Guerre du Pacifique/Pacific War (28/43): Tarawa (1)

SAUTS DE PUCE DANS LE PACIFIQUE CENTRAL,

21 NOVEMBRE 1943-23 FEVRIER 1944

Tarawa: l’une des batailles les plus âpres et les plus célèbres des Marines

Le Pacifique central, parsemé de milliers de petites îles réunies en archipels, s’étend sur plus de 5 400 kilomètres vers l’ouest et le nord-ouest à partir des îles Gilbert, situées les plus à l’est sur l’Equateur. Sur chacune de ces îles, les Japonais ne peuvent concentrer un nombre limité d’hommes et d’avions, alors que les Américains peuvent y engager des forces navales, amphibies et aériennes bien plus importantes. Si la flotte japonaise intervient, l’US Navy serait dans son élément, l’océan, pour la recevoir, un espace beaucoup moins dangereux et étroit que les mers bordant les Salomon et la Nouvelle-Guinée. En outre, les atolls et les îles du Pacifique central sont beaucoup plus salubres pour les combattants que la jungle du Pacifique sud. L’archipel des Gilbert et ses aérodromes, dont l’île de Tarawa constitue la clé de voûte du dispositif japonais dans ces îles, doit être neutralisé et contrôlé par les troupes américaines de l’amiral Nimitz qui s’engage dans le Pacifique en direction des îles Marshall puis des Carolines et des Mariannes, avant de pouvoir frapper directement le Japon. Il s’agit aussi de soulager les autres fronts du théâtre d’opération en mettant la pression sur les Japonais dans le Pacifique central. L’ensemble de l’opération reçoit le nom de code « Galvanic ». L’opération échoit à la Central Pacific Force de l’amiral Spruance. Celui charge la Task Force 54 du contre-amiral Turner de mettre en oeuvre l’attaque sur les Gilbert. Turner a à sa disposition le 5th Amphibious Corps du général Holland Smith, formé de la 2nd US Marine Division du général Julian Smith et de la 27th US ID. Enfin, Spruance commande également la Task Force 50 du contre-amiral Pownall, force aéronavale de 3 porte-avions, 2 porte-avions légers et 2 porte-avions d’escorte, dont l’appui peut s’avérer décisif en cas d’intervention de la Marine Impériale. Au total, plus de 200 navires et plus de 100 000 soldats et marins américains sont impliqués dans l’opération « Galvanic ».Les Japonais occupent la cinquantaine d’îles de l’atoll depuis septembre 1942.

Vue aérienne d’une des plages de Bétio (Tarawa)

L’île de Bétio est considéré rapidement comme étant l’objectif majeur pour les Marines puisque c’est l’unique île sur laquelle les Japonais ont édifié un aérodrome. Les Américains s’emparent de Tarawa et de Makin pour 3 000 pertes, dont 1 000 tués. Le peuple américain est horrifié par ces pertes, pourtant peu élevées en regard des effectifs engagés, d’autant plus que les photos montrant des piles de cadavres n’ont pas été censurées. Tarawa marque également profondément les commandants dans le Pacifique. Les erreurs sont analysées et des remèdes recherchés. On reconstitue à Hawaï des fortifications japonaises pour apprendre à les réduire. On développe un type de navire amiral plus efficace que les cuirassés et les croiseurs. On accélère le développement des Amtracks, les tracteurs amphibies, dont le blindage et l’armement sont renforcés. Les transmissions sont également rénovées. Il s’avère également que le bombardement naval doit se calculer en jours plutôt qu’en heures. L’erreur majeure est d’avoir négligé la marée, conduisant les hommes à débarquer loin du rivage et à patauger dans l’eau sous le feu meurtrier de l’ennemi, une erreur qui ne doit pas être reproduite dans les futures opérations.

Tarawa: une victoire très coûteuse

La campagne suivante, livrée dans les Marshall à partir du 31 janvier, soit à peine deux mois après Tarawa, est beaucoup moins coûteuses en vies humaines pour les Marines et les GI’s, en dépit de la solidité des fortifications japonaises, souvent bétonnées, et de la lutte acharnée menée par les défenseurs. Les assaillants bénéficient toutefois d’une nette amélioration des techniques de bombardements préliminaires de la part de l’aviation et de la flotte. Nimitz décide de s’emparer de Kwajalein, dans les Marschall, en dépit de l’avis contraire de Spruance, Turner et Holland Smith, les trois hommes arguant du fait que Kwajalein est à portée de l’aviation basée dans les Mariannes et dans les Carolines. L’aviation embarquée des 12 porte-avions de la Task Force 58 du vice-amiral Mitscher, soit 650 appareils, et les escadrilles basées à Tarawa et Makin commencent à pilonner les bases des Marschall. Les Japonais tentent de s’y opposer en lançant des raids contre les Gilbert, mais ceux-ci sont sans conséquences. L’assaut peut enfin être lancé.

Kwajalein: nouvelle victoire américaine

L’amiral Turner dirige les opérations contre Kwajalein, tandis que le contre-amiral Connoly mène l’assaut contre les îles de Roi et Namur. Sur Roi, la cause est vite entendue et l’île est entre les mains des Marines de la 4th Marine Division dès le premier jour. A Namur, les combats s’achèvent dès le lendemain, non sans avoir fait explosé par mégarde un dépôt de torpilles, ce qui donna à un aviateur l’illusion que l’île entière avait sauté ! Les marines ont perdu 800 hommes, dont 313 tués, sur Roi et Namur. Les japonais ont à peine 100 survivants sur 2 000 défenseurs. A Kwajalein, les débarquements de la 7th ID se sont déroulés avec la précision d’un exercice. En l’espace de quatre jours, les GI’s occupent toute l’île, pour le prix de 1 000 pertes, dont 173 tués. Les 6 750 défenseurs japonais sont presque tous morts. Les forces du Pacifique central se sont donc emparées d’un important atoll, pourvu de défenses aussi redoutables qu’à Tarawa, mais pour des pertes infiniment moins lourdes. Kwajalein tombe si rapidement que les troupes restées en réserve peuvent être lancées contre Eniwetok.

Débarquement à Eniwetok

L’attaque était prévue pour le 1er mai, mais il s’avère que les Japonais ne cessent de se renforcer. La date de l’assaut est donc avancée au 17 février. Toutefois, il est décidé que l’attaque sur Eniwetok suppose au préalable de neutraliser la grande base japonaise de Truk, dans les Carolines, distante d’Eniwetok de 1 240 kilomètres. Tâche redoutable s’il en est : la base accueille 400 appareils en temps normal et sa lagune, à l’abri de toute attaque navale de surface, constitue l’un des principaux mouillages de la flotte nipponne. La Task Force de Mitscher effectue en deux jours pas moins de 30 raids, tous plus puissants que chacune des vagues japonaises lancées sur Pearl Harbor en décembre 1941. L’amiral Spruance assiste fièrement aux opérations en croisant autour de l’île à bord du cuirassé USS New Jersey, son nouveau navire amiral, accompagné par un autre cuirassé et deux croiseurs. Pour la perte d’une trentaine d’appareils et un porte-avions endommagé, Mitscher a définitivement neutralisé Truk et coulé 37 navires, dont 2 croiseurs légers et 5 destroyers. La réserve de l’amiral Hill peut donc lancer les opérations sur les îles de l’atoll d’Eniwetok. Les défenseurs japonais sont cependant plus nombreux qu’escomptés et l’opposition rencontrée par le 106th Infantry Regiment, renforcé par des blindés de l’USMC, est plutôt vive. Il s’avère que les Japonais ont eux aussi tiré les leçons de Tarawa. Les défenses sont structurées autour de blockhaus entourés d’un cercle d’abris individuels, souvent protégés par de la tôle ondulée, distants de 3 à 5 mètres, et reliés entre eux et au blockhaus par un réseau de tunnels et de tranchées. C’est ainsi que les GI’s se retrouvent pris sous des tirs provenant de toutes les directions. Il faut ainsi deux jours et demi pour prendre Eniwetok. Au total, les Japonais subissent 2 700 pertes dans l’atoll, seulement 66 hommes survivant aux combats. Les Marines accusent de leur côté 254 tués et 55 blessés et l’US Army enregistre 94 tués et 311 blessés. Peu après, Majuro tombe à son tour.

Truck est neutralisée par les frappes aériennes de l’aéronavale

La mainmise sur les Marshall permet d’envisager de lancer une guerre aérienne contre le Japon avec des bombardiers de l’aviation stratégique. La conquête rapide et relativement facile de l’archipel permet d’accélérer les opérations de reconquête dans le Pacifique. Déjà, Nimitz envisage de s’en prendre aux Mariannes, à 1 800 kilomètres des Marschall, dans le périmètre intérieur des défenses japonaises. Les combats pour les archipels des Gilbert et des Marshall ont permis aux Américains de mettre au point des techniques de combat amphibies avec soutien aéronaval qui vont finalement aboutir à la défaite du Japon. Soutenues par le formidable potentiel industriel des Etats-Unis, ces techniques vont s’avérer imparables.

 

LES FORTIFICATIONS JAPONAISES

Les forces nippones entreprennent de fortifier les bases stratégiques et les îles qui tiennent un rôle essentiel dans le système de défense de leurs conquêtes de 1941-42. Les travaux de fortifications et de terrassements aboutissent à de complexes systèmes de défenses s’appuyant ingénieusement sur la topographie, incluant cavernes et grottes dans leur conception. Les plans de tirs sont soigneusement étudiés et les points d’appui se couvrent mutuellement et leur approche est rendue encore plus ardue par la multiplication de réseaux de barbelés, de champs de mines et de fossés antichars. Les bunkers, nids de mitrailleuses et autres emplacements de tirs pour armes lourdes peuvent être en béton armé. Les bunkers sont souvent recouverts de troncs de palmiers, quand la végétation environnante le permet. Des poutrelles en acier, du sable et du corail renforcent la structure et permettent, avec les troncs de palmiers, d’absorber le choc des tirs de la flotte et des bombardements aériens, mettant les fortifications à l’épreuve des bombardements. Les nids de mitrailleuses sont parfois présents en grand nombre comme à Tarawa, disposés en étoile autour d’un poste de commandement d’où rayonne un réseau de tranchées destinées à dissimuler le mouvement du personnel aux yeux de l’ennemi.

 

Films de Guerre/ War Movies (3/100): LES DIABLES DU DESERT

LES DIABLES DU DESERT

Les Diables du Désert (Sea of Sand) est un film britannique de Guy Green datant de 1958. Cette œuvre est consacrée à l’épopée du Long Range Desert Group (LRDG), l’une des plus célèbres unités britanniques opérant sur les arrières de l’Axe au cours de la guerre du désert. Avant tout unité vouée au renseignement, le LRDG a lancé des raids à l’occasion, parfois avec de lourdes pertes (cf mon article dans Batailles & Blindés N°62 dans lequel je fourni une typologie des nombreux types d’opérations menées par les raiders).

Le « Road Watch », l’observation du trafic routier ennemi sur la Via Balbia (seul route macadamisée en Libye, le long de la côte), constitue la mission essentielle du LRDG: elle est évoquée dans le film.

Guy Green s’est assuré les conseils de Bill Kennedy Shaw (dont il faut lire Patrouilles du Désert, un des rares livres traduits en français permettant de découvrir l’épopée du LRDG), un des cadres du LRDG d’origine, ami de Ralph Bagnold, le créateur de l’unité avec lequel il a parcouru le Désert Occidental au cours des années 1930.

Le Captain Tim Cotton, le baroudeur, dont l’échec d’une liaison amoureuse n’apporte rien au scénario…

Le Captain Williams: en apparence l’officier rigide qui ne suit que le règlement.

Les Diables du Désert raconte une mission périlleuse menée contre un dépôt de carburant ennemi en 1942, peu avant la bataille d’El Alamein (ce qui est une référence à l’opération Agreement, lancée en septembre 1942; cf aussi mon article sur Un Taxi pour Tobrouk), mission au cours de laquelle la tension ne cesse de monter entre les deux officiers du convoi: son chef, le non-conformiste Captain Tim Cotton, et un spécialiste des mines, le Captain Williams; beaucoup plus à cheval sur le règlement.

 

Ci-dessus: les remarquables Chevrolet du film, dotés de tous les impedimenta d’une mission dans les profondeurs du désert.

Ci-dessous: les véritables Chevrolet 30 cwt en 1942

Le film a été tourné en Libye, avec le bénéfice d’un matériel roulant remarquable : le spectateur a l’illusion d’assister aux évolutions d’un groupe de Chevrolet du LRDG (pas moins de 5 Chevrolet 30 cwt partent en mission!) … Les blindés allemands sont moins convaincants, dont les éternels halftracks américains M3 maquillés en Sdfkz 251… Si l’allure générale des tenues, les détails des coiffures (notamment la variété de celles-ci) et l’équipement des Britanniques est de qualité (même si les mitraillettes Sten ne sont pas en service à cette date : les raiders devraient être armés de Thompson), les Allemands sont de nouveau négligés, y compris, bizarrement, leurs casques, alors que mettre la main sur une poignée de Stahlhelm modèle 35 ou 40 ne représente aucune difficulté majeure.

Une mission avec beaucoup de pertes…

Un des mérites du film est de multiplier le péripéties, le groupe se heurtant aux difficultés le plus diverses, typiques des aléas des missions menées par le LRDG: attaque d’avion puis d’une automitrailleuse, la fuite à pied après abandon des véhicules, qui est un classique des récits de ces raids héroïques. Comme à l’accoutumée, les Allemands, bien naïfs, se laissent berner par le moindre Britannique portant leur uniforme et parlant leur langue sans le moindre accent…

Le réalisateur n’a pas oublié de montrer de façon réaliste les bivouacs et les diverses tâches auxquelles hommes de troupe et cadres sont assujettis. On assiste au quotidien des soldats: un aspect toujours bienvenu dans les films de guerre. La discipline informelle qui prévaut au sein du LRGD est bien mise en évidence. L’ambiance de la base située dans l’oasis est également très bien rendue: on peut se croire en 1941-2 à Jalo ou à Siwa, ou encore à Koufra.

On pourra toutefois regretter le caractère stéréotypé de certains personnages: que ce soit le blessé qui est abandonné par ses camarades, joué par Percy Herbert (habitué à des rôles de soldats, que ce soit dans Le Pont de la Rivière Kwaï ou Les Canons de Navarone), ou, plus encore, le Captain Willimas qui se sacrifie pour les autres, oubliant qu’il est marié et père de famille. Le personnage joué par Richard Attenborough (le futur réalisateur d’Un Pont Trop Loin), qui ressemble à s’y méprendre à un célèbre raider, tient en quelque sorte le rôle du soldat un peu plus farfelu que la moyenne: on peine à imaginer qu’un véritable membre du LRDG ait tronqué l’eau de sa gourde pour de l’alcool, car il s’agit ici d’une question de survie, un aspect essentiel sur lequel on ne transigerait pas et qui équivaudrait à être rayé des cadres de l’unité.

   

A gauche, l’acteur Richard Attenborough. A droite, le Trooper « Bluey » Grimsey, véritable membre du LRDG.

Au final, un beau film d’aventures sans prétention qu’il faut prendre pour tel, et que ne saurait négliger un passionné de la guerre du désert, davantage encore un féru des missions et raids du SAS et du LRDG, même si d’autres films, que nous examinerons, traitent du sujet: Un Taxi pour Tobrouk, Enfants de Salauds, Tobrouk. Commando pour l’Enfer, etc.

Un affiche de film qui s’apparente aux couvertures de bandes-dessinées du type « Attack » des années 1960-1980