Recension Boris Laurent, Le IIIe Reich pouvait-il gagner la bataille de l’Atlantique ?, Economica

Boris Laurent, Le IIIe Reich pouvait-il gagner la bataille de l’Atlantique ?, Economica, 2018, 122 pages

L’ouvrage récent de Boris Laurent présente une réflexion sur la bataille de l’Atlantique. Evitant d’inutiles digressions hors du sujet qui est de répondre à la question cruciale posée par le titre, les cinquante premières pages sont logiquement consacrées à l’année 1942, qualifiée de celles des « victoires perdues » de l’U-Bootwaffe, ainsi qu’à l’année 1943, souvent considérée comme le tournant de la bataille de l’Atlantique. Boris Laurent nous présente alors les armes miracles avec lesquelles Döntiz, le grand patron des sous-marins, espère renverser la situation, armes mises en perspectives avec les avancées techniques et technologiques de l’adversaire. La bataille est donc perdue. Après ce constat, dans un chapitre intéressant, Boris Laurent en cherche les raisons en étudiant les options stratégiques envisagées pour la Kriegsmarine avant et pendant la guerre. L’auteur termine par une uchronie (qui surestime, à mes yeux la capacité de résistance de l’empire britannique au Moyen-Orient en cas de chute de la métropole): que serait-il advenu si la Kriegsmarine avait débuté la guerre avec des moyens en sous-marins en adéquation avec ce que réclamait Dönitz, qui est resté persuadé jusqu’à sa mort qu’il aurait pu remporter cette bataille décisive ? Car, comme le montre bien Boris Laurent, le sort de la Seconde Guerre mondiale ne se décide pas seulement en Russie : il dépend de l’issue de la bataille de l’Atlantique. De fait, on peut imaginer un scénario tout autre si la période des « jours heureux » des U-Boote de 1940 n’avait pas concernée qu’une poignée de sous-marins, mais au contraire des centaines de submersibles. Mais, dans ce cas, quel aurait été l’effort naval britannique d’avant-guerre en réaction à ce réarmement conséquent de la Kriegsmarine, et comment auraient réagit les Etats-Unis ? Au final, une réflexion intéressante, bien écrite et rapide à lire, qui justifie l’achat de cet ouvrage que je recommande.

François-Emmanuel Brézet, Histoire de la marine allemande, 1939-1945

François-Emmanuel Brézet, Histoire de la marine allemande, 1939-1945, Collection Tempus, Perrin, 2014, 476 pages

La synthèse de Brézet est la bienvenue puisque les travaux consacrés à la Wehrmacht mettent l’accent sur l’armée de terre, la Heer, en toute logique puisque l’Allemagne est une puissance continentale. Les études portant sur la Kriegsmarine laissent le plus souvent la part belle aux U-Boote, ce qui s’avère tout aussi logique du fait de l’importance de ces derniers dans les opérations navales allemandes. Cet écueil est évité car les forces de surface, croiseurs et cuirassés, mais aussi corsaires, reçoivent toutes les attentions de l’auteur même si, par la force des choses, de nombreuses pages sont consacrés aux U-Boote, force de frappe principale de la Kriegsmarine au cours de la bataille de l’Atlantique. Tous les fronts sont abordés, et non le seul affrontement –décisif- qui eût lieu dans l’Atlantique Nord. Le réarmement allemand des années 1930, ainsi que les différents programmes visant au développement de la marine, de même que les discussions et options stratégiques afférentes sont du plus haut intérêt. On regrettera seulement que davantage de pages ne soient pas consacrées aux unités plus petites : destroyers, vedettes, dragueurs, ainsi que tous les engins de transport. Le livre est intéressant et bien écrit, sans équivalent en langue française.