P. Buttar, « Collision of Empires. The War on the Eastern Front in 1914 »

Prit Buttar, Collision of Empires. The War on the Eastern Front in 1914, Osprey, 2014, 472 pages

A côté de leurs fameuses séries, qui ont fait leur réputation depuis Men-at-Arms, les fameuses éditions Osprey publient désormais des ouvrages de synthèse reliés de la plus belle qualité. Le présent ouvrage compte près de 500 pages (on est loin des premiers Men-at-Arms de 50 pages…°. Ce livre traite en quinze chapitres des opérations militaires sur le front russe au cours du second semestre 1914. Les forces et faiblesses des différentes armées (l’auteur y consacre les 86 premières pages de son travail…), le caractère des grands chefs engagés sur ce front immense et méconnu, les batailles décrites avec détails : nous avons là une belle somme pour découvrir ce théâtre des opérations. Des incontournables : Tannenberg, Lodz… Deux carnets photographiques et dix-huit cartes agrémentent un texte qui fournit les données essentielles de la question. D’autres livres du même auteur traitent de la suite des opérations.

Guerre du Pacifique/Pacific War (17/43): Midway

Midway : triomphe naval de Nimitz

 

 

L’île de Midway se prépare fiévreusement à l’assaut japonais et son dispositif de défense ne cesse de s’étoffer. Pour s’assurer d’éviter d’être pris au dépourvu, des mesures sont prises afin de pouvoir détecter l’ennemi suffisamment à temps. C’est ainsi q’une ligne avancée de sous-marins est établie à l’ouest de l’île tandis que des hydravions PBY Catalina décollent quotidiennement pour mener des opérations de reconnaissance. Le 3 juin, à 9h, un de ces appareils repère la flotte japonaise d’occupation de Midway. Au cours de la journée, les B-17 et les Catalina attaquent le convoi à la torpille et à la bombe sans parvenir à couler autre chose qu’un unique pétrolier. En revanche, la flotte de porte-avions de Nagumo, qui voguent au nord-est, protégés par le mauvais temps, n’ont pas encore été repérés. A l’aube du 4 juin, Nagumo lance une vague d’avions sur Midway, inconscient du fait que les porte-avions américains guettent son arrivée. Toutefois, la moitié de ses appareils restent disponibles sur le pont de ses navires, en cas d’attaque de la flotte. Afin de parer à toute surprise, Nagumo a en outre envoyé les avions embarqués sur les croiseurs en mission de reconnaissance. Le sort favorise ici les Américains puisqu’un de ces avions de reconnaissance japonais, l’appareil lancé depuis le croiseur Tone, prend du retard au décollage. Dès que la vague d’assaut japonaise est repérée, les vieux chasseurs basés à Midway tentent de les intercepter sans toutefois causer beaucoup de dommages aux Japonais, subissant eux-mêmes de lourdes pertes.

Un photographie de mauvaise qualité mais qui illustre l’allure des soldats américains au printemps 1942 (ici des Marines à Midway) : le fameux casque emboité n’est pas encore en unités et on porte toujours le casque « plat à barbe » de la Première Guerre mondiale, semblable à celui de l’armée britannique.

L’attaque japonaise atteint le PC de l’île, les stocks de carburant et divers entrepôts mais épargne les installations essentielles et cause finalement peu de victimes dans les rangs américains. La DCA américaine se montre à cette occasion particulièrement efficace puisque 38 appareils sont abattus et une trentaine d’autres vont s’avérer irréparables à leur retour sur les porte-avions : des pertes dépassant les 60% ! Nagumo dispose alors moins d’appareils que les trois porte-avions américains qui le recherchent, porte-avions dont Nagumo ne soupçonne toujours pas la présence. Or, peu après le départ des avions japonais vers Midway, un PBY de l’île parvient enfin à repérer la flotte de Nagumo.

  

Les PBY vont repérer la flotte nippone mais les B-17 seront impuissants à la neutraliser

Les Américains ont donc repérés leurs adversaires les premiers. Avant même le retour de la première vague, Nagumo estime que Midway doit être attaqué une nouvelle fois. Toutefois, la préparation d’une nouvelle attaque exige d’armer les avions lance-torpilles avec des bombes et d’échanger les bombes perforantes des bombardiers en piqué avec des bombes explosives, opération qui nécessite au bas mot une heure. En l’absence de toute détection de navires ennemis de la part des avions de reconnaissance des croiseurs, Nagumo estime l’opération sans danger et ordonne de préparer les avions pour une seconde vague contre Midway à 7h15. Soudain, à 7h28, l’appareil de reconnaissance catapulté depuis le croiseur Tone émet un message inquiétant : il a repéré des navires américains ! Nagumo ordonne alors de stopper la manœuvre de réarmement de ses appareils et demande à l’avion de reconnaissance des précisions sur la flotte ennemie détectée.

Les escadrilles basées à Midway sont sacrifiées en vain…

Pendant ce temps, la flotte de porte-avions de Nagumo est soumise à plusieurs attaques de la part des appareils basés à Midway. La première attaque, menée par 6 avions lance-torpilles et 4 bombardiers B-17, est repoussée sans mal par la chasse japonaise, alors que la première vague n’est pas encore rentrée de son raid sur Midway. Les attaques suivantes surviennent alors que Nagumo attend anxieusement des précisions de la part de l’appareil de reconnaissance du Tone. La première vague américaine consiste en 16 bombardiers en piqué Dauntless du Marine Corps commandés par le major Henderson. La réception est des plus chaudes et la moitié des appareils est abattue sans qu’un seul porte-avions n’ait été touché. Quelques instants après, une escadrille de 15 bombardiers B-17 commandée par le lieutenant-colonel Sweeny intervient à son tour contre l’escadre de Nagumo mais sans lui causer de dégâts, mais Sweeny, opérant en haute altitude et bénéficaint d’un armement de bord conséquent, ne perd aucun appareil sous les coups de la chasse nippone. Une quatrième attaque est lancée par de vieux bombardiers en piqué Vindicator contre le cuirassé Haruna sans parvenir à le toucher et au prix d’un appareil perdu.

       

La première vague décolle des porte-avions japonais et s’attaque à Midway.

Nagumo est maintenant avisé par l’appareil de reconnaissance que la flotte ennemie compte 5 croiseurs et 5 destroyers, probablement suivis par un porte-avions. Les officiers japonais sont consternés par la nouvelle. Le contre-amiral Tamon, commandant les porte-avions Hiryu et Soryu, dispose de 35 bombardiers en piqué prêts à intervenir et recommande de passer immédiatement à l’attaque. Sur les ponts de l’Akagi et du Kaga, des bombardiers sont également parés pour l’attaque. Mais Nagumo ne dispose plus pour eux de l’indispensable escorte de chasseurs, puisque ceux-ci ont été engagés pour contrer les attaques provenant de Midway. Ces attaques ont d’ailleurs démontré à Nagumo ce que risquent des bombardiers dépourvus d’une escorte de chasseurs. Il semble raisonnable d’attendre, d’autant plus que l’aviation américaine ne s’est jusqu’alors pas avérée très dangereuse. Il décide donc d’attendre le retour des avions de la première vague lancée sur Midway pour les réarmer et les engager contre la flotte américaine. Après le retour de ses escadrilles venant de Midway, Nagumo vogue vers le nord-est afin d’augmenter la distance entre sa flotte et le ou les porte-avions américains, tout en réarmant et en réapprovisionnant ses appareils. Ce brusque changement de position va compliquer les Américains qui manquent alors d’expérience, provoquant une mauvaise coordination des attaques.

  

Les bombardiers en piqué Dauntless, par ailleurs avions torpilleurs: l’outil de la victoire à Midway

En effet, à la suite de la découverte de la formation navale japonaise par le PBY de Midway, l’amiral Spruance, à la tête de la Task Force 16, décide, au contraire de Nagumo, de frapper l’adversaire le plus vite possible avec les forces disponibles. Spruance est en effet décidé à surprendre l’ennemi. Bien que la distance optimale pour lancer une attaque depuis un porte-avions, la Task Force 16 va lancer ses appareils à 150 milles de la flotte de Nagumo, en dépit du faible rayon d’action de appareils. Lancée entre 7 et 8h, la vague d’attaque du porte-avions Yorktown engage 68 bombardiers en piqué, 30 avions lance-torpilles et 20 chasseurs. Spruance ne garde que quelques chasseurs pour couvrir sa flotte. Informé de l’attaque lancée par Spruance, l’amiral Fletcher attend une heure et demi avant d’envoyer une partie de ses appareils à l’attaque, tout en gardant une partie de ses appareils en réserve en attendant l’évolution de la situation. A 8h30, l’USS Yortown lance ainsi la totalité de ses avions torpilleurs, la moitié de ses bombardiers et une escorte de chasseurs contre la flotte adverse.

  

Les avions des USS Enterprise et Hornet vont réaliser l’exploit avec les escadrilles de l’USS Yorktown

Le changement de position de celle-ci cause quelques soucis et les chasseurs et les bombardiers en piqué de l’USS Hornet sont ainsi contraints de rentrer bredouilles. C’est donc seul que les avions torpilleurs de ce même porte-avions engage la flotte de Nagumo. L’unité, commandée par le capitaine Waldron, est intégralement détruite sans parvenir à toucher un seul navire ennemi. L’escadrille d’avions lance-torpilles de l’USS Enterprise, commandée par le capitaine Lindsey, ne connaît pas plus de succès et perd 10 de ses 14 appareils sans réussir un coup au but. Essayant de couvrir les avions lance-torpilles, les chasseurs américains combattent avec courage un adversaire plus nombreux et utilisant un meilleur matériel. Considérant les avions lance-torpille attaquant à basse altitude comme le danger numéro un pour la flotte, les chasseurs japonais Zero se sont concentrés sur ceux-ci mais il ne reste alors pratiquement plus de Zero pour contrer les bombardiers en piqué de l’USS Yorktown et de l’USS Enterprise, qui piquent maintenant sur les porte-avions nippons aux ponts encombrés d’avions, de bombes et de carburant.

Le désastre s’accomplit: l’Akagi est le premier porte-avions à être touché. Les trois autres seront détruits pareillement.

C’est ainsi qu’à peine deux minutes après la dernière attaque à la torpille, trois bombardiers en piqué de l’USS Enterprise attaquent le porte-avions Akagi, navire amiral de la flotte de Nagumo. Deux bombes touchent le pont d’envol, le traverse et touchent les hangars, provoquant une succession d’explosions à mesure que les bombes et les torpilles entreposées détonnent à tour de rôle, transformant le navire en un véritable brasier. Le Kaga est pour sa part atteint par 4 bombes, qui font exploser les munitions se trouvant sur le pont d’envol, pulvérisant tout le personnel qui s’y trouve et détruisant les pompes. L’incendie qui se déclenche aussitôt a tôt fait d’atteindre la salle des machines, prenant au piège les infortunés mécaniciens qui s’y trouvent. Le Soryu est également touché, le pont d’envol et l’élévateur avant pulvérisés par les bombes et les flammes embrasant le navire en perdition. Le Soryu, en proie aux flammes, doit être abandonné et l’Akagi et le Kaga sombrent à leur tour dans la soirée. Seul le Hiryu reste indemne, ayant réussi à s’éloigner des autres bâtiments soumis aux attaques des appareils américains.

Trois porte-avions sont rapidement coulé (ici le Soryu). Seul demeure pour un temps le Hiryu, qui va rendre coup pour coup.

A 11h, le commandant du Hiryu décide de contre-attaquer en lançant deux vagues de bombardiers en piqué et d’avions torpilleurs en direction de l’USS Yorktown. Cet assaut constitue la dernière sortie des jeunes vétérans de l’aviation embarquée japonaise, ceux qui se sont couverts de gloire de Pearl-Harbor à l’océan Indien. Esquivant avec adresse la DCA et la chasse américaines, les appareils japonais parviennent à mettre au but à cinq reprises. Atteint par trois bombes et deux torpilles, le Yorktown est en perdition et doit être évacué.

Le Yorktown, touché à son tour, est coulé à son tour

La fin du Yorktown ne tarde pas à être vengée. Trois heures après l’attaque japonaise, 24 avions ayant appareillés de l’USS Enterprise trouve le Hiryu et le détruisent à son tour. La bataille a coûté au total 147 appareils aux Américains contre 332 avions perdus pour les Japonais. Les Américains viennent de remporter une grande victoire et en sont pleinement conscients. Toutefois, Fletcher, qui ne dispose plus de porte-avions, décide sagement de se replier vers l’est momentanément devant l’incertitude des intentions japonaises. Yamamoto dispose encore de ses navires de ligne et un engagement nocturne peut être désastreux pour les Américains. Toutefois, en dépit de la concentration de plusieurs forces navales japonaises, Yamamoto ne dispose plus de porte-avions dans l’immédiat, les deux dont dispose l’amiral Kakuji sont en effet engagés dans les Aléoutiennes et ne peuvent rallier Yamamoto avant le 8 juin. Dans ces conditions, Yamamoto décide le repli général le 5 juin à 3h. Informé tardivement, les croiseurs de l’amiral Kurita sont attaqués le 6 juin par l’USS Enterprise. Un croiseur est coulé et un autre est gravement endommagé. La bataille de Midway est terminée. C’est un grand succès pour l’aéronavale américaine. Mais la lutte contre la marine japonaise est loin d’être achevée.

L’amiral Nimitz : auréolé par la gloire de la grande victoire remportée à Midway