Bataille des Ardennes / Battle of the Bulge (11)

La Wehrmacht finalement vaincue

Loin d’avoir brillée dans les Ardennes, l’armée allemande est finalement vaincue par cette armée américaine qu’elle n’a cessé de sous-estimer. La Wehrmacht n’a plus la maîtrise des cieux comme en 1940 et son adversaire de 1944, entièrement motorisé, est bien plus redoutable que celui de 1940. On célèbre bien rapidement des exploits remportés sur le front démesurément étendu du VIIIth US Corps à la faveur d’une supériorité numérique écrasante. Les Allemands ont attaqué à 200 000 contre 83 000, soit à 3 contre 1 en infanterie, voire le double dans les secteurs d’attaque. Leur avantage était de 4 contre 1 en chars moyens et canons d’assaut. La Wehrmacht ne serait-elle donc capable de vaincre ses ennemis qu’en réunissant de telles conditions, y compris l’absence de supériorité aérienne alliée ? Nul doute qu’une attaque frontale dans une zone n’offrant aucune surprise stratégique, face au dispositif de la 3rdUS Army ou dans les secteurs des Vth ou VIIth US Corps de la 1st US Army, se serait soldée par un échec, coûteux certes pour les deux parties mais un échec tout de même. L’intervention des Britanniques sur la Meuse, bien que rassurante pour Bradley, reste marginale : l’armée allemande est stoppée par la seule US Army.

En fait, la Wehrmacht a encore fait preuve de ses insuffisances habituelles et récurrentes. Comme à Kasserine et à Mortain, le fer de lance allemand se retrouve émoussé bien rapidement. Dans les Ardennes, comme en Tunisie et en Normandie, l’offensive est dramatiquement retardée par l’intervention énergique de petits groupes de combattants américains déterminés, souvent dépourvus –mis à part devant Saint-Vith et Bastogne- de tout soutien antichar et blindé digne de ce nom. Or la vitesse prime avant tout dans ce genre d’offensive. Que dire également des chefs allemands ? Sont-ils les maîtres de la Blitzkrieg, les rois de l’improvisation et les champions de l’initiative ? Le cas de Bayerlein ne semble guère illustrer cela. Certains voient dans une armée le reflet de la société dont elle est le produit. On ne peut le nier totalement. Mais les choses sont plus compliquées.

Les « bleus » de l’US Army –les « Green Units » selon la terminologie anglo-saxonne- ont eu une réactivité fort variable à la terrible épreuve de la bataille. Force est de constater que le baptême du feu est difficile, voire dramatique pour certaines unités. Mais il en va de même pour les formations allemandes, loin d’être composées que de vétérans chevronnés, rompus à l’art de la guerre. Certes, l’encadrement allemand met à profit sa grande expérience de la guerre hivernale en Union Soviétique mais aussi celle de cinq ans et demi de combats. Pourtant, l’US Army compte aussi ses vétérans. Nombre d’unités ont connu une formation de choc en Normandie, dans la forêt d’Hürtgen ou en Lorraine. Si on omet le cas des 101st et 82nd US Airbornes durement étrillées pendant l’opération « Market-Garden » (17-26 septembre), pas de mise au repos pour les GI’s : Ike ne dispose pas d’assez de formations sur l’ETO pour se le permettre. Les divisions américaines n’ont dont pas bénéficié d’un retrait hors de la ligne de front pour une remise en condition à l’instar de la majeure partie des formations allemandes engagées dans « Herbstnebel ».

Il faut pourtant se garder de trop relativiser l’action de l’armée allemande dans les Ardennes. Les combats de janvier autour de Bastogne ont montré sa ténacité. De même, si la contre-attaque des 1st et 3rd US Army en janvier se trouve gênée par le mauvais temps, la neige et le terrain, elle est surtout confrontée à un adversaire de taille, qui lutte âprement, reculant avec méthode et parvenant à s’extirper des situations les plus délicates. Ainsi, quand les deux armées américaines effectuent leur jonction à Houffalize, les Allemands ont su éviter d’être pris au piège à l’ouest de Bastogne et ont été en mesure de sauver leurs divisions de Panzer. Le passage de l’Our par la Wehrmacht, soit une retraite sous la pression de l’ennemi, manœuvre délicate s’il en est, est un succès. Comme pour la poche de Falaise et la Seine en 1944, Model frustre l’ennemi d’une victoire totale se soldant par l’anéantissement des forces engagées.

Si les combats de l’automne ont soulevé la question de la combativité et de l’efficacité de l’US Army, la victoire des Ardennes a nettement mis en valeur les qualités de l’US Army. En dépit d’un rapport de force initial largement en sa défaveur et de l’effet de surprise, celle-ci a été en mesure de vaincre l’armée allemande. La victoire des Ardennes est avant tout celle du soldat américain. Si la plupart des généraux se sont fait surprendre, ils ont été en mesure de reprendre l’initiative grâce à la combativité et au courage de leurs GI’s. En absence de supériorité numérique, ou en raison de l’annulation de celle-ci par des conditions météorologiques défavorables, le soldat américain l’a emporté. Il a vaincu sans l’excuse maintes fois ressassée d’un rapport de force assurant systématiquement la victoire à une US Army qui ne serait pas à la hauteur de ses adversaires. Churchill ne s’y trompe pas le 18 janvier 1945 lorsqu’il déclare devant la Chambre des Communes que la bataille des Ardennes représente « indiscutablement la plus grande bataille américaine de la guerre ».

 

Bataille des Ardennes / Battle of the Bulge (10)

ARDENNES 44 : LES MYTHES D’UNE BATAILLE

 

La bataille des Ardennes, le « dernier coup de dés de Hitler », est bien connue. Comme bien des événements historiques, des controverses sont nées de son étude alors que, comme bien souvent, des clichés restent attachés quant à son déroulement dans l’esprit du grand public. Dans cet article, nous tenterons de répondre à certaines questions et nous reviendrons sur quelques idées reçues.

 

Bastogne constitue t’elle le pivot de la bataille des Ardennes ?

Une tendance bien ancienne est de résumer –chez le grand public ou dans les œuvres qui lui sont destinées- est de résumer la bataille des Ardennes aux seuls combats pour Bastogne. Tous les passionnés savent qu’il en va tout autrement. La réussite du plan allemand réside d’abord dans la percée que doit réaliser la 6. Panzerarmee de Dietrich au nord du front, percée qui ne sera pas obtenue, si ce n’est l’espace de quelques jours avec ce qui constitue la pitoyable équipée du Kampfgruppe Peiper. De ce point de vue, le sort des armes dans cette zone du champ de bataille s’est en grande partie joué sur la crête d’Elsenborn.

Sur le front de la 5. Panzerarmee de Manteuffel, qui sera le cadre des principaux faits d’armes allemands au cours de la contre-offensive, Saint-Vith représente un point nodal essentiel à Manteuffel pour espérer l’emporter et atteindre la Meuse. Le 20 décembre, une brèche de 30 kilomètres s’ouvre au sud de l’agglomération. Les 2. et 116. Panzer s’y engouffrent. En face, comme devant Bastogne, Middleton n’a presque rien à opposer aux Allemands : essentiellement des bataillons du génie. Ces derniers, dont le 81st Engineer Combat Battalion du lieutenant-colonel Riggs, parviennent à ralentir les Allemands le temps que les renforts parviennent à la rescousse, en l’occurrence la 7th US Arm Div. La chute de Saint-Vith interviendra trop tard : les Allemands ont manqué l’occasion de causer davantage de pertes aux Américains tout en permettant à la PzAOK5 de soutenir le flanc des divisions SS de la PzAOK 6, coincées au nord du front et incapables de déboucher des quelques gains de territoire obtenus.

Au sud, Bastogne est un carrefour routier d’importance, au même titre que Saint-Vith. La résistance américaine, épique car dramatisée par l’encerclement d’une formation d’élite, les paras de la 101st Airborne, a contrecarrée les espoirs de Manteuffel car si la Panzer Lehr, la 116. Pz et la 2. Pz continuent sur leur lancée, leurs lignes de communications ne sont pas assurées. Pis, elles ont perdu un temps précieux. La contre-attaque de la 3rd Army de Patton, avec pour 1er objectif Bastogne, puis la concentration de force ordonnée par Hitler qui est désormais obnubilé par cette bataille, achèvent de faire entrer la petite ville belge dans l’Histoire. Lorsque tout espoir d’atteindre Anvers est perdu, Bastogne devient effectivement le point de mire de la bataille.

On a eu pourtant donc trop souvent tendance à ramener la bataille des Ardennes à la lutte épique qui s’est déroulée pour cette petite ville, ce qui est une injustice pour les soldats américains qui ont offert une résistance remarquable sur d’autres parties du front, au cours de combats tout aussi cruciaux. Néanmoins, plus que toute autre, la bataille de Bastogne symbolise la défaite des Allemands dans les Ardennes et marque la victoire de l’armée américaine.

 

La 101st Airborne seule à Bastogne ? Du mythe à la réalité…

Un autre cliché fermement rattaché à cette mémorable bataille est celui d’une unité d’élite encerclée, jouant sa survie et ne devant son salut qu’à son excellence. De fait, Troy Middleton, le chef du VIIIth Corps, décide de confier le commandement de Bastogne à McAuliffe, le patron de l’artillerie de la 101st et commandant par interim de la division. Celui-ci organise la défense du périmètre en positionnant ses quatre régiments de parachutistes et d’aéroportés en première ligne. Pourtant, les Screaming Eagles ne sont pas seuls. Dans la ville même, Mc Auliffe a organisé des réserves : les restes du CCB de la 10th Arm Div de Roberts et du CCR de la 9th Arm Div de Gilbreth, soit environ 50 M4 Sherman, le 705th Tank Destroyer Battalion avec des chasseurs de chars M 18, ainsi qu’une formation ad hoc regroupant tous les isolés et les fuyards : le Team SNAFU, regroupant 5 à 600 hommes. McAuliffe dispose aussi d’une artillerie nombreuse : 130 pièces d’artillerie sont en effet à Bastogne. Un soutien en blindés et en artillerie conséquent et décisif.

18 000 hommes sont encerclés, les Allemands étant à peu près aussi nombreux. Il faut donc écarter l’image d’un groupe de soldats isolés, dépourvus de tout, livrés à d’innombrables cohortes d’adversaires. Le fait d’être encerclés ne constitue en outre aucunement une expérience déroutante pour la 101st Airborne car les parachutistes sont précisément entraînés à opérer derrière les lignes ennemies. En revanche, la question du ravitaillement peut se poser si le siège s’éternise. En effet, la 101st Airborne n’est pas arrivée à Bastogne avec le plein de munitions.

Ajoutons que si bataille de Bastogne il y a eu, cela est dû avant tout au sacrifice d’unités qui ont ralenti la progression de la Pz AOK 5 alors que la 101st Airborne n’est pas encore sur le front. Le 17 décembre, outre quelques fuyards, Middleton ne peut mettre en ligne que le CCR/9, 3 bataillons du génie et un bataillon autonome d’artillerie. Les restes de la 28th US ID disponibles à Bastogne sont limités : le 110th US IR est virtuellement anéanti (2 750 pertes), le 707th Tank Bn n’aligne plus que 9 chars presque tous endommagés et le 630 Tank Destroyer Bn ne compte plus que 6 pièces antichars. C’est avec ces unités qu’il va mettre en place des « bouchons » qui vont s’avérer en fait des plus efficaces. Freiné, Manteuffel ne pourra gagner la course à la Meuse. Citons simplement l’exemple d’un bataillon du génie. Au matin du 18 décembre, le lieutenant-colonel Tabet établit son 158th Engineer Combat Battalion à Foy, Neffe et Luzery. Pour renforcer ses positions, Tabet obtient 4 pièces de 105 mm automotrices, 8 chars légers et 2 Sherman. Tous ces engins proviennent des dépôts de l’intendance et sont manœuvrés par des mécaniciens. Bientôt le CCB/10 entre en lice. Fantassins, sapeurs, mécanos, tankistes… : eux aussi sont les héros de Bastogne. Mais sans la 101st, l’important carrefour serait tombé…

 

Des forces allemandes bien équipées et des troupes d’élite ?

Il est incontestable qu’en cette fin d’année 1944, la Wehrmacht dispose de tout un panel de matériel, d’équipements et d’armes de qualité exceptionnelle, souvent en avance sur leurs temps. Outre les clichés d’époque, les vitrines des beaux musées des Ardennes belges et luxembourgeoises sont là pour en témoigner. La réalité est bien entendu plus nuancée. En cet hiver 1944-45, la Wehrmacht doit toujours compter avec la tare d’être une arme avant tout hippomobile. Si les images d’époque s’attardent sur les Panzer de dernier cri (on n’a bien peu d’images de chevaux…), certaines, fameuses, nous montrent le Landser occupé à une pratique endémique au sein de la Wehrmacht : la récupération de l’équipement et du matériel ennemi.

Si les effectifs ont été complétés depuis les désastres de l’été, les formations d’élite ne sont que le pâle reflet de ce qu’elles ont pu être. A la 5. FJD, il n’y a pas d’entraînement parachutiste et la fourniture d’armements et d’équipements modernes se fait attendre. Le 1er décembre, il manque encore des vêtements d’hiver, des Pak, des radios, des mortiers… Eduard Krüger, un des hommes de la 5. FJD, ne perçoit son MP 44 que le 15 décembre –la veille de l’offensive- et découvre à cette occasion cette arme pour la première fois ! Cette unité est censée être d’élite…

Les meilleures unités d’infanterie ne sont pas logées à meilleure enseigne, ce qui en dit long sur les autres. Selon le General Schmidt, le commandant même de la 352. VGD, les hommes ont certes entre 22 et 30 ans, mais ils ont été trop brièvement entraînés et restent sans expérience. La qualité et l’expérience des officiers et des sous-officiers sont très variables. Le général observe un bon esprit combattif aux 914. et 915. Grenadier-Regiment. L’artillerie a manqué de temps pour s’entraîner et certains équipages de Jagdpanzer 38 (t) n’ont jamais combattu. Les artilleurs manquent de maîtrise dans les techniques de pointage. L’équipement est presque complet. Le jour de l’offensive, il manque encore 25% des MP 44, un tiers des Jagdpanzer 38 (t) et un tiers des radios pour diriger les tirs.

La question des blindés est elle-même révélatrice de la nécessité de relativiser la puissance de frappe des unités impliquées dans « Herbstnebel ». Une division en pointe de l’assaut comme la 2. Panzer-Division n’aligne que 112 blindés (hors Flakpanzer et Behfelpanzer), dont seulement 87 Panther et Panzer IV, soit beaucoup moins qu’en Normandie (177), mais cela est conforme à la dotation des nouvelles Panzer-Divisionen de l’automne 1944. De nombreux tankistes sont novices et découvrent à peine leurs engins. Le 21 décembre, la 2. Pz a saisi une telle quantité de véhicules depuis le début de l’offensive qu’elle se trouve désormais en mesure d’équiper ses deux bataillons de cyclistes avec des engins américains de prise. La Panzer-Division d’élite avait donc des cyclistes en son sein au début d’une l’offensive qui se veut décisive… On compte au final 1 279 Panzer, Sturmgeschütze et Panzerjäger d’impliqués dans la bataille, soit deux fois moins qu’en Normandie.

 

Les Tiger ont-ils été engagé en nombre ?

Le char Tiger constitue une des images les plus attachées aux Ardennes. Le super Tiger II préservé à La Gleize, inoubliable pour les visiteurs, perpétue le mythe. Les amateurs de la bataille sont loin des clichés du pitoyable film où des Tiger (de type Patton) sans nombre surgissent des bois, engins présentés en outre comme de nouveaux modèles alors que le Königstiger fait ses premières armes à l’ouest en Normandie. 138 Tiger ont combattu à l’ouest de la Seine, ce qui est peu, mais c’est plus que pour « Herbstnebel » pourtant associée à ces engins : seuls 113 participent à la bataille des Ardennes. En revanche, la tendance s’inverse pour ce qui est de la parité Tiger I/Tiger II : la majorité sont des Königstiger dans les Ardennes, avec 86 exemplaires, contre à peine 12 en Normandie. A la veille de l’offensive, outre 8 Sturmmörser, on dénombre sur le front Ouest 123 Tiger, dont 79 opérationnels. La Pz. AOK 6 se taille la part du lion puisque on dénombre 41 Tiger II du s. Pz-Abt 506 en réserve et 45 Tiger II du s. SS-Pz-Abt 501 rattachés à la « Leibstandarte Adolf Hitler ». A la Pz AOK 5, ce sont 27 Tiger I qui sont disponibles au sein de la Pz-Abt 301 (Funklenk) rattachée à la 9. Panzer-Division. Mais ces engins ne furent pas engagés au front avant que la bataille ne soit perdue : le 25 décembre, ils sont détachés de la division, faute de pouvoir être convoyés par trains suite à des destructions. Ils seront finalement engagés en Rhénanie face aux Britanniques. La Kompanie Hummel, à l’origine une formation d’entraînement devenue unité d’alerte, déjà engagée à Arnhem, participe à la bataille avec 8 Tiger I dont certains de début de production. Ils sont intégrés à la s. Pz-Abt 506 en qualité de 4. Kompanie. On est donc loin d’un raz-de-marée de Tiger. Ces derniers subiront par ailleurs des pertes sensibles, leur mécanique fragile, leur forte consommation d’essence et surtout leur encombrement posant de sérieuses difficultés. Au 24 décembre, le s. SS-Pz-Abt 501 aura perdu 11 Tiger, dont les 6 qui doivent être abandonnés par Peiper. 14 Tiger II et un Tiger I doivent aussi être sabordé au s. Pz-Abt 506 à la mi-janvier 1945.

 

Quel bilan peut-on tirer de la confrontation entre Panzer et Tanks ?

Comme d’accoutumée, la Panzerwaffe peut s’enorgueillir de faits d’armes retentissants aux dépends de ses adversaires. Les pertes totales en blindés des deux camps seraient respectivement de 610 Panzer, Panzerjäger et Sturmgeschütze et 730 tanks et Tank Destroyers américains, étant entendu que nombre de blindés allemands ont dû être abandonnés ou sabordés, ce qui fait que les pertes aux combats sont plus élevés au sein des formations américaines. La 9th Arm Div perd ainsi 88 tanks dans la défense de Saint-Vith tandis que pendant la phase délicate du repli, le 21 décembre, le CCB 7th Arm de Hoge est anéanti : si les Tank Destroyers survivent au désastre, le CCB n’aligne plus que 4 chars et 900 hommes sont perdus. Devant Bastogne, des dizaines de carcasses de chars et de Tanks Destroyers des différentes Task Forces et Teams blindées des CCB/10 et CCR/9 témoignent également de la valeur des Panzer-Divisionen. Peu avant Noël, 17 tanks sont détruits par la 2. SS Panzer-Division « Das Reich » à Baraque de Fraiture. Au cours de la première semaine de janvier, en 4 jours, la 11th Arm Div n’est parvenue à avancer que de 9 kilomètres pour la perte de 220 tués, 441 blessés et 54 tanks détruits. Face à elle s’est distinguée plus particulièrement la Führer Begleit Brigade.

Pour autant, échecs et succès semblent se contrebalancer dans chaque camp. Le 19 décembre, la 2. Panzer souffre à Noville, dans le périmètre nord de Bastogne, face au Team Desobry : 19 Panzer sont incendiés contre 2 Sherman et un Tank Destroyer détruits. A Krinkelt-Rocherath, si le 741st Tank Battalion perd 11 Sherman, il détruit en revanche 37 Panzer selon les estimations. 60 blindés de la 12. SS Panzer auraient été touchés, dont 31 Panzer et StuG. La « Hitlerjugend » est définitivement stoppée à Dom Bütgenbach. Les combats pour ces trois localités n’ont duré que cinq jours, mais cinq jours au cours desquels la 12. SS Panzer accuse la perte de 65 Panzer et Panzerjäger : il ne lui en reste plus que 50 ! A Bütgenbach, les Américains ne perdent que 6 tanks et TD M10 et 5 canons antichars détruits.

Le Kampfruppe Peiper évacue la Gleize après avoir perdu une partie non négligeable du matériel de la 1. SS Panzer : il a perdu 87 Panzer ! La 2. Pz, parvenu à quelques kilomètres de la Meuse en s’emparant de Celles puis de Foy-Notre-Dame subit un désastre similaire quasiment au même moment puisque la 2nd US Arm dénombre en effet sur le terrain pas moins de 82 Panzer, 83 canons d’assaut et pièces d’artillerie et 441 véhicules. Pour réaliser cet exploit de taille, la « Hell on Wheels » n’a consenti que des pertes mesurées : 17 tués, 26 disparus et 201 blessés ainsi que 28 chars touchés, dont seulement 2 seront perdus définitivement. Les pertes au cours des différents engagements paraissent au final plutôt équilibrées même si les engins détruits directement par le feu de l’ennemi sont plus nombreux dans le camp américain puisque des Panzer sont sabordés pour raisons mécaniques ou faute d’essence.

 

La Wehrmacht a-t-elle réellement manquée d’essence dans les Ardennes ?

C’est une des idées les plus attachées à la bataille. Pourtant, la Wehrmacht a fait des efforts surhumains pour se constituer les 23 millions de litres nécessaires de réserves de carburant pour l’offensive. Pour autant, les difficultés de fret et la crainte que des dépôts de carburant ne soient détruits par des frappes aériennes alliées font que la moitié du précieux liquide se trouve encore sur la rive est du Rhin lors du lancement d’ « Herbstnebel ». Les forces de Model n’ont donc avec elles que cinq jours de carburant. Si les nombreuses unités hippomobiles n’en souffrent évidemment pas, l’essence manque ainsi à plus d’une reprise aux unités constituant le fer de lance de l’offensive : la 2. Panzer-Division manque d’essence le 20 décembre, alors que la route s’ouvre à elle au-delà d’Ortheuville, puis le 21 décembre, alors que le moindre délai peu avoir des conséquences dramatiques. Faire monter le ravitaillement à travers des routes congestionnées se révèlent être une gageure. Même des unités qui interviennent en second échelon comme la Führer Begleit Brigade ou la 9. SS Panzer-Division en manquent dès le début. Parfois, c’est la découverte inopinée qui permet à une colonne de poursuivre l’avance alors que les réservoirs sont ainsi à sec : ainsi Peiper à Büllingen (227 000 litres) et la 116. Panzer à Samrée (136 000 litres). Cette division menace les arrières des forces américaines déployées en arc de cercle autour de Saint-Vith. Mais si un dépôt de carburant est découvert par un bataillon de reconnaissance presque à sec, l’occasion de réaliser un encerclement est manquée. Le carburant a donc manqué, et ce depuis la période de remise en condition avant l’offensive. Si les stocks étaient conséquents, la difficulté première, comme en Normandie, aura été de faire parvenir le précieux liquide jusqu’aux premières lignes. Quant à compter sur la saisie de stocks chez l’ennemi, on ne peut raisonnablement baser une offensive majeure et décisive sur un tel postulat…

 

Une infériorité du GI comme à Kasserine en Tunisie ?

Outre le manque d’essence, la Wehrmacht a encore fait preuve de ses insuffisances habituelles et récurrentes. Dans les Ardennes, comme en Tunisie et en Normandie, une offensive de Panzer est dramatiquement retardée par l’intervention énergique de petits groupes de combattants américains déterminés, souvent dépourvus –mis à part devant Saint-Vith et Bastogne- de tout soutien antichar et blindé digne de ce nom. Sur ordre ou de leur propre chef, des petits groupes de GIs vont établir des roadblocks qui, mis bout à bout, et sur toute la largeur du front d’attaque allemand, vont finir par multiplier les retards dans une offensive au timing serré et dont la condition sine qua non du succès repose précisément sur la rapidité d’intervention. Si deux régiments de la 106th ID doivent déposer les armes dans le Schnee Eiffel, on reste surpris devant l’incapacité des Allemands à anéantir la 28th US ID étirée sur un front démesurément étendu.

On ne peut que constater le succès de petites unités américaines qui ont été en mesure de retarder les Allemands. Le branle-bas de combat touche jusqu’à l’intendance américaine. On vit des secrétaires, cuisiniers et autres non-combattants s’initier à la hâte au maniement des bazookas, des mortiers et des mines. De faibles unités comme les deux formations de cavalerie américaines, le 14th Cavalry Group, 800 hommes étalés sur 8 à 9 kilomètres entre les 99th et 106th US ID, et le 102nd Cavalry Group, font parfois preuve d’une capacité de résilience étonnante. Au sud-ouest de Saint-Vith, à l’initiative d’un certain Stone, le chef d’une unité de DCA, un groupe de combat ad hoc est formé en intégrant les survivants de la 28th US ID qui refluent vers le nord-ouest. A Bertrix, les plans pour une défense coordonnée sont établis par le lieutenant-colonel Wells, le commandant du 509th Maintenance Battalion…. 4 Sherman et un half-track sont pris dans l’atelier de réparation lourde et sont confiés à 21 hommes de la 553rd Ordnance Heavy Maintenance Company. Ces hommes de l’intendance sont ensuite positionnés en dehors de la ville, prêts à affronter l’ennemi ! Comme à Kasserine, le génie américain, dont les hommes reprennent leurs armes remisées depuis des semaines, fait des merveilles et les bataillons indépendants disponibles au niveau des corps d’armées sont mis à profit pour édifier tant bien que mal des défenses alors que les unités d’infanterie font défaut pour tenir le terrain. C’est ainsi que le 291st Engineer Combat Battalion est confronté au Kampfgruppe Peiper et s’évertue à retarder un adversaire pourtant particulièrement redoutable. Au matin du 18 décembre, devant Bastogne non encore défendue par la 101st, le lieutenant-colonel Tabet obtient 4 pièces de 105 mm automotrices, 8 chars légers et 2 Sherman pour renforcer les positions de son 158th Engineer Combat Battalion. Tous ces engins proviennent des dépôts de l’intendance et sont manœuvrés par des mécaniciens. C’est avec ce genre de Task Forces combattantes que l’offensive de la Wehrmacht s’enraille et, finalement, échoue.

On a déjà souligné les erreurs des 2., 116. et Panzer-Lehr-Divisionen ainsi que les échecs coûteux de la « Leibstandarte Adolf Hitler », de la Hitlerjugend » et de la 2. Panzer-Division. Les Fallschirmjäger, surtout ceux de la 3. FJD, ne font pas davantage montre de réussite… L’élite de la Wehrmacht et de la Waffen SS subit des revers significatifs. Les combats défensifs menés par les Américains sur la crête d’Elsenborn, face au Kampfgruppe Peiper, à Saint-Vith et à Bastogne témoignent de la parité tactique entre les deux armées à ce stade de la guerre. En dépit d’un rapport de force initial largement en sa défaveur et de l’effet de surprise, la victoire des Ardennes est avant tout celle du soldat américain.

 

Qui a gagné la course aux renforts ?

La Wehrmacht attaque dans les Ardennes avec des réserves substantielles. Outre des Panzer-Divisionen devant être engagées en second échelon afin d’assurer le maintien du tempo de l’offensive : c’est le cas du II. SS-Panzerkorps à la Pz AOK 6 avec les 2. SS et 9. SS Panzer-Divisionnen, ou encore la Führer-Grenadier-Brigade. L’OKW fera intervenir la Führer-Begleit-Brigade (réserve de Manteuffel) et la 3. Panzer-Grenadier-Division, de même que la 9. Panzer-Division (en soutien du XLVII. Panzerkorps au-delà de Bastogne) ou encore la 15. Panzer-Grenadier-Division initialement prévue pour la 7. Armee, mais d’autres unités ne participeront pas à la bataille (ainsi de la « Frundsberg »). Plusieurs Volksgrenadiere-Divisionen interviennent aussi au cours de la bataille : les 9., 79. et 167. VGD. DE façon caractéristique, c’est sur le front de la 5. Panzerarmee que sont envoyés la majeure partie des réserves, la Pz AOK 6, stoppée sur un front étroit, s’étant rapidement fourvoyée dans une impasse.

En face, les restes des unités malmenées au cours des premiers jours de combats soutenus par les soldats du génie et de l’intendance ne vont pas rester longtemps seuls. Les nombreux renforts dépêchés dans les Ardennes par un Eisenhower clairvoyant sont à mettre au crédit d’une US Army très réactive et très bien organisée. Certes, certaines unités sont engagées au compte-gouttes et subissent des pertes sérieuses (notamment la 10th Arm Div) mais les Allemands sont retardés en attendant l’arrivée de nouveaux renforts et c’est ce qui compte.

C’est ainsi que la 82nd Airborne, d’abord destinée à la défense de Bastogne mais que l’urgence de la situation a envoyée plus au nord, comble quelque peu la brèche à Werbomont et au sud de l’axe d’avance du Kampfgruppe Peiper. La 3rd US Arm Div est également sur le point de se déployer contre la 116. Panzer qui continue sont avance au-delà d’Houffalize. A Bastogne, Middleton peut désormais compter sur le CCB 10th Arm Div et sur la 101st Airborne. Ces quatre divisions ne sont que les premières à venir épauler le VIIIth Corps. Au 19 décembre, les Américains ont déjà 180 000 hommes engagés dans les Ardennes contre 80 000 au 16 décembre. 14 divisions américaines sont engagées contre 18 chez les Allemands.

Pis pour les Allemands, la 3rd US Army de George Smith Patton, qui a déjà cédé sa 10th Arm Div, est sur le point de frapper en force le flanc sud de la percée allemande. Les Allemands doivent aussi compter avec le chef du 21st Army Group de Montgomery qui déploie des formations britanniques pour mettre en défense les ponts de la Meuse. Montgomery ordonne aussi au VIIth US Corps de Collins de se positionner derrière l’Ourthe avec les 2nd Arm, 84th et 75th US Divisions.

L’offensive des Ardennes a obligé les Américains à faire intervenir leurs dernières divisions encore présentes en Angleterre au 16 décembre. Il s’agit des 11th Arm, 17th Airborne, 66th ID (débarquant en France le 26 décembre), 76th ID (arrivée en Angleterre le 21 décembre et dépêché en urgence en France dès le 17 janvier) et la 69th ID. Bien plus, à Noël, 30 000 remplaçants ont été fournis au 12th US Army Group : un luxe qu’ignorent les divisions du Reich… La brèche est donc colmatée et la Wehrmacht perd rapidement la supériorité matérielle et numérique acquise à la veille de l’offensive.

 

La prière de Noël de Patton : un mythe ?

Immortalisée par le biopic hollywoodien « Patton », le commandant de la 3rd Army, irrité par les conditions météorologiques alors que la percée vers Bastogne se fait attendre, aurait donné l’ordre à l’aumônier O’Neill de rédiger une prière pour le beau temps. Pourtant, cette décision passée à la postérité a été prise deux semaines plus tôt, bien avant l’offensive allemande. Cette fameuse prière fait toutefois son chemin jusque dans les Ardennes puisqu’elle est imprimé au dos de la carte de vœu de Noël distribuée par Patton à ses GIs. Ce dernier aurait rédigé en personne d’autres prières, dont une en date du 23 décembre mais elles n’ont été mises à la connaissance du public qu’après la guerre par l’office du tourisme du Luxembourg,

 

Les Ardennes : une bataille dans la neige ?

Incontestablement, la neige a posé de sérieuses difficultés aux belligérants des deux camps. Pour autant, les affrontements des premières journées –décisives- ne se sont nullement déroulées dans le cadre d’une nature revêtue d’un blanc manteau neigeux, si ce n’est sur certaines crêtes ou quelques versants, sans pour autant que la couche soit profonde. La neige s’invite pourtant rapidement. Le 21 décembre, les températures chutent, avant que ne commence à tomber la neige, procurant une meilleure mobilité pour les véhicules. Il faudra donc parfois combattre dans des bourrasques de neige. Les clichés des combats de janvier 1945 nous montrent invariablement le champ de bataille recouvert d’une neige épaisse. Celle-ci est donc une donnée essentielle et caractéristique de la bataille des Ardennes. Pour autant, les premiers jours de la contre-offensive, ceux qui seront décisifs, se déroulent certes dans le froid et dans le brouillard, mais avant tout sur un terrain boueux, peu propice au déploiement des blindés. Quand la neige fait son apparition, la cause est entendue.

 

Une Luftwaffe absente du champ de bataille ?

Le choix d’attaquer en novembre, puis en décembre, est un choix tactique délibéré du Führer. Le mauvais temps et le brouillard sont sensés annuler tout bénéfice de soutien aérien aux Alliés dont la suprématie aérienne est incontestable. Il reste que ceci signifie également toute absence d’aide significative de la part des escadrilles de la Luftwaffe tandis que les V1 et V2, qui font fi de la météo, sont lancés sur Anvers, l’objectif ultime d’ « Herbstnebel ». De fait, la bataille des Ardennes sera avant tout une bataille menée au sol.

Le 16 décembre, la Luftwaffe, qui renaît de ses cendres, disposerait à l’Ouest de 1 770 chasseurs monomoteurs, 140 bimoteurs, 55 bombardiers, 40 bombardiers à réaction, 65 appareils de reconnaissance et peut-être 390 appareils d’appui au sol. La bataille aérienne sera plus équilibrée qu’en Normandie. Handicapée par le manque d’expérience de nombre de son personnel volant ainsi que du manque de carburant, la Luftwaffe fera tout son possible pour procurer un appui aux troupes au sol, notamment à Bastogne les 24, 25 et 26 décembre. Elle epeut se révéler redoutable : 53 appareils alliés sont revendiqués détruits le 24 décembre (en fait, une trentaine de réellement détruits au maximum). La veille de Noël, le premier bombardement à partir de jets (des Arado) est mené sur Liège, où, le lendemain, pour la première fois également, un chasseur à réaction Me-262 est abattu. Quelques jours auparavant, des Marauders sont décimés par la Tagjagd. De vénérables Stuka interviennent la nuit au sein d’un Nachtschlachtgruppe. Des Ju-52 et des He-111 sont engagés pour larguer des leurres ainsi que de véritables parachutistes : les hommes de von der Heydte (opération « Stösser »). Les combats ne se limitent pas aux Ardennes : de nombreuses incursions s’effectuent dans la profondeur dès le 16 décembre pour frapper les aérodromes et les lignes de communications des Alliés (parfois jusqu’à Calais), afin de contrecarrer l’arrivée des renforts.

L’impact de l’aviation alliée dans la bataille se mesure à plusieurs niveaux. Au niveau stratégique, il empiète sur l’arrivée des renforts et surtout sur l’acheminement des munitions et du carburant accumulés pour l’offensive. Sur le plan tactique, outre les mitraillages de convois et les bombardements de concentration de troupes, une simple attaque peut perturber gravement toute une chaîne de commandement : ainsi, lorsque le PC du LXVII AK est touché par l’aviation, il ne peut plus coordonner et diriger ses divisions ! Les unités de transport interviennent avec la même efficacité. Le 23 décembre, 241 Dakota larguent 144 tonnes de ravitaillement aux assiégés de Bastogne, qui manquent alors cruellement de munitions et de matériel médical. C’est ainsi que 80 tonnes de ravitaillement sont parachutées jusqu’au 26 décembre en même temps qu’arrivent 11 planeurs, transportant notamment quelques chirurgiens. La FLAK réussit à abattre 19 Dakota. L’aviation tactique appuie également les assiégés en multipliant les attaques et les bombardements, notamment au napalm. La Luftwaffe ne peut guère l’en empêcher.

Hitler n’a pas dit son dernier mot et déclenche l’opération « Bodenplatte » le 1er janvier 1945. Retardée à plusieurs reprises, cette opération aérienne de grande ampleur vise à la destruction de l’aviation tactique alliée an l’attaquant sur ses bases en Belgique et aux Pays-Bas. Elle est également de nature à montrer une nouvelle fois aux Alliés que les Allemands ne sont pas encore vaincus et que le Reich est déterminé à poursuivre la lutte. Trois formations totalisant 1 035 chasseurs Focke-Wulf 190 et Messerschmitt 109 attaquent en rase-motte à partir de 9h20. Les Alliés perdent environ 500 appareils (305 pertes certaines et 190 avions endommagés), dont à peine 15 chasseurs alliés en combat aérien… Mais la DCA et la chasse alliées font payer un lourd tribut à la Luftwaffe qui perd 280 appareils et 60 commandants d’unités. Les Allemands perdent 210 pilotes contre une cinquantaine… La Luftwaffe a été saignée à blanc mais les Alliés, très surpris, vont continuer à la redouter et elle continue à participer à la bataille au cours de laquelle elle n’a pas été absente, se montrant, comme en Normandie, plus efficace et plus dangereuse au cours de ses missions nocturnes.

 

Patton et Montgomery : leurs interventions ont-elles eu un impact décisif sur les opérations?

  

Films et documentaires accordent la part belle à George Patton, de nombreux ouvrages sont à l’avenant. Le succès final de l’US Army doit beaucoup de crédit à la réactivité d’Eisenhower mais, si Hodges (le chef de la 1st US Army) est resté en retrait, aussi à la qualité des chefs de corps d’armées, à commencer par ceux de la 1st US Army, Ridgway et Gavin notamment, mais aussi Middleton, dont le VIIIIth Corps est sérieusement malmené au cours des premiers jours de la contre-offensive.

Pour autant, davantage que pour Bradley (qui commande le 12th US Army Group), le professionnalisme et le talent de la 3rd US Army et de son chef, le bouillant Patton, tiennent un rôle essentiel dans la victoire. Les talents multiples du Californien se révèlent avec brio au cours de sa brillante participation à la bataille. Fin novembre 1944, Patton démontre la pertinence de son jugement de général. « La 1ère armée commet une terrible erreur en laissant le 8e corps statique car il est hautement probable que les Allemands se renforcent à l’est de celui-ci ». Une semaine avant l’attaque allemande, Oscar Koch, son chef de renseignement, s’attend à une offensive, probablement en direction de Luxembourg. Patton est donc le seul des grands subordonnés d’Eisenhower à rejeter l’idée que les Allemands considèrent les Ardennes comme un secteur calme destiné aux unités au repos. Des plans sont donc dressés en conséquence, de sorte que de toutes les armées alliées, la 3rd US Army sera la moins prise au dépourvue par la contre-offensive de la dernière chance de Hitler.

Cela va lui permettre de lancer sa contre-attaque avec une surprenante célérité, ce qui sera déterminant pour la survie de la garnison de Bastogne et, partant, pour l’échec final de l’offensive voulue par Hitler Pour autant, il serait à ce propos abusif de lui attribuer tous les mérites de ce virage à 90° : il bénéficie d’une équipe de collaborateurs de premier ordre. Une fois la jonction établie avec Bastogne, Patton a su tenir ouvert le corridor au cours de la phase la plus disputée de la bataille. Il est injuste de lui attribuer l’échec de l’anéantissement des forces allemandes aventurées au-delà de Bastogne : de façon fort avisée, il préconisait au contraire de frapper à la base du saillant, en dépit du terrain difficile et des intempéries.

Que dire de Montgomery ? Ce dernier écrit à Eisenhower le 15 décembre, que « sa situation [en parlant de l’ennemi] est telle qu’il n’est pas en mesure de déclencher d’opérations offensives en force ». On ne pouvait mieux se tromper… L’une des décisions les plus controversées d’Eisenhower est celle d’avoir placé la 1st US Army sous le commandement du Field-Marshall britannique, qui dispose déjà de la 9th US Army. Dire que sa reprise en main de la 1st US Army fût salvatrice est une absurdité (ce qui ne signifie pas pour autant que les mesures décidées par Montgomery n’ont pas été forcément pertinentes, notamment en ce qui concerne Saint-Vith). Le rétablissement défensif est avant tout le fait des GIs engagé sur la ligne de front et celui de leurs supérieurs, chefs de corps et de divisions. Timoré, il ne cesse de repousser la date de contre-attaque, au grand dam de ses subordonnés américains à qui, il faut le reconnaître, il finira par laisser tout de même une certaine liberté d’action. Quant au déploiement du XXXth Corps britannique sur la Meuse, sa volte-face aurait de toute façon été ordonnée par Ike. Ses propos trop polémiques lors d’une conférence de presse feront croire qu’il s’est considéré comme le sauveur de l’US Army, ce qu’il n’est assurément pas.

 

Les Allemands ont-ils manqué des occasions ?

Peut-on imaginer un retournement complet de situation à ce stade du conflit ? C’est vraiment difficile à admettre sérieusement. En revanche, la bataille des Ardennes est celle des occasions manquées pour les Allemands qui auraient pu davantage capitaliser l’effet de surprise acquis ainsi que leurs qualités manoeuvrières. Les chefs allemands, pourtant loués pour leur esprit d’initiative, manquent d’exploiter de nombreux succès alors que des opportunités incroyables s’offrent à eux.

On écartera la possibilité d’un éventuel succès pour les opérations spéciales « Stösser » (largage de 800 Fallschirmjäger commandés par l’Oberst von der Heydte) et « Greif » (infiltration de commandos du SS Otto Skorzeny vêtus en GIs dans les lignes américaines). Le fiasco attendu est inévitable : préparation brouillonne, équipages de Ju-52 inexpérimentés, Fallschirmjäger novices pour la majorité d’entre eux, un manque de matériel lourd et de communications, des formations SS dans l’incapacité de percer et d’établir la jonction… Quant à Skorzeny, il ne dispose que de trop peu de soldats allemands parlant anglais et vêtus et équipés en GIs.

A la 6. Panzerarmee, on reste coi devant l’avance isolée de Peiper. Fonçant de l’avant, Peiper et ses hommes sont à La Gleize au 19 décembre. A cette date, la 116. Panzer est à Houffalize mais les autres unités allemandes de la 5. Panzerarmee sont encore devant Bastogne et Saint-Vith. Un peu plus d’énergie moins d’occasions manquées et Peiper ne serait pas isolé ainsi vers l’avant. Le plan retenu va être aussi l’occasion de bien des ratés, faute de souplesse dans sa mise en œuvre. Au nord de Büllingen, il laisse passer une chance inouïe de prendre à revers les 99th et 2nd US ID et provoquer un effondrement de la défense américaine sur la crête d’Elsenborn, ce qui aurait changé la donne pour une 6. Panzerarmee qui ne sera jamais en mesure de percer sur une largeur de front suffisante pour se déployer en puissance. Et pour cause : les Panzer-Divisionen ont reçu l’ordre de foncer au plus vite vers la Meuse… Après le succès de l’embuscade du 14th Cavalry Group à Poteau, le Kampfgruppe Hansen ne poursuit pas l’avance vers Vielsam, pourtant à portée. Pis, en dépit de la manœuvre de contournement effectuée par la 2. SS Panzer « Das Reich », les Allemands ne parviennent pas à saisir l’occasion de capturer les 20 000 Américains qui défendent Saint-Vith…

L’échec devant Saint-Vith n’est pas le seul « raté » de la 5. Panzerarmee. Le 18 décembre, le bataillon de reconnaissance de la 116. PZD est au sud d’Houffalize tandis que la division se regroupe en arrière, à Heinerscheid. Continuant vers La Roche-en-Ardennes, les Allemands atteignent l’Ourthe mais le pont est détruit. Il faut donc se résoudre à tenter le passage par le sud-ouest, en rejoignant la route Marche-Bastogne. Les Allemands sont maintenant devant le pont d’Ortheuville, faiblement défendu par une poignée d’Américains. Ils n’osent pas attaquer, convaincus que le pont sautera lui aussi. Krüger, le chef du LVIII Panzerkorps, ordonne alors de reprendre le chemin en sens inverse (la nuit est tombée!) et de repasser par Houffalize. Cette décision malheureuse constitue une des erreurs majeures de l’opération « Herbstnebel ».

A Bastogne, la 2. Panzer, puis la Panzer Lehr, ratent toute deux l’occasion de prendre Bastogne sans coup férir le 18 décembre. Bayerlein a commis une erreur de taille en empruntant un chemin boueux en négligeant toute reconnaissance préalable. Le lendemain, il manque une nouvelle occasion de faire tomber Bastogne sans difficulté majeure. Parvenue à deux kilomètres de Longvilly en soirée du 20 décembre, la 2. Panzer oblique vers le nord, en direction de Bourcy. Une belle occasion est de nouveau manquée. Ce même jour, la 26 VGD n’est pas plus en mesure d’exploiter une faille dans le dispositif défensif américain autour de Bastogne car seul un bataillon de fantassins appuyé par 7 Sturmgeschütze tente la percée.

Ces quelques exemples illustrent les occasions manquées, mais ils ne doivent pas ternir plus qu’il ne faut les succès remportés : bien des faits d’armes et des coups d’éclat jalonnent le parcours des unités ayant participé à « Herbstnebel », une bataille marquée par un certain nombre d’idées reçues ou de clichés que nous espérons avoir contribué à briser.

Mon article a été publié dans 2e Guerre Mondiale Magazine n°70

Bataille des Ardennes / Battle of the Bulge (9)

LES RAISONS DE LA VICTOIRE DE L’US ARMY DANS LES ARDENNES

Patton: l’un des grands artisans de la victoire dans les Ardennes

Ridgway et Gavin: l’atout de l’US Army réside avant tout dans des généraux de premier ordre

Les raisons de la victoire finale des Américains sont multiples. Certaines sont à mettre au crédit des capacités intrinsèques de l’US Army. La mobilité de cette armée a notamment encore une fois joué en défaveur de la Wehrmacht. Eisenhower, souvent décrié pour son manque de clairvoyance stratégique ou encore sa méconnaissance des réalités du terrain, fait montre d’une clairvoyance, d’une capacité à cerner les enjeux et à tirer parti de la situation et des forces disponibles. Le professionnalisme et le talent de la 3rd US Army et de son chef, le bouillant Patton, tiennent un rôle essentiel dans la victoire. Tout aussi efficaces, mais engagées dans des combats moins médiatisés, la 1st US Army brise l’élan de l’élite de l’armée allemande à l’ouest. Au final, c’est sans le concours systématique d’une supériorité numérique écrasante que les GI’s l’emportent.

 

Les faibles Cavalry Groups causent des pertes à l’ennemi

On ne peut que constater le succès de petites unités américaines qui ont été en mesure de retarder les Allemands. Deux formations de cavalerie américaines sont à l’œuvre aux premières heures de l’offensive « Herbstnebel ». Il s’agit du 14th Cavalry Group, 800 hommes étalés sur 8 à 9 kilomètres entre les 99th et 106th US ID, et du 102nd Cavalry Group. Ce dernier ne manque pas de mordant. Dès la première nuit de combat, il inflige des pertes sévères à la 326. VGD : cette dernière accuse la perte de 20 % de ses effectifs sans avoir été pour autant en mesure le moindre succès significatif qui pourrait justifier des pertes si prohibitives. Le premier jour de la bataille, bien qu’ayant décimé le FJR 5, le 104th Cavalry Group est bousculé dans le secteur de Krewinkel. Il est également sérieusement accroché par la 18. VGD qui attaque la trouée de Losheim. Fort de l’appui d’une quarantaine de blindés, les Volksgrenadiere parviennent à repousser les cavaliers. Mais si ceux-ci sont obligés de se replier, ouvrant le passage aux Allemands, ils ont retardé ces derniers toute la journée. A Kobscheid, les GI’s s’offrent ainsi un « carton » sur cinquante fantassins ennemis distants à peine d’une vingtaine de mètres. Les pertes au sein du 14th Cavalry Group sont sensibles car plusieurs groupes isolés, notamment à Roth et Kobsheid, doivent finalement mettre bas les armes. A Honsfeld, le matin du 17 décembre, le 14th Cavalry Group et des éléments de la 99th US ID sont surpris par Peiper et laissent 50 véhicules de reconnaissance (surtout des jeeps), 80 camions et une quinzaine de pièces antichars. Le 14th Cavalry Group est définitivement anéanti à Poteau. Pourtant, après ce succès, le Kampfgruppe Hansen ne poursuit pas l’avance vers Vielsam, pourtant à portée. Il s’agit là d’une des nombreuses erreurs d’appréciations des officiers supérieurs allemands au cours des premières journées de l’offensive : les seules au cours desquelles un succès d’envergure peut être espéré.

 

L’esprit d’initiative

On reste surpris devant l’incapacité des Allemands à anéantir la 28th US ID étirée sur un front démesurément étendu. Certes, l’unité souffre lourdement, de même que sa voisine, la 106th US ID. Pourtant, les deux divisions ne sont pas anéanties et, avec le soutien de quelques unités, elles retardent considérablement l’offensive ennemie. Même avec un rapport de force écrasant et l’effet de surprise, la Wehrmacht n’est pas en mesure de réaliser une rapide rupture du front ennemi.

Sur ordre ou de leur propre chef, des petits groupes de GI’s vont établir des roadblocks qui, mis bout à bout, et sur toute la largeur du front d’attaque allemand, vont finir par multiplier les retards dans une offensive au timing serré et dont la condition sine qua non du succès repose précisément sur la rapidité d’intervention. Ainsi, au sud-ouest de Saint-Vith, à l’initiative de Stone, le chef d’une unité de DCA, un groupe de combat ad hoc est formé en intégrant les survivants de la 28th US ID qui refluent vers le nord-ouest.

Plus au sud, la 28th US ID parvient à ralentir considérablement la poussée des LVIII et XLVII Panzer-Korps. Si la 560 VGD parvient à s’immiscer entre les 110th et 112th Regiments, c’est au pris de 1 000 pertes… étalé sur 16 kilomètres, le 110th Regiment de Fuller tient en fait une succession de môles de défense articulés autour de villages avec en outre une ligne d’avant-postes. Les compagnies sont donc dispersées. La 2. Panzer et la 26. VGD sont à la peine face à un adversaire qui semble pourtant à leur portée et mûr pour la destruction. La garnison américaine d’Hosingen (Company K, 110th Infantry, and Company B, 103rd Engineer Combat Battalion), encerclée, résistera ainsi deux jours durant, jusqu’à épuisement des munitions. C’est aussi jusqu’à la dernière cartouche que tiennent les Américains en position à Wahlhausen. A Hollzthum et Consthum, les GI’s tiennent toute la journée du 16. Les fantassins du 110th ne sont pas seuls : des pièces de DCA quadruples, des canons antichars et d’artillerie de campagne les appuient, de même que les 34 Sherman de deux compagnies du 707th Tank Battalion. Un dernier exemple illustrera l’esprit d’initiative et de la réactivité des GI’s : lorsque la 15. Panzergrenadier-Division perce le périmètre de Bastogne le jour de Noël, chez les Américains, tous les hommes disponibles sont mis à contribution, y compris les cuisiniers qui vont devoir faire le coup de feu.

Le génie ou comment ralentir efficacement la percée ennemie

Comme à Kasserine, le génie américain fait des merveilles et les bataillons indépendants disponibles au niveau des corps d’armées sont mis à profit pour édifier tant bien que mal des défenses alors que les unités d’infanterie font défaut pour tenir le terrain. C’est ainsi que le 291st Engineer Combat Battalion est confronté au Kampfgruppe Peiper sans pouvoir évidemment tenir tête à cette puissante unité. Cela ne les empêche pas de décrocher en bon ordre. Face à Peiper, le génie s’évertue à retarder un adversaire pourtant particulièrement redoutable. Le QG du 1111th Engineer Combat Group du colonel Anderson se trouve à Trois-Ponts. Le 291st Engineer Combat Bn est pour sa part à l’ouest de Trois-Ponts et une compagnie du 202nd Engineer Combat Bn est à Stavelot. Quand, le 17 décembre, Anderson apprend que l’ennemi s’approche de Butgenbach, il comprend que Malmédy est menacé. Dans cette dernière localité, Anderson dispose de 200 hommes du 291st Engineer Combat Bn du lieutenant-colonel Pergrin et du 962nd Engineer Maintenance Bn (qui établit un terrain d’atterrissage pour les avions de liaisons du QG de la 1st US Army à Spa). Le groupe est renforcé dans la journée par le 629th Engineer Light Equipment Company, qui effectuait des travaux routiers près de Butgenbach mais qui est parvenu à échapper aux Allemands. Anderson ordonne donc à ses sapeurs à se préparer à défendre la ville. Ceci étant, prévoyant, Anderson décide d’établir un barrage devant Stavelot au cas où Peiper ne se dirigerait pas sur Malmedy. C’est justement le mouvement que réalise l’Allemand. La section du génie qui est ainsi établie devant le pont Stavelot enterre rapidement ses mines (elle en pose 13) et met son unique bazooka en batterie placé en embuscade avec une mitrailleuse en embuscade entre un précipice et la paroi rocheuse surplombant la route. Un canon antichar de 57 mm égaré du 526th Armored Infantry Battalion renforce ensuite la position. Le Kampfgruppe Peiper est ainsi bloqué au soir du 17 décembre. Sapeurs vite renforcés par des fantassins (526th Arm Inf Bn) et des Tanks Destroyers (825th TD Bn). En effet, il faut absolument protéger l’énorme dépôt situé au nord de la ville. Peiper réussira tout de même à passer mais pas avant le lendemain matin. Dans le même temps, à Trois-Ponts, Anderson a fait préparer des charges de destruction sur les trois ouvrages d’art. A 11h15 le 18 décembre, les sapeurs américains font sauter le pont de Stavelot. Les servants de la pièce de 57 mm ont le temps de détruire un Panzer avant d’être réduits au silence. Peiper doit trouver un autre chemin.

Un point nodal essentiel à Manteuffel pour espérer l’emporter et atteindre la Meuse est Saint-Vith. Le 20 décembre, au sud de Saint-Vith, une brèche de 30 kilomètres s’est ouverte. Les 2. et 116. Panzer s’y engouffrent. En face, comme devant Bastogne, Middleton n’a presque rien à opposer aux Allemands : essentiellement des bataillons du génie encore une fois. C’est ainsi que le lieutenant-colonel Riggs, chef du 81st Engineer Combat Battalion, reçoit l’ordre d’employer ses hommes comme fantassins. Le 17 décembre, il doit rassembler tous les hommes des 81st et 168th Engineer Combat Battalions encore disponibles afin de stopper l’avance allemande sur Saint-Vith. Le 81st n’a plus que 65 hommes, le 168th comptant encore deux compagnies et le reste d’une troisième. Il peut compter également sur 50 hommes de son QG et des services, essentiellement des secrétaires et des cuisiniers. C’est sur une crête boisée à l’est de la ville que Riggs met ses hommes en position défensives. Il n’a que quelques bazookas et mitrailleuses comme armes de soutien. Vers 16 heures, un automoteur allemand frappe les défenses des sapeurs, causant de lourdes pertes. Un P-47 parvient à incendier un engin ennemi et la poignée de soldats du génie réussit à tenir tête à l’ennemi jusqu’à la tombée de la nuit alors que les premiers Sherman de la 7th US Arm Div arrivent enfin à Saint-Vith. Les tanks parviennent à la rescousse et incendient un StuG endommagé par les mines des sapeurs. Le lendemain, les tankistes et la Company A du 81st Engineer Battalion réussissent encore à repousser de sérieuses attaques. En fin d’après-midi, un groupe mené par Riggs en personne contre-attaque et rejette des fantassins ennemis de leurs positions.

Devant Bastogne, alors que la 101st Airborne n’est pas encore sur le front. Outre quelques fuyards, Middleton ne peut mettre en ligne que le CCR 9th Arm Div, 3 bataillons du génie et un bataillon autonome d’artillerie. Les restes de la 28th US ID disponibles à Bastogne sont limités : le 110th US Infantry Regiment est virtuellement anéanti (2 750 pertes), le 707th Tank Bn n’aligne plus que 9 chars presque tous endommagés et le 630 Tank Destroyer Bn ne compte plus que 6 pièces antichars. C’est avec ces unités qu’il va mettre en place des « bouchons » qui vont s’avérer en fait des plus efficaces. Le temps gagné par ces unités sera des plus précieux. Freiné, Manteuffel ne pourra gagner la course à la Meuse. Au matin du 18 décembre, le lieutenant-colonel Tabet établit son 158th Engineer Combat Battalion comme suit : la Company A sur le flanc gauche, près de Foy, la Company B près de Neffe et la Company C à Luzery. Pour renforcer ses positions, Tabet obtient 4 pièces de 105 mm automotrices, 8 chars légers et 2 Sherman. Tous ces engins proviennent des dépôts de l’intendance et sont manœuvrés par des mécaniciens.

C’est avec ce genre de Task Forces combattantes constituées ad hoc que l’offensive de la Wehrmacht prend du retard, s’enraille et, finalement, échoue. Ces quelques exemples tirés de l’ensemble du front des Ardennes illustrent le rôle crucial tenu par le génie au cours de cette bataille épique, preuve que les Américains ont su tirer parti d’absolument toutes les ressources à leur disposition. Un simple pont détruit (pensons à l’équipée de Peiper) et c’est « Herbstnebel » qui prend un retard impossible à compenser. Ainsi, alors que la 116. Pz atteint Houffalize le 19, les Américains font sauter un pont sur l’Ourthe devant ses avant-gardes. L’avance se poursuit vers le sud-ouest jusqu’à Ortheuville où se trouve un autre pont intact celui-là. Le chef du 58. AK pense que celui-ci sera détruit dès que l’attaque commencera et ordonne donc un demi-tour vers Houffalize pour suivre ensuite la rive nord de l’Ourthe. Ce fut une des erreurs majeures de l’offensive !

Le commandement allemand est également loin d’être exempt de tout reproche. La bataille des Ardennes est celle des occasions manquées pour les Allemands. De fait, nombre de décisions auront de fâcheuses conséquences sur la suite de l’opération. Bien souvent, les chefs allemands, pourtant loués pour leur esprit d’initiative, ne savent pas exploiter un succès acquis ou semblent ignorant de la faiblesse du dispositif qui leur fait face alors qu’une reconnaissance poussée et énergique aurait permis d’atteindre des résultats bien plus conséquents. Au nord de Büllingen, qui est écrasé par l’artillerie américaine, un petit groupe de combat envoyé par Peiper se heurte au 644th TD Bn qui détruit deux Panzer IV. Peiper renonce donc, de toute façon il a pour ordre de foncer vers la Meuse, via Ligneuville où il espère surprendre le QG de la 49th AAA Brigade. Peiper vient de laisser passer une chance inouïe de prendre à revers les 99th et 2nd US ID et provoquer un effondrement de la défense américaine sur la crête d’Elsenborn, ce qui aurait changé la donne pour une 6. Panzerarmee qui ne sera jamais en mesure de percer sur une largeur de front suffisante pour se déployer en puissance.

Alors que la 116. PZD atteint Houffalize le 19, les Américains font sauter un pont sur l’Ourthe devant ses avant-gardes. L’avance se poursuit vers le sud-ouest jusqu’à Ortheuville où se trouve un pont intact. Le chef du LVIII. AK pense que celui-ci sera détruit dès que l’attaque commencera et ordonne donc un demi-tour vers Houffalize pour suivre ensuite la rive nord de l’Ourthe. Pourtant, les défenseurs du pont d’Ortheuville ne sont qu’une poignée… Au nord de Saint-Vith, après le succès de l’embuscade du 14th Cavalry Group à Poteau, le Kampfgruppe Hansen ne poursuit pas l’avance vers Vielsam, pourtant à portée. En dépit de la manœuvre de contournement effectuée par la 2. SS Panzer « Das Reich », les Allemands ne parviennent pas à saisir l’occasion de capturer les 20 000 Américains qui défendent la place. On imagine ce qu’un tel désastre aurait eu pour conséquence sur le front du XVIIIth Airborne Corps !

A Bastogne, la 2. Panzer, puis la Panzer Lehr, ratent toute deux l’occasion de prendre Bastogne sans coup férir le 18 décembre. Le lendemain, Bayerlein, décidément pas au mieux de sa forme, manque une nouvelle occasion de faire tomber Bastogne sans difficulté majeure. Le 20 décembre, la 26 VGD exploite une faille dans le dispositif défensif américain autour de Bastogne. Un bataillon de fantassins appuyé par 7 Sturmgeschutze tente la percée. Mais, encore une fois, il a suffi d’un petit groupe de GI’s, à savoir une simple patrouille, pour retarder suffisamment les Allemands avant que l’envoi de renforts -2 compagnies- permette aux Américains de combler la brèche. Ces occasions manquées sont directement liées à l’ordre de Hitler de contourner les villes et les défenses. Les Panzer doivent foncer sur la Meuse. La prise rapide des ponts est en effet d’une importance vitale pour le succès final d’ « Herbstnebel ». Il ne s’agit pas de perdre du temps et d’engager les Panzer dans les combats urbains pour lesquels ils ne sont pas destinés. On retrouve cette prévention de Hitler déjà dans son esprit à l’été 1942 pendant le « Fall Blau » au cours duquel il s’oppose à l’intervention des Panzer pour la prise de Voronej. Mais là où Hoth et Bock ont désobéi, Manteuffel et ses subordonnés s’en tiendront aux ordres reçus et laissent Kokott et sa 26. VGD face à une tâche insurmontable.

La défense de Wiltz

Si les combats pour Bastogne et Saint-Vith sont connus et leur importance justement appréciée, la bataille défensive menée à Wiltz mérite d’être abordée. Au début de l’offensive allemande, Middleton ne dispose que de bien peu de réserves, en l’occurrence le CCR 9th Arm Div et les 35th, 44th, 159th et 168th Engineer Combat Battalion. Le 17 décembre, 600 hommes du 44th Engineer Combat Battalion sont chargés d’assurer la défense de Wiltz et sont rattachés à la 28th US ID de Norman Cota. Les troupes du génie ne sont pas seules puisqu’elles bénéficient du soutien de 6 chars et 5 obusiers du 707th Tank Battalion, de 4 pièces de 3-inch tractées, d’un bataillon de 105 mm incomplet et d’un bataillon d’infanterie provisoire constitué à partir de personnel administratif de QG. Tandis que les 105 mm assurent la protection le long de la route menant au sud-est de la ville, les autres unités se retranchent sur un périmètre établi au nord et au nord-est de Wiltz. Le 18 décembre, à midi, le bataillon de reconnaissance de la Panzer Lehr bouscule les avant-postes. La pression des blindés est si forte qu’en dépit d’une résistance inspirée les sapeurs sont obligés de se replier sur une seconde ligne de défense. Le lendemain matin, les Américains sont en mesure de renforcer leurs défenses en creusant des foxholes et des positions de tirs. Mais, au milieu de l’après-midi, un assaut coordonné de trois heures de l’infanterie et des blindés repousse les GI’s jusque dans la ville. En dépit des pertes, les soldats du génie restent confiants, d’autant plus qu’ils ont détruit le pont. Mais une nouvelle colonne allemande parvient du sud-est, c’est-à-dire sur la même rive qu’eux-mêmes, isolant les défenseurs désormais à cours de munitions. A 21h30, l’ordre du repli arrive mais celui-ci s’effectue dans des conditions difficiles et coûte 178 hommes au bataillon du génie. Si les Fallschirmjäger l’ont finalement emporté et si la 5. FJD n’a pas démérité au cours de l’offensive si on la compare aux performances des autres divisions de la 7. Armee, un petit îlot de résistance américain, articulés autour de troupes du génie, a encore une fois tenu un rôle crucial dans le retard accumulé par les Allemands alors que la vitesse pour atteindre et franchir la Meuse prime avant tout autre considération.

 

L’Ordnance Corps

Les GI’s de l’Ordnance Corps ont apporté également leur contribution à la victoire. L’avance allemande menace divers dépôts de carburant et de matériels et approvisionnements en tout genre. Le 17 décembre, le général Medaris, responsable de l’Ordnance Corps pour la 1st US Army, organise l’évacuation du dépôt de Malmédy et du 86th Ordnance Battalion (attaché au Vth Corps). La compagnie de dépôt, la 202nd, est chargée de la tâche avec le concours du 72nd Ordnance Group basé à Verviers ainsi que le 6ème bataillon de transporteurs de tanks et des camions du bataillon du dépôt principal (le 310th Bn). L’opération est achevée à la nuit tombante. Elle se déroule en fait en partie sous les tirs ennemis. Certains soldats du 86th sont contraints de participer à la défense de Malmédy, assurée essentiellement par des hommes du génie. C’est ainsi que deux Tank Destroyers sont pris dans le dépôt et manœuvrés par la Heavy Maintenance (Field Army) Company. Les deux blindés sont détruits par les Allemands, non sans revendiquer avoir eux-mêmes mis deux Panther hors de combat, ce qui serait un score honorable pour tout tankiste américain, à fortiori pour un tankiste de circonstance.

Ce n’est pas la dernière fois que des GI’s de l’Ordnance Corps sont contraints de faire coup de feu dans les Ardennes. Le 17 décembre, après avoir participé à l’évacuation du dépôt de Malmédy, le Pfc. William Coleman de la 334th Ordnance Depot Company tente de rejoindre sa compagnie à Aywaille. Aywaille, dont la défense est confiée au colonel Lynde, constitue en fait le principal dépôt de la 1st US Army. Pourtant, le retour est bien périlleux puisque Coleman effectue un trajet qui s’éternise 7 heures. A son arrivée, on lui fournit un bazooka et on le poste à un carrefour !

Dans le secteur de Bastogne, relève des exemples similaires où les hommes de l’intendance se retrouve au cœur de l’action. Les Allemands s’emparent le 18 décembre de l’Ammunition Supply Depot de Gouvy, au nord de Bastogne. Encore une fois, les hommes de l’Ordnance Corps tiennent aussi longtemps qu’ils le peuvent. Alors que les combats font rage au Subdepot 3, les GI’s du Subdepot 1 assurent l’approvisionnement en munitions. Finalement, les Américains doivent décrocher et se replient jusqu’à Champion. S’ils abandonnent 2 000 tonnes de munitions aux mains de l’adversaire, ils sont parvenus à évacuer les stocks d’une arme « secrète », la fusée de proximité ou POZIT ou encore VT. L’arme est guidée par radio et par les ondes émises par la cible. Son emploi a jusqu’alors été restreint à des unités antiaériennes de la Navy ou basées en Angleterre jusqu’en octobre 1944. Il importait en effet que l’ennemi ne s’approprie pas cette nouvelle technologie. En revanche, la fusée de proximité est désormais en dotation pour l’armée de terre. Eisenhower a fermement l’intention d’en faire usage dans l’offensive finale contre l’Allemagne.

La défense de Bertrix fournit un dernier exemple du courage et de l’habileté dont font preuve bien des GI’s n’appartenant pourtant pas à des unités combattantes. Les plans pour une défense coordonnée de Bertrix sont établis par le lieutenant-colonel Wells, le commandant du 509th Maintenance Battalion. 4 Sherman et un half-track sont pris dans l’atelier de réparation lourde et sont confiés à 21 hommes de la 553rd Ordnance Heavy Maintenance Company. Ces hommes de l’intendance sont ensuite positionnés en dehors de la ville, prêts à affronter l’ennemi.

Medaris et ses hommes ont tenu un dernier rôle dans la victoire, cette fois-ci en permettant derenforcer les unités blindées sérieusement malmenées. Connaissant l’importance des stocks britannique, le général Medaris se rend ainsi au QG de Monty à Bruxelles dès le 19 décembre. Sur place, on lui rétorque que tous les blindés en dépôt sont absolument nécessaires au 21st Army Group. Toutefois, le lendemain, la décision d’Eisenhower de confier à Montgomery le commandement de toutes les forces américaines situées au nord du saillant d’attaque allemand a pour effet de faire immédiatement évoluer les choses. Le 21 décembre, en effet, ce ne sont pas moins de 300 Sherman et un certain nombre de canons de 25 pounder pourvus de munitions pour un mois qui quittent Bruxelles pour Langres où se situent les ateliers du 72nd Ordnance Group de Medaris. Suit alors la tâche ardue de rendre tous ces blindés aptes au combat. Il faut notamment installer des postes de radios américains et changer les chenilles. Le travail est achevé dans le remarquable délai de 96 heures, grâce aux efforts conjugués de soldats de l’Ordnance Corps, d’un bataillon d’Irish Guards et de centaines de civils belges.

L’arrivée des renforts

Les soldats du génie et de l’intendance ainsi que les restes des unités malmenées au cours des premiers jours de combats ne vont cependant pas rester longtemps seuls. C’est ainsi que la 82nd Airborne, d’abord destinée à la défense de Bastogne mais que l’urgence de la situation a envoyée plus au nord, comble quelque peu la brèche à Werbomont et au sud de l’axe d’avance du Kampfgruppe Peiper. La 3rd US Arm Div est également sur le point de se déployer contre la 116. Panzer qui continue sont avance au-delà d’Houffalize. A Bastogne, Middleton peut désormais compter sur le CCB 10th Arm Div et sur la 101st Airborne.

Les renforts dépêchés dans les Ardennes par un Eisenhower clairvoyant sont à mettre au crédit d’une US Army très réactive et très bien organisée. Contrairement à Bradley, Eisenhower perçoit d’emblée l’importance de l’offensive allemande. Patton ne s’est aucunement laissé surprendre. Bien qu’il soit sur le point de lancer sa propre offensive sur la Sarre, il a envisagé l’éventualité d’une attaque ennemie dans le secteur peu défendu des Ardennes. Si, lorsqu’il fait préparer des plans pour réagir en conséquence, il pense avant tout à une attaque de diversion visant à contrecarrer ses préparatifs, il reste que, le 19 décembre, Patton dispose de plusieurs plans. Aussi, lors de la fameuse rencontre de Verdun, le 19 décembre à 11 heures, il est en mesure d’affirmer à Ike qu’il peut contre-attaquer vers Bastogne avec trois divisions le 21 décembre. Connaissant l’esprit cavalier et fonceur de son va-t-en-guerre de subordonné, Eisenhower préfère une attaque de plus grande ampleur assurant la coordination effective de l’assaut des trois divisions le 22 ou le 23 décembre.

Certes, certaines unités sont engagées au compte-gouttes et subissent des pertes sérieuses mais les Allemands sont retardés en attendant l’arrivée de nouveaux renforts et c’est ce qui compte. Ainsi, si les paras américains tiennent Bastogne, la situation n’est pas encore sécurisée. Toutefois, au 19 décembre, les Américains ont déjà 180 000 hommes engagés dans les Ardennes contre 80 000 au 16 décembre. 14 divisions américaines sont engagées contre 18 chez les Allemands. Certes, les réserves allemandes sont encore importantes mais tout ceci augure mal de la suite. Ceci est d’autant plus évident qu’il faut également tenir en compte de la mise en marche de la 3rd US Army de George Smith Patton, qui a déjà cédé sa 10th Arm Div, sur le point de frapper en force le flanc sud de la percée allemande.

Tout ceci n’est qu’un début. Les Allemands doivent aussi compter avec le chef du 21st Army Group, l’Anglais Montgomery, auquel Ike a –au grand dam de Bradley, Hodges et Patton- sagement confié le commandement des unités américaines engagées au nord du aillant allemand –à savoir les 1st et 9th US Armies- en raison de la rupture des communications entre Bradley, dont le QG du 12th Army Group se trouve à Luxembourg, et la 1st US Army de Hodges. Monty est prêt à engager des formations britanniques pour mettre en défense les ponts de la Meuse et empêcher tout franchissement de la rivière par la Wehrmacht. En outre, le secteur à l’ouest de Saint-Vith et de Bastogne est rapidement renforcé. Montgomery ordonne ainsi au 7th US Corps de Collins de se positionner derrière l’Ourthe avec les 2nd Arm, 84th et 75th US Divisions. Pour Eisenhower, il hors de question de se replier au-delà de la Meuse. En attendant d’être en mesure de lancer une contre-offensive d’envergure qui résorberait le saillant allemand, il ordonne d’arrêter toutes les contre-attaques et envisage même des replis limités pour effectuer un raccourcissement de la ligne de front. Au final, l’offensive des Ardennes a obligé les Américains à faire intervenir leurs divisions encore présentes en Angleterre au 16 décembre. Il s’agit des 11th Arm, 17th Airborne, 66th Infantry (débarquant en France le 26 décembre), 76th Infantry (arrivée en Angleterre le 21 décembre et dépêché en urgence en France dès le 17 janvier) et la 69th Infantry Divisons. Tant est si bien qu’on ne compte plus une seule division américaine au Royaume-Uni à la mi-janvier 1945.

Les bleus des unités américaines nouvellement engagés, s’ils ruinent les plans de Hitler, se comportent de façon fort variable. La 99th US ID, certes épaulée rapidement par la 2nd US ID et une artillerie puissante, tient le choc de l’offensive et ne succombe pas sous les coups de butoir de la 12. SS Panzer. Les Combat Command de la 9th Arm Div se font laminer, en particulier le CCR devant Bastogne, mais c’est au prix de délais inacceptable sur l’avance prévue dans le plans « Herbstnebel ». La 106th US ID, étrillée dans le Schnee Eiffel, fait pâle figure mais son dernier régiment d’infanterie poursuit le combat devant Saint-Vith. En revanche, la 75th US ID vient d’arriver en France et elle fait montre d’un manque de mordant en direction de Saint-Vith. Le 4 janvier, la 17th US Airborne de Miley, une unité nouvellement arrivée également, attaque après avoir assuré la relève la 11th Arm Div dans le secteur de Mande-Saint-Etienne. L’épreuve est si difficile que la 17th Airborne doit consacrer les deux jours suivants à se réorganiser. Pourtant, le 513th Parachute Infantry a fait office d’unité d’école à Fort Benning et ses membres ont été dûment sélectionnés parmi les meilleurs diplômés des forces aéroportées. Il semblerait que la Wehrmacht garde toute son habileté tactique y compris lorsqu’elle se trouve confrontée aux meilleures unités américaines connaissant leur baptême du feu.

 

L’artillerie américaine : un atout toujours efficace

L’importance de l’artillerie américaine, sa puissance et sa capacité à fournir des tirs de concentration (TOT : Time On Target) n’est plus à démontrer depuis la campagne de Tunisie. Sa contribution à la victoire dans la bataille des Ardennes ne fait dès lors pas discussion. Le 20 décembre, lorsque Middleton nomme McAuliffe responsable de la défense de Bastogne, le commandant par interim de la 101st Airborne (le général Taylor, chef de la 101st, est alors en permission aux Etats-Unis), dispose d’une artillerie nombreuse : 11 groupes d’artillerie assurent le soutien de la garnison. Au total, 130 pièces. Leur présence, peut-être plus encore que celle des Sherman, sauvera la 101st Airborne de l’anéantissement. Au nord du saillant, dans le secteur de la crête d’Elsenborn, l’artillerie américaine fait aussi des merveilles. Lors des combats pour Krinkelt-Rocherath, 7 bataillons positionnés sur la crête expédient 5 000 obus sur les Allemands. A Dom Butgenbach, le 21 décembre, le 26th Infantry’s Cannon company, l’artillerie de la 1st US ID, des batteries des 2nd et 99th US ID ainsi que le 406th Field Artillery Group conjuguent leurs efforts en pilonnant l’ennemi en lui expédiant pas moins de 10 000 obus en l’espace de 8 heures. Cela sera suffisant pour stopper net la 12. Panzer SS et permettre à l’infanterie américaine de rétablir ses lignes malmenées. Alors que dès l’automne il apparaît nécessaire de rationner les munitions, la bataille des Ardennes n’a fait que rendre la situation plus critique. Le mois de décembre 1944 représente le mois de dépenses en munitions de tout type le plus élevé de la guerre. Les 2 579 000 obus de 105 mm M2 Howizer tirés ce mois-là laissent à peine 2 524 000 coups dans les stocks de l’ETO, soit 21 jours d’approvisionnement selon les tableaux du War Department.

 

 

Les routes, le climat et la logistique

L’offensive allemande souffre sans nul doute des aléas du climat en cette saison : il est bien difficile d’évoluer en dehors des routes pour les engins non chenillés et les chemins de terre deviennent facilement des torrents de boue impraticables. Le froid et le manque de visibilité ne facilitent guère les tirs et le repérage. Il faut souligner pourtant que ces difficultés touchent également les Américains. Les embouteillages monstres qui grèvent sérieusement l’intervention des divisions de Panzer au début de l’offensive ne sont pas inconnus de leurs adversaires, songeons ainsi aux difficultés similaires rencontrées au même moment par la 7th Arm Div qui tente de se déployer vers Saint-Vith. Il reste que les embouteillages invraisemblables sur les arrières allemands empêchent le déploiement efficace des formations. Ainsi, la 18. VGD, qui a opéré l’admirable encerclement de deux régiments américains dans le Schnee Eiffel, poursuit timidement vers l’ouest avec le soutien de canons d’assaut mais la Führer Begleit Brigade a du mal à se mettre rapidement en place et, surtout, l’artillerie ne suit pas. La prise de Saint-Vith n’évite pas une congestion des voies de communications sur lesquelles tout semblant d’ordre semble disparu. Comment, dans ces conditions, les Allemands peuvent-ils espérer concentrer leurs forces et frapper le dispositif américain de manière à obtenir une rupture significative de la ligne de défense ?

Le mauvais temps et le brouillard sont sensés annuler tout bénéfice de soutien aérien aux Alliés dont la suprématie aérienne est incontestable. Il reste que ceci signifie également toute absence d’aide significative de la part des escadrilles de la Luftwaffe. L’impact de l’aviation alliée dans la bataille se mesure à plusieurs niveaux. Au niveau stratégique, il empiète sur l’arrivée des renforts et surtout sur l’acheminement des munitions et du carburant accumulés pour l’offensive. Ceux-ci ne manquent pas en fait, amis sont situés beaucoup trop à l’est du front et seront donc soumis à la dure loi de la supériorité aérienne anglo-saxonne. Sur le plan tactique, outre les mitraillages de convois et les bombardements de concentration de troupes, une simple attaque peut perturber gravement toute une chaîne de commandement : ainsi, lorsque le PC du LXVII AK est touché par l’aviation, il ne peut plus coordonner et diriger ses divisions ! Notons que l’emploi de l’aviation alliée n’est pas si simple : si le temps est au beau dans le ciel des Ardennes, il peut être couvert au-dessus des bases en Grande-Bretagne et, ainsi, empêcher l’intervention des escadrilles de bombardement.

 

Comme toujours, comme en Normandie six mois auparavant, amis déjà en Russie et en Afrique les années précédentes, la logistique est le point faible de la Wehrmacht. C’est ainsi que von Rundstedt espère déployer la 11. PZD, toujours en réserve, dans les Ardennes. Mais, les trains posent problème. Il faut faire face aux destructions opérées sur le réseau ferroviaire par les Alliés mais aussi à la congestion des voies ferrées déjà beaucoup sollicitées.

La Wehrmacht a fait des efforts surhumains pour se constituer des réserves de carburant pour l’offensive. Keitel a estimé que 23 millions de litres d’essence seront nécessaires. L’Allemagne, pourtant à court de tout, réussit à rassembler ces réserves mais les difficultés de fret et la crainte que des dépôts de carburant ne soient détruits par des frappes aériennes alliées font que la moitié du précieux liquide se trouve encore sur la rive est du Rhin lors du lancement d’ « Herbstnebel ». Les forces de Model n’ont donc avec elles que cinq jours de carburant. L’essence manque ainsi à plus d’une reprise. Ainsi, la 9. SS Panzer-Division, qui intervient en second échelon, en manque dès le début. Devant être engagée devant Saint-Vith en soutien de la 18. VGD, la Führer Begleit Brigade manque de carburant. Parfois, c’est la découverte inopinée qui permet à une colonne de poursuivre l’avance alors que les réservoirs sont ainsi à sec : ainsi Peiper à Büllingen (227 000 litres) et la 116. Panzer à Samrée (136 000 litres). Le 21 décembre, la 2. PZD manque d’essence. Le cas du Kampfgruppe Peiper constitue lapreuve dramatique de l’inconsistance de la 6. Panzerarmee à assurer le ravitaillement. Peiper est finalement isolé par ses négligences, mais surtout par l’incapacité de ses supérieurs à assurer le maintien du contact avec lui. Espérant lui faire parvenir des approvisionnements, le Kampfgruppe Hansen en est réduit à un pitoyable expédient : jeter des paquets dans l’Amblève avec l’espoir que le courant les amènera jusqu’aux positions de Peiper ! Pour mener une guerre moderne, on a vu mieux. Toutefois, elle. La Meuse n’est plus qu’à quelques kilomètres ! Mais l’unité, isolée, ne sera pas secourue à temps par la Panzer Lehr et les autres unités de la 2. PZD ni par la 9. PZD, engagée trop tardivement. Non ravitaillé et isolé, Peiper évacue la Gleize et abandonne une partie non négligeable du matériel de la 1. SS Panzer (il a perdu 87 Panzer !)la 2. PZD, parvenu à quelques kilomètres de la Meuse en s’emparant de Celles puis de Foy-Notre-Dame est également coupée de toute logistique et subit un désastre similaire quasiment au même moment (la 2nd US Arm dénombre en effet sur le terrain pas moins de 82 Panzer, 83 canons d’assaut et pièces d’artillerie et 441 véhicules).

 

 

Les Task Forces blindées

On loue souvent avec raison le succès des Kampfgruppen allemands. Les Américains ont certes également la capacité de mettre sur pied des groupements et sous-groupements tactiques interarmes loin d’être inefficace, d’autant plus que la coopération interarme n’est pas ineffective au sein de l’US Army au contraire de l’armée britannique. La répartition des unités d’une Armored Division au sein de plusieurs Combat Command, généralement au nombre de trois :-CCA, CCB et CCR- est bien connue. Les divisions blindées américaines engagées dans les Ardennes ne font pas exception. La structure trop large d’un Combat Command ou bien l’urgence de la situation nécessitent parfois de subdiviser le Combat Command en Teams ou Task Forces. C’est ainsi que, devant Bastogne, le CCR de la 9th Arm Div et le CCB de la 10th Arm Div sont réparties en plusieurs unités sur toutes les routes menant à la ville dans l’espoir d’endiguer le flot de la 5. Panzerarmee. Le CCR 9th Arm Div forme les Task Force Harper et Rose tandis que le CCB 10th Arm Div constitue les Teams Desobry, O’Hara et Cherry. L’arrivée à point des renforts, mais surtout le sacrifice de ces unités et les mauvaises décisions prises par les commandants allemands vont finalement aboutir à la sauvegarde de ce nœud routier si important. Middleton met ainsi en place un périmètre défensif s’articulant autour du CCR 9th Arm Div mais aussi, nous l’avons vu, de troupes du génie. A ce moment là, le bataillon de chars du CCR a déjà bien souffert (une compagnie presque détruite à Clervaux). Les Task Force Rose et Harper du CCR 9th Arm sont cependant bousculés par la 2. Panzer et la défense s’effondre. Un peu plus au sud, le Team Cherry du CCB 10th Arm est anéanti par la Panzer Lehr. Les Allemands ne savent pas exploiter correctement leur victoire. Ces combats retardateurs ont donc été d’une importance cruciale. La défense de Noville par le Team Desobry (15 chars) est également essentielle, notamment car les Allemands ne savent pas exploiter leur victoire.

Pendant le siège de Bastogne, un des clés du succès de McAuliffe réside dans l’emploi des réserves. Pour étoffer les lignes de la 101st Airborne et réagir aux assauts allemands, celles-ci consistent dans 36 TD du 705th Tank Destroyer Battalion, le CCB 10th Arm, soit une trentaine de blindés des Team Desobry et O’Hara, dans les 23 chars et les 60 fantassins de la Team Pyle ainsi que se la Team SNAFU, soit 600 hommes et isolés de toute sort rassemblés dans une formation ad hoc. On le constate, loin de l’image d’Epinal, les parachutistes américains sont bien loin d’être seuls à assumer la défense de Bastogne. Les blindés vont s’avérer essentiels, au même titre que l’artillerie. D’ailleurs, à Saint-Vith également, où les blindés sont en nombre, il suffit parfois d’à peine quelques engins pour briser toute velléité offensive d’unités allemande un peu tièdes à l’idée de donner l’effort maximum. Deux exemples suffiront à le démontrer. Au Nord de Büllingen, qui est écrasé par l’artillerie US, un petit groupe de combat envoyé par Peiper se heurte au 644th TD Bn qui détruit deux Panzer IV. Peiper renonce donc, de toute façon il a pour ordre de foncer vers la Meuse, via Ligneuville où il espère surprendre le QG de la 49th AAA Brigade. Ce faisant, il manque l’occasion de briser la ligne de défense –décisive- de en la contournant et en frappant ses défenseurs par l’arrière. Au nord de Saint-Vith, quelques M36 Jackson bien camouflés stoppent l’élan de la Führer Begleit Brigade. Otto Remer espère contourner les défenses de Saint-Vith par le nord en attaquant vers Vielsam. Quatre Panzer sont mis hors de combat. L’avance est arrêtée pour un temps.

 

Bataille des Ardennes / Battle of the Bulge (7)

LA CONTRE-ATTAQUE AMERICAINE : LE PASSAGE DE LA SÛRE ET LA LIBERATION DE DIEKIRCH

Une image du diorama central du fabuleux musée de Diekirch

Afin de soulager la 4th US ID durement pressée sur la Sauer et pour protéger Luxembourg, Patton demande la 5th US ID du général Leroy Irwin. Elle remplira sa mission, grâce à sa rapidité, le courage de ses hommes et la qualité de ses chefs. La 1ère unité à rallier la 4th est le 10th Regimental Combat Team consistant dans ce régiment, de l’artillerie. Vers 17h le 20 décembre, les premiers éléments arrivent à Luxembourg et sont sur leurs positions avant minuit. En dépit des ordres, il faut rouler tout phares allumés à cause de la visibilité réduite avec la neige. La neige et la boue ramollissent d’ailleurs les routes. Le 2nd Regiment a juste rallié Metzervisse quand un ordre survient et demande d’aller plus loin jusqu’à Niederanven. En moins de 22 heures, sous les tirs constants de l’artillerie près de Saartautern et Ittersdorf, le régiment a atteint le nouveau point de ralliement vers 16h le 22 décembre et attend les ordres.

Ce même jour, le 10th RCT, subordonné à la 4th US ID, attaque avec deux bataillons de Tank Destroyers. L’attaque doit débuter à midi. Au sud d’Echternach. Il s’agit notamment de libérer une compagnie encerclée près de Michelshof. Le 23 décembre, le 11th Regiment doit repousser l’ennemi de ses positions au sud et à l’est de la Sûre. L’attaque se poursuit les 24 et 25 décembre, avec le soutien déterminant de l’artillerie, notamment un TOT qui écrase un début de contre-attaque allemande à 6h30 le 25.

La 1ère patrouille de sept hommes de la I Company du 11th Rgt traverse la Sauer sur bateaux pneumatiques à 10h30 le 5 janvier. La neige épaisse et aucun Allemand n’est rencontré mais les GI’s constatent que la berge est minée. D’autres patrouilles suivront. Le 9 janvier, le commandant de la L Company du 10th Inf Regt reçoit l’ordre de rassembler un groupe de combat consistant en une section renforcée de fantassins pour détruire des positions adverses à Bettendorf et ramener des prisonniers. Commandé par le lieutenant Longpre, le raid est lancé à 2 heures le 10 janvier, à bord de 6 canots. Les GI’s sont en tenues camouflées blanches et emportent avec eux une carte du village établie à partir de photos aériennes. Les hommes parviennent sur la rive allemande, non sans difficulté du fait du gel. Les GI’s atteignent alors l’ouest du village, le sergent Stegmann coupe des fils téléphonique et la section se divise parmi les pâtés de maisons. Une sentinelle allemande les aperçoit alors et ouvre le feu. Quelques grenades sont jetées dans la maison et des hommes se rendent. Le raid dure environ 1h30. Puis un TOT frappe les Allemands dans Bettendorf. Mis à part des tirs sporadiques de l’artillerie, rien ne semble à craindre des Allemands dans le secteur. De précieuses informations sur les défenses de la 352. VGD ont été cependant rapportés. D’autres patrouilles nocturnes permettent de glaner d’autres renseignements.

Selon les plans, la 5th US ID doit attaquer et franchir la Sûre entre Ettelbrück et Bettendorf par surprise et sans soutien d’artillerie préalable. Elle doit pousser jusqu’à Hoscheid-Dickt. Ce mouvement doit permettre de placer un coin de 15 kilomètres de profondeur dans les lignes ennemies afin de menacer tout le flanc sud allemand. L’attaque doit être menée par le 2nd Rgt sur la gauche et le 10th sur la droite. Le 11th fera fonction de réserve mobile. L’assaut est prévu pour le 18 janvier à 3 heures.

Le 17 janvier, dans le secteur du 2nd Rgt, les 1st et 2nd bns prennent leurs positions de départ devant Diekirch et Ingelsdorf. Le 3rd bn reste en position intermédiaire, prêt à appuyer l’assaut de ses tirs. Dans le secteur du 1st, des sapeurs doivent construire une passerelle sous le feu ennemi, dont les mitrailleuses sont toutefois éliminées par les troupes du génie qui sont passées sur des canots gonflables. Le 1st bn suit et avance vers Erpeldingen. Le brouillard artificiel (œuvre du 91st Chemical Mortar Battalion) et les tenues blanches ont été efficaces. L’artillerie allemande n’ouvre le feu que trop tard. Le 18 jan, le 2nd bn traverse sous les tirs d’artillerie au petit matin et se dirige vers Diekirch. De nombreux bunkers sont détruits par les GI’s sur la Sûre près d’Ingeldorf. Le 3rd bn passe à son tour pour effectuer une attaque en pince sur Diekirch. A Ingeldoprf, des maisons doivent être détruites à la TNT avant de pouvoir obtenir la reddition des Allemands. L’approche de Diekirch depuis la Sûre est gênée par des mines très nombreuses. Le passage est certes réussi mais il a coûté 17 morts, 87 blessés et 30 disparus.

Le 19 janvier, dans le bas de la ville et à la gare, les combats de rues font rage. De nombreuses maisons fortifiées avec des mitrailleuses doivent être enfumées par les GI’s. Vers midi, le 3rd bn rapporte que la majeure partie de la ville est nettoyée mais que de nombreuses mines sont dans la ville. Les 1st et 2bn s’attaquent à Kippenhof et les prisonniers sont aussi de la 79 VGD. La pointe de l’attaque est soumise à des sérieux tirs d’artillerie et de Nebelwerfer. De nombreuses armes seront récupérées : 515 fusils, 6 lance-grenades, 8 mitrailleuses et un matériel important dont des radios. A Diekirch, 3 Sherman du 737th Tank Bn soutient le 3rd Bn du lieutenant-colonel Connor. Une bonne partie de la ville abandonnée sans combat. 158 prisonniers dès le 1eraprès midi. Au cours de ces combats sur la Sûre, le 91st Chemical Mortar Battalion équipé de 4.2 inch chemical mortar (l’équivalent du 12 cm allemand), se montre particulièrement efficace. Ainsi, le 20 janvier, la A Company frappe Longsdorf, l’objectif de la 4th US ID, et détruit 3 Pak de 88. Ces mortiers sont très utiles en raison de leur précision et de l’efficacité de leurs obus au phosphore.

Bataille Ardennes / Battle of the Bulge (5) Bastogne

BASTOGNE

 

Bradley, Eisenhower et Patton à Bastogne, au moment de la contre-offensive de 1945

On a trop souvent tendance à ramener la bataille des Ardennes à la lutte épique qui s’est déroulée à Bastogne, ce qui est une injustice pour les soldats américains qui ont offert une résistance remarquable sur d’autres parties du front, au cours de combats tout aussi cruciaux. Néanmoins, plus que toute autre, la bataille de Bastogne symbolise la défaite des Allemands dans les Ardennes et marque la victoire de l’armée américaine. Bastogne est un carrefour routier de première importance. Tenu par les Américains, il bloque les meilleures routes en direction de la Meuse dont peut disposer le 47.Panzerkorps. On peut ainsi comprendre pourquoi von Lüttwitz n’a pas véritablement lancé ses divisions blindées vers la Meuse avant le 24 décembre, soit une semaine après le début de l’offensive.

Des combats d’infanterie dans les bois sur tout le périmètre… Et, partout, les tirs d’artillerie et de mortiers

Le 18 décembre, la 2.Panzerdivision se heurte au CCR du colonel Gilbreth de la 9th Armored Division. Organisé en trois groupes, le CCR a reçu de Middleton , le chef du 8th Corps, la mission de bloquer l’avance des divisions de Panzer à l’est de Bastogne. Middleton est déterminé à conserver le contrôle de la ville, conscient qu’il s’agisse là du premier objectif vital pour l’ennemi dans le secteur du 8th Corps. Le CCR est divisé entre la Task Force Rose, qui doit prendre position sur la route de Clervaux, et la Task Force Harper, placée en retrait sur la route d’Allenborn. Pour défendre Bastogne proprement dit, Middleton ne dispose alors que de trois bataillon du génie établis entre Foy et Marvie. Le 18 décembre, les deux Task Forces sont anéanties par l’attaque et seuls quelques éléments parviennent à se retirer vers Bastogne. Ce même jour, venant d’Arlon, arrive à Bastogne le CCB du colonel Roberts de la 10th Armored Division, qui reçoit l’ordre de Middleton de se fragmenter en trois groupes : le Team Cherry à Longvilly, le Team O’Hara à Wardin et le Team Desobry à Noville. Ce jour-là, la Panzer Lehr Division du général Bayerlein arrive en vue de Bastogne pendant que la 2.Panzer Division, qui a écrasé le CCR de Gilbreth, oblique vers le nord pour tenter d’atteindre la Meuse en passant par Noville. Retardé par la mauvaise qualité des chemins, le Kamfgruppe Poshinger de la Panzer Lehr ne pénètre dans Margeret qu’après minuit. Bayerlein commet alors l’erreur de décider de suspendre l’attaque jusqu’au lendemain, attendant l’infanterie et le reste de ses Panzer, car il est persuadé d’être confronté à une division blindée américaine complète.

La 4th Arm Div de la 3rd Army arrive à la rescousse!

Le lendemain, 19 décembre, le Team Cherry, encerclé à Margeret, est anéanti à son tour (100 véhicules perdus, dont 23 chars et 15 M7 Priest automoteurs). Pendant ce temps, le Kampfgruppe von Fallois de la Panzer Lehr repousse le Team O’Hara hors de Wardin en direction de Marvie. Au nord, la 2.Panzerdivision affronte le Team Desobry à Noville, les combats se poursuivant toute la journée jusqu’à ce que des aéroportés américains viennent renforcer Desobry. Ces hommes appartiennent à la 101st Airborne Division. Des éléments de cette même unité repoussent à la tombée de la nuit une attaque de la 26.VGD du général Kokott à Bizory et une tentative de la Panzer Lehr sur Bizory. Le 20, la Panzer Lehr n’arrive toujours pas à percer en direction de Bastogne pendant que la 2.Panzerdivision repousse le Team Desobry vers Foy et parvient jusqu’à l’Ourthe. Les deux divisions de Panzer devraient être sur la Meuse ! Le sacrifice de deux unités blindées américaines et l’arrivée opportune de la 101st Airborne Division ont sauvé Bastogne. Les deux divisions de Panzer vont donc être obligées de contourner Bastogne pour atteindre leur objectif, la Meuse, avec tous les inconvénients en matière de ravitaillement que cela suppose.

Une vue de la célèbre place de Bastogne

Dès le 17 décembre, Eisenhower a décidé d’envoyer le 18th Airborne Corps de Ridgway en renfort dans les Ardennes. La 101st Airborne, prévue à l’origine pour Houffalize, est en fait détournée sur Bastogne à la place de la 82nd Airborne, partie en premier et finalement envoyée au nord de Saint-Vith. En l’absence du général Taylor, c’est le général McAuliffe, chef de l’artillerie divisionnaire, qui assure l’interim à la tête de la 101st Airborne Division. Le 21 décembre, il apparaît clairement que la Panzer Lehr est employée vainement dans des attaques coûteuses contre Bastogne. La 2.Panzerdivision a déjà dépassé la ville par le nord et von Lüttwitz autorise Bayerlein a en faire de même au sud. Toutefois, ce dernier laisse le Kampfgruppe Hauser pour renforcer les attaques de la 26.VGD sur Bastogne, affaiblissant par là même la Panzer Lehr alors qu’elle se dirige vers la Meuse. Le 22 décembre, la Panzer Lehr atteint l’Ourthe à Saint-Hubert : Bastogne est donc encerclée. Pendant ce temps, la 5.Fallschirmjäger-Division de la 7.Armee poursuit son avance depuis Wiltz et consolide le flanc sud allemand. Middleton a décidé de confier le commandement de Bastogne à McAuliffe. Celui-ci organise la défense du périmètre en positionnant ses quatre régiments de parachutistes et d’aéroportés en première ligne.

   

A gauche: Combattre et dormir dans un foxhole dans un froid mordant…

A droite: l’aviation et la DCA constituent une des clés du succès

Dans la ville même, Mc Auliffe a organisé des réserves : les restes du CCB de Roberts et du CCR de Gilbreth, environ 50 M4 Sherman, le 705th Tank Destroyer Battalion avec des chasseurs de chars M 18, ainsi qu’une formation ad hoc regroupant tous les isolés et les fuyards : le Team SNAFU, regroupant 5 à 600 hommes. McAuliffe dispose aussi d’une artillerie nombreuse : 130 pièces d’artillerie sont en effet à Bastogne. 18 000 hommes sont encerclés, les allemands étant à peu près aussi nombreux. Le fait d’être encerclés ne constitue pas une expérience déroutante pour la 101st Airborne car les parachutistes sont précisément entraînés à opérer derrière les lignes ennemies. En revanche, la question du ravitaillement va se poser si le siège dure. En effet, la 101st Airborne n’est pas arrivée à Bastogne avec le plein de munitions. Le 21 décembre, les températures chutent, avant que ne commence à tomber la neige, procurant une meilleure mobilité pour les véhicules.

Les assaillants étaient moins nombreux et moins puissants que les forces encerclées…

Les 21 et 22 décembre, la 26.VGD et la Panzer Lehr attaquent énergiquement le périmètre. Les Allemands sont repoussés. Le périmètre défensif de la ville est alors à peu près fixé. Il est très proche de Bastogne à l’est et au sud puisque les Allemands se trouvent à moins de deux kilomètres des premières maisons. L’artillerie participe efficacement mais la situation en munitions devient critique. Ce 22 décembre, chaque bataillon ne dispose plus que de 200 coups. En effet, aucun parachutage n’a pu avoir lieu à cause de la tempête de neige. McAuliffe sait pourtant que la 3rd Army de Patton est en route pour briser l’encerclement. Ce même 22 décembre, des plénipotentiaires allemands se présentent avec un drapeau blanc sur la route de Remonfosse : ils proposent aux Américains une reddition honorable. McAuliffe ne peut s’empêcher de s’esclaffer en songeant que cela fait quatre jours qu’il ne cesse de repousser les assauts ennemis. Il donne alors cette réponse qui entre dans la légende de la bataille des Ardennes : « Nuts ! ». Le lendemain, le ciel s’est enfin éclairci et 241 Dakota larguent 144 tonnes de ravitaillement aux assiégés, qui manquent alors cruellement de munitions et de matériel médical. C’est ainsi que 80 tonnes de ravitaillement sont parachutées jusqu’au 26 décembre en même temps qu’arrivent 11 planeurs, transportant notamment quelques chirurgiens. La FLAK réussit à abattre 19 Dakota. L’aviation tactique appuie également les assiégés en multipliant les attaques et les bombardements, notamment au napalm, contre les unités de Kokott.

Au lieu de contourner Bastogne, la 2. Pz, la 116. Pz (dirigée sur Houffalize) et la Pz Lehr auraient dû s’emparer de ce noeud de communication…

Ce dernier ne renonce pas à prendre Bastogne et les combats se poursuivent le 23 décembre. Les combats sont très violents à Marvie et à Senonchamps et les américains doivent faire intervenir toutes leurs réserves. Le 24 décembre, en fin de journée, le ciel s’emplit à nouveau du vrombissement des avions. A la grande stupeur de McAuliffe et de ses hommes, il s’agit de la Luftwaffe qui intervient en masse au-dessus de la ville. Au cours de la nuit de Noël, les Allemands déclenchent une violente contre-attaque. La 26.VGD pénètre dans Champs mais les aéroportés résistent. Ce n’est qu’une diversion. A 7h, le Kampfgruppe Maucke de la 15 Panzergrenadier-Division perce à Flamizoulle en direction de Hemroule. La situation est critique pour les Américains mais les 18 Panzer, isolés, sont tous détruits. Quand l’aube point, l’intervention des forces aériennes met un point final à l’attaque allemande. Pendant ce temps, au sud, Patton tente de se frayer un chemin vers Bastogne.

La 3rd Army de Patton va rompre l’encerclement

La 3rd Army commence son mouvement vers Arlon avec le 3rd Corps de Millikin le 19 décembre. En tête de l’assaut : la 4th Armored Division, l’unité favorite de Patton. Le 21 décembre, les 26th et 80th ID et la 4th Armoured Division déclenchent leur attaque vers Bastogne, gagnant 5 à 7 kilomètres dans la journée. Le lendemain, la 4th Armored Division est à Martelange, 20 kilomètres au sud de Bastogne. Mais elle a été retardée par l’action efficace d’une compagnie de Fallschirmjäger et découvre que les ponts sont détruits. 24 heures sont ainsi perdues. La 26th la suit à l’est et la 80th prend Heidersheid. La 352.VGD est surprise en plein mouvement et subit de lourdes pertes. La résistance de la 7.Armee se fait de plus en plus dure et la 5.Fallschirmjäger-Division est chargée de défendre la route principale entre Arlon et Bastogne via Marvie. C’est sur cette route que le CCA de la 4th Armored Division est bloquée à Livarchamps. Les deux autres Combats Commands décident alors d’emprunter un autre chemin. Le CCB prend Chaumont puis en perd le contrôle sous les assauts des Fallschirmjäger appuyés par des Tiger Elephant qui provoquent un carnage au sein des Sherman embourbés devant le village. Le 24, le 3rd Corps prend Warnach et Bigonville. Le jour de Noël, le CCR se redéploie de Bigonville à Bercheux et atteint Remoiville. Le CCB est stoppé à Hompré et le CCA approche de Sainlez. La 26th ID prend Arsdorf et livre de furieux combat pour Eschdorf. La 80th ID prend Ettelbrück, abandonné par l’ennemi. Plus à l’est, le 12th Corps prend Haller et Waldbillig. Le 26 décembre, le CCR est le groupe de combat le plus proche de Bastogne. Une Task Force confiée au capitaine Dwignt quitte Assenois à 16h10 après une préparation d’artillerie. Les blindés atteignent le village avant même la fin des tirs d’artillerie, évitant la défense allemande. Celle-ci tente alors de s’en prendre aux half-tracks de l’infanterie d’accompagnement en jetant des mines sous les chenilles ou en les détruisant au panzerfaust.

Les combats le plus durs surviennent en janvier

Les fantassins américains parviennent cependant à nettoyer la localité à l’issu d’un difficile corps à corps pour chaque maison et rassemblent 428 prisonniers. En fin d’après-midi, Dwight est accueilli à Bastogne par McAuliffe. Peu après, une colonne de secours de 40 camions de ravitaillement et de 70 ambulances parvient dans la ville. Bien que le CCR soit parvenu à établir le contact, il faudra encore plusieurs jours de durs combats pour élargir et sécuriser le corridor. Le siège est cependant fini. Il a coûté plus de 5 000 hommes aux assiégés et à la 4th Armored Division venue à la rescousse. La bataille de Bastogne n’est pourtant pas terminée. Du 30 décembre au 4 janvier, von Manteuffel tente vainement de couper le corridor au cours des combats qui seront sans doute les plus violents autour de Bastogne. En vain. Bastogne st une grande victoire américaine et symbolise l’échec de la vaine tentative que représente « Wacht am Rhein ».

Bastogne, place McAuliffe: une petite ville passée dans l’Histoire…

 

Bataille Ardennes / Battle of the Bulge (4)

Une vision originale et très fouillée: le rôle des principaux chefs de corps US

Une référence avec la qualité des premiers Heimdal: des centaines de photographies et un texte documenté (avec de nombreux témoignages). Axé sur le point de vue allemand (on se demande tout de même pourquoi l’auteur est allé photographié la tombe de Skorzeny…).

  

A lire également car ces deux livres, bien écrits, traitent de la partie la moins étudiée de la bataille : le flanc sud au Luxembourg, donc essentiellement avec la 7. Armee (à lire tout en découvrant le superbe musée de Diekirch).

 

Excellent résumé avec des cartes claires et de nombreuses photographies actuelles. Hautement recommandé pour une 1ère découverte de la bataille, intéressant aussi pour les autres.

Le flanc sud encore, mais avec la 3rd Army: de nombreux témoignages et pas ceux, sempiternels, des SS de Peiper et autres paras de McAuliffe.

Ce petit livre publié en français aux éditions Marabout est ancien mais il est très bien fait. Il ne traite que de la bataille de Bastogne.

   

Les deux tomes parus aux éditions Histoires & Collections, avec de nombreuses photographies et des données intéressantes.

Intéressant et vivant, comme d’habitude. Le parti-pris est de traiter la bataille au jour le jour, mais il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver et de suivre les opérations. Beevor ne dissimule ni les crimes de guerre, ni les travers des généraux, mais ce n’est pas un spécialiste de la bataille (je ne suis pas sûr que des Tiger II ont été engagés à Krinkelt/Rocherath: à vérifier). Un prologue certes intéressant mais beaucoup trop long sur la campagne de l’automne 44.

    

J’aime les éditions Osprey. Certes courts, ils sont de qualité lorsque les auteurs connaissent bien leur sujet et que les illustrations sont originales et bien choisies.

 

Bataille Ardennes / Battle of the Bulge (3)

Le Kampfgruppe Peiper

Des officiers du Kampfgruppe Knittel

 

              

Ci-dessus: Peiper

La première tentative pour exploiter la percée a lieu au sud du front de la 6.Panzerarmee et elle est menée par la 1.SS Panzerdivision du général Preiss. Cette dernière est fragmentée en plusieurs Kamfgruppen. Le plus puissant, le Kampfgruppe Peiper, commandé par Jochen Peiper, le chef du régiment de chars de la division. Le Kampfgruppe commence sa marche vers Buchholz dans la nuit du 17 décembre, balayant quelques petites unités américaines sur le passage. Peiper surgit ainsi de nuit à Honsfeld, capturant 250 Américains. Alors que ceux-ci sont évacués vers Lanzerath, une cinquantaine de GI’s sont massacrés avec des civils belges : c’est le début d’une série de crimes de guerre dont se rend coupable la 1.SS Panzerdivision pendant la bataille des Ardennes. Peiper se dirige ensuite sur Büllingen. Peu avant d’arriver dans la localité, un blessé américain est achevé par les SS. Un accrochage a lieu avec une unité du génie, le 254th Engineer Battalion et quelques Panzer sont victimes de tirs antichars. La colonne Peiper, qui s’étale jusqu’à la frontière allemande, poursuit son avance dans un paysage d’openfield et quelques blindés tentent de gagner du temps en coupant à travers champ : peine perdue car le sol s’avère bien trop boueux et les véhicules s’enlisent. Peiper envoie en avant de son Kampfgruppe une avant-garde commandée par Sternebeck. Arrivant au carrefour de Baugnez, les SS surprennent une colonne de la batterie B du 285th Field Artillery Observation Battalion, appartenant à la 7th Armored Division en route pour Saint-Vith. Un Panzer IV initie un bref combat et, très vite, une centaine d’Américains sont capturés par Sternebeck. D’autres GI’s sont capturés inopinément à leur tour par la suite. Les prisonniers sont regroupés dans un champ près d’un carrefour. Après le passage de la plus grande partie du Kampfgruppe Peiper, un crime de guerre est perpétré par les SS à Baugnez. Il semble que des SS aient voulu abattre des prisonniers au hasard et que les mitrailleuses se soient mises à crépiter. Les blessés sont achevés. Au total, une centaine de cadavres sont découverts par les Américains en janvier. Cet incident, devenu célèbre sous le nom de massacre de Malmédy, donnera lieu à un procès après la guerre. Pour l’heure, les médias vont s’emparer de l’affaire et les soldats américains vont apprendre à haïr leurs adversaires et à chercher vengeance. Beaucoup de SS capturés sont ainsi abattus dans les jours qui suivent.

 Malmédy mise en défense

Quand Peiper arrive à Ligneuville, le combat est également bref et un Panther est détruit par un Sherman-Dozer (équipé à l’avant d’une pelle de bulldozer). Alors que la nuit tombe, la colonne traverse les collines de la vallée de l’Amblève et s’approche de Stoumont. Juste devant la ville, un barrage édifié par des hommes du génie stoppe la progression des SS. Peiper décide de marquer une pause et d’attendre le lendemain matin pour reprendre l’avance, jugeant que ses hommes ont besoin de repos. Agissant ainsi, il permet aux Américains d’organiser et de renforcer la défense de Stoumont mais l’obscurité ne favorise pas les préparatifs américains. L’attaque reprend à 4h le 18 décembre. Des Panzergrenadiere parviennent à traverser le pont mais ils sont vite obligés de regagner l’autre rive devant la résistance des Américains. La situation tourne en faveur des Allemands quand le premier Panther entre en action : un canon antichar de 57 mm ouvre le feu mais l’obus ricoche et le char allemand écrase la pièce antichar. A 10h, la ville est entre leurs mains. Les derniers défenseurs américains se replient vers le nord afin de protéger un important dépôt de carburant à Francorchamps. Afin de protéger ce dernier, le peloton belge de garde met le feu à un grand nombre de jerrycans (près de 500 000 litres) pour empêcher toute progression des allemands dans cette direction.

Alors que des civils sont assassinés par les SS alors qu’ils apparaissent aux fenêtres, Peiper, ignorant la proximité d’un dépôt de carburant américain, fonce vers l’ouest afin de saisir les ponts de Trois-Ponts. Contrairement à Stavelot, les Américains ont préparé des charges de démolition sur les ponts. Une unique pièce antichar et des unités d’arrière-garde détruisent un Panzer et retardent Peiper suffisamment pour que les soldats du génie américain fassent exploser le pont sur l’Amblève et un des deux ponts sur la Salm. Peiper est donc dans l’incapacité d’emprunter la route directe vers Werbomont et, puisqu’il a laissé en arrière le pont démontable de sa colonne, il n’a d’autre issue que de remonter la vallée de l’Amblève vers La Gleize, en empruntant une route tortueuse au pied de collines escarpées.

 

Un avion d’observation américain repère la colonne et celle-ci est vite attaquée par des chasseurs-bombardiers tandis que des renseignements rapportés par l’appareil permettent d’évaluer la force de Peiper et de connaître la direction qu’il emprunte. Pendant quelques temps, les véhicules détruits bloquent le passage à Cheneux, mais les Allemands parviennent à faire basculer les carcasses sur les côtés alors que la nuit tombe. Les unités de tête de Peiper parviennent jusqu’à la Lienne sur laquelle il découvre un pont, mais celui-ci est vite détruit par les Américains, qui ont eu le temps de préparer la destruction de l’ouvrage pendant que les SS sont retardés par l’aviation. Pendant ce temps, une colonne blindée SS tente d’atteindre Werbomont en suivant des routes secondaires mais elle est prise dans une embuscade. Peiper n’a plus qu’à retourner à La Gleize. La 30th US ID est entrée en lice. Désormais, Peiper ne sera plus opposé qu’à des éléments retardateurs : les Américains se renforcent considérablement sur la route de Liège. Hodges, dont le QG établi à Spa n’est distant que de 13 kilomètres des SS, se sent directement menacé et déplace son état-major pour Liège.

Le lendemain, Peiper reçoit en renfort le Kampfgruppe Knittel, arrivé par Stoumont. Cependant, les nouvelles sont mauvaises. La veille, un bataillon de la 30th ID a contre-attaqué Stoumont. Les Allemands interviennent avec des blindés, dont plusieurs Tiger II « Königstiger » mais, le 20 décembre, Stavelot, où les SS de Knittel ont encore tués des civils belges, est à nouveau entre les mains des américains. Peiper est donc coupé de la 3.Fallschirmjäger-Division qui devrait progresser derrière lui et du reste de la 1.SS Panzerdivision. Il ne subsiste entre Stavelot et Trois-Ponts que le petit pont de Petit-Spai mais celui-ci cède sous le poids d’un Jagdpanzer IV qui tente de la traverser. Le 19 décembre, Peiper tente de progresser vers l’ouest mais, dans les réservoirs des véhicules allemands, le niveau de carburant est bien préoccupant. Peiper dispose alors à La Gleize de 19 Panther, 6 Panzer IV et 6 Königstiger, les des dizaines de Panzer étant tombés en panne ou embourbés, quelques uns ayant été détruits. Peiper décide de frapper à Stoumont. Les blindés SS suivent la route avec les Panzergrenadiere à leurs côtés, profitant de l’avantage conféré par le brouillard. Après deux heures de combat, une compagnie américaine est encerclée et les autres sont repoussées hors du village. A la sortie du village, alors que des Sherman mènent des combats retardateurs, une pièce de DCA américaine de 90 mm stoppe un instant les SS. Quelques Panzer parviennent toutefois à Targnon, mais la question de l’essence devient de plus en plus préoccupante. Les Américains contre-attaquent avec des blindés et détruisent trois Panther. Peiper se replie alors sur La Gleize. Pendant ce temps, à Trois-Ponts, les GI’s résistent toujours. Furieux devant cet échec, les SS se vengent sur la population et une dizaine de civils sont tués. Peiper, à court de carburant, est encerclé et il se trouve à encore 65 kilomètres de son objectif : Huy, sur la Meuse. Liège est encore à 45 kilomètres. Il est contraint à la défensive. Les Américains ne cessent eux de se renforcer et la 3rd Armored Division entre en lice au nord ainsi que la 82nd Airborne à partir de Neufmoulin, la 30th ID tenant le front de Stoumont à Stavelot. Ces trois unités sont regroupées au sein du 18th Airborne Corps de général Ridgway.

   

Les Américains s’emploient alors à réduire la poche où sont enfermés les restes des Kampfgruppen Peiper et Knittel et des Fallschirmjäger qui les accompagnent. Les combats du 20 décembre sont durs et pas toujours couronnés de succès pour les Américains. Néanmoins, Stavelot reste entre les mains des Américains et les tentatives de dégagement des troupes encerclées par les Allemands s’avèrent être des échecs. Le 21 décembre, Peiper doit se résoudre à céder du terrain. Des aéroportés de la 82nd Airborne reprennent Cheneux. En revanche, les assauts des GI’s sur Stoumont sont repoussés. Ne disposant pas de suffisamment de fantassins, Peiper replie les défenseurs de Stoumont sur La Gleize à la faveur de la nuit. Le 22 décembre, la Task Force Lovelady du CCB de la 3rd Armored Division inflige de lourdes pertes au Kampfgruppe Hansen de la 1.SS Panzerdivision : Dietrich et Preiss ne pourront pas dégager Peiper ! Peiper en est avisé par radio le soir même. Preiss demande à Dietrich d’envoyer la 9.SS Panzerdivision pour secourir Peiper mais Dietrich refuse. Dans la nuit, trois Junker 52 larguent du ravitaillement aux unités encerclées mais 90% tombe en dehors du périmètre des forces de Peiper. Le 23, la 9.SS Panzerdivision se positionne vers Wanne et prend Grand-Cheneux. Knittel est quand à lui définitivement repoussé de la zone de Stoumont.

Le Tiger II, resté en place depuis la guerre (un bâtiment abritant un musée a été construit depuis la prise de ce cliché)

Peiper ne tient plus que La Gleize le 23 décembre et ses hommes sont soumis à une intense activité de la part de l’artillerie américaine. Peiper reçoit l’autorisation de se replier. Il décide de saboter les véhicules restant et de détruire la radio. Les blessés sont abandonnés avec 107 prisonniers. Les survivants indemnes, 770 hommes, quittent leurs positions dans la nuit du 24 décembre et franchissent la Salm près de Rochelinval. Ils ont donc réussi à rejoindre les lignes allemandes après avoir parcouru 20 kilomètres. Il n’y a donc que 770 rescapés sur les 5 800 hommes de Peiper et Knittel. Tout le matériel, soit 70 à 87 Panzer et de nombreux blindés, est définitivement perdu. C’est un grave revers pour la 1.SS Panzerdivision et la 6.Panzerarmee. Peiper a échoué dans sa mission. Bien plus, le haut-commandement allemand a perdu l’espoir d’atteindre la Meuse.

 

 

Bataille Ardennes / Battle of the Bulge (2)

OPERATIONS SPECIALES

  

Von der Heydte et ses Fallschirmjäger

L’opération « Wacht am Rhein » met en œuvre des opérations spéciales destinées à assurer le succès de l’entreprise. 800 Fallschirmjäger commandés par le colonel von der Heydte sont ainsi parachutés dans le cadre de l’opération « Stösser ». Les largages sont imprécis et l’opération tourne au fiasco complet.

Cette opération consiste en un largage de parachutistes afin de faciliter la progression de la 6. Panzerarmee vers la Meuse. Depuis le largage au-dessus de Leros à l’automne 1943, aucune formation de l’arme aéroportée allemande n’a effectué de saut opérationnel (on a bien un temps songé au Heeresgruppe B de parachuter des Fallschirmjäger sur Cherbourg pour y renforcer la garnison isolé en juin 1944 avant d’abandonner cette idée saugrenue). Malgré sa demande, Von der Heydte ne reçoit pas l’autorisation d’employer « son » FJR 6. Ses supérieurs craignent que le départ de cette formation de la ligne de front n’alerte les Alliés. Il ne réussit qu’à rassembler 250 vétérans. Il doit compléter avec des recrues pour atteindre l’effectif de 870 hommes. L’échec retentissant : s’emparer d’un important carrefour dans le Hohes Venn ne sera pas une sinécure. De fait, le parachutage de Fallschirmjäger à Baraque Michel tournera au fiasco. Alors que le Transport-Geschwader 30 largue des mannequins en guise de diversion, les Ju 52 du II./Transport-Geschwader 3 embarquent les hommes de von der Heydte : les pilotes, novices, font des calculs erronés sur la vitesse de leurs appareils en raison du vent de face. Il en résulte de nombreuses erreurs de parachutage. 200 hommes sont largués près du Rhin à Bonn, les autres sont dispersés sur 60 kilomètres, 220 entre Bonn et les lignes allemandes et 450 dans le Hohes Venn, dont à peine une centaine sur la zone prévue. A 8 heures du matin, von der Heydte n’a pu regrouper que 150 hommes autour de lui et il ne dispose que d’un unique mortier. Si ses hommes sont en mesure de glaner de précieux renseignements sur les positions américaines, ils se montrent dans l’incapacité de les transmettre à la 6. Panzerarmee ! Le 17 au soir, il a rassemblé 300 hommes. 200 seront finalement capturés. A l’actif de l’intervention des Fallschirmjäger de von der Heydte, quelques embuscades et bien des soucis pour plusieurs unités de GI’s de la 1st US ID occupés à traquer les parachutistes ennemis.

 

  

Otto Skorzeny

Dietrich bénéficie également du soutien de l’opération « Greif ». Confiée au SS Otto Skorzeny, cette opération consiste en la formation d’une brigade spéciale composés de soldats allemands parlant anglais et vêtus et équipés en GIs. La brigade doit se faufiler entre les lignes américaines et prendre sous son contrôle des ponts indispensables au succès de la 6. Panzerarmee. Le manque de matériel et d’hommes ne permet que de regrouper 44 hommes parlant parfaitement l’anglais au sein du groupe Stielau. Ces hommes s’infiltrent dans les lignes américaines au cours des deux premiers jours de l’offensive.

 

Le résultat de « Greif » est une extrême confusion qui règne dans les rangs américains après la capture des premiers commandos (18 seront fusillés). Les Américains en viennent à se méfier entre eux et des méprises ont amené des Américains à abattre de réels compatriotes. Les Américains imaginent alors de poser des questions sur des sujets sur lesquels tout vrai américain doit être capable de répondre. Non sans malice, des MP américains vont jusqu’à interroger Montgomery lui-même, à sa grande fureur. En outre, la rumeur –non fondée- que les commandos visent à assassiner Eisenhower ajoute à la confusion. Le chaos est en outre accentué par les sabotages et le changement de poteaux indicateurs.

Panther maquillé en TD M10

Skorzeny engage piteusement dans le cadre d’un combat classique le reste de sa brigade, 10 Panther et Sturmgeschütze maquillés en chars américains, en tête des colonnes allemandes à Malmédy. Les Américains ne sont pas dupes et ouvrent le feu sur ces faux Tank Destroyer M10.

Les opérations « Stösser » et « Greif » sont des échecs dans le sens où les objectifs n’ont pas atteints. Plus que pour leur action directe, le seul succès, tout relatif, qu’on est en mesure de leur concéder sont le climat d’incertitude et les mesures prises par les Américains pour faire face à une menace plus supposée que réelle. L’intervention du Einheit Stielau a abusé certains Américains et surtout de provoquer une psychose dans les rangs de la 1st US Army pendant quelques journées cruciales.

 

Bataille Ardennes / Battle of the Bulge (1)

L’OPERATION « HERBSTNEBEL »

LES GRANDES PHASES DE LA BATAILLE

 

Les débuts peu prometteurs de l’offensive sur le front de la 6. Panzerarmee

   

Le 16 décembre, à 5h30 du matin, les Allemands lancent l’opération « Wacht am Rhein », l’offensive du dernier espoir qui doit amener un renversement de la situation à l’Ouest. Au nord du front d’attaque, Model engage la 6.Panzerarmee du général SS Dietrich, qui a reçu la priorité pour la dotation en matériel et en équipement. Le fer de lance de l’armée est constitué par le 1.SS Panzerkorps du général SS Preiss, composé des 1. et 12.SS Panzerdivisionnen, de la 3.Fallschirmjägerdivion et des 12. et 277.VGD. Dietrich a en effet reçu la mission la plus importante : il doit atteindre la Meuse en deux jours puis s’emparer d’Anvers le 23 décembre. Au nord, du 1.SS Panzerkorps, Dietrich engage le 67.Armee-Korps du général Hitzfeld en direction de Montjoie. La 326.VGD doit ouvrir la route Montjoie-Mützenich-Eupen mais elle se heurte à la résistance impénétrable de la 99th US ID et un déluge d’artillerie la cloue au sol. Le front se stabilise dans le secteur et aucune avance n’y est acquise. Plus au sud, le 1.SS Panzerkorps décide d’obtenir la percée avec les divisions d’infanterie. L’habileté des défenseurs américains et le manque d’expérience, voire l’amateurisme de certaines unités allemandes, particulièrement à la 3.Fallschirmjägerdivion, dans laquelle des unités montent en ligne en file indienne l’arme à la bretelle, conduisent à de lourdes pertes au sein des unités allemandes pour des gains de terrain négligeables. A Lanzerath, un peloton de reconnaissance de la 99th US ID provoque un retard considérable aux parachutistes allemands. En cours de journée, Dietrich fait intervenir les deux divisions blindées SS. Si les progrès de la journée sont décevants, la percée est cependant acquise dans le secteur de Lanzerath où est engagée la 1.SS Panzerdivision. La 6.Panzerarmee ne poursuit pas son attaque durant la nuit. Le 17 décembre, les combats livrés par la 12.SS Panzerdivision et la 277.VGD pour les villages de Krinkelt et Rocherath sont revêtus d’une importance capitale en raison de la route qui. Renforcée par des unités de la 2nd US ID de Robertson, la 99th US ID parvient à maintenir ses positions. Le soir du 18 décembre, Robertson ordonne aux défenseurs de Krinkelt-Rocherath de se retirer sur Wirtzfeld. La 12.SS Panzerdivison a été bloquée pendant trois jours, permettant au 5th US Corps de mettre en place la défense de la crête d’Elsenborn, qui va s’avérer impénétrable pour les Allemands. En outre, les pertes de la division SS sont très lourdes, dont 31 Panzer et Sturmgeschütze.

Alors que la 12.SS Panzerdivision est stoppée dans son avance, la 1.SS Panzerdivision réussit à percer le front ennemi en profondeur. L’avance la plus prometteuse est celle du Kampfgruppe Peiper qui se trouve à Trois-Ponts dès le 18 au matin. La défense résolue de quelques unités américaines et l’impossibilité de capturer des ponts intacts poussent Peiper à orienter son avance vers La Gleize et Stoumont. Mais, isolé par l’arrivée impromptue de renforts américains et à cours d’essence, le Kampfgruppe regagne les lignes allemandes à pied dans la nuit du 23 au 24 décembre, abandonnant ses véhicules. Les autres unités de la division n’ont pu lui apporter assistance, bloquées par la défense énergique des Américains qui se renforcent, la perte du contrôle de Poteau s’avérant désastreuse pour les SS qui doivent assurer leur flanc gauche.

 

La 5.Panzeramee ralentie à Bastogne

Sur le front de la 5.Panzerarmee, le général von Manteuffel rencontre plus de succès. La 18 VGD du 47.Panzerkorps du général Lucht va remporter un des plus grands succès de la Wehrmacht de la bataille des Ardennes en encerclant deux régiments de la 106th US ID sur les hauteurs du Schnee Eiffel. La reddition de 7 000 soldats américains est le revers le plus important infligée à une division américaine depuis le 6 juin. Von Manteuffel fait précéder son attaque d’une courte préparation d’artillerie pour empêcher de donner aux Américains le temps de réagir efficacement et il ordonne à ses unités d’infiltrer les lignes ennemies par des groupes de choc. En outre, contrairement à Dietrich, il décide d’engager ses divisions blindées en tête dès le premier jour pour s’assurer le succès. Le 47.Panzerkorps de Lüttwitz et le 58.Panzerkorps de Kruger se lancent donc à l’assaut avec les 2. et 116.Panzerdivisionen et la Panzer Lehr. Appuyées par des unités d’infanterie, cette formidable force blindée doit franchir l’Our, défendue sur 40 kilomètres par la seule 28th US ID. Contre toute attente, les Américains réussissent à établir des lignes de résistance retardatrices sur les carrefours routiers importants, notamment à Clervaux où une poignée d’hommes résiste jusqu’au 18 décembre au matin, retardant la 2.Panzerdivision. Si les Allemands ont réussi à établir des ponts, ils ont subi de lourdes pertes et ont déjà pris un sérieux retard et les embouteillages sont conséquents. Ceci étant, les divisions de Panzer se sont élancées vers l’ouest, en direction de Bastogne. Les actions retardatrices devant Bastogne menée courageusement par le CCR de la 9th Armored Division vont permettre l’arrivée de la 101th Airborne Division pour tenir cet important nœud routier, indispensable aux Allemands pour la poursuite de leur offensive. La garnison américaine isolée compte au moins10 000 hommes appuyés par 53 chars (30 au CCB 10th et 23 au CCR 9th), 36 Tank Destroyers, 130 pièces d’artillerie. La tâche de prendre la ville, encerclée le 22 décembre, est confiée à la 26.VGD qui s’en montre incapable tandis que la Panzer Lehr et la 2.Panzerdivision poursuivent leur avance vers l’ouest, vers la Meuse. Le 24 décembre, la 2.Panzerdivision prend position à Celles et à Foy-Notre-Dame : elle n’est plus qu’à 9 kilomètres de Dinant, sur la Meuse. Pendant ce temps, la 7.Armee s’empare de Diekirch et Wiltz, éprouvant de nombreuses difficultés.

 

L’impossibilité de s’emparer de Saint-Vith rapidement grève les possibilités de succès allemands

Au centre, la victoire remportée dans le Schnee Eiffel ouvre des perspectives de percée vers l’ouest. Le 17 décembre, le carrefour routier de Saint-Vith, peu défendu, est encore à la merci d’un coup de main. L’incapacité des Allemands à s’emparer de Saint-Vith dans les trois premiers jours permit à la défense du secteur Saint-Vith-Vielsam de prendre forme. Bien plus que la bataille de Bastogne, ce sont les combats pour Saint-Vith qui vont décider de l’échec final d’« Herbstnebel ». La défense obstinée des Américains sur la crête d’Elsenborn et à Rocherath-Krinkelt a obligé la 6.Panzerarmee à s’orienter vers le sud. Le 20 décembre, Dietrich n’a qu’une seule route pour ravitailler son armée. Toutes les autres se dirigeant vers l’ouest passent par Saint-Vith. Les deux armées blindées vont donc opérer dans le secteur. Le 21 décembre, les Allemands réussissent à percer et pénètrent dans Saint-Vith, le CCB de la 7th Armored Division étant presque entièrement détruit dans l’opération. Le saillant de Saint-Vith contient alors 20 000 soldats américains, plus de 100 Sherman et 70 Tanks Destroyers. La menace d’encerclement est réelle mais Monty, qui a pris en charge le commandement des unités américaines au nord de la percée allemande, accepte le repli qui est réalisé le 23 décembre.

 

La Wehrmacht ne peut exploiter efficacement au centre du saillant

Les Américains ont envoyés l’essentiel de leurs unités de renforts pour s’opposer au Kampfgruppe Peiper et assurer la défense sur les deux flancs du saillant créé par l’offensive allemande. Les Allemands peuvent exploiter entre les 20 kilomètres qui séparent Bastogne des défenseurs établis en arrière de Saint-Vith. Dans ce secteur en effet, les défenses américaines sont faibles et mal coordonnées. La bataille tourne donc à une course de vitesse vers les carrefours routiers et les ponts menant à la Meuse. Le franchissement rapide de la Meuse est la clé de la victoire pour les Allemands. La 116.Panzerdivision, arrivé à Houffalize dès le 19, perd du temps en effectuant un demi-tour en pleine nuit. C’est au 2.SS Panzerkorps qu’incombe la tâche d’exploiter en direction de l’ouest. C’est ainsi que la 2.SS Panzerdivision atteint Baraque de Fraiture le 23 décembre, bientôt rejointe par d’autres unités. Une bataille décisive s’engage entre Hotton et Manhay mais les Américains tiennent bons. A l’issue de cette première semaine de bataille, Hitler a perdu ses illusions de victoire rapide mais il ne renonce pas pour autant à la poursuite de l’offensive et de nouvelles unités sont lancées dans la bataille pour tenter d’emporter la décision. Par ailleurs, en dépit de déboires comme le sort subi par le Kampfgruppe Peiper, les succès tactiques remportés au détriment des Américains et la percée réalisée par la 5.Panzerarmee sont porteurs de grands espoirs pour le Führer. Eisenhower et Ike ont pourtant réagi beaucoup plus vite que prévu : dès le 17 décembre, 80 000 soldats américains et 10 000 véhicules roulent en direction du front des Ardennes. Les barrages établis par de petites unités en attendant ces renforts ont permis de gagner un temps précieux qui a ruiné les plans allemands.

 

Ike réagit promptement

La réaction des Alliés face à l’offensive allemande dans les Ardennes prend les allemands de vitesse et va permettre de conjurer la menace. Ce n’est que les 19 décembre que les Américains sont conscient d’être confrontés à une offensive massive. Ce même jour, à 11h, Eisenhower tient une conférence à Verdun, entouré de ses principaux subordonnés américains. Ike déclare d’emblée à ses généraux qu’il convient de considérer cette attaque allemande comme une opportunité à saisir pour détruire les forces allemandes engagées dans l’opération. Il est urgent de stabiliser le front et surtout d’empêcher les allemands d’atteindre et de traverser la Meuse. Diverses unités sont déjà en route pour parer à la menace en attendant la contre-offensive. La 9th US Army de Simpson et la 7th US Army de Patch allongent leurs fronts respectifs afin de permettre aux 1st et 3rd US Armies de raccourcir leur front afin de pouvoir intervenir massivement contre le saillant des Ardennes. Patton, qui a déjà prévu l’éventualité, affirme pouvoir lancer une contre-attaque depuis le sud à partir du 21 décembre. Eisenhower, plus prudent, lui demande de frapper l’ennemi à partir du 22. En attendant, Ike confie à Monty le commandement de toutes les unités américaines au nord de la brèche, soit les 9th et 1st US Armies. Les communications entre Hodges et Bradley, installé à Luxembourg, sont en effet mauvaises, mais la décision d’Eisenhower est peu appréciée des généraux américains. Montgomery engage d’ailleurs aussi des unités britanniques puisque le 30th British Corps se positionne sur la Meuse, rendant tout franchissement par l’ennemi illusoire. Le 22 décembre, le 3rd Corps de Millikin lance la première contre-attaque de l’armée de Patton. La neige ralentit la progression et les pertes sont lourdes, particulièrement en chars. Ce n’est que le 26 décembre que des éléments de la 4th Armored Division entrent dans Bastogne et que le siège est levé. Les combats pour Bastogne sont cependant loin d’être terminés et les allemands tentent vainement de couper la ligne de ravitaillement et de prendre la ville en lançant dans la bataille de nouvelles unités et des divisions issues de la 6.Panzerarmee. Le 5 janvier cependant, les assauts contre Bastogne doivent être suspendus pour venir en aide à la 6.Panzerarmee.

 

Les Allemands perdent tout espoir de succès

Entre le 23 et le 27 décembre 1944, la bataille pour les nœuds routiers entre Hotton et Manhay tourne progressivement à l’avantage des Américains. La 2.SS Panzerdivision, qui a brillamment combattu les paras américains de la 82nd Airborne et les unités blindées américaines, a subi de lourdes pertes sans parvenir à réaliser la percée et la 6.Panzerarmee reçoit l’ordre de se mettre sur la défensive. Au même moment, la 2rd Armored Division anéantit les unités du 47.Panzerkorps qui se sont établies à proximité de la Meuse. La 2.Panzerdivision est encerclée à Celles et Foy-Notre-Dame sans que la Panzer Lehr puisse la secourir. La Panzer Lehr Division de Bayerlein, la 9.Panzerdivision, retardée faute de carburant, et le Kampfgruppe Holtmayer de la 2.Panzerdivision subissent de lourdes pertes dans leurs vaines tentatives de dégagement. Le 27 décembre, la résistance de la poche allemande s’effondre. 150 blindés et véhicules sont perdus et 448 hommes capturés. La 2.Panzerdivision est réduite à 20 Panzer alors qu’elle a débuté l’offensive avec 120. Von Manteuffel sait désormais que toute tentative pour atteindre la Meuse serait futile. Il demande un retrait vers Houffalize, abandonnant Bastogne mais Model, connaissant l’aversion d’Hitler pour tout repli, refuse. Pourtant, depuis le 28 décembre, Model sait qu’il a perdu la bataille : les Américains ont perdu 800 chars, 300 canons et 22 000 prisonniers mais ils résistent et ont déjà engagés 22 divisions alors que le Heeresgruppe B n’a toujours pas traversé la Meuse ni réalisé la moindre percée significative.

 

La contre_offensive de la Luftwaffe

Hitler n’a pas dit son dernier mot et déclenche l’opération « Bodenplatte » le 1er janvier 1945. Retardée à plusieurs reprises, cette opération aérienne de grande ampleur vise à la destruction de l’aviation tactique alliée an l’attaquant sur ses bases en Belgique et aux Pays-Bas. Elle est également de nature à montrer une nouvelle fois aux Alliés que les Allemands ne sont pas encore vaincus et que le Reich est déterminé à poursuivre la lutte. Trois formations totalisant 1 035 chasseurs Focke-Wulf 190 et Messerschmitt 109 attaquent en rase-motte à partir de 9h20. Les Alliés perdent entre 400 et 500 appareils mais la DCA et la chasse alliées font payer un lourd tribut à la Luftwaffe qui perd 277 appareils et 60 commandants d’unités. Les statistiques diffèrent sur ce point mais un élément essentiel est à retenir : la Luftwaffe a été saignée à blanc et, s’il faut deux semaines pour que l’aviation tactique alliée rétablisse la situation antérieure à l’attaque, le formidable potentiel aérien allié pèse toujours de tout son poids dans la bataille. Hitler réserve également une autre surprise aux alliés en ce jour de l’an.

 

Une nouvelle offensive plus au sud

  

En effet, alors que la bataille autour de Bastogne atteint son paroxysme, le 31 décembre 1945, peu après minuit, Hitler tente de distraire les alliés et de les surprendre en lançant l’opération « Nordwind » en Alsace depuis la poche de Colmar et celle du nord de l’Alsace. On peut être surpris par l’engagement de précieuses réserves dans une autre offensive de laquelle ne peut découler aucune conséquence décisive sur le cours de la guerre. Il faut sans aucun doute y voir la conviction de Hitler selon laquelle le plan « Herbstnebel » ne peut plus être couronné de succès. Il faut pourtant à nouveau montrer aux Alliés que la Wehrmacht n’est toujours pas à genoux. La 1.Armee engage 15 divisions contre 7 divisions américaines tandis que les Français affrontent les unités de la poche de Colmar. Dès le 27 décembre, les Alliés sont prévenus par ULTRA de l’imminence de l’attaque. En dépit de succès initiaux, cette offensive, qui s’éternise tout de même un mois, n’a pas d’impact stratégique et n’a pas d’influence sur la bataille des Ardennes si ce n’est qu’elle rend encore plus délicate la situation du ravitaillement et des réserves du Heeresgruppe B. Cette attaque a jeté un froid au sein de la coalition alliée quand de Gaulle a refusé l’évacuation de Strasbourg demandée par Eisenhower pour raccourcir le front. Mais Ike s’est ravisé. Les combats se poursuivent toutefois et, le 3 février, les alliés ont réduit la poche de Colmar pour la perte de 18 000 hommes.

 

Les Alliés tentent de résorber le saillant des Ardennes et d’y anéantir le Heeresgruppe B

Ce sont au contraire les alliés qui reprennent désormais l’initiative. Début janvier, la 3rd Army et la 1st Army attaquent le saillant des Ardennes, repoussant les allemands plutôt que tentant de couper le saillant à sa base pour encercler les unités de la Wehrmacht comme le préconise Patton. Les combats sont très durs et acharnés et les conditions météorologiques empirent avec la neige et le froid qui paralysent les combattants. Les pertes sont très lourdes dans les deux camps. Le 8 janvier, Hitler finit par admettre la réalité et autorise un repli, la 6.Panzerarmee devant être mise en réserve en cas d’attaque alliée à la base de la poche. Quatre jours plus tard cependant, l’offensive d’hiver soviétique est déclenchant, marquant l’inutilité de la poursuite des combats dans les Ardennes. Le 16 janvier, les deux armées américaines réalisent enfin leur jonction à Houffalize. La bataille se poursuit pendant plus de deux semaines pour que la reconquête de tout le terrain perdu depuis le 16 décembre soit achevée.

 

Bilan

Les pertes exactes des Allemands dans les Ardennes sont inconnues. Elles seraient de 81 834 à 103 900. Un rapport médical allemand de l’époque mentionne la perte de 10 749 tués, 34 439 blessés et 22 487 disparus. Plus de 600 Panzer ont été perdus, beaucoup abandonné faute de carburant. Le 28 décembre, alors que la bataille est loin d’être achevée, Model revendique 22 000 prisonniers, 800 chars et 300 canons détruits. Les Américains ont subi 80 987 pertes. Ils comptent au moins 10 000 tués (une étude avance le chiffre de 19 000). La période défensive entre le 16 décembre et le 2 janvier leur a coûté 4 138 tués, 20 231 blessés et 19 946 disparus. Du 3 au 28 janvier, la phase offensive des opérations leur coûte 6 138 tués, 27 262 blessés et 6 272 disparus. Au total, l’armée américaine perd 77 700 hommes au combat et 56 700 pour d’autres causes en décembre 1944. En janvier, ces chiffres se montent respectivement à 69 100 et 67 600. La question du remplacement des pertes, particulièrement de l’infanterie, se pose avec acuité depuis le début de la campagne le 6 juin 1944. La bataille des Ardennes ne fait qu’aggraver sérieusement la situation. Au cours de la première semaine de la bataille, le 12th US Army Group estime ses pertes à 50 000 hommes, dont 40 000 fantassins. Les pertes du mois de décembre seront de 77 000 hommes, sans compter 56 700 hommes perdus pour des causes autres que le combat. Après avoir simplifié la formation des 42nd, 63rd et 70th US ID au 20 décembre, la 69th US ID, encore en Angleterre, est encore plus rudement mise à contribution pour envoyer rapidement des hommes au feu. A Noël, ces mesures ont permis de fournir 30 000 remplaçants au 12th US Army Group. Les pertes en chars et Tanks Destroyers doit atteindre le millier. Les Britanniques déplorent la perte d’environ 1 200 hommes, dont 200 tués. Enfin, on estime les pertes civiles entre 2 000 et 2 500 tués et de nombreux blessés. La bataille des Ardennes est donc une bataille sanglante pour tous les camps. Elle a usé jusqu’à la corde une Wehrmacht qui ne se remettra pas d’une telle hémorragie. Les pertes consenties par les Allemands sont telles que le front de l’Ouest en sort très fragilisé tandis que le front de l’Est est désormais trop faible pour résister aux Soviétiques. L’offensive de la dernière chance de Hitler a échoué et les derniers espoirs de victoire se sont envolés. Le mérite du succès éclatant remporté par les Alliés dans les Ardennes revient au combattant américain qui a fait preuve de ténacité et d’ingéniosité, refusant de s’admettre vaincu et affrontant l’adversaire dans des conditions désespérées.

Barrie Barnes, Operation Scipio. The 8th Army at the Battle of the Wadi Akarit. 6 April 1943

 

Barrie Barnes, Operation Scipio. The 8th Army at the Battle of the Wadi Akarit. 6 April 1943, Sentinel Press, 2007

La campagne de Tunisie est la grande oubliée de la guerre en Afrique du Nord, elle même souvent négligée, hormis outre-Manche. Loin des répétitions sur Kasserine, de loin la bataille la plus couverte par l’historiographie consacrée à la l’ultime campagne menée par l’Axe sur le continent Africain, B. Barnes s’intéresse au secteur sud, celui de la 7th Army. Nulle redite sur la bataille de la Ligne Mareth : il nous gratifie au contraire d’un travail sur la bataille de l’Oued Akarit, au cours de laquelle s’est plus particulièrement distinguée la 4th Indian Division du General Tucker. Le lecteur ne trouvera guère de développement stratégiques et tactique et une grande réflexion. Il s’agit avant tout de témoignages ainsi que d’extraits de War Diaries. Un sujet original, pour les amateurs de cette campagne.