Olivier Sierra, « Ils étaient là ! 1940-1944 L’occupation vue par l’occupant en Basse-Normandie »

Olivier Sierra, « Ils étaient là ! 1940-1944 L’occupation vue par l’occupant en Basse-Normandie », OREP, 2014, 332 pages

Un très bel album avec des photos originales et inédites du plus haut intérêt, certes pour ceux qui connaissent bien les lieux photographiés, mais aussi pour tous les passionnés par la période couverte, en particulier de l’armée allemande. Les clichés sont variés, puisqu’ils nous montrent aussi bien l’invasion de 1940 que l’Occupation, avec ses scènes de vie quotidienne et de soldats au repos, que des soldats en tenue de combat sur le Mur de l’Atlantique et pendant la bataille de Normandie. Le grand format retenu pour les photographies, au nombre compris entre 300 et 400, est une excellente initiative de l’éditeur.Une autre manière de revisiter l’Occupation.

Joachim Ludewig, Rückzug. The German Retreat from France, 1944.

Joachim Ludewig, Rückzug. The German Retreat from France, 1944. University Press of Kentucky, 2012

Un beau livre de 435 pages qui s’appuie sur une documentation sérieuse, l’auteur ayant su puiser dans les archives et les journaux de marches des unités des informations précises pour donner un récit fort réussi et sortant de l’ordinaire du front de l’ouest au cours de l’été 1944. La réflexion est poussée. La perspective, résolument stratégique, nous offre le point de vue du commandement allemand ; Les chapitres sont variés et fort réussis : situation en août 1944, retraite de Normandie, passage de la Seine, Paris, retraite depuis le sud-ouest et le sud, la poursuite du repli jusqu’en Hollande-Allemagne, Lorraine-Alsace, la stabilisation du front… Les tableaux réguliers de la situation, les discussions et les décisions prises par l’OKW, l’OB West ainsi que par les Heeresgruppe B et G sont passionnants. Un livre à lire absolument pour tous ceux qui s’intéressent à la bataille de Normandie ainsi qu’aux opérations livrées sur le front Ouest au cours de l’été 1944.

Nicholas Sarantakes, Making Patton. A classic war film’s epic journey to the silver screen

Nicholas Sarantakes, Making Patton. A classic war film’s epic journey to the silver screen, University Press of Kansas, 2012

Un autre livre que je recommande sur Patton, qui peut par ailleurs intéresser tous les passionnés de cinéma, en particulier de films de guerre. J’en ai fourni un résumé assez conséquent dans la biographie que je consacre à Patton, mais il ne faut pas hésiter à investir dans ce livre de 247 pages. Vous y apprendrez tout sur la genèse de ce grand succès hollywoodien, ainsi que sur son tournage, mais aussi sur les dessous -parfois surprenants- de la mise en scène d’un film et de la portée que ce film a pu obtenir.

Kevin Hymel, Patton’s Photographs. War as he saw it

Kevin Hymel, Patton’s Photographs. War as he saw it, Potomac Books, 2006

Beaucoup de photographies, certains pas connues, d’autres célèbres. Le sujet : Patton, le général américain qu’on ne présente plus ! On y trouvera des clichés pris par le Californien lui-même. Le texte est relativement concis mais suffisant, les photographies étant par ailleurs dotées de légendes loin d’être succinctes ou anodines. On trouvera également des encadrés donnant des précisions, qui sur « Paddy » Flint, un ami de Patton, qui sur un poème du général…Un beau complément à la lecture d’une biographie de George S. Patton !

Russell Hart, Clash of Arms. How the Allies won in Normandy

Russell Hart, Clash of Arms. How the Allies won in Normandy, University of Oklahoma Press, 2001

Ce livre est un incontournable pour les historiens et les amateurs de la Seconde Guerre mondiale, plus particulièrement ceux qui s’intéressent à la bataille de Normandie. Jusqu’à la page 244, dans un très long prologue, R. Hart décortique la mise sur pied, l’entrée en lice et les caractéristiques des armées américaine, britannique, canadienne et allemande, pointant leurs doctrines et forces et faiblesses. Ensuite, jusqu’à la page 420, l’auteur traite du Débarquement et de la bataille de Normandie, appuyant ses propos par moult chiffres et références puisées dans les archives (en apportant du neuf, et non pas en regardant les mêmes archives que les autres comme le font certains auteurs français qui se vantent de ne travailler que sur des sources primaires). La puissance et l’habileté de l’US Army sont clairement mis en avant, de même que les insuffisances et les écueils des doctrines anglo-canadiennes, tandis que l’efficience de la Wehrmacht est questionnée face aux nombreuses difficultés auxquelles elle est confrontée. Un livre très réussi. C’est une référence à laquelle j’ai souvent recours.

David French, Raising Churchill’s Army

 

David French, Raising Churchill’s Army, Oxford, 2000

J’ai vainement proposé à des éditeurs et à des rédacteurs en chef de magazines de travailler sur l’armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale… Une grande -et injustement- oubliée. David French nous gratifie d’un sujet inédit en langue française : le sous-titre de son ouvrage est « The British Army and the war against Germany 1919+1945 ». On y découvre les doctrines de cette armée, les difficultés auxquelles elle dût faire face et surmonter pour sa montée en puissance à partir de la fin des années 1930, etc. Beaucoup de découvertes… loin des poncifs avec Montgomery…

Les chapitres traitent de sujets fort complémentaires et très éclairants : 1/Doctrine and Organization 1919-1939 ; 2/Regimental Officers and the Rank and File ; 3/Weapons and Equipment ; 4/Discipline and Morale ; 5/The Pre-War Army and the British Expeditionary Force 1940 ; 6/The Reformation of the Army, Home Forces 1940-1943 ; 7/The Desert War 1940-1942 ; 8/Monty’s Army : Alam Halfa to the Rhine. Très instructif et avec beaucoup d’informations et de données. Un livre que j’aurais aimé écrire !

Harold Winton, Corps Commanders of the Bulge. Six American Generals and Victory in the Ardennes

 

Harold Winton, Corps Commanders of the Bulge. Six American Generals and Victory in the Ardennes, University Press of Kansas, 2007

Un livre remarquable à lire sur la bataille des Ardennes. De nombreux ouvrages consacrés à cette bataille optent pour le point de vue allemand, plus particulièrement la 6. Panzerarmee et son fameux Kampfgruppe Peiper et autres commandos de Skorzeny. Cet ouvrage nous offre une perspective américaine. Mieux, il rend justice aux chefs de corps, ces généraux qui ont dû supporter le poids de la bataille et qui ont su prendre des décisions, dont le mérite est souvent attribué à leurs supérieurs, les généraux d’armées, en commençant par George Patton, le plus célèbre d’entre eux, mais aussi parfois à leurs subordonnées, surtout s’ils se trouvent à la tête de divisions fort médiatisée, à l’instar de MacAuliffe et la 101st Airborne, encerclée à Bastogne. Le livre a aussi le mérite de nous offrir un panorama complet des secteurs du front de la bataille du « Bulge » (le « saillant », pour les Américains), au lieu de se focaliser sur Bastogne. Je vous incite vivement à partager de belles heures de lecture en suivant les exploits, les décisions, les échecs et les réactions des généraux Middleton, Gerow, Ridgway, Millikin, Collins et Eddy. Une grande réussite.

Guerre du Pacifique/Pacific War (21/43): Chindits

Les Chindits : raids en profondeur dans la jungle

Ord Wingate

Le Chinthe, que l’on trouve souvent à l’entrée des pagodes,

aurait donné son nom à l’unité spéciale britannique : les « chindits »

L’opération est lancée du 13 au 16 février 1943. Les Japonais, surpris, ne réagissent que très lentement. Tant est si bien que la première partie de l’opération se déroule sans difficultés majeures. Les Japonais ne se décident à intervenir en fait qu’après la destruction de la voie ferrée. Tout ne se passe cependant pas comme prévu pour les Britanniques. C’est ainsi qu’une des colonnes du groupe sud, retardée dès le début par l’ennemi, ne parvient à proximité l’objectif que le 2 mars, pour finalement tomber dans une embuscade tendue par les Japonais. La colonne est immédiatement dispersée, la plupart des hommes retraversant la Chindwin et très peu parvenant à rejoindre Cooke.

La traversée de la Chindwin: première épreuve pour les Chindits. Le franchissement des cours d’eau est une des nombreuses difficultés à surmonter pour une unité équipée à la légère qui combat dans un environnement particulièrement difficile et hostile.

Les colonnes du groupe nord traversent la Chindwin le 14 février. Le ravitaillement par voie aérienne s’effectue comme prévu au cours des trois nuits du 15 au 18 et 35 tonnes sont ainsi réceptionnées. Ces premiers largages se font en terrain clair, avant qu’on s’aperçoive que la manœuvre est tout aussi réalisable en zone semi-couverte, voire dans la jungle. Le 25 février, une attaque concentrée de trois colonnes tombe dans le vide car l’unité japonaise visée a déjà quitté les lieux. En revanche, des éléphants sont capturés, ce qui s’avérera de la plus grande utilité. Evitant les pistes trop fréquentées par l’ennemi, Wingate franchit sans encombre la rivière Mu. Trois colonnes sont alors chargées d’opérer des diversions avec l’aviation pour abuser les Japonais tandis que les colonnes des majors Fergusson et Calvert sont lancées respectivement sur Bongyang et Nankan, pour y réaliser le plus de dégâts possibles sur la voie ferrée. Dès le 4 mars, une des colonnes de diversion est dispersée par les japonais et se voit contrainte de se replier au-delà de la Chindwin. Toutefois, les diversions atteignent leur but. Fergusson et Calvert réussissent à mener à bien leur mission le 6 mars. Une des deux colonnes détruit ce jour-là des aiguillages et des ponts, bloquant la voie ferrée dans un défilé, tandis que l’autre colonne, ayant attendu 36 heures sur place pour la synchronisation, parvient à faire sauter deux grands ponts et à opérer pas moins de 70 destructions sur la ligne de chemin de fer.

L’armée japonaise, surprise, subit de lourdes pertes

Sans nouvelle de Cooke, Wingate hésite un moment à poursuivre les opérations vers l’est. A ce moment là, le bilan d’un mois d’opération est plutôt satisfaisant : mis à part la prise du terrain d’aviation d’Indaw, il a atteint tous ses objectifs. En outre, les Japonais semblent avoir perdu beaucoup de troupes alors que les Chindits n’ont eu que très peu de pertes à déplorer. Wingate décide de rester sur place et de retenir les Japonais pendant deux mois. Mais, le 10 mars, il change d’avis en apprenant que le groupe sud a franchi l’Irrawaddy et que les commandants de deux de ses colonnes demandent à en faire autant devant l’absence d’opposition de la part de l’ennemi. Ce même jour, Fergusson traverse le fleuve en empruntant des bateaux birmans. Cinq jours plus tard, il est rejoint par Calvert, qui a été contraint d’abandonner ses blessés à des paysans birmans avec une partie de ses mulets après avoir été détecté par les Japonais, comprenant ainsi que son franchissement serait impossible sans alléger sa colonne. De son côté, Wingate franchit l’Irrawaddy, le 18 mars, dans la région d’Inywa, avec les deux autres colonnes, le retard de la traversée étant à mettre sur le compte d’une intervention japonaise sur une opération de largage.

 

Les moyens disponible pour les Japonais sont conséquents: Wingate peut-il s’éterniser derrière leurs lignes?

Les Japonais disposent alors de quatre divisions. La 55ème DI est positionnée en Arakan, la 56ème DI se trouve entre Bhamo et Lashio, la 18ème DI entre Myitkyina et Katha et la 33ème DI gardant les vallées de Kabaw et de Myttha, dans des garnisons très dispersées, mis à part un régiment en position sur la Chindwin. En outre, un régiment de la 18ème DI a abandonné ses anciennes garnisons, dont celles de la voie ferrée de Katha à Indaw, pour partir en reconnaissance de la frontière indienne. Les premiers renseignements sur l’entrée des Chindits arrivent très tôt, dès le 11 février. Mais l’absence de détails précis empêche toute réaction. Les Japonais concluent à de simples missions de reconnaissance, analogues à celles que mènent au même moment la 18ème DI. Toutefois, la multiplication des rapports concernant des destructions opérées sur la voie ferrée entre le 3 et le 18 mars amène les Japonais à reconsidérer la question et à admettre qu’ils ont mal jugés le but des infiltrations britanniques. Toutefois, ignorant le ravitaillement par voie des airs, la situation les laisse perplexes. Ce n’est que le 12 mars que le premier ravitaillement par air est découvert. Le QG de la 15ème Armée japonaise en tire la conclusion que l’objectif des Britanniques est Bahmo. Après plusieurs jours de recherches infructueuses vers l’est, le régiment de la 18ème DI reçoit l’ordre de retourner à Katha. Il est décidé que toute unité britannique franchissant l’Irrawaddy sera prise en chasse par des troupes des 18ème et 56ème DI.

Le mortier: une des armes décisives des combats dans la jungle

Pendant ce temps, Wingate essaye d’inciter les Birmans à entrer en lutte contre l’envahisseur. A cet effet, il a emmené avec lui une section birmane accompagnant le capitaine Herring, dont la mission est de remonter le territoire Kachin pour entrer en contact avec les chefs de tribus et connaître les possibilités ultérieures de formation de résistants à qui les Britanniques fourniraient armes et instructeurs. Herring mène à bien sa mission. Le 15 mars, il est au nord-est de Bhamo. Toutefois, la portée de ses radios étant insuffisante, ce n’est que le 13 avril qu’il peut informer Wingate de la réussite de son entreprise. Herring, accompagnés de volontaires kachins, rentre dans les lignes alliées via Fort Hertz et Lédo.

La jungle ou la forêt tropicale ou équatoriale : on ne voit l’ennemi qu’à quelques mètres

A ce moment-là, la situation des Chindits de la 77th Indian Brigade n’est pas brillante. La deuxième partie de l’opération s’avère en effet catastrophique. Le terrain à l’est de l’Irrawaddy est sec et dénudé. Wingate comprend vite que, dans ses conditions, il ne pourra pas s’y établir bien longtemps avec ses hommes. Le soutien depuis les Indes commence aussi à poser problème. Enfin, la dispersion des colonnes nuit grandement aux communications et à la cohésion de la force dont dispose Wingate. Toutefois, Calvert est envoyé en mission le 17 mars pour détruire le viaduc des gorges de Gokteik. Le 22 mars, il apparaît que la région de Mongmit fourmille de Japonais. Wingate prévient ses supérieurs de ses intentions concernant Bhamo et Lashio. On lui répond que l’opération est impossible et il lui est suggéré de frapper plutôt en direction de Shwebo, à portée aérienne plus faible. Wingate rétorque que les Japonais surveillent tous les bateaux locaux et que cette manœuvre est donc impossible. En conséquence, le 24 mars, Wingate reçoit l’ordre de rentrer aux Indes.

  

Chindits au repos: les hommes sont épuisés et les organismes durement sollicités.

La colonne de Calvert, envoyé à Gokteik, doit rentrer seule. Les restes du groupe sud de Cook, enfin contactés par radio, reçoivent l’ordre de marcher vers l’est pendant deux ou trois jours pour tromper l’ennemi. Pour abuser celui-ci, de faux messages en clair seront envoyés et de faux largages sont effectués près de Shwebo, Lashio et Bhamo. La plupart des mulets sont également abandonnés, hormis ceux s’avérant indispensables pour le transport des radios et du matériel indispensable. Le reste du groupe nord franchira l’Irrawaddy à Inywa, à la confluence avec le Shweli. Wingate pense en effet y trouver des bateaux tout en admettant que les Japonais doivent estimer que les Britanniques utilisent la même voie qu’à l’aller. A l’approche de l’Irrawaddy, les colonnes de Wingate reprennent leur dispersion, sage mesure car la rive ouest s’avère infestée de Japonais. Un petit groupe d’hommes réussit le franchissement le 29 mars. Un dernier largage est effectué dans la jungle le lendemain et, ce même jour, chaque groupe essaye la traversée sur un front aussi étendu que possible. Calvert, laissé en arrière-garde quelque temps, se trouve à la hauteur de Nabu quand il reçoit l’ordre de repli. Echouant au passage de la Shweli vers Taunggon, il se résigne à disperser sa colonne en petits groupes de 10 hommes. Les Birmans rattrapent de leur côté le groupe d’Herring et rentrent par Fort Hertz. Deux colonnes traversent l’Irrawaddy entre Bhamo et Katha et atteignnet la Chindwin à Tonhe. Une autre colonne se décide pour la route des monts Kachin et atteint la Chine à Pao-Shan, pour être ensuite rapatriée aux Indes par le « Hump », la voie aérienne ravitaillant la Chine en matériel du prêt-bail en survolant l’Himalaya. La plupart des Chindits rejoignent donc la Chindwin à pied à Tonhe et Auktang. Certains petits groupes n’ont plus les moyens d’appeler l’aviation pour être ravitaillés mais ils réussissent à entrer en contact avec des avions de reconnaissances, par la technique des miroirs, qui a été mise au point avant le début de l‘opération. Un C-47 réussit même à embarquer non sans mal 17 blessés à partir d’une piste d’envol improvisée. D’autres doivent leur survie aux Birmans. Certains Chindits isolés ne rentrent ainsi qu’en juillet.

L’aviation : la clé des opérations des Chindits. Une leçon qui sera retenue pour le 2e raid de Wingate et pour l’avancée finale de la 14th Army lors de la reconquête de la Birmanie

Wingate est entrés en Birmanie avec 3 200 hommes. Il en revient avec 2 200 quatre mois plus tard. On estime les morts à 450 et les prisonniers à 400, plus quelques déserteurs birmans. Les Chindits ont parcouru au moins 1 600 kilomètres au cours de cette première mission et un certain nombre a même marché sur pas moins de 2 500 kilomètres. Au total, les pertes sont assez lourdes et les survivants sont très affaiblis. Mais le moral est excellent et les hommes sont fiers du fait d’armes accompli. Qui plus est, le soldat britannique commence à amadouer la jungle. Il apprend à y vivre et, surtout, le mythe de la supériorité du combattant japonais, maître du combat dans la jungle s’évanouit. Cependant, les dommages opérés par les hommes de Wingate sont réparés en trois mois par les Japonais. Le succès moral de l’opération est toutefois indubitable et une moisson de renseignement est ramenée pour les combats futurs. Wingate devient vite un héros national. Grâce à Churchill, les forces de Wingate sont décuplées et les Américains vont être convaincus de former une unité analogue pour soutenir Silwell : les fameux « Marauders » de Merril.

Recension Bir Hakeim, Jacques Mordal : en finir avec un mythe

Bir Hakeim, Jacques Mordal, Editions Laville, 2011

Ce petit livre du talentueux Jacques Mordal, alias Hervé Cras, bien écrit, est d’une lecture plaisante comme tous ses ouvrages. Le récit replace admirablement la défense des FFL dans le contexte de la bataille de Gazala et, plus largement, de la guerre en Méditerranée. Il pèche néanmoins par quelques imprécisions historiques. Ainsi Geoffey Keyes, rendu célèbre par son raid à Beda Littoria pour assassiner Rommel, est présenté comme étant un membre du LRDG, ce qu’il n’est pas puisqu’il appartient au Middle East Commando. Le compte-rendu des combats est suffisamment complet et renseigné pour en faire un livre digne de toute bibliothèque consacrée à la Seconde Guerre mondiale. Pour un récit plus vivant et plus détaillé, on préférera cependant le livre d’Erwan Bergot. François Broche et Dominique Lormier ont entre autres également fourni leur version de ce grand événement pour la France Combattante, à tel point qu’on se demande si, en France, la guerre du désert ne se limite pas à ce combat, que j’ai replacé dans ses justes proportions dans mon livre Afrikakorps. L’armée de Rommel. On est pourtant en droit de se demander en quoi la multiplication d’ouvrages apporte quoi que ce soit de neuf sur le sujet, sauf peut-être sur le plan iconographique. En effet, tous ces auteurs ont pour point commun de rappeler avec insistance une contre-vérité historique, à savoir que la résistance prolongée de Bir Hacheim a permis le rétablissement britannique sur El Alamein. Une assertion ridicule et sans fondements. Tous les faits, du déroulement de la bataille de Gazala (pendant les combats de Bir Hacheim qui n’en sont qu’une partie et où ne sont engagés en fait que très peu d’éléments de l’Afrika-Korps) à l’affrontement de Mersa Matrouh et à la mise en place de la ligne de défense d’Alamein militent contre cette thèse bien présomptueuse, sans parler de l’état de faiblesse dans laquelle se trouve la Panzerarmee à son entrée en Egypte. Outre-Manche, où on s’intéresse bien plus à la guerre du désert que dans l’Hexagone, il n’y a guère qu’un Churchill soucieux de multiplier les hommages à visées politiques pour adhérer à une conclusion aussi farfelue. Cette falsification de l’Histoire à laquelle adhère J.Mordal perdure sans ajouter une gloire nécessaire au sacrifice consenti par les FFL. Les Français de Koenig, qui ont rempli leur mission au-delà des prévisions, ont en effet indubitablement mené avec brio un combat dont le retentissement mondial suffit à la pérennité de l’exploit. C’est d’ailleurs non sans une certaine fierté rétrospective qu’on peut, avec Jacques Mordal, lire cette page glorieuse de l’histoire de notre armée.

Guerre du Pacifique/Pacific War (20/43): Birmanie

Succès et échecs en Birmanie (21 sept.42-avril 43)

 

Après l’humiliante retraite vers les Indes, Slim, qui reçoit le commandement du 15th Indian Corps, composé d’unités à l’instruction, estime qu’il est nécessaire de reforger une tactique et un outil militaire adapté à la guerre dans la jungle avant d’envisager des opérations d’envergure et la reconquête de la Birmanie. C’est donc sans amertume qu’il est mis de côté pendant la saison sèche de 1942-43 au profit du général Irwin, à la tête des troupes au contact avec l’ennemi. Slim peut donc se consacrer pleinement à la réorganisation de l’armée en tenant compte des enseignements de la retraite, du premier raid de Wingate et de la première offensive en Arakan. Ces deux dernières opérations sont les deux seules envisagées pour la saison sèche de 1942-43, après avoir réduit un ambitieux plan, baptisé « Anakim », faute de moyens.

C’est ainsi qu’en septembre 1942 une opération est lancée en Arakan avec l’objectif simple de s’emparer de l’aérodrome d’Akyab, indispensable pour l’appui aérien sur toute la Birmanie. Une brigade de la 14th Indian Division de Lloyd doit s’emparer de l’itinéraire Maungdaw-Buthidaung pour le 1er décembre, pendant qu’un bataillon couvre le flanc sur la piste de Htizwe. La péninsule doit être capturée pour le 15 janvier, après quoi l’assaut sur Akyab pourra être lancé. La résistance japonaise est faible et, en dépit des fortes pluies, presque toute la presqu’île, dont Foul Point, est occupée le 15 janvier. Toutefois, les Japonais s’accrochent fanatiquement à Donbaïk et Laung Chaung. A Rathedaung, les Britanniques, à la limite de leurs capacités logistiques, ne peuvent percer plus en avant. La totalité de la 33ème ID du général Koda est alors rameuté dans le secteur et la Mayu est franchie par un régiment au nord de Kondan, à la hauteur d’Indin, isolant deux brigades britanniques dans le sud de la presqu’île. Une brigade va compter 300 pertes dans sa dernière tentative pour se dégager ! Le 29 mars, le général Lloyd ordonne le repli, ce qui lui coûte son commandement. Au total, la valeur d’une demi-brigade parvient à rejoindre les lignes alliées le 5 avril. Le 14 avril, Slim est appelé pour remettre de l’ordre et préconise un repli profond, qui est accepté. Le bilan est désastreux pour les Britanniques : 5 057 pertes contre 1 100 pour les Japonais. Irwin est remplacé par Giffard au commandement de l’armée d’Extrême-Orient, dont l’entente avec Slim est immédiatement complète. C’est en fait la dernière intervention de Wavell dans les opérations puisqu’il est promu maréchal le 18 juin 1943 et devient vice-roi des Indes. Bientôt, le général Auchinleck, un autre ancien de la guerre du désert, va reprendre ses fonctions de commandant en chef de l’armée des Indes. L’échec en Arakan n’est pas pour remonter le moral des troupes britanniques. Pourtant, une autre opération rencontre plus de succès.

    

A gauche, l’atypique Ord Wingate. A droite, l’armée des Indes monte en puissance et sera bientôt apte à reprendre l’offensive.

Le général Orde Wingate, âgé de 39 ans, qui s’est distingué en Afrique orientale avec ses tactiques de guérilla, est un officier peu conformiste, éternellement coiffé de son casque colonial Wolseley. Il préconise des opérations sur les arrières ennemis après avoir opéré des infiltrations dans les lignes ennemies. Sa technique d’assaut indirect doit mener à la victoire. Dès son arrivée aux Indes, Wingate soumet à Wavell et à Slim ses conceptions et ses suggestions. Wingate estime que les attaques frontales sont vouées à l’échec et que les manœuvres de débordement en profondeur en vue de jeter le chaos dans la chaîne logistique et les lignes de communications ennemies sont la solution pour emporter la décision et doivent se généraliser à toute l’armée. Wingate met ainsi au point les LRPG, Long Range Penetration Group, groupes de pénétration en profondeur. Les unités des LRPG seront baptisées  Chindits par Wingate, d’après le nom donné aux statues d’un animal mythologique moitié lion, moitié aigle, qui symbolise ainsi l’union entre les forces terrestres et aériennes. Wingate préconise de transporter les Chindits par air ou de contourner les positions japonaises pour frapper les arrières de l’ennemi. Les colonnes Chindits sont constituées essentiellement de fantassins, mais aussi de troupes de génie et d’artillerie, sans oublier une dotation conséquente de mulets afin d’assurer le transport du matériel sur de grandes distances. La survie de ces unités dans les lignes ennemies est en effet subordonnée à la mobilité et à l’autosuffisance permise par un ravitaillement par voie des airs, nécessitant d’emporter des moyens de communication radio adaptés. Le ravitaillement par voies des airs semble être très adapté à la configuration du terrain, la jungle rendant les mouvements terrestres, et donc la logistique, très difficiles. Ces largages se feront dans des zones convenues à l’avance. L’aviation pourra également prendre en charge si possible les blessés et les malades, qui représente un danger certain en ralentissant les colonnes. Celles-ci doivent en effet opérer des coups de main, rapides et destructeurs, puis s’évanouir dans la jungle. Pour réussir cette tactique de combat, les colonnes Chindits doivent être capables de marcher en ordre dispersé pour échapper à l’ennemi et pouvoir se concentrer en temps voulu, à des dates fixées à l’avance. La mobilité des colonnes est donc cruciale. En outre, des guides indigènes devront assurer la bonne orientation des unités dans la jungle, terrain de combat avec lequel les soldats britanniques vont devoir s’accoutumer et apprendre à dominer la peur qu’elle leur inspire. Wingate pense que les troupes régulières, après un court entraînement, seront capables de mener de tels raids.

    

La guerre dans la jungle: les troupes américaines, de l’armée des Indes, mais aussi chinoises, vont apprendre à y combattre l’ennemi japonaise de façon de plus en plus efficace.

L’unité qu’il forme est baptisée 77th Indian Brigade, forte de 3 500 hommes, dûment sélectionnés au sein de la 70th British ID et dans des unités de Gurkhas. La brigade peut être scindée en sept colonnes de 400 hommes, accompagnées chacune par une section de Birmans pour les inévitables liaisons avec la population locale, une équipe aérienne étant attachée à chaque colonne dès l’entraînement. Celui-ci est mené en Inde du début du mois de janvier à la mi-février 1943. Le premier raid lancé par Wingate reçu le nom de code « Longcloth ». Prévu à l’origine en soutien de l’offensive devant être menée par Stilwell, le raid est finalement déclenché seul, à la grande surprise des Japonais qui cherchent alors à comprendre les buts de l’opération. Le raid doit débuter vers la mi-février 1943 pour intervenir avant la mousson au mois de mai. Les sept colonnes seront partagées en deux groupes. Le groupe nord, avec Wingate et cinq colonnes, compte dans ses rangs 2 200 hommes et 850 mulets. Ce groupe partira de la Chindwin depuis Tonhe jusqu’à Pinbon, puis atteindra la voie ferrée entre Nankan et Bongyang, obliquant ensuite vers le sud-est en direction de l’Irrawaddy vers Tygyaing. Le groupe sud sera commandé par le lieutenant-colonel Cooke et regroupe deux colonnes, soit 1 000 hommes et 300 mulets. L’itinéraire retenu prévoit le franchissement de la Chindwin sur des radeaux de circonstance vers Auktang, le franchissement de la chaîne montagneuse à Thaiktaw et l’arrivée sur la voie ferrée dans les environs de Kyaikthin. La mission des Chindits consiste donc essentiellement à harceler la voie ferrée principale et les unités de garde et d’exploitation de Kyaikthin à Mohnyin. L’absence de moyens de transport ne permit pas d’envisager d’amener la 77th Indian Brigade par voie aérienne sur son objectif principal, à savoir le corridor des voies ferrées d’Indaw. L’approche doit donc se faire à pied sur 400 kilomètres. Le soutien logistique de l’opération est assuré par la RAF depuis le terrain d’Artagala, où les Britanniques ont regroupé des spécialistes du largage et trois mois de vivres et de munitions. Lancée à la mi-février 1943, le raid de Wingate atteint presque tous ses objectifs sur la voie ferrée, bien que la colonne sud ait rencontrée des difficultés dès le début. Toutefois, la deuxième partie de l’opération est plus difficile et les Chindits de Wingate sont contraints de rentrer aux Indes. Les pertes se montent au tiers des effectifs, la faiblesse des survivants étant telle que peut retournèrent au front, mais l’impact moral est d’importance. Les Britanniques commencent à maîtriser le combat dans la jungle et la Grande-Bretagne s’est trouvé un nouvel héros dans ce général si original.

 

LES MARAUDERS DE MERRIL

  

Les Marauders de Merril (assis à droite sur le cliché de gauche): une petite participation américaine à la campagne de Birmanie passée à la postérité, notamment grâce à Hollywood

La seule unité de l’US Army engagée auprès des Chinois, en l’occurrence en Birmanie, baptisée force Galahad, ou détachement 1688, puis régiment 5 307 le 1er janvier 1944, ou encore appelée les Marauders de Merrill, du nom du 1er commandant de l’unité, ne rassemble que 2 850 hommes, théoriquement rompus au combat dans la jungle et tous volontaires. Ces hommes vont combattre héroïquement dans des conditions particulièrement difficiles. L’exploit réalisé par les Marauders est sans conteste la prise de Myitkyina et de son important aérodrome en mai 1944, même si les combats s’y éternisèrent jusqu’au mois de juillet. Fin mai, il n’y a alors plus que 200 Marauders de valides ! La mission est couronnée de succès grâce à une marche forcée exténuante exécutée de concert avec plusieurs unités chinoises. Toutefois, Stilwell a beaucoup trop exigé des ses hommes et 80% des Marauders, totalement épuisés, sont hospitalisés. Galahad n’est plus opérationnel. Pourtant l’unité est reconstituée et forme ensuite la Task Force Mars, comprenant le 475th Infantry Regiment (ex-5 307), le 124th Cavalry, le 612th Field Artillery et un régiment chinois. Une unité de l’OSS, le service d’espionnage américain, sert également sous les ordres de Stilwell : le détachement 101 du major Eifler. Pendant cette campagne de Myitkyina, les Rangers kachins se battent aux côtés des forces de Merrill. Fin 1944, le détachement 101 compte 566 Américains et près de 10 000 Kachins. Les pertes totales qu’il inflige aux Japonais sont estimées à 5 500, pour seulement 15 tués Américains et à peine 200 Kachins. En outre, plus de 200 aviateurs alliés sont secourus par l’unité.