Ostfront-La guerre germano-soviétique (6/50)

DESASTRE SOVIETIQUE EN UKRAINE (22 JUIN-NOVEMBRE 1941)

L’aile droite de l’offensive « Barbarossa » est constituée par le Heeres-Gruppe Süd du maréchal von Rundstedt. Celui-ci dispose de 5 Panzer-Divisionnen, 4 divisions d’infanterie motorisée, 48 divisions d’infanterie allemandes, roumaines et hongroises, 4 brigades de cavalerie et 1 300 avions. Les contingents alliés sont particulièrement conséquents puisque von Rundstedt commande deux armées roumaines et un corps d’armée hongrois. Au total, ces forces rassemblent 797 000 hommes en Pologne et 175 000 en Roumanie.

Generalfeldmarschall Gerd von Rundstedt (Bundesarchiv)

Gerd Von Rundtstedt doit s’emparer de l’Ukraine, avec le Caucase et ses puits de pétrole comme objectifs lointains. L’assaut des troupes de von Rundstedt doit aussi mettre à l’abri les champs pétrolifères roumains de toute menace soviétique. Une tâche rendue particulièrement ardue par la présence de l’immense zone des marais du Pripet, qui interdit a priori toute coordination avec le Heeres-Gruppe Mitte. Dans ce secteur sud, les forces de l’Axe vont se trouver confrontées au Front du Sud-Ouest du général Kirponos, soit plus de 907 000 hommes. Comme sur le reste de l’étendue de cet immense front, les unités soviétiques sont prises par surprise lorsque l’opération « Barbarossa » est déclenchée à l’aube du 22 juin 1941. Les difficultés de liaisons entre les unités et les états-majors soviétiques ne font qu’accentuer la confusion et le chaos dans les lignes soviétiques. Les mesures prises par les Soviétiques devant l’assaut imminent de la Wehrmacht sont bien trop tardives pour avoir le moindre impact sur les combats à venir. Le jour de l’offensive, Przemysl tombe, après l’échec du coup de main lancé par les commandos « brandebourgeois » de l’Infanterie-Regiment 800. La 1.Gebrigsjäger-Division attaque devant Lvov, qui tombe le 30 juin, et le 3.Panzer-Korps attaque sous le couvert d’un tir de barrage délivré par 300 pièces. Les avant-postes sont submergés par les Allemands et les ordres de contre-attaque de Timochenko s’avèrent totalement irréalistes. Toutefois, Kirponos n’ose pas s’opposer aux ordres et la contre-attaque se développe dès le 23 juin et aboutit à un désastre. Prises en rase campagne, les unités soviétiques n’ont aucune chance d’enrayer l’avance allemande. Toutefois, Kirponos bénéficie de nombreux corps mécanisés en dotation, totalisant 5 465 chars, un atout qui peut s’avérer décisif s’il est utilisé à bon escient. Malheureusement pour les Soviétiques, Kirponos lance ses précieuses unités blindés au combat en ordre dispersé, donnant par la même aux Panzer l’occasion d’anéantir les corps blindés russes au fur et à mesure de leur engagement. C’est ainsi que plusieurs corps mécanisés attaquent à tour de rôle le Panzer-Gruppe 1 de von Kleist. Ce dernier est stoppé dans son élan, à la grande surprise de l’OKH. Toutefois, les pertes infligées aux Soviétiques sont conséquentes. Le 24 juin, le 4ème corps mécanisé engage le combat contre la 71.ID à Niemerov, au nord-ouest de Lvov, perdant 50 chars dans l’opération. Au total, le 3.Panzer-Korps de von Mackensen détruit à lui seul 267 blindés ennemis au cours de sa première bataille de chars. Lorsque les 8ème , 9ème et 19ème corps mécanisés arrivent au front, ils sont déjà considérablement réduits par les pertes dues aux ennuis mécaniques causés par un mouvement de près de 200 kilomètres. Les 9ème et 19èmes corps doivent frapper le flanc gauche de von Mackensen mais sont détruits au détail au cours de plusieurs engagements. Au sud, les attaques des 8ème et 15ème corps sont également vouées à l’échec. Le désastre étant particulièrement sensible au sein du 8ème corps, dont les blindés s’enlisent dans un marais à la suite d’un ordre malencontreux donné par le commissaire politique Vashugin, qui se suicide peu après. Le Panzer-Gruppe 1, qui a détruit 1 200 chars russes en 10 jours, s’apprête alors à exploiter la percée effectuée entre les 5ème et 6ème armées soviétiques, la 5ème armée de Potapov se repliant en direction des marais du Pripet.

8./Geb.Jg.Regt.99 (Bundesarchiv)

Kirponos estime que la bataille des frontières est terminée et il tente de se rétablir sur la ligne « Staline ». Le 10 juillet, Kirponos est remplacé par Boudienny, un compagnon de Staline depuis la première heure, et le seul maréchal à avoir survécu aux purges des années 30 avec Vorochilov. L’ardent cavalier du temps de la révolution n’est toutefois pas à la hauteur de ce commandement. Il dispose cependant d’1,5 million d’hommes, une force non négligeable. Toutefois, les unités blindées font défaut. La Luftwaffe décèle pourtant une faille au sein de la ligne de défense soviétique, entre Kiev et Ouman. Von Rundstedt décide donc d’y engager promptement le Panzer-Gruppe Kleist. L’attaque débute le 12 et, dès le 15, les Panzer percent au sud de Jitomir. L’héroïsme des fantassins soviétiques de la 26ème armée, notamment à Berdichev, qui chargent à 12 reprises pour repousser l’assaillant n’est pas suffisant pour enrayer l’avance allemande. Celle-ci atteint rapidement Novo Ukrainka, à 100 kilomètres à l’est d’Ouman. Le 3 août, les unités du 14.Panzer-Korps de von Wietersheim effectuent leur jonction avec les divisions motorisées et la cavalerie hongroise de la 11.Armee général Schobert, qui lance son offensive au sud du front le 2 juillet. L’anneau d’encerclement devient hermétique quand l’infanterie allemande complète l’encerclement. 103 000 hommes sont ainsi capturés, avec 317 chars et plus de mille canons. Outre des pertes très lourdes, ce désastre signifie l’effondrement de la partie sud du front soviétique, ouvrant ainsi la voie d’Odessa et de la Crimée.

A l’extrême sud du front, Boudienney ordonne à Tyulenev d’évacuer le Dniestr dès le 16 juillet. Toutefois, le CSIR et la 11.Armee s’avèrent incapables d’encercler les Soviétiques entre le Dniestr et le Bug, notamment en raison de l’action efficace du génie russe qui parvient à reconstruire les ponts détruits par la Luftwaffe. Début août, von Schobert prend Balta. Tyulenev reçoit alors la permission de poursuivre son repli, en laissant une garnison à Odessa. La 4ème armée roumaine se charge de la prise d’odessa. La première ceinture de défense est enfoncée entre les 16 et 24 août. Toutefois, soutenu par la flotte de la mer Noire, la garnison soviétique, 120 000 hommes, n’évacue que dans la nuit du 15 au 16 octobre, après infligé de lourdes pertes aux troupes roumaines. Celles-ci ont perdu 96 000 hommes contre 102 000 pertes pour les Soviétiques.

Boudienny reste toutefois confiant et déploie plusieurs armées sur le Dniepr, qui constitue une excellente protection pour aile gauche. Le gros de ses forces, soit pas moins de 800 000 hommes, est concentré autour de Kiev, dans un saillant profondément avancé vers l’ouest. Toutefois, les marais du Pripet étant infranchissables et la 5ème armée s’étant solidement établie autour de Gomel, aucune menace ne semble pas non plus peser sur son aile droite. C’est sans compter avec Hitler, qui, à la grande surprise de Staline et de la Stavka, lance le Panzer-Gruppe 2 de Guderian en direction du sud et non vers Moscou. Le mouvement des Panzer de Guderian s’amorce le 25 août 1941 tandis que von Kleist amorce au même moment une manœuvre d’enveloppement par le flanc sud du saillant de Kiev, franchissant le Dniepr dans la région de Tcherkassy. Le 14 septembre, les deux Panzer-Gruppen établissent leur jonction. Le désastre est total pour les Soviétiques puisque 800 000 hommes sont encerclés. Lorsque la lutte cesse, le butin est considérable : 665 000 hommes ont été capturés ! Jamais la victoire n’a jamais semblé être aussi proche pour Hitler. Cependant, la marche sur Moscou a été différée et Staline met à profit ce délai pour renforcer ses positions devant la capitale.

Après ce succès retentissant, le Heeres-Gruppe Süd progresse au-delà du Dniepr. Les unités de von Mackensen s’élancent de la tête de pont de Dniepropetrovsk le 1er octobre, encerclant les 9ème et 18ème armées avec la 11.Armee. 106 000 Soviétiques, 212 chars et 766 canons sont capturés. Après ce succès, l’armée de von Manstein force l’isthme de Perekop à travers le fossé des Tartares et pénètre en Crimée le 27 octobre, occupe la presqu’île de Kertch, Feodosia tombant le 3 novembre, et met le siège devant Sébastopol. 100 000 soldats soviétiques ont été capturés mais Sébastopol résiste. De son côté, von Kleist se porte vers Rostov tandis que, plus au nord, Kharkov est prise à son tour par la 6.Armee. La marche en avant du Heeres-Gruppe-Süd marque alors le pas : tous les efforts sont désormais concentrés sur Moscou. En novembre, une contre-offensive vigoureuse de Timochenko provoque le repli du Heeres-Gruppe-Süd, une manœuvre provoquant le limogeage de von Rundstedt. Pour Staline cependant, l’issue du combat se joue à Moscou.

 

LE T34

Le T-34 est incontestablement le meilleur char du monde lorsque les Allemands envahissent l’Union Soviétique le 22 juin 1941. 1 100 exemplaires sont disponibles à cette date, aux côtés des puissants 1 000 KV-1, soit beaucoup plus que l’ensemble des Panzer III et IV alors en ligne. La surprise est de taille pour les équipages de Panzer. Mais, dispersés et mal employés, ils ne permettent pas de donner l’avantage à l’Armée Rouge. Ce char moyen offre un compromis idéal entre la puissance de feu (76,2 mm), le blindage (60 mm) et la vitesse (50 km/h !). En outre, son blindage incliné en fait un engin de conception nettement en avance pour l’époque. Ses larges chenilles sont également parfaitement adaptées au terrain boueux et neigeux qui caractérise les conditions météorologiques de nombreux mois de l’année en Russie. Ce char conçu par l’ingénieur Koshin ne souffre pas moins de quelques faiblesses. Ainsi, sa tourelle est plutôt étroite et ne peut accueillir que deux hommes. Avec ses versions ultérieures, le T-34/85, il constitue la colonne vertébrale des unités blindées soviétiques tout au long du conflit. Nettement supérieur aux Panzer III et IV en juin 1941, il est cependant surclassé dès 1942 et 1943 avec l’entrée en lice des Tiger puis des Panther. 57 000 T-34 seront produits pendant la guerre.