« Looking Down on War. The Normandy Invasion. June 1944 », Roy M. Stanleyn II

« Looking Down on War. The Normandy Invasion. June 1944 », Roy M. Stanleyn II, Pen and Sword, 2012, 271 pages

Encore un livre sur la Normandie? Oui, mais celui-ci nous offre l’opportunité de voir environ 300 clichés pris d’avions, à la verticale. Après un chapitre introductif classique sur le Mur de l’Atlantique, le livre enchaîne sur une série de thèmes aussi inétressants les uns que les autres: défenses allemandes vues d’avions, obstacles de plages, opérations aéroporétes, les plages les unes après les autres, les ports artificiels… Régulièrement, l’auteur fait un zoom sur un espace défini d’un cliché plus large et montre, avec de sflèches, des engins divers: « funnies », véhicules, soldats, bunkers… Original mais peut-être à lire chapitre par chapitre faute d’être pris d’un sentiment de répétition… Un texte accompagne tous les clichés. Mais ce dernier est nettement moins intéressant et peut prêter à discussion.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (4/50)

HEERESGRUPPE MITTE: LA POUSSEE SUR SMOLENSK (22 JUIN-AOUT 1941)

L’opération « Barbarossa » prévoit d’affecter les plus importantes ressources de la Wehrmacht au Heeres-Gruppe Mitte. Ce dernier est confié au maréchal Fedor von Bock. L’objectif premier de Bock est d’anéantir les forces soviétiques qui lui font face puis de marcher sur Moscou. Les effectifs affectés à Bock sont donc conséquents : 9 Panzer-Divisionen, 6 divisions motorisées, 1 division de cavalerie, 34 divisions d’infanterie et 1 brigade d’infanterie motorisée. La Luftwaffe fournit un appui aérien qui se monte à 1 670 avions. La tâche qui incombe à Bock est particulièrement ardue mais l’armée allemande a tendance à s’appuyer sur des renseignements optimistes et a une fâcheuse tendance à sous-estimer son adversaire. Les forces soviétiques sont toutefois considérables. Elle possède en effet alors 170 divisions d’infanterie, 32 divisions de cavalerie et 78 brigades blindées. Cependant, les effectifs moyens d’une division d’infanterie soviétique se montent à 8 000 hommes, contre 14 à 16 000 au sein de la Wehrmacht. Quant aux blindés, leur masse ne doit pas masquer qu’à peine 6 000 sont modernes et opérationnels, ce qui représente toutefois le double des effectifs totaux de la Heer, dont un millier de chars T-34 et KV-1, supérieurs aux blindés qu’aligne alors la Wehrmacht. Les premières phases des opérations semblent donner raison aux optimistes de l’OKH et de l’OKW. Sur le front centre en effet, les Panzergruppen de Hoth et de Guderian réalisent de spectaculaires encerclements aux cours des trois premières semaines de l’invasion. Comme sur le front nord, l’opération débute à l’aube du 22 juin 1941 par une formidable préparation d’artillerie. Dans le même temps, la Luftwaffe lance une série de raids dévastateurs sur les aérodromes soviétiques afin d’assurer la suprématie aérienne totale à la Wehrmacht. Cette mission est accomplie au-delà des espérances puisque l’aviation soviétique perd le total colossal de 1 811 appareils le premier jour de la guerre, presque tous au sol. Pour obtenir cet incroyable succès, la Luftwaffe n’enregistre que la perte de 35 avions. Dans ces conditions, l’armée allemande s’octroit un avantage certain dès le début des hostilités. Bock est opposé au Front de l’Ouest du général Pavlov, comprenant du nord au sud la 3ème armée de Kusnetsov, la 10ème armée de Golubiev et la 4ème armée de Koroblov, avec la 13ème armée de Filatov en réserve. Bock lance le Panzergruppe 3 de Hoth au nord, la 9.Armee de Strauss et la 4.Armee de von Kuge de part et d’autre de Bialystok et le Panzergruppe 2 de Guderian vers Brest-Litovsk.

Guderian doit donc reconquérir Brest-Litovsk une seconde fois, après l’avoir prise aux Polonais en 1939. Plus de 50 kilomètres sont parcouru par les Panzer dès le premier jour de l’offensive. Mais la forteresse de Brest est solide et les défenseurs refusent toute idée de capitulation. Certains soldats soviétiques poursuivent le combat pendant des semaines, alors que le front est alors 1 000 kilomètres plus à l’est. 7 000 Russes sont capturés mais les Allemands ont cependant perdu près de 500 tués et 1 000 blessés. Sur le reste du front, la résistance est vite submergée et les positions frontalières soviétiques sont anéanties en quelques heures. L’infiltration d’unités allemandes qui réussissent à couper les liaisons téléphoniques et radios ne fait qu’ajouter au chaos qui s’empare de la zone arrière du front soviétique. La supériorité numérique locale allemande est telle que, dans ces conditions, l’issue des combats ne fait guère de doutes. En moyenne, Guderian progresse de 60 kilomètres.

Les armées du Heeres-Gruppe Mitte mettent à profit un avantage géographique de taille pour s’assurer de spectaculaires succès. En effet, dans ce secteur, les troupes soviétiques forment un saillant profond qui s’enfonce en Pologne. Les Allemands voient rapidement l’intérêt d’une attaque en tenaille afin d’enfermer les 3ème et 10ème armées soviétiques dans une poche autour de Bialystok. La manœuvre est un succès et il faut à peine une semaine pour que les colonnes de Hoth et de Guderian établissent leur jonction sur les arrières soviétiques. L’infanterie allemande complète l’encerclement à marche forcée dans la chaleur de l’été. Le chaudron n’est cependant pas fermé hermétiquement et des unités soviétiques s’échappent ainsi de la nasse et se replient vers Minsk. La nouvelle 2.Armee de von Weichs est chargée de liquider la poche jusqu’au 2 juillet.

Ce succès est insuffisant pour Bock s’il veut s’assurer de l’anéantissement des forces soviétiques qui lui font face. Il doit donc répéter cette manœuvre d’encerclement sur une plus vaste échelle. La mobilité des unités de Panzer et l’indéniable supériorité tactique de la Wehrmacht doivent pouvoir assurer l’écrasement de l’adversaire en Biélorussie. Les avant-gardes de Hoth atteignent les faubourgs de Minsk dès le 25 juin, mais elles sont énergiquement contenues puis refoulées dans les jours qui suivent par la 100ème DI du général Roussianov. Toutefois, le gros du Panzer-Gruppe 3 intervient de tout son poids dans la bataille, contraignant Roussianov au repli. Le 28 juin, Hoth et Guderian opèrent une nouvelle jonction, enfermant cette fois-ci pas moins de 11 divisions soviétiques dans la poche qui se forme autour de Minsk. Les combats sont très durs dans les forêts et il s’avère que les Russes sont des maîtres dans l’art du camouflage et qu’ils savent s’esquiver à travers les mailles du filet. Toutefois, le butin est conséquent puisqu’il se monte à plus de 200 000 Soviétiques capturés. Le 8 juillet, le Heeres-Gruppe Mitte annonce la capture 288 000 prisonniers, 2 585 chars et 1 500 canons depuis le déclenchement de « Barbarossa ». Face aux désastres qui s’accumulent, Timochenko, le généralissime soviétique, préconise des contre-attaques à outrance, qui ne débouchent que sur des succès temporaires.

A l’issue de la bataille de Minsk, les deux Panzer-Gruppen de Hoth et de Guderian sont regroupés au sein de la 4.Panzer-Armee, confiée à von Kluge, dont les divisions d’infanterie de son ancienne 4.Armee forment la 2.Armee, commandée par le général von Weichs. Pendant que von Weichs liquide la poche de Minsk, von Kluge s’élance vers Smolensk, qui constitue un verrou sur la route de Moscou. Côté soviétique, Pavlov est fusillé sur ordre de Staline et il est remplacé par Timochenko. Alors que les Soviétiques mettent en œuvre leur stratégie de la terre brûlée pour ne rien laisser entre les mains de leurs adversaires, Timochenko lance une contre-offensive d’envergure contre le Panzer-Gruppe 2 de Guderian dans le secteur d’Orcha. 1 000 chars des 5ème et 7ème corps mécanisés repoussent les Allemands sur une quarantaine de kilomètres avant d’être stoppés à Senno par les Fallschirmjäger et que la contre-attaque de Guderian encercle et anéantisse le 5ème corps mécanisé.

La bataille capitale pour Smolensk peut alors débuter. Hitler et l’OKH sous-estiment cependant très nettement leur adversaire. Certes, près de 90 divisions russes ont été anéanties. Mais les ressources soviétiques sont considérables et la Stavka met sur pied de nouvelles unités, alignant ainsi théoriquement 232 divisions en août 1941. Les Soviétiques, conscients de l’importance de l’enjeu, se défendent avec un acharnement farouche à Smolensk. La bataille s’éternise jusqu’au 10 septembre. Certes, la Wehrmacht a encore capturé plus de 300 000 hommes. Mais elle a été longuement arrêtée sur la route de Moscou et les Soviétiques ont été de ce fait en mesure de reconstituer une ligne de défense à peu près cohérente. Le spectre d’un hiver en Russie semble donc se profiler de plus en plus clairement pour les troupes allemandes. L’euphorie des premières semaines de l’invasion semble révolue. Le 15 juillet, Halder, le chef d’état-major de l’OKH, croyait pouvoir affirmer : « Il n’est pas exagéré de dire que la campagne de Russie a été gagnée en 15 jours ». La réalité est tout autre. L’infanterie allemande, en dépit des marches forcées de 35 à 40 kilomètres par jour, a le plus grand mal à suivre les unités de Panzer et à réduire les poches. En outre, le comportement du combattant soviétique est déroutant. Bien plus, l’avance se heurte à des difficultés logistiques insoupçonnées, en raison de l’état des routes et des destructions opérées par les Soviétiques au cours de leur retraite. Les pièces détachées pour 2 000 types de véhicules différents et le ravitaillement en vivres, munitions et essence font défaut. C’est ainsi que des milliers de véhicules doivent être abandonnés pour avaries tandis que des milliers de chevaux meurent de maladies ou de fatigue. La Wehrmacht consomme 330 000 t de carburant par mois contre 250 000 prévus. Les pertes vont également s’élever rapidement. Au 15 juillet, elles se montent déjà à 100 000 hommes, tandis que 41% des Panzer ont été perdus du fait de l’ennemi ou d’ennuis mécaniques. La campagne de Russie ne fait en fait que commencer…

 

L’EVACUATION DES USINES SOVIETIQUES VERS L’OURAL

Pendant que des désastres s’abattent sur l’Armée Rouge, les Soviétiques parviennent à réaliser un tour de force : l’évacuation puis la reconversion vers la production militaire d’un nombre considérable d’entreprises. Le Conseil de l’évacuation réussit ainsi à déplacer vers l’Est 1 530 grandes entreprises industrielles entre juillet et décembre 1941, chiffre porté à 2 600 fin 1942. La tâche est herculéenne : 8 000 wagons sont nécessaires pour le transfert des usines d’acier fin de Dniepropretovsk. Le remontage, dans l’Oural, en Sibérie et au Kazakhstan, de ces usines s’accompagne du déplacement de la main d’œuvre, soit 10 millions de personnes en 18 mois. Travaillant dans des conditions particulièrement difficiles et selon des cadences infernales, celle-ci est renforcée par l’appel aux femmes et aux adolescents, pour compenser la mobilisation de 20 millions d’hommes dans l’année et l’occupation par l’ennemi d’un immense territoire peuplé de 70 millions de Soviétiques.