Mes articles dans la presse

Mon dossier dans 2e Guerre Mondiale Magazine 77 (Editions Mars & Clio) : Hitler et sa stratégie face aux opérations « Overlord » et « Bagration ».

Mon dernier article dans Ligne de Front n°73 (Editions Caraktère) : les Gebirgsjäger. Une approche thématique de leurs opérations.

Patton. Une photo

Les revolvers de Patton

  

Tel Napoléon et son bicorne ou César et sa couronne de lauriers, Patton est invariablement associé à un revolver à crosse d’ivoire. Lorsqu’il demande à ses officiers quelle tenue arborer pour une parade organisée à Berlin après la victoire, il hésite à porter ses revolvers et sa tenue de cavalerie. Gay lui répond qu’il lui faut porter l’uniforme pour lequel il est connu et qui constitue sa marque de fabrique.

Pour les Américains, ce héros rappelle les icônes de leur mythologie nationale : les pistoleros du Far West. Il posséde en fait plusieurs revolvers mais, contrairement à une idée répandue, il ne porte qu’un seul revolver à la ceinture (Le débarquement à Fédala est l’unique occasion dans laquelle il est photographié portant deux revolvers). Ses fameux revolvers sont un Colt 45 Peacemaker (modèle 1873) à simple action, cadeau d’un certain colonel Wild Bill Sterling, un ancien Texas Ranger, et un 357 Magnum de Smith & Wesson, obtenu en 1935 plus rarement attaché à sa ceinture (et ce dernier est porté à gauche tandis que le Colt, qu’il préfère, tient dans un holster porté à droite). Il va de plus en plus préférer un Colt automatique calibre 38 modèle 1908 qui a l’avantage d’être plus léger. Il possède en fait de nombreuses armes. Son ami le général Kenyon Joyce lui offre un Remington de calibre 38 dédicacé. En Europe, lorsqu’il ne porte pas une de ces armes fétiches, il a un petit automatique Colt dans un étui plus discret : un petit Colt calibre 38 (il en possède deux modèles) est ainsi dissimulé dans une poche du pantalon ou encore un Colt 38 court Detective Special dans un holster. Avant guerre, il porte souvent un classique Colt 45 modèle 1911, arme passée à la postérité dans l’histoire militaire. Il utilise un Colt semi-automatique de calibre 22 Long Rifle quand il est dans le Centre d’Entrainement au Desert, notamment contre les serpents à sonnettes.

 

 

Patton. Une Photo

 

Patton en Sicile: le général entend redorer l’image du GI malmenée en Tunisie et en butte à la condescendance des Britanniques. Patton soigne son image: mou revêche, allure altière, cravache à la main et un uniforme impeccable. La campagne qui s’ouvre le 10 juillet 1943, pourtant brillante à certains égards, sera dramatique pour le général après l’affaire des gifles…

Paul-Otto Schmidt, « Sur la scène internationale avec Hitler ». André François-Poncet, « Souvenirs d’une ambassade à Berlin, 1931-1938 »

 

Paul-Otto Schmidt, Sur la scène internationale avec Hitler, Tempus, Perrin, 2018, 525 pages

André François-Poncet, Souvenirs d’une ambassade à Berlin, 1931-1938, Tempus, Perrin, 2018, 494pages

L’intimité de Hitler et les coulisses des grandes décisions ont toujours quelque chose de fascinant car notre curiosité est en éveil à la lecture de mémoires d’individus ayant côtoyé les personnages historiques, fussent-ils les pires criminels. Paul-Otto Schmidt, l’interprète de Hitler, est de ces témoins qui nous font vivre la grande Histoire au travers de la petite, parfois avec un trait d’humour bienvenu. La période cruciale précédant la guerre occupe les 3/5e de l’ouvrage et on reste captivé à la lecture des rencontres de Hitler ou de Ribbentrop avec Chamberlain, Molotov ou encore Mussolini. Avec la déclaration de guerre de 1939, les passages du plus haut intérêt sont ceux de 1940, en particulier l’armistice du 22 juin, dont Schmidt s’est chargé de la traduction, mais aussi la rencontre entre Hitler et Franco et celle de Montoire, avec Pétain. Les nombreuses anecdotes sur les caciques du régime, les alliés de Hitler ou encore la vie au QG du Führer raviront les amateurs de ce genre de détails. Ce livre est très utile, plaisant à lire, et constitue un complément intéressant pour les lecteur qui, comme moi, abordent avant tout la Seconde Guerre mondiale sous son aspect militaire. On prendra garde cependant aux prises de positions de l’auteur, qui prend ses distances avec le dictateur criminel, a posteriori, comme tous ceux qui ont été ses proches… J’en recommande donc la lecture, en parallèle avec celle de Souvenirs d’une Ambassade à Berlin. 1931-1938, par André François-Poncet, qui, on le sais, fût notre ambassadeur auprès de Hitler en ces années cruciales de l’entre-deux-guerres: l’arrivée au pouvoir de Hitler, ses coups de forces, le réarmement allemand… Parmi les moments forts du récit: la conférence de Munich qu’on suit avec intérêt sous la plume de l’ambassadeur. Le style du texte, qui fourmille de détail, est autrement meilleur et la réflexion plus poussée, mais il ne relate évidemment pas les événements du conflit. Ces deux ouvrages sont préfacés avec bonheur par Jean-Paul Bled dont la lecture introductive est de plus utiles.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (25/50)

MANSTEIN REPREND KHARKOV

(19 FEVRIER-23 MARS 1943)

   

La stratégie de repli élastique que favorise Manstein va s’avérer d’une spectaculaire efficacité au cours de la contre-attaque menée par le Heeres-Gruppe Don en cette fin d’hiver 1942-43. Certes, la manœuvre s’est avérée des plus risquées, puisque les Allemands ont laissé les Soviétiques s’avancer dangereusement en profondeur à l’intérieur de leurs lignes. Manstein est toutefois disposé à frapper en force le saillant soviétique établi entre la 1.Panzerarmee et l’Armee Abteilung Lanz. Pour ce faire, il engage la 4.Panzerarmee, qui s’est renforcée depuis l’échec du sauvetage de la 6.Armee à Stalingrad. La 4.Panzerarmee engage son 48.Panzerkorps, avec les 6. et 17.PZD, ainsi que du SS Panzerkorps, avec les divisions blindées SS « Das Reich » et « Totenkopf ». Ces deux corps blindés vont frapper la 6ème armée russe de part et d’autre de la brèche dans laquelle il s’est imprudemment engouffré. Parallèlement, le 40.Panzerkorps, avec les 7. et 11. PZD et la division SS « Wiking » est chargé de nettoyer le saillant formé un peu plus à l’est par le groupement Popov. Manstein engage donc le maximum d’unités blindées, puisque seule la division SS « Leibstandarte Adolf Hitler » reste en couverture sur le front de l’Armee Abteilung Lanz. Au total, 225 Panzer et Sturmgeschütze sont disponibles au sein des divisions engagées, ce qui de prime abord peu sembler modeste, mais les Russes sont également à la limite de leurs possibilités et les pertes ont déjà été très lourdes.

Le 19 février, le 40.Panzerkorps opère dans le secteur de Krasnoïarmeskoïe. Les combats pour réduire la poche sont brefs et les 4ème corps blindé de la Garde, ou plutôt ce qu’il en reste, est bien vite anéanti. Le groupe Popov n’est pas en mesure de s’opposer efficacement à la contre-attaque allemande. Les rangs des unités se sont en effet dangereusement éclaircis et le ravitaillement fait défaut. Les 3ème, 10ème et 18ème corps blindés ne disposent ainsi que de 30 chars et ne peuvent en conséquence qu’espérer ralentir les Allemands, mais en aucun cas les stopper. C’est pourtant avec courage que les Soviétiques tentent de s’opposer à l’assaut. Vatoutine interdit à Popov tout repli vers le nord, scellant ainsi le sort des unités engagées dans le secteur. Il reste que Vatoutine, dans l’euphorie des spectaculaires succès remportés depuis des semaines, n’est pas encore conscient de la gravité de la situation. Popov se retire lentement vers le Donetz en livrant bataille. Les Russes se battent avec l’énergie du désespoir à Barvenkovo et des renforts sont même envoyés à Popov, sous la forme de la 1ère armée de la Garde. Toutefois, les manœuvres d’encerclement des Panzer obligent les Soviétiques à se replier sur Izioum le 28 février.

Pendant ce temps, la division SS « Das Reich » déclenche son attaque contre les positions également le 19 février. Les SS sont confrontés à l’énergique et tenace résistance de la 6ème division d’infanterie soviétique, qui s’octroie même le luxe de contre-attaquer à son tour. Pavlograd menacée par les SS et la 15.ID, la 6ème armée réclame et obtient des renforts, en l’occurrence le 25ème corps blindé et le 1er corps blindé de la Garde. Il ne s’agit pas pour la Stavka de prendre des mesures défensives. Au contraire, l’avance en direction de Dniepropetrovsk se poursuit. La « Das Reich » poursuit son effort vers Pavlograd le 22 et obtient des succès. La division « Totenkopf » intervient alors à son tour et fait peser tout son poids dans la bataille, permettant ainsi d’élargir la brèche et d’encercler une division soviétique. Le lendemain, les SS de la « Das Reich » établissent le contact avec le 48.Panzerkorps, qui est passé à l’attaque depuis le sud-est du saillant tenu par la 6ème armée. Le 25ème corps blindé, isolé à plus de 100 km des autres unités de la 6ème armée, se voit ainsi contraint d’abandonner ses véhicules, faute de ravitaillement, et de tenter de rejoindre les lignes russes à pied. Vatoutine se rend alors compte un peu tardivement de la situation critique de la 6ème armée.

Manstein est bien décidé cependant à réduire le saillant avant l’intervention de réserves russes trop conséquentes. Le SS Panzerkorps et le 48.Panzerkorps pouruivent donc leur avance, au prix de difficiles combats, très acharnés et très coûteux, notamment pour les Soviétiques, qui s’accrochent désespérément sur le terrain. La Stavka se résout pourtant finalement à admettre la défaite et les restes de la 6ème armée reçoivent l’ordre de se replier jusque sur le Donetz. Pour assurer la réussite de cette manœuvre délicate s’il en est, le Front de Voronej attaque le SS Panzerkorps avec les 12ème et 15ème corps blindés, aux effectifs très réduits. Les 1er et 2 mars, ces unités sont stoppées par la « Das Reich » et la « Totenkopf » et, le lendemain, la « Leibstandarte Adolf Hitler » exécute avec succès une manœuvre d’enveloppement, qui enferme le 15ème corps blindée dans une nasse où il est intégralement annihilé. La victoire allemande est totale et les pertes soviétiques sont lourdes.

La 4.Panzerarmee annonce un butin conséquent à l’issu des combats du 21 au 28 février : 11 000 tués et 4 600 prisonniers russes, 156 chars et 460 canons détruits. La 1.Panzerarmee revendique 300 chars ennemis détruits, de même que 1 700 prisonniers et 6 000 combattants soviétiques tués pour la période qui s’étend du 3 au 24 février 1943. Il s’agit là de pertes lourdes, mais elles sont toutefois modestes en regard des espoirs que pouvait avoir von Manstein et l’OKW : les grandes batailles d’encerclement de 1941 et du printemps 1942 sont bien finies. La contre-attaque a cependant permis des gains territoriaux appréciables puisque la Wehrmacht est parvenue à reconquérir un espace profond de 150 km et large de 120.

 

Manstein est bien décidé à poursuivre l’avantage ainsi acquis. Il tourne désormais toute son attention au nord, dans le secteur tenu par l’Armee Abteilung Kempf, détachement d’armée provisoire qui succède à l’Armee Abteilung Lang. C’est le 6 mars que les divisions du SS Panzerkorps enfoncent les lignes soviétiques établies à l’est et à l’ouest de Novaya Vodolaga, contraignant les Russes à se replier sur le cours de la Mcha, tandis que les 6. et 11.PZD attaquent de leur côté depuis le sud en direction de Kharkov, parvenant aussi sur la Mcha après s’être emparées de Tarnovka. Les SS tentent de contourner Kharkov par l’ouest, repoussant toujours plus vers le nord la 69ème armée soviétique, qui ne parvient pas à trouver les ressources pour stopper l’irrésistible avance des Panzer. La bataille pour Kharkov débute le 9 mars. La « Das Reich » attaque les faubourgs depuis l’ouest, tandis que la « Leibstandarte Adolf Hitler » poursuit la manœuvre de contournement par le nord, le flanc gauche assuré par la « Totenkopf » et la Panzergrenadier-Division « Grossdeutschand », l’unité blindée d’élite de la Wehrmacht. Les Waffen SS s’attaquent aux défenses établies dans les faubourgs le 10 mars. Tandis que les SS s’engagent dans des combats de rues, Manstein ordonne à leur chef de corps, le général Hausser, de poursuivre l’isolement de la ville. L’encerclement de Kharkov est ainsi quasiment acquis le 12 mars lorsque la « Totenkopf » marche sur Tchougoniev et Rozan, dont la prise coupe la 3ème armée blindée soviétique de ses lignes de communications. Le 14 mars, le Front de Voronej autorise l’abandon de Kharkov par la 3ème armée blindée. La ville est recapturée par les SS le 15 mars, effaçant ainsi l’évacuation opérée le mois précédent par ces mêmes combattants.

Manstein livre au même moment un autre combat, tout aussi vital pour la poursuite des opérations, dans le secteur de Bielgorod. La reprise de cette ville doit être assurée par l’Armee Korps Raus avec notamment la division « Grossdeutschand ». Il s’agit en effet d’assurer la solidité du flanc nord des positions de la Wehrmacht à Kharkov. C’est le 18 mars que la division SS « Leibstandarte Adolf Hitler », rendue disponible par la chute de Kharkov, s’empare de Bielgorod, parachevant ainsi une spectaculaire contre-offensive hivernale de la Wehrmacht dirigée d’une main de maître par von Manstein. Celui-ci estime que la bataille dans le secteur Kharkov-Bielgorod est terminée. Il est parvenu à réaliser l’impensable en parvenant à détruire plusieurs menaces russes et à rétablir un front cohérent au sud du front de l’Est après trois mois de retraite sur 400 km. La menace soviétique est momentanément conjurée et la ligne de front est à peu près celle du printemps 1942, avant le lancement du « Fall Blau » en direction de Stalingrad et le Caucase.

Si l’hiver s’achève par un indéniable succès allemand, il est tout aussi indiscutable d’affirmer que les Soviétiques ont remporté de spectaculaires victoires au cours de l’automne 1942 et de l’hiver 1942-43. Les pertes infligées aux forces de l’Axe sont considérables : la 6.Armee allemande et les 2/3 de la 2.Armee sont anéanties, de même que la 8ème armée italienne (185 000 pertes), la 2ème armée hongroise (140 000 pertes) et les 3ème et 4ème armée roumaines (250 000 pertes). En mars 1943, la Wehrmacht accuse un déficit de 470 000 hommes au sein des unités engagées sur le Front de l’Est. La victoire a été toutefois chèrement acquise, puisque les Soviétiques ont perdu plus d’un million d’hommes. L’Armée Rouge est épuisée et nombre d’unités ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, certaines divisions alignant moins de 1 000 hommes, voire à peine quelques centaines.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (24/50)

LE REFLUX DE LA WEHRMACHT ET LA DISPERSION DE STALINE (JANVIER-23 MARS 1943)

 

L’agonie de la 6.Armee est terrible, mais les combats autour de Stalingrad mobilisent d’importantes forces russes. Début janvier, les Russes concentrent 80 divisions autour de la poche de Stalingrad tandis que 109 autres divisions et 11 régiments de chars font face au reste des forces de Manstein, soit à peine plus de 10 divisions. La menace d’encerclement du Heeres-Gruppe A a conduit Manstein à abandonner l’armée de Paulus à son sort. Fin décembre, le Front de Transcaucasie se voit confier la tâche d’encercler les forces de von Kleist. Pendant qu’une attaque frappera le long de la mer Noire en direction de la péninsule de Tamam, privant ainsi les Allemands de tout espoir de repli vers la Crimée, le Front Sud attaquera à travers la steppe Kalmouk au-delà du Manytch vers Salsk et Tikhoretsk, afin de couper le Heeres-Gruppe A de Rostov. Deux autres armées du Front Sud, la 5ème de Choc et la 2ème de la Garde, frapperont pour leur part directement vers l’ouest, afin de s’emparer de Rostov. Hitler se refuse toujours à un repli total hors du Caucase, mais autorise une rectification du front. Des renforts conséquents, provenant notamment de France et du Caucase, sont en route pour renforcer Manstein. La situation est de plus en plus dangereuse puisque les troupes de Yeremenko s’approchent jusqu’à une trentaine de kilomètres de Rostov.

La VVS renaît de ses cendres au début de 1943

Le 12 janvier, une autre armée des alliés satellites de l’Allemagne s’effondre à son tour devant la puissance de l’Armée Rouge, en l’occurrence la 2ème armée hongroise qui est taillée en pièces par le général Golikov qui lance dans la bataille sa 40ème armée et sa 3ème armée blindée. Le 24.Panzer-Korps est emporté lui aussi dans la tourmente. Les Soviétiques parviennent à encercler pas moins de 13 divisions hongroises et italiennes, qui résistent farouchement jusqu’à la fin du mois de janvier. Les Russes déclarent avoir capturé 87 000 prisonniers. L’amiral Horty, le dictateur hongrois, reconnaît la perte de 80 000 tués et disparus ainsi que 63 000 blessés. Ce nouveau désastre menace cette fois-ci le Heeres-Gruppe B de von Weichs dans le quel une énorme brèche de 200 km vient d’être opérée.

 

Vassilievski tente alors d’anéantir la 2.Armee, qui aligne 125 000 hommes, en lançant une attaque en tenaille des Front de Briansk et de Voronej. Par des températures sibériennes et sous les coups d’un terrible blizzard qui s’abat sur le champ de bataille, les Soviétiques lancent leur nouvelle offensive le 24 janvier 1943. Le 28 janvier, les armées des deux fronts soviétiques se rejoignent à Kastornoe. Deux corps sur les trois de la 2.Armee sont encerclés. Le Heeres-Gruppe B est virtuellement anéanti : sur 250 km, la Wehrmacht n’aligne plus que 8 divisions, dont 3 en réserve à Kharkov !

Pour l’Armée rouge (le cliché date d’une autre période de la guerre), c’est le temps des victoires mais l’ennemi reste dangereux

Devant l’évolution de la situation, le Führer ordonne le 24 janvier à la 1.Panzer-Armee de se repositionner au nord de Rostov. Les unités du Heeres-Gruppe Don doivent donc maintenir ouvert le passage par cette ville de la plus haute importance stratégique. Toutefois, la 4.Panzerarmee, trop faible, ne cesse de se replier vers l’ouest tout en couvrant toujours Rostov. Hollidt se met à l’abri derrière le Donetz amis les Russes percent immédiatement, les têtes de pont ne sont finalement résorbées qu’après plusieurs jours de combats menés par les 6. et 7.PZD venues à la rescousse. Manstein parvient néanmoins à sauver la 1.Panzerarmee, envoyée relever les unités de Fretter-Pico à Vorochilovgrad. Dans le même temps, le front du Heeres-Gruppe B se reconstitue. La 17.Armee se replie pour sa part vers la péninsule de Tamam, dans le Kouban. La crise immédiate est passée pour la Wehrmacht. Mais le revers infligé par les Soviétiques au cours de l’hiver 42-43 est cinglant.

Staline est bien décidé à poursuivre l’avantage et vise ni plus ni moins à s’emparer de l’Ukraine. L’offensive « Etoile » vise à la pris de Kharkov et de son bassin industriel. Une autre offensive, baptisée « Galop » doit permettre la libération du bassin du Donetz et de franchir le Dniepr. Les Fronts du Sud-Ouest et de Voronej sont engagés dans cette entreprise démesurée, qui ne tient absolument pas compte de l’allongement des lignes de ravitaillement russes et de l’usure des unités après des semaines de combats acharnés. Pourtant, le 9 février, les Soviétiques s’emparent de Koursk et de Bielgorod et, le 16, de Kharkov. Manstein a réussi à faire admettre à Hitler la nécessité de se replier sur le Mious, pour raccourcir les lignes de ravitaillement et gagner le temps nécessaire à la constitution de réserves. Le front est finalement solidement stabilisé entre Taganrog et Slaviansk. Par contre, la situation est dangereuse sur les arrières de la 1.Panzerarmee puisque les Soviétiques menacent Krasnoïarmeskoïe et Dniepropetrovsk.

 

Au nord, les Soviétiques sont également passés à l’offensive le 12 janvier 1943 pour dégager Leningrad, assiégée depuis l’automne 1941. L’effort principal est délivré par le Front du Volkhov, qui engage des moyens considérables. L’attaque débute par un terrifiant bombardement de 4 500 pièces d’artillerie. Schlüsselburg, encerclée, tombe aux mains des Russes. Les combats se poursuivent avec intensité jusqu’au début du mois d’avril. Les Russes ont perdu pas moins de 270 000 hommes. Tactiquement, les Allemands ont encore fait preuve d’une supériorité incontestable, mais le succès stratégique est de taille pour les Soviétiques : les liaisons terrestres ont enfin été rétablies avec Leningrad !

Plus au sud, le Heeres-Gruppe Nord réussit la délicate tâche d’évacuer le saillant de Demiansk. Cette opération a l’avantage de libérer 10 divisions allemandes à un moment où la crise des effectifs est particulièrement alarmante, tout en réduisant le front de plusieurs centaines de kilomètres.

 

Cette crise des effectifs oblige l’OKW à ordonner également un autre raccourcissement du front dans le secteur du Heeres-Gruppe Mitte. C’est ainsi que l’opération « Büffel », menée avec dextérité en mars 1943, permet l’abandon du saillant de Rzhev, long de 530 km. 20 divisons peuvent ainsi être redéployées. Ce saillant a été le théâtre de violents combats entre novembre 1942 et mars 1943 dans le cadre de l’opération « Mars », déclenché par Koniev. Cette coûteuse offensive n’a en rien entamé les défenses allemandes avant l’évacuation du saillant, mais elle a en revanche saignée à blanc l’Armée Rouge : les Russes ont perdu près de 2 000 chars ! Smolensk est menacé mais le front allemand est fermement tenu.

 

Le Heeres-Gruppe Mitte de von Kluge a toutefois subi un revers à Velikiye Luki, à l’extrême nord du groupe d’armées, où la garnison de la forteresse a été anéantie. Le 19 novembre, la 3ème armée de Choc soviétique se lance à l’assaut à la jonction des deux groupes d’armées allemands. Très vite, la ville est encerclée avec 7 500 combattants. Les tentatives menées pour lever le siège s’avèrent infructueuses. Le 16 janvier, la bataille de Velikiye Luki est terminée.

Staline a cependant surestimé les capacités de son armée et il disperse dangereusement ses efforts sur l’ensemble du front de l’Est, comme au début de l’année précédente. Au sud, en l’espace de trois semaines, Manstein retourne complètement le sort de la bataille sur le front de l’Est. Dès le 19 février, il contre-attaque les colonnes soviétiques qui foncent vers le Dniepr, aux flancs mal protégés et démesurément allongés. Totalement surpris, les Russes perdent 25 000 hommes et 600 chars. Le 8 mars, Manstein lance une deuxième offensive qui repousse les Soviétiques de 150 km en arrière et permet aux Allemands de réoccuper Kharkov et Bielgorod et de reporter le front sur le cours du Donetz. Le succès est spectaculaire. Mais, comme chaque année, le dégel amène le ralentissement des opérations. Les deux adversaires sont épuisés. Ce répit permet aux deux armées de se refaire en vue des combats de l’été.

 

PRISONNIERS DE GUERRE ALLEMANDS

Pour le combattant allemand prisonnier, la captivité en Union Soviétique est un véritable cauchemar. Ce sort est pourtant enduré par de nombreux soldats. En mai 1945, les Soviétiques observent ainsi une immense colonne de captifs qui s’étale sur 75 kilomètres entre Berlin et Francfort-sur-l’Oder. Parqués dans des enclos improvisés, les prisonniers sont contraints d’effectuer des marches interminables. Les détenus sont envoyés dans des camps de travail en Sibérie, où les conditions de détention sont atroces. Plus d’un million et demi de soldats de la Wehrmacht seraient morts dans les Goulags sibériens ou auraient disparus au front ou en captivité, soit plus du tiers du total des tués et disparus enregistré par la Wehrmacht au cours de la guerre. Bien souvent, la libération et le retour en Allemagne ne s’opère qu’après une longue captivité. C’est ainsi que seuls 6 000 survivants de la 6.Armee de Paulus rentrent dans leur foyer en 1956 seulement !

Guerre du Pacifique/Pacific War (33/43): Kohima et Imphal

KOHIMA ET IMPHAL : LES JAPONAIS STOPPES AUX INDES,

8 MARS-3 JUILLET 1944

 

L’armée des Indes remporte une victoire éclatante à Kohima et Imphal

 

Le plan U-GO prévoit d’anéantir les unités alliées après les avoir isolées sur leurs positions. Après quoi Imphal et ses terrains d’aviation seront occupés par les forces nippones. La manœuvre semble possible en raison du déploiement du 4th Indian Corps du général Scoones, très en avant, presque jusqu’à la Chindwin. Les Britanniques sont en effet sur le point de lancer leur propre offensive et les unités commencent donc à être positionnées en conséquence. Mutaguchi engage trois divisions d’infanterie et un régiment blindé dans l’offensive, mais ses grands subordonnés ne partagent ne aucune manière son optimisme. La 33ème division de Yanagida doit détruire la 17th Indian Division à Tiddim et attaquer Imphal depuis le sud pendant que la 15ème division de Yamauchi enveloppera la ville par le nord. Une formation ad-hoc, organisée à partir des deux unités précédentes, la force Yamamoto, sous les ordres du général Tsunoru Yamamoto, attaquera pour sa part Imphal depuis l’est après avoir anéanti la 20th Indian Division à Tamu. Plus au nord, la 31ème division mènera une autre opération en direction de Kohima et de Dimapur. Le plan est donc simple mais il pèche par excès de confiance. Le ravitaillement est en effet limité à trois semaines, délai jugé suffisant pour emporter la décision, d’autant plus que Mutaguchi estime que des dépôts alliés seront déjà capturés à cette date. Il n’est donc fait aucun cas de la supériorité aérienne alliée ni de leur capacité opérationnelle, qui a beaucoup gagnée en efficacité depuis les réformes de Slim. Bien plus, Mutaguchi est certain que la jungle qui entoure Imphal empêchera le déploiement d’unité blindée britannique et il laisse donc ses hommes sans protection antichar adéquate. Alors que l’offensive est sur le point de démarrer, le deuxième raid des Chindits prend les Japonais. Mutagashi n’en a cure et refuse de divertir des troupes comme on le lui demande, arguant du fait qu’il aura remporté la victoire dans quelques semaines.

Le 8 mars 1944, les Japonais traversent la Chindwin. Les rapports des services de renseignements ont permis à Slim et à Scoones de se préparer à l’assaut ennemi et ils ont convenu de se retirer dans la plaine d’Imphal, forçant ainsi les Japonais à combattre à la limite de leurs possibilités logistiques. Les Britanniques n’ont pourtant pas prévu la puissance de l’assaut et ont mal jugé la date probable de cette offensive. A l’est, la 20th Indian Division de Gracey n’éprouve aucune difficulté majeure à se retirer et se replie sans encombre sur Imphal. Les Chindits ont en effet détourné de leur attention deux bataillons de la force Yamamoto, affaiblissant ainsi celle-ci de manière conséquente. Sur le front de la 17th Indian Division de Cowan, la situation est nettement plus délicate pour les Britanniques puisque Yanagida a réussi à isoler la division indienne, comme convenu dans le plan. Le 215ème régiment japonais s’est ainsi emparé d’un dépôt à Milestone 109, soit 30 kilomètres en arrière des premières lignes de Cowan ! De son côté, le 214ème régiment se trouve à Tongzang et sur le col de Tuitum, commandant l’unique route du secteur, à peine quelques kilomètres derrière la division indienne. Pourtant, le 18 mars, les Japonais, retranchés que bien trop sommairement, sont rejetés de cette crête par la 48th Indian Brigade. La route est à nouveau contrôlée par Cowan. Ce dernier a réussi à conserver le pont sur la rivière Manipur sur lequel se replie la division. La reprise du dépôt le 25 mars permet à Cowan de faire retraite en emmenant avec lui la plupart des véhicules, des vivres et des munitions. Le 4 avril, la 17th Indian Division et la 23rd Indian Division de Roberts, venue en soutien, se sont retirées sur Imphal. Celle-ci, défendue alors uniquement par la 50th Indian Parachute Brigade, a été renforcée par Slim par la 5th Indian Division transportée par voie aérienne depuis l’Arakan, où une attaque de diversion de la 55ème division japonaise s’est avérée n’être qu’un fiasco. Entre temps, les parachutistes sont malmenés à Sangshak par la 31ème division japonaise en route pour Kohima : 600 Britanniques sont perdus pour 400 Japonais. Imphal est entièrement isolée et le siège commence.

La 31ème division de Sato débouche donc sur Kohima et Zubza sur la route de Dimapur, à 60 km du terminus de la voie ferrée et des dépôts de toute la 14th British Army. L’heure est donc grave. Slim organise donc le 33rd Indian Corps de Stopford autour de Dimapur à partir de la 2nd British Division, une brigade de la 5th Indian Division, des blindés et une brigade Chindits détournée de sa mission. Les défenses font en effet défaut et seules quelques troupes tiennent Kohima. Le siège commence le 6 avril. Le lendemain, la 161st Indian Brigade est encerclée à son tour. A Kohima, 2 500 hommes, dont 1 000 non-combattants, s’accrochent à la position. Le périmètre défensif est des plus restreints et la garnison ne dispose que d’un unique canon qui a été parachuté. Les défenseurs, presque dépourvus d’eau, vont mener des combats acharnés dignes des affrontements de la Grande Guerre au cours desquels ils vont perdre 600 des leurs.

L’attaque japonaise sur Imphal se concrétise à partir du début du mois d’avril. Au nord, la 15ème division japonaise a réussi à capturer un dépôt de ravitaillement britannique à Kangpokpi, sur la route principale reliant Imphal à Dimapur. Mais le butin est décevant pour les soldats nippons puisque les vivres et les munitions ont une fois de plus été évacués à temps. Toutefois, le 51ème régiment parvient à s’emparer des hauteurs stratégiques de Nunshigum. Cette crête surplombe en effet l’aérodrome principal de la position britannique. Scoones se doit de réagir promptement à une menace aussi grave. Aussi, le 13 avril, une contre-attaque énergique est lancée par la 5th Indian Division, sous le couvert de l’artillerie et avec le soutien des chars M3 Lee. Grâce à des treuils, les Britanniques réussissent à monter des chars sur des pentes réputées impossibles, jusqu’à 1 300 mètres d’altitude. Incapables de tenir leurs positions faute d’armement antichar, les Japonais sont contraints au repli après avoir essuyé de lourdes pertes. Au sud, la 33ème division japonaise attaque à Bishenpur, où elle coupe une voie secondaire menant à Silchar. Toutefois, Yanagida est encore sous le choc de l’échec de l’encerclement de la 17th Indian Division. La nouvelle qu’un de ses régiments aurait été anéanti à Milestone 109 ne fait qu’aggraver son pessimisme. Il ne met donc que peut d’empressement à sa tâche et manque ainsi l’occasion de s’emparer sans coup férir de Bishenpur, alors défendue par une unique brigade de la 20th Indian Division, en l’occurrence la 32nd Brigade. Le général japonais est immédiatement démis de ses fonctions par Muraguchi. A l’est, la force Yamamoto se lance à l’assaut du col de Shenam, un site particulièrement approprié à la défense. Les positions défensives de la 20th Indian Division s’avèrent être une noix trop dur à croquer pour Yamamoto en dépit de l’intervention de moyens blindés et d’un soutien en artillerie conséquent. Les combattants de l’armée nationale indienne de Bose s’avèrent être une déception pour les Japonais puisque un nombre croissant de recrues déserte les unités. L’offensive semble donc dans l’impasse.

Le 1er mai, l’offensive japonaise est arrivée à son point mort. Les combats sont pourtant acharnés. Des commandos-suicides japonais parviennent ainsi sur les aérodromes où plusieurs avions sont détruits ! D’autres se sacrifient avec un obus de 105 mm dont ils font exploser la fusée au passage d’un blindé au-dessus de leur trou individuel… Slim et Scoones ne perdent aucun temps à contre-attaquer l’adversaire, en particulier la 15ème division, qui semble bien vulnérable. Toutefois, les progrès sont bien lents. La mousson gène en effet considérablement les mouvements et la ténacité du combattant japonais mène à des affrontements d’une rare violence. Les positions japonaises semblent donc inexpugnables. Bien plus, le ravitaillement aérien ne permet pas de répondre à tous les besoins et les munitions d’artillerie doivent être rationnées.

   

Toutefois, la situation logistique des forces japonaises est alors particulièrement dramatique. Le 33rd Indian Corps est ainsi en mesure de lever le siège de Kohima le 18 avril et les combats cessent dans ce secteur à la fin du mois de mai et peut donc se mettre en marche en direction du sud, prenant ainsi les positions de la 15ème division à revers. Celle-ci ne peut soutenir le choc et, le 22 juin, le 33rd Indian Corps établit sa jonction avec le 4th Indian Corps à Milestone 109.

 

Mutagushi n’a pourtant pas encore renoncé à la victoire. Pour être plus précis, il n’est en fait pas disposé à endosser la responsabilité d’une retraite. Kawabe se trouve exactement dans la même disposition d’esprit. Depuis le mois de mai, les deux officiers savent qu’ils ne peuvent plus l’emporter. Mais ils ne peuvent l’admettre et en accepter les conséquences. Les Japonais renouvellent donc leurs attaques. La 33ème division, renforcée par quelques bataillons, monte ainsi à nouveau à l’assaut de Bishenpur. Le choc est violent et les défenses alliées sont malmenées mais le général Tanaka ne parvient pas à obtenir la percée. Les attaques de Yamamoto s’avèrent tout aussi infructueuses. Au nord-est, les restes des 15ème et 31ème divisions sont trop affaiblis pour être engagés à nouveau de manière offensive. En fait, plus aucune unité japonaise n’accepte de repartir à l’assaut. Ce constat amer pousse Mutagushi à abandonner l’offensive le 3 juillet et à entamer un mouvement de repli sur la Chindwin, après l’abandon de tout le matériel lourd.

Les pertes japonaises à Imphal se montent à 54 879 hommes, dont 13 500 morts. La plus grande part de ces pertes sont avant tout dues à un ravitaillement déficient, aux maladies et à l’épuisement. Les pertes britanniques sont beaucoup plus limitées puisqu’elles se montent à 12 603 hommes, pour la seule bataille d’Imphal. A Kohima, les pertes respectives se montent à 5 764 et 4 604. Au cours de cette bataille décisive, le rôle tenu par la RAF est inestimable. Les défenseurs de Kohima et d’Imphal ont en effet été ravitaillés uniquement par la voie des airs pendant toute la bataille. 19 000 t d’approvisionnements et 12 000 hommes ont ainsi été amenés aux deux garnisons tandis que 13 000 pertes et 43 000 non-combattants sont évacués par les mêmes moyens. Le succès britannique est donc considérable. U-GO est un échec complet.

 

 

Guerre du Pacifique/Pacific War (32/43): Birmanie

 

DERNIERE OFFENSIVE JAPONAISE EN BIRMANIE, NOVEMBRE 1943-3 JUILLET 1944

 

 

 

               

L’échec en Arakan n’est pas sans conséquences pour l’armée britannique, qui est alors en proie au défaitisme, en dépit du succès indéniable remporté par Wingate. Toutefois, l’énergie du général Slim et la remise sur pied de l’armée ont tôt fait de remédier à la situation.

En 1943, Slim reçoit le commandement de la 14th British Army tandis que l’amiral Lord Mounbatten, avec le général Stilwell comme adjoint, prend la tête du tout nouveau commandement allié en Asie du Sud-Est, le SEAC. Energique, Slim n’hésite pas à reconnaître ses erreurs mais analyse correctement les raisons de la défaite afin d’y remédier au plus vite. Enfin, il ne sous-estime en aucune manière l’adversaire et cherche au contraire à le connaître parfaitement afin de déceler avec justesse ses défauts pour réussir à le vaincre. Son état-major comprend d’ailleurs un bureau spécialisé dans les mentalités japonaises.

 

Slim relève plusieurs faiblesses chez l’adversaire qu’il convient de mettre à profit. D’après lui, les Japonais ont horreur de l’imprévu, leur chaîne logistique est déficiente et, enfin, il semblerait que le haut-commandement japonais ne soit jamais en mesure d’admettre ses erreurs et refuse de perdre la face. Slim déploie donc toute son énergie à parfaire l’entraînement de son armée. Des centres de repos et une attention particulière aux questions de santé aboutissent à de meilleures conditions de vie, bénéfiques pour le moral. Les troupes s’entraînent à vivre et à combattre dans la jungle et à surmonter la peur qu’elle leur inspire. Le principe de l’attaque frontale, très coûteuse, est abandonné au profit d’une tactique reposant sur les débordements. En outre, la présence de soldats japonais sur les arrières ne doit plus être source d’inquiétude : ce sont ces derniers qu’il convient désormais de considérer comme encerclés. Enfin, la logistique est largement renforcée : les dépôts sont multipliés afin que la perte de l’un d’entre-eux ne soit pas conséquente et le ravitaillement par air sera désormais possible pour toute unité isolée. Enfin, tout les hommes doivent être capables de se battre et les patrouilles deviennent de rigueur : il n’y a plus de non-combattants.

Dans le camp japonais, Kawabe, le nouveau commandant en chef en Birmanie, a reçu des renforts substantiels, incluant 200 chars, et dispose de 320 000 hommes, dont 15 000 des forces aériennes. Les 60 000 hommes de la 33ème armée de Honda font face aux Chinois et aux Américains de Stilwell. La 28ème armée de Sakurai est engagée en Arakan et autour de Rangoon avec 50 000 hommes. Enfin, les 100 000 hommes de la 15ème armée du général Mutaguchi. Enfin, Kawabe dispose d’une réserve générale de 40 000 hommes, sans compter les troupes de la logistique. Pour les Japonais, il est essentiel de maintenir l’isolement de la Chine en conservant la Birmanie. En dépit des réticences de Kawabe, Tojo accepte un plan d’offensive en Inde, baptisé U-GO, proposé par Mutaguchi. Le plan vise à s’emparer d’Imphal et d’avancer vers le Brahmapoutre. Cette zone stratégique permettrait ainsi de renforcer la mainmise sur la Birmanie et briserait la ligne de ravitaillement alliée vers la Chine. Enfin, un succès peut déstabiliser la présence britannique en Inde.

Avant même que la grande offensive U-GO ne soit déclenchée, plusieurs actions secondaires opposent les Alliés et les Japonais en Birmanie. En février 1944, les Japonais sont tenus en échec en Arakan. Sakurai tente en effet de s’infiltrer dans les lignes de la 7th Indian Division de Messervy pour ensuite l’annihiler. L’opération est baptisée Ha-GO. Messervy, dont le PC a failli être balayé par les Japonais, retourne la situation à son avantage et la supériorité britannique en artillerie, en chars et en avions assure le succès final. Ravitaillée par air, la division indienne soutient le choc alors que les assaillants sont bien vite à cours de munitions. En outre, les Japonais font preuve d’un manque total d’imagination en s’acharnant à emporter la décision toujours au même endroit, en l’occurrence la clairière de Sinzweya, l’ « Admin-Box ». Les Japonais ne peuvent que s’incliner. Ils déplorent 5 000 tués. Les Britanniques ont perdu 8 000 tués, blessés et malades évacués.

  

Au nord, les troupes de Stilwell prennent l’offensive dès novembre 1943. Les Chinois affrontent la 18ème division japonaise de Tanaka au cours de violents combats, qui réduisent l’unité japonais de 70% de ses effectifs ! Pourtant, en mai 1944, Stilwell atteint Myitkyina. Toutefois, si la ville ne tombe qu’en juillet, le succès est retentissant. La prise de l’aérodrome est très importante sur le plan stratégique car la ligne de ravitaillement de la Chine de Tchang-Kai-Chek, le HUMP, peut établir une liaison avec un trajet moins montagneux. Les Marauders de Merrill sortent toutefois épuisés de l’épreuve et l’unité ne sera plus jamais engagée.

 

Les Chindits de Wingate ne sont pas en reste. Le succès de la première offensive a contribué au renforcement considérable des unités placées sous le commandement de Wingate. La méthode change également. Wingate opte désormais pour l’établissement de points fortifiés loin derrière les lignes japonaises à partir desquels il lancera des colonnes pour effectuer des raids. En février 1944, Wingate lance l’opération « Thursday ». La 16th Brigade de Fergusson quitte Ledo en direction d’Indaw en évitant avec brio les forces japonaises sur un terrain particulièrement difficile. Fergusson parcourt les 400 km en 47 jours. Les autres unités doivent arriver par voie des airs, notamment à bord de planeurs, sur des zones d’atterrissages baptisées « Piccadilly », « Broadway », « Chowringhee » puis « White City ». Début mars, 9 000 hommes ont ainsi atterri sur les arrières japonais et établi comme prévu des bases fortifiées. Malheureusement, Wingate décède le 24 mars dans un accident d’avion. Une telle opération exige un potentiel aérien considérable mais les opérations autour de Kohima et Imphal vont obliger Slim a détourner une grande part de ces moyens. Les Chindits sont engagés alors plus au nord et passent en mai sous le commandement de Stilwell où les pertes sont lourdes. 3 800 hommes, dont 1 396 tués, sont en effet perdus, sans compter les malades, aussi nombreux. Toutefois, ces opérations ont diverties les réserves japonaises alors que l’offensive U-GO bat son plein. Bien plus, la 23rd Brigade des Chindits s’oriente vers Kohima sous la mousson à travers les collines de Naga et contribue largement au succès allié en perturbant gravement la logistique ennemie.

Entre temps, en effet, l’offensive U-GO a été déclenché et s’avère être un désastre pour les forces japonaises. Les Britanniques ont failli être surpris par la vigueur de l’assaut japonais dès le 8 mars. L’avance japonaise, en dépit du terrain montagneux, est remarquable et Dimapur semble menacée pendant la première quinzaine d’avril. Slim garde toutefois son sang-froid car il dispose de ressources suffisantes pour mener une contre-attaque puissante. La petite garnison de Kohima est finalement délivrée le 18 avril tandis que les combats décisifs ont lieu à Imphal, entièrement isolée mais ravitaillée efficacement par voie des airs. En dépit de la férocité des combats et du courage et de l’abnégation des soldats japonais, la 14th Army sort victorieuse de l’affrontement. Le 18 juillet, les Japonais se replient finalement sur la Chindwin, retraite qui tournera au cauchemar, faute de ravitaillement adéquat et sous les assauts de la mousson. L’échec de Mutaguchi est sanglant : il déplore en effet la perte de 60 000 hommes sur les 100 000 engagés ! Il s’agit de l’un des pires désastres de l’armée nipponne. Les forces japonaises en Birmanie sont désormais affaiblies pour assurer leurs positions dans cette zone si stratégique. De plus, l’Inde est désormais à l’abri de toute nouvelle tentative japonaise. Slim a désormais gagné l’initiative dans la dure campagne de Birmanie.

 

L’ARMEE NATIONALE INDIENNE

  

Les Japonais sont entrés en guerre avec le slogan « L’Asie aux Asiatiques », visant l’expulsion des Européens et la mise en place d’une sphère de co-prospérité asiatique sous le leadership nippon. En Inde, Subhas Chandra Bose constitue un gouvernement de l’Inde libre et recrute des combattants au sein des combattants de l’Armée des Indes capturés par les Japonais en Asie du Sud-Est. Dès janvier 1942, Mohan Singh, ex_officier de l’armée des Indes, constitue ainsi à Kuala Lumpur l’Indian National Army (INA). L’objectif de Bose est de libérer les Indes de la tutelle britannique par la force des armes. Environ 20 000 prisonniers indiens rejoignent l’INA dès les premiers mois de son existence, puis 20 000 autres, durant l’été 1942, afin d’échapper aux terribles conditions d’internement. En général, très peu sont favorables aux Japonais et nombreux sont ceux qui désertent pour rejoindre les lignes anglaises ou saper l’INA de l’intérieur. Une première unité est formée en septembre 1942, à partir de trois unités de guérilla : les régiments Gandhi, Nehru et Azad. Toutefois, une mésentente avec les japonais conduit à une réduction de 80% des forces de l’INA, la plupart de ses membres demandant le retour à leur statut de prisonniers de guerre. Toutefois, les choses évoluent avec l’arrivée de Bose d’Allemagne. Le chef de l’Inde libre a déjà formé une unité en Allemagne, la légion indienne, et il parvient à persuader les Japonais à constituer une deux autres divisions. La 1ère division, formée dès septembre 1942, est quant à elle engagée en 1944 en Arakan et vers Kohima et Imphal, participant d’ailleurs aux combats pour cette dernière et ne ramenant dans les ligne japonaises que 2 600 survivants sur 7 000 soldats engagés.

Peter Padfield, Dönitz et la guerre des U-Boote

Peter Padfield, Dönitz et la guerre des U-Boote, Collection Texto, Tallandier, 2017, 702 pages

Les livres sur l’amiral Dönitz, le « patron » des U-Boote pendant la Seconde Guerre mondiale puis successeur de Hitler à la tête d’un Reich, sont une rareté. Ne boudons pas notre chance de pouvoir en lire un en langue française, récemment republié dans la collection Texto des éditions Tallandier. L’ouvrage d’origine date des années 1980, mais le texte n’est pas pour autant désuet et dépassé (même si certains auteurs ou critiques ont l’habitude de déclarer « daté » tout ce qui a été fait avant eux ou qui se heurte à leur vision des choses). Etre le seul à proposer un texte sur un sujet n’est pas garant de qualité, mais cet écueil est surmonté par l’auteur, dont l’ouvrage, sérieux, ne glisse par ailleurs nullement dans l’apologie crasse ou la sympathie néo-nazie, un risque toujours présent sur ce genre de sujet. Si la partie consacrée à la jeunesse et à la Grande Guerre est relativement courte, le lecteur appréciera tout particulièrement la partie traitant de l’entre-deux-guerres. P. Padfield nous donne de nombreux éléments sur le réarmement de la flotte, le contexte stratégique, politique et économique, les discussions quant à l’emploi de la Kriegsmarine en cas de guerre, la grande inconnue pour les Allemands étant la posture qu’adoptera l’Angleterre (situation en grande partie due à l’aveuglement et à la naïveté de Hitler). Les pages portant sur la Seconde Guerre mondiale forment le gros de l’ouvrage, on n’en sera pas surpris. Si la plupart des événements relatés et des renseignements fournis sont bien connus des amateurs de la bataille de l’Atlantique, on appréciera la teneur des discussions au niveau du haut-commandement et des principaux responsables nazis Si le livre vaut d’être acheté, c’est surtout pour ses 150 dernières pages qui traitent de l’agonie du III. Reich puis de l’après-guerre, en particulier du procès de Nuremberg (des pages fort intéressantes), le déroulement de ce dernier ainsi que le quotidien des détenus pendant son déroulement puis, ensuite, dans la prison de Spandau sont très instructifs. Les conditions dans lesquelles Dönitz est devenu l’héritier de Hitler, le règlement du conflit ainsi que ses relations ambigües avec les caciques du pouvoir, à commencer par Himmler, nous obligent à réfléchir sur la personnalité du personnage. Ne méritait-il pas plus que les dix ans d’emprisonnement auxquelles il fut finalement condamné ? Sauf à l’heure de sa mort, force est de reconnaître que l’homme n’a jamais réellement admis avoir mal agi, ni avoir été l’instrument d’une cause démoniaque : le sens du devoir d’un ancien amiral persuadé qu’il aurait pu remporter la bataille de l’Atlantique semble avoir primé tout. Mais quel sens du devoir ? La neutralité n’existe pas en politique. L’homme n’attire guère de sympathie, mais il est nécessaire et intéressant de connaître son parcours. Cette biographie est très révélatrice de la façon dont les responsables nazis se sont dédouanés des crimes du système qu’ils ont servi sans état d’âme, ainsi que de la façon dont une partie de la population allemande, souvent des anciens combattants et compagnons d’armes, est resté fidèle et emplie d’admiration pour des individus tels que Karl Dönitz.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (23/50)

OPERATION « URANUS » : LA 6.ARMEE ENCERCLEE

(19-30 NOVEMBRE 1942)

   

 

A la mi-novembre, la 6.Armee de Paulus est épuisée. La ville de Stalingrad est pour ainsi dire entre contrôlée mais les défenseurs russes s’acharnent à défendre les derniers îlots de résistance, qui paraissent inexpugnables. Les pertes ont été si lourdes au sein des unités d’infanterie de la Wehrmacht que les effectifs des compagnies sont souvent ramenés à 30 ou 40 hommes. Les unités blindées ne sont pas logées à meilleure enseigne puisqu’à peine 180 Panzer sont opérationnels. Le 12 novembre, alors que les assauts cessent à Stalingrad, les services de renseignements font part une nouvelle fois de l’accumulation de troupes soviétiques au nord de Stalingrad, face aux positions occupées par les Roumains, les Hongrois et les Italiens.

 

Les Roumains de la 3ème armée sont particulièrement menacés en raison de la tête de pont à l’est du Don qui n’a jamais été complètement nettoyée par les Allemands. Les forces roumaines sont particulièrement mal dotées en matériel moderne et les Soviétiques les ont justement diagnostiquées comme constituant le maillon faible du front ennemi. Sur plus de 100 km, les lignes sont occupées par des unités roumaines, chaque division se voyant confier une vingtaine de kilomètres de front, ce qui dépasse bien sûr leurs capacités. Toutefois, si les signes avant-coureurs d’une attaque sont évidents, les Allemands et leurs alliés roumains ne soupçonnent pas l’ampleur de l’offensive qui se prépare. Hitler, peu rassuré de savoir les flancs de Paulus confiés à des alliés peu sûrs militairement, presse ce dernier d’en finir avec Stalingrad. Au sud de Stalingrad, les positions de l’Axe sont également occupées par une armée roumaine, la 4ème, mais les préparatifs soviétiques dans ce secteur sont passés plus inaperçus. En dépit des demandes réitérées de Zeitzler, le chef d’état-major de l’OKH, la 6.Armee ne s’est pas redéployée hors de Stalingrad, conformément aux ordres du Führer. Paulus est également à blâmer pour ses négligences coupables. Il ne met en effet à disposition de son flanc nord que d’insuffisantes réserves, en l’occurrence le 48.Panzer-Korps, constituée des 147 blindés roumains, des modèles tchèques et allemands dépassés, les 104 Panzer de la 22.Panzer-Division (près de 60 seront pourtant non opérationnels le jour de l’offensive russe, en raison de graves négligences dans leur entretien !) et de la cinquantaine de Panzer IV de la 14.Panzer-Division.

 

 

Le plan soviétique, baptisé « Uranus », est mûrement réfléchi. Il est né au cours du mois de septembre et n’a cessé de prendre de l’ampleur au cours des semaines qui ont suivi. La Stavka fait preuve à cette occasion d’un grand sens stratégique en planifiant une ambitieuse offensive alors que la situation au front est loin d’être avantageuse. Pourtant, les préparatifs vont bon train et les réserves sont accumulées en vue de l’assaut, tout en ne négligeant pas de renforcer au minimum les fronts de Stalingrad et du Caucase. Le plan prévoit une attaque en tenaille sur les flancs de Paulus dans les secteurs tenus par les armées roumaines, afin d’enfermer la 6.Armee dans une nasse et de la détruire. Les Fronts du Sud-Ouest de Vatoutine et du Don de Rokossovski doivent frapper au nord, tandis que le Front de Stalingrad de Yeremenko attaquera depuis le sud. Le plan prévoit que les armées de Vatoutine et de Yeremenko établiront leur jonction à Kalatch, sur le Don. Dans le même temps, Rokossovski aura pour tâche de refouler la 6.Armee dans ses tentatives de percée vers l’ouest. L’offensive est des plus ambitieuses. Mais, en cas de succès, l’ascendant stratégique et moral que prendra l’Armée Rouge sur son adversaire sera de nature à renverser le cours de la guerre. Les moyens rassemblés par les Russes pour cette contre-offensive, sont considérables, à la mesure des objectifs que se sont donnés les planificateurs d’ « Uranus », Vassilievski, Vatoutine et Joukov. C’est ainsi que 500 000 hommes, 900 T 34, 230 régiments d’artillerie de campagne et 115 régiments de lance-roquettes  Katiouchas sont rassemblés. On notera qu’à cette occasion les Russes engagent moins de blindés que Monty à El Alamein une quinzaine de jours plus tôt, preuve s’il en est que l’immensité du front russe rend les concentrations particulièrement difficiles.

Le 19 novembre 1942, une préparation d’artillerie particulièrement fournie s’abat sur les lignes de la 3ème armée roumaine. Les Fronts du Sud-Ouest et du Don se lancent à l’assaut des troupes ennemies, à l’évidence incapables de résister à une attaque d’une telle ampleur. Si certaines unités roumaines parviennent à repousser les assaillants, d’autres sont en revanche écrasées et ne peuvent endiguer le flot. La percée atteint 10 kilomètres de profondeur. En dépit de leur vaillance, les divisons roumaines cèdent sous la puissance de l’offensive russe. De surcroît, le brouillard qui règne ne favorise en aucune manière l’intervention des unités de la Luftwaffe et la précision des tirs de l’artillerie roumaine. Le 48.Panzer-Korps s’oppose courageusement à la 5ème armée blindée soviétique mais manque singulièrement de puissance pour espérer repousser les assaillants et se voit donc obligé de décrocher, la division blindée roumaine, isolée, étant à cette occasion abandonnée à son sort. Le désastre est complet. En à peine cinq jours, la 3ème armée roumaine perd 75 000 hommes, 34 000 chevaux et l’essentiel de son armement lourd. Le flanc nord de Paulus est donc dangereusement enfoncé puisque la profondeur de l’avance soviétique atteint 80 kilomètres !

  

Le 20 novembre, soit 24 heures après l’attaque lancée par les Front du Sud-Ouest et du Don, le front de la 4ème armée roumaine s’embrase à son tour, le Front de Stalingrad de Eremenko frappant à son tour, depuis le sud. Les premières lignes roumaines sont vite enfoncées, permettant à Eremenko d’exploiter immédiatement ce succès en lançant le 13ème corps mécanisé dans la brèche. Les Allemands tentent de briser l’élan en engageant la 29.ID (mot.), unité de la 4.Panzer-Armee, qui dispose de 55 Panzer et d’un certain nombre de Panzerjäger. La 57ème armée soviétique est momentanément arrêtée par cette contre-attaque qui la prend par surprise. Pourtant, la 29.ID (mot.) est vite mise sur la défensive afin d’assurer le flanc sud de la 6.Armee, à laquelle elle est désormais rattachée. Paulus est en effet contraint d’assurer ses arrières et ne peut pour l’heure envisager aucune contre-attaque, l’essentiel de son dispositif étant engagé dans les ruines de Stalingrad. Les 21 et 22 novembre, Paulus préconise à ses supérieurs un repli généralisé sur le Don et le Tchir. Hitler s’oppose à cette vue de la situation et ordonne à la 6.Armee de former un hérisson, en dépit de l’absence d’obstacle naturel sur lequel le front ouest de la poche pourrait appuyer ses défenses.

 

Le 23 novembre, les Fronts du Don et de Stalingrad font leur jonction à Kalatch, conformément au plan retenu. La Luftflotte 4 de von Richthofen intervient massivement, causant de lourdes pertes aux Soviétiques, mais la situation reste toujours aussi critique.

En dépit de l’évolution dramatique de la situation, les Allemands ne perdent pas leur sang-froid et l’optimisme est encore de mise au quartier-général du Führer. Après tout, ce n’est pas la première fois qu’une armée est encerclée : ce fut déjà le cas à Demiansk l’hiver précédent, où la Luftwaffe est parvenue à ravitailler 100 000 hommes. Pourtant, la situation générale autour de Stalingrad est extrêmement grave. La 6.Armee, soit 20 divisions, et des unités roumaines et de services, soit entre 220 et 300 000 hommes, sont encerclées par 60 divisions soviétiques. La 4ème armée roumaine a pour sa part été entièrement détruite au sud de Stalingrad. Au nord, les restes de la 3ème armée roumaine et du 48.Panzer-Korps et la 8ème armée italienne ont de leur côté réussi à reconstituer un front sur la rivière Chir. La situation est particulièrement préoccupante au sud puisque la disparition de la 4ème armée roumaine a créé un vide qui n’a pu être comblé par la 4.Panzer-Armee qu’en se retirant très loin au sud de Stalingrad. En effet, il importe à la 4.Panzer-Armee d’assurer les arrières du Heeres-Gruppe A de Kleist, engagé dans le Caucase, et dont l’encerclement et la perte serait une catastrophe sans précédent et signifierait la défaite assurée de l’Allemagne. Fort heureusement pour les Allemands, les forces russes sont engagées avant tout contre Stalingrad et non en direction de l’Ouest, faute de moyens suffisants. Hitler est fermement décidé à transformer ce revers en victoire éclatante. Il décide que la 4.Panzer-Armee devra contre-attaquer en décembre pour libérer la 6.Armee de son étau. La tâche ne sera pas des plus aisées car, le 30 novembre, le front soviétique borde les cours du Tchir et du Don et les forces engagées par les Russes sont conséquentes.

En attendant la mise en œuvre de cette contre-attaque, l’armée de Paulus, dont les besoins journaliers sont énormes, sera ravitaillée par air afin de lui permettre de garder sa capacité opérationnelle. Hitler crée le Heeres-Gruppe Don, confié au maréchal von Manstein, pour conjurer la menace russe et reprendre les territoires concédés. Manstein dispose pour se faire de la 6.Armee encerclée, de la 3ème armée roumaine et de la 4.Panzer-Armee, très diminuée et en attente de renforts. Le plan de Hitler nécessite du temps et un ravitaillement efficace de la poche. Mais bientôt de nouveaux désastres vont réduire à néant les espoirs du haut-commandement de la Wehrmacht