Desert War 1940-1943 : Tropical/Pith Helmet

Italian Pith Helmet of the Savona Division, 15th Regiment. This unit was deployed in the Solloum-Bardia area and destroyed during the aftermath of operation « Crusader ». The I/15 was in the « Cirener » strongpoint and the II/15 inside the Bardia Fortress (with the 266th support weapon company of the regiment and other German and Italian troops). The III/15 was in « Cova » Strongpoint alongside the German 13.Oasen-Kompanie.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (6/50)

DESASTRE SOVIETIQUE EN UKRAINE (22 JUIN-NOVEMBRE 1941)

L’aile droite de l’offensive « Barbarossa » est constituée par le Heeres-Gruppe Süd du maréchal von Rundstedt. Celui-ci dispose de 5 Panzer-Divisionnen, 4 divisions d’infanterie motorisée, 48 divisions d’infanterie allemandes, roumaines et hongroises, 4 brigades de cavalerie et 1 300 avions. Les contingents alliés sont particulièrement conséquents puisque von Rundstedt commande deux armées roumaines et un corps d’armée hongrois. Au total, ces forces rassemblent 797 000 hommes en Pologne et 175 000 en Roumanie.

Generalfeldmarschall Gerd von Rundstedt (Bundesarchiv)

Gerd Von Rundtstedt doit s’emparer de l’Ukraine, avec le Caucase et ses puits de pétrole comme objectifs lointains. L’assaut des troupes de von Rundstedt doit aussi mettre à l’abri les champs pétrolifères roumains de toute menace soviétique. Une tâche rendue particulièrement ardue par la présence de l’immense zone des marais du Pripet, qui interdit a priori toute coordination avec le Heeres-Gruppe Mitte. Dans ce secteur sud, les forces de l’Axe vont se trouver confrontées au Front du Sud-Ouest du général Kirponos, soit plus de 907 000 hommes. Comme sur le reste de l’étendue de cet immense front, les unités soviétiques sont prises par surprise lorsque l’opération « Barbarossa » est déclenchée à l’aube du 22 juin 1941. Les difficultés de liaisons entre les unités et les états-majors soviétiques ne font qu’accentuer la confusion et le chaos dans les lignes soviétiques. Les mesures prises par les Soviétiques devant l’assaut imminent de la Wehrmacht sont bien trop tardives pour avoir le moindre impact sur les combats à venir. Le jour de l’offensive, Przemysl tombe, après l’échec du coup de main lancé par les commandos « brandebourgeois » de l’Infanterie-Regiment 800. La 1.Gebrigsjäger-Division attaque devant Lvov, qui tombe le 30 juin, et le 3.Panzer-Korps attaque sous le couvert d’un tir de barrage délivré par 300 pièces. Les avant-postes sont submergés par les Allemands et les ordres de contre-attaque de Timochenko s’avèrent totalement irréalistes. Toutefois, Kirponos n’ose pas s’opposer aux ordres et la contre-attaque se développe dès le 23 juin et aboutit à un désastre. Prises en rase campagne, les unités soviétiques n’ont aucune chance d’enrayer l’avance allemande. Toutefois, Kirponos bénéficie de nombreux corps mécanisés en dotation, totalisant 5 465 chars, un atout qui peut s’avérer décisif s’il est utilisé à bon escient. Malheureusement pour les Soviétiques, Kirponos lance ses précieuses unités blindés au combat en ordre dispersé, donnant par la même aux Panzer l’occasion d’anéantir les corps blindés russes au fur et à mesure de leur engagement. C’est ainsi que plusieurs corps mécanisés attaquent à tour de rôle le Panzer-Gruppe 1 de von Kleist. Ce dernier est stoppé dans son élan, à la grande surprise de l’OKH. Toutefois, les pertes infligées aux Soviétiques sont conséquentes. Le 24 juin, le 4ème corps mécanisé engage le combat contre la 71.ID à Niemerov, au nord-ouest de Lvov, perdant 50 chars dans l’opération. Au total, le 3.Panzer-Korps de von Mackensen détruit à lui seul 267 blindés ennemis au cours de sa première bataille de chars. Lorsque les 8ème , 9ème et 19ème corps mécanisés arrivent au front, ils sont déjà considérablement réduits par les pertes dues aux ennuis mécaniques causés par un mouvement de près de 200 kilomètres. Les 9ème et 19èmes corps doivent frapper le flanc gauche de von Mackensen mais sont détruits au détail au cours de plusieurs engagements. Au sud, les attaques des 8ème et 15ème corps sont également vouées à l’échec. Le désastre étant particulièrement sensible au sein du 8ème corps, dont les blindés s’enlisent dans un marais à la suite d’un ordre malencontreux donné par le commissaire politique Vashugin, qui se suicide peu après. Le Panzer-Gruppe 1, qui a détruit 1 200 chars russes en 10 jours, s’apprête alors à exploiter la percée effectuée entre les 5ème et 6ème armées soviétiques, la 5ème armée de Potapov se repliant en direction des marais du Pripet.

8./Geb.Jg.Regt.99 (Bundesarchiv)

Kirponos estime que la bataille des frontières est terminée et il tente de se rétablir sur la ligne « Staline ». Le 10 juillet, Kirponos est remplacé par Boudienny, un compagnon de Staline depuis la première heure, et le seul maréchal à avoir survécu aux purges des années 30 avec Vorochilov. L’ardent cavalier du temps de la révolution n’est toutefois pas à la hauteur de ce commandement. Il dispose cependant d’1,5 million d’hommes, une force non négligeable. Toutefois, les unités blindées font défaut. La Luftwaffe décèle pourtant une faille au sein de la ligne de défense soviétique, entre Kiev et Ouman. Von Rundstedt décide donc d’y engager promptement le Panzer-Gruppe Kleist. L’attaque débute le 12 et, dès le 15, les Panzer percent au sud de Jitomir. L’héroïsme des fantassins soviétiques de la 26ème armée, notamment à Berdichev, qui chargent à 12 reprises pour repousser l’assaillant n’est pas suffisant pour enrayer l’avance allemande. Celle-ci atteint rapidement Novo Ukrainka, à 100 kilomètres à l’est d’Ouman. Le 3 août, les unités du 14.Panzer-Korps de von Wietersheim effectuent leur jonction avec les divisions motorisées et la cavalerie hongroise de la 11.Armee général Schobert, qui lance son offensive au sud du front le 2 juillet. L’anneau d’encerclement devient hermétique quand l’infanterie allemande complète l’encerclement. 103 000 hommes sont ainsi capturés, avec 317 chars et plus de mille canons. Outre des pertes très lourdes, ce désastre signifie l’effondrement de la partie sud du front soviétique, ouvrant ainsi la voie d’Odessa et de la Crimée.

A l’extrême sud du front, Boudienney ordonne à Tyulenev d’évacuer le Dniestr dès le 16 juillet. Toutefois, le CSIR et la 11.Armee s’avèrent incapables d’encercler les Soviétiques entre le Dniestr et le Bug, notamment en raison de l’action efficace du génie russe qui parvient à reconstruire les ponts détruits par la Luftwaffe. Début août, von Schobert prend Balta. Tyulenev reçoit alors la permission de poursuivre son repli, en laissant une garnison à Odessa. La 4ème armée roumaine se charge de la prise d’odessa. La première ceinture de défense est enfoncée entre les 16 et 24 août. Toutefois, soutenu par la flotte de la mer Noire, la garnison soviétique, 120 000 hommes, n’évacue que dans la nuit du 15 au 16 octobre, après infligé de lourdes pertes aux troupes roumaines. Celles-ci ont perdu 96 000 hommes contre 102 000 pertes pour les Soviétiques.

Boudienny reste toutefois confiant et déploie plusieurs armées sur le Dniepr, qui constitue une excellente protection pour aile gauche. Le gros de ses forces, soit pas moins de 800 000 hommes, est concentré autour de Kiev, dans un saillant profondément avancé vers l’ouest. Toutefois, les marais du Pripet étant infranchissables et la 5ème armée s’étant solidement établie autour de Gomel, aucune menace ne semble pas non plus peser sur son aile droite. C’est sans compter avec Hitler, qui, à la grande surprise de Staline et de la Stavka, lance le Panzer-Gruppe 2 de Guderian en direction du sud et non vers Moscou. Le mouvement des Panzer de Guderian s’amorce le 25 août 1941 tandis que von Kleist amorce au même moment une manœuvre d’enveloppement par le flanc sud du saillant de Kiev, franchissant le Dniepr dans la région de Tcherkassy. Le 14 septembre, les deux Panzer-Gruppen établissent leur jonction. Le désastre est total pour les Soviétiques puisque 800 000 hommes sont encerclés. Lorsque la lutte cesse, le butin est considérable : 665 000 hommes ont été capturés ! Jamais la victoire n’a jamais semblé être aussi proche pour Hitler. Cependant, la marche sur Moscou a été différée et Staline met à profit ce délai pour renforcer ses positions devant la capitale.

Après ce succès retentissant, le Heeres-Gruppe Süd progresse au-delà du Dniepr. Les unités de von Mackensen s’élancent de la tête de pont de Dniepropetrovsk le 1er octobre, encerclant les 9ème et 18ème armées avec la 11.Armee. 106 000 Soviétiques, 212 chars et 766 canons sont capturés. Après ce succès, l’armée de von Manstein force l’isthme de Perekop à travers le fossé des Tartares et pénètre en Crimée le 27 octobre, occupe la presqu’île de Kertch, Feodosia tombant le 3 novembre, et met le siège devant Sébastopol. 100 000 soldats soviétiques ont été capturés mais Sébastopol résiste. De son côté, von Kleist se porte vers Rostov tandis que, plus au nord, Kharkov est prise à son tour par la 6.Armee. La marche en avant du Heeres-Gruppe-Süd marque alors le pas : tous les efforts sont désormais concentrés sur Moscou. En novembre, une contre-offensive vigoureuse de Timochenko provoque le repli du Heeres-Gruppe-Süd, une manœuvre provoquant le limogeage de von Rundstedt. Pour Staline cependant, l’issue du combat se joue à Moscou.

 

LE T34

Le T-34 est incontestablement le meilleur char du monde lorsque les Allemands envahissent l’Union Soviétique le 22 juin 1941. 1 100 exemplaires sont disponibles à cette date, aux côtés des puissants 1 000 KV-1, soit beaucoup plus que l’ensemble des Panzer III et IV alors en ligne. La surprise est de taille pour les équipages de Panzer. Mais, dispersés et mal employés, ils ne permettent pas de donner l’avantage à l’Armée Rouge. Ce char moyen offre un compromis idéal entre la puissance de feu (76,2 mm), le blindage (60 mm) et la vitesse (50 km/h !). En outre, son blindage incliné en fait un engin de conception nettement en avance pour l’époque. Ses larges chenilles sont également parfaitement adaptées au terrain boueux et neigeux qui caractérise les conditions météorologiques de nombreux mois de l’année en Russie. Ce char conçu par l’ingénieur Koshin ne souffre pas moins de quelques faiblesses. Ainsi, sa tourelle est plutôt étroite et ne peut accueillir que deux hommes. Avec ses versions ultérieures, le T-34/85, il constitue la colonne vertébrale des unités blindées soviétiques tout au long du conflit. Nettement supérieur aux Panzer III et IV en juin 1941, il est cependant surclassé dès 1942 et 1943 avec l’entrée en lice des Tiger puis des Panther. 57 000 T-34 seront produits pendant la guerre.

 

 

Ostfront-La guerre germano-soviétique (5/50)

SMOLENSK : COUP D’ARRÊT DE LA BLITZKRIEG (10 JUILLET-10 SEPTEMBRE 1941)

Début juillet, Hitler estime qu’il est nécessaire de s’emparer de Smolensk, afin d’ouvrir la voie vers la capitale soviétique, ce en quoi il est en parfait accord de vues avec l’OKH. Sous-estimant les forces soviétiques qui font face au Heeres-Gruppe Mitte, l’état-major allemand estime que von Bock dispose des ressources suffisantes pour obtenir un succès décisif devant Smolensk. La Wehrmacht possède néanmoins la supériorité numérique en première ligne et ses unités sont tactiquement nettement supérieures à leurs adversaires. Von Bock dispose de 44 divisions, dont 9 blindées. Le soutien aérien fourni par les mille appareils de la Luftflotte 2 lui assure la maîtrise des airs. En outre, les lourdes pertes enregistrées depuis le début de la campagne ont conduit la Stavka à réduire drastiquement les effectifs de chaque division. Timochenko, qui a pris en charge la destinée du Front Ouest, dispose de huit armées totalisant 24 divisions en première ligne. La situation en matière de blindés est assez préoccupante puisque Timochenko n’est en mesure d’en aligner que 145 sur la ligne de front. L’artillerie est logée à meilleure enseigne avec 3 800 pièces disponibles. Dans les airs, les Russes ne peuvent pas engager plus de 400 appareils en état de vol. Von Bock espère réitérer les manœuvres d’encerclement opérées à Bialystock et Minsk., Hoth frappant toujours par le nord et Guderian constituant la pince sud.

Le Panzer-Gruppe 3 de Hoth s’empare sans difficulté de Vitebsk avant de se heurter à la défense de la 19ème armée de Koniev, qui stoppe un temps la ruée des Panzer. Au sud, Guderian frappe dans le secteur d’Orcha, mais le Dniepr constitue un obstacle sérieux et ce n’est pas sans difficultés que des têtes de pont sont établies. Toutefois, 4 divisons d’infanterie et des unités blindées soviétiques commandées par le général Bakounine sont très vite encerclées autour de Moghilev. La résistance de ces unités est cependant très acharnée et elle se poursuit jusqu’au 26 juillet. Pendant ce temps, Timochenko ne reste pas sur la défensive et menace le flanc droit de Guderian en frappant avec le 63ème corps d’armée du général Petrovski 21ème armée. Le flanc gauche de Guderian est soumis quant à lui aux assauts de la 20ème armée soviétique, par ailleurs engagée contre Hoth. La 20ème armée n’est pas de taille à affronter les deux Panzer-Gruppe et elle est taillée en pièces. C’est à l’occasion de ces combats que le fils aîné de Staline tombe entre les mains des Allemands. Le 14 juillet, la 29 ID (mot.) parvient à proximité de Smolensk et se heurte à la 152ème DI russe. Les combattants allemands repoussent les Soviétiques et s’infiltrent dans le centre-ville, s’emparant du précieux pont de chemin de fer enjambant le Dniepr. Le 16, la ville est entre les mains des Allemands. La route de Moscou semble ouverte !

Pour parer au plus pressé, la Stavka forme le front des armées de réserve au nord de Briansk. Les Soviétiques ambitionnent ni plus ni moins de frapper et d’anéantir les éléments de pointe du groupe d’armée de Bock et d’encercler les Allemands à l’ouest de Smolensk. La situation est si critique que ces nouvelles unités russes sont lancées dans la bataille dès leur arrivée sur le front. C’est ainsi que les attaques de flanc se multiplient sur le front allemand, particulièrement autour d’Ielnia à partir du 20 juillet. Le secteur d’Ielnia constitue la pointe orientale de l’avance allemande et nécessite une intervention de plus en plus d’unités allemandes pour le maintenir, en dépit de la demande d’évacuation préconisée par Guderian. Les Soviétiques parvenant même à reprendre aux Allemands une partie du terrain perdu. Le 27, la 16ème armée soviétique réussit à pénétrer dans Smolensk et à remettre le pied dans Smolensk. L’armée allemande fait toutefois encore preuve de sa supériorité quand les 7. et 20.Panzer-Divisionnen de Hoth réussissent à enfermer les 16ème et 20ème armées soviétiques dans une nasse. Les efforts des forces blindées du général Rokossovski pour rétablir la situation et secourir les troupes soviétiques enfermées dans le chaudron s’avèrent vains, en dépit de l’indéniable supériorité qualitative des chars russes KV-1. Les Russes sont finalement repoussés.

Début août, les Allemands tiennent fermement Smolensk mais la Blitzkrieg semble bien finie et l’espoir d’une rupture rapide en direction de Moscou semble s’évanouir. De surcroît, les pertes deviennent de plus en plus sensibles au sein de nombre d’unités de la Wehrmacht. Les troupes de Bock sont en outre menacées sur leur flanc droit par le saillant que forment les unités soviétiques au sud de la ville. Guderian reçoit l’ordre de conjurer cette menace en s’emparant de Roslavl. Le 1er août, l’Armee-Gruppe Guderian, ex-Panzer-Gruppe 2, s’élance sur son objectif et parvient à prendre Roslavl, balayant la 28ème armée soviétique dans l’opération. 38 000 hommes, 250 chars et 359 canons sont capturés. Le succès ne sera pourtant pas exploité vers l’est. Staline, inquiet de la menace, prélève toutefois deux armées en Ukraine pour protéger la capitale, facilitant ainsi les opérations futures de Guderian vers Kiev. Notons toutefois à la décharge du maître du Kremlin qu’il ne peut se douter qu’Hitler ne saisise pas l’opportunité qui lui est offerte de foncer vers Moscou après le succès remporté à Roslavl.

Au nord, les Allemands améliorent leurs positions autour de Smolensk en frappant en direction de Velikie Louki. Les Panzer de Hoth se distinguent une nouvelle fois en encerclant la 22ème armée soviétique et en repoussant les troupes de la 29ème armée. A la mi-août, le Feld-Marschall von Brauchitch préconise de lancer à nouveau le Heeres-Gruppe Mitte sur Moscou. Toutefois, devant les difficultés rencontrées devant Smolensk, Hitler est fermement décidé à axer son effort dans d’autres directions. Après une avance limitée à 200 kilomètres en deux mois, les opérations en direction de Moscou sont au point mort. En outre, la fin de l’été s’avère particulièrement humide et le sol détrempé rend les communications des plus malaisées. Le matériel souffre également des difficiles conditions climatiques et géographiques. L’usure provoque ainsi la mise hors-condition de nombreux véhicules et armements. Le 20 août, Guderian insiste pour se faire livrer de nouveaux Panzer devant l’usure des moteurs sous l’action de la poussière, une demande qui n’est pas de nature à encourager Hitler à le lancer plus en avant vers Moscou.

 

La pression des Soviétiques devant Smolensk ne se relâche en aucune manière. Bien au contraire, Timochenko engage la 16ème armée dans une nouvelle offensive dans le secteur de Ielnia. Pris au dépourvus, les défenseurs allemands sont contraints d’abandonner la ville le 6 septembre. Toutefois, la solidité des positions allemandes contraint bien vite les Soviétiques à suspendre toute attaque le 10 septembre. La bataille de Smolensk est terminée.

Les deux mois de combats autour de Smolensk sont déterminants pour la suite de la campagne à l’Est. Au milieu du mois d’août, il apparaît clairement à Hitler qu’une progression sur l’ensemble du front n’est plus envisageable. La Wehrmacht doit donc impérativement privilégier un axe. La plupart des généraux sont d’avis de porter l’effort en direction de Moscou, après la nécessaire remise en condition des unités. La directive n° 33 de Hitler transforme radicalement la répartition des forces allemandes engagées dans « Barbarossa ». Il est en effet décidé de fractionner le Heeres-Gruppe Mitte, qui avait pourtant la tâche essentielle de marcher sur Moscou, en renforçant von Leeb avec le Panzer-Gruppe 3 de Hoth et en engageant le Panzer-Gruppe 2 de Guderian vers le sud, en coordination avec le Heeres-Gruppe Süd. La situation devant Smolensk empêche toutefois de renforcer von Leeb comme prévu. Les nouvelles orientations du plan ordonnées par le Führer sont réaffirmées par la directive de guerre n°34, rendant caduque la proposition de von Brauchitch de concentrer les efforts du Heeres-Gruppe-Mitte vers Moscou. Hitler, qui s’est rendu lui-même en Union Soviétique, affirme à ses généraux, parfois récalcitrants, que Leningrad, l’Ukraine et la Crimée, dont l’occupation doit assurer la sécurité du pétrole roumain, représentent des objectifs économiques bien plus importants. Cette directive n°34 représente incontestablement l’un des grands tournants de « Barbarossa ». Les contre-mesures prises par Timochenko pour défendre la route de Moscou semblent donc avoir portées leurs fruits puisque la Wehrmacht est provisoirement stoppée, contrainte à une difficile guerre d’usure. Toutefois, l’armée allemande a infligé de sérieux revers à son adversaire. Les troupes de von Bock revendiquent la capture de 348 000 hommes, 3 205 chars et 3 120 canons.

« Looking Down on War. The Normandy Invasion. June 1944 », Roy M. Stanleyn II

« Looking Down on War. The Normandy Invasion. June 1944 », Roy M. Stanleyn II, Pen and Sword, 2012, 271 pages

Encore un livre sur la Normandie? Oui, mais celui-ci nous offre l’opportunité de voir environ 300 clichés pris d’avions, à la verticale. Après un chapitre introductif classique sur le Mur de l’Atlantique, le livre enchaîne sur une série de thèmes aussi inétressants les uns que les autres: défenses allemandes vues d’avions, obstacles de plages, opérations aéroporétes, les plages les unes après les autres, les ports artificiels… Régulièrement, l’auteur fait un zoom sur un espace défini d’un cliché plus large et montre, avec de sflèches, des engins divers: « funnies », véhicules, soldats, bunkers… Original mais peut-être à lire chapitre par chapitre faute d’être pris d’un sentiment de répétition… Un texte accompagne tous les clichés. Mais ce dernier est nettement moins intéressant et peut prêter à discussion.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (4/50)

HEERESGRUPPE MITTE: LA POUSSEE SUR SMOLENSK (22 JUIN-AOUT 1941)

L’opération « Barbarossa » prévoit d’affecter les plus importantes ressources de la Wehrmacht au Heeres-Gruppe Mitte. Ce dernier est confié au maréchal Fedor von Bock. L’objectif premier de Bock est d’anéantir les forces soviétiques qui lui font face puis de marcher sur Moscou. Les effectifs affectés à Bock sont donc conséquents : 9 Panzer-Divisionen, 6 divisions motorisées, 1 division de cavalerie, 34 divisions d’infanterie et 1 brigade d’infanterie motorisée. La Luftwaffe fournit un appui aérien qui se monte à 1 670 avions. La tâche qui incombe à Bock est particulièrement ardue mais l’armée allemande a tendance à s’appuyer sur des renseignements optimistes et a une fâcheuse tendance à sous-estimer son adversaire. Les forces soviétiques sont toutefois considérables. Elle possède en effet alors 170 divisions d’infanterie, 32 divisions de cavalerie et 78 brigades blindées. Cependant, les effectifs moyens d’une division d’infanterie soviétique se montent à 8 000 hommes, contre 14 à 16 000 au sein de la Wehrmacht. Quant aux blindés, leur masse ne doit pas masquer qu’à peine 6 000 sont modernes et opérationnels, ce qui représente toutefois le double des effectifs totaux de la Heer, dont un millier de chars T-34 et KV-1, supérieurs aux blindés qu’aligne alors la Wehrmacht. Les premières phases des opérations semblent donner raison aux optimistes de l’OKH et de l’OKW. Sur le front centre en effet, les Panzergruppen de Hoth et de Guderian réalisent de spectaculaires encerclements aux cours des trois premières semaines de l’invasion. Comme sur le front nord, l’opération débute à l’aube du 22 juin 1941 par une formidable préparation d’artillerie. Dans le même temps, la Luftwaffe lance une série de raids dévastateurs sur les aérodromes soviétiques afin d’assurer la suprématie aérienne totale à la Wehrmacht. Cette mission est accomplie au-delà des espérances puisque l’aviation soviétique perd le total colossal de 1 811 appareils le premier jour de la guerre, presque tous au sol. Pour obtenir cet incroyable succès, la Luftwaffe n’enregistre que la perte de 35 avions. Dans ces conditions, l’armée allemande s’octroit un avantage certain dès le début des hostilités. Bock est opposé au Front de l’Ouest du général Pavlov, comprenant du nord au sud la 3ème armée de Kusnetsov, la 10ème armée de Golubiev et la 4ème armée de Koroblov, avec la 13ème armée de Filatov en réserve. Bock lance le Panzergruppe 3 de Hoth au nord, la 9.Armee de Strauss et la 4.Armee de von Kuge de part et d’autre de Bialystok et le Panzergruppe 2 de Guderian vers Brest-Litovsk.

Guderian doit donc reconquérir Brest-Litovsk une seconde fois, après l’avoir prise aux Polonais en 1939. Plus de 50 kilomètres sont parcouru par les Panzer dès le premier jour de l’offensive. Mais la forteresse de Brest est solide et les défenseurs refusent toute idée de capitulation. Certains soldats soviétiques poursuivent le combat pendant des semaines, alors que le front est alors 1 000 kilomètres plus à l’est. 7 000 Russes sont capturés mais les Allemands ont cependant perdu près de 500 tués et 1 000 blessés. Sur le reste du front, la résistance est vite submergée et les positions frontalières soviétiques sont anéanties en quelques heures. L’infiltration d’unités allemandes qui réussissent à couper les liaisons téléphoniques et radios ne fait qu’ajouter au chaos qui s’empare de la zone arrière du front soviétique. La supériorité numérique locale allemande est telle que, dans ces conditions, l’issue des combats ne fait guère de doutes. En moyenne, Guderian progresse de 60 kilomètres.

Les armées du Heeres-Gruppe Mitte mettent à profit un avantage géographique de taille pour s’assurer de spectaculaires succès. En effet, dans ce secteur, les troupes soviétiques forment un saillant profond qui s’enfonce en Pologne. Les Allemands voient rapidement l’intérêt d’une attaque en tenaille afin d’enfermer les 3ème et 10ème armées soviétiques dans une poche autour de Bialystok. La manœuvre est un succès et il faut à peine une semaine pour que les colonnes de Hoth et de Guderian établissent leur jonction sur les arrières soviétiques. L’infanterie allemande complète l’encerclement à marche forcée dans la chaleur de l’été. Le chaudron n’est cependant pas fermé hermétiquement et des unités soviétiques s’échappent ainsi de la nasse et se replient vers Minsk. La nouvelle 2.Armee de von Weichs est chargée de liquider la poche jusqu’au 2 juillet.

Ce succès est insuffisant pour Bock s’il veut s’assurer de l’anéantissement des forces soviétiques qui lui font face. Il doit donc répéter cette manœuvre d’encerclement sur une plus vaste échelle. La mobilité des unités de Panzer et l’indéniable supériorité tactique de la Wehrmacht doivent pouvoir assurer l’écrasement de l’adversaire en Biélorussie. Les avant-gardes de Hoth atteignent les faubourgs de Minsk dès le 25 juin, mais elles sont énergiquement contenues puis refoulées dans les jours qui suivent par la 100ème DI du général Roussianov. Toutefois, le gros du Panzer-Gruppe 3 intervient de tout son poids dans la bataille, contraignant Roussianov au repli. Le 28 juin, Hoth et Guderian opèrent une nouvelle jonction, enfermant cette fois-ci pas moins de 11 divisions soviétiques dans la poche qui se forme autour de Minsk. Les combats sont très durs dans les forêts et il s’avère que les Russes sont des maîtres dans l’art du camouflage et qu’ils savent s’esquiver à travers les mailles du filet. Toutefois, le butin est conséquent puisqu’il se monte à plus de 200 000 Soviétiques capturés. Le 8 juillet, le Heeres-Gruppe Mitte annonce la capture 288 000 prisonniers, 2 585 chars et 1 500 canons depuis le déclenchement de « Barbarossa ». Face aux désastres qui s’accumulent, Timochenko, le généralissime soviétique, préconise des contre-attaques à outrance, qui ne débouchent que sur des succès temporaires.

A l’issue de la bataille de Minsk, les deux Panzer-Gruppen de Hoth et de Guderian sont regroupés au sein de la 4.Panzer-Armee, confiée à von Kluge, dont les divisions d’infanterie de son ancienne 4.Armee forment la 2.Armee, commandée par le général von Weichs. Pendant que von Weichs liquide la poche de Minsk, von Kluge s’élance vers Smolensk, qui constitue un verrou sur la route de Moscou. Côté soviétique, Pavlov est fusillé sur ordre de Staline et il est remplacé par Timochenko. Alors que les Soviétiques mettent en œuvre leur stratégie de la terre brûlée pour ne rien laisser entre les mains de leurs adversaires, Timochenko lance une contre-offensive d’envergure contre le Panzer-Gruppe 2 de Guderian dans le secteur d’Orcha. 1 000 chars des 5ème et 7ème corps mécanisés repoussent les Allemands sur une quarantaine de kilomètres avant d’être stoppés à Senno par les Fallschirmjäger et que la contre-attaque de Guderian encercle et anéantisse le 5ème corps mécanisé.

La bataille capitale pour Smolensk peut alors débuter. Hitler et l’OKH sous-estiment cependant très nettement leur adversaire. Certes, près de 90 divisions russes ont été anéanties. Mais les ressources soviétiques sont considérables et la Stavka met sur pied de nouvelles unités, alignant ainsi théoriquement 232 divisions en août 1941. Les Soviétiques, conscients de l’importance de l’enjeu, se défendent avec un acharnement farouche à Smolensk. La bataille s’éternise jusqu’au 10 septembre. Certes, la Wehrmacht a encore capturé plus de 300 000 hommes. Mais elle a été longuement arrêtée sur la route de Moscou et les Soviétiques ont été de ce fait en mesure de reconstituer une ligne de défense à peu près cohérente. Le spectre d’un hiver en Russie semble donc se profiler de plus en plus clairement pour les troupes allemandes. L’euphorie des premières semaines de l’invasion semble révolue. Le 15 juillet, Halder, le chef d’état-major de l’OKH, croyait pouvoir affirmer : « Il n’est pas exagéré de dire que la campagne de Russie a été gagnée en 15 jours ». La réalité est tout autre. L’infanterie allemande, en dépit des marches forcées de 35 à 40 kilomètres par jour, a le plus grand mal à suivre les unités de Panzer et à réduire les poches. En outre, le comportement du combattant soviétique est déroutant. Bien plus, l’avance se heurte à des difficultés logistiques insoupçonnées, en raison de l’état des routes et des destructions opérées par les Soviétiques au cours de leur retraite. Les pièces détachées pour 2 000 types de véhicules différents et le ravitaillement en vivres, munitions et essence font défaut. C’est ainsi que des milliers de véhicules doivent être abandonnés pour avaries tandis que des milliers de chevaux meurent de maladies ou de fatigue. La Wehrmacht consomme 330 000 t de carburant par mois contre 250 000 prévus. Les pertes vont également s’élever rapidement. Au 15 juillet, elles se montent déjà à 100 000 hommes, tandis que 41% des Panzer ont été perdus du fait de l’ennemi ou d’ennuis mécaniques. La campagne de Russie ne fait en fait que commencer…

 

L’EVACUATION DES USINES SOVIETIQUES VERS L’OURAL

Pendant que des désastres s’abattent sur l’Armée Rouge, les Soviétiques parviennent à réaliser un tour de force : l’évacuation puis la reconversion vers la production militaire d’un nombre considérable d’entreprises. Le Conseil de l’évacuation réussit ainsi à déplacer vers l’Est 1 530 grandes entreprises industrielles entre juillet et décembre 1941, chiffre porté à 2 600 fin 1942. La tâche est herculéenne : 8 000 wagons sont nécessaires pour le transfert des usines d’acier fin de Dniepropretovsk. Le remontage, dans l’Oural, en Sibérie et au Kazakhstan, de ces usines s’accompagne du déplacement de la main d’œuvre, soit 10 millions de personnes en 18 mois. Travaillant dans des conditions particulièrement difficiles et selon des cadences infernales, celle-ci est renforcée par l’appel aux femmes et aux adolescents, pour compenser la mobilisation de 20 millions d’hommes dans l’année et l’occupation par l’ennemi d’un immense territoire peuplé de 70 millions de Soviétiques.

 

Paul Carell, «Ils Arrivent »

Paul Carell, «Ils Arrivent », Collection Texto, Tallandier, 328 pages, 2011

 

L’intérêt de ce livre réside dans le style, son rythme et son aspect très vivant lié à la multiplicité des témoignages. Le lecteur qui cherche une relation exhaustive et impartiale de la bataille de Normandie doit en revanche renoncer à ce livre. De façon fort malencontreuse, comme pour ses autres ouvrages célèbres concernant l’Afrika Korps et la guerre à l’Est, Paul Carell est devenue une référence. Pourtant, les écueils sont nombreux. Paul Carell, Paul Karl Schmidt de son vrai nom, est un ancien SS du service de propagande de Goebbels, rien de moins que cela ! Si bien des témoignages sont passionnants et restent intéressants pour le lecteur comme pour l’historien, les relents de propagande finissent par lasser, quand il ne sont pas purement et simplement ridicules : l’épisode des GIs fascinés –à deux reprises- par la Croix de Fer du lieutenant Jahncke à Utah Beach sont presque risibles. Les erreurs factuelles sont légions. L’importance accordée au Jour J semble démesurée. La bataille des haies est quasiment passée sous silence : quelques pages à peine ! Le livre compte 328 pages de texte mais la bataille de Cherbourg (fin juin 1944) ne s’achève qu’à la page 243, ce qui ne laisse que 85 pages pour les deux autres mois de la campagne… De même, l’auteur s’intéresse avant tout à quelques unités, dont la Panzer Lehr et la « Hitlerjugend ». On ne sera pas étonné d’y trouver de nombreux soldats allemands courageux. Autre fait révélateur : nul mention des crimes ignobles commis par l’armée allemande au cours de cet été 44 (sur les civils à Oradour-sur-Glane par exemple, ou encore à l’encontre de prisonniers de guerre canadiens exécutés à l’abbaye d’Ardenne). En revanche, Carell n’omet aucunement de mentionner une bavure qui aurait été commise par les Alliés à l’encontre de soldats de la Panzer Lehr…

Bref, un livre daté et non objectif.

Mon livre publié chez Tallandier, « Invasion! Le Débarquement vécu par les Allemands », se veut une réponse à cet ouvrage: donner enfin au lecteur francophone un récit complet et non partisan de la bataille.

Le but recherché lors de ma rédaction était : 1) de donner un récit de la bataille de Normandie selon un point de vue original, celui des Allemands sans verser dans l’hagiographie de la Wehrmacht (on ne masque pas les crimes de guerre) ni adopter la posture d’un déni systématique; 2) faire comprendre la vie quotidienne d’un soldat au front (un chapitre y est consacré) tout en ne perdant pas de vue la compréhension de l’ensemble de la bataille (d’où les réflexions au niveau opérationnel et stratégique, appuyées sur de nombreux chiffres).

Les « + » de mon ouvrage:

-un récit objectif (à cent lieues de Paul Carrell)

-un récit vivant qui fait comprendre le vécu du soldat allemand

-un texte qui embrasse l’intégralité de la bataille de Normandie jusqu’au franchissement de la Seine, avec des parties équilibrées, un accent étant mis sur les périodes cruciales parfois moins connues (la 1ère semaine de la bataille ainsi que les combats au-delà de la Poche de Falaise)

-des réflexions stratégiques

-un point de vue allemand qui va de celui du maréchal, et même de Hitler, à celui du simple soldat

-un bibliographie récente

La réédition récente dans la collection Texto a permis de corriger des erreurs. Par ailleurs, de nombreuses données chiffrées ont été ajoutées à celles, déjà nombreuses, des annexes de l’édition en grand format.

Casques corinthiens / Corinthian helmets

Le casque corinthien est indiscutablement ma pièce d’équipement préférée de la panoplie du guerrier antique. Quelques exemples photographiés dans les musées.

A gauche, Athènes, musée archéologique national: avant l’ère du casque corinthien qui s’impose aux périodes archaïque et classique, le casque en dents de sangliers (sur coiffe en cuir) de l’âge du bronze, réservé  à un nombre limité de combattants.

A droite, Athènes, musée Benaki, pilos et casque corinthien, le premier, de facture plus rapide, devenant de plus en plus courant au cours du 5e s avant J-C.

Ci-dessus: sept casques corinthiens et un casque illyrien du musée archéologique de Berlin. L’exemplaire de gauche est un superbe modèle classique.

 

Ci-dessus: Athènes, musée de la guerre, collection de casques corinthiens.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (3/50)

INTRODUCTION PARTIE I

La guerre germano-soviétique, qui s’ouvre le 22 juin 1941, quand le Reich déclenche l’opération « Barbarossa », est à bien des égards un choc de titans. La guerre qu’Hitler impose à son ancien allié soviétique est une guerre idéologique, entre deux systèmes totalitaires historiquement voués à un inévitable affrontement : le nazisme et le communisme. La volonté du Führer de conquérir un espace vital à l’Est pour la race allemande supérieure au détriment des Slaves, condamnés à n’être que les esclaves du nouvel ordre nazi, couplée à l’antibolchevisme viscéral du maître de l’Allemagne, aboutit à une guerre d’une ampleur sans précédent. Les effectifs colossaux qui vont y être engagés et les pertes que la Wehrmacht va consentir sur le front russe, 80% des tués et disparus de l’armée allemande du second conflit mondial, vont mener à la perte du III.Reich, pourtant alors à l’apogée de sa puissance en cet été 1941. La propagande nazie, habile, présente l’opération « Barbarossa » comme une nécessaire croisade contre le bolchevisme, dont la perversité menace la civilisation européenne selon l’optique nazie. « Barbarossa » apparaît donc aux Allemands comme une attaque préventive pour sauver la patrie du déferlement des hordes asiatiques. La survie de l’Allemagne et le caractère impitoyable de l’ennemi exige de mener la guerre avec une extrême brutalité. Il exige ainsi que la campagne soit menée avec brutalité, sans esprit de compassion pour l’adversaire. Il s’agit d’une guerre d’anéantissement. Pour les Nazis, les Russes sont des sous-hommes. Il est donc tout à fait justifié de supprimer les commissaires politiques, les communistes et les Juifs. En outre, il est désormais clair que la lutte qui s’engage ne présente plus que deux issues : la victoire ou l’anéantissement. L’invasion de l’Union Soviétique oblige une solidarité de tous les Allemands derrière leur Führer : en cas de défaite, le Reich sera anéanti et sera la proie du bolchevisme. L’idéologie raciale nazie va donner libre cours à sa violence dans cette lutte effroyable et le front de l’Est sera le théâtre des pires abominations du siècle.

Le pacte de non agression signé entre les deux puissances en août 1939 n’est, pour les deux parties prenantes, qu’une remise à plus tard de l’inévitable confrontation. Staline est toutefois surpris par l’effondrement rapide des forces alliées, alors que l’Armée Rouge n’a pas achevé sa réorganisation. Les immenses succès remportés à l’Ouest par la Wehrmacht, la piètre performance de l’Armée Rouge face à la Finlande au cours de l’hiver 1939-41 et les assurances de Hitler concernant la fragilité politique de la Russie bolchevique ne peuvent que rassurer les commandants de l’armée allemande et c’est avec confiance qu’ils envisagent la confrontation maintenant inévitable avec les Soviétiques. L’outil de la Blitzkrieg, le tandem Panzer-Luftwaffe, est cependant bien trop peu étoffé pour envisager une répétition à l’Est des exploits remportés à l’Ouest. En outre, l’opération « Barbarossa » est lancée sur une telle échelle et sur un front si large que l’offensive ne peut s’y développer qu’au détriment de la concentration des forces blindées, pourtant au cœur de la guerre éclair. L’immensité russe ne peut aussi qu’avoir raison d’une Wehrmacht, dont 80% des unités se déplacent essentiellement à pied ! Le retard de l’Etat soviétique en matière d’infrastructures et de communications, sans parler de l’écartement différent des voies ferrées, ne peuvent que contribuer à rendre téméraire toute invasion : les routes carrossables et goudronnées sont bien rares et les boues du printemps et de l’automne ont tôt fait de paralyser les communications dans le pays. Hitler ne manque toutefois pas d’atouts lorsqu’il se décide à lancer « Barbarossa », en dépit des vives inquiétudes que lui suscite l’ampleur de l’entreprise. Son armée est en effet la meilleure du monde et elle se trouve renforcée par des contingents non négligeables de troupes alliées, principalement en provenance d’Europe centrale et orientale, mais aussi des Finlandais, qui ont fait montre de leur efficacité au combat au cours de la guerre russo-finlandaise.

C’est ainsi que Hitler décide d’envahir l’Union Soviétique avec 153 divisions, dont 19 blindées et 14 motorisées. L’armée allemande et ses alliés vont frapper sur un front immense qui s’étend de la mer Baltique à la mer Noire, soit 2 000 kilomètres ! 4,5 millions d’hommes sont impliqués dans cette opération d’une ampleur sans précédent. Les forces de l’Axe engagent 3 600 Panzer et 2 900 avions. La Wehrmacht aligne 7 000 pièces d’artillerie, 600 000 véhicules et 625 000 chevaux. A ce total déjà impressionnant il convient d’ajouter 38 divisions fournies par les pays alliés au Reich (14 pour la Finlande, 22 pour la Roumanie et 2 pour la Hongrie), soit 900 000 hommes, 5 200 canons, 260 blindés et 1 000 avions. En juillet, 4 divisions italiennes (61 000 hommes, 1 000 canons et mortiers, 60 chars, 70 avions), 2 slovaques (42 000 hommes, 2 000 véhicules) et une division espagnole renforcent la Wehrmacht. La concentration des forces allemandes est impressionnante. Il reste 38 divisions allemandes à l’ouest, 7 dans les Balkans et 2 en Afrique, avec le tiers de la Luftwaffe. En face, l’Armée Rouge, qui n’a pas mobilisé, aligne 4,7 millions de combattants. Toutefois, avec la baisse de l’âge de la conscription et l’allongement du service militaire, Staline peut compter sur une réserve de 10 millions d’hommes, dont 6 millions ont bénéficiés d’une préparation militaire intensive. 750 000 hommes sont déployés face aux Japonais, pour parer à toute éventualité. Les effectifs soviétiques sont impressionnants : pas moins de 241 divisions, dont 170 à l’ouest, 22 000 chars, soit plus que le reste du monde entier, 148 000 canons et mortiers et 10 000 avions, dont 7 500 sont déployés à l’ouest. Toutefois, ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité. Si les effectifs sont conséquents, la qualité des cadres laisse à désirer depuis les purges des années trente, ainsi que l’a illustrée la désastreuse campagne d’hiver russo-finlandaise. Le 22 juin 1941, la surprise stratégique est totale. En dépit de maints avertissements, Staline s’est laissé surprendre et l’Armée Rouge, totalement prise au dépourvue, est assaillie sur plus de 2 000 kilomètres de front. Si la guerre avec l’Allemagne paraît inévitable, la Wehrmacht frappe en premier un adversaire en total réorganisation. En dépit des efforts consentis, les fortifications sont loin d’être opérationnels, faute de moyens suffisants. En outre, les Soviétiques ont adopté un plan de défense inadapté. L’ensemble des frontières soviétiques n’est tenu que par un nombre réduit de divisions, chargées de contenir l’avance allemande sur ses positions fortifiées le temps que le pays mobilise pendant les quelques jours qui suivront l’inévitable déclaration de guerre. Les autres divisions russes, positionnées en second échelon, auront alors la tâche d’anéantir les unités ennemies qui auront réussi à percer les premières lignes. Mais Hitler ne s’embarrasse en aucune manière d’une déclaration de guerre en bonne et due forme et frappe à l’Est sans avertissement.

 

 

Ostfront-La guerre germano-soviétique (2/50)

LE MYTHE D’UN SECOND FRONT OUVERT EN 1944

OU LA REMISE EN PERSPECTIVE DE L’IMPORTANCE DU FRONT DE L’EST

Il de bon ton de ramener la Seconde Guerre mondiale à l’unique guerre germano-soviétique. Ce conflit, pour titanesque qu’il soit, ne peut résumer le conflit à lui seul ni prétendre en avoir été l’unique facteur déterminant. Le souvenir qui a cours actuellement en Russie, chez les historiens mais aussi chez les vétérans –il n’est que lire ces derniers – est que les Soviétiques ont gagné la guerre à eux-seuls. Le Second Front ne commence qu’en 1944, alors que l’Armée Rouge aurait déjà vaincu la Wehrmacht. Nombre d’historiens talentueux, passionnés par un front, semblent obnubilés par celui-ci et en oublient les autres théâtres d’opérations. Il est pourtant impératif de saisir la Seconde Guerre mondiale dans sa globalité pour comprendre avec justesse l’importance stratégique des différents fronts et leur articulation. Le Second Front n’a-t-il été réellement ouvert qu’à partir du 6 juin 1944 sur les plages de Normandie ? Pour répondre à cette question, il faut examiner les différents théâtres d’opérations où opère la Wehrmacht et se poser la question de leur impact sur le front russe. Viendra alors le moment de recadrer la place à accorder à la guerre à l’Est.

Les enjeux stratégiques de la guerre en Afrique : un front secondaire ou un Second Front?

Ce que les Britanniques appellent la stratégie périphérique ou encore l’approche indirecte n’est pas sans influence sur ce qui se passe en Russie. Dans l’image d’Epinal, la guerre du désert n’est qu’un détail de la guerre, un combat mineur sur un front sans conséquence stratégique. Il faut réévaluer quelque peu son importance stratégique sur deux points : les enjeux de la guerre au Moyen-Orient et son impact sur les autres fronts, notamment le front de l’Est. Pour faire simple, les enjeux stratégiques sont loin d’être secondaires puisque, en cas d’échec allié, la lutte contre l’Axe se complique sérieusement car l’irruption d’une armée germano-italienne au Moyen-Orient soulève de sérieux problèmes pour la cause alliée : les ressources pétrolières du Moyen-Orient, la liaison entre Alliés et Soviétiques via l’Iran, le contrôle de l’océan Indien, l’attitude de la Turquie…

A première vue, les faible contingent que représente l’armée de Rommel laisserait penser que cet état de fait ne pèse que bien marginalement sur le front russe où les effectifs de la Wehrmacht sont pléthoriques en proportion. Toutefois, en y regardant de plus près, la Heer y engage deux divisions blindées, celles de l’Afrika Korps, et une division motorisée en 1941, soit environ 10% de ce qui représente l’élite de l’armée. Pourtant, au même moment, les Heeres-Gruppen engagés en Russie peinent pour assurer un ravitaillement convenable de leurs troupes dans l’immensité soviétique. Or, maintenir à l’état opérationnel une armée motorisée opérant en milieu désertique absorbera des quantités considérables de moyens logistiques au détriment du front russe. Ainsi, l’OKH remarque que la dotation en transports motorisés en faveur de l’Afrika Korps correspond au 1/10e du total alloué pour les unités engagées dans « Barbarossa » alors que l’Afrika Korps ne représente que 1/78e des effectifs lancés à l’attaque de l’Union Soviétique. 600 000 véhicules sont engagés à l’Est, mais on peut difficilement en imaginer 60 000 pour l’Afrique. Le rapport concerne peut-être les seuls camions (200 000 à l’Est). Quoiqu’il en soit, la proportion est révélatrice du détournement de ressources au détriment du front principal.

Pour l’Italie, qui y engage ses forces vives et la totalité de ses moyens navals, la guerre du désert constitue le front principal, en dépit d’un effort inapproprié en Grèce en octobre 1940, alors que l’Egypte aurait été à portée de main, et de la participation à l’invasion de l’URSS. Elle va consumer la fine fleur de l’armée italienne –loin d’être d’avoir toujours déméritée- et causer une véritable hécatombe au sein de sa marine marchande. Ceci étant, l’appoint de ce front Sud au front de l’Est ne devient véritablement concret qu’en 1942.

De ce point de vue, la décision prise par les Américains de s’impliquer dans l’opération « Torch » marque un tournant car les Etats-Unis dirigent leur effort de guerre vers la Méditerranée et cette orientation entérine le principe du « Germany First ». Il convient de souligner que c’est sur l’insistance du président Roosevelt que l’opération sera menée. Marshall, le chef d’état-major de l’US Army, y est hostile. Selon lui, il faut débarquer en France au plus tôt, suivant les plans « Roundup » et « Sledgehammer », afin de frapper au plus vite au cœur de l’Allemagne et soulager les Soviétiques confrontés à la masse des forces terrestres ennemies. C’est précisément là, encore une fois, que se pose la question d’un Second Front ouvert bien avant juin 1944.

L’expérience acquise par les Américains en Afrique du Nord, ainsi d’ailleurs que par les Britanniques depuis le début de la guerre du désert en 1940, a en effet joué un rôle indispensable pour le succès final de la coalition. La guerre en Afrique leur a permis de tester les armes, de mettre au point le matériel, de mettre à l’épreuve tactiques et doctrines et de déceler les généraux de valeur. Elle leur a permis aussi de se rendre compte que l’emploi des forces aéroportés et une opération amphibie nécessitent bien plus de professionnalisme et de préparation que les déboires de « Torch » l’ont montré : de l’aveu même des participants, s’ils avaient eu à affronter un ennemi autrement plus coriace et déterminé que les forces de Vichy, les forces de débarquement auraient couru au désastre. Les conséquences sur le front de l’Est sont considérables. En effet, l’ouverture d’un Second Front en France de façon prématurée, en 1942 ou 1943, alors que les eaux sont encore infestées de U-Boote, sous la menace d’une Luftwaffe encore puissante, avec une armée non encore soumise à l’épreuve du feu, avec trop peu de péniches de débarquement, avec des stocks et des réserves insuffisantes, avec un matériel non adapté voire obsolète, menée par des officiers tels que Fredendall (le vaincu de Kasserine), Anderson (le chef de la 1st British Army en Tunisie) ou Cunningham (qui fut chef de la 8th Army) aurait inévitablement mené au désastre. Mais sans un Second Front en Afrique, on ne peut imaginer un Second Front viable en Europe, ce qui ne serait en aucune manière en faveur de l’Union Soviétique qui a cruellement besoin d’être soulagée en cette année 1942. Ce faisant, le Second Front est bien ouvert en Méditerranée bien avant le 6 juin 1944.

Il est en effet intéressant que noter que le rêve africain a coûté des pertes considérables aux forces de l’Axe : d’après Churchill, dont les chiffres sont à prendre avec caution mais donne une idée du désastre infligé aux forces de l’Axe, la Wehrmacht et l’Italie ont perdu 975 000 hommes, dont 200 000 Allemands, en Afrique du Nord et en Afrique Orientale, 7 600 avions, 2 550 chars, 6 200 canons, 70 000 véhicules motorisés et pas moins de 624 navires, la plupart coulés par la RAF et la Royal Navy dans leur lutte contre les lignes de ravitaillement de l’armée de Rommel. En tout état de cause, plus de 800 000 hommes ont été perdus, si on inclut l’Afrique Orientale. Les pertes en troupes d’élite sont conséquentes pour la Wehrmacht avec la reddition en Tunisie, ce ne sont pas moins de 3 divisions de Panzer et 1 de Panzergrenadier qui sont perdues, sans compter les unités de Tiger, de Fallschirmjäger. Ces pertes allemandes et italiennes en Tunisie ne sont pas négligeables et l’impact est d’autant plus grand que cette défaite survient en même temps que celle de Stalingrad, alors que le front de l’Est est traversé par une crise d’effectifs. En 1942, la Wehrmacht, à l’aube de la décisive offensive vers Stalingrad et le Caucase, va rééquiper la Panzerarmee de Rommel avant son assaut sur la ligne de Gazala et Tobrouk et une seconde fois au cours de l’été, à El Alamein. Des centaines de Panzer et de pièces d’artillerie sont donc détournés vers l’Afrique, sans parler des efforts logistiques considérables pour le maintien opérationnel l’armée de Rommel. En Tunisie, Hitler envoie des renforts conséquents alors que Manstein fait face au même moment à une situation dramatique à Stalingrad dont il ne pourra briser l’encerclement faute de moyens suffisants. Si 400 appareils sont redéployés de la Russie vers la Méditerranée dès le mois de novembre, c’est le quart du potentiel aérien allemand qui est concentré dans la région, contre 1/12ème un an et demi plus tôt. Le 10 novembre, le Fliegerkorps II compte 445 avions de combat et 673 appareils de transport. Début décembre, la Luftwaffe aligne 1 350 appareils opérationnels en Méditerranée, dont 480 avions de transports Ju-52 et 22 Me 323 et Ju 90, et ce alors même que Stalingrad, qui vient d’être encerclée doit également être ravitaillée par un pont aérien. Toutes les troupes germano-italiennes impliquées dans la campagne nord-africaine sont autant d’unités qui n’ont pu être employées contre les Soviétiques, et ce dès 1941 (imaginons la 8ème armée italienne en Russie renforcée par les unités finalement expédiées en Afrique…). Leur perte va se traduire par une absence de troupes en nombre suffisant pour assurer l’inviolabilité de la « Forteresse Europe » par le sud.

 

La campagne d’Italie et ses incidences sur la guerre à l’Est avant le DDay

Au printemps 1943, Sir Alan Brooke affirme qu’un effondrement italien placerait l’Axe à 54 divisions et 2 200 avions en-dessous du minimum nécessaire pour tenir un front cohérent à l’Est. Un débarquement en France reste toujours prématuré et de toute façon impossible en raison des délais que supposerait le redéploiement des forces engagées en Méditerranée vers le Royaume-Uni. Le seul moyen pour soutenir les Soviétiques est de poursuivre les opérations en Méditerranée. Les Alliés portent une nouvelle estocade au pouvoir du Duce en envahissant la Sicile le 10 juillet 1943 (opération « Husky »). Conséquence directe, Hitler décide de mettre fin à l’opération « Citadelle », la bataille pour la réduction du saillant de Koursk, pourtant jugée essentielle aux yeux du Führer qui n’a eu de cesse de la repousser. L’impact direct des opérations menées par les Alliés sur le front de l’Est est donc à nouveau flagrant. Il est cependant honnête de rappeler également que la concentration exceptionnelle de forces allemandes en Ukraine n’a été possible que parce que l’OKW a compris que l’intervention américaine en Afrique du Nord signifie que le débarquement allié ne pourra avoir lieu en France en 1943. Si l’US Army avait encore disposé de ses troupes au Royaume-Uni, la Wehrmacht aurait dû maintenir des forces conséquentes en France, ce qui est une façon d’ouvrir un Second Front ou, pour le moins, de limiter considérablement les options stratégiques pour l’Axe à l’Est pour l’année 1943. La Luftwaffe est toujours très sollicitée puisque, à la veille de l’opération « Husky », 1 750 avions de l’Axe (ce qui inclut donc la Regia Aeronautica) sont à portée de la Sicile. D’ailleurs, une partie des escadrilles basées en Norvège est détournée en Méditerranée, ce qui affaiblit la puissance de frappe du Reich contre les convois alliés de l’Arctique vers Mourmansk alors que les meilleurs succès dans ce secteur sont toujours à mettre au crédit de la Luftwaffe.

La lutte pour la défense de l’Italie va cependant drainer de plus en plus de troupes allemandes, au détriment de fronts autrement plus importants stratégiquement parlant. En 1943, les divisions envoyées en Sicile et dans la péninsule vont faire cruellement défaut alors que le sort de la guerre à l’Est se joue notamment dans les steppes ukrainiennes. Les troupes manquent en effet à l’Est pour tenir un front gigantesque et constituer des réserves. D’autres unités sont détournées vers les Balkans avant « Husky » : 5 nouvelles divisions, dont l’excellente 1. Panzer, sont ainsi envoyées en Grèce suite à l’opération d’intoxication britannique « Animals » menée depuis Le Caire. Le 9 juillet, 14 divisions allemandes sont en Italie, sans compter celles qui sont déployées dans les Balkans, en Grèce et en mer Egée, plus pour se prémunir d’un offensive amphibie que pour mener des opérations anti-partisans. Pas moins d‘une cinquantaine de divisions allemandes serviront ainsi en Méditerranée, au détriment des autres fronts, ce qui, il est vrai, ne dessert pas que l’unique front de l’Est. En mai 1944, le Heeresgruppe C, qui regroupe l’ensemble des unités allemandes combattant en Italie, aligne 26 divisions allemandes et 6 divisions italiennes fascistes.

Autre intérêt de première importance résultant de l’intervention des Alliés en Méditerranée, les usines du sud du Reich et les puits de pétrole de Ploesti en Roumanie sont désormais à portée des bombardiers stratégiques de la 15th US Air Force basés en Méditerranée. Ces opérations aériennes participent de l’effort de guerre commun et les Soviétiques en retirent bien entendu également les dividendes.

 

L’impact stratégique des bombardements sur l’Allemagne, un autre Second Front ouvert dès 1942

Restons dans le domaine de la guerre aérienne en nous éloignant de la Méditerranée. En juin 1941, les deux tiers de la Luftwaffe sont engagés à l’Est. Comme l’armée de terre, la Luftwaffe a également beaucoup souffert en 1941, puisque ses pertes atteignent 5 000 appareils tous fronts confondus, dont 60% sur le front de l’Est. Les pertes subies sur les autres théâtres d’opérations ne sont donc pas négligeables puisqu’elles atteignent 40%. Le tiers de la Luftwaffe est en effet resté mobilisé contre l’Angleterre dès juin 1941. C’est une première étape pour un Second Front dans les airs. Dernier effort toutefois, en 1942, au moment du Fall Blau, les trois quarts de la Luftwaffe – 3 000 appareils- sont concentrés à l’Est pour l’offensive décisive.

C’est pourtant au cours de cette même année 1942 que les opérations aériennes menées à l’Ouest vont commencer à peser sur la répartition stratégique de la Lufwaffe. La préparation du retour des armées alliées sur le contient passe en effet par une intense guerre aérienne. En dépit de leur ampleur et des moyens engagés, les raids aériens alliés n’empêcheront jamais un accroissement sensible de la production en armement de l’Allemagne, particulièrement après sa reprise en main par Albert Speer suite à la défaite de Stalingrad. Mais on ne peut donc que conjecturer de l’ampleur de la production de guerre allemande sans ces bombardements qui poussent à la déconcentration industrielle et causent tout de même indéniablement retards et pertes, sans parler de l’épuisement et du stress qui frappe les employés des industries du Reich. Les effets sur les transports et sur l’économie allemands sont loin d’être négligeables. En février 1945, la Reichsbahn fait l’amer constat qu’elle ne dispose plus que de 28 000 wagons utilisables contre 136 000 six mois plus tôt. L’Oil Plan, l’ensemble des opérations visant à dénier aux Allemands l’usage de leurs industries d’essence de synthèse et le pétrole venant de Ploesti en Roumanie est un succès aux répercussions considérables sur tous les fronts. Ainsi, à terme, le Reich manque de carburant pour ses blindés et ses avions, quand bien même son industrie marque des records de production en 1944. Ainsi, 125 000 avions de guerre sortent des chaînes de montage allemandes entre 1938 et 1945, dont 40 000 en 1944. Mais la Luftwaffe ne sera pourtant désormais plus jamais en mesure de rivaliser avec ses adversaires. L’Allemagne est contrainte de concentrer l’essentiel de sa chasse sur le territoire du Reich dès 1943 et près de 30 000 canons de la Flak à l’automne 1944. Tout ceci représente une débauche de moyens considérables. Des centaines de milliers d’Allemands sont mobilisés dans la Flak (peut-être jusqu’à deux millions en 1944), manient les radars ou participent au déblaiement et aux réparations des dégâts occasionnés. La production de munitions pour la Flak finit par absorber 20% du total des munitions produites par l’Allemagne ! Celle des canons de DCA atteint le tiers de l’artillerie sortant des chaînes de montages. Assurer la défense des cieux du Reich, la mise au point de nouveaux matériels efficients, techniques et coûteux (comme le Me 262) a orienté l’effort de guerre allemand contre les Alliés occidentaux. Passée sur la défensive, le Reich est contraint de produire toujours plus de chasseurs au détriment d’une force de frappe de bombardiers qui ne cesse de s’amoindrir.

Les bombardements stratégiques ont contribué à la victoire et ont soulagé de façon notable les forces soviétiques qui n’ont alors qu’à affronter une Luftwaffe aux moyens sévèrement amputés par la nécessité de la défense du Vaterland. Le 30 juin 1944, la répartition des 1 375 monomoteurs de la chasse allemande est de 425 à l’Ouest, 475 à l’Est et dans les Balkans, 370 dans le Reich, 40 en Norvège et 65 en Italie. Le 1er janvier 1945, le constat est similaire : les escadrilles allemandes comptent 2 998 chasseurs de jour et de nuit à l’Ouest contre 567 à l’Est. Les Soviétiques auraient eu de sérieuses difficultés sans ce Second Front aérien si on songe au milliers de tubes de 88 mm (en 1944, la Flak aligne 17 500 canons de 88 à 120 mm) qui auraient été ainsi disponibles pour frapper les T 34 dans la Steppe sous le couvert d’une Luftwaffe nettement plus conséquente et en soutien d’unités terrestres sans doute renforcées par des rampants de l’armée de l’air d’unités qui n’auraient eu aucune utilité en Allemagne.

 

La bataille de l’Atlantique : peut-être le front le plus crucial avant 1944

La Luftwaffe ne combat pas les formations aériennes alliées uniquement sur les fronts terrestres ou au-dessus du Reich. Elle intervient activement dans la bataille de l’Atlantique, notamment dans ce qu’il est convenu d’appeler la bataille des convois vers Mourmansk. L’essentiel du poids de la guerre sur mer, dans l’Atlantique Nord comme ailleurs, repose avant tout sur la Kriegsmarine, ce qui ne saurait surprendre.

En quoi cette bataille peut-elle influer sur la guerre à l’Est ? En premier lieu, on peut noter les convois alliés en direction de Mourmansk apportant un matériel contribuant à l’effort de guerre russe. Il y a surtout la nécessité de maintenir le Royaume-Uni dans la guerre, or tout doit être importé dans cette île : armes, matériel, denrées… Pour les Britanniques, une perte de contrôle des voies maritimes menant à la Grande Bretagne signifierait l’asphyxie. D’autre part, l’ouverture d’un Second Front en France suppose la mise en œuvre du plan « Bolero », à savoir le transfert depuis Etats-Unis vers le Royaume-Uni des forces terrestres et aériennes américaines indispensables à la libération du continent européen. Il s’agit ni plus ni moins du sort de la guerre. Si l’US Army n’est pas en mesure de se déployer au Royaume-Uni et si les liaisons maritimes sont coupées par les U-Boote, il n’y aura pas débarquement, pas de Second Front en France et la guerre est peut-être perdue. Cependant, si les exploits des sous-mariniers allemands sont nombreux, particulièrement en 1940-42, ils ne sont pas en mesure de l’emporter quoique, un temps, les pertes en navires marchands britanniques dépassent le tonnage des nouveaux cargos mis à la mer.

Pourtant, l’effort industriel allemand semble à la mesure de l’importance accordée à la bataille de l’Atlantique. 1 170 U-Boote sont construits. Mais lorsque l’amiral Dönitz, le patron de l’arme sous-marine allemande puis de l’ensemble de la Kriegsmarine, peut compter sur 429 U-Boote en avril 1943, il est trop tard. En mai de la même année, la bataille de l’Atlantique est gagnée par les Alliés, alors que les premiers mois de l’année 1943 ont vu les scores des sous-mariniers allemands atteindre des records. Tout ceci suppose donc la mobilisation de main d’œuvre, d’acier et de chercheurs pour que les chantiers navals du Reich produisent une telle quantité de submersibles alors que la Heer manque désespérément de matériel sur le front Est. Imaginons la quantité de véhicules, de canons et de Panzer que représentent plus de 1 100 U-Boote ! Les 40 000 sous-mariniers allemands ne pèsent pas lourds en comparaison des millions de soldats de l’Ostheer, mais, comme pour l’Afrique, l’importance stratégique d’un théâtre d’opération ne se limite pas à des tableaux d’effectifs. Cette poignée de combattants pouvait donner la victoire au Reich, ou du moins un avantage certain, un gain de temps précieux pour concentrer toutes ses ressources à l’Est. Toutefois, il n’est pas raisonnable de pousser les conjectures trop loin : si l’Allemagne avait accentué son effort de guerre dans l’Atlantique, chose tout à fait imaginable, il faut en revanche évidemment imaginer une réaction en conséquence des Américains, que ce soit au détriment des ressources allouées à la lutte contre le Japon ou dans les choix industriels.

Les Alliés l’ont pourtant emporté dans l’Atlantique. Non sans mal. Les Allemands ont consacré d’immense ressources –U-Boote et bases sous-marines, escadrilles de la Luftwaffe, recherche et mobilisation industrielle en faveur de la Kriegsmarine– en s’investissant dans ce front. Mais avaient-ils le choix ? On ne peut sérieusement imaginer un abandon pur et simple des océans à la navigation alliée. En ce sens, les Soviétiques ont mésestimé une fois encore un soutien militaire concret à leur cause bien avant le DDay. Ce DDay en Normandie est, on l’a dit, d’ailleurs rendu possible grâce à la victoire remportée dans l’Atlantique. Le front de l’Ouest peut être ouvert.

 

L’aide occidentale fournie à l’Union Soviétique : un Second Front industriel

L’histoire officielle a souvent minimisée à tort l’aide considérable apportée par les Alliés occidentaux à l’effort de guerre soviétique. Le matériel militaire et les matières premières accordées à l’URSS notamment dans le cadre de la loi « Prêt-Bail » représentent des quantités considérables. Cette aide a transité essentiellement par l’Iran, via ensuite Astrakhan, et, dans une moindre mesure, par le biais des convois de l’Arctique, via Mourmansk. L’URSS a ainsi reçu 700 000 t de métaux non ferreux, 4,5 millions de tonnes de denrées alimentaires, 190 000 téléphones de campagne, 12 000 wagons et locomotives, 34 millions d’uniformes et 5 millions de paires de bottes. Sur toute la durée de la guerre, le Royaume-Uni a fourni 5 218 chars, 7 411 avions, 4 932 canons antichars, 473 millions de tonnes de munitions, 4 300 radios, 1 800 radars, 10 destroyers, 1 cuirassé. Les USA ont fourni 7 537 chars, 14 795 avions, 51 503 jeeps, 375 883 camions, 1 981 locomotives, 11 155 wagons, 2,6 millions de tonnes de pétrole, 3,7 millions de roues, 345 000 tonnes d’explosifs. Pour les seuls Etats-Unis, cette aide se chiffre alors à 10 milliards de dollars. Toute cette aide n’arrive pas avant 1944, mais elle joue un rôle économique considérable, permet une motorisation partielle de l’Armée Rouge et favorise la reconversion militaire soviétique dont les usines peuvent se concentrer sur la production d’armement.

 

Le front de l’Ouest : priorité de Hitler à partir de l’automne 1943 et au-delà

La bataille de l’Atlantique perdue, le débarquement des Alliés à l’Ouest devient inévitable à plus ou moins long terme. Conscient de l’importance de la partie décisive qui va se jouer à l’Ouest, Hitler accorde la priorité à ce front à partir de l’automne 1943. Il faut absolument que ses armées rejettent l’invasion alliée attendue pour le printemps 1944. Ce succès lui permettrait ainsi de se retourner avec toutes ses forces sur le front de l’Est et accorderait également au Reich le temps nécessaire à la mise au point d’armes qui, pense-t-il, assureraient la victoire : sous-marins de la nouvelle génération, avion à réaction Messerschmitt 262, bombe volante V1, fusée supersonique V2…(ces derniers programmes-très coûteux- sont d’ailleurs destinés à la lutte contre les Occidentaux, pas contre les Soviétiques…). Pour s’opposer efficacement à l’invasion, Hitler concentre à l’Ouest un nombre conséquent de divisions d’élites de la Wehrmacht et de la Waffen SS : 10 divisions blindées et motorisées et 2 divisions de parachutistes. Les effectifs de l’armée allemande à l’Ouest le 1er mars 1944 représentent 1 400 000 hommes. A ce moment là, le front de l’Ouest n’est en aucun cas négligé par rapport au front russe. L’effort conséquent fourni pour édifier le Mur de l’Atlantique –béton, armement, équipement, mines, barbelés…- abonde en ce sens. Alors que von Rundstedt a 58 divisions à sa disposition pour affronter les Alliés occidentaux dans la bataille décisive, la Wehrmacht et la Waffen SS alignent 187 divisions en URSS et en Finlande. L’Italie, la Scandinavie et les Balkans en absorbent 64 autres. On compte donc un total de 122 divisions réparties sur des fronts autres que le front de l’Est en juin 1944, ce qui est considérable. Avant que le moindre coup de feu ne soit tiré, le Second Front existe déjà…

Le front de l’Ouest devient une réalité en France le 6 juin 1944. L’opération « Overlord » est la plus complexe et la plus importante opération de la guerre, dépassant même « Barbarossa ». Le succès allié en Normandie décide du sort de la guerre et constitue la bataille décisive. La guerre à l’Est ne peut décider à elle seule du sort du conflit. Le Second Front est donc ouvert. Il garde ensuite la priorité que lui accordé le Führer depuis sa directive n°51 de novembre 1943. En dépit des désastres subis contre les Soviétiques au cours de l’été 1944, des renforts sont partis de l’Est vers l’Ouest (le 2. SS Panzerkorps) et non l’inverse. Hitler et ses généraux sont parvenus à surmonter la crise de la fin de l’été 1944 à l’Ouest en y envoyant nombre d’unités, et ce au détriment du front de l’Est, où les pertes ont été pourtant encore plus lourdes en nombre de combattants (environ 800 000 contre 400 000). La priorité accordée à la lutte contre les Anglo-Américains est une évidence. 18 des 23 Volksgrenadier-Divisionen créées rejoignent ainsi le front de l’Ouest. Les unités de Panzer sont rééquipées, grâce à une production record, les meilleurs chars, Panther et Tiger, étant réservé au front de l’Ouest, qui bénéficie toujours de toutes les priorités, au grand dam de Guderian. C’est ainsi que près de 1 000 blindés, beaucoup encore en rodage, vont être envoyés sur le front Ouest en septembre 1944. 2 299 Panzer et Sturmgeschütze neufs ou réparés sont également fournis aux troupes allemandes engagées à l’Ouest en novembre et décembre 1944, sur un front d’environ 400 kilomètres, tandis que les troupes opposées aux Soviétiques n’en reçoivent que 921 pour un front qui dépasse les 3 000 kilomètres ! En outre, alors que le Reich est aux abois et que la Wehrmacht manque de tout, de grandes réserves de carburant et de munitions sont constituées en vue de l’offensive dans les Ardennes, ce qui ne peut que s’effectue qu’en défaveur des unités de la Wehrmacht sur le front de l’Est. Il est remarquable de souligner que la dernière offensive du Reich à portée stratégique de la guerre (on ne peut comparer les combats pour Budapest qui ne visent aucunement à renverser le cours de la situation générale), lancée dans les Ardennes, frappe les Alliés occidentaux et non les Soviétiques. Des auteurs, comme Philippe Masson, estiment que l’armée allemande est encore la plus puissante du monde en 1945. C’est aller un peu fort en la matière. Les pièces de rechange, les munitions et le carburant font défaut aux unités combattantes qui comptent des effectifs de plus en plus limités. C’est une chose de disposer de Me 262, de Panther et de Sturmgewehr 44, c’en est une autre d’avoir des soldats bien formés et de l’essence. L’importance des opérations menées par les forces américaines et britanniques est à cet égard d’une importance indiscutable. L’effort de guerre des Occidentaux demeure considérable et s’avère décisif pour vaincre l’Allemagne.

 

Remise en perspective de la guerre à l’Est : le front décisif ?

Il convient de porter un regard objectif sur la guerre germano-soviétique. Cette guerre est à juste titre considérée comme la confrontation la plus importante de l’histoire de l’Humanité. La guerre germano-soviétique, qui s’ouvre le 22 juin 1941, quand le Reich déclenche l’opération « Barbarossa », est à bien des égards un choc de titans. Les effectifs colossaux qui vont y être engagés et les pertes que la Wehrmacht va consentir sur le front russe, 80% des tués et disparus de l’armée allemande de la Seconde Guerre mondiale, vont mener à la perte du III.Reich, pourtant alors à l’apogée de sa puissance en cet été 1941. Le camp qui perd la guerre à l’Est perd la Seconde Guerre mondiale. A cet égard, et en regard des pertes allemandes, il s’agit bien d’un front, sinon du front décisif.

Il convient cependant de replacer le front de l’Est dans le contexte global de la guerre. Parmi les arguments qui viennent en première place pour mesurer l’importance première de ce théâtre des opérations, les historiens avancent des chiffres démontrant l’importance de la Grande Guerre Patriotique. Cet argument statistique peut en fait se retourner contre cette démonstration. En premier lieu, si l’Armée Rouge ne mérite plus le dénigrement dont elle a fait l’objet pendant des décennies –le fameux « rouleau compresseur » et ses vagues humaines- depuis qu’on a découvert se complexité et ses qualités, notamment sur le plan opérationnel, il n’en demeure pas moins que certains semblent oublier ses pertes colossales. Depuis quand mesure-t-on la valeur militaire d’une force armée par le nombre de ses tués ? Une armée qui enregistre entre 9 et 13 millions de morts et disparus (y compris les prisonniers disparus) pour vaincre est-elle une bonne armée ? Au-delà du fait que son adversaire nazi est particulièrement cruel et brutal et au-delà des immenses sacrifices consentis, ce constat pose question sur son efficacité. Peut-elle vaincre à elle-seule avec de tels sacrifices consentis ? Les combats sur les autres théâtres d’opérations n’ont pourtant pas été moins ardus ni sans importance.

Si, à juste titre, on ne place plus la supériorité numérique comme facteur unique dans la victoire sur la Wehrmacht, il n’en demeure pas moins essentiel. Comment imaginer un seul succès soviétique sans supériorité de ses effectifs ? Avec une parité de un pour un, peut-on sérieusement envisager un succès de l’Armée Rouge à Koursk ou lors de « Bagration » ? Nous avons d’ailleurs montré que cette supériorité numérique décisive sur le champ de bataille est liée à l’intervention anglo-saxonne sur le Second Front. Celui-ci est si indispensable pour assurer la victoire que Staline ne cesse d’en réclamer l’ouverture, et ce bien après Stalingrad.

 

Répartition des divisions allemandes en 1941-42

22 juin 1941 : -153 divisions allemandes envahissent l’Union Soviétique, dont 19

PZD et 14 divisions motorisées, soit 3,2 millions d’hommes pour la

                       Heer

                     -47 sur les autres fronts, dont 38 à l’ouest, 7 dans les Balkans et 2 en

Afrique, soit 0,564 millions d’hommes pour la Heer

Juin 1942 :   -167 divisions allemandes à l’est (mais 14 divisions du Heeres-Gruppe

                        Süd iront à l’ouest) soit 2,8 millions d’hommes pour la Heer-54 sur les

                       autres fronts, dont 3 en Afrique et 12 en Norvège, soit 0,971 millions

d’hommes pour la Herr

 

On est impressionné par les chiffres des effectifs engagés dans la lutte titanesque en Russie. Il est indubitable que l’effort de guerre allemand y est considérable, voire longtemps primordial. De ce point de vue, en date du 22 juin 1941, le Front de l’Est est la guerre et il n’y a pas de Second Front. Toutefois, ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité. La Seconde Guerre mondiale ne se limite pas à l’année 1941 et à l’opération « Barbarossa ». Il convient de regarder ces chiffres de plus près, étant entendu qu’ils ne peuvent résumer un conflit à eux-seuls. Ils demeurent toutefois des indicateurs intéressants. Au moment de « Barbarossa », on voit que les ¾ des divisions allemandes sont engagées à l’Est. Mais presque 50 divisions sont gardées à l’Ouest, ce qui n’est pas rien lorsqu’on s’engage dans une offensive démesurée dans laquelle chaque unité compte. En juin 1942, la proportion reste sensiblement la même mais les effectifs en hommes ont presque doublé à l’Ouest (certaines unités sont, il est vrai, au repos ou à l’entraînement avant leur départ vers l’Est) tandis que les unités à l’Est compte beaucoup moins d’hommes. Bien plus, 14 divisions quitteront le sud de la Russie pour la France (le raid sur Dieppe date du 19 août 1942 et les Alliés n’ont pas encore lancé l’opération « Torch » qui signifie une orientation stratégique vers la Méditerranée). Le nombre de divisions allemandes présentes sur le front russe ne cesse ensuite d’augmenter : 173 en mars 1943, 187 en juin 1944… mais à cette date, on l’a vu, l’effort de guerre à l’Ouest est devenu considérable. En avril 1943, si 177 divisions allemandes sont en Union Soviétique, cela ne représente que 62% de la Heer (alors 294 divisions).

Penchons-nous à présent sur les Panzer, dont le rôle tactique est essentiel pour la Wehrmacht. Mettons de côté l’effort considérable de la Panzerwaffe qui joue son va-tout à Koursk en juillet 1943 (alors que, rappelons-le, les Allemands ont la certitude qu’aucune opération d’envergure ne peut avoir lieu en France en 1943). Si on s’arrête aux divisions blindées et motorisées, le constat est le suivant :

Juin 1941 : 19 PZD et 14 divisions motorisées à l’Est, 2 en Afrique

Mars 1943 : 16 PZD et 15 divisions motorisées à l’Est, 4 en Afrique et d’autres en France

Juin 1944 : 22 PZD et divisons motorisées à l’Est, 16 à l’Ouest et en Italie

Le part des unités blindées engagées contre les Alliés occidentaux ne cesse donc de s’accroître, puisque, en juin 1944, ces derniers sont confrontés à près de la moitié des divisions de Panzer et de Panzergrenadiere. La Heer peut certes compter sur tous les fronts, notamment en URSS, sur nombre de Panzerjäger et unités de Tiger ou de Sturmgeschütze. Il n’empêche que la réalité de l’impact de la guerre menée contre les Anglo-Saxons sur les conditions du front de l’Est est criante. Il faut ajouter que nombre d’unités de Panzer en Russie doivent se contenter de leur unique bataillon de Panzer IV (cela reste toutefois vrai pour plusieurs divisions de Panzer engagées en Normandie) car les Panther vont prioritairement à l’Ouest. Ceci implique un nombre de chars toujours plus important à l’Ouest. A la fin de l’année 1943, la Wehrmacht, de plus en plus engagée contre les Anglos-Saxons, ne peut alors opposer aux Russes que, 1 500 Panzer et canons d’assaut. En moyenne, entre septembre 1943 et mai 1944, l’Ostheer dispose de 433 Panzer et de 661 Sturmgeschütze opérationnels, ce qui est bien peu en regard de l’immensité du front. En juin 1944, on dénombre environ 2 000 Panzer, Sturmgeschütze et Panzerjäger en France et en Belgique, 450 en Italie contre 2 400 blindés à l’Est (y compris 700 blindés en ateliers, certains auteurs affirment qu’on compterait jusqu’à 4 000 engins à l’Est, ce qui ne paraît guère en accord avec le nombre de divisions, même en comptant les engins endommagés et en cours de transfert et les blindés non endivisionnés). La moitié ou le tiers de la Panzerwaffe est donc engagée contre les Alliés occidentaux !

Si on se pose la question de la densité des troupes en première ligne de part et d’autre, la comparaison n’est toujours pas en faveur du front de l’Est. Cela est vrai dès 1942. A El Alamein, Rommel a établi des défenses solides (avec plus de 400 000 mines, ce qui est alors un record) sur moins de soixante kilomètres de front. Il dispose d’environ 100 000 hommes (même si sont disposées en retrait le long de la côte), 550 chars (dont 240 Panzer) et des centaines de canons antichars. Cela donne des densités qui feraient pâlir d’envie le moindre général de l’Ostheer. Pour ne s’en tenir aux effectifs allemands, cela équivaudrait à environ 80 000 soldats et 400 Panzer aux cent kilomètres, soit 800 000 hommes et 4 000 Panzer pour 1 000 kilomètres. Or, le front russe est démesurément long. De telles densités sont inconcevables à l’Est. Penchons nous sur le front russe peu après l’offensive de Montgomery à El Alamein. Au moment de l’opération « Uranus », le Groupe d’Armées A est disposé sur un front de 1 000 km dans le Caucase, le Groupe d’Armées B ayant au même moment un front de 1 300 km, la liaison entre les 2 groupes d’armées étant assurée par la 16 Mot.Div. qui protège la route d’Astrakhan sur 400 km. Plus de 2 500 kilomètres de front pour le seul front sud ! Les choses ne vont pas en s’améliorant alors que la situation se détériore et que nombre de divisions sont anéanties. On dénombre un peu plus de 200 divisions allemandes face aux Soviétiques le 1er avril 1943 : sur 2 250 km de front, la densité est donc équivalente à celle de l’armée française sur la Somme et en Champagne en juin 1940. En juin 1944, une division allemande couvre en moyenne 7 kilomètres de front en Normandie, contre respectivement 12 et 17 en Italie et sur le front de l’Est et même entre 24 et 32 kilomètres sur le front du Heeres-Gruppe Mitte frappé de plein fouet par l’opération « Bagration ». A la fin de l’année 1944, si 235 divisions allemandes s’opposent aux Soviétiques contre seulement 65 face aux Alliés, le front de l’Ouest est étendu sur moins de 500 kilomètres contre plus de 3 000 kilomètres à l’Est. Si la parité en densité de forces affectées sur les fronts était respectée, il devrait y avoir donc au moins 6 fois plus de divisions à l’Est qu’à l’Ouest alors que le ratio n’est que de 4 pour 1. Certes, il faut tenir compte du terrain et de l’état opérationnel des divisions considérées. Néanmoins, l’indicateur est révélateur d’une réalité. Quand on voit que le Heeres Gruppe Mitte ne peut compter que sur à peine 553 blindés en juin 1944 sur une espace immense, on est beaucoup moins impressionné par les résultats de « Bagration » où les Soviétiques frappent sur plus de 700 kilomètres ! Comment être surpris de la percée et de l’exploitation qui s’ensuit ? En Normandie, il en va tout autrement : sur un peu plus de 100 kilomètres de front, les Allemands vont concentrer un nombre inégalé de troupes d’élite : 10 divisions de Panzer, 1 de Panzergrenadiere, 2 de Fallschirmjäger, trois bataillons de Tiger… Rien de comparable à l’Est. Ce n’est que fin janvier 1945, le front de l’Est retrouve pour Hitler la priorité qu’il a perdue depuis l’automne 1943. Désormais, la lutte contre les Soviétiques absorbe les dernières ressources d’une Wehrmacht à l’agonie.

 

Conclusion :

Le 8 mai, enfin, le calvaire de l’Union Soviétique s’achève. Sa contribution à la victoire sur l’Allemagne nazie a été indispensable. Mais les immenses succès remportés par l’Armée Rouge n’auraient pu aboutir sans l’immense effort fourni par les Alliés occidentaux sur les fronts de l’ouest et de Méditerranée, qui n’ont eu de cesse de croître en importance, pour finalement amener le IIIème Reich à sa perte. Le Second Front est déjà une dure réalité pour l’armée allemande en 1942.

Tout semble par ailleurs démentir le mythe qui veut que la guerre n’ait été remportée que sur seul front Est, la victoire étant acquise avec certitude dès Stalingrad. « Barbarossa » et la bataille de Moscou causent des pertes énormes et irréparables pour la Wehrmacht et sont en fait la cause majeure de la défaite ultime. Pourtant, tout n’est encore joué car l’Union Soviétique est au bord du gouffre en 1942 comme l’a clairement démontré Jean Lopez. Quoi qu’il en soit, si l’année 1942 s’achève sans que la Wehrmacht ait réussi à détruire l’Armée Rouge, cette dernière n’est pas en mesure de l’emporter seule. Si, après Stalingrad, les Soviétiques savent que leur pays ne sera pas vaincu ni envahi en intégralité, vaincre les Allemands et les repousser est une autre chose.

Par ailleurs, contrairement à la Wehrmacht et aux Alliés occidentaux, l’Armée Rouge, bien que devant surveiller d’immenses frontières, a tout loisir de concentrer ses ressources à l’Ouest, sur un seul front. En dépit du « Germany First », l’incidence que la guerre contre le Japon a eue sur les armées anglo-saxonnes pourtant engagées dans leur Second Front contre l’Allemagne qui n’a rien de virtuel n’a pas été négligeable. Mais ceci est une autre histoire…

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

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GROSSMANN Vassili, « Carnets de guerre, de Moscou à Berlin, 1941-45 », Calmann-Lévy, 2007

KERSHAW Ian, « Hitler, tome 2 : 1936-1945 », 2000

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ZALOGA Steven, « Bagration 1944 », Campaign n°42, Osprey, 1996

Ostfront-La guerre germano-soviétique (1/50)

La guerre germano-soviétique : livres en langue française

Je ferai des recensions détaillées dans l’année qui vient. Il s’agit ici que d’une suggestion très rapide de lectures. Le lecteur dispose d’une pléthore d’ouvrages en langue anglaise, sur lesquels je reviendrai dans un autre articles.

La meilleure synthèse est celle de Nicolas Bernard, ouvrage remarquable qu’il faut lire car il embrasse l’intégralité du conflit germano-soviétique sous tous ses aspects. Le travail est vraiment conséquent et le résultat très réussie (bien que de mauvaises langues aient souligné l’absence de sources primaires et au contraire des références à des articles de magazines: on ne voit pas en quoi cela nuit à la qualité de cette synthèse vraiment très documentée et très sérieuse). L’ouvrage pèche sur un aspect: les batailles ne sont pas étudiées en détail, faute de place et également car il ne s’agit pas là du propos de l’auteur. Moins réussies mais intéressantes, les synthèses de Boris Laurent et de Philippe Richardot.

Pour découvrir les principales opérations de la guerre, je ne peux que recommander les nombreux ouvrages de Jean Lopez, la bataille de Koursk par Nicolas Pontic ou encore l’ouvrage de Boris Laurent sur la campagne du Caucase, ou encore le récit de la bataille de Stalingrad par Antony Beevor. Avec des maisons d’éditions spécialisées comme Heimdal ou Histoire & Collections, par exemple, le lecteur dispose également d’ouvrages plus spécialisés et richement illustrés, qui sur les uniformes, qui sur certaines unités sur le front de l’Est. Il faut lire également les hors-séries « Militaria Magazine » de Yves Buffetaut. Je ne peux également que recommander la lecture des articles consacrés à l’Ostfront publiés dans les magazines (« 2e Guerre Mondiale Magazine » ainsi que les différentes publications des éditions Caraktère)..