Ostfront-La guerre germano-soviétique (13/50)

 

RJEV : LE FÜHRERBEFEHL SAUVE LA WEHRMACHT (6 DECEMBRE 1941-AVRIL 1942)

Les trois armées du Front de Kalinine (22ème, 29ème et 39ème) ont pour objectif d’envelopper et d’anéantir la 9.Armee et la 3.Panzer-Armee en frappant depuis le nord. Toutefois, le 3 janvier, la 9.Armee, alors en pleine retraite vers le sud-ouest après avoir abandonné Kalinine, reçoit le Führerbefhel, l’ordre du Führer, suivant : « La 9.Armee ne doit plus faire un pas en arrière. Les positions atteintes le 3 janvier doivent être tenues ! » Cet ordre est toutefois contrecarré par la pression des événements dès le lendemain. Les troupes de la 39ème armée soviétique passent en effet à l’attaque à travers la Volga gelée. L’assaut brise les lignes peu solides de la 256.ID du général Kaufmann et permet une percée en direction des zones boisées au sud-ouest de Rjev. Très rapidement, une brèche de 15 kilomètres se forme entre la 256.ID et 206.ID du général Hoefl.

 

A ce moment là, le 23.Armee-Korps est isolé du reste de la 9.Armee. L’avance des troupes soviétiques, motorisées et parfaitement équipées pour les combats hivernaux, semble irrésistible : le 5 janvier, elles se ne se trouvent plus distantes que d’à peine 7 kilomètres de Rjev. Parant au plus pressé, le général Lindig, qui commande le 122ème d’artillerie, constitue en hâte une position défensive avec des unités de bric et de broc et des Kampfgruppen jetés précipitamment au front pour contrecarrer la menace. Conscient de l’urgence de la situation, le chef de la 9.Armee retire un régiment aux 86., 129. et 251.ID, alors engagées vers l’Est, et les envoient rapidement à Rjev pour renforcer le bouchon mis en place par Lindig. Pour faciliter la tâche des opérations à venir, l’OKH décide de subordonner la 3.Panzer-Armee à la 9.Armee, Reinhardt recevant alors la responsabilité de la partie orientale du front de l’armée. Le 7 janvier, le colonel Wiese lance à l’assaut depuis Grishino vers Molodai son 39.Infanterie-Regiment, appartenant à la 26.ID. L’objectif de cette unité de la 26.ID est de combler la brèche. En dépit du froid intense, les hommes de Wiese parviennent à reprendre six villes aux Russes, sans parvenir pour autant à refermer la brèche. C’est alors que les conséquences de la percée de la 4ème armée de choc, plus au nord, deviennent beaucoup plus évidentes. La 9.Armee est menacée rapidement d’encerclement s’il elle ne prend pas des mesures énergiques pour sortir de ce mauvais pas. Le 11 janvier, les Soviétiques atteignent le secteur de Sychevka, attaquant par conséquent vers l’unique voie ferrée permettant la connexion entre Rjev et Viazma. Des unités d’alerte, placées sous la direction du colonel Kruse, le chef de l’artillerie de la 9.Armee, tentent de résister aux Russes dans cette direction. Les soldats allemands, bien que combattant avec courage, ne parviennent pas à stopper les Soviétiques, qui s’emparent finalement de la gare de Sychevka.

L’armée allemande rassemble hâtivement des groupes de combat à l’ouest et le sud-ouest de Rjev pour assurer les arrières de la 9.Armee. Le général Lindig mène personnellement le Kampfgruppe qui opère devant Rjev. Ce groupe de combat est formé par l’assemblage hâtif et disparate de troupes des dépôts de ravitaillement, du train et de la Luftwaffe. Plus au sud, la brèche est colmatée par un Kampfgruppe de la 129.ID commandé par le colonel Danhauser. Le groupe de combat formé à partir de la 86.ID est sous les ordres du colonel Weidling. La situation se stabilise finalement autour de Sychevka lorsque la 1.Panzer-Division intervient dans le secteur. Les unités soviétiques ne sont pas pour autant stoppées dans leur avance vers le sud. A ce moment-là, la 39ème armée a déjà engagé la majorité de ses unités sur les arrières de la 9.Armee. La 29ème armée attaque à son tour, directement contre Rjev, tandis que le 11ème corps ce cavalerie réussit à effectuer une percée en direction de Viazma et de l’autoroute Moscou-Smolensk.

Le nouveau commandant de la 9.Armee, le général Model, ne tarde pas à ordonner une contre-attaque pour repousser les Russes entre Rjev et Sychevka. C’est ainsi que, le 21 janvier 1942, la 1.Panzer-Division se lance à l’assaut depuis Sychevka par des températures sibériennes. Le thermomètre enregistre -45°C ce jour-là ! Le lendemain, un Kampfgruppe renforcé du 6.Armee-Korps du général Recke, le commandeur de la 161.ID, attaque pour sa part dans le secteur de Rjev, en direction de l’ouest. Au même moment, le 23.Armee-Korps lance également un groupe de combat à l’attaque, en direction de l’est. Ce Kampfgruppe, formé autour d’éléments de la 206.ID, de la brigade de cavalerie SS et de la Sturmgeschütze-Brigade 189, fait sa jonction avec le Kampfgruppe de Recke près de Solomino le 23 janvier vers 12h45. C’est ainsi que les deux armées russes et le corps de cavalerie, qui avaient réussi une remarquable manœuvre d’enveloppement vers le sud, se trouvent à leur tour coupés de leurs lignes. De son côté, le 23.Armee-Korps n’est plus isolé et se trouve à nouveau en contact avec le reste de la 9.Armee.

 

Le 25 janvier, le général von Vietinghoff, commandant le 46.Panzer-Korps, prend le commandement du front dans le secteur de Sychevka. Il dispose de la 1.Panzer-Division et de la 86.ID. L’heure est critique. A partir du 26, les Soviétiques lancent assaut sur assaut pour enfoncer les lignes des 206. et 256.ID. Cependant, le général Model est résolu à empêcher par tous les moyens que les forces adverses enfermées dans la nasse ne parviennent à s’en extraire. Pour ce faire, il prend la décision de détacher un Kampfgruppe de taille équivalente à un régiment dans tous les secteurs tenus par l’armée et de les engager de façon offensive. L’opération de nettoyage de la poche débute le 29 janvier. Model dispose du 46.Panzer-Korps (1.Panzer-Division, 86.ID, SS Division « Das Reich »), du Kampfgruppe du 6.Armee-Korps commandé par le général Burdach, du Kampfgruppe du 23.Armee-Korps sous les ordres du colonel von Raesfeld, de la 6.Panzer-Division, de la 246.ID et de la brigade de cavalerie SS. Toutefois, l’avance allemande est lente en raison de la défense acharnée des Soviétiques et de l’épaisseur de neige, qui constitue un handicap sérieux pour les mouvements de troupes. Cependant, le 3 février, le front russe commence à donner des signes de faiblesse, la propre offensive soviétique s’étant éteint d’elle-même. Le 2 février, les éléments de tête de la 1.Panzer-Division et les cavaliers SS atteignent Cherdino. La poche est donc refermée pour la seconde fois ! L’encerclement est donc bien hermétique : il n’y a aucune issue possible pour les unités encerclées des 29ème et 39ème armées. Au bout de 14 jours de combats, la résistance soviétique s’effondre et la poche est nettoyée. Les Allemands rassemblent 4 833 prisonniers, 187 chars et 343 pièces d’artillerie. Témoignage de l’incroyable âpreté des combats, 26 0647 cadavres de soldats soviétiques sont dénombrés. Model a réussit à conjurer la menace qui pesait sur la 9.Armee. La volte-face de l’armée allemande a aboutit à un nouveau désastre pour l’Armée Rouge.

La menace qui plane dans le secteur de Rjev n’est pas finie pour autant. Le 16 février, la Stavka décide d’une nouvelle offensive engageant le Front de Kalinine et le Front de l’Ouest. Le haut-commandement soviétique est fermement résolu à anéantir les forces allemandes positionnées entre Yukhnov et Rjev. A cet effet, les deux fronts reçoivent deux corps de la Garde, 10 divisions d’infanterie, 2 brigades aéroportées et 4 régiments aériens. L’ojectif initial de ces forces est de renforcer les unités de la 33ème armée et de la première brigade de cavalerie de la Garde qui ont enfoncé le front allemand dans le secteur de Yukhnov. Le 2 février, la première brigade de cavalerie de la Garde du général Belov se rapproche de Viazma par le sud. Pour cette opération, Belov est appuyé par l’intervention de la 8ème brigade aéroportée qui est parachutée derrière les lignes allemandes dans le secteur d’Oserechnaya. Dès le lendemain, l’ensemble de ces forces soviétiques se retrouve toutefois isolé de ses lignes à la suite d’une contre-attaque allemande. Comme Model, le général Heinrici parvient à encercler un nombre conséquent de troupes soviétiques. La Stavka ordonne aux unités encerclées d’effectuer une percée mais peu d’hommes parviennent à s’échapper du chaudron. En effet, à peine 5 200 hommes réussissent à s’échapper de la poche de Rjev en direction du sud, où ils entrent en contact avec le 1er corps de cavalerie de la Garde. Toutefois, une seconde tentative de percée échoue devant l’intensité du tir venant des positions défensives allemandes. Les combats se poursuivent partout : pour chaque ferme, dans les forêts et aux carrefours routiers. Aucun des deux adversaires n’est alors en mesure d’obtenir des gains appréciables. Les pertes réduisent les unités à l’extrême limite. Fin février, Moscou renforce le front en engageant la 50ème armée dans secteur de Yukhnov dans le but de rétablir les liaisons avec les troupes encerclées, alors placées sous le commandement du général Belov. Cette opération est un nouvel échec pour les Soviétiques. Le front allemand est solide et ne plie pas.

Dans ces conditions, le Stavka est contrainte de donner de nouveaux ordres à ses armées. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les objectifs sont ambitieux. Le Front de Kalinine et celui de l’Ouest se voient assigner la tâche d’atteindre une ligne Beliy-Dorogobush-Yelnya-Krassnoe pour le 20 avril. Le Front de l’Ouest doit en outre absolument parvenir à rétablir le contact avec Belov pour le 27 mars. Pour ce faire, les 43ème, 49ème et 50ème armées sont engagées. La 5ème armée doit occuper Gzhatsk le 1er avril. Les 16ème et 61ème armées doivent pour leur part attaquer et s’emparer de Briansk. Le Front de Kalinine est chargé de détruire avant le 28 mars le groupe Olenin de la 9.Armee avec ses 30ème et 39ème armées. Enfin, les 29ème et 31ème armées doivent s’emparer de Rjev pour le 5 avril. Ces ordres vont bien au-delà des capacités des forces soviétiques impliquées et visent ni plus ni moins à permettre la destruction du Heeres-Gruppe Mitte. Au final, aucun des objectifs assignés n’est atteint. Les Allemands sont solidement installés sur leurs positions dans l’immensité enneigée de la Russie. A la fin du mois de mars, le soleil printanier refait son apparition et la neige commence à fondre. En quelques jours, le terrain devient un immense cloaque boueux. En dépit de conditions de vie particulièrement pénibles et la poursuite d’attaques féroces par leurs adversaires, les soldats allemands tiennent ferme. Début avril 1942, la guerre sur le front de l’Est devient une guerre de position. Nulle part l’Armée Rouge n’est en mesure d’obtenir de nouveaux gains de terrain. L’offensive est stoppée partout. Des combats acharnés se poursuivent toutefois dans la poche où sont encerclées les forces de Belov. Fin mai, tout, la fin est proche. Le 9 juin, Belov et une grande partie de la 1ère brigade de cavalerie de la Garde parviennent à s’extraire vers le sud. Le danger pesant sur les arrières du Heeres-Gruppe Mitte est conjuré. Les premiers combats dans le secteur du saillant de Rjev ont incontestablement abouti à une victoire allemande. L’ordre inconditionnel du Führer interdisant tout repli a indiscutablement porté ses fruits.