Guerre du Pacifique/Pacific War (22/43): Introduction Partie III

INTRODUCTION PARTIE III

 

« Tarawa, South Pacific, 1943 » painting by Sergeant Tom Lovell, USMC (Source: Wikipedia)

Au cours du second semestre 1942, les Alliés ont donc fait subir une série de revers au Japon. Les Américains sont persuadés d’avoir contrecarré la volonté d’expansion de l’empire du Soleil Levant. En fait, l’incapacité japonaise à s’emparer de Port-Moresby ou à reprendre Henderson Field tient plutôt à la nécessité pour eux de s’assurer des meilleures positions pour assurer la solidité de leur périmètre défensif. Quant à la bataille de Midway, il s’agissait pour la marine impériale de s’assurer de la maîtrise définitive des mers, incomplètement assuré à Pearl Harbor. Il n’y a en fait aucune intention de conquêtes visant l’Australie et les Etats-Unis, ce que les Américains ignorent. La stratégie japonaise repose en effet sur le principe que les Américains vont devoir se résoudre à accepter les négociations pour la paix devant le coût matériel et humain que représente la reconquête.

Toutefois, les Américains prennent désormais l’initiative des opérations, condamnant les Japonais à la défaite assurée de par leur passivité. Les succès remportés dans la mer de Corail, à Midway et à Guadalcanal ne résultent aucunement en une quelconque supériorité numérique américaine. Mais ces victoires vont leur octroyer définitivement l’ascendant sur leurs adversaires et leur procurer la suprématie. La formidable machine industrielle américaine va leur fournir les moyens de cette suprématie, en dépit de la priorité accordée à la lutte contre l’Allemagne nazie. En fait, la stratégie de guerre japonaise, qui repose sur la mise en défense de leur empire, est vouée à l’échec dès le départ. L’incapacité des Japonais à assurer les communications au sein de leur vaste empire, en raison de la terrible campagne sous-marine menée par les Américains, sera une des causes de leur perte. Bien plus, les garnisons isolées des différentes îles n’ont absolument aucune chance de l’emporter face à un adversaire américain qui peut les réduire une à une en employant des moyens considérables.

A aucun moment les Américains ne peuvent perdre une bataille, en raison de leur écrasante supériorité numérique et qualitative. Les Américains sont capables d’isoler un objectif de tout renfort extérieur et de l’écraser avant toute intervention efficace des Japonais. Toutefois, les combats menés à terre seront très disputés et sanglants, provoquant des pertes sérieuse, mais toutefois limitées au total. C’est ainsi que sur 291 000 soldats américains tués au combat au cours du conflit, seulement 80 000 tombent face aux Japonais, ce qui est relativement peu, en regard de la reconquête opérée et de l’immense théâtre d’opérations considéré. 1 250 000 Américains vont servir à un moment ou à un autre de la guerre dans le Pacifique et en Asie. 40 à 40% n’ont pas entendu un coup de feu. 40% des officiers et 33% des engagés de l’aviation et de l’armée de terre ont passé une période plus ou moins longue sur le front. De fait, les périodes d’accalmie et de repos sont bien plus longues que les périodes de combat, beaucoup plus limitées dans le temps. En outre, les opérations impliquent bien souvent des unités différentes : c’est ainsi que les grandes opérations amphibies de la guerre, comme Guadalcanal, Tarawa, Saipan, Peleliu, Iwo Jima et Okinawa n’impliquent pas toujours les mêmes unités de Marines. De surcroît, 19% des combattants se sont retrouvés sous le feu sans tirer. Une division de l’armée de terre qui passe 19 mois dans le Pacifique totalise 31 jours de combat. Une autre y reste 27 mois et combat 55 jours. En Birmanie et en Nouvelle-Guinée, les unités sont cependant engagées pendant des périodes plus longues. Par contraste, les divisions engagées en Europe restent en ligne pendant des mois. Toutefois, le soldat engagé dans le Pacifique reste en général plus longtemps éloigné de son foyer et l’arrière s’avère souvent aussi chaud et insalubre que le front et les maladies ne sont pas rares. L’ennui touche de nombreux soldats, contraints bien souvent de vivre dans des bases isolées et dépourvues de confort. La lutte qui s’y déroule est néanmoins terrible et les Japonais offrent une résistance opiniâtre, fanatique. Les soldats américains méprisent cet adversaire sans pitié et un sondage effectué en 1944 est révélateur à cet égard : si seulement 5 à 9% des sondés souhaitent réellement tuer un Allemand, le taux monte de 38 à 48% en ce qui concerne les Japonais. De fait, un certain racisme anime les deux camps. Les Japonais méprisent les soldats occidentaux, qui préfèrent la reddition à la mort, tandis que les Alliés tuent sans pitié un adversaire coriace, caricaturé dans les écrits et les représentations de l’époque. La « perfide » attaque de Pearl Harbor et une longue tradition de préjugés raciaux et d’idées fausses sur les peuples d’Asie offrent un terrain favorable à un racisme anti-japonais. Il est d’ailleurs notable de souligner que les autorités américaines font interner dans des camps les ressortissants américains d’origine japonaise, en dépit de leur loyalisme. Si la vie dans ces camps est rude, mais sans commune mesure avec les camps nazies ou soviétiques, pareille mesure ne sera jamais prise envers les Américains d’origine allemande ou italienne. Toutefois, une division américaine, formé de GI d’origine japonaise, fera montre de loyalisme dans son engagement en Europe face à l’Allemagne.

Les victoires de Midway et de Guadalcanal bénéficient en outre du contexte favorable aux armées alliées à l’époque : l’Axe est définitivement battu en Afrique à El Alamein et les Alliés débarquent en Afrique du nord alors que, sur le front de l’Est, la bataille de Stalingrad constitue le début de la perte de l’initiative de Hitler dans sa lutte contre l’Union Soviétique. La victoire semble abandonner les forces de l’Axe. La stratégie japonaise est mise définitivement en pièces à partir de 1943. La reconquête alliée débute en effet cette année-là en poursuivant les succès acquis l’année précédente. L’axe de progression américain est double, à l’image de son commandement bicéphale : MacArthur se rapproche inexorablement vers les Philippines, où il a fait le serment de retourner, tandis que Nimitz frappe dans le Pacifique central pour se rapprocher de plus en plus de l’archipel japonais. Cette avancée de Nimitz est jalonnée de terribles combats et met en œuvre la stratégie dite des « sauts de puce », les Américains s’assurant de la conquête des îles jugées indispensables dans leur marche vers le Japon et pour la sécurité de leur logistique et de leurs lignes, de communications. En effet, nul besoin pour eux de s’évertuer à reprendre toutes les possessions entre les mains de l’ennemi. Les bases de celui-ci, isolées de leur métropole, deviennent inoffensives et tomberont d’elles-mêmes à la fin des hostilités, épargnant ainsi les Américains de durs combats pour reprendre ces îles conquises aux Japonais. La première offensive de Nimitz frappe Tarawa, dans les îles Gilbert. Premier assaut amphibie des Marines de la guerre, ce combat épique donne le ton aux Américains des difficultés qui les attendent en face d’un adversaire si fanatique, confirmant ainsi ce que les terribles combats de Guadalcanal ont laissé présager. La défaite japonaise n’est pas seulement acquise dans le pacifique central et sud-ouest. Il convient d’y ajouter la poursuite de la campagne contre les convois de transport, l’échec de l’offensive japonaise au nord-est des Indes et le début des bombardements aériens sur le sol japonais depuis la Chine. A l’automne 1944, la défaite est consommée. Le Japon, ne peut que s’orienter vers la défaite et les Alliés sont en marche pour une victoire qui ne devrait plus tarder.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (12/50)

 

JOUKOV ELOIGNE LA MENACE SUR MOSCOU (6 DECEMBRE 1941-AVRIL 1942)

La résistance acharnée des unités soviétiques prises au piège dans les poches de Viazma et Briansk a permis à Timochenko de reformer un front solide devant Moscou et, surtout, la constitution de nombreuses unités de réserves, destinées à frapper les Allemands au moment opportun. Joukov choisit avec une adresse évidente la date de la contre-offensive, puisque celle-ci s’abat sur un Heeres-Gruppe Mitte épuisé et établi sur des positions tactiquement indéfendables alors qu’il est stoppé net dans son approche de Moscou, les lignes étant alors discontinues et sinueuses à l’encontre de tout sens tactique. Qui plus est, les lignes de communications allemandes sont des plus précaires alors que les Soviétiques sont proches de leurs sources de ravitaillement, avec à leur disposition l’inestimable nœud ferroviaire et centre industriel que représente Moscou.

Le 6 décembre, au moment même où le haut-commandement allemand renonce à la poursuite de « Typhon », 1 060 000 soldats soviétiques motivés, bien équipés contre l’hiver, appuyés par seulement 678 chars (des effectifs en blindés a peine différents de ceux d’Auchinleck qui lance l’opération « Crusader » en Libye sur un front bien moins étendu) et 8 000 canons et mortiers lourds et soutenus par 1 200 avions, se ruent en avant contre les positions allemandes par -25 à -30°C. Cette offensive est si soudaine qu’elle va prendre les Allemands au dépourvu. Joukov et Staline espère réaliser une remarquable opération d’encerclement, une sorte d’enveloppement similaire à ceux de Viazma et Bryansk mais à l’envers. Le premier à frapper est Koniev, qui bouscule les Allemands dans le secteur de Kalinine. Les combats s’avèrent particulièrement disputés Kalinine ne tombe que le 16 décembre.

Plus au sud, plusieurs armées soviétiques frappent une Wehrmacht aux abois et Kline est finalement libérée le 15 décembre par la 1ère armée de choc de Kousnezov. Entretemps, Hitler a enfin consenti au Heeres-Gruppe Mitte de passer à la défensive. Hitler profite de la démission de von Brauchistch pour des raisons de santé pour prendre lui-même la direction de la Wehrmacht, une décision qui sera lourde de conséquences pour la suite du conflit. De son côté, la 16ème armée de Rokossovski tente de détruire le Panzer-Gruppe 4. Grâce à une percée au sud du réservoir et à une manœuvre de débordement au nord de celui-ci, Rokossovski parvient à briser le front allemand sur l’Istra le 15 décembre 1941. L’ensemble du front nord du Heeres-Gruppe Mitte est donc battu et contraint à la retraite. Au sud, la 2.Panzer-Armee et la 2.Armee sont également forcées de se replier. Le 16 décembre, Hitler ordonne à l’armée allemande de résister sur place, un ordre sensé qui évite à la Wehrmacht, désormais privée de toute mobilité, de se faire anéantir en rase campagne. Face à la 4.Armee, la progression des Russes est plus ténue. Toutefois, Guderian et Hoepner perdent leurs commandements pour avoir désobéi aux ordres stricts du Führer interdisant toute manœuvre de repli. Au 7 janvier, le bilan de cinq semaines de contre-offensive est des plus impressionnants : les Allemands se sont repliés de 90 à 200 kilomètres ! Toutefois, les Allemands ont évité les encerclements massifs et le front est colmaté.

La contre-offensive généralisée soviétique débute le 8 janvier et vise ni plus ni moins à anéantir la Wehrmacht ! Le Front de Kalinine réussit une incroyable percée jusqu’aux abords de Smolensk tandis que la 33ème armée de cavalerie de Belov s’approche de la ville par le sud, avant d’être encerclé et annihilé : la manœuvre d’encerclement échoue. Dans les forêts, les partisans et les parachutistes sont une nuisance certaines sur les arrières de la Wehrmacht mais celle-ci, qui a transformé tous les villages ou chaque comme autant de fortins, enraye finalement la crise. Les combats se poursuivent avec une moindre intensité jusqu’à la fin du mois de mars. Le front ne présente alors aucune cohésion. Un saillant particulièrement dangereux dans le secteur de Rjev, que les Soviétiques vont s’évertuer à réduire jusqu’en avril 1942. Faute de réserves et de ravitaillement adéquat, l’offensive cesse, d’autant que le dégel embourbe à nouveau les unités des deux camps. Par conséquent l’arrivée brutale du printemps permet de conjurer la crise. Le succès soviétique est immense, mais Hitler a sauvé son armée et, désormais persuadé de son génie tactique et stratégique, s’impose davantage à elle. Il est cependant utile de souligner ici que le courage et l’esprit de sacrifice des combattants allemands sont indéniablement le facteur premier du non-effondrement de la Wehrmacht à l’Est en ce terrible hiver 1940-42. Les erreurs de Staline ont également joué en faveur des Allemands. En voulant multiplier les attaques sur l’ensemble du front, dispersant ainsi ses forces au détriment de la concentration des moyens sur les secteurs stratégiques majeurs, la maître du Kremlin a singulièrement fait preuve de maladresse.

La Wehrmacht subit un véritable désastre devant Moscou. A la fin novembre, la Heer a enregistré 743 000 pertes, dont 180 000 morts, depuis le déclenchement de « Barbarossa ». Les combats pour Moscou et les pertes des autres branches des forces armées ne font qu’aggraver ce bilan déjà très lourd. Les pertes allemandes se montent à 500 000 hommes au cours des combats pour la capitale soviétique. 150 000 hommes tombent en octobre et la mi-novembre. 332 743 soldats sont perdus entre le 11 décembre 1941 et le 31 mars 1942, auxquels il convient d’ajouter 110 000 hommes évacués pour cause de gelures. Rien qu’en décembre et janvier, l’armée allemande enregistre 55 000 tués et 100 000 blessés. Les pertes matérielles entre octobre 1941 et mars 1942 sont également impressionnantes : pas moins de 2 300 chars, 1 900 pièces d’artillerie de campagne, 7 000 canons antichars et 74 000 véhicules, beaucoup ayant dû être abandonnés, faute de carburant et de pièces de rechange. Les chevaux ont également beaucoup soufferts puisque 176 000 sont morts d’épuisement et de froid. La Luftwaffe n’est plus que l’ombre d’elle-même après cette première année de guerre en Russie. Elle a perdu 758 bombardiers, 568 chasseurs et 767 autres appareils détruits. Les avions endommagés sont également très nombreux : 473 bombardiers, 413 chasseurs et 475 autres appareils. « Barbarossa » s’achève donc sur un échec puisque l’URSS est encore en guerre. L’Allemagne a perdu plus d’un million d’hommes aguerris et une quantité impressionnante de matériel. Les unités ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes et beaucoup, trop réduites en effectifs, ne seront plus jamais apte à un quelconque rôle offensif. Hitler a perdu l’élite de ses forces, celles qui ont permis les succès de la Blitzkrieg en début de guerre, et l’Allemagne n’aura jamais les ressources de combler ses pertes. Les Russes ont cependant surpris les Allemands.

Equipés d’un matériel souvent de qualité supérieur à ce qu’aligne la Wehrmacht, l’Armée Rouge, sous-estimée par ses ennemis par trop enclins à ne la considérer que comme un fatras de sous-hommes, s’avère être un adversaire de taille. Qui plus est, l’Armée Rouge, comme l’Hydre de Lerne, semble renaître sans cesse en dépit de ses pertes excessives. Il ne faut pas minimiser pour autant la portée des spectaculaires victoires allemandes de l’été et de l’automne. Bien plus, le succès de l’Armée Rouge au cours des combats décisifs de l’hiver n’ont été obtenus qu’en consentant des pertes prohibitives. La tactique est en effet des plus sommaires et les généraux, Joukov le premier, certes talentueux mais véritable boucher, ne se soucient en aucune manière des pertes. Les Soviétiques ont en effet perdu pas moins de 177 divisions d’infanterie et tous leurs corps blindés en 1941. Les pertes en chars sont particulièrement impressionnantes puisque l’Armée Rouge n’aligne plus que 1 000 blindés contre 22 000 au début de l’attaque allemande. La seule bataille de Moscou a englouti 1 million de combattants soviétiques. Toutefois, l’Armée Rouge parvient à combler ses pertes en mobilisant En 1941, les Soviétiques ont perdu 3,5 millions de tués et blessé et entre 3 et 4 millions de prisonniers. Les Allemands ont enregistré de leur côté la perte de 300 000 tués et disparus et 800 000 blessés, soit le tiers des hommes qui ont franchi la frontière soviétique le 22 juin 1941 !

 

Les prisonniers de guerre soviétiques

Pour le soldat allemand, le Russe est un Untermensch, un sous-homme. Un peu plus de 5 millions de Soviétiques sont capturés, 3,3 millions d’entre-eux périssent au cours de leur captivité. 2 millions meurent dans les six premiers mois de la guerre. Les marches vers la captivité et les transports en wagons découverts causent des pertes colossales. Les survivants sont parqués dans de simples enclos de fils de fer barbelés, sans soucis d’hygiène, constamment tiraillés par la faim. Parfois, ils sont purement et simplement abattus. Au camp 126 de Smolensk, environ 60 000 prisonniers russes sont assassinés. Après la réduction de la poche de Viazma, une longue colonne de 5 000 prisonniers est exterminée à la mitrailleuse. Ce n’est en fait que la seule nécessité de main d’œuvre, liée à une guerre qui s’annonce plus longue qu’escompté, que les rescapés échappent à la mort immédiate. Toutefois, ce sont dans des conditions misérables qu’ils participent à l’effort de guerre nazi dans les usines allemandes, un million d’entre-eux périssant dans les camps de travail.