Bataille Ardennes / Battle of the Bulge (2)

OPERATIONS SPECIALES

  

Von der Heydte et ses Fallschirmjäger

L’opération « Wacht am Rhein » met en œuvre des opérations spéciales destinées à assurer le succès de l’entreprise. 800 Fallschirmjäger commandés par le colonel von der Heydte sont ainsi parachutés dans le cadre de l’opération « Stösser ». Les largages sont imprécis et l’opération tourne au fiasco complet.

Cette opération consiste en un largage de parachutistes afin de faciliter la progression de la 6. Panzerarmee vers la Meuse. Depuis le largage au-dessus de Leros à l’automne 1943, aucune formation de l’arme aéroportée allemande n’a effectué de saut opérationnel (on a bien un temps songé au Heeresgruppe B de parachuter des Fallschirmjäger sur Cherbourg pour y renforcer la garnison isolé en juin 1944 avant d’abandonner cette idée saugrenue). Malgré sa demande, Von der Heydte ne reçoit pas l’autorisation d’employer « son » FJR 6. Ses supérieurs craignent que le départ de cette formation de la ligne de front n’alerte les Alliés. Il ne réussit qu’à rassembler 250 vétérans. Il doit compléter avec des recrues pour atteindre l’effectif de 870 hommes. L’échec retentissant : s’emparer d’un important carrefour dans le Hohes Venn ne sera pas une sinécure. De fait, le parachutage de Fallschirmjäger à Baraque Michel tournera au fiasco. Alors que le Transport-Geschwader 30 largue des mannequins en guise de diversion, les Ju 52 du II./Transport-Geschwader 3 embarquent les hommes de von der Heydte : les pilotes, novices, font des calculs erronés sur la vitesse de leurs appareils en raison du vent de face. Il en résulte de nombreuses erreurs de parachutage. 200 hommes sont largués près du Rhin à Bonn, les autres sont dispersés sur 60 kilomètres, 220 entre Bonn et les lignes allemandes et 450 dans le Hohes Venn, dont à peine une centaine sur la zone prévue. A 8 heures du matin, von der Heydte n’a pu regrouper que 150 hommes autour de lui et il ne dispose que d’un unique mortier. Si ses hommes sont en mesure de glaner de précieux renseignements sur les positions américaines, ils se montrent dans l’incapacité de les transmettre à la 6. Panzerarmee ! Le 17 au soir, il a rassemblé 300 hommes. 200 seront finalement capturés. A l’actif de l’intervention des Fallschirmjäger de von der Heydte, quelques embuscades et bien des soucis pour plusieurs unités de GI’s de la 1st US ID occupés à traquer les parachutistes ennemis.

 

  

Otto Skorzeny

Dietrich bénéficie également du soutien de l’opération « Greif ». Confiée au SS Otto Skorzeny, cette opération consiste en la formation d’une brigade spéciale composés de soldats allemands parlant anglais et vêtus et équipés en GIs. La brigade doit se faufiler entre les lignes américaines et prendre sous son contrôle des ponts indispensables au succès de la 6. Panzerarmee. Le manque de matériel et d’hommes ne permet que de regrouper 44 hommes parlant parfaitement l’anglais au sein du groupe Stielau. Ces hommes s’infiltrent dans les lignes américaines au cours des deux premiers jours de l’offensive.

 

Le résultat de « Greif » est une extrême confusion qui règne dans les rangs américains après la capture des premiers commandos (18 seront fusillés). Les Américains en viennent à se méfier entre eux et des méprises ont amené des Américains à abattre de réels compatriotes. Les Américains imaginent alors de poser des questions sur des sujets sur lesquels tout vrai américain doit être capable de répondre. Non sans malice, des MP américains vont jusqu’à interroger Montgomery lui-même, à sa grande fureur. En outre, la rumeur –non fondée- que les commandos visent à assassiner Eisenhower ajoute à la confusion. Le chaos est en outre accentué par les sabotages et le changement de poteaux indicateurs.

Panther maquillé en TD M10

Skorzeny engage piteusement dans le cadre d’un combat classique le reste de sa brigade, 10 Panther et Sturmgeschütze maquillés en chars américains, en tête des colonnes allemandes à Malmédy. Les Américains ne sont pas dupes et ouvrent le feu sur ces faux Tank Destroyer M10.

Les opérations « Stösser » et « Greif » sont des échecs dans le sens où les objectifs n’ont pas atteints. Plus que pour leur action directe, le seul succès, tout relatif, qu’on est en mesure de leur concéder sont le climat d’incertitude et les mesures prises par les Américains pour faire face à une menace plus supposée que réelle. L’intervention du Einheit Stielau a abusé certains Américains et surtout de provoquer une psychose dans les rangs de la 1st US Army pendant quelques journées cruciales.

 

Bataille Ardennes / Battle of the Bulge (1)

L’OPERATION « HERBSTNEBEL »

LES GRANDES PHASES DE LA BATAILLE

 

Les débuts peu prometteurs de l’offensive sur le front de la 6. Panzerarmee

   

Le 16 décembre, à 5h30 du matin, les Allemands lancent l’opération « Wacht am Rhein », l’offensive du dernier espoir qui doit amener un renversement de la situation à l’Ouest. Au nord du front d’attaque, Model engage la 6.Panzerarmee du général SS Dietrich, qui a reçu la priorité pour la dotation en matériel et en équipement. Le fer de lance de l’armée est constitué par le 1.SS Panzerkorps du général SS Preiss, composé des 1. et 12.SS Panzerdivisionnen, de la 3.Fallschirmjägerdivion et des 12. et 277.VGD. Dietrich a en effet reçu la mission la plus importante : il doit atteindre la Meuse en deux jours puis s’emparer d’Anvers le 23 décembre. Au nord, du 1.SS Panzerkorps, Dietrich engage le 67.Armee-Korps du général Hitzfeld en direction de Montjoie. La 326.VGD doit ouvrir la route Montjoie-Mützenich-Eupen mais elle se heurte à la résistance impénétrable de la 99th US ID et un déluge d’artillerie la cloue au sol. Le front se stabilise dans le secteur et aucune avance n’y est acquise. Plus au sud, le 1.SS Panzerkorps décide d’obtenir la percée avec les divisions d’infanterie. L’habileté des défenseurs américains et le manque d’expérience, voire l’amateurisme de certaines unités allemandes, particulièrement à la 3.Fallschirmjägerdivion, dans laquelle des unités montent en ligne en file indienne l’arme à la bretelle, conduisent à de lourdes pertes au sein des unités allemandes pour des gains de terrain négligeables. A Lanzerath, un peloton de reconnaissance de la 99th US ID provoque un retard considérable aux parachutistes allemands. En cours de journée, Dietrich fait intervenir les deux divisions blindées SS. Si les progrès de la journée sont décevants, la percée est cependant acquise dans le secteur de Lanzerath où est engagée la 1.SS Panzerdivision. La 6.Panzerarmee ne poursuit pas son attaque durant la nuit. Le 17 décembre, les combats livrés par la 12.SS Panzerdivision et la 277.VGD pour les villages de Krinkelt et Rocherath sont revêtus d’une importance capitale en raison de la route qui. Renforcée par des unités de la 2nd US ID de Robertson, la 99th US ID parvient à maintenir ses positions. Le soir du 18 décembre, Robertson ordonne aux défenseurs de Krinkelt-Rocherath de se retirer sur Wirtzfeld. La 12.SS Panzerdivison a été bloquée pendant trois jours, permettant au 5th US Corps de mettre en place la défense de la crête d’Elsenborn, qui va s’avérer impénétrable pour les Allemands. En outre, les pertes de la division SS sont très lourdes, dont 31 Panzer et Sturmgeschütze.

Alors que la 12.SS Panzerdivision est stoppée dans son avance, la 1.SS Panzerdivision réussit à percer le front ennemi en profondeur. L’avance la plus prometteuse est celle du Kampfgruppe Peiper qui se trouve à Trois-Ponts dès le 18 au matin. La défense résolue de quelques unités américaines et l’impossibilité de capturer des ponts intacts poussent Peiper à orienter son avance vers La Gleize et Stoumont. Mais, isolé par l’arrivée impromptue de renforts américains et à cours d’essence, le Kampfgruppe regagne les lignes allemandes à pied dans la nuit du 23 au 24 décembre, abandonnant ses véhicules. Les autres unités de la division n’ont pu lui apporter assistance, bloquées par la défense énergique des Américains qui se renforcent, la perte du contrôle de Poteau s’avérant désastreuse pour les SS qui doivent assurer leur flanc gauche.

 

La 5.Panzeramee ralentie à Bastogne

Sur le front de la 5.Panzerarmee, le général von Manteuffel rencontre plus de succès. La 18 VGD du 47.Panzerkorps du général Lucht va remporter un des plus grands succès de la Wehrmacht de la bataille des Ardennes en encerclant deux régiments de la 106th US ID sur les hauteurs du Schnee Eiffel. La reddition de 7 000 soldats américains est le revers le plus important infligée à une division américaine depuis le 6 juin. Von Manteuffel fait précéder son attaque d’une courte préparation d’artillerie pour empêcher de donner aux Américains le temps de réagir efficacement et il ordonne à ses unités d’infiltrer les lignes ennemies par des groupes de choc. En outre, contrairement à Dietrich, il décide d’engager ses divisions blindées en tête dès le premier jour pour s’assurer le succès. Le 47.Panzerkorps de Lüttwitz et le 58.Panzerkorps de Kruger se lancent donc à l’assaut avec les 2. et 116.Panzerdivisionen et la Panzer Lehr. Appuyées par des unités d’infanterie, cette formidable force blindée doit franchir l’Our, défendue sur 40 kilomètres par la seule 28th US ID. Contre toute attente, les Américains réussissent à établir des lignes de résistance retardatrices sur les carrefours routiers importants, notamment à Clervaux où une poignée d’hommes résiste jusqu’au 18 décembre au matin, retardant la 2.Panzerdivision. Si les Allemands ont réussi à établir des ponts, ils ont subi de lourdes pertes et ont déjà pris un sérieux retard et les embouteillages sont conséquents. Ceci étant, les divisions de Panzer se sont élancées vers l’ouest, en direction de Bastogne. Les actions retardatrices devant Bastogne menée courageusement par le CCR de la 9th Armored Division vont permettre l’arrivée de la 101th Airborne Division pour tenir cet important nœud routier, indispensable aux Allemands pour la poursuite de leur offensive. La garnison américaine isolée compte au moins10 000 hommes appuyés par 53 chars (30 au CCB 10th et 23 au CCR 9th), 36 Tank Destroyers, 130 pièces d’artillerie. La tâche de prendre la ville, encerclée le 22 décembre, est confiée à la 26.VGD qui s’en montre incapable tandis que la Panzer Lehr et la 2.Panzerdivision poursuivent leur avance vers l’ouest, vers la Meuse. Le 24 décembre, la 2.Panzerdivision prend position à Celles et à Foy-Notre-Dame : elle n’est plus qu’à 9 kilomètres de Dinant, sur la Meuse. Pendant ce temps, la 7.Armee s’empare de Diekirch et Wiltz, éprouvant de nombreuses difficultés.

 

L’impossibilité de s’emparer de Saint-Vith rapidement grève les possibilités de succès allemands

Au centre, la victoire remportée dans le Schnee Eiffel ouvre des perspectives de percée vers l’ouest. Le 17 décembre, le carrefour routier de Saint-Vith, peu défendu, est encore à la merci d’un coup de main. L’incapacité des Allemands à s’emparer de Saint-Vith dans les trois premiers jours permit à la défense du secteur Saint-Vith-Vielsam de prendre forme. Bien plus que la bataille de Bastogne, ce sont les combats pour Saint-Vith qui vont décider de l’échec final d’« Herbstnebel ». La défense obstinée des Américains sur la crête d’Elsenborn et à Rocherath-Krinkelt a obligé la 6.Panzerarmee à s’orienter vers le sud. Le 20 décembre, Dietrich n’a qu’une seule route pour ravitailler son armée. Toutes les autres se dirigeant vers l’ouest passent par Saint-Vith. Les deux armées blindées vont donc opérer dans le secteur. Le 21 décembre, les Allemands réussissent à percer et pénètrent dans Saint-Vith, le CCB de la 7th Armored Division étant presque entièrement détruit dans l’opération. Le saillant de Saint-Vith contient alors 20 000 soldats américains, plus de 100 Sherman et 70 Tanks Destroyers. La menace d’encerclement est réelle mais Monty, qui a pris en charge le commandement des unités américaines au nord de la percée allemande, accepte le repli qui est réalisé le 23 décembre.

 

La Wehrmacht ne peut exploiter efficacement au centre du saillant

Les Américains ont envoyés l’essentiel de leurs unités de renforts pour s’opposer au Kampfgruppe Peiper et assurer la défense sur les deux flancs du saillant créé par l’offensive allemande. Les Allemands peuvent exploiter entre les 20 kilomètres qui séparent Bastogne des défenseurs établis en arrière de Saint-Vith. Dans ce secteur en effet, les défenses américaines sont faibles et mal coordonnées. La bataille tourne donc à une course de vitesse vers les carrefours routiers et les ponts menant à la Meuse. Le franchissement rapide de la Meuse est la clé de la victoire pour les Allemands. La 116.Panzerdivision, arrivé à Houffalize dès le 19, perd du temps en effectuant un demi-tour en pleine nuit. C’est au 2.SS Panzerkorps qu’incombe la tâche d’exploiter en direction de l’ouest. C’est ainsi que la 2.SS Panzerdivision atteint Baraque de Fraiture le 23 décembre, bientôt rejointe par d’autres unités. Une bataille décisive s’engage entre Hotton et Manhay mais les Américains tiennent bons. A l’issue de cette première semaine de bataille, Hitler a perdu ses illusions de victoire rapide mais il ne renonce pas pour autant à la poursuite de l’offensive et de nouvelles unités sont lancées dans la bataille pour tenter d’emporter la décision. Par ailleurs, en dépit de déboires comme le sort subi par le Kampfgruppe Peiper, les succès tactiques remportés au détriment des Américains et la percée réalisée par la 5.Panzerarmee sont porteurs de grands espoirs pour le Führer. Eisenhower et Ike ont pourtant réagi beaucoup plus vite que prévu : dès le 17 décembre, 80 000 soldats américains et 10 000 véhicules roulent en direction du front des Ardennes. Les barrages établis par de petites unités en attendant ces renforts ont permis de gagner un temps précieux qui a ruiné les plans allemands.

 

Ike réagit promptement

La réaction des Alliés face à l’offensive allemande dans les Ardennes prend les allemands de vitesse et va permettre de conjurer la menace. Ce n’est que les 19 décembre que les Américains sont conscient d’être confrontés à une offensive massive. Ce même jour, à 11h, Eisenhower tient une conférence à Verdun, entouré de ses principaux subordonnés américains. Ike déclare d’emblée à ses généraux qu’il convient de considérer cette attaque allemande comme une opportunité à saisir pour détruire les forces allemandes engagées dans l’opération. Il est urgent de stabiliser le front et surtout d’empêcher les allemands d’atteindre et de traverser la Meuse. Diverses unités sont déjà en route pour parer à la menace en attendant la contre-offensive. La 9th US Army de Simpson et la 7th US Army de Patch allongent leurs fronts respectifs afin de permettre aux 1st et 3rd US Armies de raccourcir leur front afin de pouvoir intervenir massivement contre le saillant des Ardennes. Patton, qui a déjà prévu l’éventualité, affirme pouvoir lancer une contre-attaque depuis le sud à partir du 21 décembre. Eisenhower, plus prudent, lui demande de frapper l’ennemi à partir du 22. En attendant, Ike confie à Monty le commandement de toutes les unités américaines au nord de la brèche, soit les 9th et 1st US Armies. Les communications entre Hodges et Bradley, installé à Luxembourg, sont en effet mauvaises, mais la décision d’Eisenhower est peu appréciée des généraux américains. Montgomery engage d’ailleurs aussi des unités britanniques puisque le 30th British Corps se positionne sur la Meuse, rendant tout franchissement par l’ennemi illusoire. Le 22 décembre, le 3rd Corps de Millikin lance la première contre-attaque de l’armée de Patton. La neige ralentit la progression et les pertes sont lourdes, particulièrement en chars. Ce n’est que le 26 décembre que des éléments de la 4th Armored Division entrent dans Bastogne et que le siège est levé. Les combats pour Bastogne sont cependant loin d’être terminés et les allemands tentent vainement de couper la ligne de ravitaillement et de prendre la ville en lançant dans la bataille de nouvelles unités et des divisions issues de la 6.Panzerarmee. Le 5 janvier cependant, les assauts contre Bastogne doivent être suspendus pour venir en aide à la 6.Panzerarmee.

 

Les Allemands perdent tout espoir de succès

Entre le 23 et le 27 décembre 1944, la bataille pour les nœuds routiers entre Hotton et Manhay tourne progressivement à l’avantage des Américains. La 2.SS Panzerdivision, qui a brillamment combattu les paras américains de la 82nd Airborne et les unités blindées américaines, a subi de lourdes pertes sans parvenir à réaliser la percée et la 6.Panzerarmee reçoit l’ordre de se mettre sur la défensive. Au même moment, la 2rd Armored Division anéantit les unités du 47.Panzerkorps qui se sont établies à proximité de la Meuse. La 2.Panzerdivision est encerclée à Celles et Foy-Notre-Dame sans que la Panzer Lehr puisse la secourir. La Panzer Lehr Division de Bayerlein, la 9.Panzerdivision, retardée faute de carburant, et le Kampfgruppe Holtmayer de la 2.Panzerdivision subissent de lourdes pertes dans leurs vaines tentatives de dégagement. Le 27 décembre, la résistance de la poche allemande s’effondre. 150 blindés et véhicules sont perdus et 448 hommes capturés. La 2.Panzerdivision est réduite à 20 Panzer alors qu’elle a débuté l’offensive avec 120. Von Manteuffel sait désormais que toute tentative pour atteindre la Meuse serait futile. Il demande un retrait vers Houffalize, abandonnant Bastogne mais Model, connaissant l’aversion d’Hitler pour tout repli, refuse. Pourtant, depuis le 28 décembre, Model sait qu’il a perdu la bataille : les Américains ont perdu 800 chars, 300 canons et 22 000 prisonniers mais ils résistent et ont déjà engagés 22 divisions alors que le Heeresgruppe B n’a toujours pas traversé la Meuse ni réalisé la moindre percée significative.

 

La contre_offensive de la Luftwaffe

Hitler n’a pas dit son dernier mot et déclenche l’opération « Bodenplatte » le 1er janvier 1945. Retardée à plusieurs reprises, cette opération aérienne de grande ampleur vise à la destruction de l’aviation tactique alliée an l’attaquant sur ses bases en Belgique et aux Pays-Bas. Elle est également de nature à montrer une nouvelle fois aux Alliés que les Allemands ne sont pas encore vaincus et que le Reich est déterminé à poursuivre la lutte. Trois formations totalisant 1 035 chasseurs Focke-Wulf 190 et Messerschmitt 109 attaquent en rase-motte à partir de 9h20. Les Alliés perdent entre 400 et 500 appareils mais la DCA et la chasse alliées font payer un lourd tribut à la Luftwaffe qui perd 277 appareils et 60 commandants d’unités. Les statistiques diffèrent sur ce point mais un élément essentiel est à retenir : la Luftwaffe a été saignée à blanc et, s’il faut deux semaines pour que l’aviation tactique alliée rétablisse la situation antérieure à l’attaque, le formidable potentiel aérien allié pèse toujours de tout son poids dans la bataille. Hitler réserve également une autre surprise aux alliés en ce jour de l’an.

 

Une nouvelle offensive plus au sud

  

En effet, alors que la bataille autour de Bastogne atteint son paroxysme, le 31 décembre 1945, peu après minuit, Hitler tente de distraire les alliés et de les surprendre en lançant l’opération « Nordwind » en Alsace depuis la poche de Colmar et celle du nord de l’Alsace. On peut être surpris par l’engagement de précieuses réserves dans une autre offensive de laquelle ne peut découler aucune conséquence décisive sur le cours de la guerre. Il faut sans aucun doute y voir la conviction de Hitler selon laquelle le plan « Herbstnebel » ne peut plus être couronné de succès. Il faut pourtant à nouveau montrer aux Alliés que la Wehrmacht n’est toujours pas à genoux. La 1.Armee engage 15 divisions contre 7 divisions américaines tandis que les Français affrontent les unités de la poche de Colmar. Dès le 27 décembre, les Alliés sont prévenus par ULTRA de l’imminence de l’attaque. En dépit de succès initiaux, cette offensive, qui s’éternise tout de même un mois, n’a pas d’impact stratégique et n’a pas d’influence sur la bataille des Ardennes si ce n’est qu’elle rend encore plus délicate la situation du ravitaillement et des réserves du Heeresgruppe B. Cette attaque a jeté un froid au sein de la coalition alliée quand de Gaulle a refusé l’évacuation de Strasbourg demandée par Eisenhower pour raccourcir le front. Mais Ike s’est ravisé. Les combats se poursuivent toutefois et, le 3 février, les alliés ont réduit la poche de Colmar pour la perte de 18 000 hommes.

 

Les Alliés tentent de résorber le saillant des Ardennes et d’y anéantir le Heeresgruppe B

Ce sont au contraire les alliés qui reprennent désormais l’initiative. Début janvier, la 3rd Army et la 1st Army attaquent le saillant des Ardennes, repoussant les allemands plutôt que tentant de couper le saillant à sa base pour encercler les unités de la Wehrmacht comme le préconise Patton. Les combats sont très durs et acharnés et les conditions météorologiques empirent avec la neige et le froid qui paralysent les combattants. Les pertes sont très lourdes dans les deux camps. Le 8 janvier, Hitler finit par admettre la réalité et autorise un repli, la 6.Panzerarmee devant être mise en réserve en cas d’attaque alliée à la base de la poche. Quatre jours plus tard cependant, l’offensive d’hiver soviétique est déclenchant, marquant l’inutilité de la poursuite des combats dans les Ardennes. Le 16 janvier, les deux armées américaines réalisent enfin leur jonction à Houffalize. La bataille se poursuit pendant plus de deux semaines pour que la reconquête de tout le terrain perdu depuis le 16 décembre soit achevée.

 

Bilan

Les pertes exactes des Allemands dans les Ardennes sont inconnues. Elles seraient de 81 834 à 103 900. Un rapport médical allemand de l’époque mentionne la perte de 10 749 tués, 34 439 blessés et 22 487 disparus. Plus de 600 Panzer ont été perdus, beaucoup abandonné faute de carburant. Le 28 décembre, alors que la bataille est loin d’être achevée, Model revendique 22 000 prisonniers, 800 chars et 300 canons détruits. Les Américains ont subi 80 987 pertes. Ils comptent au moins 10 000 tués (une étude avance le chiffre de 19 000). La période défensive entre le 16 décembre et le 2 janvier leur a coûté 4 138 tués, 20 231 blessés et 19 946 disparus. Du 3 au 28 janvier, la phase offensive des opérations leur coûte 6 138 tués, 27 262 blessés et 6 272 disparus. Au total, l’armée américaine perd 77 700 hommes au combat et 56 700 pour d’autres causes en décembre 1944. En janvier, ces chiffres se montent respectivement à 69 100 et 67 600. La question du remplacement des pertes, particulièrement de l’infanterie, se pose avec acuité depuis le début de la campagne le 6 juin 1944. La bataille des Ardennes ne fait qu’aggraver sérieusement la situation. Au cours de la première semaine de la bataille, le 12th US Army Group estime ses pertes à 50 000 hommes, dont 40 000 fantassins. Les pertes du mois de décembre seront de 77 000 hommes, sans compter 56 700 hommes perdus pour des causes autres que le combat. Après avoir simplifié la formation des 42nd, 63rd et 70th US ID au 20 décembre, la 69th US ID, encore en Angleterre, est encore plus rudement mise à contribution pour envoyer rapidement des hommes au feu. A Noël, ces mesures ont permis de fournir 30 000 remplaçants au 12th US Army Group. Les pertes en chars et Tanks Destroyers doit atteindre le millier. Les Britanniques déplorent la perte d’environ 1 200 hommes, dont 200 tués. Enfin, on estime les pertes civiles entre 2 000 et 2 500 tués et de nombreux blessés. La bataille des Ardennes est donc une bataille sanglante pour tous les camps. Elle a usé jusqu’à la corde une Wehrmacht qui ne se remettra pas d’une telle hémorragie. Les pertes consenties par les Allemands sont telles que le front de l’Ouest en sort très fragilisé tandis que le front de l’Est est désormais trop faible pour résister aux Soviétiques. L’offensive de la dernière chance de Hitler a échoué et les derniers espoirs de victoire se sont envolés. Le mérite du succès éclatant remporté par les Alliés dans les Ardennes revient au combattant américain qui a fait preuve de ténacité et d’ingéniosité, refusant de s’admettre vaincu et affrontant l’adversaire dans des conditions désespérées.