.

Les Japonais sont massacrés au cours de charges « Banzaï »: ici au Cap Ténaru

Les Coast Guards au secours de Marines à Point Cruz

Ce fut le début d’une série d’opérations qui vont se répéter pendant deux mois, chaque camp s’efforçant d’envoyer des renforts et du matériel à Guadalcanal. De jour, les Américains maîtrisent l’espace aérien et maritime grâce à Henderson Field mais, la nuit, le « Tokyo Express » apporte renforts et ravitaillement aux forces japonaises engagées dans l’île tandis que les croiseurs et destroyers d’escorte causent d’importants dégâts aux appareils et aux installations d’Henderson Field. Les tentatives mutuelles des deux adversaires pour s’opposer à l’acheminement de renforts ennemis débouchent régulièrement sur des affrontements en mer. Une difficile guerre d’usure commence.

Recension Heinz Guderian, « Souvenirs d’un Soldat »

Heinz Guderian, Souvenirs d’un Soldat, Perrin, 2017

Après avoir relu Manstein (dont les mémoires sont également parues aux éditions Perrin), je passe aux souvenirs de Guderian. Il ne faut pas bouder la chance de lire le récit des principaux protagonistes de cette guerre, même si c’est au prix de la lecture de passage dans lesquels l’auteur acène des affirmations qu’on ne peut admettre. J’ai préféré lire Manstein que Guderian, mais ce dernier nous livre des faits des plus intéressants, à tout le moins sa version des événements. Il faut en effet lire les campagnes de Pologne, de France et surtout de Russie par celui qui fut le promoteur de la Panzerwaffe et de ce qu’on appellera la « Blitzkrieg ». L’homme, de par sa proximité avec Hitler, nous informe beaucoup sur la personnalité de celui-ci et de son mode de fonctionnement, ainsi que de son entourage. Comment se sont prises les décisions les plus importantes de la guerre ? Ce livre nous donne un embryon de réponse. En revanche, il convient de suivre le texte avec beaucoup de recul. De plus, des erreurs et des contre-vérités parsèment le texte, notamment en ce qui concerne le front de l’Ouest. Guderian aime à se donner le beau rôle, charger Hitler. Le passage sur l’attentat du 20 juillet 1944 puis celui de son action à la tête de l’OKH valent l’achat du livre à eux seuls. On se demande comment l’auteur peut prétendre avoir été mis dans la confidence d’un projet dont la date exacte n’avait pas été déterminée. On reste interdit devant nombre de déclarations de Guderian. Il s’insurge du traitement des Allemands de l’Allemagne orientale (il en est lui-même originaire), en soulignant la responsabilité de Churchill qui les abandonne aux Soviétiques ! Guderian est révolté à l’idée de l’attentat du 20 juillet en raison de « notre religion chrétienne » : on ne peut pas dire que la charité chrétienne a perturbé son action quand il s’est agit de mettre en œuvre les ordres criminels du régime à l’Est… Il se dédouane de sa participation à la « cour d’honneur » où il était question des responsables de la Wehrmacht qui auraient été impliqués dans l’attentat. Le contexte de la Guerre Froide est latent lorsqu’il affirme que rien n’aurait pu arrêter les Russes, qui n’auraient pas eu besoin de l’aide des Alliés, si la production du Panzer IV avait été arrêtée aux seuls profits des Tiger et Panther : « Les problèmes européens auraient été sensiblement simplifiés eux aussi. Nous saurions alors tous ce qu’est la vraie démocratie ». Guderian a été fidèle à Hitler jusqu’au bout et il s’est bien gardé de mettre en avant ses compromissions avec le national-socialisme, ce qu’explique Benoît Lemay (qui nous a déjà gratifié de belles biographies de Manstein et de Rommel, toutes les deux parues chez Perrin) dans sa présentation réussie de l’ouvrage.

Guerre du Pacifique/Pacific War (18/43): Iles Salomon

Guerre d’usure à Guadalcanal

(7 août 1942-9 fév.1943)

L’état-major américain est décidé à conjurer la menace japonaise dans le Pacifique sud en lançant une série d’opérations. La première vise les îles Salomon, visant à la reprise de Tulagi et surtout de Guadalcanal, où les Japonais sont en train de construire un terrain d’aviation. Le débarquement s’opère sans difficulté le 7 août et les Marines s’emparent de l’aérodrome, baptisé Henderson Field. Lors de la bataille de Savo, les 9 et 10 août, la marine impériale japonaise parvient à couler 4 croiseurs lourds américains dans un combat nocturne mais, redoutant l’intervention de l’aviation américaine à l’aube, les Japonais ne poursuivent pas l’avantage et épargnent les navires de transports. Les Américains peuvent donc consolider leur position et écraser les forces nippones qui leur sont opposé tout en faisant atterrir leurs premiers avions sur Henderson Field. Pendant la bataille des Salomon orientales, les 23 et 25 août, les Japonais perdent un croiseur léger et un destroyer et leurs porte-avions sont momentanément hors de combat en raison des pertes subies par l’aviation embarquée. Les Américains ont pour leur part un porte-avion légèrement endommagé. Cependant les sous-marins japonais torpillent les porte-avions Saratoga et Wasp respectivement le 31 août et le 15 septembre. Cependant, les Japonais commencent à prendre la situation à Guadalcanal avec sérieux et décide d’engager plus de troupes. Les combats vont s’intensifier.

Guadalcanal: le 1er débarquement américain de la Seconde Guerre mondiale (mis à part 50 Rangers à Dieppe en août 1942)

La guerre dans la jungle: l’enfer vert

Les Japonais décident alors de neutraliser définitivement l’aérodrome en le bombardant nuit et jour : les cuirassés et les croiseurs intervenant à la faveur de la nuit et les bombardiers opérant des raids diurnes. Les Américains réagissent immédiatement en dépêchant à Guadalcanal de gros moyens navals d’où il résultat trois jours d’affrontement qui donnent définitivement l’avantage à l’US Navy. C’est ainsi que les 12 et 13 septembre les Japonais perdent le cuirassé Hiei et 2 destroyers, tout en infligeant des pertes notables aux Américains : 2 croiseurs légers, 2 destroyers, 2 autres bâtiments étant mis hors de combat. L’offensive lancée le 12 septembre par les 6 000 hommes du général Kawaguchi s’achève dans un bain de sang. Les combats ont été très violents mais les charges « Banzaï » japonaises sont suicidaires et sont vouées à l’échec. Repoussés sur la dernière éminence avant l’aérodrome, les Marines réussissent à emporter la décision avec 31 tués et 103 blessés, contre 600 morts pour leurs adversaires. Le 13 octobre, des renforts conséquents, dont des troupes de l’US Army, du matériel et des approvisionnements arrivent aux Marines. La marine japonaise parvient néanmoins à faire débarquer des renforts en nombre conséquent et la parité en effectifs est atteinte tandis que l’efficacité de l’aviation basée à Henderson Field est grandement réduite par les tirs des navires et l’attaque de l’aviation embarquée avec le retour des porte-avions japonais. A terre, une deuxième offensive d’envergure contre Henderson Field et dans le secteur de la rivière Matanikau est repoussée entre le 23 et le 25 octobre. 3 500 Japonais périssent peut-être dans cette attaque qui est leur ultime chance de reprendre l’aérodrome. Les 26 et 27 octobre, la bataille de Santa Cruz voit un nouvel affrontement entre les porte-avions des deux camps. Les Japonais ont deux porte-avions endommagés. Mais les pertes américaines sont plus sévères puisque le porte-avions Hornet est coulé tandis que le porte-avions Enterprise est endommagé. En outre, l’US Navy perd le destroyer Porter. Cependant, comme pour la bataille de la mer de Corail, la marge du vainqueur, encore une fois les Japonais, s’avère bien trop étroite pour envisager une exploitation réussie du succès.

 

Le Hornet (à gauche) et l’Enterprise (à droite): les vainqueurs de Midway respectivement coulé et endommagé!

Début novembre, les Américains sont définitivement maîtres de Matanikau et commencent à avancer vers Kokumbona et l’ouest de l’île. A l’est, les 2-3 novembre, les Japonais ont débarqué un contingent de troupes près de Koli Point. Les pluies torrentielles empêchent les Américains stationnés dans le secteur d’avertir leurs supérieurs. Le bataillon de Marines du colonel Hanneken est d’abord repoussé par les Japonais mais celui-ci est renforcé par les GI’s du général Rupertus et la contre-attaque refoule les Japonais qui sont finalement encerclés et anéantis entre les 9 et 12 novembre. Les Américains ont eu 40 tués et 120 blessés. Les Japonais enregistrent la perte de plus de 450 morts. Vandergrift veut absolument couper la route aux forces japonaises qui tentent de s’échapper. Il fait donc débarquer le 2nd Raider Battalion à Aola Bay le 5 novembre. Ravitaillés par voie aérienne, les Américains conduisent leur mission jusque dans les monts Austen, détruisant toute l’artillerie lourde qu’ils réussissent à localiser. Le raid coûte 16 tués et 18 blessés aux Raiders contre 488 tués pour les Japonais. Les 14 et 15 novembre, les Japonais perdent à nouveau un cuirassé, le Kirishima, contre 3 destroyers perdus pour l’US Navy. Ce même 14 novembre, un convoi japonais de transport de troupes et de ravitaillement à destination de Guadalcanal subit des pertes prohibitives puisque sur 11 destroyers et 11 transports, 6 sont coulés et 4 autres s’échouent sur les plages, pour y être bombardés le lendemain par les avions, l’artillerie et la flotte américains. Le Japon n’a pas les moyens de perdre en si peu de temps 2 cuirassés et 70 000 tonnes d’approvisionnement. Le 30 novembre, la bataille navale de Tassafaronga est l’ultime engagement naval favorable à la marine impériale japonaise qui inflige une cuisante défaite à une escadre de croiseurs américains bien supérieure en nombre. Les Américains ont d’ailleurs bien failli perdre 4 croiseurs lourds à cette occasion. La situation à Guadalcanal semble toutefois intenable pour les Japonais.

La cactus Air Force de Henderson Field: une des clés de la victoire américaine à Guadalcanal

Le 9 décembre, les hommes de la 1st Marine Division, épuisés par plusieurs mois de combats, peuvent enfin savourer le repos. L’armée, commandée par le général Patch, prend la relève, une large part de la 2nd Marine Division étant toutefois maintenue en ligne. 40 000 Américains sont alors opposés à 25 000 Japonais mal ravitaillés. 200 appareils se trouvent alors à Henderson Field. Le nettoyage des monts Austen commence le 17 décembre et les combats sont acharnés face à un adversaire solidement retranché. Après 22 jours d’intense combats dans la jungle, les GI’s doivent être relevés par des troupes fraîches qui vont lancer l’ultime attaque. En janvier, le général patch, qui commande désormais le 14th US Corps (Americal Division, 25th et 43rd Infantry Divisions et 2nd Marine Division) décide de frapper entre le pointe Cruz et Kokumbona. Les combats sont une nouvelle fois très disputés et ce n’est que le 24 janvier que la 25th Infantry Division du général Collins s’empare de Kokumbona. La position de Guadalcanal devient intenable pour les Japonais qui décident d’évacuer l’île, tout en faisant croire qu’ils se préparent à une nouvelle offensive pour tromper l’ennemi. Les actions retardatrices japonaises sont couronnées de succès. Le réembarquement des 13 000 rescapés du général Hyakutake est effectif au cours de la première semaine de 1943 en dépit d’un débarquement américain à Verahue le 1er février, dans l’espoir d’atteindre le cap espérance avant les Japonais en retraite. La bataille de Guadalcanal est terminée. C’est un grand succès pour les Américains. Les Marines se sont couverts de gloire et les Japonais ont dû consentir des pertes énormes à terre, en mer et dans les airs pour repousser en vain les Américains sur la bordure de leur périmètre de défense de leur empire. Henderson Field a joué un rôle crucial dans cette bataille. Il a déterminé les Américains à se rendre maître de l’île. Une fois entre leurs mains, l’aérodrome fait office de porte-avions terrestre, d’autant plus que les avions qui y sont basés sont des appareils de l’aéronavale, beaucoup plus efficaces contre les navires que les bombardiers à haute et moyenne altitude usuellement basés à terre. La bataille de Guadalcanal, très disputée, marque la première étape de la marche vers Rabaul. L’avance japonaise est définitivement stoppée et le périmètre défensif est enfoncé. Les Américains commencent à reprendre l’avantage. Ils disposent d’une base solide et les communications avec l’Australie sont sauvegardées. Les pertes subies par les américains ne sont pas excessives pour un tel succès : l’armée et la marine n’ont enregistré que 1 600 tués et 4 700 blessés. Les pertes japonaises sont en revanche très élevées : 25 400 hommes sont morts. Dans les airs, les pertes japonaises se montent à pas moins de 2 000 aviateurs et 1 000 appareils contre 600 hommes et 500 avions aux Américains. Sur mer, le bilan est plus équilibré : la marine impériale japonaise a perdu 23 navires de guerre contre 25 pour leurs adversaires. Les Américains ont remporté une difficile bataille d’usure et prennent l’ascendant sur l’ennemi.

 

LE CORPS DES MARINES

 

Symboles de la guerre du Pacifique et considérés comme des troupes d’élite, les Marines sont de tous les combats, de Wake en 1941 à Okinawa en 1945. Les Marines ne sont pas en fait à l’origine un corps d’élite en tant que tel, comme les parachutistes ou les Rangers, formés de volontaires, qui subissent un entraînement particulièrement poussé. Mais les opérations menées par les Marines et l’esprit de corps qui les anime a tôt fait de constituer un type d’unités bien particulières. Engagées sans expérience du combat, les divisions de Marines vont s’avérer à la hauteur des espérances mises en elles. Notons qu’aucune division de Marines n’est engagée en Europe, l’US Army étant réticente à l’intervention de ces unités, qui leur ont ravi la vedette en 1917-18, pour avoir été les premières unités à combattre l’ennemi. L’US Marine Corps est chargé de deux types de missions de bases : constituer les éléments de combats à terre de l’US Navy et conduire des opérations amphibies, un rôle qui ne va cesser de gagner en importance tout au long du conflit. En 1939, l’USMC compte 20 000 hommes. En décembre 1941, les effectifs se montent à 66 000 hommes pour finalement atteindre 450 000 hommes à la fin de la guerre, disposant de ses propres unités de blindés et ses forces aériennes. Après leur victoire à Guadalcanal, les marines sont engagés dans le Pacifique central, en particulier à Tarawa, puis leurs actions d’éclat se poursuivent à Saipan, Peleliu, Iwo Jima et enfin Okinawa. Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, l’USMC enregistrera 91 718 hommes, dont 15 161 tués au combat et 4 322 morts de causes diverses.

 

Recension Ivan Cadeau, « De Lattre »

Ivan Cadeau, De Lattre, Perrin, 2017

Les publications de cette année me permettent d’enrichir mes connaissances sur certains de nos plus éminents généraux du dernier conflit mondial : après le Corap de Max Schiavon (publiée elle aussi chez Perrin), voici une biographie de De Lattre de Tassigny, signée Ivan Cadeau. Le personnage mérite d’être connu car sa carrière militaire est riche et, surtout, il dirige la seule armée française déployée face à l’Allemagne en 1944-45. Les 150 premières pages traitent de sa jeunesse et de ses différents postes avant de prendre le commandement de l’armée B, qui deviendra ensuite la 1ère armée française. Le passage consacré à la Grande Guerre n’est pas inintéressant car il est, au début, question de cavalerie, ce qui n’est pas si fréquent. On découvre au fil des pages un officier certes caractériel et sans doute présomptueux (on le surnomme « Le roi Jean »), mais aussi de qualité, qui gravite autour des principaux responsables de l’armée (Corap, Weygand) et qui se distingue particulièrement en 1939 et 1940. Une récurrence chez lui : les écoles de cadres. La formation et la mise sur pied de guerre sont un de ses points fort. C’est aussi un meneur d’hommes. On découvrira aussi les rivalités, plus particulièrement avec Juin (qui commande le CEF, les troupes françaises engagées en Italie). Lire sa vie c’est aussi se remettre dans le contexte d’une époque, où les choix opérés par les généraux français étaient difficiles, parfois ambigus, et certainement loin d’être arrêtés de façon définitive. Les chapitres qui relatent son parcours de la défaite de 1940 à son entrée dans la France Libre sont éclairants à cet égard. Les pages sur les campagnes de Provence, d’Alsace et d’Allemagne, ainsi que l’évocation de sa carrière après-guerre (à commencer par l’Indochine) retiennent également l’attention. Un livre sérieux (l’auteur connaît bien son sujet ainsi que l’histoire militaire) et complet à lire pour bien connaître De Lattre de Tassigny, mais aussi une époque et l’armée française de la première moitié du 20e siècle.

P. Buttar, « Collision of Empires. The War on the Eastern Front in 1914 »

Prit Buttar, Collision of Empires. The War on the Eastern Front in 1914, Osprey, 2014, 472 pages

A côté de leurs fameuses séries, qui ont fait leur réputation depuis Men-at-Arms, les fameuses éditions Osprey publient désormais des ouvrages de synthèse reliés de la plus belle qualité. Le présent ouvrage compte près de 500 pages (on est loin des premiers Men-at-Arms de 50 pages…°. Ce livre traite en quinze chapitres des opérations militaires sur le front russe au cours du second semestre 1914. Les forces et faiblesses des différentes armées (l’auteur y consacre les 86 premières pages de son travail…), le caractère des grands chefs engagés sur ce front immense et méconnu, les batailles décrites avec détails : nous avons là une belle somme pour découvrir ce théâtre des opérations. Des incontournables : Tannenberg, Lodz… Deux carnets photographiques et dix-huit cartes agrémentent un texte qui fournit les données essentielles de la question. D’autres livres du même auteur traitent de la suite des opérations.

Guerre du Pacifique/Pacific War (17/43): Midway

Midway : triomphe naval de Nimitz

 

 

L’île de Midway se prépare fiévreusement à l’assaut japonais et son dispositif de défense ne cesse de s’étoffer. Pour s’assurer d’éviter d’être pris au dépourvu, des mesures sont prises afin de pouvoir détecter l’ennemi suffisamment à temps. C’est ainsi q’une ligne avancée de sous-marins est établie à l’ouest de l’île tandis que des hydravions PBY Catalina décollent quotidiennement pour mener des opérations de reconnaissance. Le 3 juin, à 9h, un de ces appareils repère la flotte japonaise d’occupation de Midway. Au cours de la journée, les B-17 et les Catalina attaquent le convoi à la torpille et à la bombe sans parvenir à couler autre chose qu’un unique pétrolier. En revanche, la flotte de porte-avions de Nagumo, qui voguent au nord-est, protégés par le mauvais temps, n’ont pas encore été repérés. A l’aube du 4 juin, Nagumo lance une vague d’avions sur Midway, inconscient du fait que les porte-avions américains guettent son arrivée. Toutefois, la moitié de ses appareils restent disponibles sur le pont de ses navires, en cas d’attaque de la flotte. Afin de parer à toute surprise, Nagumo a en outre envoyé les avions embarqués sur les croiseurs en mission de reconnaissance. Le sort favorise ici les Américains puisqu’un de ces avions de reconnaissance japonais, l’appareil lancé depuis le croiseur Tone, prend du retard au décollage. Dès que la vague d’assaut japonaise est repérée, les vieux chasseurs basés à Midway tentent de les intercepter sans toutefois causer beaucoup de dommages aux Japonais, subissant eux-mêmes de lourdes pertes.

Un photographie de mauvaise qualité mais qui illustre l’allure des soldats américains au printemps 1942 (ici des Marines à Midway) : le fameux casque emboité n’est pas encore en unités et on porte toujours le casque « plat à barbe » de la Première Guerre mondiale, semblable à celui de l’armée britannique.

L’attaque japonaise atteint le PC de l’île, les stocks de carburant et divers entrepôts mais épargne les installations essentielles et cause finalement peu de victimes dans les rangs américains. La DCA américaine se montre à cette occasion particulièrement efficace puisque 38 appareils sont abattus et une trentaine d’autres vont s’avérer irréparables à leur retour sur les porte-avions : des pertes dépassant les 60% ! Nagumo dispose alors moins d’appareils que les trois porte-avions américains qui le recherchent, porte-avions dont Nagumo ne soupçonne toujours pas la présence. Or, peu après le départ des avions japonais vers Midway, un PBY de l’île parvient enfin à repérer la flotte de Nagumo.

  

Les PBY vont repérer la flotte nippone mais les B-17 seront impuissants à la neutraliser

Les Américains ont donc repérés leurs adversaires les premiers. Avant même le retour de la première vague, Nagumo estime que Midway doit être attaqué une nouvelle fois. Toutefois, la préparation d’une nouvelle attaque exige d’armer les avions lance-torpilles avec des bombes et d’échanger les bombes perforantes des bombardiers en piqué avec des bombes explosives, opération qui nécessite au bas mot une heure. En l’absence de toute détection de navires ennemis de la part des avions de reconnaissance des croiseurs, Nagumo estime l’opération sans danger et ordonne de préparer les avions pour une seconde vague contre Midway à 7h15. Soudain, à 7h28, l’appareil de reconnaissance catapulté depuis le croiseur Tone émet un message inquiétant : il a repéré des navires américains ! Nagumo ordonne alors de stopper la manœuvre de réarmement de ses appareils et demande à l’avion de reconnaissance des précisions sur la flotte ennemie détectée.

Les escadrilles basées à Midway sont sacrifiées en vain…

Pendant ce temps, la flotte de porte-avions de Nagumo est soumise à plusieurs attaques de la part des appareils basés à Midway. La première attaque, menée par 6 avions lance-torpilles et 4 bombardiers B-17, est repoussée sans mal par la chasse japonaise, alors que la première vague n’est pas encore rentrée de son raid sur Midway. Les attaques suivantes surviennent alors que Nagumo attend anxieusement des précisions de la part de l’appareil de reconnaissance du Tone. La première vague américaine consiste en 16 bombardiers en piqué Dauntless du Marine Corps commandés par le major Henderson. La réception est des plus chaudes et la moitié des appareils est abattue sans qu’un seul porte-avions n’ait été touché. Quelques instants après, une escadrille de 15 bombardiers B-17 commandée par le lieutenant-colonel Sweeny intervient à son tour contre l’escadre de Nagumo mais sans lui causer de dégâts, mais Sweeny, opérant en haute altitude et bénéficaint d’un armement de bord conséquent, ne perd aucun appareil sous les coups de la chasse nippone. Une quatrième attaque est lancée par de vieux bombardiers en piqué Vindicator contre le cuirassé Haruna sans parvenir à le toucher et au prix d’un appareil perdu.

       

La première vague décolle des porte-avions japonais et s’attaque à Midway.

Nagumo est maintenant avisé par l’appareil de reconnaissance que la flotte ennemie compte 5 croiseurs et 5 destroyers, probablement suivis par un porte-avions. Les officiers japonais sont consternés par la nouvelle. Le contre-amiral Tamon, commandant les porte-avions Hiryu et Soryu, dispose de 35 bombardiers en piqué prêts à intervenir et recommande de passer immédiatement à l’attaque. Sur les ponts de l’Akagi et du Kaga, des bombardiers sont également parés pour l’attaque. Mais Nagumo ne dispose plus pour eux de l’indispensable escorte de chasseurs, puisque ceux-ci ont été engagés pour contrer les attaques provenant de Midway. Ces attaques ont d’ailleurs démontré à Nagumo ce que risquent des bombardiers dépourvus d’une escorte de chasseurs. Il semble raisonnable d’attendre, d’autant plus que l’aviation américaine ne s’est jusqu’alors pas avérée très dangereuse. Il décide donc d’attendre le retour des avions de la première vague lancée sur Midway pour les réarmer et les engager contre la flotte américaine. Après le retour de ses escadrilles venant de Midway, Nagumo vogue vers le nord-est afin d’augmenter la distance entre sa flotte et le ou les porte-avions américains, tout en réarmant et en réapprovisionnant ses appareils. Ce brusque changement de position va compliquer les Américains qui manquent alors d’expérience, provoquant une mauvaise coordination des attaques.

  

Les bombardiers en piqué Dauntless, par ailleurs avions torpilleurs: l’outil de la victoire à Midway

En effet, à la suite de la découverte de la formation navale japonaise par le PBY de Midway, l’amiral Spruance, à la tête de la Task Force 16, décide, au contraire de Nagumo, de frapper l’adversaire le plus vite possible avec les forces disponibles. Spruance est en effet décidé à surprendre l’ennemi. Bien que la distance optimale pour lancer une attaque depuis un porte-avions, la Task Force 16 va lancer ses appareils à 150 milles de la flotte de Nagumo, en dépit du faible rayon d’action de appareils. Lancée entre 7 et 8h, la vague d’attaque du porte-avions Yorktown engage 68 bombardiers en piqué, 30 avions lance-torpilles et 20 chasseurs. Spruance ne garde que quelques chasseurs pour couvrir sa flotte. Informé de l’attaque lancée par Spruance, l’amiral Fletcher attend une heure et demi avant d’envoyer une partie de ses appareils à l’attaque, tout en gardant une partie de ses appareils en réserve en attendant l’évolution de la situation. A 8h30, l’USS Yortown lance ainsi la totalité de ses avions torpilleurs, la moitié de ses bombardiers et une escorte de chasseurs contre la flotte adverse.

  

Les avions des USS Enterprise et Hornet vont réaliser l’exploit avec les escadrilles de l’USS Yorktown

Le changement de position de celle-ci cause quelques soucis et les chasseurs et les bombardiers en piqué de l’USS Hornet sont ainsi contraints de rentrer bredouilles. C’est donc seul que les avions torpilleurs de ce même porte-avions engage la flotte de Nagumo. L’unité, commandée par le capitaine Waldron, est intégralement détruite sans parvenir à toucher un seul navire ennemi. L’escadrille d’avions lance-torpilles de l’USS Enterprise, commandée par le capitaine Lindsey, ne connaît pas plus de succès et perd 10 de ses 14 appareils sans réussir un coup au but. Essayant de couvrir les avions lance-torpilles, les chasseurs américains combattent avec courage un adversaire plus nombreux et utilisant un meilleur matériel. Considérant les avions lance-torpille attaquant à basse altitude comme le danger numéro un pour la flotte, les chasseurs japonais Zero se sont concentrés sur ceux-ci mais il ne reste alors pratiquement plus de Zero pour contrer les bombardiers en piqué de l’USS Yorktown et de l’USS Enterprise, qui piquent maintenant sur les porte-avions nippons aux ponts encombrés d’avions, de bombes et de carburant.

Le désastre s’accomplit: l’Akagi est le premier porte-avions à être touché. Les trois autres seront détruits pareillement.

C’est ainsi qu’à peine deux minutes après la dernière attaque à la torpille, trois bombardiers en piqué de l’USS Enterprise attaquent le porte-avions Akagi, navire amiral de la flotte de Nagumo. Deux bombes touchent le pont d’envol, le traverse et touchent les hangars, provoquant une succession d’explosions à mesure que les bombes et les torpilles entreposées détonnent à tour de rôle, transformant le navire en un véritable brasier. Le Kaga est pour sa part atteint par 4 bombes, qui font exploser les munitions se trouvant sur le pont d’envol, pulvérisant tout le personnel qui s’y trouve et détruisant les pompes. L’incendie qui se déclenche aussitôt a tôt fait d’atteindre la salle des machines, prenant au piège les infortunés mécaniciens qui s’y trouvent. Le Soryu est également touché, le pont d’envol et l’élévateur avant pulvérisés par les bombes et les flammes embrasant le navire en perdition. Le Soryu, en proie aux flammes, doit être abandonné et l’Akagi et le Kaga sombrent à leur tour dans la soirée. Seul le Hiryu reste indemne, ayant réussi à s’éloigner des autres bâtiments soumis aux attaques des appareils américains.

Trois porte-avions sont rapidement coulé (ici le Soryu). Seul demeure pour un temps le Hiryu, qui va rendre coup pour coup.

A 11h, le commandant du Hiryu décide de contre-attaquer en lançant deux vagues de bombardiers en piqué et d’avions torpilleurs en direction de l’USS Yorktown. Cet assaut constitue la dernière sortie des jeunes vétérans de l’aviation embarquée japonaise, ceux qui se sont couverts de gloire de Pearl-Harbor à l’océan Indien. Esquivant avec adresse la DCA et la chasse américaines, les appareils japonais parviennent à mettre au but à cinq reprises. Atteint par trois bombes et deux torpilles, le Yorktown est en perdition et doit être évacué.

Le Yorktown, touché à son tour, est coulé à son tour

La fin du Yorktown ne tarde pas à être vengée. Trois heures après l’attaque japonaise, 24 avions ayant appareillés de l’USS Enterprise trouve le Hiryu et le détruisent à son tour. La bataille a coûté au total 147 appareils aux Américains contre 332 avions perdus pour les Japonais. Les Américains viennent de remporter une grande victoire et en sont pleinement conscients. Toutefois, Fletcher, qui ne dispose plus de porte-avions, décide sagement de se replier vers l’est momentanément devant l’incertitude des intentions japonaises. Yamamoto dispose encore de ses navires de ligne et un engagement nocturne peut être désastreux pour les Américains. Toutefois, en dépit de la concentration de plusieurs forces navales japonaises, Yamamoto ne dispose plus de porte-avions dans l’immédiat, les deux dont dispose l’amiral Kakuji sont en effet engagés dans les Aléoutiennes et ne peuvent rallier Yamamoto avant le 8 juin. Dans ces conditions, Yamamoto décide le repli général le 5 juin à 3h. Informé tardivement, les croiseurs de l’amiral Kurita sont attaqués le 6 juin par l’USS Enterprise. Un croiseur est coulé et un autre est gravement endommagé. La bataille de Midway est terminée. C’est un grand succès pour l’aéronavale américaine. Mais la lutte contre la marine japonaise est loin d’être achevée.

L’amiral Nimitz : auréolé par la gloire de la grande victoire remportée à Midway