21 janvier 1942: Rommel contre-attaque en Libye

 

21 janvier 1942: Rommel contre-attaque en Libye

 

 

 

 

D’après le journal de Goebbels en date du 20 janvier 1941, il semblerait que Hitler entende reprendre Benghazi puis céder le commandement des opérations en Afrique à Crüwell et utiliser son « meilleur général » ailleurs, en Russie probablement[1]. Il n’en sera rien. Le 21 janvier 1942, sans prévenir l’OKW ni les Italiens en qui il n’a aucune confiance, Rommel repart à l’attaque avec environ 200 chars et affronte la 1st Armoured Division, forte de 150 chars, à Agedabia. Bien que le sable mou leur cause quelques difficultés, les Allemands, favorisés par une tempête de sable, démontrent à nouveau leur supériorité sur le terrain. En novembre 1941, les services de renseignements d’Auchinleck apprennent que les Panzer III et IV sont maintenant équipés de plaques de blindages additionnelles et sont dotés de canons plus performants. La largeur accrue de leurs chenilles -400 mm- accroît leurs performances tout terrain[2]. Mais, de façon surprenante, cette information essentielle n’est pas transmise au front. Les unités de tanks britanniques découvrent donc ces nouveaux Panzer en janvier 1942 lorsque Rommel lance sa contre-attaque (en mai selon K. Fish)[3].

     

L’avancée de Rommel apparaît aussi irrésistible que lors de sa première offensive de mars-avril 1941. Rommel rappelle à l’Oberstleutnant Marcks l’objectif qu’il lui a assigné : « Ne perdez pas de vue que votre objectif est Agedabia ». Le Kampfgruppe Marcks, composé d’unités de la 90. Leichte-Afrika-Division ainsi que des 15. et 21. Panzer-Divisionen, s’ébranleà nouveau vers l’est. Marcks s’empare d’Agedabia 24 heures après avoir percé le front à Mersa el Brega. Le MG-Bataillon 8 suit Marcks. Les mitrailleurs doivent s’emparer de Saunnu et de son point d’eau avec le soutien de 25 Panzer de la 21. Panzer-Division ainsi que de deux Flak de 88 mm. Les Allemands se heurtent à une centaine de blindés britanniques. Pourtant, ces derniers ne sont guère enclins à résister jusqu’au bout et ne cessent de manoeuvrer sous le couvert d’un rideau de fumée. Ce dernier ne les préserve aucunement des frappes des 88 mm : 32 engins sont incendiés. De leur côté, les mitrailleurs empêchent toute tentative de débordement britannique. Sous l’œil attentif de Rommel présent sur les lieux, la coopération interarmes démontre une fois de plus toute son efficacité. Les soldats de l’Afrika Korps poursuivent leur progression sur un terrain ondulant avant de parvenir au sommet d’une crête. De là, ils découvrent la dépression de Saunnu occupée par une cinquantaine de tanks, deux batteries d’artillerie et un certain nombre d’autres véhicules. Soudain, dix blindés anglais se dirigent vers la crête. Mais les mitrailleurs allemands appuyés par des pièces antichars les attendent de pied ferme. Mouvement pour le moins téméraire. Les Pak du 2./Panzerjäger-Abteilung 39 ont vite fait de repousser cette attaque risquée mais une deuxième tentative britannique parvient à ses fins. Trois canons allemands sont même broyés sous les chenilles des tanks anglais tandis que les tracteurs sont criblés de balles par les mitrailleuses de bord. Pendant ce temps, les Panzer ont fait mouvement pour attaquer la cuvette depuis l’ouest. Le puits de Saunnu est pris par les Allemands. Le matin du 24 janvier, ne soupçonnant rien, un convoi britannique venu faire le plein d’eau tombe, pénètre dans la dépression sans précaution et tombe dans une souricière : 5 camions sont détruits et 12 autres capturés[4].

Le 24 janvier, le Kamfgruppe Marcks reçoit l’ordre de s’emparer de Msus. Les Britanniques parviennent in extremis à détruire les stocks d’essence mais abandonnent 127 canons et 600 véhicules aux Allemands. Ces derniers découvrent en outre 50 blindés dans un atelier qui n’a pu être évacué à temps[5]. Les Allemands estiment par ailleurs les pertes ennemies du 21 au 24 janvier à 143 tanks et automitrailleuses ainsi que 80 canons. Le 25 janvier, le butin de l’Afrika Korps se monte à 96 chars, 38 canons antichars[6]. Selon la 8th Army, les pertes britanniques du 21 janvier au 6 février se monteraient à 1 390 hommes, 72 chars détruits ou abandonnés ainsi que 40 pièces d’artillerie (hors antichars)[7]. La victoire de Rommel est obtenue à moindre frais : 1 tué et 13 blessés au Kampfgruppe Marcks du 27 au 29 janvier et 5 morts et 10 blessés au sein de l’Afrika Korps[8]. Les combats de chars ont encore une fois tourné à l’avantage des Allemands. Leur supériorité en la matière est incontestée depuis les affrontements de « Battleaxe » en juin 1941. Auchinleck ne peut qu’amèrement transmettre à Churchill que le personnel du Royal Armoured Corps a perdu confiance en son équipement[9].

   

Le Comando Supremo, furieux de ne pas avoir été informé de la contre-attaque, mais également inquiet pour le ravitaillement, veut limiter l’offensive[10]. Au contraire, montant son approbation, Hitler promeut Rommel au grade de General der Panzer le 24 janvier[11]. Rommel poursuit cependant l’attaque et trompe Ritchie en lançant une feinte vers Mechili avec le DAK lors que son véritable objectif est Benghazi. La 4th Indian Division, positionnée à Benghazi, est partiellement encerclée et perd 1 000 hommes. Toutefois, 4 000 hommes parviennent habilement à s’extirper de la nasse[12]. L’Afrika Korps parvient cependant à faire main basse sur un stock d’équipement impressionnant, entreposé à Benghazi en vue de l‘opération « Acrobat ».

Comme en avril 1941, l’Afrika Korps parvient jusqu’au paysage déroutant des montagnes vertes du Djebel Akhdar. « Sommes-nous encore en Afrique ? Quel pays merveilleux ! Des bosquets verts, des prairies, des cyprès, des bouleaux, des pins et partout des fleurs »[13]. La poursuite s’achève début février sur la ligne de défense de Gazala. Mussolini se montre satisfait de Rommel. Hitler également. Le Führer accorde au « Renard du désert » l’insigne honneur d’être le premier officier de la Heer à recevoir les Glaives à sa croix de chevalier de la croix de fer[14]. Début février, les deux armées, à cours de ravitaillement, ne peuvent poursuivre les opérations. Les forces de Rommel se limitent à 14 700 Allemands et 21 712 Italiens[15]. Pour l’heure, il n’est nullement question de poursuivre l’avance.

[1] Kitchen M., p 184

[2] Battistelli P.P., p 61

[3] Piekalkiewicz J., p 96

[4] Kurowski F., p 131-132

[5] Kurowski F., p 135

[6] KTB OKW, volume 2, I 25-26-27/01/1942

[7] Playfair I.S.O., p 151-152

[8] KTB OKW, volume 2, I 30/01/1942

[9] Neillands R., p 101

[10] Playfair I.S.O., p 145

[11] Kitchen M., p 192

[12] Playfair I.S.O., p 150

[13] Carell P., p 214

[14] Lemay B., p 216

[15] KTB Anlage 19 E 14/02/1942

« La Big Red One face à la 2. Pz.-Div.», Didier Lodieu,

« La Big Red One face à la 2. Pz.-Div.», Didier Lodieu, Ysec, 2014, 144 pages

Un ouvrage qui n’est pas inintéressant mais à réserver à un lectorat connaisseur. En regard des sources indiquées et des interviews de vétérans (uniquement de la 2. Panzer), ce livre aurait peut-être dû s’intituler « La 2. Pz.-Div face à la Big Red One ». Des témoignages (y compris américains) et des clichés inédits (bien que les portraits d’officiers et leur biographie succincte me semblent sans intérêt), mais un texte très tactique, donnant certes des informations intéressantes mais parfois confus, visiblement relu à la va-vite (confusion Model/Rommel et un historique de la 1st US ID très approximatif), ce qui n’est pas la cas de tous les ouvrages de cet auteur (le meilleur est celui qu’il a consacré à Saint-Lô aux éditions Histoire & Collections). L’auteur publie de nombreux ouvrages  sur la bataille de Normandie, tous très intéressants et par ailleurs sur des thèmes souvent originaux (comme la 272. ID ou encore les combats sur la Seine). Un bémol toutefois, mais qui ne remet pas ne cause l’intérêt de ces livres : la parole d’un vétéran ne vaut pas affirmation d’une réalité et accepter tout témoignage sans recul ni questionnement ne signifie aucunement faire oeuvre d’historien (ainsi, peut-on affirmer qu’un soldat était antinazi en 1944 –tout en ayant à l’idée la signification que cela peut avoir au sein d’une dictature- uniquement parce qu’il l’affirme des décennies plus tard ?). D. Lodieu semble beaucoup admirer les soldats allemands dans ses ouvrages, « La Big Red One face a la 2. Pz.-Div.» ne faisant pas exception. Pour ma part, je ne peux mettre de côté que la Waffen SS et la Wehrmacht sont l’armée d’Hitler, ce qui ne fait certes pas de tous leurs membres des Hitlériens, loin de là, mais cela les place résolument sur un autre plan que les armées alliées. Ceci étant, les travaux de D. Lodieu méritent d’être lus et me semblent indispensables pour tous les passionnés de la bataille de Normandie.

« Airborne Combat », James E. Mrazek, Stackpole

« Airborne Combat », James E. Mrazek, Stackpole, 2011, 486 pages

Cet ouvrage est en fait une réédition en un seul tome de deux livres parus en 1975 et 1977 : « The Glider War » et « Fighting Gliders of WWII ». La genèse des forces aéroportées et la mise au point de modèles de planeurs en Allemagne, aux Etats-Unis et en Grande Bretagne est expliquée. Après une introduction attendue sur Eben-Emaël, la narration des différentes opérations aéroportées a le mérite de nous présenter quelques faits méconnus, des opérations de diverses natures (les planeurs  ne servent pas qu’à l’assaut) et de nous emmener sur tous les fronts, de l’Europe à la Birmanie. On pourra regretter que certaines opérations sont trop rapidement abordées mais le propos de l’auteur se veut exhaustif. Celui-ci passe ensuite en revue les différents modèles de planeurs des différents belligérants, sortant des sentiers battus en présentant des modèles peu connus, y compris des Soviétiques, des Japonais, des Australiens, des Italiens et d’autres. Toutefois, cette partie du livre s’apparentent davantage à un inventaire à la Prévert d’engins, de leurs caractéristiques techniques et –très rapidement- de leur emploi sans aucune réflexion sur leur engagement opérationnel ni une étude comparée. Des annexes complètent l’étude, avec notamment un tableau comparatif de tous les planeurs avec chiffres de producytions, dimensions, poids, capacités… Un ouvrage bienvenue car les récits des opérations aéroportées font souvent la part belle aux seuls parachutistes, sauf rares exceptions où une place est accordée aux soldats transportés par planeurs: Eben Emaël, Pegasus Bridge…

« Grant. L’étoile du Nord ». Vincent Bernard, Perrin

« Ulysses S. Grant. L’étoile du Nord ». Vincent Bernard, Perrin, 2018

Passionné de la guerre de Sécession depuis toujours (j’ai failli en faire ma spécialité), je suis avec intérêt les publications de Vincent Bernard. J’avais vraiment apprécié sa biographie de Robert Lee (également publiée chez Perrin), ainsi que son livre posant la question des chances de victoire de la Confédération (éditions Economica). Nous avons donc affaire à un auteur qui connaît son sujet. Bien qu’ayant lu des dizaines d’ouvrages sur cette guerre, j’ai beaucoup appris avec cette biographie de Grant, d’abord parce que le personnage n’avait pas attiré mon attention autant que Lee ou Lincoln, pour ne citer que ces deux personnages, ensuite parce que cette biographie est très complète. Grant semble toute sa vie marqué par une certaine modestie, dans sa jeunesse, mais également au moment où il accède aux plus hautes fonctions. La genèse chaotique de ce grand général, dont le parcours à West Point n’a rien d’exceptionnel, m’a beaucoup intéressé. J’ai découvert de petits détails (« S » n’est pas Simpson, l’homme ne devait pas s’appeler « Ulysses »,etc), une belle famille pro-sudiste, ainsi que son parcours antebellum. Je regrette toutefois que la guerre de Sécession n’occupe pas une plus grande partie de l’ouvrage. Par ailleurs, si certaines batailles sont plus ou moins suffisamment détaillées, certaines remarques trop sont allusives (tous les lecteurs ne sont pas au fait du plan « Annaconda » par exemple) et j’aurais aimé plus de lignes pour les descriptions des batailles, mais ce n’était pas là le propos de l’ouvrage et l’auteur, qui sait restituer l’essentiel des combats (le lecteur est en oute aidé par des cartes), nous permet de bien suivre les événements du point de vue de Grant (Vincent Bernard revient plusieurs fois sur le mythe de Grant l’alcoolique et sur celui de « Grant le Boucher »), sans oublier un recul au niveau stratégique de temps à autre. Le passage sur la reconstruction du Sud, fort bien expliqué, a retenu mon attention car il s’agit d’un épisode capital de l’histoire des Etats-Unis. L’intérêt de Grant pour les Indiens et pour la cause noire font de lui quelqu’un d’exceptionnel pour l’époque. On sera également intéressé par toutes les personnalités croisées au cours de la vie très riche d’Ulysses Grant. Le scandales de la présidence ne sont pas oubliés, pas plus que son tour du monde de jeune retraité. Un regret? Que davantage de pages n’aient pas été consacrées à questionner son art du commandement et l’image qu’il a laissé (les Britanniques ont baptisé un blindé de la Seconde Guerre mondiale de son nom), de ses apparitions dans le 7e art… Que dit-on de lui dans l’US Army depuis lors et jusqu’à nos jours? Après tout, sa méthode de frapper du fort au fort, en usant de la supériorité matérielle et numérique, en n’hésitant pas à semer la destruction (Sherman, Sheridan) tout en exigeant du vaincu une soumission complète, un reddition sans conditions, a été plus une source d’inspiration stratégique que nulle autre pendant la Seconde Guerre  mondiale (même si la stratégie de l’Union -cf les opérations à l’Ouest, sur le Mississippi et sur les côtes- est bien plus fine que ce que mon assertion semble suggérer), même si les méthodes de contournement à la Lee peuvent, mutatis mutandis, trouver un certain écho dans les chevauchées menées par Patton en 1943-44. Un choix qui se respecte et qui ne remet nullement en cause la qualité de cet ouvrage, car cela aurait signifié sacrifier des éléments donnés dans les chapitres qui précèdent la conclusion. Au final, un très bon moment de lecture, comme je m’y attendais. Recommandé vivement aux passionnés de la guerre de Sécession et à ceux qui s’intéressent à l’histoire des Etats-Unis.

 

« Victoire sur les Alpes. Juin 1940 », Max Schiavon

« Victoire sur les Alpes. Juin 1940 », Max Schiavon, mens sana, 2011, 479 pages

Ce bel ouvrage nous emmène dans la Briançonnais, au Queyras et en Ubaye et nous narre (en partie) la trop méconnue bataille des Alpes, victoire remportée par les troupes françaises. Tiré des travaux de la thèse de l’auteur, on constate rapidement que Max Schiavon maîtrise très bien son sujet. Les informations sont précises et le texte est agrémenté de nombreux encadrés fort utiles. Des annexes fournissent des renseignements (clauses de l’armistice franco-italienne, étta de spertes, organigrammes, informations sur les munitions…). Le livre contient un certain nombre de photos (notamment de beaux clichés en couleur de l’auteur), mais bien trop nombreuses, ainsi que des cartes. Un des points forts du texte est de bien présenter le contexte et, surtout, de ne pas négliger l’ennemi italien qui est bien étudié à plusieurs reprises. Contrairement à une idée reçu, il apparaît que certaines unités françaises -en tout cas celles de l’armée des Alpes- ont mis à profit la « drôle de guerre » pour parfaire leur instruction et se préparer au mieux possible à l’inévitable confrontation. Contrairement également à une idée reçue, les divisions alpines sont parties combattre ailleurs en France après l’offensive allemande et ce sont essentiellement des formations d’infanterie (certes formées de soldats « du cru » et épaulées par des unités de skieurs) qui ont eu à affronter les Italiens. La partie concernant les préparatifs et la mise en défense des Alpes est fort réussie. Le récit des combats est plus classique. Au final, les Italiens n’ont au mieux qu’atteint la ligne principale de résistance sans pouvoir l’entamer. Il reste que ce livre ne donne qu’un aspect de la bataille des Alpes: le front central est le seul étudié. A lire: cela change de Sedan, Dunkerque et autres Gembloux.

« 1916 en Mésopotamie. Moyen-Orient: naissance du chaos »par Fabrice Monnier

« 1916 en Mésopotamie. Moyen-Orient: naissance du chaos »par Fabrice Monnier, CNRS Editions, 2017

Je pense que ce livre est à lire par les passionnés de la Première Guerre mondiale. Un sujet qui m’interpelle, pour avoir écrit La Grande Guerre au Moyen-Orient (voir ici, publié presque en même temps que Du Caire à Damas, très bon livre de Rémy Porte), mais mon ouvrage (épuisé, mais j’en possède les droits pour une réédition en France), axé sur les opérations menées depuis l’Egypte, ne traite que très peu de la Mésopotamie. Fabrice Monnier donne un sous-titre à son ouvrage: « Moyen-Orient: naissance d’un chaos ». En fait, on y apprend guère sur les difficultés d’après-guerre ou la genèse du Moyen-Orient moderne: on préfèrera lire de A peace to end all peace de David Fromkin ou encore La saga des Hachémites de Rémi Kauffer, voire Lawrence d’Arabie de Christian Destremeau. Ce livre n’en reste pas moins passionnant, donnant de nombreuses clés de compréhension sur ce front méconnu, les nombreux détails étant affinés par de précieuses notes en fin d’ouvrage qu’il faut absolument consulter au fil de la lecture. Les chapitres introductifs sur les questions économiques et politiques relatives à la Mésopotamie avant la guerre sont les bienvenus. La narration des événements ainsi que des responsabilités qui mènent au désastre britannique de Kut et ses suites est bien menée, le texte étant centré sur la personnalité controversée de Townshend. Les forces et faiblesses des deux armées sont expliquées avec détails, de même que la question perse qui est liée en partie aux opérations menées en Mésopotamie. Je déplore cependant le style d’écriture de l’auteur, trop enclin à annoncer des faits à l’avance, ne ménageant aucun suspense, et ne cessant de multiplier les « j’y reviendrai » ou autres « rappelons » ainsi que diverses tournures qui appartiennent visiblement au « langage parlé ». Ses jugements parfois à l’emporte-pièce et par trop généralisante sur les moeurs des différentes populations musulmanes évoquées me laissent par ailleurs un peu dubitatif. Le livre reste toutefois réussi et très intéressant, sur un propos original, et je le recommande. On pourra également lire The First Irak War 194-1918: Britain’s Mesopotamian Campaign d’A.J. Barker, qui m’avait beaucoup plu, mais l’ouvrage se concentre sur les aspects militaires.

« Normandiefront. D-Day to Saint-Lô through German eyes », Vince Milano & Bruce Conner

« Normandiefront. D-Day to Saint-Lô through German eyes », Vince Milano & Bruce Conner, The History Press, 2011, 288 pages

Vous voulez vous resourcer sur le Jour J et la bataille de Normandie en quittant les sentiers battus? Je ne peux que vous conseillez la lecture de ce livre. Il raconte par le menu la préparation et l’engagement de la célèbre 352. Infanterie-Division en Normandie. Certes, rien de bien nouveau sur Omaha. En revanche, l’intégralité de l’engagement de l’unité jusqu’à Saint-Lô est racontée en laissant la place à de nombreux témoignages. La partie la plus passionnante concerne les jours cruciaux qui suivent le débarquement alors que le front allemand est virtuellement inexistant au sud d’Omaha Beach. Les opérations menées par la 352. ID jusqu’à Saint-Lô sont bien expliquées. L’iconographie est en grande partie inédite, et elle peut s’avérer particulièrement intéressante (il ne s’agit pas d’une galerie de portraits comme cela peut être le cas dans de nombreux livres). Le final (l’annexe 1), sur l’équipement allemand et américain, est en revanche un peu basique, pour ne pas dire inutile. Ce livre, intéressant, a le mérite de sortir des habituels récits (certes passionnants) consacrés aux seules forces d’élite: Panzer Lehr, « Hitlerjugend » et autres Fallschirmjäger-Regiment 6. La bataille de Normandie est avant tout une affaire de fantassins ordinaires… A lire en complément de mon livre Invasion, le seul ouvrage en français qui traite de l’intégralité de la bataille de Normandie selon le point de vue des Allemands (et de façon impartiale).

Defending Fortess Europe, Mark J. Reardon

Defending Fortess Europe

Aberjona Press, 2012, Mark J. Reardon, 344 pages.

Un livre très utile et passionnant que tout féru de la bataille de Normandie se doit d’avoir lu. Cet ouvrage nous place du point de vue de l’état-major de la 7. Armee et fournit bien des informations intéressantes, agrémentées par les commentaires et les introductions de l’auteur. Un excellent complément pour tout lecteur connaissant déjà bien la bataille: un néophyte risquant de ne pas pouvoir apprécier pleinement le texte, ni relativiser les propos (encore que l’auteur introduit de nombreux correctifs lorsque les informations données par la 7. Armee sont erronées). On apprend ainsi au jour le jour la vision de la situation depuis l’état-major de Dollmann (puis Hausser), ainsi que de ses supérieurs puisque ce journal contient de nombreuses références aux ordres de l’OB West ou du Heeresgruppe B. L’arrivée et la destination des renforts, les difficultés auxquelles il faut faire face, les fausses rumeurs et diverses contingences, les opérations envisagées,le déroulement des batailles à l’échelon de l’armée, etc: rien ne manque. Cet ouvra m’avait servi pour Invasion mais également pour mon Hors-Série 2e Guerre Mondiale Magazine N°35: « Le III. Reich pouvait-il repousser les Alliés en Normandie? » avec un chapitre consacré aux réactions allemandes au cours des 48 premières heures de la bataille de Normandie. pour Plusieurs appendices complètent les informations, notamment la Luftwaffe pendant la campagne et la montée au front des forces allemandes. Mark Reardon, par ailleurs auteur d’une remarquable étude de la contre-attaque allemande de Mortain (la meilleure, à ma connaissance), est très au fait de son propos.

Russell Miller, Uncle Bill. The authorised Biography of Field Marshal Viscount Slim

Russell Miller, Uncle Bill. The authorised Biography of Field Marshal Viscount Slim, Phoenix, 2013

Slim est sans conteste un des meilleurs généraux du conflit. A l’instar de Wavell et d’Auchinleck, il mériterait une postérité davantage appuyée dans le souvenir du grand public, au détriment de Bernard Montgomery, qui n’est pas à la hauteur des louanges qu’on lui décerne (le vainqueur d’El Alamein est cependant loin de n’avoir que des défauts, sur le plan militaire s’entend). La jeunesse, l’armée des Indes, le Soudan puis le Moyen-Orient retiennent certes notre attention, et sont nécessaires pour bien saisir la personnalité de ce général exceptionnel, mais c’est surtout la campagne de Birmanie et son commandement du Burcorps puis de la 14th Army qui révèlent au lecteur tous les talents d’un général d’une grande valeur. Cette campagne est par ailleurs passionnante. Je ne peux que conseiller de lire en parallèle d’autres ouvrages qui y sont consacrés, à commencer par les propres mémoires de Slim : Defeat into Victory.

Ian Beckett (sous la direction de), Rommel, A Reappraisal

Ian Beckett (sous la direction de), Rommel, A Reappraisal, Pen & Sword, 2013

Les livres sur Rommel sont légions. Celui-ci a le mérite d’être problématisé et de s’attacher en grande partie à l’aspect militaire de cet officier hors-norme. Il ne s’agit nullement d’une biographie, mais d’une étude sur le maréchal, uniquement pour la période de la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs spécialistes –Claus Telp, Niall Barr, Peter Lieb-décortiquent son art du commandement au cours des principales campagnes (France 1940, Désert 1941, Désert 1942, Normandie 1944). Alaric Searle traite du personnage pendant la montée du nazisme et les premières années du régime. Russel Hart évoque quant à lui la question de l’implication de Rommel dans l’attentat du 20 juillet 1944. Mark Connely est chargé du chapitre terminal, dans un genre qui est celui que j’affectionne pour mes ouvrages, car j’aime réfléchir sur la postérité du sujet étudié : « Rommel as Icon ». On appréciera aussi le fameux Rommel. Das Ende einer Legende, par Ralf Reuth (Haus Books, 2005).