Recension , « La Guerre Romaine. 58 avant J.-C.-235 après J.-C. » par Yann Le Bohec

 

Yann Le Bohec, La Guerre Romaine. 58 avant J.-C.-235 après J.-C., Collection Texto, Tallandier, 2017, 475 pages

Contrairement à ce qu’affirme un poncif éculé, Rome n’aimait pas la guerre et faisait tout pour l’éviter. Ce livre, œuvre d’un des spécialistes incontestés de la question, est excellent et comblera tous les passionnés de l’armée romaine. Le style (parfois non dénué d’humour) et la somme de connaissances (et de références sérieuses) en font incontestablement un ouvrage de référence. On appréciera particulièrement l’honnêteté intellectuelle d’un historien qui se comporte en véritable historien, loin des inutiles querelles (il sait clore des débats inutiles sur des questions évidentes), ainsi que des présupposés politiques (l’auteur remet à sa place les auteurs marxistes et l’influence malheureuse qu’ils ont eu sur l’histoire militaire, qui à l’époque de l’école des Annales, qui sur Spartacus, etc). Le prologue est à cet égard remarquable. Y. Le Bohec, qui bât en brèche bien des idées reçues (comme l’idée d’une armée toujours disciplinée. Cf sur ce sujet L ‘armée romaine. Une armée modèle ? de Catherine Wolff, qui insiste sur les désertions et les transfuges), évite par ailleurs les nombreux anachronismes qui parsèment la réflexion de nombre de ses pairs. Toutefois, il se montre parfois trop affirmatif en balayant d’un revers de main les thèses qui ne sont pas les siennes. On sera surpris de voir l’armée parthe qualifiée de ne « valant pas grand chose » (Crassus en aurait été surpris), même si on peut entendre les arguments avancés. Quant au fait que l’armée romaine était pragmatique et qu’elle avait un grand sens de l’adaptabilité, je ne voit pas en quoi les historiens l’avaient sous-estimé jusqu’à présent… Le fait que les Romains chrétiens ait éprouvé des difficultés à concilier le métier des armes avec le commandement « tu ne tueras point » m’a toujours laissé dubitatif, au regard de la suite de l’Histoire, y compris au cours de l’Antiquité tardive…

Les thèmes les plus connus des amateurs et passionnés, tels que l’organisation et l’équipement de l’armée romaine sont revisités avec bonheur et permettent de briser quelques idées reçues. D’autres aspects moins souvent abordés ont retenu l’attention de l’auteur : citons seulement la religion, les mentalités, la logistique, etc. Les différents types de combats, et notamment un long développement sur la guérilla, sont abordés. Les passages sur la poliorcétique ou encore la stratégie sont passionnants. L’ouvrage est organisé comme une progression : I/L’armée comme institution ; II/ L’environnement de la guerre ; III/Vers le combat ; IV/ La tactique ; V/ La stratégie (chapitre très important qui revient sur les concepts de stratégie et d’impérialisme dans l’Antiquité). Le style est agréable à lire et le lecteur se sent transposé dans l’époque antique, capable de saisir le quotidien du soldat romain et de ses supérieurs. On ne s’ennuie jamais. Cette réédition en format Texto est la bienvenue. Un livre brillant que je recommande sans réserve. On en complétera la lecture avec des ouvrages tels que Le Soldat Romain (Errance, 2004) de François Gilbert et Christian Goudineau, un livre extraordinaire pour se plonger dans le quotidien d’un soldat et servi par de nombreuses images de reconstitution.


Guerre du Pacifique/Pacific War (30/43): Mariannes

BATAILLE AERONAVALE AU LARGE DES MARIANNES, JUIN-SEPTEMBRE 1944

 

      

Comme aux Marshall, les bases nipponnes des Mariannes sont soumises aux opérations de bombardements de la flotte américaine, dont la puissance et les moyens semblent condamner leurs adversaires à subir sans pouvoir réagir avec efficacité. Pendant que Mac-Arthur entreprend la reconquête de la Nouvelle-Guinée en vue de lancer son offensive finale contre les Philippines, un deuxième axe de progression est suivi par les forces américaines placées sous les ordres de l’amiral Nimitz dans le Pacifique central. Le nouvel objectif de Nimitz est l’archipel des Mariannes. Tenir les îles Mariannes est en effet un tremplin à la fois en direction des Philippines, via les Palau, et surtout en direction du Japon, via les îles Bonin. Entre mars et juin 1944, les Américains se préparent donc à envahir les Mariannes. Si la perte des Gilbert et des Marshall est acceptable à la rigueur par le haut-commandement japonais, il s’avère en revanche indispensable de tenir les Mariannes, placées sur la ligne de défense principale du Japon. L’amirauté nipponne est donc déterminée à livrer une bataille navale décisive dans l’archipel des Mariannes, bataille qui décidera en fait de l’issue de la guerre du Pacifique.

Chester Nimitz

L’attaque sur Saipan prend en fait au dépourvu l’état-major impérial. Le commandement japonais s’attendait en effet à une offensive américaine beaucoup plus au sud. Toutefois, comme prévu, l’amiral Toyoda Soemu voit dans l’attaque américaine une opportunité à saisir pour infliger une grave défaite à l’US Navy et retourner ainsi le cours de la guerre du Pacifique qui penche alors nettement en faveur des Alliés. L’ordre d’attaque est donné le 15 juin, dès l’annonce faite des débarquements américains. A ce stade de la guerre, l’équilibre des forces en mer penche nettement en faveur des Américains mais la flotte de l’amiral Ozawa est toutefois puissante et rassemble le meilleur de la marine impériale. Ozawa dispose en effet de pas moins de 6 grands porte-avions, 3 porte-avions légers, 5 cuirassés et 43 navires de guerre. Les avions embarqués à bord des porte-avions ne sont qu’au nombre de 432, soit 222 chasseurs et environ 200 bombardiers en piqué et avions lance-torpilles. La qualité des équipages est toutefois à caution, les pertes en pilotes expérimentés étant lourdes depuis le début du conflit. Mais Ozawa peut en théorie compter sur le soutien de 300 appareils de différentes escadrilles basées sur les îles environnantes.

Dans le camp américain, Spruance va engager des moyens considérables au sein de la 5th Fleet : 7 grands porte-avions, 8 porte-avions légers, 7 cuirassés modernes et 8 anciens, 14 croiseurs, 82 destroyers, 28 sous-marins et 936 appareils de l’aviation embarquée de la Task Force 58 de Mitscher (soit environ 500 chasseurs et 400 bombardiers). La première passe d’arme est lancée par Ozawa le 19 juin. Ozawa espère prendre la flotte américaine en tenaille entre son aviation embarquée et les escadrilles basées dans les Mariannes. Mais les Américains éventent le piège. 373 appareils nippons sont lancés contre la TF 58. La chasse américaine n’a toutefois aucune difficulté à repousser les courageuses attaques des pilotes japonais et les vagues d’attaques sont littéralement hachées par les américains dans ce qui sera surnommé le « tir au pigeons des Mariannes ». A peine 130 avions japonais parviendront à revenir sur les bases terrestres ou sur les porte-avions. Les Américains ne déplorent que la perte de 29 appareils. Entre-temps, les sous-marins américains enregistrent de spectaculaires succès puisqu’ils coulent deux porte-avions, dont le vénérable Shokaku, vétéran de Pearl Harbor ! Le sacrifice du pilote japonais qui s’écrase avec son appareil sur une torpille lancée contre le Taiho n’empêche pas celui-ci d’être gravement atteint par les autres torpilles. La riposte américaine engage 216 avions. Les raids aériens américains parviennent à ne couler que le porte-avions Hiyo et deux précieux tankers mais les dernières escadrilles japonaises sont laminées pour la perte de seulement 20 avions américains. Mitscher a cependant envoyé ses escadrilles à la limite de leur rayon d’action en connaissance de cause. Au retour, les escadrilles américaines sont à court de carburant et 80 appareils s’abîment ainsi en mer ou sur les ponts d’envol à la nuit tombée. Sachant les pilotes incapables de repérer la position des porte-avions la nuit, Mitscher a pourtant ordonné d’allumer des projecteurs et de tirer des fusées éclairantes, au risque d’attirer l’attention de sous-marins japonais. Toutefois, les pertes humaines restent raisonnables puisqu’elles ne se montent qu’à 49 morts, dont 16 pilotes. La bataille laisse pourtant un goût d’amertume aux Américains car les restes de la flotte japonaise s’échappent.

 

L’aviation embarquée américaine déplore la perte de 123 appareils, la plupart des hommes d’équipage ayant été sauvé par l’US Navy. Les Japonais ont perdu de leur côté 3 précieux porte-avions et environ 600 appareils, soit 400 de l’aviation embarquée et 200 des bases terrestres. La bataille de la mer des Philippines s’achève donc par un véritable désastre pour la marine impériale. Cette défaite signifie également celle de Saito à Saipan et des forces nipponnes dans les autres îles des Mariannes puisqu’il est désormais impossible aux Japonais de ravitailler et de renforcer les garnisons. En outre, il est désormais clair que l’US Navy a définitivement pris l’ascendant sur la flotte japonaise qui ne se remettra jamais de cette défaite cinglante. Les précieuses unités préservées depuis Guadalcanal ont été envoyées par le fond ! Sur terre, la victoire américaine est acquise à Saipan le 9 juillet. Près de 30 000 soldats japonais sont morts, ainsi que des milliers de civils qui préfèrent se donner la mort plutôt que de tomber vivants entre les mains des Américains, que la propagande nipponne présente comme des monstres.

La défaite de Saipan entraîne la chute du gouvernement d’Hideki Tojo, qui perd également ainsi la direction de l’armée impériale japonaise. Saipan va constituer une étape importante de la reconquête. Les Américains s’empressent d’y réaliser une base qui sert à la conquête de l’ensemble de l’archipel et pour l’assaut sur les Philippines. Bien plus, les bombardiers qui y sont désormais basés vont pouvoir y opérer en direction à la fois des Philippines, des îles Ryuku ainsi que du Japon.

 

Fin juillet, la conquête des Mariannes se poursuit avec l’offensive sur Tinian. Les débarquements sont précédés de trois jours de bombardements, notamment au napalm qui est utilisé pour la première fois de la guerre du Pacifique (il est utilisé au cours de la même période pour la première fois en Normandie). 15 000 Marines sont engagés dans ce qui représente l’ultime bataille pour la prise de l’archipel. Après une semaine de lutte, tout est enfin terminé. 5 000 Japonais sont morts pour la défense de l’île. Dans le camp américain, 389 hommes ont effectué le sacrifice suprême pour s’emparer de Tinian.

 

Le 10 août 1944, les Américains marquent un nouveau point en s’emparant de Guam, une reconquête symbolique menée par 55 000 soldats américains qui effacent ainsi la défaite de décembre 1941 en reprenant à l’ennemi un territoire américain. La lutte est nettement plus sanglante qu’en 1941 puisque seuls 1 500 Japonais sont capturés à l’issue de la terrible bataille, sur une garnison qui comptait 20 000 hommes.

  

Peleliu

Le mois suivant, une terrible bataille s’engage pour la prise des Palau. Cet archipel, situés entre les Carolines et les Philippines, va constituer une bien amère expérience pour le corps des Marines. Il s’agit du dernier groupe d’îles dont les Américains ont prévu de se rendre maîtres avant l’étape suivante, à savoir l’invasion des Philippines par Mac-Arthur. En dépit de la destruction de la flotte nipponne d’Ozawa, l’opération est maintenue. La bataille pour Peleliu, la principale île de l’archipel, coûte 1 000 morts et 5 000 blessés à la 1st Marine Division du 15 au 30 septembre. Après ce sanglant succès, Nimitz peut se préparer aux opérations futures en direction des Bonin tandis que Mac-Arthur est désormais en mesure de s’attaquer à la reconquête des Philippines, deux ans et demi son départ précipité de Bataan.

 

LA LOGISTIQUE ALLIEE DANS LE PACIFIQUE

 

L’imposante flotte de l’US Navy aurait été impotente sans l’incroyable logistique mise à son service

Dans le Pacifique, le transport et l’approvisionnement des forces gigantesques engagées par les alliés est un cauchemar logistique. Toutes les fournitures doivent être acheminées par mer entre les Etats-Unis et les théâtres du Pacifique. Les distances sont énormes : 7 000 milles de San Francisco à Brisbane en Australie, plus de 6 000 milles de San Francisco à la Nouvelle-calédonie, 1 500 milles de Brisbane à Guadalcanal… Par ailleurs, en dehors de Hawaï, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, les installations portuaires sont rudimentaires, voire inexistantes. L’avance rapide des forces alliées provoque ainsi des crises logistiques devant la pénurie de cargos, d’autant que les quais en eaux profondes sont parfois inexistants et le matériel et le ravitaillement à bord des navires doivent être débarqués en utilisant des chalands. La construction de bases est donc essentielle et les unités de génie s’avèrent indispensables pour construire ces bases dans les territoires nouvellement conquis, afin d’assurer l’étape suivante de l’avancée. Mais la pénurie de telles unités est toujours endémique en raison de la propension des commandants alliés à donner la priorité aux unités combattantes. En conséquence, des unités combattantes sont affectées à des travaux de construction. Dans le Pacifique central, le problème n’est pas seulement la construction de bases aériennes : il faut ravitailler l’imposante flotte américaine. A cette fin, Nimitz crée des bases flottantes mobiles, composées de ravitailleurs, navires-ateliers, docks flottants, bateaux entrepôts…Ces bases mobiles, à l’abri des sous-marins dans une lagune, assurent la maintenance de la flotte tandis que des péniches escortées par des destroyers amènent vivres et munitions jusqu’à la zone de combat. En outre, afin d’assurer le ravitaillement en carburant de la flotte, des bases de ravitaillement itinérantes, composées de 2 ou 3 pétroliers géants sous escorte, gagnent des « zones de ravitaillements », vastes rectangles d’océan, où la flotte vient se ravitailler pendant que l’ensemble file de 8 à 12 nœuds. L’énormité des distances exige toutefois une planification ardue, les fournitures et le matériel devant être expédiés des Etats-Unis des mois à l’avance.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (20/50)

16. Infanterie-Division (mot) dans la steppe kalmouke

Sdkfz 251 dans la steppe kalmouke: la 16. ID (mot.) sera l’unité de la Wehrmacht la plus à l’Est…

   

 

Le propos de cet article, axé selon le seul point de vue allemand, est de présenter un aspect souvent négligé de la campagne menée par la Wehrmacht vers le Caucase au cours de l’été 1942, à savoir les opérations menées sur les vastes étendues de la steppe kalmouke alors que le Heeresgruppe A s’avance en direction de Grozny et Bakou et que, plus au nord, la 6. Armee s’approche de Stalingrad. Entre les deux, un gouffre béant de près de 400 kilomètres couvert essentiellement par une unité la 16. Infanterie-Division (mot).

 

L’arrivée dans la steppe aux confins de l’Europe

La 16. ID (mot) du Generalmajor Sigfrid Heinrici est l’une des premières divisions allemandes à s’enfoncer vers les confins européo-asiatiques en direction du Caucase. Le Don est franchi à la fin du mois de juillet 1942. Le 4 août, la division traverse le Kouban et s’empare d’Armavir. 6 août, elle est à Labinskaja, non loin de Maikop. Continuant sa progression vers les contreforts du Caucase, la division atteint Abadsechskaja où, le 20 août, elle est relevée par la 101. Jäger-Division. L’unité motorisée d’Heinrici prend alors la direction du Nord-Est, vers Astrakhan, en cheminant via Maïkop.

La zone dans laquelle opère la division n’est d’abord couverte que par des cartes au 1/300 000e manquant singulièrement de détails. Ce qui paraît symboliser une grande route ne s’avère être rien de plus qu’un chemin non macadamisé, voire qu’une piste. De façon caractéristique, une photographie nous montre une de ces pistes « Rommelweg », c’est à dire le chemin de Rommel. Comme en Afrique, les cartes indiquent également des dunes avec des passages pour chameaux ainsi que les oasis et les lacs salés. Lorsqu’une bonne carte soviétique au 1/100 000e tombe enfin entre les mains des Allemands, Heinrici la fait parvenir au département cartographique de la 4. Panzerarmee qui a tôt fait de la dupliquer avec des ajouts d’indications supplémentaires.

L’absence de relief significatif désigne l’ennemi à distance mais cette difficulté de dissimulation est réciproque. L’aviation n’aurait eu aucun mal à engager l’ennemi au sol mais seule une poignée d’appareils sont affectés à la 16. ID (mot) depuis la base qui sera établie à Yashkul: la Luftwaffe a beaucoup trop de tâches à accomplir de la Mer Noire à Bakou et du Caucase à Stalingrad : un front de 1 500 kilomètres ! Les reconnaissances tactiques menées à terre seront en revanche plus fréquentes : les éléments de l’Aufkälrung-Abteilung 341 disposent d’un vaste terrain d’opération, comparable uniquement à celui dont dispose ses homologues opérant en Libye et en Egypte.

Comme en Afrique du Nord, les combattants ne seront guère embarrassés par les populations locales, à savoir, ici, les Kalmouks, d’origine mongole, qui sont des nomades vivant dans des yourtes. Les Kalmouks sont plutôt hostile au régime stalinien et ils font bon accueil aux Allemands, d’autant plus que ces derniers font preuve de modération dans le traitement qu’ils leur réserve. La bonne entente ne se cantonne pas à un bon voisinage mais prend l’allure d’une coopération sur le plan militaire. Un escadron de volontaires kalmouks opère ainsi avec les Allemands.

 

Les Kalmouks et l’envahisseur allemand

L’Oberleutnant Holtermann, Ic de la 16. ID (mot), demande à Hitler l’autorisation de lever une « milice de volontaires » kalmouks pour assurer les flancs des forces allemandes. Un interprète, ancien agent de l’Abwehr en Crimée, est dépêché sur place : il s’agit d’un certain Vrba, un ancien Russe blanc et membre du parti nazi. L’homme maîtrise le Tibétain, langue que pratiquent les Kalmouks. Pour les attirer dans leur camp, les nazis promettent entre autres aux Kalmouks la réouverture des temples bouddhistes ainsi qu’une souveraineté presque totale sous l’occupation temporaire des Allemands. Les Kalmouks se montrent très coopératifs. A la mauvaise saison, ils ne vont pas hésiter à céder leurs Panje pour remplacer les chevaux européens qui ont succombé aux rigueurs du climat. En septembre, 25 unités défensive fortes d’une centaine d’hommes chacune sont constituées de Kalmouks. Outre assister les allemands dans leur défense, une de leurs missions premières est d’assurer la protection des communautés kalmoukes contre la guérilla soviétique. Toutefois, les Kalmouks se montrent assez brutaux, notamment à l’égard des Juifs. En décembre, 3 000 d’entre eux se battent aux côtés des Allemands.

 

Après une journée de repos à Armavir, la division opère un mouvement de 200 km le 18 août via Voroshilovsk jusqu’à Stavropol. L’unité de tête, depuis quelques jours, est le 116. Panzer-Bn, qui a progressé pendant plusieurs jours dans le sillage de la 17. Panzer. La 16. ID (mot) doit pourtant marquer le pas : la logistique est tendue à l’extrême et le carburant fait défaut. D’autres unités ont la priorité de sorte que le III. Panzer-Korps ordonne à Heinrici de rester sur place pendant une semaine, soit jusqu’au 25 août. Il faudra pourtant siphonner les réservoirs d’une division de Panzer pour permettre à la 16. ID (mot) de reprendre son avance car, depuis le 22 août, Hitler a décidé une nouvelle mission pour la division…

 

En mission de couverture de part et d’autre d’Elitsa

Entretemps, les ordres sont en effet tombés : l’unité devra assurer la liaison entre les Heeresgruppe A et B, étant rattachée à ce dernier bien que sa ligne de ravitaillement soit du ressort du Heeresgruppe A (malheureusement, un tronçon de voie ferrée entre Petrovskoe et Divnoe sera démantelé par le génie pour approvisionner d’autres secteurs du front en rails). Hitler craint ne effet une attaque soviétique de flanc depuis Astrakhan. Son front s’étire dans la steppe kalmouke entre le Manych et la confluence de Kuma sur sa droite et la ville de Yenotaevsk sur la Volga sur son flanc gauche. Un front démesuré pour une seule unité ! Le climat aride rend les conditions de vie difficiles. En août et septembre, les rivières sont à sec. Les seuls cours d’eaux encore existants se limitent à une succession d’étangs. Comme en Libye et en Egypte, l’approvisionnement en eau et son rationnement tient un rôle essentiel et impose ses sur la stratégie. La Luftwaffe tient ici un rôle pour suppléer en partie les carences de la logistique par voie terrestre. Des planeurs Dornier DFS 230 du 1/DFS 4 atterrissent ainsi sur l’aérodrome d’Utta avec des cargaisons de carburant, de rations et de munitions.

Lorsque l’avance reprend enfin le 25 août, celle-ci ne concerne d’abord qu’une avant-garde constituée du Kradschützen-Bn 165, deux batteries d’artillerie ainsi que quelques autres détachements dont le 3/228 Pz-Jäger. Divnoe est prise le jour même tandis qu’une compagnie de motocyclistes accompagnée des Panzerjäger relève la 370. ID à Elitsa, atteinte le lendemain par la plus grande part de l’unité de motocycliste, à savoir le Kampfgruppe Laroche. Elitsa avait été prise le 12 août par la 370. ID, qui n’était toutefois parvenue à s’emparer de la place qu’avec le concours de l’Aufklärungs-Bataillon 111 de la 111. ID. Le 26 juin, le Kampfgruppe occupe Ulan Erge où il relève un bataillon d’infanterie de la 370. ID. Les Soviétiques ne sont pas loin : ils sont retranchés à Sovkhoz Dolgan, à à peine 18 kilomètres. La position soviétique est attaquée avec succès dès le 27 août par le Kampfgruppe Laroche assisté du I/60 commandé par l’Hauptmann Torley. La poursuite de l’avance dans la steppe kalmouke se heurte pourtant à de plus amples difficultés, la nature du terrain –désespérément plat- favorisant les défenseurs de l’oasis de Yashkul. Torley parvient à avancer jusqu’à la localité mais ce n’est qu’à la faveur d’une attaque nocturne qu’il emporte la place. En récompense, on lui adjoint les feuilles de chênes à sa croix de chevalier de la Croix de Fer. Bien plus, l’oasis est rebaptisé en son nom.

Les unités de la division doivent se déployer sur un vaste front pour assurer la couverture d’Elitsa. Bien souvent, les points d’appuis qui se succèdent et qui ne consistent qu’en une unique compagnie. Chilgir, à 80 kilomètres au nord d’Elitsa, est ainsi occupé par la seule 10/60. Fort heureusement, la ligne téléphonique Elitsa-Stalingrad est intacte, ce qui facilite grandement les communications. L’avance se poursuit également vers l’est. Le 30 août, le Kampfgruppe Laroche occupe Utta abandonnée par les Soviétiques. L’environnement est sableux et les Landser découvrent des dunes dignes des déserts que parcourent au même moment leurs camarades de l’Afrika Korps. En fait de localité, Utta, s’il faut en croire le journal de marche du Kradschützen-Bn 165, se résume à deux oasis et une quinzaine de huttes d’argile.

Les reconnaissances menées sur la route Utta-Astrakhan observent de nombreuses positions défensives, notamment un fossé antichar creusé à 45 kilomètres à l’ouest de la ville. Celle-ci, place stratégique d’importance sur la Volga, est particulièrement bien défendue. Pourtant, les interrogatoires de prisonniers laissent penser que le moral est bas. Les revers subis par les Russes au cours du printemps et de l’été 1942 seraient-ils les signes annonciateurs de la victoire qui a échappé à la Wehrmacht en 1941 ? La ruée toujours plus loin vers l’est va-t-elle se poursuivre ?

Renforcé, l’Infanterie-Regiment 60 s’attaque aux défenses soviétiques de Khalkuta (que les Landser appellent Calcutta…). L’assaut s’effectue dans un secteur dunaire, ce qui ne correspond que difficilement à l’image d’Epinal qu’on se fait du front russe… Le contrôle des stations d’eau revêt une importance cruciale dans cet environnement ride. S’il faut en croire Wilhelm Tieke, l’oasis sera prise en partie grâce au courage individuel et à l’esprit d’initiative de l’Obergrefreiter Kulot. Ce dernier mène un assaut décisif au niveau des dernières dunes alors que le soleil accable les combattants un gosier sec. Suivant l’exemple stimulant de Kulot, les fantassins, dans un dernier effort, s’emparent enfin de l’oasis. Un fait d’armes qui vaut à Kulot d’être fait chevalier de la Croix de Fer. A l’instar de Torley quelques jours plus tôt, Kulot se voit honorer en baptisant l’oasis de son nom. Les combats pour Khalkuta sont donc acharnés et ce n’est qu’après un difficile combat que les Allemands parviennent à repousser l’adversaire qui parvient néanmoins à rétablir une nouvelle ligne de défense à 5 kilomètres à l’est de la ville. Le contrôle des points d’eau est si vital que l’incapacité de s’emparer de l’un d’entre eux oblige plusieurs Kampfgruppen à faire demi-tour pour se replier sur Utta. Khalkutta constituera la position défensive la plus orientale qui sera aménagée par le Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs assauts soviétiques seront repoussés, le plus important survenant le 7 septembre mais, apportant un soutien efficace aux fantassins, les Panzer et l’artillerie brisent la menace de concert.

 

Pendant que l’Infanterie-Regiment 60 s’avance vers l’est, en direction de la Caspienne, le Infanterie-Regiment 156, qui a atteint à son tour Elitsa, doit pour sa part rechercher le contact avec les Roumains déployés plus au nord, au sud de Stalingrad. La liaison est établie près de Vodin, à l’est de Derberty. Le 30 août, le régiment, dont les compagnies sont dispersées, doit faire face à de sévères contre-attaques soviétiques près de Bakhana et à Sertin. Le terrain, plat comme la main, facilite certes l’acquisition d’objectif par l’artillerie, mais celle-ci se voit aussi être particulièrement exposée, faute de couverts. Une configuration qui n’est pas sans rappeler la guerre du désert. Comme dans le désert libyen, dans un tel espace dépourvu de repères, les véhicules sont contraints d’évoluer au compas pour éviter de s’égarer dans la steppe inhospitalière. Elitsa, qui est le centre logistique est assez éloignée. Ce n’est que le 3 septembre qu’une liaison aérienne est effectuée depuis cette ville vers la ligne de front pour évacuer les blessés et apporter des approvisionnements. Les Soviétiques sont décidemment plus nombreux et plus pugnaces qu’escompté. L’avance programmée le long de la route Khanata-Surgan doit être abandonnée au profit d’une mise sur la défensive. Cette ligne de points d’appui suit un front qui va de Kharnud à l’est de Zharkov via Mosheen. Deux compagnies occupent en sus des postes isolés : la 2/156 à Chilgir et la 11/256 à Keryulchi.

Ces positions ne sont occupées qu’un temps. Heinrici relève l’Infanterie-Regiment 60 par le 156 à Khalkuta tandis que la 4e armée roumaine prend en charge certaines positions au nord du front. Le secteur sud, jusqu’au Manych oriental, ne l’inquiète guère puisqu’il est couvert par le Korps Felmy. En revanche, la zone vers Astrakhan est lourde de menaces. Déployée en intégralité, la 16. ID (mot) court en permanence le risque de voir ses éléments dispersés coupés de leurs bases logistiques en cas d’infiltration ennemie en profondeur à travers les vastes interstices qui subsistent entre les points d’appui. L’Hauptmann Herzer, responsable des transmissions de la division, assure le maintien des communications entre les unités, en s’appuyant notamment sur le réseau téléphonique soviétique, toujours intact. Le contact est aussi maintenu avec les Roumains, déployés 100 kilomètres plus au nord ainsi qu’avec les troupes cantonnées au sud, à Adyk, soit à 100 kilomètres de Yashkul. Les Soviétiques doivent certes également compter avec les contingences du terrain, à savoir le manque d’eau et l’absence de réseau routier digne de ce nom, sans compter la gravité de la situation de Voronej à Stalingrad et de Novorossisk à Bakou.

Il n’empêche que ces derniers sont capables d’exercer une menace constante sur les Allemands. Dans la nuit du 17 au 18 septembre 1942, la ville de Keryulchi, défendue par le 2/60, est ainsi la proie d’un assaut habile menée par une unité formée à partir de l’école des sous-officiers d’Astrakhan. Une ruse vieille comme la guerre est utilisée à cette occasion puisque, la veille de l’attaque, les Allemands découvrent une patrouille adverse vêtue comme de tenues de Landser et opérant à bord de véhicules de la Wehrmacht. Les combats ont apparemment été acharnés : lorsque l’Infanterie-Regiment 60, prévenu par une estafette 12 heures après l’attaque, envoie des renforts, le 2/60 a été entretemps intégralement anéanti. Les assaillants se sont pour leur part repliés sur Astrakhan après leur raid. Tous n’auront pas cette chance puisque le II/156, renforcé par des pionniers, en intercepte une partie à Kharsk.

Deux jours plus tard, dans la nuit du 20 septembre, l’Infanterie-Regiment 156, retranché à Khalkuta, le poste, rappelons-le, le plus oriental tenu par la Wehrmacht, subit une attaque en règle. Mais les défenseurs de l’oasis, soutenus par la 2e compagnie de Panzer, tiennent bon. Les infiltrations ennemies s’avèrent dangereuses puisqu’elles s’enfoncent en profondeur du dispositif allemand. Le 20 septembre dans la journée, des renforts de la 16. ID (mot) parviennent à Khalkuta puisque Heinrici s’attend à ce que les Soviétiques renouvellent leurs efforts. Ce ne sera pas le cas. Tirant les leçons des semaines passées, le commandant de la division décide de concentrer ses effectifs dans les deux points fortifiés de Khalkuta et d’Utta tandis que les autres localités seront défendues en hérisson par des garnisons plus réduites. Renforcés par des Kalmouks et soutenus par la population locale, la ligne défensive allemande devient inexpugnable, y compris pour les partisans.

 

Au sud de la 16. ID (mot) : la steppe Nogaï !

Au sud de la Kuma, jusqu’au cours du Terek, s’étend la steppe Nogaï, semblable à la steppe kalmouke. Alors que la 3. Panzer-Division combat à proximité de Mozdok sur le Terek et que des éléments des 13. et 22. Panzer-Divisionen atteindront un point une centaine de kilomètres plus à l’est, le flanc de la Pz AOK1 , soit l’immense espace steppique entre Terek et Kuma, n’est tenu que par des quelques éléments, dont le Korps Felmy au nord et le Gruppe von Jungschulz au centre. Le Korps Felmy, déployé autour d’Achikulak, n’aligne guère que quelques milliers hommes, dont le fameux Sonderverband 287 (de l’Orient-Korps) et ses soldats familiers du monde arabe destinés à l’origine à opérer en Transcaucasie puis au Moyen-Orient dans l’hypothétique espoir d’atteindre la frontière turco-iranienne. Jungschulz commande un régiment de Cosaques auquel sera adjoint le Panzer-Regiment 201 de l’Oberst Burmeister. Comme dans la steppe kalmouke, ce sont donc avec des effectifs tenus qu’il faut repousser les assauts soviétiques lancés en septembre-octobre 1942, en l’occurrence le 4e Corps de Cavalerie de la Garde de Cosaques du Kouban ravitaillé par des caravanes de chameaux.

 

La pénétration la plus orientale de la Wehrmacht

C’est au cours de ce mois de septembre 1942, le 13, que sont lancées les quatre fameuses patrouilles de reconnaissances qui pousseront des soldats allemands le plus loin vers l’Est qu’aucun autre de leurs camarades au cours de cette guerre. Le commandant du XVI. Armee-Korps, qui sait qu’il ne peut espérer de nouveaux renforts avant la fin du mois de septembre, veut absolument connaître les intentions de l’ennemi sur le front qui longe la Caspienne sur près de 300 kilomètres entre le Terek et la Volga. Y-a-t-il des mouvements de troupes ? L’ennemi est-il en train de faire franchir des troupes au niveau du delta de la Volga ? Il s’agit également de déterminer les capacités routières de la zone, observer la voie ferrée Astrakhan-Kizlyar ainsi que la zone côtière. Les reconnaissances tactiques sont généralement menées avec des engins de reconnaissance, des motos et des canons antiaériens légers. Les raids doivent être menés sur 150 kilomètres. Chaque patrouille compte deux engins à 8 roues dotés d’une pièce de 2 cm, une section motocycliste de 24 hommes, deux ou trois Pak 38 motorisés ou montés sur SPW. Les soldats proviennent en grande partie de l’Aufklärung-Abteilung 341 mais on compte aussi des sapeurs et du personnel de la logistique –il faut être autonome en eau et en carburant- ainsi qu’un médecin avec son ambulance. Cinq camions sont donc assignés à chaque patrouille : deux chargés d’essence, un de vivres et deux transportant de l’eau. Quelques mécanos accompagnent le groupe, ainsi qu’une estafette motocycliste, un radio et un interprète.

La patrouille du Leutnant Schroeder ne tarde pas à entrer au contact de l’ennemi après s’être porté à l’est d’Utta. L’officier meurt dans l’escarmouche qui s’ensuit et la mission fait long feu : la petite troupe parvient à se dégager et à faire demi-tour. Elle reprendra la route de l’Est le lendemain avec une autre colonne, celle du Leutnant Euler.

Cette patrouille commandée par le Leutnant Euler a pour mission de se diriger sur Sadovske, y reconnaître les positions défensives et établir si oui ou non des forces soviétiques franchissent la Volga en cet endroit. Euler parvient à 5 km de la ville avec ses deux engins blindés. Il essuie aussitôt des tirs des défenseurs soviétiques qui semblent solidement fortifiés. Il faut vite rebrousser chemin avec les deux prisonniers qu’Euler est parvenu à capturer. Si on excepte le cas des aviateurs bombardant les sites industriels de Sibérie, le Leutnant et ses hommes sont probablement les soldats de la Wehrmacht qui se sont enfoncé les plus à l’Est dans le territoire soviétique.

La troisième patrouille, menée par l’Oberleutnant Gottlieb, bien que desservie par l’utilisation de mauvaises cartes, réussit l’exploit de parvenir à 40 km d’Astrakhan le 14 septembre. Le lendemain, les Allemands ne sont plus qu’à 25 km de la Volga qu’ils aperçoivent du sommet d’une dune de sable. Le terrain s’avère impraticable, ce qui sera confirmé en s’informant, par le biais d’un Cosaque nommé Georg, auprès des Kalmouks qui nomadisent aux alentours.

La dernière patrouille, celle du Leutnant Schliep, atteint la voie ferrée Kislyar-Astrakhan le 14 septembre. Elle surprend un train dont les locomotives sont rapidement mises hors d’action par quelques obus tirés des engins de reconnaissance. Les Allemands détruisent alors les wagons-citernes remplis d’essence un à un avant d’arriver à la gare de Senseli où un des Allemands converse au téléphone avec un Soviétique qui s’inquiètent de savoir si le train de carburant de Bakou est passé car un autre train doit arriver. L’interprète tente en vain d’inciter le Soviétique à laisser partir le second train. Toutefois, le Soviétique, peu convaincu par les réponses de Grinning, l’interprète de Schliep, comprend que la situation est anormale… La patrouille essaye d’aller en reconnaissance sur Bassy mais elle s’y heurte à l’ennemi, alerté par l’attaque du train. Plusieurs trains blindés soviétiques ainsi que des unités de cavalerie vont assurer la sécurité de la voie ferrée.

Le 17, Schliep est de retour. C’est à l’occasion de ces raids en profondeurs menés avec célérité que la division reçoit le surnom de Windhund-Division, c’est-à-dire la division du lévrier. En effet, un chien de cette espèce, trouvé dans la steppe, devient la mascotte de la division après avoir été baptisé Sascha. L’animal, peint de façon stylisé sur les véhicules, devint l’emblème de l’unité (et, plus tard, celui de la 116. Panzer-Division).

L’état-major allemand est rassuré. Les quatre patrouilles confirment que l’ennemi ne prépare aucune attaque d’envergure depuis le secteur d’Astrakhan : l’énorme flanc gauche du Heeresgruppe A, alors en difficulté dans le Caucase où la percé attendue ne se réalise pas, ne semble pas menacé. L’offensive qui devrait amener la 1. Panzerarmee de Kleist jusqu’à Bakou pourrait donc se faire sans risques. Quelques autres reconnaissances seront lancées plus tard, notamment une patrouille qui parvient à capturer six camions et à s’emparer par la même occasion d’un appareil de projection de cinéma. Une patrouille de l’Infanterie-Regiment 156 (les soldats du Kradschützen-Bn ont besoin d’un peu de repos…) est également lancée vers un pont de chemin de fer enjambant la Kuma, mis en place à 20 km de l’embouchure sur la Caspienne s’il faut en croire les indications portées sur les cartes dont disposent les Allemands. Après quatre jours et demi de mission, il faut se rendre à l’évidence : ce pont n’existe pas. En cette saison, le Kuma n’est qu’une rivière asséchée et sableuse…

 

Un front nord solide ?

Le front au nord de la zone tenue par la 16. ID (mot) est défendu par la faible 4e armée roumaine -75 000 hommes- qui souffre également des difficultés logistiques et du terrain, sur lequel elle est très vulnérable à une attaque de blindés. Constituée de deux corps totalisant sept divisions, elle a la responsabilité de 270 km de front qu’elle ne peut couvrir qu’avec 255 pièces antichars dont seulement 24 de 75 mm, les seuls pouvant venir à bout d’un T 34 à distance. Comme pour leur voisine allemande, certaines unités ont une tâche qui semble démesurée : la 2e division d’infanterie est la mieux lotie avec tout de même 18 km à défendre, mais la 8e division de cavalerie doit en couvrir une centaine… La division allemande la plus proche, la 29. ID (mot) est déployée à Verth-Taritzynski mais avant tout en couverture des arrières de la 6. Armee de Paulus. Enfin, les informations précises sur les intentions de l’ennemi dans le secteur font défaut.

 

Dans la tourmente de la contre-offensive soviétique

Si une offensive d’envergure stratégique n’est pas à craindre des Soviétiques dans le secteur, une attaque en force contre la 16. ID (mot) reste toujours à craindre. Fin octobre, la Luftwaffe repère les préparatifs pour une action d’envergure des Soviétiques qui font alors mouvement à seulement 20 km au sud de Khalkuta. Des éléments du II/6 interviennent mais ne parviennent pas à localiser l’ennemi dans la steppe. C’est le concours de deux chasseurs de la Luftwaffe qui leur permettra de surprendre l’adversaire et d’en capturer plus d’une centaine en train d’établir un dépôt pour une formation situé dans un oasis plus en arrière. Une petite escarmouche sans commune mesure avec les terribles combats qui ensanglantent alors le front de l’Est. Dans une autre occasion le Major Lindner, à la tête du même bataillon, est guidé par d’autres appareils par messages radio (grâce au Flivo, l’Oberleutnant Damm, qui accompagne la troupe au sol dans son SPW) ou parachutés, parvient à s’emparer d’un kolkhoze où des forces adverses ont été repérées. D’autres combats similaires tournent à l’avantage des Allemands

La 16. ID (mot) est cependant passée définitivement sur la défensive. Le 15 novembre, elle passe sous le commandement du Generalmajor Graf Gerhard von Schwerin (qui sera plus tard un fameux commandant de la 116. Panzer-Division sur le front de l’Ouest en 1944, cette unité étant une émanation directe de la 16. ID (mot)). Une semaine plus tard, le 21 novembre, alors que les Soviétiques lancent l’opération « Uranus » de part et d’autre de Stalingrad, offensive qui aboutira à l’encerclement de la 6. Armee de Paulus et au fameux désastre qui s’ensuit, la 16. ID (mot) est elle-aussi l’objet des attentions de l’ennemi. L’effondrement des positions roumaines au nord des fantassins et les difficultés du Korps Felmy qui opère au sud représentent de graves menaces. La division elle-même est en grand danger lorsque l’Infanterie-Regiment 156 est sur le point d’être encerclé à Khalkuta. Les rapports allemands indiquent que les assaillants soviétiques sont constitués de la 38e ID de la Garde, de la 152e brigade d’infanterie motorisée ainsi que de la 6e brigade de chars. Les Allemands ne parent au désastre qu’avec l’entrée en lice de l’Infanterie-Regiment 60. Trois compagnies sont tout de même anéanties dans le processus. Le 22 novembre, la division s’est repliée sur de bonnes positions –dites « Tobrouk »- à Yashkul. La 16. ID (mot) est alors rattachée à la 4. Panzerarmee de Hoth. La défense est inspirée, plusieurs pénétrations étant éliminées dès le 26 novembre, de sorte que, le 9 décembre, les positions restent fermement tenues. Les renforts qu’obtient Schwerin ne sont cependant pas à la hauteur de ses difficultés et de l’immense front dont il a la charge : des unités d’alerte correspondant à à peine deux compagnies … A la décharge de ses supérieurs, au premier rangs desquels Manstein, les Allemands doivent alors faire face à une situation gravissime sur le front du Don et à Stalingrad, désormais encerclée. Wintergewitter, l’opération de dégagement de Stalingrad, bat alors son plein avant que d’autres offensives soviétiques n’aggravent une situation déjà fort délicate…

 

L’inévitable repli hors de la steppe kalmouke

Le 28 décembre, Schwerin constate que les Soviétiques entament une vaste manœuvre d’encerclement en s’avançant vers Remontnoe et Divnoe. Comment y parer ? Berlin ordonne à la 1. Panzerarmee de quitter ses positions sur le Terek et à la 16. ID (mot) de se replier sur Elitsa après avoir résisté le plus longtemps possible. Toutefois, le repli des Roumains de Sagista a ouvert une brèche avec la 4. Panzerarmee. La 16. ID (mot) risque de se faire encercler et, le 31 décembre, elle annonce qu’elle n’est plus en mesure de tenir Elitsa. Elle reçoit alors l’ordre de batailler pour s’ouvrir une route pour Driyutnoe, un peu plus à l’ouest. La situation le long du Manytsch en direction de Rostov est critique : si les Soviétiques s’enfoncent dans le secteur et s’emparent de la grande métropole, s’en est fini de la 1. Panzerarmee et de la 17. Armee qui tentent de s’extirper du Caucase. Heureusement pour les Allemands, l’intervention d’unités rapides, à savoir les 17. et 23. Panzer-Divisionen, la division Wiking mais aussi la 16. ID (mot) permettra de sauver une situation fort compromise. Lors de cette retraite épique, la division de Schwerin n’a eu de cesse de parer les tentatives de contournement de la part de la 28e armée soviétique. A partir du 13 janvier 1943, la division, renforcée par des Tiger du schweres Panzer-Abteilung 503, assiste la 17. Panzer-Division dans la défense de la zone allant de la tête de pont de Proletarskaya à Yekaterinovska. La 16. ID (mot) quitte alors la steppe kalmouke.

 

Ordre de bataille en juillet 1942

 

En mai 1942, les tableaux d’effectifs accordent 13 415 hommes à la division.

Infanterie-Regiment 60 (mot)
Infanterie-Regiment 156 (mot)
Kradschützen-Bataillon 165
Panzer-Abteilung 116

Aufkälrung-Abteilung 341
Artillerie-Regiment 146 (mot)
– I. – III. Abteilung
– IV. Abteilung [= renommé He.-Flak.Art.Abt 281]
Panzerjäger-Abteilung (Sfl) 228
Nachrichten-Abteilung 228 (mot)
Pionier-Bataillon 675 (mot)
Infanterie-Divisions-Nachschubführer 228 (mot)
Verwaltungsdienste 228
Sanitätsdienste 228

 

Bibliographie :

Wilhelm Tieke, « The Caucasus and the Oil. The German-Soviet War in the Caucasus 1942/43 », Fedorowicz, 1995, qui a constitué ma source principale.

Rolf-Dieter Mülle, « The Unknown Eastern Front: The Wehrmacht and Hitler’s Foreign Soldiers », I.B. Tauris, 2012

www.lexikon-der-wehrmacht.de

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