Il y a 75 ans: 26 mars 1942, la ligne Mareth est contournée

La ligne « Mareth » est contournée

Pendant que Patton attaque vers Maknassy et repousse au sud les Allemands à El Guettar, Monty prépare et lance une nouvelle offensive pour défaire la 1ère Armée Italienne sur la ligne « Mareth ». L’effort principal se porte au nord, dans le secteur du corps néo-zélandais, tandis qu’au sud-est de ce dernier, à proximité de la ligne « Mareth », la 4th Indian Division attaque à travers le terrain escarpé des collines de Matmata dans l’espoir d’isoler par enveloppement les défenseurs de la ligne « Mareth ».

La 1st Armoured Division et ses 160 chars viennent donc renforcer Freyberg. Baptisée « Supercharge II », en écho à la victoire d’El Alamein, l’offensive est déclenchée le 26 mars. Un feu roulant sur le défilé très encaissé et un pilonnage systématique des centres téléphoniques doit paralyser l’ennemi et anéantir ses défenses de la trouée de Tébaga, à El Hamma.

Après une tempête de sable qui gêne momentanément les opérations aériennes, la Desert Air Force revient à l’assaut. Son intervention s’avère cruciale. Cette tempête, néanmoins, favorise Freyberg car le vent souffle en direction des lignes germano-italiennes. Les attaquants ont massé 40 000 soldats et 250 à 300 chars. La 21. Panzer-Division n’en aligne que 70 tandis que les 50 Panzer de la 15. Panzer-Division (en comptant peut-être les engins en ateliers) sont encore en réserve, près à intervenir soit vers la ligne « Mareth », soit sur la trouée de Tébaga.

A 16 heures, les Néo-Zélandais sortent de leurs tranchées et partent à l’assaut, balayant les points d’appui allemands, suivis par les chars de la 8th Armoured Brigade. 2 500 Allemands sont capturés. Les Britanniques enregistrent 600 pertes au cours de ce combat. La nuit, c’est au tour de la 1st Armoured Division d’intervenir dans la bataille, attaquant en masse compacte, chose jusqu’alors inhabituelle dans les rangs des unités blindées britanniques. La 21. Panzer est sérieusement malmenée. La route de Gabès est donc ouverte. L’unité arrive cependant devant l’oasis d’El Hamma, où les Allemands ont établi de nouvelles positions en toute hâte.

L’intervention de la 15. Panzer-Division, pourtant réduite à 30 chars opérationnels, ainsi que des Pak et des 88 mm rameutés par Liebenstein permettent d’endiguer le flot britannique pour deux jours, un délai suffisant pour permettre aux Italiens d’évacuer les positions de la ligne « Mareth » et de se rétablir sur l’oued Akarit.

Pendant deux jours, les Britanniques ne peuvent exploiter leur succès initial. La 4th Indian Division s’empare de son côté de Ksar El Hallouf et Leclerc prend les hauteurs du Djebel Melab. Les Britanniques traversent sans combattre les positions de la ligne « Mareth » à la fin du mois de mars. Messe a perdu 5 000 Italiens et 1 000 Allemands au cours de cette bataille, ainsi que 60 chars et 31 batteries d’artillerie. La victoire britannique reste cependant inachevée et constitue même un demi-échec pour Monty qui n’est pas parvenu à encercler l’armée adverse. L’Afrika Korps a encore prouvé ses qualités tactiques. Le 30th Corps de Leese a perdu près de 2 000 hommes. Si l’attaque frontale s’est soldée par un fiasco -ce qui n’a pourtant pas empêché le QG de Montgomery d’annoncer le 24 mars que la ligne « Mareth » a été percée après 3 jours de combat -tandis que l’attaque de Freyberg était lancée trop tardivement, l’improvisation de « Supercharge II » et sa rapide exécution mettent en relief la souplesse d’esprit de Monty.

En dépit de l’omniprésence de l’aviation alliée et de la perte de nombreuses pièces d’artillerie, la 1ère Armée Italienne parvient à se repositionner sur l’oued Akarit, à l’endroit même où Rommel et Messe souhaitaient combattre au lieu de fortifier la ligne « Mareth ».

 

76 years ago: Patton à Maknassy

Fin mars 1942, a 1st US Armored attaque en direction de Maknassy. Le 21 mars, Ward, à la tête de 20 000 hommes et de 227 tanks, s’empare de Sened et de ses 542 défenseurs. Le 22 mars, les Américains sont repoussés à l’est de Maknassy au Djebel Naemia, hâtivement mis en défense par une poignée de combattants germano-italiens, renforcés par 80 hommes d’élite, anciens membres de la garde personnelle de Rommel. Patton veut absolument réaliser la percée, pour ensuite lancer deux colonnes contre l’aérodrome de Mazzouna, et sur la route côtière. Le 23 mars, la colline n’est toujours pas prise tandis que le djebel voisin est reconquis en partie par les Germano-Italiens. Ward, envoyé en première ligne par Patton, est blessé en menant ses hommes à l’attaque. Le 25 mars, un nouvel assaut est repoussé de justesse.

Recension Sparte de Nicolas Richer

Sparte de Nicolas Richer, éditions Perrin, 2018

Passionné d’histoire ancienne, j’ai déjà eu le plaisir de lire plusieurs ouvrages sur Sparte, sous la plume d’éminents historiens. Le plus ancien, celui de Pierre Roussel, a été suivi de celui d’Edmond Lévy et surtout de l’ouvrage de Françoise Ruzè, mon ancienne professeur à l’Université de Caen, co-écrit avec Jacqueline Christien. Le défi à relever pour n’était donc pas chose aisée. S’il ne remplace pas les derniers ouvrages, ce nouveau livre, basé sur une documentation et un travail d’historien des plus sérieux, servi par de bonnes cartes et quelques clichés bien choisis (l’auteur nous gratifie de beaux clichés sur le territoire et les vestiges de Sparte), nous offre en partie une nouvelle perspective et, surtout, s’avère parfaitement complémentaire. A la lecture de Nicolas Richer, l’image renvoyée par Sparte n’est plus celle des clichés négatifs trop souvent véhiculés à son endroit, au contraire d’une Athènes qui devrait être le modèle de toutes les cités grecques, à tout le moins son aboutissement le plus réussi.

Ce livre est de lecture facile, claire, très didactique avec toutes les explications qu’un néophyte est en droit d’attendre, mais aussi suffisamment savant pour combler le spécialiste ou l’amateur éclairé. L’enchaînement entre les chapitres est fluide, suivant un cheminement logique. On y découvre les valeurs de la société spartiate, la vie à l’intérieur de la cité ainsi que sa politique extérieure.

L’organisation sociale si particulière de la cité, sur laquelle aucun auteur traitant de Sparte/Lacédémone ne peut faire l’impasse, est très bien expliquée, même si la réflexion sur les Périèques aurait méritée d’être davantage poussée. L’auteur, qui ose avancer à plusieurs reprise le mot « démocratie », explique très bien le fonctionnement politique de la cité, le statut des femmes et tout ce qui a trait aux citoyens (en quoi sont-ils des Homoioi), leur formation et le problèmes des Spartiates déchus de leurs droits civiques et autres hommes libres mis à la marge. L’importances des mythes, celui de la religion (que je n’ai jamais vu aussi bien traitée dans un livre sur Lacédémone), ainsi que le rôle des rois, questions tout aussi incontournables quand on traite de Sparte, sont parmi les chapitres les plus intéressants. Les aspects économiques ne sont pas négligés et bénéficient d’un traitement intéressant.

Particulièrement intéressé par les aspects militaires, je n’ai guère appris sur les derniers chapitres qui sont consacrés à la guerre, mais la synthèse et les explications de l’auteur ont rendu la lecture de ces événements très plaisante. On comprend bien comment la cité est parvenue à s’imposer en dépit de l’oliganthropie qui la frappait et également pourquoi les Spartiates étaient si peu enclins à mener des opérations en dehors du Péloponnèse.

On regrettera toutefois que l’ouvrage soit essentiellement axé sur la période classique, la période hellénistique étant survolée, de même que les périodes les plus anciennes.

Au final, on a là une très belle synthèse, un de ces livres qu’on n’aime pas refermer lorsqu’on en atteint les dernières lignes: on aimerait pouvoir continuer…

Recension Roman Töppel, Koursk, 1943. La plus grande bataille de la Seconde Guerre mondiale

Roman Töppel, Koursk, 1943. La plus grande bataille de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 2018, 303 pages

On pensait avoir tout lu sur cette fameuse bataille, mais Roman Töppel, dans un ouvrage fort réussi, à la lecture claire et facile, nous offre une vision en partie renouvelée de la bataille titanesque survenue en Ukraine au cours de l’été 1943. On appréciera la préface de Jean Lopez, très honnête intellectuellement (ce qui n’est pas si courant), alors qu’il est lui-même auteur d’un ouvrage à succès sur la question. Outre les récents hors-séries des magazines « Batailles & Blindés » (N°34) et « Ligne de Front » (N°31) aux éditions Caraktère, très riches iconographiquement, les lecteurs français ont déjà à leur disposition des livres très documentés sur la question, tels que le Koursk. Les 40 jours qui ébranlèrent la Wehrmacht (Economica, 2008) de Jean Lopez (qui ) ou encore Koursk. Staline défie Hitler de Nicolas Pontic (Tallandier, 2015), deux ouvrages qui ont tout leur intérêt. Le lecteur soucieux d’entrer dans le détail tactique d’une portion du front pourra acquérir Le III. Panzerkorps à Koursk de Didier Lodieu. Le nouveau livre, remarquable, de R. Töppel ne fait pas double-emploi avec les précédents. Il apporte même une sorte de vent nouveau sur le sujet. L’auteur consacre 120 pages, soit presque la moitié de son livre (261 pages hors notes), à la genèse ainsi qu’à la préparation de l’opération. La finesse de l’analyse est . Hitler n’aurait pas repoussé l’opération pour de seules raisons d’ordre numérique, à savoir disposer de davantage de Panzer pour l’offensive, pas plus qu’il s’est imposé à des généraux hostiles à l’offensive (la position concernant Guderian est très intéressante). Des personnages peu connus, et dont le rôle a été jusque-là négligé dans la genèse de l’opération « Citadelle », à l’instar du General Schmidt , sont mis en valeur. La position de Hitler vis à vis de l’offensive est plus compliquée qu’on ne le soupçonne. L’importance politique de celle-ci est bien expliquée, de même que les enjeux et alternatives possibles. La présentation des armées, et surtout des nouveaux chars, n’est pas redondante et elle s’avère bien amenée, même si on a beaucoup lu sur le sujet. R. Töppel s’est adonné à une étude minutieuse des archives pour établir des bilans chiffrés les plus corrects possibles, et il est le plus souvent convainquant, certains de ses résultats étant surprenants. Les livres des auteurs précédents remettaient déjà en cause la doxa de la bataille, notamment sur la bataille de Prokhorovka, ainsi que l’importance des opérations sur le Mious et le caractère relatif des pertes en blindés allemands. R. Töppel semble toutefois négliger les engins seulement endommagés, et surtout les nombreux Panzer et StuG qui seront abandonnés lors de la retraite sur le Dniepr. Par ailleurs, si la remise en cause est salutaire, et essentielle en Histoire, il a peut-être tendance à tout vouloir relativiser ou questionner. Certes, aucune unité n’est transférée de l’Est vers la Sicile en juillet 1943, mais est-ce pour autant que l’opération « Husky » n’a pas influé sur « Citadelle » (l’auteur semble surtout focalisé sur l’Ostfront dans a perception du conflit : un travers très répandu)? Le récit de la bataille est très clair et va à l’essentiel, remettant en cause les supposées défaillances d’engins tels que les Tiger Ferdinand, et mettant en exergue les erreurs de certains officiers allemands. L’auteur n’est pas de ceux qui dénigrent à l’envi l’armée allemande dans une vaine quête de démontrer la supériorité de l’Armée rouge : la maîtrise tactique de la Wehrmacht, un cran nettement au-dessus de son adversaire, sur terre comme dans les airs, est une nouvelle fois démontrée. Le dernier chapitre « Victoires mensongères » est du plus haut intérêt. Le rapport des pertes est largement en faveur des Allemands, dans tous les domaines mais, in fine, pour les Soviétiques, la victoire est acquise sans que leur capacité offensive ne soit anéantie, et c’est là l’essentiel. Au final, Koursk, 1943. La plus grande bataille de la Seconde Guerre mondiale (on pourra contester le sous-titre), procure un bon moment de lecture, du plus haut intérêt pour tout passionné de la Seconde Guerre mondiale, à commencer par les aficionados du front de l’Est. J’ai personnellement beaucoup appris.

Les Opérations Germano-Soviétiques dans le Caucase (1942-1943) par Boris Laurent

Les Opérations Germano-Soviétiques dans le Caucase (1942-1943)

Publié en 2014 par les éditions Economica, cet ouvrage relate une opération méconnue par le grand public amateur de la Seconde Guerre mondiale, et souvent négligée par nombre de passionnés, à savoir l’offensive allemande de l’été 1942 en direction du Caucase. Si la bataille de Stalingrad, passée à la postérité, retient toutes les attentions, l’objectif premier du Fall Blau (l’offensive d’été dans le sud de l’Union Soviétique) réside pourtant dans la saisie des sites de production du pétrole du Caucase (Maïkop, Grozny et Bakou essentiellement), tout en privant les Soviétiques de cette ressource essentielle, d’autant que l’aide anglo-saxonne au titre du prêt-bail emprunte largement la voie qui transite par l’Iran puis Astrakhan.

Boris Laurent nous livre un récit intéressant et complet de l’opération, après une introduction posant les objectifs et les moyens des deux camps. Les différentes phases de l’offensive sont bien expliquées, même si, comme trop souvent, davantage de cartes auraient été les bienvenues afin de suivre sans difficultés les opérations. Le récit est clair et le va-et-vient entre les états-majors (aussi bien allemands que soviétiques) et les unités est appréciable, de même que les fréquentes prises de recul pour saisir la situation stratégique à un moment donné. L’impact négatif des opérations menées à Stalingrad ainsi qu’ailleurs sur le Front de l’Est, de même que les craintes de Hitler quant à un débarquement à l’Ouest ne sont pas oubliés, pas plus que les opérations spéciales menées dans le Caucase (Chamil, etc). La pénétration du Caucase et de la steppe kalmouke s’apparente à une véritable aventure… J’ai particulièrement apprécié « A l’assaut des passes du Caucase » (même si, pour un récit plus complet des combats menés par les Gebirgsjäger, je recommande A la Conquête du Caucase d’Eric Hoesli). Le chapitre « La Ostheer s’enlise » puis « La course contre la montre » nous expliquent l’échec final de Blau. La dernière centaine de pages est encore moins connue et s’avère tout aussi passionnante: l’auteur nous raconte les combats de la 17. Armee demeurée dans le Kouban jusqu’à son évacuation en 1943 (on ne peut s’empêcher de songer à Croix de Fer, l’excellent film de Sam Peckinpah). On y découvre notamment la « résurrection » de la VVS, l’aviation de l’Armée rouge, car l’un des intérêts du livre est de très bien nous expliquer le point de vue soviétique des opérations.

Nous avons là au final un livre très réussi qui comble une lacune dans l’historiographie française, un livre que les lecteurs anglophones pourront compléter par The Caucasus and the Oil par Wilhelm Tieke, ainsi que par mon article publié dans 2e Guerre Mondiale Magazine N°59: « La 16. ID (mot) dans le Caucase. L’unité la plus à l’Est de la Wehrmacht ».

Ostfront-La guerre germano-soviétique (19/50)

 LE MIRAGE DU PETROLE CAUCASIEN

(28 JUIN-18 NOVEMBRE 1942)

Le 28 juin, le « Fall Blau » est déclenché, soit un mois après l’échec de l’offensive de Timochenko. Après s’être assurés des rives du Don et de la Volga jusqu’à Stalingrad, dont la prise ne semble alors pas indispensable, et avoir ainsi anéanti les forces soviétiques dans la grande boucle du Don, les Heeres-Gruppen A et B s’empareront du Caucase. 88 divisions de l’Axe, dont 10 de Panzer et 8 de Panzer-Grenadiere sont impliquées. La première phase n’implique que le Heeres-Gruppe B de von Bock, soit la 6.Armee et la 4.Panzerarmee, 250 000 hommes, 740 chars et 7 500 canons soutenus par 1 200 avions. Les débuts semblent prometteurs puisque le front russe est vite enfoncé. Voronej est atteinte dès le 3 juillet, mais von Bock commet l’erreur de s’engager dans des combats de rues, qui vont finalement lui coûter son commandement. Sur toute la longueur du front, les armées soviétiques sont en pleine retraite en direction du Don. Les Allemands espèrent anéantir leur adversaire par des manœuvres d’encerclement mais les premières tentatives d’enveloppement du « Fall Blau » semblent tomber dans le vide. Si Timochenko adopte alors une stratégie de défense élastique, ce n’est pas seulement pour gagner du temps en sacrifiant de l’espace, il subit avant tout le contrecoup des pertes excessives du printemps, qui ont tant affaibli le front sud.

Eté 1942, sud de la Russie: le retour de la Blitzkrieg

Hitler, se méprenant sur la portée de sa victoire, estime à tort que les Russes sont définitivement battus et interprète les faibles rendements des encerclements en terme de butin comme autant de preuves que l’ennemi a atteint les limites de ses ressources. En conséquence, il opère un changement de taille en ordonnant le 13 juillet à la 4.Panzer-Armee de Hoth de se joindre à von Kleist, laissant la 6.Armee de Paulus foncer seule vers son destin à travers la steppe jusqu’à Stalingrad. Hitler décide de mettre en œuvre le plan « Brunswick », en lieu et place du « Fall Blau » : la campagne donne lieu désormais à deux opérations simultanées, l’une vers Stalingrad, l’autre vers le Caucase. Indubitablement, les forces allemandes auraient remportées une victoire rapide et complète si elles n’avaient pas été ainsi séparées à un moment aussi inopportun. Stalingrad est devenu un objectif pour le Heeres-Gruppe B de von Weichs. Dans la poche de Kalatch, les Russes retardent la marche sur Stalingrad en subissant cependant des pertes conséquentes : 35 000 hommes, 270 chars et 600 canons. Le 23 août, des éléments de la 6.Armee de Paulus atteignent le cours de la Volga au nord de la ville. Une terrible bataille d’attrition s’engage alors. La lutte va s’émietter en une multitude de combats de rues. Toutes les réserves allemandes et l’attention du Führer vont se fixer sur la plus grande bataille d’usure de la guerre. A la mi-novembre, les Allemands ont réussi à se rendre maîtres de la quasi-totalité de la ville. Mais les pertes ont été effrayantes et les Russes s’accrochent encore à d’infimes poches de résistance le long de la Volga.

La Wehrmacht atteint la steppe kalmouks: la victoire en vue?

Lorsque la 17.Armee et la 1.Panzerarmee du Heeres-Gruppe A frappent à leur tour le 7 juillet, les Soviétiques ont déjà évacué le bassin du Donetz pour atteindre des régions plus sûres au sud et à l’est. Les Soviétiques tentent de ralentir partout l’avance allemande en acceptant le combat dans des secteurs clés. Après une défense acharnée de Rostov, les Russes se replient rapidement vers les hauteurs du Caucase. L’ordre de Staline de ne plus faire un pas en arrière ne peut être sérieusement appliqué dans toutes les situations face à un ennemi mobile, qui maîtrise si remarquablement l’art de la « Blitzkrieg ». Ce faisant, les Russes font ici preuve de bon sens en amenant les Allemands à accepter des combats de rues, qui seront particulièrement meurtriers et, finalement, fatal à la Wehrmacht. Toutefois, Hitler se rétracte une nouvelle fois en ordonnant le retour de la majeure partie de la 4.Panzer-Armee de Hoth dans le secteur du Heeres-Gruppe B, afin d’appuyer Paulus à Stalingrad, mais arrivant trop tard pour épargner une bataille d’attrition dans les rues de la grande cité industrielle. Le repli sur le Caucase répond à la même exigence, les quelques divisions d’infanterie soviétiques alors disponibles étant alors incapables de s’opposer à l’irruption des Panzer dans les plaines au nord du Caucase sans risquer la destruction en rase campagne. Les Russes s’établissent alors sur des positions défensives favorables, tandis que les unités mobiles allemandes dépassent les points de résistance pour foncer vers les puits de pétrole. Le premier obstacle majeur qui se présente sur la route des Allemands est la rivière Manych, marquant traditionnellement, avec le Caucase, la frontière entre l’Europe et l’Asie.

Les Landser s’emparent de Maïkop mais les puits de pétrole sont en feu

 

La 3.Panzer-Division capture intact le barrage de Proletarskaya. Après une traversée en force plutôt hardie, une tête de pont est formée et vite exploitée. L’avance vers le Caucase semble irrésistible, von Kleist étant seulement particulièrement ralenti par le manque de carburant et l’usure mécanique des engins. Des parachutages vont remédier en partie au problème de l’essence, des caravanes de dromadaires étant même mises à contribution pour apporter le précieux ravitaillement en première ligne, sous une chaleur torride. Le 5 août, les Allemands prennent Vorochilovsk. Peu après, les SS de la « Wiking » passent le Kuban et menacent Armavir, qui tombe à son tour. La Wehrmacht s’empare des champs pétrolifères de Maïkop, mais toutes les installations sont détruites et mises en feu par les Russes avant leur repli.

                 

Les Gebirsjäger sur la cime du Mont Elbrouz, point culminant du Caucase.

Le long de la mer Noire, les Allemands engagent la 17.Armee. La bataille de la péninsule de Taman est particulièrement disputée. L’avance vers Novorossisk est très dure, aussi les Allemands décident-ils de se frayer un chemin à travers la montagne. Le 28 août, ils atteignent ainsi la mer dans le dos des défenseurs du port, après une percée initiale du 49.Gebirgskorps. Toutefois, les défenseurs de la ville se maintiennent jusqu’au 10 septembre avant de succomber. La progression le long de la route côtière vers la Turquie reste toujours aussi malaisée. Aussi les Gebirgsjäger tentent-ils une nouvelle fois de forcer le passage à travers la montagne, par des cols atteignant 3 000 mètres d’altitude. Toutefois, les deux bataillons du Kampfgruppe Stettner, épuisés et mal ravitaillés, ne peuvent s’approcher à moins de 20 kilomètres de Soukhoum. De leur côté, les Jäger sont à 50 kilomètres de Touapse. Aucune unité de renfort n’étant disponible, l’avance allemande est finalement stoppée. Des unités alpines réussissent toutefois l’exploit sportif d’atteindre le sommet du mont Elbrouz, 5 633 mètres, le 21 août 1942.

  

Les divisions de Panzer, trop peu nombreuses, atteignent les contreforts du Caucase

Début septembre, von Kleist est encore à 100 km de Grozny et 500 de Bakou. La mer Caspienne est proche et des éléments de la 16.ID (mot.) sont envoyées dans l’immensité de la steppe des Kalmouks vers Astrakhan et le delta de la Volga, occasionnant quelques sabotages. Le 25 août, les Allemands reprennent leur offensive. Il s’agit de s’emparer des champs pétrolifères de Malgobek et d’Ordzhonikidze. Ce jour même, Mozdok est prise après de terribles combats de rues. Le Terek est franchi mais la défense est si rude, le terrain si défavorable aux assaillants et les difficultés logistiques tellement insurmontables que Kleist doit renoncer à poursuivre son effort. De leur côté, les Russes ne cessent de renforcer leurs positions dans le Caucase, fortifiant Grozny et Bakou et constituant de nouvelles armées en levant des unités locales ou en recevant de nouvelles divisions et du matériel via la mer Caspienne et l’Iran, où arrive l’aide anglo-saxonne dans le cadre du prêt-bail.

La division SS « Wiking »: en tête de la poussée vers le Caucase

Hitler est en proie à la colère à l’égard de ses généraux en raison de leur incapacité à s’emparer des précieux champs de pétrole. Dépêché sur place, le général Jodl, chef d’état-major de l’OKW, souligne que ceux-ci n’ont fait que suivre les instructions du Führer. Hitler s’emporte de plus belle, n’admettant pas sa part de responsabilité dans l’échec. Halder et List sont limogés et le dictateur resserre ainsi son emprise sur la Wehrmacht. Le 25 octobre, sur insistance de Hitler, la 1.Panzerarmee renouvelle ses assauts et obtient un notable succès. Les Soviétiques perdent en effet à cette occasion pas moins de 16 100 prisonniers. Le 6 novembre, la 13.Panzer-Division isolée dans le secteur d’Ordzhonikidze, réussit à percer grâce à l’intervention de la division SS « Wiking ». La neige commence à recouvrir le champ de bataille, les Allemands n’iront pas plus loin. Déjà, les rapports annoncent un renforcement des forces soviétiques sur les flancs de la 6.Armee, qui est engagée à Stalingrad. L’heure du désastre va bientôt sonner pour la Wehrmacht. Si l’avance allemande dans le Caucase revêt le caractère d’un bel exploit, les objectifs stratégiques majeurs ne sont pas atteints : le pétrole du Caucase, la mer Caspienne et la mer Noire sont toujours contrôlés par les Soviétiques. Les Russes ont encore une fois été sous-estimés.

 

L’AIDE OCCIDENTALE A L’UNION SOVIETIQUE

Des M3 Lee américains cédés à l’Armée rouge dans le cadre du prêt-bail

L’histoire officielle a souvent minimisée à tort l’aide considérable apportée par les Alliés occidentaux à l’effort de guerre soviétique. Le matériel militaire et les matières premières accordées à l’URSS dans le cadre de la loi « Prêt-Bail » représentent des quantités considérables. Cette aide a transité essentiellement par l’Iran, via ensuite Astrakhan, et, dans une moindre mesure, par le biais des convois de l’Arctique, via Mourmansk. Sur toute la durée de la guerre, les Alliés ont ainsi livré à l’Armée Rouge 10 000 chars, dont de nombreux Sherman, 40 000 canons, 15 000 avions, 7 000 half-tracks et 400 000 camions et jeeps, ces derniers ayant permis de motoriser une partie des troupes combattantes. L’URSS a en outre reçu 2 millions de tonnes de produits pétroliers, 700 000 t de métaux non ferreux, 4,5 millions de tonnes de denrées alimentaires, 190 000 téléphones de campagne, 12 000 wagons et locomotives, 34 millions d’uniformes et 5 millions de paires de bottes. Pour les seuls Etats-Unis, cette aide se chiffre alors à 10 milliards de dollars. Cette aide joue un rôle économique considérable et favorise la reconversion militaire et de se concentrer sur la production d’armement.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (18/50)

SEBASTOPOL : MANSTEIN REITERE L’EXPLOIT DE 1855

(7 JUIN-4 JUILLET 1942)

Le port de Sébastopol tombé entre les mains de la Wehrmacht après une lutte acharnée

Après s’être débarrassé de la menace soviétique de la péninsule de Kertch, Manstein peut envisager de reprendre les opérations contre Sébastopol et concentrer ses forces pour emporter enfin la décision et s’emparer du port, mettant ainsi un terme à la conquête de la Crimée. Le plan retenu par le général allemand est en fait similaire à celui qui a été retenu pour l’assaut malheureux de novembre 1941. L’effort principal est lancé au nord de la forteresse. Cette zone dispose de défenses conséquentes, dont les redoutables batteries des forts baptisés Maxime Gorki I et Staline par les troupes allemandes. Ce secteur apparaît toutefois à Manstein comme le plus propice pour réussir à percer le dispositif ennemi car il s’avère beaucoup moins probable de parvenir à enfoncer les lignes russes dans le secteur central du front, qui est très montagneux. Toutefois, une attaque est également envisagée au sud du front, près de Balaklava, si célèbre pour avoir été le théâtre de la fameuse charge de la brigade légère britannique au cours du siège de 1855. La tâche s’avère néanmoins des plus ardues pour les combattants de la Wehrmacht, puisque les lignes russes s’appuient sur un réseau d’ouvrages bétonnés pour le moins difficiles à neutraliser.

La ceinture de bunkers soviétiques qui enserre Sébastopol semble imprenable

Outre les pièces lourdes de 305 mm, qui pourront s’avérer des plus redoutables, les nombreuses positions bétonnés se doublent de fortifications de campagne, qui forment autant de points d’appui qu’il faudra emporter au corps à corps. En tout, trois lignes de défenses des plus redoutables, la dernière s’appuyant sur les falaises de la baie de Severnaïa. La redoutable mission de percer dans le secteur nord est confiée au 54.Armee-Korps du général Hansen, composé de 22., 24., 50. et 132.ID. Le secteur central montagneux est confié au corps de montagne roumain. Au sud, Manstein engage le 30.Armee-Korps du général Fretter-Pico, qui dispose pour sa part des 72. et 170.ID et de la 28.Leichte-Division. Les forces allemandes sont appuyées par des unités de Sturmgeschütze et disposent de moyens considérables en matière d’artillerie lourdes, puisque pas moins de 121 batteries sont ainsi à la disposition du 54.Armee-Korps, un atout non négligeable et absolument indispensable pour s’assurer du succès face à des positions défensives aussi impressionnantes que celles dont bénéficie Sébastopol. Le 30 Armee-Korps n’est pas en reste non plus, puisque il aligne de son côté 50 batteries. Les troupes roumaines ajoutent en outre 12 batteries lourdes à ce total déjà impressionnant.

« Karl », un obusier de 615 mm

Au sein du parc d’artillerie dont il dispose, Manstein peut s’enorgueillir d’engager les pièces les plus lourdes de l’armée allemande, dont un obusier ultra-lourd de 427 mm (« Gamma », avec des obus de 900 kg et d’une portée de 14 km) deux obusiers ultra-lourds de 615 mm (« Thor » et « Karl », avec des obus de 2 t), et le canon géant de 800 mm, « Dora » (ses obus pèsent entre 5 et 7 t et sa portée atteint respectivement 47 et 38 km), au tube atteignant l’impressionnante longueur d’une trentaine de mètres, conçu à l’origine pour écraser les défenses de la « ligne Maginot », et qui nécessite la mobilisation de 60 trains et de 4 000 hommes et le soutien permanent de deux bataillons de Flak, des moyens considérables pour des résultats en fait plutôt décevants en regard de l’énergie et de des ressources mobilisées. En face, les Soviétiques du général Pétrov opposent sept divisions d’infanterie, une division de cavalerie démontée et diverses brigades de fusiliers-marins.

L’opération contre Sébastopol reçoit le nom de code « Störfang », « Pêche à l’esturgeon ». L’assaut est lancé le 7 juin 1942, après une terrifiante préparation d’artillerie, vite relayée par l’intervention en masse de la Luftwaffe. Les fantassins et les sapeurs allemands sortent alors de leurs positions et se ruent contre les défenses soviétiques. La première ligne sera prise relativement facilement. Mais les difficultés et les pertes s’accumulent dans les combats pour s’emparer de la deuxième ligne de fortifications. Les corps à corps qui s’ensuivent sont particulièrement acharnés et meurtriers. La défense des Soviétiques est remarquable de courage et de ténacité. La cohésion tactique allemande est mise à mal par la fragmentation du terrain et la multiplication des obstacles, tels que barbelés et autre mines, qui gênent la progression. Chaque point d’appui et chaque bunker ne tombe qu’après un combat très disputé, nécessitant bien souvent l’utilisation des lance-flammes, des charges explosives et des fumigènes. Le 13 juin, le fort Staline tombe entre les mains du colonel Choltitz, le futur commandant du 84.AK en Normandie et de la garnison du Gross-Paris en août 1944. Le 17 juin, les troupes allemandes ont enfin emporté la décision sur la deuxième de défense, qui est enfoncée, à la suite de la capture, après des combats de haute lutte, des forts Tchéka, GPU, Sibérie et Volga. La bataille est particulièrement acharnée pour la prise du fort Maxime Gorki I, 300 mètres de long sur 40 de large, particulièrement impressionnant avec ses multiples galeries et la hauteur de l’édifice, en partie mis à nu par les bouleversements de terrain dus aux bombardements. Il faut des heures de combat dans les couloirs, équipés de masques à gaz, pour que les combattants allemands s’emparent un à un des bastions russes. Sur 1 000 défenseurs, à peine 40 se constitueront prisonniers ! Les combats pour les hauteurs dominant la baie de Severnaïa sont très disputés. Un commissaire politique va jusqu’à faire sauter un puits où se sont réfugiés 1 400 civils plutôt que de se rendre ! Le 26 juin, les troupes allemandes, épuisées, ont anéanti les défenses extérieures russes. Il n’y a plus que la baie de Severnaïa entre les assaillants, dont les rangs ont été décimés, et la ville même de Sébastopol.

Pendant ce temps, le 30.Armee-Korps a attaqué à son tour le 10 juin à travers les ravins, parvenant à s’emparer de quelques hauteurs, sans toutefois percer en profondeur le dispositif soviétique, en dépit d’une trouée réalisée dès le premier jour par la 72.ID et exploitée par les Roumains. De leur côté, ceux-ci ont réussi à s’emparer d’une hauteur stratégique, surnommée le « pain de sucre », après bien des assauts coûteux en vies humaines. Là non plus, il ne semble pas que le front russe ne présente la moindre manifestation d’affaiblissement et d’être au bord de la rupture. L’attaque allemande dans le secteur sud n’a donc pas donné les résultats escomptés. Le terrain très escarpé n’est en effet pas très favorable aux assaillants. Néanmoins, Hitler envoie le chef d’état-major de la Wehrmacht, le général Jodl en personne, pour mettre les choses au point. Jodl est cependant vite persuadé que les troupes ont donné le maximum et il décide d’annuler toute attaque en direction de Sébastopol à travers les collines de Sapoun. La tête de pont soviétique est donc encore solide dans le secteur sud. Au centre, les soldats de Pétrov tiennent solidement les positions autour du fort d’Inkermann.

 

La baie de Severnaïa, large de près d’un kilomètre, constitue un obstacle de taille pour les Allemands et s’avère être un élément de défense de premier intérêt pour les défenseurs soviétiques. Toutefois, Manstein est prêt à accepter le risque d’un audacieux assaut amphibie en force à travers la baie à bord de simples canots pneumatiques et de canots d’assaut. La mission est confiée au 31.Infanterie-Regiment de la 24.ID et au 16.Infanterie-Regiment de la 22.ID. C’est à 1h du matin, le 29 juin, que s’élance la première vague d’assaut allemande. Les Russes sont pris au dépourvu et ne réagissent que trop tardivement pour parvenir à repousser l’attaque allemande. Le même jour, le flanc gauche du 54.Armee-Korps traverse le pont ferroviaire et marche sur Inkermann. Le 30.Armee-Korps attaque à son tour le Sapoun et s’en empare enfin. Le 30 juin, les premiers éléments de la 11.Armee entrent dans Sébastopol. A ce moment-là, toute la ceinture défensive devant Sébastopol est tombée aux mains des Allemands. La victoire est désormais proche pour les troupes de Manstein.

Au cours des derniers jours de juin 1942, Manstein met au point les préparatifs en vue de l’assaut final sur Sébastopol. Les batteries d’artillerie sont ainsi positionnées pour soutenir l’assaut imminent tandis que les pilotes des escadrilles du 8.Flieger-Korps de von Richthoffen détruisent les bunkers les uns après les autres afin de faciliter la tâche prochaine de leurs camarades de l’infanterie. Le 1er juillet, le ciel s’embrase sous l’effet des tirs de l’ensemble de l’artillerie de la 11.Armee. Les Soviétiques n’ont d’autre alternative que d’évacuer ou d’être tués ou capturés. Les défenseurs de Sébastopol, qui refluent vers la péninsule de Chersonèse, pensent que la flotte de la mer Noire va organiser avec célérité l’évacuation des unités encore présentes en Crimée et les acheminer jusque dans le Caucase. En fait, la flotte soviétique ne viendra jamais. Seules quelques évacuations sont effectuées de nuit, permettant notamment au général Pétrov d’échapper à la nasse. Les Allemands capturent petit à petit tous les rescapé, les derniers, cachés dans les collines ou sur les rivages escarpés, ne sont pris que le 4 juillet. La bataille de Crimée est enfin terminée pour la Wehrmacht. Les Allemands ont capturés 97 000 prisonniers et détruits 631 canons et 26 chars. C’est toutefois une victoire chèrement payée pour Manstein. Sa 11.Armee a en effet perdu 24 000 hommes, soit 4 337 tués, 1 591 disparus et 18 183 blessés.

Satisfait du succès remporté, Hitler instaure un écusson commémoratif pour la bataille, destiné aux valeureux combattants de la 11.Armee et des forces navales et aériennes qui ont participé aux combats. Avant même la fin des combats, le Führer récompense également le général Manstein pour sa victoire en l’élevant à la dignité de maréchal. Toutefois, Hitler commet l’erreur de disperser le 11.Armee. Ses deux corps, réduits à 4 divisions, sont envoyés avec Manstein à Leningrad tandis que les autres unités sont versées au Heeres-Gruppe Mitte, sauf la 22.ID, qui constituera désormais la garnison de la Crète.

 

 

Ostfront-La guerre germano-soviétique (17/50)

 

MANSTEIN SE COUVRE DE GLOIRE EN CRIMEE

(SEPTEMBRE 1941-2 JUILLET 1942)

Après la difficile rupture des défenses de l’isthme de Perekop à travers le fossé des Tartares en octobre 1941, les troupes allemandes du général von Manstein font irruption en Crimée, repoussant rapidement les forces soviétiques qui leur font alors face. A l’est, la péninsule de Kertch est vite abandonnée et les troupes se replient dans le Kouban le 16 novembre, mais tout le matériel lourd a dû être abandonné dans l’opération. Les pertes subies par les Soviétiques au cours de cette retraite précipitée se montent à 25 000 morts relevés sur le champ de bataille par les Allemands, 100 000 prisonniers, 160 chars et 700 canons. Les seules positions encore aux mains des Soviétiques en Crimée sont donc celles qui défendent Sébastopol, sur lesquelles se sont repliés des éléments de la 51ème armée. Placées sous le commandement de l’amiral Oktiabreski, la garnison se monte à 52 000 hommes et 170 canons en novembre 1941. Comme ailleurs sur le front de l’Est à ce moment-là, les opérations militaires allemandes sont gravement handicapées par des conditions météorologiques difficiles qui rendent les mouvements et le ravitaillement plus qu’aléatoire. Les assauts lancés par le 54.Armee-Korps à partir du 17 décembre ne débouchent donc pas sur une percée et la ceinture de défense de Sébastopol, sans cesse renforcée par l’arrivée de nouvelles troupes par la mer, résiste, causant des pertes sensibles aux assaillants.

 

La Wehrmacht est en difficulté en Crimée avant de remporter deux succès spectaculaires.

La Stavka n’est pas sans réagir face à l’irruption de la Wehrmacht en Crimée et une vigoureuse contre-attaque va s’abattre sur l’armée allemande, comme partout sur toute l’étendue du front de l’Est en cet hiver 1941-42. C’est ainsi que, tandis que les partisans instaurent un climat d’insécurité dans les régions montagneuses de Crimée, des forces soviétiques débarquent dans l’isthme de Kertch le 26 décembre, en tout 16 000 combattants la 51ème armée, débarquant à Kertch et au cap Opouk. Appuyés par l’intervention mesurée de quelques unités de parachutistes, les forces russes nouvellement débarquées parviennent à constituer une solide tête de pont, dont les positions sont vite renforcées le 29 décembre par un nouveau débarquement, opéré cette fois-ci dans le secteur de Féodosia, impliquant pas moins de 23 000 hommes de la 44ème armée. Autant dire que la situation de la 46.ID du général von Sponeck, unique unité de la Wehrmacht engagée dans la péninsule de Kertch, risque fort de vite devenir absolument intenable. Von Sponeck demande en vain l’autorisation de se replier afin de raccourcir son front. Devant l’obstination de Manstein, von Sponeck doit se résoudre à ordonner une retraite en abandonnant tout son armement lourd, sauvant ainsi sa division d’une destruction assurée mais sacrifiant par la même occasion toute sa carrière militaire. L’infortuné général est en effet relevé de son commandement, jugé en cour martiale et condamné à mort. Sa peine commuée en détention, il est exécuté après l’attentat contre Hitler en juillet 1944. Le 5 janvier, les Soviétiques effectuent un petit débarquement à Eupatoria, au nord de Sébastopol. La tête de pont est rapidement éliminée mais elle a pour conséquence des disperser les efforts allemands. Pendant ce temps, les troupes roumaines envoyées à la rescousse de la 46.ID sont repoussées à leur tour, forçant Manstein à engager vers l’est des moyens plus conséquents, en l’occurrence les 132. et 170.ID. Les Allemands parviennent à reprendre Féodosia le 16 janvier, ce qui n’infléchit en aucune manière les combats en leur faveur puisque, la mer d’Azov étant alors gelée, les Soviétiques n’ont aucune peine à renforcer leur dispositif. Toutefois, les Russes perdent 6 700 tués, 10 000 prisonniers, 85 chars et 170 canons dans la défense de la ville. Les combats hivernaux dans la presqu’île de Kertch sont toutefois loin d’être terminés. En janvier et février, l’offensive soviétique, baptisée « Staline », continue avec vigueur, mais ne parvient pas à percer en direction de Sébastopol. En mars, un nouvel effort se solde par un échec, qui coûte la perte de 130 chars. Manstein contre-attaque en vain avec l’inexpérimentée 22.Panzer-Division. Le 26 mars, puis le 9 avril, les Soviétiques tentent un ultime effort pour enfoncer les lignes allemandes mais la rupture n’est pas acquise. Les combats cessent alors, faute de moyens.

Les soldats roumains combattent aux côtés des Allemands de Manstein

En mai 1942, von Manstein lance une opération dans la péninsule de Kertch afin d’y anéantir les forces soviétiques qui y sont concentrées et qui représentent une menace que la 11.Armee doit absolument conjurer avant d’entreprendre de réduire les défenses de Sébastopol, faute de quoi elle exposerait ses arrières à de dangereuses attaques. Manstein rassemble 9 divisions, dont 6 allemandes et 3 roumaines pour cette indispensable opération préliminaire à la prise de Sébastopol. L’attaque est lancée le 8 mai et elle rencontre très vite le succès. Puissamment renforcées par le 8.Luftkorps de Richthofen, les unités de la 11.Armee enfoncent sans coup férir les lignes russes, handicapées par un manque de profondeur de leur dispositif, bien que les défenseurs jouissent d’une incontestable supériorité numérique. Les Soviétiques ont pourtant concentré pas moins de 3 armées, les 44ème, 47ème et 51ème. La percée est cependant irrésistible, appuyée par de petits débarquements opérés sur les arrières russes et la maîtrise de l’espace aérien par les formations de la Luftwaffe. Dans ces conditions, la cause est vite entendue et Kertch est prise par les Allemands le 15 mai. Les quelques unités russes rescapées franchissent alors le détroit et se réfugient dans le Kouban, mais tout le matériel lourd est perdu. Les pertes sont conséquentes pour les Soviétiques puisque les Allemands ont capturé 170 000 prisonniers, 250 chars, 1 100 canons, 3 800 camions et 300 avions. La Wehrmacht ne déplore pour sa part que 7 500 pertes au cours de cette démonstration militaire.

La Wehrmacht fait de nouveau montre de sa supériorité tactique à Kertch puis à Sébastopol

Le commandement soviétique a fait preuve d’une incompétence certaine au cours de l’affaire de Kertch en laissant la garnison de Sébastopol l’arme au pied tandis que Manstein nettoie la presqu’île. Fin mai, la 11.Armee peut à nouveau consacrer toute son énergie pour la prise de Sébastopol, qui résiste encore. La forteresse soviétique représente toutefois un formidable système défensif. La bataille s’annonce dès lors longue et coûteuse. Manstein doit pourtant frapper au plus vite et emporter la décision avant que soit lancée l’offensive générale de la Wehrmacht sur le front sud, en direction du Caucase et de la Volga, le « Fall Blau ». Les positions russes se sont considérablement renforcées depuis le mois de décembre. La garnison se monte alors à 40 chars et 600 canons, 7 divisions d’infanterie, 3 brigades d’infanterie de marine, sans compter les unités de circonstances formées en enrôlant des civils et les 2 brigades qui seront acheminées par voie maritime après le début des combats. Manstein engage pour sa part deux corps d’armées, le 30.Armee-Korps au sud et le 54. au nord, soit 7 divisions d’infanterie allemandes et 2 roumaines. Les Allemands disposent en outre d’une artillerie nombreuse, dont des pièces ultra-lourdes comme l’obusier Thor et le canon Dora, dont le calibre atteint 800 mm !

 

Les puissantes défenses de Sébastopol se sont avérées insuffisantes face aux troupes d’assaut de l’Axe

Après un bombardement en règle des positions soviétiques par l’action conjuguée de l’artillerie et la Luftwaffe, les fantassins et les sapeurs allemands se lancent à l’assaut des défenses formidables de Sébastopol le 7 juin 1942. La lutte est âpre et sanglante, certaines unités russes luttant jusqu’au bout dans les galeries de leurs massifs bunkers. Les trois lignes de défenses russes s’avèrent très difficiles à emporter et la lutte est tout aussi sanglante pour la prise de pitons rocheux que pour la capture des forts ou des tranchées soviétiques. Vers le 25 juin, les Soviétiques tiennent encore la ville mais les deux premières ceintures de défenses ont été emportées et la fin est proche. L’effondrement se produit 3 jours plus tard, après l’audacieuse traversée de la baie de Severnaïa par des fantassins allemands à bord de canots pneumatiques. Le 4 juillet, tout est fini. Les allemands ont capturé en tout 90 000 prisonniers et 467 canons. La Wehrmacht est alors maîtresse de toute la Crimée, mais les pertes consenties pour la prise de Sébastopol sont lourdes : 24 000 ont été perdus. A l’issue de cette campagne victorieuse, la 11.Armee est dispersée sur tous les fronts, au détriment du maintien d’une force à la cohésion certaine et dont l’intervention à travers le détroit de Kertch vers le Kouban ou dans le secteur de Stalingrad aurait pu s’avérer décisif.

 

LA LOGISTIQUE SUR LE FRONT DE L’EST

La logistique devient rapidement un cauchemar à l’Est…

Ravitailler efficacement la Wehrmacht sur le front de l’Est efficacement a représenté une tâche des plus ardues pour les services de l’intendance de l’armée allemande. Les distances sont en effet considérables, particulièrement au cours de l’été 1942 lorsque le Heeres-Gruppe A s’enfonce dans les massifs du Caucase. L’écartement des voies ferrées russes est supérieur à celui des chemins de fer allemand. Il faut donc les transformer au fur et à mesure de l’avance en rapprochant de 9 cm l’un des deux rails, ce qui représente une tâche considérable. Les unités chargées de convoyer le précieux et indispensable ravitaillement le long des voies d’approvisionnement, les Rollbahn, doit en outre compter avec la boue de la raspoutitsa, la neige et le froid l’hiver, la poussière de l’été, les attaques des partisans et, à proximité du front, le danger de l’aviation soviétique. La tâche est rendue plus difficile encore par l’absence totale de standardisation au sein du parc des véhicules utilisés par la Wehrmacht, qui réemploient en outre en masse les camions russes et français de prise. Les véhicules hippomobiles sont également encore largement utilisés pour le transport, y compris les traîneaux l’hiver. Le froid hivernal paralyse nombre de locomotives et la plupart des véhicules tombent en panne. Très vite, les stocks de carburant, de pneus, de moteurs et de boîtes de vitesse s’avèrent insuffisants en regard de l’usure très rapide et faute d’un nombre suffisant de pièces détachées. Les unités de ravitaillement reçoivent toutefois l’appoint non négligeable de volontaires soviétiques, les Hiwis, qui constituent l’essentiel de la main d’œuvre. Peu à peu, de nouveaux véhicules chenillés font leur apparition, améliorant quelque peu la mobilité des unités de soutien logistique. Le ravitaillement par voie des airs se révèlera en revanche toujours inefficace et insuffisant, comme l’illustre la tragédie de Stalingrad, bien qu’un certain succès ait été remporté à Demiansk, au pris, il est vrai, d’un affaiblissement considérable des unités. Pourtant, en dépit des nombreuses difficultés, la Wehrmacht n’aura jamais de difficultés majeures pour transférer rapidement des unités entre le front de l’Est et les fronts de l’Ouest et méditerranéen, et inversement.

Films de Guerre/ War Movies (5/100): CROIX DE FER

CROIX DE FER

Ce film réalisé par Sam Peckinpah en 1977 est un des meilleurs films consacrés à la Seconde Guerre mondiale. La trame de fond de l’histoire, qui narre les tribulations de soldats allemands en Russie, après la défaite de Stalingrad, est celle de l’antagonisme entre un sous-officier, vétéran médaillé de la Croix de Fer, le sergent Steiner (James Coburn), et un officier prussien, le capitaine Stransky (Maximilian Schell), qui a demandé sa mutation de Biarritz vers le front de l’Est, dans l’espoir d’obtenir la très convoitée Croix de Fer… Stansky est prêt à tout pour obtenir cette médaille.

Stransky et Steiner: deux rivaux sous le même uniforme

Loin d’être manichéen, l’oeuvre nous offre toute une palette de personnages plus complexes qu’il n’y paraît : sous-officier baroudeur, officier d’état-major (Colonel Brandt, admirablement joué par James Mason, capitaine Kiesel, lieutenant Triebig) ou de premières lignes (lieutenant Meyer), soldats aguerris (« Schnurrbart », Maag, Anselm, Kern…), jeune conscrit (Dietz) ou nazi (Zoll).

Colonel Brandt et le capitaine Kiesel : on est loin de l’élégance et de l’aspect martial rattachés aux officiers de la Wehrmacht…

Le choix d’une histoire centrée sur des soldats de la Wehrmacht empêche un patriotisme trop marqué qui apparaît dans nombre d’oeuvres hollywoodiennes. Il empêche également une trop grande identification avec les héros, d’autant que la plupart des spectateurs ignorent où se situe la péninsule de Taman, ce qui est un choix judicieux de Peckinpah, alors que l’image d’Epinal d’une Russie enneigée ou de Stalingrad aurait été moins déroutante: comme un simple biffin, on ne sait pas où on est, si ce n’est à la guerre, peut importe laquelle…

« Je ne pense pas que vous méritiez la Croix de Fer »

Un certain antimilitarisme pointe également, le réalisateur semblant montrer des soldats allemands perdu en 1943 dans le Kouban (dans le Caucase), désabusés par la guerre, victimes eux-aussi du régime hitlérien, qui les a embrigadé depuis leur plus jeune âge. Le générique est à  cet égard très évocateur avec une mise en parallèle de la Hitlerjugend et du front russe, ainsi que des plans montrant Hitler alternant avec ses soldats au front, voire leurs cadavres…

Des scènes de combat remarquables

L’horreur de la guerre est dépeinte à de nombreuses reprises, car les détails sanglants ne manquent pas (loin toutefois de l’outrance qui est désormais habituelle). Le passage le plus ouvertement antimilitariste est incontestablement celui de l’hôpital militaire, le réalisateur n’étant pas sans cynisme à l’égard des généraux en montrant la misère et les mutilations des blessés.

Certes, Stansky ordonne que soit abattu le jeune garçon russe capturé, mais on ne voit pas de crimes de guerre, si innombrables à l’Est… Peckinpah cache également l’aspect racial de la guerre à l’Est et aucun des héros du film ne prononce la moindre parole désobligeante à l’endroit des supposés « sous-hommes ». Si les soldats de Steiner succombent aux charmes des femmes-soldats soviétiques, tout se passe d’abord avec une forme tacite de consentement, sans aucune scène de viol… avant que deux hommes ne soient assassinés, et ce sans que les jeunes femmes ne soient massacrées en représailles! La relation avec les Russes semble en effet complexe (comme l’illustre le cas de l’enfant-soldat capturé).

Mot de passe: démarcation

Tous ces soldats semblent antinazis, à tout le moins ne pas hésiter à critiquer le régime devant témoins: Brandt se moque de « la grande aventure » de « Barbarossa » et de la « Blitzkrieg« , Steiner et Stanski sont d’accord pour affirmer leur hostilité au parti nazi (« parti de merde » ose même dire le capitaine!), la défiance de Steiner envers Zoll que l’on présente comme appartenant à la Gestapo est trop explicite pour être réaliste… Que dire aussi de la remarque -cinglante- de Steiner à propos de son uniforme qu’il « dégueule » (sic!) ainsi « que tout ce qu’il peut représenter ». Rien de tel pour passer en cour martiale, ou plutôt au peloton d’exécution…

 

Un matériel d’époque et réaliste, des uniformes maculés de boue…

Le réalisme est en revanche incontestable dans la reproduction des cantonnements (de nombreuses cènes nous dépeignent la vie quotidienne des soldats) et surtout dans les scènes de combat, avec les fameux ralentis « à la Peckinpah »: celle qui aboutit à l’affrontement dans l’usine est superbe.

Le réalisme est également indéniable dans les uniformes que l’on n’hésite pas à maculer de boue ou à déchirer (différentes décorations, casquettes modèle 43, couvre-casques camouflés…) et dans le matériel: canon antichar Pak 40, pièce de DCA Flakvierling 38, T-34/85… Point donc de blindés modernes maquillés en engins de la Seconde Guerre mondiale ou encore de ces inévitables halftracks américains transformés en engins allemands (mais des M8 américains ont hélas été transformés en blindés allemands)… On ne peut donc que regretter de petites erreurs de détail facile à éviter (pourquoi donc l’accessoiristes a-t-il fourni des boucles de ceinturon en cuivre ou laiton qui brillent comme les ors de la Kriegsmarine!).

Le vrai foyer est au front, avec les camarades.

Peckinpah nous entraîne dans le quotidien d’un groupe de soldats allemands et essaye de nous montrer comment de simples hommes vivent la guerre. Comme dans de nombreux témoignages, les combattants finissent par considérer que leur vraie famille ce sont les camarades du front : ainsi de Steiner qui préfère quitter l’infirmière qui s’est amourachée de lui pour rejoindre ses hommes; ainsi de ce même Steiner qui revoit en flash-back ses compagnons tombés au feu… Peckinpah n une question qui se pose avec acuité dans un monde d’hommes: celle de l’homosexualité, passible de mort dans l’Allemagne nazie.

Steiner: un héros recouvert de décorations?

Le film, plus ou moins antimilitariste, pose la question du sens du devoir, de l’importance à accorder aux décorations et aux grades… voire de l’absurdité de cette recherche de gloire ainsi que de la guerre en général. Qui est un héros? Qui mérite la reconnaissance de ses supérieurs? Peckinpah transpose aussi dans son oeuvre l’éternelle lutte des classes entre les hommes du rang et une certaine caste d’officiers qui n’éprouverait toujours que du dédain à leur égard, ce qui n’est pas sans rappeler les liens de classe que se reconnaissent les personnages campés par Pierre Fresnay et Erich von Stroheim, face à un Jean Gabin issu d’un autre monde, dans La Grande Illusion.

Au final, les nombreuses péripéties (dont celles, typiques, du groupe d’hommes isolés derrière les lignes ennemies) d’un scénario bien ficelé font de Croix de Fer un film d’action très réussi.

Croix de Fer: avant tout un film qui dépeint avec réalisme la vie des soldats allemands au front

 

 

Patton

Patton est un général qui commande de l’avant. Il n’hésite pas à monter à bord des avions d’observation/liaison Piper Cub, frôlant la mort ou la capture à plusieurs reprises.
(Photo: Patton Museum Fort Knox)