Bataille Ardennes / Battle of the Bulge (5) Bastogne

BASTOGNE

 

Bradley, Eisenhower et Patton à Bastogne, au moment de la contre-offensive de 1945

On a trop souvent tendance à ramener la bataille des Ardennes à la lutte épique qui s’est déroulée à Bastogne, ce qui est une injustice pour les soldats américains qui ont offert une résistance remarquable sur d’autres parties du front, au cours de combats tout aussi cruciaux. Néanmoins, plus que toute autre, la bataille de Bastogne symbolise la défaite des Allemands dans les Ardennes et marque la victoire de l’armée américaine. Bastogne est un carrefour routier de première importance. Tenu par les Américains, il bloque les meilleures routes en direction de la Meuse dont peut disposer le 47.Panzerkorps. On peut ainsi comprendre pourquoi von Lüttwitz n’a pas véritablement lancé ses divisions blindées vers la Meuse avant le 24 décembre, soit une semaine après le début de l’offensive.

Des combats d’infanterie dans les bois sur tout le périmètre… Et, partout, les tirs d’artillerie et de mortiers

Le 18 décembre, la 2.Panzerdivision se heurte au CCR du colonel Gilbreth de la 9th Armored Division. Organisé en trois groupes, le CCR a reçu de Middleton , le chef du 8th Corps, la mission de bloquer l’avance des divisions de Panzer à l’est de Bastogne. Middleton est déterminé à conserver le contrôle de la ville, conscient qu’il s’agisse là du premier objectif vital pour l’ennemi dans le secteur du 8th Corps. Le CCR est divisé entre la Task Force Rose, qui doit prendre position sur la route de Clervaux, et la Task Force Harper, placée en retrait sur la route d’Allenborn. Pour défendre Bastogne proprement dit, Middleton ne dispose alors que de trois bataillon du génie établis entre Foy et Marvie. Le 18 décembre, les deux Task Forces sont anéanties par l’attaque et seuls quelques éléments parviennent à se retirer vers Bastogne. Ce même jour, venant d’Arlon, arrive à Bastogne le CCB du colonel Roberts de la 10th Armored Division, qui reçoit l’ordre de Middleton de se fragmenter en trois groupes : le Team Cherry à Longvilly, le Team O’Hara à Wardin et le Team Desobry à Noville. Ce jour-là, la Panzer Lehr Division du général Bayerlein arrive en vue de Bastogne pendant que la 2.Panzer Division, qui a écrasé le CCR de Gilbreth, oblique vers le nord pour tenter d’atteindre la Meuse en passant par Noville. Retardé par la mauvaise qualité des chemins, le Kamfgruppe Poshinger de la Panzer Lehr ne pénètre dans Margeret qu’après minuit. Bayerlein commet alors l’erreur de décider de suspendre l’attaque jusqu’au lendemain, attendant l’infanterie et le reste de ses Panzer, car il est persuadé d’être confronté à une division blindée américaine complète.

La 4th Arm Div de la 3rd Army arrive à la rescousse!

Le lendemain, 19 décembre, le Team Cherry, encerclé à Margeret, est anéanti à son tour (100 véhicules perdus, dont 23 chars et 15 M7 Priest automoteurs). Pendant ce temps, le Kampfgruppe von Fallois de la Panzer Lehr repousse le Team O’Hara hors de Wardin en direction de Marvie. Au nord, la 2.Panzerdivision affronte le Team Desobry à Noville, les combats se poursuivant toute la journée jusqu’à ce que des aéroportés américains viennent renforcer Desobry. Ces hommes appartiennent à la 101st Airborne Division. Des éléments de cette même unité repoussent à la tombée de la nuit une attaque de la 26.VGD du général Kokott à Bizory et une tentative de la Panzer Lehr sur Bizory. Le 20, la Panzer Lehr n’arrive toujours pas à percer en direction de Bastogne pendant que la 2.Panzerdivision repousse le Team Desobry vers Foy et parvient jusqu’à l’Ourthe. Les deux divisions de Panzer devraient être sur la Meuse ! Le sacrifice de deux unités blindées américaines et l’arrivée opportune de la 101st Airborne Division ont sauvé Bastogne. Les deux divisions de Panzer vont donc être obligées de contourner Bastogne pour atteindre leur objectif, la Meuse, avec tous les inconvénients en matière de ravitaillement que cela suppose.

Une vue de la célèbre place de Bastogne

Dès le 17 décembre, Eisenhower a décidé d’envoyer le 18th Airborne Corps de Ridgway en renfort dans les Ardennes. La 101st Airborne, prévue à l’origine pour Houffalize, est en fait détournée sur Bastogne à la place de la 82nd Airborne, partie en premier et finalement envoyée au nord de Saint-Vith. En l’absence du général Taylor, c’est le général McAuliffe, chef de l’artillerie divisionnaire, qui assure l’interim à la tête de la 101st Airborne Division. Le 21 décembre, il apparaît clairement que la Panzer Lehr est employée vainement dans des attaques coûteuses contre Bastogne. La 2.Panzerdivision a déjà dépassé la ville par le nord et von Lüttwitz autorise Bayerlein a en faire de même au sud. Toutefois, ce dernier laisse le Kampfgruppe Hauser pour renforcer les attaques de la 26.VGD sur Bastogne, affaiblissant par là même la Panzer Lehr alors qu’elle se dirige vers la Meuse. Le 22 décembre, la Panzer Lehr atteint l’Ourthe à Saint-Hubert : Bastogne est donc encerclée. Pendant ce temps, la 5.Fallschirmjäger-Division de la 7.Armee poursuit son avance depuis Wiltz et consolide le flanc sud allemand. Middleton a décidé de confier le commandement de Bastogne à McAuliffe. Celui-ci organise la défense du périmètre en positionnant ses quatre régiments de parachutistes et d’aéroportés en première ligne.

   

A gauche: Combattre et dormir dans un foxhole dans un froid mordant…

A droite: l’aviation et la DCA constituent une des clés du succès

Dans la ville même, Mc Auliffe a organisé des réserves : les restes du CCB de Roberts et du CCR de Gilbreth, environ 50 M4 Sherman, le 705th Tank Destroyer Battalion avec des chasseurs de chars M 18, ainsi qu’une formation ad hoc regroupant tous les isolés et les fuyards : le Team SNAFU, regroupant 5 à 600 hommes. McAuliffe dispose aussi d’une artillerie nombreuse : 130 pièces d’artillerie sont en effet à Bastogne. 18 000 hommes sont encerclés, les allemands étant à peu près aussi nombreux. Le fait d’être encerclés ne constitue pas une expérience déroutante pour la 101st Airborne car les parachutistes sont précisément entraînés à opérer derrière les lignes ennemies. En revanche, la question du ravitaillement va se poser si le siège dure. En effet, la 101st Airborne n’est pas arrivée à Bastogne avec le plein de munitions. Le 21 décembre, les températures chutent, avant que ne commence à tomber la neige, procurant une meilleure mobilité pour les véhicules.

Les assaillants étaient moins nombreux et moins puissants que les forces encerclées…

Les 21 et 22 décembre, la 26.VGD et la Panzer Lehr attaquent énergiquement le périmètre. Les Allemands sont repoussés. Le périmètre défensif de la ville est alors à peu près fixé. Il est très proche de Bastogne à l’est et au sud puisque les Allemands se trouvent à moins de deux kilomètres des premières maisons. L’artillerie participe efficacement mais la situation en munitions devient critique. Ce 22 décembre, chaque bataillon ne dispose plus que de 200 coups. En effet, aucun parachutage n’a pu avoir lieu à cause de la tempête de neige. McAuliffe sait pourtant que la 3rd Army de Patton est en route pour briser l’encerclement. Ce même 22 décembre, des plénipotentiaires allemands se présentent avec un drapeau blanc sur la route de Remonfosse : ils proposent aux Américains une reddition honorable. McAuliffe ne peut s’empêcher de s’esclaffer en songeant que cela fait quatre jours qu’il ne cesse de repousser les assauts ennemis. Il donne alors cette réponse qui entre dans la légende de la bataille des Ardennes : « Nuts ! ». Le lendemain, le ciel s’est enfin éclairci et 241 Dakota larguent 144 tonnes de ravitaillement aux assiégés, qui manquent alors cruellement de munitions et de matériel médical. C’est ainsi que 80 tonnes de ravitaillement sont parachutées jusqu’au 26 décembre en même temps qu’arrivent 11 planeurs, transportant notamment quelques chirurgiens. La FLAK réussit à abattre 19 Dakota. L’aviation tactique appuie également les assiégés en multipliant les attaques et les bombardements, notamment au napalm, contre les unités de Kokott.

Au lieu de contourner Bastogne, la 2. Pz, la 116. Pz (dirigée sur Houffalize) et la Pz Lehr auraient dû s’emparer de ce noeud de communication…

Ce dernier ne renonce pas à prendre Bastogne et les combats se poursuivent le 23 décembre. Les combats sont très violents à Marvie et à Senonchamps et les américains doivent faire intervenir toutes leurs réserves. Le 24 décembre, en fin de journée, le ciel s’emplit à nouveau du vrombissement des avions. A la grande stupeur de McAuliffe et de ses hommes, il s’agit de la Luftwaffe qui intervient en masse au-dessus de la ville. Au cours de la nuit de Noël, les Allemands déclenchent une violente contre-attaque. La 26.VGD pénètre dans Champs mais les aéroportés résistent. Ce n’est qu’une diversion. A 7h, le Kampfgruppe Maucke de la 15 Panzergrenadier-Division perce à Flamizoulle en direction de Hemroule. La situation est critique pour les Américains mais les 18 Panzer, isolés, sont tous détruits. Quand l’aube point, l’intervention des forces aériennes met un point final à l’attaque allemande. Pendant ce temps, au sud, Patton tente de se frayer un chemin vers Bastogne.

La 3rd Army de Patton va rompre l’encerclement

La 3rd Army commence son mouvement vers Arlon avec le 3rd Corps de Millikin le 19 décembre. En tête de l’assaut : la 4th Armored Division, l’unité favorite de Patton. Le 21 décembre, les 26th et 80th ID et la 4th Armoured Division déclenchent leur attaque vers Bastogne, gagnant 5 à 7 kilomètres dans la journée. Le lendemain, la 4th Armored Division est à Martelange, 20 kilomètres au sud de Bastogne. Mais elle a été retardée par l’action efficace d’une compagnie de Fallschirmjäger et découvre que les ponts sont détruits. 24 heures sont ainsi perdues. La 26th la suit à l’est et la 80th prend Heidersheid. La 352.VGD est surprise en plein mouvement et subit de lourdes pertes. La résistance de la 7.Armee se fait de plus en plus dure et la 5.Fallschirmjäger-Division est chargée de défendre la route principale entre Arlon et Bastogne via Marvie. C’est sur cette route que le CCA de la 4th Armored Division est bloquée à Livarchamps. Les deux autres Combats Commands décident alors d’emprunter un autre chemin. Le CCB prend Chaumont puis en perd le contrôle sous les assauts des Fallschirmjäger appuyés par des Tiger Elephant qui provoquent un carnage au sein des Sherman embourbés devant le village. Le 24, le 3rd Corps prend Warnach et Bigonville. Le jour de Noël, le CCR se redéploie de Bigonville à Bercheux et atteint Remoiville. Le CCB est stoppé à Hompré et le CCA approche de Sainlez. La 26th ID prend Arsdorf et livre de furieux combat pour Eschdorf. La 80th ID prend Ettelbrück, abandonné par l’ennemi. Plus à l’est, le 12th Corps prend Haller et Waldbillig. Le 26 décembre, le CCR est le groupe de combat le plus proche de Bastogne. Une Task Force confiée au capitaine Dwignt quitte Assenois à 16h10 après une préparation d’artillerie. Les blindés atteignent le village avant même la fin des tirs d’artillerie, évitant la défense allemande. Celle-ci tente alors de s’en prendre aux half-tracks de l’infanterie d’accompagnement en jetant des mines sous les chenilles ou en les détruisant au panzerfaust.

Les combats le plus durs surviennent en janvier

Les fantassins américains parviennent cependant à nettoyer la localité à l’issu d’un difficile corps à corps pour chaque maison et rassemblent 428 prisonniers. En fin d’après-midi, Dwight est accueilli à Bastogne par McAuliffe. Peu après, une colonne de secours de 40 camions de ravitaillement et de 70 ambulances parvient dans la ville. Bien que le CCR soit parvenu à établir le contact, il faudra encore plusieurs jours de durs combats pour élargir et sécuriser le corridor. Le siège est cependant fini. Il a coûté plus de 5 000 hommes aux assiégés et à la 4th Armored Division venue à la rescousse. La bataille de Bastogne n’est pourtant pas terminée. Du 30 décembre au 4 janvier, von Manteuffel tente vainement de couper le corridor au cours des combats qui seront sans doute les plus violents autour de Bastogne. En vain. Bastogne st une grande victoire américaine et symbolise l’échec de la vaine tentative que représente « Wacht am Rhein ».

Bastogne, place McAuliffe: une petite ville passée dans l’Histoire…