Ostfront-La guerre germano-soviétique (13/50)

 

RJEV : LE FÜHRERBEFEHL SAUVE LA WEHRMACHT (6 DECEMBRE 1941-AVRIL 1942)

Les trois armées du Front de Kalinine (22ème, 29ème et 39ème) ont pour objectif d’envelopper et d’anéantir la 9.Armee et la 3.Panzer-Armee en frappant depuis le nord. Toutefois, le 3 janvier, la 9.Armee, alors en pleine retraite vers le sud-ouest après avoir abandonné Kalinine, reçoit le Führerbefhel, l’ordre du Führer, suivant : « La 9.Armee ne doit plus faire un pas en arrière. Les positions atteintes le 3 janvier doivent être tenues ! » Cet ordre est toutefois contrecarré par la pression des événements dès le lendemain. Les troupes de la 39ème armée soviétique passent en effet à l’attaque à travers la Volga gelée. L’assaut brise les lignes peu solides de la 256.ID du général Kaufmann et permet une percée en direction des zones boisées au sud-ouest de Rjev. Très rapidement, une brèche de 15 kilomètres se forme entre la 256.ID et 206.ID du général Hoefl.

 

A ce moment là, le 23.Armee-Korps est isolé du reste de la 9.Armee. L’avance des troupes soviétiques, motorisées et parfaitement équipées pour les combats hivernaux, semble irrésistible : le 5 janvier, elles se ne se trouvent plus distantes que d’à peine 7 kilomètres de Rjev. Parant au plus pressé, le général Lindig, qui commande le 122ème d’artillerie, constitue en hâte une position défensive avec des unités de bric et de broc et des Kampfgruppen jetés précipitamment au front pour contrecarrer la menace. Conscient de l’urgence de la situation, le chef de la 9.Armee retire un régiment aux 86., 129. et 251.ID, alors engagées vers l’Est, et les envoient rapidement à Rjev pour renforcer le bouchon mis en place par Lindig. Pour faciliter la tâche des opérations à venir, l’OKH décide de subordonner la 3.Panzer-Armee à la 9.Armee, Reinhardt recevant alors la responsabilité de la partie orientale du front de l’armée. Le 7 janvier, le colonel Wiese lance à l’assaut depuis Grishino vers Molodai son 39.Infanterie-Regiment, appartenant à la 26.ID. L’objectif de cette unité de la 26.ID est de combler la brèche. En dépit du froid intense, les hommes de Wiese parviennent à reprendre six villes aux Russes, sans parvenir pour autant à refermer la brèche. C’est alors que les conséquences de la percée de la 4ème armée de choc, plus au nord, deviennent beaucoup plus évidentes. La 9.Armee est menacée rapidement d’encerclement s’il elle ne prend pas des mesures énergiques pour sortir de ce mauvais pas. Le 11 janvier, les Soviétiques atteignent le secteur de Sychevka, attaquant par conséquent vers l’unique voie ferrée permettant la connexion entre Rjev et Viazma. Des unités d’alerte, placées sous la direction du colonel Kruse, le chef de l’artillerie de la 9.Armee, tentent de résister aux Russes dans cette direction. Les soldats allemands, bien que combattant avec courage, ne parviennent pas à stopper les Soviétiques, qui s’emparent finalement de la gare de Sychevka.

L’armée allemande rassemble hâtivement des groupes de combat à l’ouest et le sud-ouest de Rjev pour assurer les arrières de la 9.Armee. Le général Lindig mène personnellement le Kampfgruppe qui opère devant Rjev. Ce groupe de combat est formé par l’assemblage hâtif et disparate de troupes des dépôts de ravitaillement, du train et de la Luftwaffe. Plus au sud, la brèche est colmatée par un Kampfgruppe de la 129.ID commandé par le colonel Danhauser. Le groupe de combat formé à partir de la 86.ID est sous les ordres du colonel Weidling. La situation se stabilise finalement autour de Sychevka lorsque la 1.Panzer-Division intervient dans le secteur. Les unités soviétiques ne sont pas pour autant stoppées dans leur avance vers le sud. A ce moment-là, la 39ème armée a déjà engagé la majorité de ses unités sur les arrières de la 9.Armee. La 29ème armée attaque à son tour, directement contre Rjev, tandis que le 11ème corps ce cavalerie réussit à effectuer une percée en direction de Viazma et de l’autoroute Moscou-Smolensk.

Le nouveau commandant de la 9.Armee, le général Model, ne tarde pas à ordonner une contre-attaque pour repousser les Russes entre Rjev et Sychevka. C’est ainsi que, le 21 janvier 1942, la 1.Panzer-Division se lance à l’assaut depuis Sychevka par des températures sibériennes. Le thermomètre enregistre -45°C ce jour-là ! Le lendemain, un Kampfgruppe renforcé du 6.Armee-Korps du général Recke, le commandeur de la 161.ID, attaque pour sa part dans le secteur de Rjev, en direction de l’ouest. Au même moment, le 23.Armee-Korps lance également un groupe de combat à l’attaque, en direction de l’est. Ce Kampfgruppe, formé autour d’éléments de la 206.ID, de la brigade de cavalerie SS et de la Sturmgeschütze-Brigade 189, fait sa jonction avec le Kampfgruppe de Recke près de Solomino le 23 janvier vers 12h45. C’est ainsi que les deux armées russes et le corps de cavalerie, qui avaient réussi une remarquable manœuvre d’enveloppement vers le sud, se trouvent à leur tour coupés de leurs lignes. De son côté, le 23.Armee-Korps n’est plus isolé et se trouve à nouveau en contact avec le reste de la 9.Armee.

 

Le 25 janvier, le général von Vietinghoff, commandant le 46.Panzer-Korps, prend le commandement du front dans le secteur de Sychevka. Il dispose de la 1.Panzer-Division et de la 86.ID. L’heure est critique. A partir du 26, les Soviétiques lancent assaut sur assaut pour enfoncer les lignes des 206. et 256.ID. Cependant, le général Model est résolu à empêcher par tous les moyens que les forces adverses enfermées dans la nasse ne parviennent à s’en extraire. Pour ce faire, il prend la décision de détacher un Kampfgruppe de taille équivalente à un régiment dans tous les secteurs tenus par l’armée et de les engager de façon offensive. L’opération de nettoyage de la poche débute le 29 janvier. Model dispose du 46.Panzer-Korps (1.Panzer-Division, 86.ID, SS Division « Das Reich »), du Kampfgruppe du 6.Armee-Korps commandé par le général Burdach, du Kampfgruppe du 23.Armee-Korps sous les ordres du colonel von Raesfeld, de la 6.Panzer-Division, de la 246.ID et de la brigade de cavalerie SS. Toutefois, l’avance allemande est lente en raison de la défense acharnée des Soviétiques et de l’épaisseur de neige, qui constitue un handicap sérieux pour les mouvements de troupes. Cependant, le 3 février, le front russe commence à donner des signes de faiblesse, la propre offensive soviétique s’étant éteint d’elle-même. Le 2 février, les éléments de tête de la 1.Panzer-Division et les cavaliers SS atteignent Cherdino. La poche est donc refermée pour la seconde fois ! L’encerclement est donc bien hermétique : il n’y a aucune issue possible pour les unités encerclées des 29ème et 39ème armées. Au bout de 14 jours de combats, la résistance soviétique s’effondre et la poche est nettoyée. Les Allemands rassemblent 4 833 prisonniers, 187 chars et 343 pièces d’artillerie. Témoignage de l’incroyable âpreté des combats, 26 0647 cadavres de soldats soviétiques sont dénombrés. Model a réussit à conjurer la menace qui pesait sur la 9.Armee. La volte-face de l’armée allemande a aboutit à un nouveau désastre pour l’Armée Rouge.

La menace qui plane dans le secteur de Rjev n’est pas finie pour autant. Le 16 février, la Stavka décide d’une nouvelle offensive engageant le Front de Kalinine et le Front de l’Ouest. Le haut-commandement soviétique est fermement résolu à anéantir les forces allemandes positionnées entre Yukhnov et Rjev. A cet effet, les deux fronts reçoivent deux corps de la Garde, 10 divisions d’infanterie, 2 brigades aéroportées et 4 régiments aériens. L’ojectif initial de ces forces est de renforcer les unités de la 33ème armée et de la première brigade de cavalerie de la Garde qui ont enfoncé le front allemand dans le secteur de Yukhnov. Le 2 février, la première brigade de cavalerie de la Garde du général Belov se rapproche de Viazma par le sud. Pour cette opération, Belov est appuyé par l’intervention de la 8ème brigade aéroportée qui est parachutée derrière les lignes allemandes dans le secteur d’Oserechnaya. Dès le lendemain, l’ensemble de ces forces soviétiques se retrouve toutefois isolé de ses lignes à la suite d’une contre-attaque allemande. Comme Model, le général Heinrici parvient à encercler un nombre conséquent de troupes soviétiques. La Stavka ordonne aux unités encerclées d’effectuer une percée mais peu d’hommes parviennent à s’échapper du chaudron. En effet, à peine 5 200 hommes réussissent à s’échapper de la poche de Rjev en direction du sud, où ils entrent en contact avec le 1er corps de cavalerie de la Garde. Toutefois, une seconde tentative de percée échoue devant l’intensité du tir venant des positions défensives allemandes. Les combats se poursuivent partout : pour chaque ferme, dans les forêts et aux carrefours routiers. Aucun des deux adversaires n’est alors en mesure d’obtenir des gains appréciables. Les pertes réduisent les unités à l’extrême limite. Fin février, Moscou renforce le front en engageant la 50ème armée dans secteur de Yukhnov dans le but de rétablir les liaisons avec les troupes encerclées, alors placées sous le commandement du général Belov. Cette opération est un nouvel échec pour les Soviétiques. Le front allemand est solide et ne plie pas.

Dans ces conditions, le Stavka est contrainte de donner de nouveaux ordres à ses armées. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les objectifs sont ambitieux. Le Front de Kalinine et celui de l’Ouest se voient assigner la tâche d’atteindre une ligne Beliy-Dorogobush-Yelnya-Krassnoe pour le 20 avril. Le Front de l’Ouest doit en outre absolument parvenir à rétablir le contact avec Belov pour le 27 mars. Pour ce faire, les 43ème, 49ème et 50ème armées sont engagées. La 5ème armée doit occuper Gzhatsk le 1er avril. Les 16ème et 61ème armées doivent pour leur part attaquer et s’emparer de Briansk. Le Front de Kalinine est chargé de détruire avant le 28 mars le groupe Olenin de la 9.Armee avec ses 30ème et 39ème armées. Enfin, les 29ème et 31ème armées doivent s’emparer de Rjev pour le 5 avril. Ces ordres vont bien au-delà des capacités des forces soviétiques impliquées et visent ni plus ni moins à permettre la destruction du Heeres-Gruppe Mitte. Au final, aucun des objectifs assignés n’est atteint. Les Allemands sont solidement installés sur leurs positions dans l’immensité enneigée de la Russie. A la fin du mois de mars, le soleil printanier refait son apparition et la neige commence à fondre. En quelques jours, le terrain devient un immense cloaque boueux. En dépit de conditions de vie particulièrement pénibles et la poursuite d’attaques féroces par leurs adversaires, les soldats allemands tiennent ferme. Début avril 1942, la guerre sur le front de l’Est devient une guerre de position. Nulle part l’Armée Rouge n’est en mesure d’obtenir de nouveaux gains de terrain. L’offensive est stoppée partout. Des combats acharnés se poursuivent toutefois dans la poche où sont encerclées les forces de Belov. Fin mai, tout, la fin est proche. Le 9 juin, Belov et une grande partie de la 1ère brigade de cavalerie de la Garde parviennent à s’extraire vers le sud. Le danger pesant sur les arrières du Heeres-Gruppe Mitte est conjuré. Les premiers combats dans le secteur du saillant de Rjev ont incontestablement abouti à une victoire allemande. L’ordre inconditionnel du Führer interdisant tout repli a indiscutablement porté ses fruits.

Guerre du Pacifique/Pacific War (22/43): Introduction Partie III

INTRODUCTION PARTIE III

 

« Tarawa, South Pacific, 1943 » painting by Sergeant Tom Lovell, USMC (Source: Wikipedia)

Au cours du second semestre 1942, les Alliés ont donc fait subir une série de revers au Japon. Les Américains sont persuadés d’avoir contrecarré la volonté d’expansion de l’empire du Soleil Levant. En fait, l’incapacité japonaise à s’emparer de Port-Moresby ou à reprendre Henderson Field tient plutôt à la nécessité pour eux de s’assurer des meilleures positions pour assurer la solidité de leur périmètre défensif. Quant à la bataille de Midway, il s’agissait pour la marine impériale de s’assurer de la maîtrise définitive des mers, incomplètement assuré à Pearl Harbor. Il n’y a en fait aucune intention de conquêtes visant l’Australie et les Etats-Unis, ce que les Américains ignorent. La stratégie japonaise repose en effet sur le principe que les Américains vont devoir se résoudre à accepter les négociations pour la paix devant le coût matériel et humain que représente la reconquête.

Toutefois, les Américains prennent désormais l’initiative des opérations, condamnant les Japonais à la défaite assurée de par leur passivité. Les succès remportés dans la mer de Corail, à Midway et à Guadalcanal ne résultent aucunement en une quelconque supériorité numérique américaine. Mais ces victoires vont leur octroyer définitivement l’ascendant sur leurs adversaires et leur procurer la suprématie. La formidable machine industrielle américaine va leur fournir les moyens de cette suprématie, en dépit de la priorité accordée à la lutte contre l’Allemagne nazie. En fait, la stratégie de guerre japonaise, qui repose sur la mise en défense de leur empire, est vouée à l’échec dès le départ. L’incapacité des Japonais à assurer les communications au sein de leur vaste empire, en raison de la terrible campagne sous-marine menée par les Américains, sera une des causes de leur perte. Bien plus, les garnisons isolées des différentes îles n’ont absolument aucune chance de l’emporter face à un adversaire américain qui peut les réduire une à une en employant des moyens considérables.

A aucun moment les Américains ne peuvent perdre une bataille, en raison de leur écrasante supériorité numérique et qualitative. Les Américains sont capables d’isoler un objectif de tout renfort extérieur et de l’écraser avant toute intervention efficace des Japonais. Toutefois, les combats menés à terre seront très disputés et sanglants, provoquant des pertes sérieuse, mais toutefois limitées au total. C’est ainsi que sur 291 000 soldats américains tués au combat au cours du conflit, seulement 80 000 tombent face aux Japonais, ce qui est relativement peu, en regard de la reconquête opérée et de l’immense théâtre d’opérations considéré. 1 250 000 Américains vont servir à un moment ou à un autre de la guerre dans le Pacifique et en Asie. 40 à 40% n’ont pas entendu un coup de feu. 40% des officiers et 33% des engagés de l’aviation et de l’armée de terre ont passé une période plus ou moins longue sur le front. De fait, les périodes d’accalmie et de repos sont bien plus longues que les périodes de combat, beaucoup plus limitées dans le temps. En outre, les opérations impliquent bien souvent des unités différentes : c’est ainsi que les grandes opérations amphibies de la guerre, comme Guadalcanal, Tarawa, Saipan, Peleliu, Iwo Jima et Okinawa n’impliquent pas toujours les mêmes unités de Marines. De surcroît, 19% des combattants se sont retrouvés sous le feu sans tirer. Une division de l’armée de terre qui passe 19 mois dans le Pacifique totalise 31 jours de combat. Une autre y reste 27 mois et combat 55 jours. En Birmanie et en Nouvelle-Guinée, les unités sont cependant engagées pendant des périodes plus longues. Par contraste, les divisions engagées en Europe restent en ligne pendant des mois. Toutefois, le soldat engagé dans le Pacifique reste en général plus longtemps éloigné de son foyer et l’arrière s’avère souvent aussi chaud et insalubre que le front et les maladies ne sont pas rares. L’ennui touche de nombreux soldats, contraints bien souvent de vivre dans des bases isolées et dépourvues de confort. La lutte qui s’y déroule est néanmoins terrible et les Japonais offrent une résistance opiniâtre, fanatique. Les soldats américains méprisent cet adversaire sans pitié et un sondage effectué en 1944 est révélateur à cet égard : si seulement 5 à 9% des sondés souhaitent réellement tuer un Allemand, le taux monte de 38 à 48% en ce qui concerne les Japonais. De fait, un certain racisme anime les deux camps. Les Japonais méprisent les soldats occidentaux, qui préfèrent la reddition à la mort, tandis que les Alliés tuent sans pitié un adversaire coriace, caricaturé dans les écrits et les représentations de l’époque. La « perfide » attaque de Pearl Harbor et une longue tradition de préjugés raciaux et d’idées fausses sur les peuples d’Asie offrent un terrain favorable à un racisme anti-japonais. Il est d’ailleurs notable de souligner que les autorités américaines font interner dans des camps les ressortissants américains d’origine japonaise, en dépit de leur loyalisme. Si la vie dans ces camps est rude, mais sans commune mesure avec les camps nazies ou soviétiques, pareille mesure ne sera jamais prise envers les Américains d’origine allemande ou italienne. Toutefois, une division américaine, formé de GI d’origine japonaise, fera montre de loyalisme dans son engagement en Europe face à l’Allemagne.

Les victoires de Midway et de Guadalcanal bénéficient en outre du contexte favorable aux armées alliées à l’époque : l’Axe est définitivement battu en Afrique à El Alamein et les Alliés débarquent en Afrique du nord alors que, sur le front de l’Est, la bataille de Stalingrad constitue le début de la perte de l’initiative de Hitler dans sa lutte contre l’Union Soviétique. La victoire semble abandonner les forces de l’Axe. La stratégie japonaise est mise définitivement en pièces à partir de 1943. La reconquête alliée débute en effet cette année-là en poursuivant les succès acquis l’année précédente. L’axe de progression américain est double, à l’image de son commandement bicéphale : MacArthur se rapproche inexorablement vers les Philippines, où il a fait le serment de retourner, tandis que Nimitz frappe dans le Pacifique central pour se rapprocher de plus en plus de l’archipel japonais. Cette avancée de Nimitz est jalonnée de terribles combats et met en œuvre la stratégie dite des « sauts de puce », les Américains s’assurant de la conquête des îles jugées indispensables dans leur marche vers le Japon et pour la sécurité de leur logistique et de leurs lignes, de communications. En effet, nul besoin pour eux de s’évertuer à reprendre toutes les possessions entre les mains de l’ennemi. Les bases de celui-ci, isolées de leur métropole, deviennent inoffensives et tomberont d’elles-mêmes à la fin des hostilités, épargnant ainsi les Américains de durs combats pour reprendre ces îles conquises aux Japonais. La première offensive de Nimitz frappe Tarawa, dans les îles Gilbert. Premier assaut amphibie des Marines de la guerre, ce combat épique donne le ton aux Américains des difficultés qui les attendent en face d’un adversaire si fanatique, confirmant ainsi ce que les terribles combats de Guadalcanal ont laissé présager. La défaite japonaise n’est pas seulement acquise dans le pacifique central et sud-ouest. Il convient d’y ajouter la poursuite de la campagne contre les convois de transport, l’échec de l’offensive japonaise au nord-est des Indes et le début des bombardements aériens sur le sol japonais depuis la Chine. A l’automne 1944, la défaite est consommée. Le Japon, ne peut que s’orienter vers la défaite et les Alliés sont en marche pour une victoire qui ne devrait plus tarder.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (12/50)

 

JOUKOV ELOIGNE LA MENACE SUR MOSCOU (6 DECEMBRE 1941-AVRIL 1942)

La résistance acharnée des unités soviétiques prises au piège dans les poches de Viazma et Briansk a permis à Timochenko de reformer un front solide devant Moscou et, surtout, la constitution de nombreuses unités de réserves, destinées à frapper les Allemands au moment opportun. Joukov choisit avec une adresse évidente la date de la contre-offensive, puisque celle-ci s’abat sur un Heeres-Gruppe Mitte épuisé et établi sur des positions tactiquement indéfendables alors qu’il est stoppé net dans son approche de Moscou, les lignes étant alors discontinues et sinueuses à l’encontre de tout sens tactique. Qui plus est, les lignes de communications allemandes sont des plus précaires alors que les Soviétiques sont proches de leurs sources de ravitaillement, avec à leur disposition l’inestimable nœud ferroviaire et centre industriel que représente Moscou.

Le 6 décembre, au moment même où le haut-commandement allemand renonce à la poursuite de « Typhon », 1 060 000 soldats soviétiques motivés, bien équipés contre l’hiver, appuyés par seulement 678 chars (des effectifs en blindés a peine différents de ceux d’Auchinleck qui lance l’opération « Crusader » en Libye sur un front bien moins étendu) et 8 000 canons et mortiers lourds et soutenus par 1 200 avions, se ruent en avant contre les positions allemandes par -25 à -30°C. Cette offensive est si soudaine qu’elle va prendre les Allemands au dépourvu. Joukov et Staline espère réaliser une remarquable opération d’encerclement, une sorte d’enveloppement similaire à ceux de Viazma et Bryansk mais à l’envers. Le premier à frapper est Koniev, qui bouscule les Allemands dans le secteur de Kalinine. Les combats s’avèrent particulièrement disputés Kalinine ne tombe que le 16 décembre.

Plus au sud, plusieurs armées soviétiques frappent une Wehrmacht aux abois et Kline est finalement libérée le 15 décembre par la 1ère armée de choc de Kousnezov. Entretemps, Hitler a enfin consenti au Heeres-Gruppe Mitte de passer à la défensive. Hitler profite de la démission de von Brauchistch pour des raisons de santé pour prendre lui-même la direction de la Wehrmacht, une décision qui sera lourde de conséquences pour la suite du conflit. De son côté, la 16ème armée de Rokossovski tente de détruire le Panzer-Gruppe 4. Grâce à une percée au sud du réservoir et à une manœuvre de débordement au nord de celui-ci, Rokossovski parvient à briser le front allemand sur l’Istra le 15 décembre 1941. L’ensemble du front nord du Heeres-Gruppe Mitte est donc battu et contraint à la retraite. Au sud, la 2.Panzer-Armee et la 2.Armee sont également forcées de se replier. Le 16 décembre, Hitler ordonne à l’armée allemande de résister sur place, un ordre sensé qui évite à la Wehrmacht, désormais privée de toute mobilité, de se faire anéantir en rase campagne. Face à la 4.Armee, la progression des Russes est plus ténue. Toutefois, Guderian et Hoepner perdent leurs commandements pour avoir désobéi aux ordres stricts du Führer interdisant toute manœuvre de repli. Au 7 janvier, le bilan de cinq semaines de contre-offensive est des plus impressionnants : les Allemands se sont repliés de 90 à 200 kilomètres ! Toutefois, les Allemands ont évité les encerclements massifs et le front est colmaté.

La contre-offensive généralisée soviétique débute le 8 janvier et vise ni plus ni moins à anéantir la Wehrmacht ! Le Front de Kalinine réussit une incroyable percée jusqu’aux abords de Smolensk tandis que la 33ème armée de cavalerie de Belov s’approche de la ville par le sud, avant d’être encerclé et annihilé : la manœuvre d’encerclement échoue. Dans les forêts, les partisans et les parachutistes sont une nuisance certaines sur les arrières de la Wehrmacht mais celle-ci, qui a transformé tous les villages ou chaque comme autant de fortins, enraye finalement la crise. Les combats se poursuivent avec une moindre intensité jusqu’à la fin du mois de mars. Le front ne présente alors aucune cohésion. Un saillant particulièrement dangereux dans le secteur de Rjev, que les Soviétiques vont s’évertuer à réduire jusqu’en avril 1942. Faute de réserves et de ravitaillement adéquat, l’offensive cesse, d’autant que le dégel embourbe à nouveau les unités des deux camps. Par conséquent l’arrivée brutale du printemps permet de conjurer la crise. Le succès soviétique est immense, mais Hitler a sauvé son armée et, désormais persuadé de son génie tactique et stratégique, s’impose davantage à elle. Il est cependant utile de souligner ici que le courage et l’esprit de sacrifice des combattants allemands sont indéniablement le facteur premier du non-effondrement de la Wehrmacht à l’Est en ce terrible hiver 1940-42. Les erreurs de Staline ont également joué en faveur des Allemands. En voulant multiplier les attaques sur l’ensemble du front, dispersant ainsi ses forces au détriment de la concentration des moyens sur les secteurs stratégiques majeurs, la maître du Kremlin a singulièrement fait preuve de maladresse.

La Wehrmacht subit un véritable désastre devant Moscou. A la fin novembre, la Heer a enregistré 743 000 pertes, dont 180 000 morts, depuis le déclenchement de « Barbarossa ». Les combats pour Moscou et les pertes des autres branches des forces armées ne font qu’aggraver ce bilan déjà très lourd. Les pertes allemandes se montent à 500 000 hommes au cours des combats pour la capitale soviétique. 150 000 hommes tombent en octobre et la mi-novembre. 332 743 soldats sont perdus entre le 11 décembre 1941 et le 31 mars 1942, auxquels il convient d’ajouter 110 000 hommes évacués pour cause de gelures. Rien qu’en décembre et janvier, l’armée allemande enregistre 55 000 tués et 100 000 blessés. Les pertes matérielles entre octobre 1941 et mars 1942 sont également impressionnantes : pas moins de 2 300 chars, 1 900 pièces d’artillerie de campagne, 7 000 canons antichars et 74 000 véhicules, beaucoup ayant dû être abandonnés, faute de carburant et de pièces de rechange. Les chevaux ont également beaucoup soufferts puisque 176 000 sont morts d’épuisement et de froid. La Luftwaffe n’est plus que l’ombre d’elle-même après cette première année de guerre en Russie. Elle a perdu 758 bombardiers, 568 chasseurs et 767 autres appareils détruits. Les avions endommagés sont également très nombreux : 473 bombardiers, 413 chasseurs et 475 autres appareils. « Barbarossa » s’achève donc sur un échec puisque l’URSS est encore en guerre. L’Allemagne a perdu plus d’un million d’hommes aguerris et une quantité impressionnante de matériel. Les unités ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes et beaucoup, trop réduites en effectifs, ne seront plus jamais apte à un quelconque rôle offensif. Hitler a perdu l’élite de ses forces, celles qui ont permis les succès de la Blitzkrieg en début de guerre, et l’Allemagne n’aura jamais les ressources de combler ses pertes. Les Russes ont cependant surpris les Allemands.

Equipés d’un matériel souvent de qualité supérieur à ce qu’aligne la Wehrmacht, l’Armée Rouge, sous-estimée par ses ennemis par trop enclins à ne la considérer que comme un fatras de sous-hommes, s’avère être un adversaire de taille. Qui plus est, l’Armée Rouge, comme l’Hydre de Lerne, semble renaître sans cesse en dépit de ses pertes excessives. Il ne faut pas minimiser pour autant la portée des spectaculaires victoires allemandes de l’été et de l’automne. Bien plus, le succès de l’Armée Rouge au cours des combats décisifs de l’hiver n’ont été obtenus qu’en consentant des pertes prohibitives. La tactique est en effet des plus sommaires et les généraux, Joukov le premier, certes talentueux mais véritable boucher, ne se soucient en aucune manière des pertes. Les Soviétiques ont en effet perdu pas moins de 177 divisions d’infanterie et tous leurs corps blindés en 1941. Les pertes en chars sont particulièrement impressionnantes puisque l’Armée Rouge n’aligne plus que 1 000 blindés contre 22 000 au début de l’attaque allemande. La seule bataille de Moscou a englouti 1 million de combattants soviétiques. Toutefois, l’Armée Rouge parvient à combler ses pertes en mobilisant En 1941, les Soviétiques ont perdu 3,5 millions de tués et blessé et entre 3 et 4 millions de prisonniers. Les Allemands ont enregistré de leur côté la perte de 300 000 tués et disparus et 800 000 blessés, soit le tiers des hommes qui ont franchi la frontière soviétique le 22 juin 1941 !

 

Les prisonniers de guerre soviétiques

Pour le soldat allemand, le Russe est un Untermensch, un sous-homme. Un peu plus de 5 millions de Soviétiques sont capturés, 3,3 millions d’entre-eux périssent au cours de leur captivité. 2 millions meurent dans les six premiers mois de la guerre. Les marches vers la captivité et les transports en wagons découverts causent des pertes colossales. Les survivants sont parqués dans de simples enclos de fils de fer barbelés, sans soucis d’hygiène, constamment tiraillés par la faim. Parfois, ils sont purement et simplement abattus. Au camp 126 de Smolensk, environ 60 000 prisonniers russes sont assassinés. Après la réduction de la poche de Viazma, une longue colonne de 5 000 prisonniers est exterminée à la mitrailleuse. Ce n’est en fait que la seule nécessité de main d’œuvre, liée à une guerre qui s’annonce plus longue qu’escompté, que les rescapés échappent à la mort immédiate. Toutefois, ce sont dans des conditions misérables qu’ils participent à l’effort de guerre nazi dans les usines allemandes, un million d’entre-eux périssant dans les camps de travail.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (11/50)

MOSCOU : LES COUPOLES DU KREMLIN DANS LES JUMELLES (15 NOVEMBRE-5 DECEMBRE 1941)

L’arrivée du gel permet à la Wehrmacht d’envisager enfin la reprise des opérations en direction de Moscou. Cependant, si le froid permet aux Allemands d’attaquer à nouveau, il n’est pas sans provoquer de graves désagrément au sein de la troupe, très mal équipées pour lutter contre les froids extrêmes, bien que le climat de la Russie soit bien connu des stratèges de l’OKH et de l’OKW, qui ne peuvent donc en être surpris. Toutefois, ce n’est pas sans inquiétude pour les généraux allemands que se profile à l’horizon le spectre d’un hiver russe en rase campagne et beaucoup relisent alors les mémoires de Caulaincourt évoquant le terrible destin de la Grande Armée en 1812. Le froid s’installe en effet à nouveau sur le front et devient chaque jour plus mordant mais les soldats allemands n’ont pas touchés de tenues d’hiver, une erreur d’intendance impensable dont les conséquences seront dramatiques. Afin d’assurer la reprise de l’offensive, les unités de la logistique allemande sur le front de l’Est font des prodiges pour acheminer hommes, vivres, matériel et équipement jusqu’aux lignes du Heeres-Gruppe Mitte. En dépit de l’état des routes et des voies ferrées et de la longueur extrême des lignes de communications entre l’Allemagne et les premières lignes, l’exploit est réalisé.

Von Bock lance à nouveau son groupe d’armée sur Moscou. Pour la reprise de « Typhon », il dispose de 74 divisions, dont 14 Panzer-Divisionnen et 8 divisions d’infanterie motorisée. Cela représente au total la force impressionnante de 943 000 hommes, 1 500 Panzer au maximum (tous sont loin d’être opérationnels), 11 670 canons et 650 avions. Certes, les pertes et les ennuis mécaniques de tout ordre ont drastiquement réduit les effectifs en blindés et en avions. La dure réalité de la guerre à l’Est s’impose à la Wehrmacht. Von Bock a à sa charge 870 kilomètres de front, une étendue considérable, qui signifie que la densité moyenne des unités en ligne est réduite à une division pour 12 kilomètres et 13 pièces d’artillerie par kilomètre de front. La partie sera donc dure. Le plan, ambitieux puisqu’il vise à s’emparer de la capitale soviétique alors que l’année est bien avancée, prévoit un double encerclement, au nord et au sud de la ville, se referment à l’est de Moscou, afin de réitérer une fois de plus les succès de l’été et de l’automne. Les espoirs sont permis pour la Wehrmacht. L’armée Rouge a été saignée à blanc et les divisions d’infanterie ne comptent plus en moyenne que 5 500 hommes. Au total, les Allemands attaquent avec un avantage avoisinant les deux contre un en terme de combattants. La supériorité atteint 3 contre 1 en artillerie et même 7 contre 1 dans les antichars. Les Soviétiques n’alignent que 890 chars, dont moins d’une centaine de chars modernes T-34 et KV-1. Staline et la Stavka rechignent à engager toutes leurs troupes dans l’immédiat, préférant sagement se constituer des réserves stratégiques, notamment avec des unités en provenance d’Extrême-Orient, pour frapper la Wehrmacht au moment opportun. Toutefois, la constitution de ces réserves fraîches exige du temps : cela suppose que les unités au front encaissent le choc à venir, rien n’étant moins sûr à en juger les revers subis les mois précédant, en dépit de la farouche résistance des soldats russes. Au 7 novembre, la réserve stratégique se monte déjà à 100 000 hommes, 2 000 canons et 300 chars, et ce n’est qu’un début.

L’attaque reprend donc le 16 novembre, les Allemands étant alors persuadés que, cette fois-ci, ils vont atteindre Moscou. Beaucoup de soldats pensent naïvement que sa prise signifiera la fin de la guerre. Quoi qu’il en soi, la perspective de la victoire et de pouvoir passer l’hiver à l’abri du froid dans la capitale pousse les soldats allemands à combattre avec plus de courage et de détermination que jamais. Le coup de butoir allemand est particulièrement impressionnant dans le nord, sur le front des Panzer-Gruppen 3 et 4. Les combats sont particulièrement acharnés, les Russes, le dos au mur, ne pouvant se permettre aucun repli si près de la capitale : « la Russie est immense mais nous ne pouvons reculer nulle part » se serait exclamé le commissaire politique Vassili Klotchkov. Vers Volokolamsk, les soldats soviétiques se font massacrer sur place. Toutefois, les Allemands repoussent leurs adversaires partout et les positions défensives de Rokossovski, qui lance toutes ses réserves dans la bataille, sont entamées en de nombreux secteurs. Les Russes reculent mais la percée n’est pas réalisée. Le 24 novembre, la 7.Panzer-Division entre dans Kline, à 75 kilomètres de Moscou. Von Bock vise alors la prise d’Istra et de son grand bassin de retenue. La Wehrmacht réussit à franchir l’Istra en plusieurs points mais, épuisée, elle doit vite passer à la défensive. Les unités sont épuisées dans les deux camps, mais le camp qui y mettra le plus de volonté a de fortes chances de l’emporter. Le 27 novembre, les Panzer-Gruppen 3 et 4 s’ébranlent une nouvelle fois vers Moscou sur un front de 90 kilomètres de large. L’objectif est de franchir le canal Moskva-Volga, de détruire la 16ème armée de Rokossovski et d’attaquer Moscou par le nord.

Le choc de l’attaque repousse la 30ème armée de douze kilomètres, un gain important en raison de la proximité de Moscou. Mais le thermomètre indique -40°C ! Le 29 novembre, la 7.Panzer-Division s’empare de Iakhroma et du pont sur le canal, intact, un autre pont étant également capturé par la 14.ID (mot.) à Tatichtchevo-Dmitrov. Devant la menace, Joukov n’a d’autre solution que de dépêcher sur place des unités prélevées au sein de ses précieuses réserves. Fin novembre, le Panzer-Gruppe 4 n’est plus qu’à 45 kilomètres de Moscou. Les unités allemandes sont dépeuplées mais beaucoup caressent l’espoir de bientpôt pouvoir en finir avec la guerre en prenant Moscou, alors si proche ! Conscient de la fragilité du front soviétique, von Bock engage alors son ultime réserve, la 1.Panzer-Division. Elle s’élance contre le flanc sud de la 16ème armée. Le 3 décembre, les Allemands parviennent à Katiouchi et Krasnaïa-Poliana : Moscou n’est plus qu’à 25 kilomètres ! L’offensive de von Bock est toutefois stoppée par l’intervention des troupes fraîches de la 20ème armée, qui ne parvient cependant pas à reprendre le terrain perdu. Les Allemands sont si proches de la capitale qu’il importe de les arrêter immédiatement, au détriment du maintien de troupes en réserve en vue de la prochaine contre-offensive. C’est ainsi que les contre-attaques soviétiques du 3 au 5 décembre bloquent définitivement les Allemands. Dans un dernier effort, des éléments de la 2.Panzer-Division parviennent à atteindre la gare de Lobnia, à 17 kilomètres de Moscou. La Wehrmacht, à portée de jumelles du Kremlin, n’ira pas plus loin.

Pendant ce temps, la 2.Panzer-Armee de Guderian attaque elle aussi à partir du 18 novembre, avec Tula comme premier objectif. Guderian doit franchir pas moins de 160 kilomètres avant d’atteindre Moscou, et ses unités sont usées jusqu’à la corde, le 24.Panzerkorps n’alignant ainsi qu’à peine 50 Panzer, en lieu et place des 600 théoriques ! Il ne dispose pas plus de 150 chars sur les 1 150 dont il disposait le 22 juin 1941. Au bout de quelques jours, les Allemands sont parvenus à encercler largement Toula par l’est et par le nord, mais le ravitaillement parvient toujours aux Russes puisqu’ils tiennent toujours la voie ferrée De Serpoukhov qui relie la ville à Moscou. La résistance énergique des Soviétiques et les conditions de vie si difficiles que doivent affronter ses hommes poussent Guderian à tenter de suspendre son offensive. Il n’obtient de Brauchitsch que le renoncement à la vaste manœuvre d’encerclement de Moscou par l’est, signifiant par là que la Blitzkrieg a atteint se limites et que ce n’est qu’une attaque frontale qui permettra d’emporter la décision, pour autant que la victoire soit encore à la portée de l’armée allemande. Les soldats allemands souffrent en effet terriblement du froid et commencent à être moralement ébranlés : la victoire si souvent promise et annoncée par leurs chefs ne semble pas en vue ! Guderian doit cependant absolument d’emparer de Toula s’il veut poursuivre son avance vers le nord. La position russe constitue en effet une menace trop importante pour son armée. Le 2 décembre, Toula est presque entièrement encerclée puisque la 4.Panzer-Division s’empare de la voie ferrée de Moscou. Cependant, la 2.Panzer-Armee a atteint ses limites et elle ne progresse plus. Le 7 décembre, Guderian est contraint de renoncer à la poursuite de l’offensive et doit se résigner à abandonner une partie du terrain perdu.

Von Bock et von Kluge, le chef de la 4.Armee, directement positionnée à l’ouest de Moscou, reste dans l’expectative dans le secteur central du front, à la grande satisfaction de Joukov qui peut faire intervenir ses réserves face à Guderian et surtout contre Hoepner, dont il contrecarre ainsi plus aisément les tentatives de percée. Le manque de coordination des différentes armées allemandes joue grandement en faveur des Soviétiques. Ce n’est que le 1er décembre que von Kluge se décide à frapper enfin en direction de l’est et soutenir ainsi la progression des autres armées. Les combattants allemands de la 4.Armee, l’arme au pied depuis le début de la reprise de l’offensive, peuvent enfin en découdre à nouveau avec les Russes, moment attendu avec une impatience certaine, persuadés qu’ils sont de pouvoir l’emporter en un ultime effort. L’offensive principale surprend la 33ème armée. Au 20.Armee-Korps, la 258.ID et des Panzer percent le front et s’enfoncent sur 10 kilomètres. Le lendemain, la 258.ID réussit l’exploit d’avancer de 25 kilomètres dans les lignes russes ! Bourzévo est pris. La réaction de Joukov est tout aussi impressionnante et un groupement de marche, constitué de troupes fraîches disposant de chars KV-1 ou T-34, confié au général Efremov parvient à encercler la division allemande. Celle-ci parvient à briser l’étau avec le soutien de la Luftwaffe, mais les pertes sont lourdes : 2 000 morts, 27 chars et 36 pièces d’artillerie sont perdus. Le 4 décembre, les troupes de von Kluge ont été repoussées sur leur ligne de départ.

Le 5 décembre, il est désormais clair pour von Bock que l’opération « Typhon » a échoué. Les conditions de combats et les difficultés de ravitaillements rendent la lutte plus qu’incertaine. Les divisions blindées ont perdu toute mobilité et les troupes sont épuisées, beaucoup d’unités étant incapables de fournir le moindre effort offensif. L’arrêt de l’offensive atteint des troupes allemandes sur un front tout à fait incohérent, formé de multiples saillants et de poches. Il importe au Heeres-Gruppe Mitte de se replier sur des positions plus adéquates pour passer à la défensive pour l’hiver. Dans les airs, la Luftwaffe a perdu les trois quarts des 1 000 appareils qu’elle alignait pour « Typhon ». A son QG de Rastenburg, en Prusse-orientale, Hitler ne veut pas entendre parler d’arrêt de l’offensive. Mais, le 6 décembre, Joukov lance sa contre-offensive, prenant Hitler, von Brauchitsch et von Bock au dépourvu…

Ostfront-La guerre germano-soviétique (10/50)

TEMPÊTE SUR MOSCOU (30 SEPTEMBRE-5 DECEMBRE 1941)

 

 

Generaloberst Guderian

 

Alors que la poche de Kiev se referme le 14 septembre, le premier train amenant des renforts soviétiques en provenance d’Extrême-Orient a quitté la Mandchourie trois jours plus tôt, Staline étant assuré par l’espion Sorge de la neutralité du Japon à l’égard de l’Union Soviétique. Alors que les Panzer sont à bout de souffle après leur chevauchée victorieuse en Ukraine, il leur faut à présent obliquer à nouveau vers le nord pour participer à la nouvelle offensive en direction de Moscou, l’opération « Typhon ». Ce plan doit assurer l’ouverture de la route de Moscou en anéantissant les forces de Timochenko à l’ouest de la capitale, une éventualité qui n’avait pas été prévue dans les plans de « Barbarossa ». Timochenko a mis a profit ce délai de six semaines pour parfaire ses défenses entre le Heeres-Gruppe Mitte et la capitale soviétique.

Au 30 septembre 1941, les pertes allemandes sur le front de l’Est depuis le déclenchement de « Barbarossa » se montent à 551 039 hommes, dont 116 908 tués, des pertes sensibles, sans communes mesures avec les précédentes campagnes de la Wehrmacht, remportées à peu de frais. Le Heeres-Gruppe Mitte se voit considérablement renforcé pour « Typhon », puisqu’il regroupe à lui seul les 2/3 des divisions blindées et 40% des divisions d’infanterie de la Wehrmacht, soit 13 Panzer-Divisionnen, 8 divisions motorisées et 47 divisions d’infanterie. Au total, von Bock dispose de plus d’un million d’hommes, 1 300 à 1 600 chars, 19 000 pièces d’artillerie et 1 000 avions. Notons cependant que les unités de panzer devraient disposer de 2 600 chars, ce qui montre bien à quel point la Wehrmacht atteint ses limites alors qu’elle a bénéficié de plusieurs semaines pour se préparer à cette nouvelle offensive, pourtant hautement décisive. Pour défendre leur capitale, les Soviétiques engagent pour leur part 900 000 hommes, 770 chars et 350 avions. Pour la première fois depuis le lancement de « Barbarossa », les Allemands jouissent de la supériorité numérique, alliée à une supériorité qualitative indéniable. Qui plus est, l’infériorité numérique russe est aggravée par une nette faiblesse de la valeur des troupes. Alors que la Wehrmacht est à son apogée, nombre de soldats soviétiques sont alors des recrues hâtivement incorporées et manquant singulièrement d’entraînement. Le péril le plus inquiétant pour les Allemands est l’approche de l’hiver : il leur faut impérativement vaincre rapidement l’adversaire. Toutefois, prévenus par leur excellent réseau d’espion de la future offensive allemande, les Soviétiques ont établi un système défensif conséquent d’une rare profondeur puisqu’il s’échelonne sur près de 250 kilomètres, sur un terrain bien plus vallonné que les steppes d’Ukraine et de Biélorussie.

Le 30 septembre, l’opération « Typhon » est lancée par le Heeres-Gruppe Mitte. Guderian s’ébranle le premier depuis le sud, deux jours avant les autres armées. En quelques heures, le front soviétique s’effondre. En 48 heures, les Panzer de Guderian se sont enfoncés sur 150 kilomètres à l’intérieur des lignes soviétiques ! C’est de nouveau la Blitzkrieg et ses effets dévastateurs ! Le Front de Briansk est déjà menacé d’encerclement. Ce sera chose faite dans les jours qui suivent. Le 3 octobre, la 4.Panzer-Division s’empare d’Orel avec une facilité déconcertante. En l’espace d’une semaine, tout le dispositif couvrant Moscou a volé en éclat.

Le 2 octobre, les Panzer-Gruppen 3 et 4, puis les 9., 4. et 2.Armee passent à leur tour à l’offensive. Très vite, la situation tourne nettement en faveur des Allemands. Le 4 octobre, en fin de journée, des éléments de plusieurs armées soviétiques sont débordés et encerclés. Au nord du Front de l’Ouest, Hoth perce en profondeur. Viazma, distante d’à peine 300 kilomètres de Moscou, est menacé au nord et au sud par trois divisions de Panzer. Le 7 octobre, les Allemands sont parvenu à réaliser un encerclement massif à Viazma. Toutefois, comme d’accoutumée, il se passe un certain temps avant que les divisions d’infanterie rejoignent les unités blindées et ferment hermétiquement la nasse. Une fois l’encerclement réalisé, les combats sont loin d’être finis. Bien au contraire. Conscients de la cruauté du sort que les Allemands réservent à leurs prisonniers et de l’urgence de la situation qui gonfle leur patriotisme, les soldats soviétiques luttent jusqu’au bout. Aucune reddition massive par unité constituée n’a donc lieu. Les combats s’éternisent donc jusqu’au 19 octobre 1941. Les Allemands capturent tout de même 657 948 prisonniers dans les poches de Viazma et Briansk, des pertes énormes, sans compter les tués et les blessés. Le 8 octobre 1941, les pertes allemandes depuis « Barbarossa » se montent à 564 000 hommes. Les Soviétiques ont alors perdu près de 3 millions d’hommes pour les seuls prisonniers.

La route de Moscou est donc ouverte ! Le 12 octobre, les blindés de Hoepner franchissent l’Ouzra en direction de Mojaïsk. Le 14, Kalinine tombe : Moscou n’est qu’à 150 kilomètres ! Le succès tactique allemand est indiscutable mais la lutte jusqu’au bout sans espoir dans les poches de Viazma et Briansk a permis à la Stavka de rameuter des troupes et de reconstituer un front cohérent. Dans la capitale, l’état de siège est proclamé et la population est mise à contribution pour édifier des défenses aux abords de la ville ou dans la cité elle-même. En outre, les premières neiges, qui ne tiennent pas, ont tôt fait de transformer le terrain en bourbier : c’est la fameuse raspoutitsa, la saison des mauvaises routes. A partir du 15 octobre, il pleut continuellement et seuls les chars peuvent continuer à avancer, non sans difficultés. Englués dans la boue, les Panzer ne peuvent plus contrebalancer la supériorité qualitative des chars russes par leur supériorité tactique. En outre, le ravitaillement est handicapé par un territoire dévasté par la tactique de la terre brûlée et la plupart des unités sont immobilisées. Von Bock ne peut disposer que d’une vingtaine de convois au maximum contre 100 à 120 trains acheminant quotidiennement renforts et ravitaillements à l’Armée Rouge. Pourtant, à la fin du mois d’octobre 1941, jamais l’Armée Rouge ne semble si près de la défaite, alors que la Wehrmacht n’est plus qu’à 90 kilomètres du Kremlin. Les généraux allemands attendent donc le retour du froid avec impatience afin de retrouver toute leur mobilité. Le 12 novembre, à Orcha, Halder et les représentants de von Leeb, von Bock et von Rundstedt décident de la poursuite de l’offensive. A cette date, 150 000 soldats allemands ont été perdu depuis le 8 octobre.

Après avoir été stoppé 3 semaines par la boue, von Bock relance ses troupes vers l’avant le 16 novembre. Au nord, le Panzer-Gruppe 3 de Reinhardt, qui a succédé à Hoth, s’empare de Kline le 23 novembre. Le 25, les allemands prennent Istra : la pince nord de l’attaque n’est plus qu’à 45 kilomètres de Moscou. Au sud, Guderian s’évertue à encercler Toula, faute de pouvoir emporter la place par un assaut direct. Moscou est sérieusement menacé mais la résistance acharnée des troupes soviétiques et le froid intense ont raison du courage et de la détermination des soldats allemands. Dans ces conditions, le 1er décembre, l’offensive est au point mort. Un ultime effort est fournit les 2 et 3 décembre et les faubourgs nord de Moscou sont atteints : un groupe de combattants allemands n’est plus qu’à 17 kilomètres de la capitale ! Certains soldats prétendent avoir vu les coupoles du Kremlin dans leurs jumelles, mais la Wehrmacht n’ira pas plus loin. Elle est définitivement stoppée le 5 décembre. L’armée allemande est épuisée et exsangue.

 

VIVRE AU FRONT PAR -40°C

Quant l’hiver russe s’abat sur la Wehrmacht devant Moscou, les problèmes de logistique et l’absence criminelle de prévision, les soldats allemands sont pris au dépourvu face aux rigueurs des grands froids. Les cas de gelures se multiplient et ce n’est pas sans dangers que les hommes doivent satisfaire leurs besoins naturels. En outre, les armes refusent de fonctionner, l’essence gèle, les lubrifiants se solidifient et le caoutchouc se craquelle. Il faut aller jusqu’à couper le pain à la hache ! En moyenne, 3 000 soldats sont évacués chaque jours pour gelures. On dénombre au total 110 000 cas de gelures, dont 14 500 ayant nécessité une amputation. Non préparés à ce terrible hiver, les Allemands subissent une crise de moral sans précédent. Guderian témoigne : « Il faut avoir vu, pendant cet abominable hiver, l’immensité russe ensevelie sous la neige à perte de vue et balayée par des vents glacés qui effacent tout sur leur passage ; avoir marché ou conduit pendant des heures à travers ce no man’s land, pour n’aboutir qu’à un abri médiocre, avec des hommes insuffisamment couverts et à demi affamés ; et avoir aussi réalisé quel contraste il y avait entre nos soldats et les Sibériens bien nourris, chaudement vêtus et parfaitement équipés pour se battre en hiver ; il faut avoir connu tout cela pour se permettre de juger les événements. » En dépit du succès de la collecte de vêtements d’hiver organisée en Allemagne par Goebbels, les convois transportant ces vêtements sont encore à Varsovie quand la Wehrmacht doit affronter le terrible hiver russe et la contre-offensive de Joukov. Parvenus à la limite de l’endurance, les soldats allemands, encouragés par le haut-commandement lui-même, en sont réduits à dépouiller les civils et les soldats soviétiques de leurs chauds vêtements d’hiver, les condamnant ainsi à la mort certaine.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (9/50)

LENINGRAD : LE DEBUT D’UN SIEGE DE 900 JOURS (8 SEPTEMBRE-DECEMBRE 1941)

 

La bataille de Leningrad entre dans sa phase critique à l’approche des Allemands en septembre 1941. La population civile est mise à contribution pour édifier des défenses quotidiennement. Bien plus, des divisions de défense populaire sont constituées à partir de l’enrôlement de 36 000 civils. Fin août, Vorochilov est remplacé par Joukov, qui prend en charge la difficile tâche d’organiser la défense de Leningrad. Tandis que les ouvriers des usines Kirov construisent des blindés, 75 000 civils participent à des travaux de terrassement. En outre, pas moins de 17 000 emplacements de tirs sont aménagés dans les maisons aux côtés de 4 000 bunkers. Plus de 22 kilomètres de barricades, 700 kilomètres de fossés antichars, 4 600 abris antiaériens et 15 000 emplacements d’artillerie complètent le dispositif. De grandes quantités de cocktail Molotov sont aussi fabriqués.

 

Von Leeb décide en premier lieu de frapper directement Leningrad plutôt que de tenter une jonction avec les Finlandais qui opèrent entre les lacs Ladoga et Onéga. Le front du Heeres-Gruppe Nord est cependant bien trop étiré pour que von Leeb dispose de suffisamment de forces pour mener à bien cette attaque cruciale. En effet, seules 11 divisions allemandes sont engagées au sud de l’ancienne capitale russe, face à 12 divisions soviétiques. Von Leeb n’en est pas moins résolu à lancer l’offensive. Celle-ci commence le 9 septembre, le lendemain de l’encerclement total de Leningrad à la suite de la prise de Schlüsselburg. L’attaque allemande se heurte à des réseaux de fortifications construites par les femmes et les enfants de la ville. Les Soviétiques ont en effet tiré le meilleur parti des retards allemands leur ont accordé. Leningrad est désormais entourée de ceintures concentriques de fortifications qui se prolongent jusque dans la ville. La première ligne est établie à 40 kilomètres de la ville, la seconde à 25 kilomètres seulement. Les défenseurs ont droit à une démonstration complète de la tactique d’assaut allemande : bombardements en piqué par les Stuka du 8.Fliegerkorps de von Richtofen, attaque de pionniers, attaques d’infanterie et avances des blindés après neutralisation des défenses et des pièges antichars.

Les combats sont d’emblée très disputés, mais le front soviétique est finalement enfoncé par le 38.Armee-Korps et le 41.Panzerkorps dès le premier jour. L’avance se limite toutefois à quelques kilomètres sur un front d’une dizaine de kilomètres de large. L’avance est lente en face d’une résistance russe déterminée. La SS Polizei Division est arrêté devant Krasnovardeisk, où les combats de rues durent jusqu’au 13 septembre. Le 10, une contre-attaque soviétique s’abat sur les Allemands mais elle ne fait que retarder de quelques heures l’avance des forces de von Leeb. Le 12 septembre, la 18.Armee s’empare de Krasnoe Selo : Leningrad n’est distante que de 12 kilomètres ! La veille, un chef de char annonce vers midi : « Je vois Saint-Pétersbourg et la mer ! » Les progrès se poursuivent les jours suivant puisque la Wehrmacht s’empare de Ouritsk le 15 septembre : les faubourgs de Leningrad ne sont plus qu’à 5 kilomètres !

Les Allemands s’emparent d’un tram conduisant des ouvriers à leur usine de Leningrad. Le 16, l’infanterie allemande s’empare de Pouchkine, autrefois résidence d’été des tsars. Le Panzer-Gruppe 3 quitte alors le front Nord pour se diriger vers Moscou, où va avoir lieu la bataille décisive. Le front se stabilise autour de Leningrad et le siège commence. Celui-ci est confié à la 18.Armee de von Küchler, avec 17 divisions organisées en 4 corps (36, 50, 28 et 1.Korps). L’ancienne capitale russe est toutefois sérieusement menacée. Toutefois, ce succès a été chèrement payé par les troupes du Reich et les pertes sont sensibles. La campagne de Russie s’avère être un monstrueux bain de sang et les pertes sont sans commune mesure avec celles enregistrées l’année précédente lors des victoires spectaculaires en Europe occidentale. Au Heeres-Gruppe Nord, plusieurs divisions ont ainsi enregistré 60% de pertes au sein de leurs effectifs, certaines unités étant encore plus touchées. C’est ainsi que le front se stabilise autour de Leningrad, pour ne plus bouger en fait jusqu’en janvier 1944, lorsque les troupes soviétiques lèveront enfin le siège de la ville. Hitler décide alors de réduire la ville en cendres sous l’action conjuguée de la Luftwaffe et de l’artillerie, une tâche que la Wehrmacht s’avère bien incapable de mener à bien devant les nécessités des autres secteurs de l’immense front de l’Est. Le Führer a en outre décidé de n’accorder aucune possibilité de reddition aux défenseurs de Leningrad : la ville doit être détruite et ses habitants acculés à la famine ! A l’OKW, tout le monde pense que la ville capitulera avant l’hiver. Ce n’est pas la première erreur de jugement de Hitler, mais elle a de graves conséquences pour le Reich : Leningrad ne tombera jamais. En raison de la répugnance de von Leeb à prendre des risques et à enfreindre les ordres reçus, et grâce à la détermination de la population, la ville ne succombera ni aux attaques ni à la famine.

Dans la ville toutefois, les désastres se multiplient et s’accumulent. Le 8 septembre, un raid aérien et des tirs d’artillerie provoquent près de 150 incendies dans la ville. Certains sinistres détruisent intégralement plusieurs entrepôts et fabriques de produits alimentaires. 3 000 tonnes de sucre et autant de farine sont réduites à néant. Après ce désastre est prise la décision sensée de disperser les dépôts plutôt que de les concentrer dans les quelques entrepôts en bois, terriblement vulnérables, situés dans la partie nord de la ville, à portée des tirs ennemis. Il ne reste plus qu’une seule voie d’approvisionnement disponible : celle qui emprunte successivement la route, le rail, le lac et le fleuve, de Leningrad à Tikhvin. C’est une voie tellement meurtrière que seule une infime quantité de ravitaillement parvient à emprunter cette voie sans dommage. Cette voie ne subsiste cependant que parce qu’il se trouve une petite trouée de quelques kilomètres séparant les Allemands à Schüsselburg, à la pointe sud-ouest du lac Ladoga, des Finlandais, qui tiennent l’isthme de Carélie. En pratique, chaque péniche et chaque train doit franchir le meurtrier goulot que constitue la trouée d’Osinovets, à portée de l’artillerie allemande positionnée à Schlüsselburg, tandis que les Stuka opèrent en permanence au-dessus de la partie méridionale du lac Ladoga. Les autorités russes se rendent alors comptent qu’elles ont commis une grave erreur en n’entreprenant pas l’évacuation des trois millions d’habitants que compte alors Leningrad. Le 12 septembre, un état des lieux des vivres disponibles n’est guère encourageant : elles se montent à 35 jours pour le blé et la farine, 30 jours pour les autres céréales et les pâtes, 33 jours pour la viande, 45 jours pour les matières grasses et 300 jours pour les sucres et conserves. Dans ces conditions, un rationnement est vite instauré. Le NKVD se montre impitoyable envers les déserteurs et les fraudeurs, les dissimulateurs de vivres et les falsificateurs de cartes de rationnement. Une femme, qui a dérobé une centaine de ces cartes dans l’imprimerie où elle travaille, est ainsi condamnée à une peine de dix ans d’emprisonnement. Des fraudeurs du marché noir sont quant à eux tout simplement exécutés. L’hiver est particulièrement éprouvant pour l’infortuné population prise au piège par la guerre : aux privations de nourriture et aux dangers des bombardements s’ajoutent en effet l’absence d’électricité, de lumière et de chauffage.

 

Qui plus est, l’arrivée de l’hiver rend le lac Ladoga impropre à la navigation. Seuls des convois de camions peuvent ravitailler la ville en roulant sur la glace qui est suffisamment solide. Le 20 novembre, 11 000 civils sont déjà morts de faim. Au total, la famine cause la mort de 3 500 à 4 000 personnes quotidiennement en janvier 1942. Au total, plus de 600 000 civils soviétiques, peut-être un million, périssent à Leningrad pendant ce terrible siège de 900 jours.

 

En octobre 1941, les Allemands avancent à nouveau vers l’Est et s’emparent de Tikhvine, obligeant les Soviétiques à construire une route de déviation de 300 kilomètres entre la gare de Zaborjé au port de Novaya-Ladoga. La résitance de la 4ème armée russe est cependant farouche et l’avance est toutefois difficile. Ce n’est que le 9 novembre que les Panzer de la 12.Panzer-Division et la 18.ID (mot.) prennent enfin Tikhvine. Le succès allemand est notable car les conditions atmosphériques sont très difficiles, le froid étant particulièrement pénible pour les combattants. 20 000 soldats soviétiques, 96 chars et 179 canons sont capturés au cours de l’opération. Les troupes allemandes sont toutefois épuisées et ne peuvent avancer plus avant. La 18.Armee tient le front entre Oranienbaum et Kirichi. La 16.Armee est positionnée au sud. Au total, von Leeb dispose de 28 divisions, dont une seule de Panzer et une unique division motorisée, pour tenir 600 kilomètres de front. En face, les Russes alignent 75 divisions. La reprise de Tikhvine est considérée de première importance chez les Soviétiques. Le général Meretskov, nouveau commandant de la 4ème armée, lance une offensive à cette fin le 1er décembre par -40°C. L’assaut soviétique enferme les Allemands dans une poche autour de la ville. Le 8 décembre, jugeant la situation désespérée, la 61.ID évacue Tikhvine, mais 42 canons et un matériel important doivent être sabordés. Von Leeb ordonne le repli sur la ligne du Volkhov. Tikhvijne est donc le théâtre d’un échec très coûteux pour la Wehrmacht (la 18.ID (mot.) a perdu 9 000 hommes à elle seule) tandis que les Soviétiques peuvent s’enorgueillir d’un succès éclatant, puisque la voie de ravitaillement de Leningrad est à nouveau ouverte. Un certain espoir s’empare alors de la population affamée. Mais son terrible calvaire est bien loin d’être achevé et la situation reste des plus préoccupantes.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (8/50)

LEEB ASSIEGE LENINGRAD (22 JUIN-DECEMBRE 1941)

Le 22 juin 1941, quand Barbarossa est déclenchée, « le monde retient son souffle », pour reprendre l’expression de Hitler. En fait, le sort de la Seconde Guerre Mondiale et le destin du III.Reich vont se décider sur le front de l’Est. L’immensité du front oblige les différents groupes d’armées à opérer dans des directions divergentes. Au nord, l’invasion de Pays-Baltes et la prise de Leningrad, la ville symbolique de la révolution bolchevique et centre industriel de première importance, est confiée au Heeres-Gruppe Nord du maréchal von Leeb. Ces opérations bénéficieront en outre du soutien non négligeable des troupes finlandaises de Mannerheim, qui combattront en Carélie, bien déterminés à obtenir leur revanche sur les Russes, tout en fixant un maximum d’unités soviétiques. Von Leeb engage de 3 Panzerdivisionen, 3 divisions motorisées, 23 divisions d’infanterie Le soutien aérien est fourni par 1 070 avions. En face, les Soviétiques disposent du Front du Nord du général Popov dans la région militaire de Leningrad et du Front du Nord-Ouest du général Kouznetsov dans la région militaire baltique. Ces troupes ont l’avantage d’avoir à défendre une zone de plaines côtières basses, avec des rivières, des marais, des lacs et des forêts impraticables pour les Panzer. Von Leeb a compris que ce terrain offre peu de possibilités de mouvement pour des manœuvres d’encerclement, aussi décide t-il de lancer les divisions du Panzer-Gruppe 4 de Hoepner directement sur Leningrad. Dès le premier jour, la situation au nord du front se développe de manière très favorable pour les Allemands qui franchissent le Niemen. La 11ème armée soviétique est mise en déroute. Qui plus est, les 8ème et 3ème armées soviétiques, respectivement au nord et au sud de la 11ème, s’avèrent incapables de combler la brèche. Aucune unité soviétique n’est donc à même de s’opposer à la progression de von Leeb vers Vilnius et Kaunas. Toutefois, dès le 24 juin, les forces de von Leeb se heurtent à une violente contre-attaque soviétique. La 6.Panzerdivision a le plus grand mal à s’opposer aux chars russes KV1 de la 2ème division blindée. Toutefois, privés de munitions et de carburant, la division soviétique est anéantie le 26 juin. Ce même jour, le 66.Panzerkorps atteint Daugavpils et la Dvina. La défense soviétique est brisée et la route de Leningrad semble ouverte. La Lituanie et la Lettonie sont envahies sans coup férir. Riga est prise le 1er juillet. Les populations civiles accueillent avec enthousiasme les troupes allemandes qui les libèrent du joug soviétique mais l’Armée rouge parvient à éviter les encerclements, sauf autour de Reval où seulement 12 000 hommes sont capturés.

Le 10 juillet, le Front du Nord-Ouest est confié au général Sobiennikov. 30 divisions sont en ligne, mais la plupart ont des effectifs très incomplets. Von Leeb reprend son offensive le 10 juillet alors que le Panzer-Gruppe 4 est alors à Pskov. Les résultats ne se font pas attendre puisque le 41.Panzerkorps de Reinhardt balaye la 113ème DI et avance de 80 kilomètres en quelques heures, s’approchant de Louga dès la fin de matinée. Hoepner surprend alors les Soviétiques en détournant ses Panzer de Louga et en les lançant vers Narva. Le 14 juillet, Porechye tombe. Leningrad, distante de 96 kilomètres, est à portée de von Leeb mais Hitler et l’OKW imposent un arrêt de trois semaines. L’avance allemande piétine et la 8ème armée n’est pas encerclée. Plus à l’est, le 56.Panzerkorps de von Manstein rencontre plus de succès puisqu’il enfonce les positions du 22ème corps soviétique dès le 10 juillet et se rapproche de Novgorod, menaçant de la sorte le front soviétique établi à Louga. Pour parer à la menace, le maréchal Vorochilov lance une puissante contre-offensive, parvenant à encercler pendant plusieurs jours la 8.Panzerdivision, réduite à 80 chars après de durs combats. Plus au sud, les 10. et 28.Armee-Korps avancent également, repoussant les Soviétiques vers une ligne Kholm-Velikie Louki.

Pendant ce temps, von Leeb engage de plus en plus d’unités pour s’emparer de Tallinn et anéantir la 8ème armée soviétique. Au début du mois d’août, les Allemands atteignent le golfe de Finlande. Le port estonien tombe à la fin du mois, Vorochilov ayant préféré évacuer les troupes encerclées par voie de mer vers Leningrad, dont la défense est évidemment plus importante. Les forces engagées par von Leeb pour s’emparer de Tallinn vont pourtant faire cruellement défaut aux Allemands dans leur avance vers Leningrad. Chaque retard favorise en effet les Soviétiques qui renforcent leurs défenses.

Pour atteindre Leningrad, von Leeb engage 29 divisions à 80% de leurs effectifs. Vorochilov ne peut opposer que 15 divisions. De surcroît, la ligne défensive de Louga est loin d’être achevée, en dépit de la construction frénétique entre Leningrad et le front de lignes garnies de fortins, de dents de dragons et de fossés antichars. Von Leeb lance son offensive le 8 août le long du golfe de Finlande et le 10 août face à Louga et Novgorod. Le 16 août, après d’âpres combats, Kinghisepp tombe, ouvrant la route de Leningrad. Dès le 19 août, les troupes allemandes atteignent la ceinture extérieure des défenses de la ville, mais elles sont repoussées par une vigoureuse contre-attaque. L’assaut allemand a cependant encerclé les troupes soviétiques sur Kronstadt et Oranienbaoum, formant ainsi une poche de résistance qui tiendra jusqu’à l’évacuation du secteur par la Wehrmacht en janvier 1944 ! Von Leeb doit cependant faire face à une contre-attaque soviétique menée avec vigueur par les Soviétiques au sud du lac Ilmen le 12 août. Cette opération surprend les Allemands et contrecarre leurs plans. Les Russes repoussent ainsi l’aile droite allemande sur 40 kilomètres, dans une région sauvage et désolée, sans routes ni villages. Toutefois, l’offensive de Vorochilov est vite enrayée avec de lourdes pertes. Von Leeb a cependant dû renoncer en partie à son offensive vers Leningrad pour conjurer cette menace. Au centre du front, la bataille de Novgorod se déroule du 16 au 24 août avec acharnement. Les combats pour Louga s’éternisent jusqu’au 3 septembre, les Allemands capturant finalement, en dépit de la boue qui empêche les véhicules d’avancer, 21 000 prisonniers, 316 chars et 600 canons.

Pendant ce temps, dans l’isthme de Carélie, les forces finlandaises avancent vers Leningrad. Dès le 31 juillet, Vorochilov est contraint d’envoyer ses réserves en cours de formation pour enrayer l’avance finnoise. Les Soviétiques parviennent à stopper Mannerheim mais ils ont dû engager de précieuses unités au nord alors que la situation est critique au sud, où Vorochilov ne dispose pas assez d’unités pour s’opposer au Heeres-Gruppe Nord.

Hitler ordonne de ne pas s’emparer de l’ancienne capitale des tsars mais de l’investir, afin d’acculer la ville à la famine et d’obtenir sa reddition après l’intervention de l’artillerie et de la Luftwaffe. Le 21 août, les Allemands s’emparent de Chudovo, coupant ainsi la voie ferrée entre Moscou et Leningrad. L’isolement est complété par la prise de Mga, qui était la dernière liaison ferroviaire entre Leningrad et le reste du pays. La 16.Armee se lance à l’attaque le 25 août. Le 30, les Allemands sont sur la Neva. Toutefois, les Soviétiques résistent avec ténacité et empêchent le franchissement du fleuve par les Allemands, qui espèrent pourtant pénétrer dans l’isthme de Carélie afin de réaliser la liaison avec les Finlandais. Cependant, le 8 septembre, la 20.ID (mot.) s’empare de Schlüsselburg : Leningrad est alors encerclée. Le lac Ladoga constitue alors l’unique et ultime voie possible de ravitaillement pour Leningrad. Un siège de 900 jours commence. En octobre 1941, les Allemands avancent à nouveau vers l’Est et s’emparent de Tikhvine le 9 novembre Le 8 décembre, les Soviétiques reprennent la ville. Le lac Ladoga constitue alors l’unique et ultime voie possible de ravitaillement pour Leningrad. Un siège de 900 jours commence

 

LA GUERRE AU-DELA DU CERCLE POLAIRE

Eisbunker
Im Eisbunker. Dicht aneinandergerückt verbringen die Männer die Nacht

Dans le Grand Nord, un corps de troupes de montagne, commandé par le général Dietl, le héros de Narvik, s’élance de la Finlande septentrionale avec pour mission, en liaison avec les Finlandais, de s’emparer de Petsamo et des mines de fer de la région. En outre, il s’agit de couper la voie ferrée vers Mourmansk, voire prendre le port lui-même. Ce dernier est le seul qui soit accessible en toute saison par les navires voguant sur la mer Blanche. Toutefois, le terrain sur lequel opèrent les Gebirgsjäger se prête très mal aux opérations militaires, puisqu’il s’agit d’une toundra, parsemée de nombreux cours d’eau et de marais, battue par les vents et soumise à un hiver très rigoureux. Les moustiques représente un fléau de tous les instants. L’été, le jour règne en quasi-permanence, et le semblant de nuit n’apporte guère de répit. L’absence de route digne de ce nom ne fait qu’ajouter à la précarité des forces de la Wehrmacht engagée dans ce secteur. L’offensive fait long feu et s’arrête sur la rivière Liza. Le front se stabilise jusqu’en 1944, sans qu’à aucun moment les Allemands ne réussissent à menacer sérieusement Mourmansk. Le front prend alors le nom d’Eismeer Front, le front de la mer de glace.

73 years ago : Iwo Jima

                 IWO JIMA : L’ETAU SE RESSERRE, 19 FEVRIER-26 MARS 1945

Fin 1944, les Américains se rapprochent inexorablement du Japon. Les Mariannes offrent la formidable possibilité de soumettre l’archipel japonais au bombardement des superforteresses volantes Boeing B-29. A mi-chemin entre le Japon et les Mariannes, l’île d’Iwo Jima, étape obligée du trajet aérien suivi par les bombardiers, se doit d’être sécurisée. En effet, la mainmise sur cette île assurerait une base idéale pour frapper l’intégralité du Japon. En outre, il serait alors possible aux bombardiers endommagés d’y trouver refuge au lieu de s’abîmer en mer. Le programme de bombardement du tissu industriel japonais doit prendre de l’ampleur en 1945. Il faut donc s’emparer d’Iwo Jima. Cette tâche est assignée au 5th US Marine Corps du général Harry Schmidt, subordonné à Holland-Smith, soit 70 000 hommes regroupés au sein des 3rd, 4th et 5th Marine Divisions. Le commandement japonais a clairement saisi l’importance d’Iwo Jima et les travaux de mise en défenses ont en fait débuté dès le mois de mars 1944. La garnison est dirigée par le brillant général Kuribayashi qui dispose de 21 000 hommes sous ses ordres, beaucoup plus que les estimations américaines qui lui en accordent à peine 13 000. Les Japonais possèdent en outre 361 pièces d’artillerie, 65 mortiers et 33 pièces navales de gros calibre. Kuribayashi est prêt à recevoir l’assaut américain. Ses hommes sont préparés à lutter jusqu’à la mort et les défenses sont conséquentes. Les bunkers, partiellement bétonnés, s’avèrent si habilement construits que des semaines de bombardements aériens et navals n’ont pas permis de les neutraliser. Kuribayashi a bien compris que les charges Banzaï n’aboutissent sur absolument aucun résultat tangible. Il préconise en revanche de combattre sur des positions de résistance préparées à l’avance. Le général japonais sait qu’il ne peut remporter la victoire, mais il est fermement disposé à infliger le maximum de pertes aux Américains. Lui-même et tous ses hommes sont prêts au sacrifice suprême pour leur patrie.

La formidable armada d’invasion quitte Saipan le 15 février. Le lundi 19 février 1945, les Marines débarquent à Iwo Jima. Dès le début, la bataille s’avère être un véritable cauchemar pour les Américains. Les jours précédents le débarquement voit se succéder une série de déconvenues au cours des bombardements préparatoires : mauvais temps, coups au but des batteries côtières japonaises, … Le Jour J, tandis que les cuirassés et les croiseurs soumettent l’île à une terrible et ultime préparation d’artillerie et que l’aviation embarquée frappe durement les défenses ennemies, des milliers de Marines embarquent à bord des LVT. Alors que les Amtracks déversent leur lot de Marines et que les Sherman débarquent de concert, le sable noir volcanique s’avère être un premier obstacle, sans parler de la légère élévation haute d’une quinzaine de mètres qui court tout au long de la plage. Seuls des tirs d’armes légères et l’explosion d’un obus de mortier sporadique accueillent les assaillants.

 

   

Les vagues d’assaut se succèdent au rythme toutes les 5 minutes et, très vite, les plages sont congestionnées. Kuribayashi décide alors de déclencher comme prévu un terrible barrage en employant toutes se pièces d’artillerie et ses mortiers. Il est alors 10h. L’ensemble du front s’embrase sous les tirs d’obus et les rafales de mitrailleuses japonais. La confusion est totale. Toutefois, sur Green Beach, au pied du mont Suribashi, le terrain, plus rocheux est moins difficile pour les Marines du 28th Rgt. Les combats sont cependant partout particulièrement acharnés et les Américains doivent lutter pour chaque bunker et chaque grotte défendu par les Japonais. Le mont Suribashi est rapidement isolé puisque les premiers Marines atteignent la côte ouest à 10h35. Sur les Red et Yellow Beaches, les 27th et 23rd Rgts progressent difficilement et subissent de lourdes pertes. Sur Blue beach, le 25th Rgt est aussi durement accueilli, particulièrement sur le flanc droit, dans le secteur de l’éminence baptisée « Quarry », où à peine 150 Marines d’un bataillon de 900 hommes sont encore sains et saufs. Toutefois, à 11h30, les Marines ont atteint l’extrémité sud de l’aérodrome n°1. Le soir, les objectifs n’ont pas tous été atteints et les pertes sont lourdes. 30 000 hommes sont déjà à terre. Aucune contre-attaque n’est lancée cette nuit-là.

Les cinq jours qui suivent, les Marines s’attaquent au mont Suribashi vers le sud tandis que plusieurs régiments sont engagés au nord afin de s’emparer des aérodromes n°1 et 2. Le volcan est soumis au bombardement terrifiant des appareils américains qui larguent bombes après bombes, dont du napalm, tandis que les destroyers apportent également leur concours aux assauts du 28th Rgt. Les combats sont particulièrement disputés et ce n’est que le 23 février que les Marines s’emparent du mont Suribashi, sur le sommet duquel est hissé le drapeau américain.

Le pire est pourtant à venir. Les pertes élevées, le manque de soleil, l’absence de nourriture chaude et les intempéries minent le moral et l’efficacité des troupes américaines. Les navires de la Navy Task Force qui soutient les débarquements sont eux-mêmes soumis à une des premières véritables attaques Kamikaze de la guerre. Le porte-avions USS Bismark Sea succombe à l’attaque, tandis que deux autres sont endommagés, dont le vénérable USS Saratoga, vétéran du début de guerre. Le 24 février, une attaque d’envergure est lancée entre les deux aérodromes par le 21st Rgt sous le couvert d’une puissante préparation d’artillerie. Après un féroce corps à corps et des combats à la grenade et au lance-flammes, les Marines contrôlent l’aérodrome n°1. En six jours, les pertes américaines sur Iwo Jima se montent déjà à 1 034 tués, 3 741 blessés, 5 disparus et 558 souffrant d’épuisement consécutif aux combats. Le mont Suribashi et moins de la moitié de l’île sont contrôlés.

  

Les Marines doivent maintenant s’emparer de la partie septentrionale d’Iwo Jima. De J+6 à J+9, de terribles combats vont avoir lieu pour s’emparer de quatre formidables positions défensives situées à l’est de l’aérodrome n° 2 et baptisées ironiquement le « Hachoir à Viande » par les Marines de la 4th Division. La première journée révèle d’emblée l’enfer des combats : en dépit d’un soutien en armes lourdes conséquent, 500 hommes sont perdus pour des gains inférieurs à 100 m ! La colline 382 est en outre la scène d’une retraite humiliante des restes d’une section encerclée par les Japonais. Le lendemain, le 23rd Rgt est cloué par les tirs de mitrailleuses dans les secteurs « Amphitheater » et « Turkey Knob ». Ce jour-là toutefois, le Marine Douglas Jacobson réduit au silence à lui seul pas moins de 16 positions défensives ennemies avec son bazooka, tuant 75 Japonais à cette occasion. Cet exploit lui vaudra de recevoir la Médaille d’Honneur. A D+12, les Marines, soutenus par les Sherman, s’approchent du sommet de « Turkey Knob » pour être finalement repoussés. Seule la colline 382 tombe enfin. Sur la côte ouest, la 5th Marine Division repousse les défenses nippones après la prise de la colline 362A. Au centre, l’avance de la 3rd Marine Division est également satisfaisante mais les combats ont été acharnés, provoquant des pertes prohibitives. A J+16, le 8 mars, les pertes américaines sont alors terrifiantes : 16 000 hommes, dont 3 000 tués, ont été perdus depuis le Jour J. Dans le camp adverse, Kuribayashi ne dispose plus quant à lui que de 7 000 combattants. Entre-temps, l’aérodrome n°1 est déjà opérationnel et les premiers B-29 en perdition peuvent s’y poser.

                      

Le 9 mars, le périmètre défensif japonais est coupé en deux poches : une au nord-ouest, avec le général Kuribayashi, dont un secteur recevra le très révélateur surnom de « La Vallée de la Mort » avec de nombreux canyons, et une seconde poche de résistance au nord-est, avec notamment le « Hachoir à Viande ». Ces poches vont s’avérer être le théâtre de violents combats très meurtriers. Les chars lance-flammes sont un appoint non négligeable mais la nature rocailleuse du terrain et les mines rend l’emploi des Sherman des plus délicats. Dans la nuit du 26 mars, 200 à 300 Japonais parviennent à s’infiltrer dans les lignes américaines et surprennent un campement américain encore endormi. Le carnage est complet mais les assaillants ont été massacrés. La bataille est maintenant achevée. A l’issue de cette coûteuse campagne, 2 200 B-29 en détresse se poseront sur l’île d’Iwo Jima, avec 22 000 hommes d’équipages à leur bord, autant de vies humaines épargnées par le sang des Marines versé pour la prise de haute lutte de l’île. Les Américains ont perdu 6 871 tués et près de 20 000 blessés pour s’emparer d’Iwo Jima. 18 des 24 chefs de bataillons sont au nombre des pertes. Les 21 000 Japonais sont presque tous morts, dont leur chef, le général Kuribayashi, qui a réussi l’exploit d’infliger plus de pertes aux Américains qu’il n’en a lui-même subit, un cas unique dans la guerre du Pacifique.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (7/50)

BOUDIENNY PRIS AU PIEGE (24 AOÛT-4 OCTOBRE 1941)

Pour les Panzer: c’est encore le temps de la Blitzkrieg!

 

Kiev: 650 000 prisonniers soviétiques

 

Dès le 10 juillet, la 13.Panzer-Division du Panzer-Gruppe 1 de von Kleist est en vue des flèches du Kremlin de Kiev. Peu après, la 14.Panzer-Division, puis la 25.ID (mot.) la renforcent, établissant ainsi une solide tête de pont sur la rivière Irpen, bordée de marécages bien impropres au déploiement des blindés, à une distance d’à peine 16 kilomètres de la capitale ukrainienne. Toutefois, l’indispensable infanterie nécessaire aux combats urbains se trouve encore à presque 200 kilomètres en arrière des troupes de von Mackensen. A ce moment là, le commandement de la garnison, renforcée par la milice, est confié à Khroutchev. Hitler, von Brauchitsch et von Rundstedt ne sont pas favorables à l’attaque directe sur la ville, supposée fortement défendue, alors que les Panzer sont nécessaires pour nettoyer la poche d’Uman. L’infanterie de la 6.Armee perce la ligne « Staline » et arrive devant Kiev à la fin juillet, relevant ainsi le 3.Panzer-Korps de son rôle d’assiégeant.

Les directives n°33 et 34 de Hitler redéfinissent les objectifs immédiats de la Wehrmacht dans le cadre de « Barbarossa ». Au grand dam de von Bock et de Halder, Hitler est de plus en plus préoccupé par la situation en Ukraine. Il tient à priver l’URSS d’une base économique essentielle. Hitler est de plus en plus sceptique quant à la conclusion de la campagne avant l’hiver. Les ressources de l’Ukraine sont indispensables à la poursuite du conflit. En outre, la mainmise sur la Crimée et l’occupation des rives de la mer Noire assurerait la sécurité des champs pétrolifères roumains. Les arguments de Guderian en faveur d’une attaque sur Moscou sont donc repoussés. Hitler s’impose de plus en plus à ses généraux dans la conduite stratégique et même tactique du conflit, une tendance fâcheuse qui ne va cesser de prendre de l’ampleur au cours du conflit. Pourtant, pour l’heure, force est de constater que le Führer a une vision stratégique à plus long terme et plus aboutie que celles de ses généraux. Certains de ceux-ci et de nombreux soldats allemands ont la naïveté de penser que la prise de Moscou signifierait la fin de la guerre, rien n’étant moins sûr. En outre, Hitler est parfaitement clairvoyant en assurant le flanc sud du Heeres-Gruppe Mitte au préalable à une offensive sur Moscou. Peut-il en effet laisser une armée soviétique de 1 million d’hommes menaçant la Wehrmacht s’avançant plus en avant vers la capitale soviétique ? L’attaque sur Kiev s’impose donc. Alors qu’il s’est fermement opposé à cette opération, Guderian va en fait remporter la plus belle et la plus grande victoire de sa carrière à cette occasion. Les généraux soviétiques souffrent aussi des ingérences de Staline. Joukov estime avec justesse que le Heeres-Gruppe Mitte est obligé de marquer une pause après les difficiles combats pour Smolensk et il prévient Staline de la menace qui pèse selon lui sur Kiev. Cet avis lui vaut d’être relevé de son commandement par Staline, qui ne veut plus entendre parler de repli en combattant depuis le désastre d’Uman. Joukov est alors nommé au front. Staline est fermement décidé à tenir Kiev. Des renforts ne cessent d’affluer directement à Kiev, au lieu d’être dirigés sur les flancs, où ils auraient pu s’opposer à l’offensive à venir de Guderian et de Kleist. Boudienny est alors chargé de coordonner les actions des Fronts du Sud-Ouest et du Sud.

Alors que Khroutchev est Commissaire politique à Kiev, 160 000 civils s’évertuent à renforcer les défenses de la cité, réalisant 60 kilomètres de défenses, 30 kilomètres de fossé antichars et construisant 750 bunkers. La 26ème armée du général Kostenko occupe les positions, prêtes à recevoir l’assaut du 29.Armee-Korps depuis la tête de pont sur l’Irpen. L’assaut débute le 30 juillet mais les Soviétiques tiennent fermement et repoussent l’attaque. Le 8 août, la bataille gagne en intensité et l’infanterie allemande repart en avant sous la couverture des Stuka, des Nebelwerfer et des Sturmgeschütze. Les combats sont dignes des pires corps à corps de la Grande Guerre. Le 12 août, la percée n’étant toujours pas réalisée, le 29.Armee-Korps cesse ses assauts. L’attaque frontale sur Kiev s’est avérée être un échec. Le 19 août, la 5ème armée soviétique raccourcit le front en franchissant le Dniepr, mais omet de détruire le pont de bois de Garnostoipal, qui est capturé par la 11.Panzer-Division dans le cadre de l’opération « Biber ». Les Allemands sont maîtres du seul pont entre Kiev et les marais du Pripet et franchissent la Desna dans la foulée. Début septembre, la 6.Armee a établi de nombreuses têtes de pont sur la Desna.

Suivant les ordres du Führer, Guderian oblique vers le sud avec le soutien en force de la Lutfwaffe. Toutefois, en prévision de l’attaque sur Moscou, Brauchitsch interdit à Guderian d’utiliser le 46.Panzer-Korps, afin de disposer de troupes fraîches pour marcher sur Moscou. Conscient de la menace qui pèse sur les arrières de la 5ème armée, Boudienny alerte Staline du danger de la situation. En une journée, le front de la 13ème armée de Golubev est percé et la 3.Panzer-Division du général Model s’empare le 24 août du pont de Novgorod-Severskiy, sur la Desna. La réaction de la 21ème armée soviétique n’aboutit à rien et elle est contrainte au repli, sans prendre la peine d’en informer la 40èmz , positionnée à sa droite. La 21ème armée est finalement repoussé sur Kiev par l’intervention dans la bataille de la 2.Armee tandis que la 3.Panzer-Division coupe la voie ferrée Moscou-Kiev en s’emparant de Shostka. Le 24.Panzer-Korps de von Schweppenburg poursuit sa marche en avant et franchit la Seim le 7 septembre. Une trouée de 30 kilomètres s’est ainsi formée entre le Front du Sud-Ouest et celui de Bryansk, commandé par le général Eremenko. Le 10 septembre, la brèche fait déjà 60 kilomètres. Le flanc nord soviétique s’effondre : la 40ème armée ne cesse d’être repoussé et la 27ème n’a que trois divisions pour couvrir 150 kilomètres de front ! Boudienny comprend le danger que représentent le Panzer-Gruppe 2 de Guderian et le Panzer-Gruppe 1 de von Kleist. Aussi demande t-il l’autorisation de se redéployer sur la Psel et d’abandonner ainsi les positions sur le Dniepr. Staline relève Boudienny de son commandement et ordonne à Kirponos de tenir. Timonchenko est alors nommé commandant en chef dans le sud-ouest, un secteur qu’il est alors nécessaire d’entièrement réorganiser.

Pendant ce temps, les Panzer de von Kleist ne sont pas restés inactifs. La 9.Panzer-Division s’empare de Zaporozhe dès le 19 août, pour être vite ramenée sur l’autre rive du Dniepr à la suite d’une vigoureuse réaction des troupes soviétiques. Toutefois, une solide tête de pont est établie plus au nord, à Krementchug, par la 17.Armee, qui détruit 60 des 80 chars russes qui la contre-attaque. Le 25 août, la 13.Panzer-Division s’empare d’un pont de près de un kilomètre à Dniepropetrovsk. Face au 60.Armee-Korps à Krementchug, les Soviétiques engage la 38ème armée, dont les 40 000 hommes sont étalés sur 180 kilomètres de front, alors que toutes les réserves sont engagées pour tenter de stopper l’avance de Guderian. Le 10 septembre, von Kleist fait passer le 68.Panzer-Korps dans la tête de pont de la 17.Armee à Krementchug. Ce Panzer-Korps ne compte alors plus que 331 Panzer, soit à peine la moitié de sa dotation à son entrée en Union Soviétique. Deux jours plus tard, von Kleist lance ses troupes à l’assaut sous une pluie battante. Totalement surpris, les Russes ne parviennent pas à s’opposer à la ruée des Panzer, qui couvrent plus de 60 kilomètres en à peine douze heures, la 16.Panzer-Division de Hube menant la marche. Le flanc assuré par la 17.Armee de von Stülpnagel, von Kleist peut foncer pour établir sa jonction avec Guderian.

Les troupes soviétiques, au pied du mur, raidissent leur résistance devant le danger qui les menace. Toutefois, le sacrifice et le courage des Soviétiques, et même le fanatisme des troupes du NKVD qui défendent Lubny contre Hube, ne peuvent empêcher l’inéluctable. Le 14 septembre, les avant-gardes des deux Panzer-Gruppen font leur jonction en fin d’après-midi à Lokhvitsa. Au même moment, von Leeb perce les défenses extérieures de Leningrad. Jamais la victoire n’a semblé si proche pour les Allemands…Timoshenko envoie son chef d’état-major, le général Bagramian, pour mettre au point une sortie avec Kirponos. Ce drnier a repris son poste après l’évacuation par air de Boudienny, le vieux compagnon de Staline. Kirponos est circonspect et exige un document émanant de la Stavka. C’est le 18 septembre qu’il autorise une percée. Mais à peine quelques dizaines de milliers d’hommes réussissent à éviter la capture, les assauts désespérés pour tenter de fuir vers l’est donnant parfois lieu à de féroces combats et des attaques quasi-suicidaires. Kirponos lui-même est abattu dans une embuscade le 20 septembre. La poche forme un triangle d’environ 45 kilomètres de côté. Les combats vont la fragmenter en entités plus petites qui sont réduites une à une. Les combats cessent à Kiev le 24 septembre, mais les explosions à retardement vont se multiplier pendant cinq jours. Le Heeres-Gruppe Süd de von Rundstedt a donc réalisé un encerclement spectaculaire de concert avec le Panzer-Gruppe 2 de Guderian. Kiev représente la plus belle victoire de la Wehrmacht du conflit. Le décompte final des prisonniers porte à 665 212 le nombre de Soviétiques capturés. 824 chars et 3 178 canons ont aussi été capturés. Cependant, les combats s’éternisent jusqu’au 4 octobre et, aux mois d’octobre et de novembre, l’Armée Rouge recrute 1,5 millions d’hommes, alors que, pour la première fois depuis « Barbarossa », la Wehrmacht dispose de la supériorité numérique en hommes en raison des immenses pertes subies par les Soviétiques. Nombre d’unités allemandes sont cependant à bout de souffle : c’est ainsi que la 3.Panzer-Division n’aligne plus que 10 chars ! L’attaque sur Moscou ne peut donc reprendre avant de donner le temps aux hommes de se reposer et aux unités de se recompléter. L’ampleur de la victoire remportée en Ukraine, qui frappe même Guderian, justifie cependant les conceptions de Hitler. Il eût été en effet dangereux de laisser cette immense masse de manœuvre de 800 000 hommes sur le flanc droit de von Bock avant d’effectuer un nouveau bon en avant de 350 kilomètres vers l’est. Après cette victoire retentissante, c’est d’un commun accord qu’Hitler et ses généraux décident de lancer l’offensive finale sur Moscou.

« La guerre sous marine allemande »par François-Emmanuel Brézet

La guerre sous marine allemande par François-Emmanuel Brézet, Perrin, 2017, 416 pages

L’un des grands intérêts de cet ouvrage, écrit par un spécialiste incontesté de la marine de guerre allemande, est de proposer au lecteur un récit comparé de l’emploi des U-Boote au cours des deux conflits mondiaux. François-Emmanuel Brézet débute son étude magistrale par la genèse de l’arme sous-marine allemande depuis le 19es, une introduction bien à propos. L’une des grandes forces de l’auteur, qu’on retrouve dans ses autres ouvrages, est d’expliquer clairement les options et les choix stratégiques décidés au plus haut niveaux, de même que les raisons politiques qui y ont présidés. L’auteur ne manque pas de nous donner le point de vue de Tirpitz, Holtzendorf, Raeder ou encore Dönitz, ainsi que de Guillaume II ou de Hitler.Les restrictions à la guerre sous-marine du fait de la règle de l’ordre des prises (arraisonner un bâtiment et vérifier sa marchandise au préalable) ou encore de la nécessité de tenir compte du particularisme des navires neutres ont pesé lourd sur l’engagement des U-Boote. Les contingences d’engagement et de matériel auxquelles est confrontée la marine allemande pendant les deux conflits sont bien explicitées.  On observera des points communs en 1914, comme en 1939, à savoir l’accent mis sur la flotte de surface et, surtout en 1914, l’incapacité du haut-commandement à appréhender le potentiel opérationnel de l’usage des sous-marins. La guerre sous-marine à outrance aurait-elle pu être un succès? Difficile d’être catégorique, d’autant qu’il faut garder à l’esprit que la Wehrmacht accordent avant tout la priorité à l’armée de terre. La « guerre au tonnage » au cours des deux guerres ne semble pas devoir se conclure par une victoire, mais, pour autant, force est de constater que, dans les deux cas, la guerre sous-marine sans restriction a été lancée sans disposer de suffisamment de submersibles. Les U-Boote ont néanmoins été apte. L’auteur distingue huit phases pour les opérations des « Loups Gris » de Dönitz, ce qui est inhabituel, mais justifié par le propos. François-Emmanuel Brézet ne néglige jamais les aspects techniques, notamment les défaillances des torpilles ou encore la gestation et la mise en production de la dernière génération de sous-marins, pas plus qu’il n’oublie d’évoquer la -difficile-coopération avec la Luftwaffe. Un livre plaisant, bien écrit et bien documenté. Je recommande de la même manière Dönitz ainsi que l’Histoire de la Marine Allemande 1939-1945 du même auteur. Il ne faudra pas y chercher le vécu des sous-mariniers: pour cela, je renvoie à l’excellent Hors-Série N° 09 de la revue Los! ou encore à Les hommes des U-Boote de Jean Delize.