« Gebirgstruppen » par Yves Béraud

Les Gebirgstruppen en Couleurs. 1935-1945, Yves Béraud, éditions Heimdal, 2017, 207 pages

Les prestigieuses unités de Gebirgsjäger méritaient un ouvrage d’envergure en langue française. C’est chose faite avec cette remarquable somme signée Yves Béraud, qui complétera avantageusement les nombreuse publications sur le sujet en langue anglo-saxonne (ainsi de German Mountain Troops in World War Two de Roland Kaltenegger, Schiffer, 2005). La qualité habituelle des parutions Heimdal est là: iconographie nombreuse (en grande partie ne couleur comme l’annonce le titre de l’ouvrage) et de qualité, souvent inédite, n’omettant pas les insignes et les pièces d’équipements et d’uniformes. Le texte est à l’avenant: dense et suffisamment long, il s’avère très complet sur les différents fronts, n’en omettant aucun (y compris la lutte contre les maquis en France ou encore l’engagement en Afrique du Nord. Pour des détails sur le Caucase, on pourra lire A la Conquête du Caucase d’Eric Hoesli), avec quelques pages consacrées à des unités particulières, telles le Ski-Bataillon Norge. L’auteur est indéniablement un spécialiste de la question. Un bémol : l’absence de cartes, ce qui s’avère très préjudiciables pour certains fronts.  Un achat recommandé.

L’historiographie de la guerre en Afrique du Nord, 1940-1943

 

 

L’historiographie de la guerre en Afrique du Nord, 1940-1943

 

Le souffle de l’épopée

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Le désert, les palmiers, l’exotisme, … : la guerre du désert exhale un parfum d’aventure peu commun dans les récits de la Seconde Guerre mondiale. Les opérations des raiders du Long Range Desert Group et du Special Air Service ont contribué à forger cette image épique qui perdure (Patrouilles du Désert  (1948) de W.B. Kennedy Shaw,  Bearded Brigands (2002) de B. O’Carroll). L’édition en Français de livres tels que  Condor, l’espion égyptien de Rommel  (2009) participent aussi à la légende.

 

A tout seigneur tout honneur : Rommel et l’Afrika Korps

 

 

L’épopée de la guerre du désert est avant tout celle de l’Afrika Korps et d’Erwin Rommel, son chef charismatique. De fait, on ne compte plus les ouvrages éponymes du célébrissime corps d’armée allemand. L’Afrika Korps  (1960) de Paul Carell a imposé le souvenir d’une guerre sans haine aux côtés des carnets de Rommel édités sous la férule de Liddell Hart (1952). Si l’ouvrage d’E.Bergot de 1972 confine parfois au romanesque, on appréciera Rommel’s Army in Africa  (1987) de D.McGuirk,  Mon père, l’aide de camp du général Rommel  (2007) de H.-A. Schraepler, récit authentique et vivant qui permet d’approcher le grand homme et Panzers in the Sand  (2 tomes, 2010 et 2011) de B.Hartmann et plus encore Panzer-Regiment 8 de K. Fish. L’image positive liée à l’Afrika Korps facilite la perpétuation du mythe outre-Rhin.

 

Les Britanniques : le paradigme de Beda Fomm et d’El Alamein

 

Les Britanniques se sentent particulièrement concernés par la guerre du désert. Le souvenir des moments glorieux –les victoires de « Compass » à Beda Fomm et surtout d’El Alamein- font l’objet de nombreux ouvrages, comme Pendulum of War : The Three Battles of El Alamein (2004) de Niall Barr, au risque de laisser dans l’ombre les autres épisodes de la guerre du désert.

L’histoire officielle britannique, dirigée par I.S.O. Playfair, mais aussi celles des Dominions (citons Agar-Hamilton pour l’Afrique du Sud) sont d’excellentes facture. Après le dithyrambique «Desert War » (1944)  d’Alan Moorehead, B. Pitt (The Crucible of War  (1980-82)) puis M. Kitchen (Rommel’s Desert War (2009)), fournissent d’excellentes synthèses documentées de la campagne. Les récits des témoins se sont ajoutés à l’historiographie abondante sur le sujet : Brazen Chariots  (1959) de R. Crisp, Diary of a Desert Rat (1972) de R.L. Crimp, Dance of War  (1992) de P.Bates, etc. Depuis, les éditions Osprey alimentent régulièrement le marché avec de nombreuses publications sur le sujet.

 

Les historiens français, Bir Hacheim, Koufra et « Torch »

En France, le souvenir de la France Libre a contribué à forger le mythe de Bir Hacheim, sujet de nombreux ouvrages, de J. Mordal (1970) aux mémoires de J.-M. Boris (2012). La focalisation sur ce combat épique lui confère une importance militaire parfois contestable. L’épopée de Leclerc au Fezzan est également le sujet de travaux d’historiens français : citons L’Odyssée de la colonne Leclerc  (2004). Les combattants des FFL étant peu nombreux au sein de la 8th Army, c’est l’Armée d’Afrique et son revirement –tardif- consécutif à « Torch » qui a suscité de multiples écrits, comme celui de J.Belle,  L’Opération Torch et la Tunisie  (2011).

 

Le renouvellement (1) : les années 1960

 

La vulgate de la guerre du désert est rapidement remise en question. Montgomery est une des cibles privilégiées des historiens. C. Barnett avec Les Généraux du Désert (1960) et R.W. Thompson avec La Légende de Montgomery  (1967) ont ouvert la brèche et écorné le mythe du maréchal. Les biographies portant sur Auchinleck, son prédécesseur à la 8th Army, réhabiliteront également cet officier trop méconnu : citons Auchinleck  (1959) de J. Connell. A contrario, avec A. Stewart, on assiste plus récemment à un réajustement des faits en faveur de Montgomery (Eighth Army’s Greatest Victories  (1999)) ou d’Alexander (The Campaigns of Alexander of Tunis, 1940-1945  (2008)).

 

Les Américains et Kasserine

De façon non surprenante, les historiens américains ont porté leur attention sur l’opération « Torch » et la campagne de Tunisie. Depuis M.Blumenson et  La Passe de Kasserine  (1967), l’emblématique bataille de Kasserine est l’objet de toutes les attentions : Disaster at Kasserine  de C.Whiting (1984), An Army at Dawn (2002) de R.Atkinson,… Des études portant sur la guerre en Méditerranée abordent l’engagement en Afrique, parfois sous un angle original : ainsi With Utmost Spirit. Allied Operations in the Mediterranean, 1942-1945 (2004) de B.B. Tomblin.

 

Et les Italiens ?

Le peu d’ouvrages en langue française ou anglaise portant plus spécifiquement sur l’armée italienne ne doit pas masquer l’intérêt des historiens italiens pour le sujet. Citons deux exemples illustrant une diversité d’approches :  Le battaglie aeree in Africa Settentrionale. Novembre-dicembre 1941 (2011) de M.Palermo portant sur les opérations aériennes au moment de « Crusader » ou encore Aggredisci e Vincerai  de L.Salvatore traitant de la seule division « Trieste ».

 

Le renouvellement (2) : les années 2000

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En travaillant sur des sources peu exploitées, J. Fennell apporte un renouveau avec Combat and Morale in the North African Campaign  (2011), de même que N.Cherry avec Tunisian Tales  (2011) sur l’engagement peu étudié des parachutistes britanniques en Afrique, ou encore A.Converse dans Armies of Empire  où sont étudiées en parallèle les 9th Australian et 50th British Divisions, ainsi que P. Rees avec Desert Boys  (2012). D’excellents travaux sur le sujet sont également parus en Français dans les années 2000 : citons Rommel et la stratégie de l’Axe en Méditerranée (2009) de V.Arbarétier et les hors-séries 6 et 8 de « Bataille & Blindés » sur l’Afrika Korps (2006 et 2008) de C.Mas, ainsi que El Alamein  (2012) de ce dernier, sans oublier mon Afrikakorps. L’armée de Rommel (2013).

Au final, une historiographie riche, abondante et renouvelée mais largement dominée par les auteurs anglo-saxons.

« L’école de la guerre. Sedan 1940. Ou la faillite du système de commandement français »

Vincent Arbarétier, « L’école de la guerre. Sedan 1940. Ou la faillite du système de commandement français », Economica, 2012, 149 pages

Pas vraiment de scoop dans cet ouvrage mais, comme d’accoutumée, Vincent Arbarétier nous offre une étude soignée et poussée, basée sur les archives militaires. L’auteur compare les systèmes de commandement des deux camps pendant la campagne de 1940. On comprend rapidement que le haut-commandement français est d’emblée sérieusement handicapé pour la confrontation qui s’annonce. Comme le titre l’indique, Vincent Arbarétier étudie plus particulièrement le cas de Sedan, défaite décisive de la campagne s’il en est. Ce livre se lit assez rapidement et on regrettera tout de même que les chapitres soient un peu courts. Un bon complément à toute lecture sur les événements tragiques de mai-juin 1940.

El Alamein

Photographié lors de mon premier passage à El Alamein, en juillet 2005.

  

 

« La chute de l’empire romain » par Bertrand Lançon

Bertrand Lançon, La chute de l’empire romain, Perrin, 2017

Cet ouvrage, que je recommande, va retenir l’attention des passionnés d’Antiquité et de Moyen Age. Bertrand Lançon se livre à une intéressante étude de ce qu’il présente, avec des arguments convaincants, comme un « non-événement », car il s’agit là d’un « fait difficilement cernable » Il revient longuement sur deux dates considérées comme marquantes dans cette prétendue chute : 410, le sac de Rome ; 476, la déposition de celui qui serait le dernier empereur d’Occident. Bien des  idées reçues tombent à la lecture des chapitres consacrés à ces deux dates… Ce faisant, B. Lançon nous dresse une série de portraits de personnages -Stilicon, Honorius, Alaric, Romulus Augustule,etc- qui permettent de mieux appréhender la période, où la distinction Romain/Barbare n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. En filigrane, la question du christianisme, la place du catholicisme dans l’empire romain et la vision des grands théologiens comme Saint Augustin. L’auteur réfute les explications traditionnelles donnée à la fin de l’empire romain en autant de chapitres argumentés: invasions, maladies, christianisme, collapsus économique, affaiblissement culturel, décadence morale, effacement des structures de l’état. Si l’auteur commence par une mise au point historiographie intéressante (avec un intrusion dans le 7e art qui est la bienvenue), il revient sur question en fin d’ouvrage. La conclusion revient sur les raisons de ce mythe de la « chute » de l’empire romain dans la culture occidentale, expliquant combien les auteurs esquissant -de façon fort partisane- un rapprochement entre les événements du 5e siècle et ceux d’aujourd’hui se leurrent complètement. B. Lançon pose la question: « La « chute » est-elle un événement ou une croyance ». Le sous-titre est très évocateur et résume le propos de l’auteur: « une histoire sans fin ». Passionné d’Antiquité, mais de périodes beaucoup plus anciennes, j’ai beaucoup appris sur une période assez complexe. Ce livre est une mise au point salutaire -et nécessaire- pour ceux qui, comme moi, enseignent ces événements dans le Secondaire. A lire.

ECRIRE LE DEBARQUEMENT ET LA BATAILLE DE NORMANDIE (2)

ECRIRE LE DEBARQUEMENT ET LA BATAILLE DE NORMANDIE (2)

 

Si les premiers récits du Jour J et de la bataille de Normandie font la part belle à la commémoration de l’événement, à son importance cruciale pour la Libération et la Victoire, en s’appuyant notamment sur les mémoires des principaux généraux d’alors, et en fixant des faits d’armes dans la mémoire collective, la manière d’étudier la bataille de Normandie devient ensuite approfondie avant d’assister à un retour en force du témoignage.

 

Heimdal : incontournable pour les passionnés de la bataille de Normandie

 

Des mythes écornés par une nouvelle génération d’historiens

  

La nécessité et la volonté de connaître plus en détails la bataille de Normandie voit la naissance d’un travail plus approfondi s’appuyant sur des archives. En France, la naissance en 1983 de « 39/45 Magazine » et les ouvrages des éditions Heimdal (fondées en 1975) sous l’impulsion de George Bernage ont répondu à cette attente. C’est ainsi que paraît aux Etats-Unis, Clash of Arms (2004) dans lequel Russel A. Hart dresse un bilan comparatif des armées allemande, américaine, britannique et canadienne avant et pendant la bataille. La publication d’éléments en provenance des archives allemandes -Army of the West(2007) de J. A. Wood ou encore Normandy 1944(2000) de N.Zetterling- sont du plus haut intérêt pour l’historien de la bataille de Normandie. Depuis, les ouvrages sérieux, précis et documentés se sont multipliés en langue française, à l’instar de de Didieu Lodieu (Mourir pour Saint-Lô, 2007 notamment, ainsi ue ses nombreux ouvrages publiés notamment chez Ysec)  ou encore 6 Juin à l’aube, les unités spéciales américaines du débarquement en Normandie (1998) de Jonathan Gaywne. De son côté Omaha Beach (2011) de Christophe Prime nous fait clairement vivre le débarquement auprès des GI’s : dans ce cas précis, la grande différence avec un Ryan est de lire une production s’appuyant sur un travail d’historien sérieux et non plus sur une approche plus journalistique, voire romancée.

Une autre tendance se dégage depuis le milieu des années 1980, et plus encore dans les années 2000. L’heure est désormais également à la remise en question de certains faits donnés pour acquis depuis des années : Montgomery et la controverse de la bataille de Caen, à savoir si le plan initial d’« Overlord » prévoyait bien d’attirer les divisions de Panzer en secteur britannique où aucune percée n’aurait été envisagée (pensons à Decision in Normandy : The Unwritten Story of Montgomery and the Allied Campaign de Carlo d’Este, un ouvrage pionnier en la matière puisqu’écrit dès 1983, plutôt à charge alors qu’au contraire Colossal Cracks(2000) de Stephen A. Hart essaye de montrer les caractéristiques du 21th Army Group avec lesquelles Montgomery a dû compter) ; le rôle de l’aviation alliée dans l’échec de la contre-attaque de Mortain ; peut-on réellement parler d’un « Stalingrad en Normandie » ? ; Wittmann et son Tiger à Villers-Bocage (où comment un mythe de la propagande de Goebbels a perduré si longtemps) ; les Waffen SS en Normandie (loin de l’image enjolivée donnée par exemple par J.Mabire (Les Jeunes Fauves du Führer, 1976)… Enfin, des livres comme La Face cachée des GI’s (2004) de J. Robert Lilly osent remettre en cause l’icône vénérée du libérateur. Les mythes touchant les armées allemandes, américaines et britanniques sont donc revus et corrigés. Des ouvrages plus généralistes, comme L’atlas du débarquement  de Yann Magdelaine donnent des outils aux amateurs de la bataille.

Les livres et revues de qualité, en langue française comme anglaise se sont multipliés ces dernières années. Je ne citerais que quelques exemple. Quelques productions récentes parmi des dizaines de titres passionnants :

   

    

   

 

Le devoir de mémoire

Parallèlement, avec les années, les vétérans se font immanquablement de moins en moins nombreux. S’il était possible il y a encore quelques années de côtoyer Lord Lovat, John Howard et d’autres héros du Jour J sur les lieux même de leurs exploits, cela devient de plus en plus difficile. L’heure, qui correspond au goût du jour, est donc aux ouvrages de mémoires, compilations de témoignages de vétérans : Ils étaient à Omaha Beach (2003) de Laurent Lefevbre, Paroles du Jour J (2004) de Jean-Pierre Guéno. Ces livres ont le mérite de donner la parole aux acteurs anonymes de l’Histoire et de mieux appréhender leur vécu en ces heures décisives. Le travail d’historien est certes réduit à sa plus simple expression -collecter des témoignages- voire inexistant ou presque -publier in extenso les mémoires d’un individu ou un texte déniché dans les archives- mais le résultat est des plus intéressants.

 

Un intérêt qui ne se dément pas

Le livre d’Anthony Beevor, adoptant l’« historical narrative » (dans ce genre de récit, les personnages et les faits sont réels, mais les événements sont racontés comme une histoire) si chère aux Anglo-Saxons, montre qu’il est toujours possible d’écrire une excellente histoire globale et vivante du Débarquement et de la bataille de Normandie tout en ne restant pas superficiel et en s’attachant aux derniers apports de l’historiographie. Les dernières parutions et l’intérêt porté par les lecteurs sur des sujets toujours plus pointus ou de réflexion touchant à la bataille de Normandie montrent que l’historiographie du Débarquement a encore de beaux jours devant elle.

Parallèlement, on ne compte plus les ouvrages, souvent de format réduit ou à faible pagination, à destination du grand public, toujours fasciné par cet épisode majeur de la Seconde Guerre mondiale. La Normandie reste en effet le champ de bataille du conflit le plus visité et qui offre le plus à voir pour les touristes. C’est ainsi que guides de sites et musées ainsi qu’ouvrages de vulgarisation se multiplient et côtoient les livres à la pointe de la recherche historique.

 

 

ECRIRE LE DEBARQUEMENT ET LA BATAILLE DE NORMANDIE (1)

ECRIRE LE DEBARQUEMENT ET LA BATAILLE DE NORMANDIE (1)

 

            Moment emblématique de la Libération et de la victoire sur l’Allemagne nazie, le Débarquement, avec les deux mois de bataille consécutive en Normandie, constitue probablement le premier sujet de prédilection des historiens et des passionnés de la Seconde Guerre mondiale. N’est-il pas révélateur que les commémorations du 6 juin 1944 –alliant cérémonies, présence de vétérans et manifestations de collectionneurs- aient toujours pris le pas sur celles du 8 mai 1945 ? Si Omaha Beach est le passage obligé de tout président américain, nul autre événement du conflit ne peut prétendre à un tel engouement. L’événement a fait couler beaucoup d’encre. La façon de s’y intéresser a considérablement évolué au fil du temps.

 

Premiers récits : le Jour J et la bataille de Normandie entrent dans la légende

Les premiers récits de la bataille qui apparaissent après le confit jusque dans les années 1960 soulignent l’importance majeure de l’événement. Les grands témoins –Eisenhower et Croisade en Europe (1949), ou encore Montgomery, avec De la Normandie à la Baltique (1948) puis ses Mémoires(1958), y donnent leur appréciation de l’événement. D’autres récits de témoins oculaires complètent l’information des lecteurs. Ainsi, le vice-amiral Ruge, attaché naval de la Kriegsmarine auprès de Rommel, publie-t-il (1960) dans lequel est relaté la mise en défense des côtes et la bataille vu depuis le quartier-général du Heeres-Gruppe B. On pourrait multiplier les exemples à l’envie.

   

A côté des souvenirs des principaux acteurs impliqués dans l’immense bataille, forcément quelque peu biaisés et orientés en leur faveur –songeons que l’heure est à la Guerre froide face aux Soviétiques et à la réconciliation avec l’Allemagne de l’Ouest (Speidel, ancien conspirateur contre Hitler, qui publie Invasion 44 (1964) est l’ancien chef d’état-major de Rommel et surtout le commandant en chef de la nouvelle armée allemande : la Bundeswehr)- sont publiés des ouvrages donnant la parole aux officiers de rang inférieurs, voire à l’homme de troupe. Les ouvrages emblématiques sont ici Ils Arrivent (1961) de Paul Carell et  Le Jour le Plus Long (1960) de Cornélius Ryan. Bien que truffés d’erreurs et d’approximations, ces livres, écrits sur la base de témoignages, ont le mérite de mettre le lecteur en situation, de donner l’impression d’assister aux événements. Ryan, et plus encore l’adaptation de son livre sur grand écran par Darryl Zanuck, font passer Pegasus Bridge, la Pointe du Hoc, le mitraillage des plages par les deux Focke-Wulf de Priller et Sainte Mère Eglise à la postérité et dans la mémoire du grand public. En France, les travaux d’Eddy Florentin s’appuyant sur des archives et des témoignages marquent également leur époque, notamment Stalingrad en Normandie publié pour la première fois en 1964.

 

Renouveau historiographique et nouveaux éléments

A partir des années 1970, alors que l’intérêt pour les récits de la bataille ne faiblit pas, de nouvelles données permettent un renouvellement historiographique. L’existence d’ULTRA, ce système de décryptages des messages codés de la Wehrmacht par les Alliés, est révélée au public. A côté des ouvrages généraux traitant du Débarquement dans sa globalité sans insister sur les détails –un genre qui a toujours la cote étant donné l’intérêt du grand public pour cette bataille- se multiplient donc les livres plus ciblés. On insiste plus largement sur l’opération « Fortitude », cette intoxication qui fait croire aux Allemands que le véritable débarquement aura lieu dans le Pas-de-Calais, ce qui a le mérite de faire passer ces derniers pour moins niais qu’ils n’apparaissent dans le film « Le Jour le Plus Long ». Forecast for Overlord (1971) du Group Captain Stagg, le météorologiste du SHAEF (Supreme Headquarter Allied Military Forces) sur les rapports duquel Eisenhower s’est basé pour donner le feu vert à l’opération « Overlord », présente un regard original sur ces événements.

Sans surprise, l’historiographie française compte de nombreux ouvrages donnant la parole aux civils et aux résistants, ainsi qu’aux bombardements et aux victimes civiles (soulignons ici l’excellent travail d’historien comme J. Quellien et B. Garnier –Les Victimes civiles du Calvados dans la bataille de Normandie. 1er mars-31 décembre 1945, 1995- et J. Quellien, M. Boivin et G. Bourdin -Villes normandes sous les bombes, 1994). Autre évidence, les historiens soviétiques semblent bouder une opération qui leur apparaît secondaire comparée à l’immense Front de l’Est : il apparaît de toute façon moins que jamais approprié de reconnaître aux Alliés occidentaux l’importance cruciale de leur contribution à la victoire finale dans le contexte de Guerre froide d’alors. A contrario, les Anglos-Saxons mettent en avant le rôle des unités impliquées dans la bataille, écrivant parfois sur une opération particulière : la prise du pont de Bénouville par les aéroportés britanniques par exemple. L’intérêt se porte uniquement sur l’histoire des combattants de la nationalité de l’auteur, à l’instar des excellents Eisenhower’s Lieutenants(1981) de Russel F. Weigley, qui analyse les caractéristiques et la campagne menée en Europe par l’US Army, ainsi qu’Americans at D Day (2005) et Americans at Normandy (2005) de John C. McManus.

    

 

22 janvier 1944: opération « Shingle » à Anzio-Nettuno (3)

 

Anzio: une contre-attaque massive bien trop tardive

Extrait de mon article de Batailles & Blindés N°72: « Sie Kommen! Contre-attaquer les têtes de ponts amphibies avec les Panzer: mission impossible? » (les images sont différentes de celles de l’article)

(voir mes autres chapitres de l’article: Géla, Salerne et la Normandie)

L’histoire est bien connue : Kesselring est pris au dépourvu lorsque les Alliés débarquent à Anzio, à 58 km de Rome, le 22 janvier 1944 (opération « Shingle »). Côté allemand, près de la capitale italienne, très vulnérable, ne sont disponibles que quelques éléments éparpillés des divisions de choc. Impossible dans ces conditions d’espérer lancer le jour même une contre‐attaque sur les plages contrôlées par les Anglo‐Américains. Pourtant, l’inertie des Alliés permet à Kesselring de rameuter nombre d’unités placées en réserve ou en provenance d’autres secteurs, y compris hors d’Italie, mais aussi depuis le front de Monte Cassino.

   

Le 29 janvier, soit une semaine après le lancement de « Shingle », les Allemands ont solidement verrouillé la tête de pont. Certes, en cet hiver 1944, la Wehrmacht en Italie n’aligne que sept unités mobi‐ les – deux Panzer-Divisionen (26. et « Hermann Göring ») et cinq de Panzer-Grenadiere (3., 15., 29., 90. et 16. SS), soit, au total, seulement 428 Panzer pour tout le front italien (sans compter les Panzerjäger et les Semoventi), auxquels il faut ajouter 286 Panzer qui sont expédiés en renfort d’Allemagne en moins d’un mois après l’annonce du débarquement. Pas plus de 800 blindés pour l’ensem‐ ble du front italien : Kesselring pourra‐t‐il en concentrer une quantité conséquente pour mener une contre‐attaque d’envergure dans la seule

zone d’Anzio ? Parmi les nombreuses unités déployées, on note la présence de la « Hermann Göring », de la 3. Panzer-Grenadier-Division, de la 26. Panzer-Division, ainsi que, en réserve, des éléments de la 16. SS-Panzer-Grenadier-Division « Reichsführer‐SS ». D’autres renforts sont en route. Accrochages et engagements sérieux se multiplient, et les Allemands prennent déjà la mesure de la puissance des Alliés, notamment de leur artillerie.

Le Generaloberst Eberhard von Mackensen, Kommandeur de la 14. Armee, peut donc songer à balayer la tête de pont par une contre‐ attaque d’envergure baptisée « Fischfang ». Retardé à plusieurs reprises, l’assaut, qui se veut décisif, ne débute que le 16 février, après une série de combats préparatoires très prometteurs. Les Allemands y mettent les moyens : la progression se fera sous le couvert de plus de 600 canons (en comptant les 8,8cm de Flak), dont des pièces lourdes sur voie ferrée, ainsi que de 68 Nebelwerfer (lance‐roquet‐ tes). Sturmpanzer Brummbär, Panzerjäger Hornisse et Elefant, Tiger I et autres Panther seront aussi de la partie aux côtés des chars et chasseurs de chars des divisions de Panzer et de Panzer-Grenadiere. Après quelques notables succès tactiques des Allemands, malgré les moyens conséquents engagés par ces derniers, la bataille s’enlise et s’éternise pendant un mois.

    

Que s’est‐il passé ? Il s’est d’abord écoulé un laps de temps trop long entre l’opération amphibie et le lancement de « Fishfang » : 25 jours ! Rommel saura s’en souvenir. Ce laps de temps, considérable, a permis

aux Alliés de fortement étoffer leurs positions défensives, qui plus est appuyées par une artillerie elle aussi consé‐ quente. Une donnée qui se retrouvera en Normandie. Ainsi, des centaines de canons antichars et plus de 800 Tanks attendent de pied ferme les Panzer… La boue qui recouvre le champ de bataille, par ailleurs généralement dépourvu de couverts, et la grêle d’obus, notamment de l’artillerie navale, qui s’abat sur les assaillants ren‐ dent la tâche de ces derniers impossible. Que souhaitait Mackensen ? Affaiblir suffisamment l’ennemi en première ligne pour rendre une percée possible, après quoi les Panzer auraient foncé jusqu’à Nettuno avant de nettoyer la tête de pont. Le 28 février, l’ultime tentative fait long feu. Le 29 février, les Alliés tirent la bagatelle de 65 000 obus sur les assaillants… Certaines unités allemandes

sont épuisées, le moral est en outre défaillant, et il n’existe pas de réserves fraîches à lancer dans la bataille.

 

Convoqué devant Hitler, le général Fries, commandant de la 29. Panzer-Grenadier-Division, expose au Führer les raisons de l’échec. Outre les points déjà relevés, le général allemand l’impute avant tout aux carences de la Luftwaffe et, a contrario, à la gêne qu’a représentée l’aviation alliée. Mais Fries sous‐estime l’effort de la Luftwaffe, qui a fourni, comme à Salerne, un appui beaucoup plus efficace qu’elle ne le pourra en Normandie. Les Panzer n’ont par ailleurs pas été présents en nombre considérable : moins d’une centaine opérationnels le 1er février, guère plus de 250 au plus fort de l’offensive, cette dernière impliquant également des formations d’infanterie, y compris d’élite, comme les Fallschirmjäger.

Certes, le 6th Corps du général Truscott est enfermé dans une poche et incapable de s’en extraire face à l’épaisseur du dispositif allemand, mais le constat d’échec vaut aussi pour la Wehrmacht : alors que se profile l’« Invasion » à l’Ouest, les Panzer, pourtant bien appuyés en artillerie, n’ont pas été en mesure de repousser l’ennemi jusqu’au rivage. Une victoire allemande aurait pourtant donné un formidable coup de fouet au moral du Reich, civils comme militaires. Elle aurait surtout représenté un sérieux avertissement pour les Alliés s’apprêtant à lancer « Overlord ».

22 janvier 1944: opération « Shingle » à Anzio-Nettuno (2)

ANZIO: LA CONTRE-ATTAQUE ALLEMANDE

 

Kesselring ne veut pas que les Alliés aient le temps de s’implanter solidement autour d’Anzio. Il n’a donc d’autres ressources que de lancer ses troupes dans la bataille au fur et à mesure de leur arrivée sur le front. Les premières attaques visent avant tout à retarder les alliés et les épuiser avant de lancer une vaste contre-offensive. A l’ouest du front de la 14.Armee de von Mackensen est positionné le 1.Fallschirmjäger-Korps (4.Fallschirmjäger-Division et 65.ID). Le reste du front est tenu par le 56.Panzerkorps (3.Panzergrenadier-Division, Panzerdivision « Hermann Goering », 26.Panzer-Division, 715.ID et 71.ID). Les Alliés ont déjà 100 000 hommes dans la tête de pont. En février, le général Lucas dispose des unités suivantes au sein de son 6th Corps : 3rd et 45th US ID, 1st US Armored Division, 504th US Parachute Regiment, 509th US Parachute Battalion, 751th US Tank Battalion, 1st et 56th British Division, 46th Royal tank Regiment et des unités de Commandos et de Rangers. D’autres unités suivront entre mars et mai. Le 3 février au soir, une forte préparation d’artillerie s’abat sur les positions de la 1st British ID. Un assaut déterminé est mené par les fantassins de la 65.ID, aidé par un mauvais temps qui cloue l’aviation alliée au sol.

 

     

Le lendemain matin, la percée est réalisée et la 3rd Brigade est encerclée, perdant 900 prisonniers et 500 tués et blessés. Le 7 février, alors que la Lutfwaffe et l’artillerie harcèlent la tête de pont depuis plusieurs jours, les allemands repartent à l’assaut contre les positions de la 1st British ID. Les pertes sont lourdes dans les deux camps, mais les positions tiennent. Cependant, le lendemain, l’ « Usine », à Aprilia, tombe aux mains des Allemands qui encerclent une unité britannique, qui s’extirpe de la nasse deux jours plus tard. Les Allemands ont atteint leur premier objectif, à savoir la réduction du saillant de Campoleone. A cette date, les Allemands ont fait 4 000 prisonniers depuis le 22 janvier. La 1st British ID a perdu 50% de ses effectifs mais les pertes allemandes sont également très lourdes. Les 11 et 12 février, un régiment de la 45th US ID appuyé par des blindés tente en vain de reprendre l’ « Usine » en dépit d’un soutien aérien et en artillerie conséquent. Pendant ce temps, la Panzerdivision « Hermann Goering » attaque en force la 3rd US ID afin de l’empêcher de porter secours aux Britanniques. Les Allemands reprennent le village de Ponto Rotto.

Pendant quelques jours, une relative inactivité règne sur le front d’Anzio. Kesselring retire à la 14.Armee les 15.Panzergrenadier-Division et 71.ID et les rend à la 10.Armee en raison de l’évolution critique de la situation devant Cassino. Von Mackensen reçoit en échange la 114.Jäger-Division, unité entraînée aux combats en moyenne montagne, qui arrive de Yougoslavie. Les Allemands ont à ce moment-là 125 000 soldats en ligne à Anzio, contre 100 000 Alliés. Von Mackensen prévoit une nouvelle attaque, au centre du front cette fois-ci, afin de couper en deux la tête de pont. L’opération reçoit le nom de code « Fischfang ». Hitler intervient en personne et ordonne une attaque menée par trois divisons (3.Panzergrenadier-Division, 114.Jäger-Division et 715.ID) avec deux divisions prêtes à exploiter la percée (26.Panzer-Division et 29.Panzergrenadier-Division). L’offensive débute le 16 février à 6h30. La Panzerdivision « Hermann Goering » mène des opérations de diversions. Elle subit cependant de lourdes pertes, mais réussit toutefois à gagner un peu de terrain avant d’être stoppée vers Isola Bella. Dans le secteur d’attaque principal, la 3.Panzergrenadier-Division et la 715.ID s’attaquent aux positions de la 45th US ID. Les fantassins allemands sont cependant cloués sur place par l’artillerie et l’aviation alliées. Le Panzergrenadier Regiment 309, qui arrive tout juste d’Allemagne, cède même à la panique sous la violence des bombardement. De surcroît, le terrain spongieux empêche toute manœuvre des blindées, obligés d’évoluer sur une route unique. Dans ces conditions, les pertes ne peuvent être que très élevées. Toutefois, les allemands réussissent à avancer de 5 à 6 kilomètres dans la journée. Anzio n’est plus distante que de 12 kilomètres ! Les Allemands concentrent alors tous leurs moyens pour emporter la décision. L’artillerie, dont des lance-roquettes « Nebelwerfer », se déchaîne sur les positions américaines.

 

   

Von Mackensen fait intervenir dans la bataille les « Tiger I » et les chasseurs de chars « Tiger Elephant » mis à sa disposition. L’attaque de nuit de la 715.ID est un succès. Le 17 février, la Luftwaffe attaque la 45th US ID pendant que 60 Panzer et des fantassins montent à l’assaut des positions américaines. Le front américain cède sous la violence de l’attaque et une brèche de trois kilomètres de large et d’un kilomètre et demi de profondeur est ouverte. L’aviation alliée se déchaîne alors sur l’assaillant, mais les Allemands ne plient pas. Au contraire, von Mackensen fait intervenir ses réserves, les 26.Panzer-Division et 29.Panzergrenadier-Division. Le 18 février au matin, les Américains et les Britanniques sont positionnés à « Flyover Bridge ». Les positions tiennent en dépit de terribles combats et de l’absence de couverture aérienne en raison d’un ciel nuageux. Un régiment de la 45tj ID est encerclé dans des cavernes à Fossa di Carroceto. Le 23 février, il réussit à rejoindre les lignes alliées après sept jours de combat, mais il est alors réduit à 225 hommes, dont 50 blessés. Un avion d’observation observe 2 500 soldats allemands dans ce secteur et il dirige aussitôt le tir de 200 pièces d’artillerie sur eux. Le 19 février, les allemands percent à nouveau. La situation est dramatique pour les Alliés. Ces derniers envoient au front les blessés légers, les secrétaires, les musiciens, les cuisiniers et les MP. L’artillerie alliée se déchaîne sur le front de « Flyover Bridge » et une contre-attaque de blindés américains permet de reprendre 1 600 mètres de terrain aux Allemands. Les attaques allemandes se poursuivent jusqu’au 20, puis les combats perdent en intensité. Le 23 toutefois, deux compagnies britanniques sont perdues. Certaines unités ont été virtuellement anéanties, à l’image de la 65.ID qui ne compte plus que 901 soldats le 19 février et seulement 673 le 22 !

Le 22 février, le commandant de la 3th US ID, le général Truscott, remplace le général Lucas à la tête du 6th Corps. Le nouveau commandant est plus énergique et plus décidé que son prédécesseur, mais la partie est déjà gagnée contre les Allemands. Le 28 février, von Mackensen reprend l’offensive, sur ordre express du Führer. Plusieurs unités du 76.Panzerkorps, dont la Panzerdivision « Hermann Goering » et la 26.Panzer-Division, attaquent la 3th US ID et le 504th US Parachute Infantry Regiment vers Cisterna. Le succès le plus important des allemands est remporté au détriment d’un bataillon de parachutistes américains, mais l’avance allemande se limite à un gain de 800 mètres, ce qui est bien peu. L’artillerie allie réplique avec puissance puisque pas moins de 66 000 obus sont tirés le 29 février. L’offensive n’obtient que des résultats médiocres et une vingtaine de Panzer sont perdus. L’attaque est un échec. Le 1er mars, Kesserling ordonne à von Mackensen de cesser les assauts et de passer à la défensive. La défens américaine est en effet encore plus forte et les Allemands sont à nouveau repoussés. Le lendemain, à la faveur du beau temps qui est de retour, les Américains reprennent une partie du terrain perdu. L’aviation alliée pilonne sans ménagement les troupes adverses. En trois jours, la 14.Armee de von Mackensen a perdu 3 500 hommes et 30 Panzer, des chiffres élevés pour la 14.Armee. Le temps, le terrain et la mauvaise qualité des renforts reçus par von Mackensen expliquent en grande partie l’échec.

Le 3 mars commence sur le front d’Anzio une longue période de calme et de stagnation. Les deux camps sont épuisés. Les deux camps en sont réduits à s’observer, aucun n’ayant alors les ressources matérielles de remporter la victoire. Les Alliés sont cependant soumis à des bombardements permanents de la part de l’artillerie allemande et de la Luftwaffe. Les Alliés ne cessent de renforcer leur tête de pont. Au 12 mars, 125 000 soldats britanniques et américains et 25 000 véhicules ont été débarqués depuis le 22 janvier. Cependant, la seule utilité de celle-ci est désormais d’y fixer le maximum d’unités allemandes, au bénéfice du front de Cassino. L’opération « Shingle » n’en reste pas moins un échec car la route de Rome n’est pas ouverte et Clark subit plusieurs échecs devant Cassino. Tout au plus les forces débarquées à Anzio serviront d’appoint au moment de la percée finale de la ligne « Gustav ». On est bien loin des grands espoirs mis dans « Shingle ». Au contraire, Kesselring a su réagir avec brio à la menace du débarquement allié. En revanche, il s’est avéré impossible pour lui de rejeter le 6th Corps à la mer.

   

 

22 janvier 1944: opération « Shingle » à Anzio-Nettuno (1)

    

En décembre 1943, en raison des difficultés météorologiques et de la défense acharnée des forces allemandes devant Cassino, Alexander se voit dans l’obligation de concevoir alors un nouveau plan. Il décide de faire porter l’effort de l’attaque dans le secteur de la 5th Army. Clark doit percer la ligne « Gustav » pour déboucher dans la vallée du Liri, ce qui ouvrirait la porte vers Rome. Il est prévu qu’un débarquement sera effectué sur les arrières des Allemands à Anzio, au plus tard le 15 janvier, afin de faciliter les opérations de rupture du front entre Cassino et la mer Tyrrhénienne. La 5th Army atteint la ligne « Gustav » le 15 janvier, après de durs combats. Le 2nd US Corps attaque frontalement Cassino le 20 janvier mais l’opération s’avère être un désastre complet. Une deuxième attaque le 24 janvier échoue également. Au nord du front d’attaque américain, le Corps Expéditionnaire Français s’empare pour sa part du mont Belvédère après de durs combats, mais le succès français ne peut être exploité, faute de réserves. Au sud, les Britanniques réussissent à franchir le Garigliano le 17 janvier au prix de lourdes pertes, mais la percée s’avère impossible. Mi-février, les Néo-Zélandais remplacent les Américains dans le secteur de Cassino et ils préparent une nouvelle attaque. La première bataille pour le Monte Cassino est terminée.

    

 

C’est donc dans des conditions favorables qu’est déclenchée l’opération « Shingle », le débarquement à Anzio. Le 22 janvier 1944, le débarquement s’effectue sans opposition et le 6th US Corps du général Lucas a devant lui la route de Rome grande ouverte : 2 000 Allemands font face à 36 000 Alliés ! Mais Lucas préfère consolider sa tête de pont plutôt que de foncer vers Rome ou prendre la ligne « Gustav » à revers. En revanche, Kesselring ne perd pas un instant et réagit avec rapidité. En dépit de l’envoi de toutes ses réserves face à la menace de la 5th Army, il réussit à rameuter toutes les unités disponibles dans le secteur d’Anzio. Le 28 janvier, Lucas dispose de 70 000 hommes, 237 chars et 508 canons, soit l’équivalent de 4 divisons. La 14.Armee de von Mackensen dispose alors de 6 divisions et plusieurs détachements de 4 autres. Le 30 janvier, l’offensive alliée est repoussée, 2 bataillons de Rangers sont réduits à 6 hommes sur les 767 partis à l’assaut le matin ! Alexander a échoué. Une dure bataille de position s’engage alors sur les fronts d’Anzio et de Cassino.