Guerre du Pacifique/Pacific War (32/43): Birmanie

 

DERNIERE OFFENSIVE JAPONAISE EN BIRMANIE, NOVEMBRE 1943-3 JUILLET 1944

 

 

 

               

L’échec en Arakan n’est pas sans conséquences pour l’armée britannique, qui est alors en proie au défaitisme, en dépit du succès indéniable remporté par Wingate. Toutefois, l’énergie du général Slim et la remise sur pied de l’armée ont tôt fait de remédier à la situation.

En 1943, Slim reçoit le commandement de la 14th British Army tandis que l’amiral Lord Mounbatten, avec le général Stilwell comme adjoint, prend la tête du tout nouveau commandement allié en Asie du Sud-Est, le SEAC. Energique, Slim n’hésite pas à reconnaître ses erreurs mais analyse correctement les raisons de la défaite afin d’y remédier au plus vite. Enfin, il ne sous-estime en aucune manière l’adversaire et cherche au contraire à le connaître parfaitement afin de déceler avec justesse ses défauts pour réussir à le vaincre. Son état-major comprend d’ailleurs un bureau spécialisé dans les mentalités japonaises.

 

Slim relève plusieurs faiblesses chez l’adversaire qu’il convient de mettre à profit. D’après lui, les Japonais ont horreur de l’imprévu, leur chaîne logistique est déficiente et, enfin, il semblerait que le haut-commandement japonais ne soit jamais en mesure d’admettre ses erreurs et refuse de perdre la face. Slim déploie donc toute son énergie à parfaire l’entraînement de son armée. Des centres de repos et une attention particulière aux questions de santé aboutissent à de meilleures conditions de vie, bénéfiques pour le moral. Les troupes s’entraînent à vivre et à combattre dans la jungle et à surmonter la peur qu’elle leur inspire. Le principe de l’attaque frontale, très coûteuse, est abandonné au profit d’une tactique reposant sur les débordements. En outre, la présence de soldats japonais sur les arrières ne doit plus être source d’inquiétude : ce sont ces derniers qu’il convient désormais de considérer comme encerclés. Enfin, la logistique est largement renforcée : les dépôts sont multipliés afin que la perte de l’un d’entre-eux ne soit pas conséquente et le ravitaillement par air sera désormais possible pour toute unité isolée. Enfin, tout les hommes doivent être capables de se battre et les patrouilles deviennent de rigueur : il n’y a plus de non-combattants.

Dans le camp japonais, Kawabe, le nouveau commandant en chef en Birmanie, a reçu des renforts substantiels, incluant 200 chars, et dispose de 320 000 hommes, dont 15 000 des forces aériennes. Les 60 000 hommes de la 33ème armée de Honda font face aux Chinois et aux Américains de Stilwell. La 28ème armée de Sakurai est engagée en Arakan et autour de Rangoon avec 50 000 hommes. Enfin, les 100 000 hommes de la 15ème armée du général Mutaguchi. Enfin, Kawabe dispose d’une réserve générale de 40 000 hommes, sans compter les troupes de la logistique. Pour les Japonais, il est essentiel de maintenir l’isolement de la Chine en conservant la Birmanie. En dépit des réticences de Kawabe, Tojo accepte un plan d’offensive en Inde, baptisé U-GO, proposé par Mutaguchi. Le plan vise à s’emparer d’Imphal et d’avancer vers le Brahmapoutre. Cette zone stratégique permettrait ainsi de renforcer la mainmise sur la Birmanie et briserait la ligne de ravitaillement alliée vers la Chine. Enfin, un succès peut déstabiliser la présence britannique en Inde.

Avant même que la grande offensive U-GO ne soit déclenchée, plusieurs actions secondaires opposent les Alliés et les Japonais en Birmanie. En février 1944, les Japonais sont tenus en échec en Arakan. Sakurai tente en effet de s’infiltrer dans les lignes de la 7th Indian Division de Messervy pour ensuite l’annihiler. L’opération est baptisée Ha-GO. Messervy, dont le PC a failli être balayé par les Japonais, retourne la situation à son avantage et la supériorité britannique en artillerie, en chars et en avions assure le succès final. Ravitaillée par air, la division indienne soutient le choc alors que les assaillants sont bien vite à cours de munitions. En outre, les Japonais font preuve d’un manque total d’imagination en s’acharnant à emporter la décision toujours au même endroit, en l’occurrence la clairière de Sinzweya, l’ « Admin-Box ». Les Japonais ne peuvent que s’incliner. Ils déplorent 5 000 tués. Les Britanniques ont perdu 8 000 tués, blessés et malades évacués.

  

Au nord, les troupes de Stilwell prennent l’offensive dès novembre 1943. Les Chinois affrontent la 18ème division japonaise de Tanaka au cours de violents combats, qui réduisent l’unité japonais de 70% de ses effectifs ! Pourtant, en mai 1944, Stilwell atteint Myitkyina. Toutefois, si la ville ne tombe qu’en juillet, le succès est retentissant. La prise de l’aérodrome est très importante sur le plan stratégique car la ligne de ravitaillement de la Chine de Tchang-Kai-Chek, le HUMP, peut établir une liaison avec un trajet moins montagneux. Les Marauders de Merrill sortent toutefois épuisés de l’épreuve et l’unité ne sera plus jamais engagée.

 

Les Chindits de Wingate ne sont pas en reste. Le succès de la première offensive a contribué au renforcement considérable des unités placées sous le commandement de Wingate. La méthode change également. Wingate opte désormais pour l’établissement de points fortifiés loin derrière les lignes japonaises à partir desquels il lancera des colonnes pour effectuer des raids. En février 1944, Wingate lance l’opération « Thursday ». La 16th Brigade de Fergusson quitte Ledo en direction d’Indaw en évitant avec brio les forces japonaises sur un terrain particulièrement difficile. Fergusson parcourt les 400 km en 47 jours. Les autres unités doivent arriver par voie des airs, notamment à bord de planeurs, sur des zones d’atterrissages baptisées « Piccadilly », « Broadway », « Chowringhee » puis « White City ». Début mars, 9 000 hommes ont ainsi atterri sur les arrières japonais et établi comme prévu des bases fortifiées. Malheureusement, Wingate décède le 24 mars dans un accident d’avion. Une telle opération exige un potentiel aérien considérable mais les opérations autour de Kohima et Imphal vont obliger Slim a détourner une grande part de ces moyens. Les Chindits sont engagés alors plus au nord et passent en mai sous le commandement de Stilwell où les pertes sont lourdes. 3 800 hommes, dont 1 396 tués, sont en effet perdus, sans compter les malades, aussi nombreux. Toutefois, ces opérations ont diverties les réserves japonaises alors que l’offensive U-GO bat son plein. Bien plus, la 23rd Brigade des Chindits s’oriente vers Kohima sous la mousson à travers les collines de Naga et contribue largement au succès allié en perturbant gravement la logistique ennemie.

Entre temps, en effet, l’offensive U-GO a été déclenché et s’avère être un désastre pour les forces japonaises. Les Britanniques ont failli être surpris par la vigueur de l’assaut japonais dès le 8 mars. L’avance japonaise, en dépit du terrain montagneux, est remarquable et Dimapur semble menacée pendant la première quinzaine d’avril. Slim garde toutefois son sang-froid car il dispose de ressources suffisantes pour mener une contre-attaque puissante. La petite garnison de Kohima est finalement délivrée le 18 avril tandis que les combats décisifs ont lieu à Imphal, entièrement isolée mais ravitaillée efficacement par voie des airs. En dépit de la férocité des combats et du courage et de l’abnégation des soldats japonais, la 14th Army sort victorieuse de l’affrontement. Le 18 juillet, les Japonais se replient finalement sur la Chindwin, retraite qui tournera au cauchemar, faute de ravitaillement adéquat et sous les assauts de la mousson. L’échec de Mutaguchi est sanglant : il déplore en effet la perte de 60 000 hommes sur les 100 000 engagés ! Il s’agit de l’un des pires désastres de l’armée nipponne. Les forces japonaises en Birmanie sont désormais affaiblies pour assurer leurs positions dans cette zone si stratégique. De plus, l’Inde est désormais à l’abri de toute nouvelle tentative japonaise. Slim a désormais gagné l’initiative dans la dure campagne de Birmanie.

 

L’ARMEE NATIONALE INDIENNE

  

Les Japonais sont entrés en guerre avec le slogan « L’Asie aux Asiatiques », visant l’expulsion des Européens et la mise en place d’une sphère de co-prospérité asiatique sous le leadership nippon. En Inde, Subhas Chandra Bose constitue un gouvernement de l’Inde libre et recrute des combattants au sein des combattants de l’Armée des Indes capturés par les Japonais en Asie du Sud-Est. Dès janvier 1942, Mohan Singh, ex_officier de l’armée des Indes, constitue ainsi à Kuala Lumpur l’Indian National Army (INA). L’objectif de Bose est de libérer les Indes de la tutelle britannique par la force des armes. Environ 20 000 prisonniers indiens rejoignent l’INA dès les premiers mois de son existence, puis 20 000 autres, durant l’été 1942, afin d’échapper aux terribles conditions d’internement. En général, très peu sont favorables aux Japonais et nombreux sont ceux qui désertent pour rejoindre les lignes anglaises ou saper l’INA de l’intérieur. Une première unité est formée en septembre 1942, à partir de trois unités de guérilla : les régiments Gandhi, Nehru et Azad. Toutefois, une mésentente avec les japonais conduit à une réduction de 80% des forces de l’INA, la plupart de ses membres demandant le retour à leur statut de prisonniers de guerre. Toutefois, les choses évoluent avec l’arrivée de Bose d’Allemagne. Le chef de l’Inde libre a déjà formé une unité en Allemagne, la légion indienne, et il parvient à persuader les Japonais à constituer une deux autres divisions. La 1ère division, formée dès septembre 1942, est quant à elle engagée en 1944 en Arakan et vers Kohima et Imphal, participant d’ailleurs aux combats pour cette dernière et ne ramenant dans les ligne japonaises que 2 600 survivants sur 7 000 soldats engagés.