NARVIK, 9 AVRIL-8 JUIN 1940 : LA ROUTE DU FER COUPEE ?

NARVIK, 9 AVRIL-8 JUIN 1940 : LA ROUTE DU FER COUPEE ?

 

La tâche de s’emparer de Narvik incombe au général Dietl qui dispose pour ce faire de 1 690 chasseurs-alpins du Gebirgs-Jäger-Regiment 139 et de 300 hommes des unités divisionnaires de la 3.Gebirgs-Division. Ces forces seront transportées jusqu’à Narvik à bord des 10 destroyers du Kriegsschiffsgruppe 1 du commandant Bonte. Chaque destroyer, baptisé du nom d’un héros de la marine impériale, atteint la vitesse de 38 nœuds et déplace 2 400 tonneaux et est puissamment armé de 5 pièces de 127, 6 de 37 anti-aérien et 8 torpilles. Chaque navire embarque 315 hommes d’équipage. L’envoi des destroyers allemands à Narvik représente probablement l’aspect le plus hardie de l’audacieuse opération « Weserübung ». Les départs de la flotte allemande s’échelonnant en fonction de la vitesse des bâtiments et de la distance à parcourir, c’est à minuit le 6 avril que Bonte quitte l’Allemagne, sa flottille étant la 1ère à appareiller dans le cadre de l’invasion. Elle arrive à Narvik après avoir coulé deux garde-côtes norvégiens. Le jour du débarquement, le 9 avril, l’objectif est occupé sans combats. Faute de ravitailleurs en carburant, Bonte ne peut regagner immédiatement l’Allemagne et doit mouiller dans le fjord. En principe, le rôle de sa flottille est terminé. De son côté, Dietl met le port en état de défense et s’efforce de contrôler la voie ferrée jusqu’à la Suède. En attendant l’arrivée du matériel lourd, il dispose du matériel très important capturé au camp d’Elvegaardsmoën, dont pas moins de 315 mitrailleuses. En outre, des canons sont récupérés sur les navires alliés ou neutres présents à Narvik équipés de la sorte dans l’éventualité d’une attaque sous-marine en haute mer. Tandis que Dietl attaque le long de la voie-ferrée, le colonel Windisch progresse avec ses chasseurs-alpins en direction de l’aérodrome de Bardufoss.

Le port de Narvik

L’Amirauté britannique est déterminée à surprendre les navires allemands au mouillage à Narvik, provoquant des affrontements navals les 10 et 13 avril. C’est ainsi que la 2ème flottille de destroyers du capitaine Waburton-Lee qui dispose de 5 navires pénètre dans l’Ofotfjord qu’il remonte en direction de Narvik. Les deux flottilles de destroyers s’affrontent et deux navires allemands, le Wilhelm Heidkamp et l’Anton Schmidt sont envoyés par le fond tandis que trois autres sont endommagés. Waburton-Lee, qui ne survivra pas à l’engagement, perd de son côté deux de ses destroyers, le Hunter et le Hardy lorsque interviennent les destroyers allemands restés en retrait dans le fjord. Bonte tué, la flottille allemande passe sous le commandement du capitaine de frégate Bey.

La flotte allemande subit un sérieux revers à Narvik

Le 13, la réplique britannique à la prise de Narvik par les Allemands est encore plus imposante puisque la Royal Navy engage sous le commandement de l’amiral Whiworth le cuirassé Warspite et 8 destroyers. L’issue ne fait aucun doute avec une telle disproportion des forces et tous les destroyers allemands rescapés du combat précédant sont coulés. Ainsi se termine pour les 10 destroyers allemands l’étonnante odyssée débutée une semaine auparavant. La Kriegsmarine a perdu la moitié de ses effectifs en destroyers. Le sous-marin allemand U-64 est coulé à son tour et sombre dans les eaux du fjord après avoir été surpris par un avion embarqué Swordfish catapulté par la Warspite. La garnison allemande de Narvik est donc isolée. Paul Reynaud déclare alors de manière fracassante à la Chambre des députés « La route permanente du minerai de fer suédois vers l’Allemagne est et restera coupée ». Il reste cependant à chasser les hommes de Dietl retranchés à Narvik.

 

Les Norvégiens sont déterminés à résister, pour peu que le soutien des Alliés soit suffisant

Les 3 000 rescapés des destroyers coulés dans le fjord vont fournir à Dietl un appoint d’infanterie, dotée en partie d’armes norvégiennes de prise. De façon paradoxale, la victoire navale britannique renforce la position de Dietl. A ce moment-là, les marins allemands ne sont pas encore opérationnels à terre et plus de la moitié des chasseurs-alpins sont au nord de Narvik : il n’y aurait que de faibles effectifs pour monter une contre-attaque face à un débarquement allié. Malheureusement, Whitworth, ignorant tout des dispositions de Dietl, préfère attendre l’arrivée des renforts. Après la mésaventure de la flottille de Bonte, les effectifs allemands sont encore accrus d’un millier d’hommes qui arrivent par la voie des airs, en l’occurrence un bataillon de parachutistes et quatre compagnies de chasseurs de montagnes (dont deux qui sont parachutées après deux semaines d’instruction !) ainsi qu’une batterie d’artillerie de montagne. Les Suédois accordent cependant quelques facilités aux Allemands. Du 19 au 22 avril, des wagons amenant des vivres et du matériel médical pour la population sont autorisés à traverser le territoire suédois avec 292 membres des services sanitaire. Par cette même voie, 528 marins de commerce, 104 marins de la Kriegsmarine et 159 blessés sont évacués dans l’autre sens. Le capitaine de frégate Bey, rapatrié en avion en Allemagne, présente à ses supérieurs un tableau précis de la situation dramatique dans laquelle se trouve Dietl. Pour les Suédois, la situation est également préoccupante. Que se passerait-il si plusieurs milliers de soldats allemands étaient contraints de se replier en territoire suédois et que les Alliés prétendaient les y poursuivre ? En tout état de cause, le gouvernement suédois s’oppose fermement au passage d’armes et de munitions sur son sol.

 

Français, Britanniques et Polonais viennent à ma rescousse des Norvégiens

Des éléments alliés sont rassemblés à Harstad dans les îles Lofoten, face à l’entrée du fjord qui mène à Narvik. Elles sont destinées à reprendre le port aux Allemands dès que possible. Mais le temps, exécrable, retarde les opérations : le blizzard et les tempêtes de neige se succèdent sans interruption. Le plan retenu par le général britannique Mackesy prévoit un enveloppement des positions allemandes de concert avec les Norvégiens afin d’éviter les pertes coûteuse qu’entraînerait inévitablement un débarquement de vive-force directement à Narvik. Tout ceci est bien long et les débarquements sont réalisés à Sagsflord, Salangsverket et Sjoveien, bien trop loin au nord de Narvik, distant d’une soixantaine de kilomètres d’une route de montagne enneigée. L’avantage reste la réalisation d’une liaison entre les Britanniques et les forces norvégiennes En attendant, les forces navales harcèlent l’ennemi en bombardant ses positions. Les hommes de Dietl sont soutenus par des appareils de la Luftwaffe opérant depuis des bases situées plus au sud en Norvège. Dans le camp allié, ce n’est que le 20 mai que des chasseurs britanniques sont déployés sur le terrain de Bardufoss, au nord-est de Narvik. Le 28 avril, la 27ème demi-brigade de chasseurs-alpins français est débarquée dans le secteur de Narvik avec mission de s’emparer du port. Elle est suivie par l’arrivée des 2ème et 14ème demi-brigades de chasseurs polonais et de la 13ème demi-brigade de la Légion Etrangère. En outre, les Français engagent la 342ème compagnie de chars, en l’occurrence 10 Hotchkiss H-39. L’ensemble des forces françaises constitue la 1ère Division Légère de Chasseurs sous les ordres du général Béthouart Les Britanniques déploient à terre la 24th Scots and Irish Guards Brigade ainsi que deux compagnies du South Wales Border Regiment. Au total, les Alliés disposent de 30 000 hommes pour affronter les 6 000 hommes de Dietl.

Avec l’aide des Britanniques et des forces norvégiennes de la 6ème division (5 000 hommes), constituée tant bien que mal dans le secteur, et l’appui de la flotte britannique, les Français et les Polonais s’emploient à reprendre la ville aux Allemands. La progression est cependant vite stoppée face à un adversaire coriace qui use habilement d’un terrain accidenté propice à la défense. Un nouveau plan est élaboré par les Alliés à la suite du remplacement du général britannique Mackesy, jugé trop timoré, par le général Auchinleck. Il est décidé que les Anglais se déploieront face au sud afin de parer à la menace des troupes allemandes qui se rapprochent dangereusement de Narvik depuis le centre de la Norvège. Tandis qu’Auchinleck prend en charge la défense des bases, l’aspect offensif est confié au général Béthouart. La Légion réalise deux débarquements : le premier a lieu à Bjerkvik, au nord de Narvik, le 13 mai. L’opération est un succès et les Allemands sont repoussés. Seule la résistance acharnée de la cote 220 sauve les Gebirgsjäger de Windisch de l’anéantissement complet. Harcelés par les forces alliées et soumis aux tirs de la Royal Navy, les hommes de Windisch, épuisés et à court de munitions, réussissent à rejoindre le point d’appui de Storebalak. Le succès n’est pas exploité dans l’immédiat et l’avance est stoppée. Les légionnaires sont alors rejoints par les chasseurs-alpins et les Norvégiens. Une nouvelle attaque est envisagée quand arrivent enfin les chasseurs britanniques sur le terrain de Bardufoss. L’attaque sur Narvik s’apparente à un baroud d’honneur car Auchinleck et Béthouart savent que l’ordre d’évacuation qu’ils ont reçu signifie que le succès sera sans lendemain. Un second débarquement est donc effectué par la Légion à Narvik même le 28 mai après une intense préparation d’artillerie fournie par la Royal Navy tandis que les Norvégiens et les chasseurs-alpins fixent et refoulent les forces allemandes qui leur font face au nord de la ville et que les Polonais attaquent depuis le sud, s’emparant de la presqu’île d’Ankenes. La première vague met pied à terre sans trop de difficultés. La lutte est âpre, les Allemands parvenant à plusieurs reprises à reconquérir le terrain perdu. Néanmoins, les Français parviennent enfin à s’emparer de la ville le 29 mai.

En effet, la pression des troupes alliées est telle que Dietl est contraint de se replier. Narvik est ainsi évacué le 28 mai. Les troupes allemandes se retrouvent dans une situation délicate et sont inexorablement repoussées en direction de la frontière suédoise où elles risquent l’internement. L’occupation de Narvik par les Alliés n’est que de courte durée en raison des événements dramatiques qui ont lieu au même moment en France où les forces franco-britanniques isolées dans le nord de la France évacuent à Dunkerque. Le retrait de Norvège apparaît donc inévitable. C’est ainsi que les 25 000 combattants alliés sont évacués les 7 et 8 juin 1940. Les troupes allemandes peuvent alors reprendre la ville sans combats. Dietl ne doit certes son succès qu’au départ des Alliés mais il est devenu célèbre dans son pays.

Dietl: un nouveau héros pour la Propagande du Reich

La bataille de Narvik a coûté 250 morts et 500 blessés aux Français et aux Polonais. En outre, 400 Allemands tombent entre les mains des Alliés qui les emmènent tous en Grande-Bretagne. La victoire de Narvik est un des grands faits d’armes de l’armée françaises de 1940. Menée avec habileté et brio, l’opération est un témoignage de la valeur des troupes alpines et des légionnaires français et du courage de leurs alliés polonais, britanniques et norvégiens.

9 AVRIL 1940: HITLER DEVANCE LES ALLIES EN SCANDINAVIE

« Weserübung »: l’invasion du Danemark et de la Norvège

Le 9 avril 1940, Hitler surprend les Alliés en lançant l’opération « Weserübung ». D’une grande audace, celle-ci consiste en l’occupation du Danemark et de la Norvège par la mise à terre simultanée de plusieurs contingents de la Wehrmacht transportés par voie maritime et aérienne. Hitler veut s’assurer du ravitaillement en fer suédois via la Norvège, un élément capital pour l’économie de guerre allemande. Par ailleurs, l’occupation des côtes norvégiennes donnerait une option avantageuse dans la lutte sur mer avec la Royal Navy. L’Allemagne engage 6 divisions, 1 500 avions et l’intégralité de sa flotte dans l’opération. Pour la première fois, les parachutistes allemands, les Fallschirmjäger, participent à une opération aéroportée, sans grand succès.

Des Ju-52 larguent des parachutistes allemands pour la première fois de la guerre

Soldats danois

Le Danemark, dont la position s’avère stratégiquement indispensable à l’invasion de la Norvège, afin de bénéficier de ses terrains d’aviation et d’assurer la sécurité des liaisons maritimes, est occupé en 24 heures, sans opposition notable. L’armée allemande, sous le contestable prétexte de protéger le petit pays scandinave d’une agression anglaise, envahit donc le Danemark avec pour instruction de s’y montrer aussi pacifique que possible. Cette intervention « amicale » coûte tout de même la vie à 12 aviateurs, 11 soldats et 3 garde-frontières danois.

En Norvège, le groupe d’armée du général Falkenhorst réussit à débarquer le 9 avril ses unités d’invasion qui prennent le contrôle des ports norvégiens : 10 000 hommes sont ainsi mis à terre à Oslo, Kristiansand, Bergen, Trondheim et Narvik. Les aéroportés allemands et la Kriegsmarine connaissent des difficultés et subissent des pertes sensibles, mais l’armée norvégienne est surprise en état de mobilisation partielle et en pleine période d’entraînement des nouvelles recrues. La rapidité de l’intervention allemande rend toute riposte efficace impossible.

 

Destroyer allemand

L’armée norvégienne est repoussée inexorablement à l’intérieur des terres et l’arrivée de nouveaux contingents allemands ne fait qu’aggraver la situation désespérée des Norvégiens. La Luftwaffe s’assure dès le début des opérations une maîtrise absolue de l’espace aérien, assurant le succès des opérations terrestres allemandes. Dans ces conditions, l’intervention des forces franco-britanniques et polonaises qui tentent de soutenir les Scandinaves ne peut être qu’un échec. Les forces britanniques et françaises débarquent à Namsos et Andalsnes dans le but de constituer un solide front défensif en Norvège centrale. Mais elles ne peuvent apporter un soutien efficace en raison des moyens mis en œuvre par la Wehrmacht et sous l’effet de l’intervention de la Luftwaffe. Après une avancée vers Lillehammer, elles sont finalement rembarquées. L’attention des Alliés se concentre alors exclusivement sur le nord du pays.

L’économie de guerre allemande est tributaire de son approvisionnement en fer suédois via la mer Baltique. Or celle-ci est impraticable à la navigation en période hivernale à cause des glaces. Le seul port d’où peut être exporté le fer suédois en direction de l’Allemagne est alors celui de Narvik, au nord de la Norvège, au-delà du cercle polaire. Hitler et son Etat-major décide donc de s’emparer de Narvik dès le premier jour de l’invasion de la Norvège dans le cadre de l’opération « Weserübung ». Par un concours de circonstance, il se trouve que les Alliés s’apprêtent à s’emparer eux-mêmes de Narvik. Les gouvernements britanniques et français ont en effet convenu avec quelques hésitations à venir en aide aux Finlandais, aux prises avec les Soviétiques, en passant par la Norvège et la Suède. Mais les hommes politiques tergiversent. Avec l’armistice russo-finlandais, l’opération semble caduque et la triste conclusion de l’affaire a encore démontré l’impuissance des démocraties à adopter une ligne de conduite ferme. Pourtant il semble opportun à certains, comme le nouveau président du conseil Paul Reynaud, de bloquer la route du fer au détriment des Allemands.

L’intervention alliée: trop faible et inefficace

Un succès est néanmoins assuré par les légionnaires et les chasseurs alpins français dans le nord du pays, à Narvik, d’où les chasseurs alpins allemands (les Gebirgsjäger) et les marins de la Kriegsmarine sont rejetés en direction de la frontière suédoise. Ces forces allemandes, sous le commandement du général Dietl, placés dans une situation désespérée faute de ravitaillement adéquat, ne doivent finalement leur salut après plus d’un mois de combat qu’au rembarquement des forces alliées en raison de la tournure désastreuse que prend la bataille de France.

Le Lützow, sérieusement endommagé

Ce succès allemand s’avère néanmoins être une victoire à la Pyrrhus pour la Kriegsmarine, aux effectifs pourtant déjà nettement surclassés par ses adversaires, puisqu’elle ne perd pas moins de 3 croiseurs, 10 destroyers et 7 U-Boote coulés, sans compter les unités endommagées plus ou moins sérieusement. Même si ces pertes sont comparables aux pertes alliées (un porte-avion britannique a même été coulé), il s’agit de pertes sensibles dont l’absence se fera sentir quand il s’agira d’envisager l’invasion des îles britanniques. Cette courte campagne coûte 5 636 hommes à l’armée allemande, y compris les pertes en mer. Les Franco-Polonais perdent 750 hommes, tandis que 1 900 Britanniques et 1 335 Norvégiens sont tués ou blessés dans les combats à terre. La perte du porte-avions HMS Glorious et de plusieurs navires surpris par les croiseurs allemands Scharnhorst, Gneisenau et Hipper lors de l’évacuation le 8 juin ajoute plus de 1 200 morts et plus de 1 500 disparus pour les forces britanniques. L’armée allemande a encore fait preuve de son efficacité et a su mener avec brio une attaque combinée alliant étroitement la marine, l’aviation et l’armée de terre, la Luftwaffe ayant particulièrement fait preuve de compétence dans ses différentes tâches d’appui tactique au sol, de ravitaillement et de transport aérien et, surtout, de lutte contre la flotte ennemie.

 

 

L’ODYSSEE DU GRAF SPEE ET DE L’ALTMARK

 

Le Graf Spee

Quand débute la Seconde Guerre Mondiale, le cuirassé de poche Graf Spee est en mer. Ce navire est supposé être plus rapide que les cuirassés classiques tout en surclassant les croiseurs en matière d’armement. Il opère alors dans l’océan Indien et l’Atlantique sud de conserve avec son navire ravitailleur, l’Altmark. Il ne coule que 9 navires dont les rescapés sont pris en charge par l’Altmark. Le 13 décembre, le Graf Spee est intercepté et endommagé par les 3 croiseurs britanniques de l’amiral Harwood , non sans avoir provoqué des dommages importants sur les trois navires britanniques. Le navire allemand est contraint de faire relâche dans le port urugayuen de Montevideo. Bluffé par une campagne d’intoxication britannique, Langsdorf, qui commande le Graf Spee, est persuadé que la Royal Navy a concentré des forces importantes pour détruire son navire. Passé le délai d’escale de 72 heures accordé par l’Uruguay, le Graf Spee prend la mer et se saborde dans le Rio de la Plata avec la permission de Berlin. Deux mois plus tard, le 16 février, l’Altmark, sous le commandement du capitaine Dau, est arraisonné dans les eaux territoriales norvégiennes par le destroyer britannique Cossak. Les Britanniques, qui ont failli être éperonnés, prennent le navire par la force et ouvrent le feu. Le navire allemand parvient néanmoins à s’enfuir mais il s’échoue. Les marins du Cossak passent alors à l’abordage et les 299 marins britanniques détenus à bord sont finalement libérés. L’affaire provoque une crise diplomatique et ne fait que pousser les Allemands et les Alliés à se préparer à intervenir en Norvège, constatant que celle-ci s’avère incapable de faire respecter ses eaux territoriales.

 

 

Recension Boris Laurent, Le IIIe Reich pouvait-il gagner la bataille de l’Atlantique ?, Economica

Boris Laurent, Le IIIe Reich pouvait-il gagner la bataille de l’Atlantique ?, Economica, 2018, 122 pages

L’ouvrage récent de Boris Laurent présente une réflexion sur la bataille de l’Atlantique. Evitant d’inutiles digressions hors du sujet qui est de répondre à la question cruciale posée par le titre, les cinquante premières pages sont logiquement consacrées à l’année 1942, qualifiée de celles des « victoires perdues » de l’U-Bootwaffe, ainsi qu’à l’année 1943, souvent considérée comme le tournant de la bataille de l’Atlantique. Boris Laurent nous présente alors les armes miracles avec lesquelles Döntiz, le grand patron des sous-marins, espère renverser la situation, armes mises en perspectives avec les avancées techniques et technologiques de l’adversaire. La bataille est donc perdue. Après ce constat, dans un chapitre intéressant, Boris Laurent en cherche les raisons en étudiant les options stratégiques envisagées pour la Kriegsmarine avant et pendant la guerre. L’auteur termine par une uchronie (qui surestime, à mes yeux la capacité de résistance de l’empire britannique au Moyen-Orient en cas de chute de la métropole): que serait-il advenu si la Kriegsmarine avait débuté la guerre avec des moyens en sous-marins en adéquation avec ce que réclamait Dönitz, qui est resté persuadé jusqu’à sa mort qu’il aurait pu remporter cette bataille décisive ? Car, comme le montre bien Boris Laurent, le sort de la Seconde Guerre mondiale ne se décide pas seulement en Russie : il dépend de l’issue de la bataille de l’Atlantique. De fait, on peut imaginer un scénario tout autre si la période des « jours heureux » des U-Boote de 1940 n’avait pas concernée qu’une poignée de sous-marins, mais au contraire des centaines de submersibles. Mais, dans ce cas, quel aurait été l’effort naval britannique d’avant-guerre en réaction à ce réarmement conséquent de la Kriegsmarine, et comment auraient réagit les Etats-Unis ? Au final, une réflexion intéressante, bien écrite et rapide à lire, qui justifie l’achat de cet ouvrage que je recommande.

François-Emmanuel Brézet, Histoire de la marine allemande, 1939-1945

François-Emmanuel Brézet, Histoire de la marine allemande, 1939-1945, Collection Tempus, Perrin, 2014, 476 pages

La synthèse de Brézet est la bienvenue puisque les travaux consacrés à la Wehrmacht mettent l’accent sur l’armée de terre, la Heer, en toute logique puisque l’Allemagne est une puissance continentale. Les études portant sur la Kriegsmarine laissent le plus souvent la part belle aux U-Boote, ce qui s’avère tout aussi logique du fait de l’importance de ces derniers dans les opérations navales allemandes. Cet écueil est évité car les forces de surface, croiseurs et cuirassés, mais aussi corsaires, reçoivent toutes les attentions de l’auteur même si, par la force des choses, de nombreuses pages sont consacrés aux U-Boote, force de frappe principale de la Kriegsmarine au cours de la bataille de l’Atlantique. Tous les fronts sont abordés, et non le seul affrontement –décisif- qui eût lieu dans l’Atlantique Nord. Le réarmement allemand des années 1930, ainsi que les différents programmes visant au développement de la marine, de même que les discussions et options stratégiques afférentes sont du plus haut intérêt. On regrettera seulement que davantage de pages ne soient pas consacrées aux unités plus petites : destroyers, vedettes, dragueurs, ainsi que tous les engins de transport. Le livre est intéressant et bien écrit, sans équivalent en langue française.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (22/50)

STALINGRAD : l’AGONIE DE LA 6.ARMEE

(19 NOVEMBRE 1942-2 FEVRIER 1943)

   

 

Le 19 novembre, la Stavka déclenche l’opération « Uranus », visant à l’encerclement de la 6.Armee. A ce moment là, le Heeres-Gruppe A tient un front de 1 000 km dans le Caucase et le Heeres-Gruppe B est réparti sur 1 300 km. La liaison entre les deux groupes d’armées est alors assuré par l’unique 16.ID (mot.), qui protège la route d’Astrakhan sur 400 km. En l’espace de quatre jours, du 19 au 22 novembre, les Soviétiques percent le front sur une distance considérable. Les Allemands sont totalement paralysés par la puissance de l’offensive soviétique qui balaye les armées roumaines qui lui font face. Le 23 novembre, les Fronts du Don et de Stalingrad font leur jonction à Kalatch : la 6.Armee de Paulus est alors encerclée. Goering assure à Hitler que l’armée pourra être ravitaillée par voie aérienne comme à Demiansk au cours de l’hiver 41-42. Mais les besoins d’une armée encerclée en plein hiver dans la steppe et dans une ville en ruines sont immenses. Le minimum requis est estimé à 500 tonnes quotidiennes. La Luftflotte 4 engage 320 JU 52 et JU 86 dans l’opération, ainsi que 190 bombardiers Heinkel He 111, transformés en appareils de transport pour l’occasion. La tâche demandée à la Luftwaffe est au-delà de ses capacités. Le 27 novembre, le temps est épouvantable et la 6.Armee ne perçoit que 24 m3 de carburant contre les 300 exigées chaque jour par Paulus ! C’est le 30 novembre que l’armée encerclée reçoit pour la première fois plus de 100 t de ravitaillement, soit très en deçà des demandes et des prévisions, mais, dès le 10 décembre, le tonnage journalier ne cesse de baisser avant de remonter du 19 au 24 décembre, avec presque 300 t à deux reprises. Au total, le pont aérien est un échec et il aboutit à la perte de 488 précieux appareils de transports, alors qu’une hécatombe de même ampleur est sur le point de se produire au-dessus de la Méditerranée pour ravitailler la tête de pont de Tunisie.

Dans l’esprit du Führer, ce pont aérien n’est envisagé que de manière provisoire, puisque une vigoureuse contre-attaque délivré par le tout nouveau Heeres-Gruppe Don de von Manstein doit permettre de percer l’anneau érigé par les Soviétiques autour de Stalingrad. Pour ce faire, la 4.Panzer-Armee perçoit deux nouvelles Panzer-Divisionen, les 6. et 11. . Manstein est cependant pris de cours par une attaque du 1er corps blindé soviétique à travers le Tchir. La 11.PZD du général Balk est immédiatement engagée et remporte une éclatante victoire aux dépends des Soviétiques, causant un massacre au sein d’une colonne de camions transportant l’infanterie du corps blindé, anéanti ainsi en rase campagne. Après ce succès, Balk surgit sur les arrières des T34 et en détruit une cinquantaine. Pendant une dizaine de jours, la 11.PZD tous les assauts soviétiques sur le Tchir, apportant ainsi un soutien à l’offensive de Manstein.

Celui-ci confie l’opération, baptisée « Tempête d’Hiver », au 57.Panzer-Korps du général Hoth. Il met à la disposition de celui-ci la 23.PZD, qui vient du Caucase avec 96 chars, la 6.PZD, fraîchement arrivée de France avec 160 Panzer et la 17.PZD, qui est engagée plus tardivement. Derrière les éléments de tête de Hoth, les Allemands ont formé une colonne invraisemblable de véhicules hétéroclites afin d’acheminer 3 000 t de ravitaillement à la 6.Armee. Le plan prévoit que Paulus attaquera à son tour vers l’ouest quand les troupes de Hoth ne seront plus distantes que d’une trentaine de kilomètres de la poche. La contre-offensive débute le 12 décembre à 120 km de Stalingrad et les débuts sont prometteurs. En dépit de la résistance farouche des soldats soviétiques, Hoth progresse de 20 km par jour. Le 17 décembre, la rivière Askaï, dernier obstacle naturel entre les forces de Hoth et celles de Paulus est atteinte et même franchie. La 6.Armee n’est plus qu’à 55 km. Tous les espoirs sont donc permis aux Allemands. Manstein ordonne à Paulus de percer en direction de Hoth afin d’ouvrir un couloir de ravitaillement, mais le général Schmidt, chef d’état-major de Paulus, répond qu’aucune action offensive ne pourra être entreprise avant le 22 décembre, en raison des préparatifs nécessaires à l’opération et du fait de la pression russe sur le périmètre défensif de la poche. Hitler n’autorise pas l’abandon de Stalingrad et n’accepte qu’une jonction avec Hoth. Or Manstein et Paulus savent qu’une attaque en masse de la 6.Armee est la seule solution à même d’obtenir une percée vers l’ouest en y concentrant toutes les forces disponibles, solution qui implique l’abandon de Stalingrad, une décision que Paulus se refuse à prendre sans ordre de l’OKW. Joukov va bientôt rendre caduque ces discussions quant à l’option que doit suivre Paulus pour sauver son armée.

En effet, le 16 décembre, alors que Hoth n’est qu’à 50 km de la poche de Stalingrad, Vatoutine déclenche l’opération « Petite Saturne », frappant de plein fouet la 8ème armée italienne après un tir de barrage d’une rare intensité délivré par pas moins de 5 000 pièces d’artillerie. Comme les Roumains un mois plus tôt, les Italiens cèdent et le front est une fois de plus balayé par le rouleau compresseur soviétique. Les troupes italiennes ne manquent pourtant pas de courage et de ténacité, mais la partie est trop difficile face à un adversaire bien mieux armé et équipé. La résistance tenace des Alpini évite à la 8ème armée italienne une destruction totale mais n’empêche pas l’ouverture d’une brèche immense. Manstein est consterné par ce nouveau désastre. La menace est de taille : l’avance soviétique menace Rostov et neutralise les précieux terrains d’aviation d’où la Luftwaffe s’envole pour ravitailler Stalingrad. La situation est dramatique : si Rostov tombe, ce ne sont pas seulement les 250 000 hommes de Paulus qu’Hitler risque de perdre, mais l’intégralité du Heeres-Gruppe A engagé dans le Caucase, 1 million d’hommes en comptant la 6.Armee : un tel désastre signifierait ipso facto l’effondrement de l’ensemble du front de l’Est ! Manstein n’a d’autre alternative que de stopper l’offensive de Hoth et de redéployer au plus vite ses blindés s’il parvient à les désengager. Manstein parvient à reconstituer un front cohérent in extremis avec un groupement de circonstance, l’Armee Abteilung Fretter-Pico. Rostov est sauvée !

Après l’échec de la contre-attaque de Hoth et devant l’impossibilité pour la 6.Armee de tenter une sortie en masse, la situation devient tragique au sein de la poche de Stalingrad, d’autant plus que le ravitaillement n’arrive plus qu’en très petites quantités, en raison de la capture par les Soviétiques des différents terrains d’aviation d’où opère la Luftwaffe tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du chaudron. Bien plus, le repli des forces de Manstein signifie un éloignement toujours plus vers l’ouest de la ligne de front : le sort de la 6.Armee est donc bien scellé.

Les infortunées divisions de Paulus agonisent dans l’hiver russe et les soldats encerclés subissent une détresse morale sans précédent, tout en endurant avec courage les souffrances de la faim, du froid, des combats et de la peur. L’hiver est une nouvelle épreuve, comme en 1941, d’autant que la 6.Armee est encerclée sans ses tenues d’hiver, tombées entre les mains des Russes au cours de l’opération « Uranus ». Les chevaux sont abattus pour être mangés, réduisant d’autant plus la mobilité déjà réduite de l’armée. Le 10 janvier, les Soviétiques lancent l’offensive finale. Les combats sont acharnés jusqu’au bout en dépit de l’état de dénuement de l’armée de Paulus.

Après avoir repoussé plusieurs demandes de capitulation, Paulus se rend lui-même le 31 janvier 1943, à la grande colère de Hitler, qui l’a élevé à la dignité de maréchal la veille, persuadé que celui-ci préférera le suicide à la reddition. Le 2 février, les derniers combats cessent dans la partie nord de la ville en ruines. 107 800 combattants allemands ont été capturés. Plus de 85 000 sont morts pendant le siège, un chiffre très élevé pour une période si brève. 34 000 blessés ont été évacués. Pour la première fois de la guerre, une armée allemande est battue en rase campagne, encerclée et annihilée. Cette spectaculaire victoire marque le début de l’espoir chez les Alliés alors que le temps du doute commence chez les Allemands.

 

L’ARMEE ROUMAINE

 

Les Roumains sont les alliés de l’Allemagne qui fournissent le plus gros effort aux côtés de la Wehrmacht pendant la guerre contre l’Union Soviétique. L’équipement moderne fait pourtant défaut, en dépit de la récupération de matériels capturés par les Allemands en France en 1940 et par la réception de matériel allemand, particulièrement dans l’armée de l’air. L’ensemble reste toutefois disparate et les moyens de transports principaux restent avant toute des charrettes paysannes peintes de couleurs chatoyantes. En dépit de cadres très compétents et de soldats courageux, l’armée roumaine n’est pas de taille à affronter les soviétiques à partir de 1942. Les pertes ont déjà dépassé 130 000 hommes à Odessa en 1941. Les combats livrés au cours de l’opération « Uranus » provoquent la perte de 173 000 hommes sur 267 727 engagés. L’évacuation de la Crimée en mai 1944 coûte encore 26 000 pertes. En août 1944, devant le déferlement de l’Armée Rouge vers la Roumanie, le roi Michel destitue le dictateur Antonescu et déclare la guerre au Reich. 540 000 hommes combattent ainsi aux côtés des Russes. Cette ultime phase de la guerre coûtera encore 170 000 pertes aux Roumains.

Guerre du Pacifique/Pacific War (31/43): Saipan

SAIPAN : UNE ÎLE POUR BOMBARDER LE JAPON,

15 JUIN-9 JUILLET 1944

La bataille de Saipan va opposer les Marines et les GI’s à la garnison japonaise pendant trois semaines de combats très disputés et particulièrement meurtriers. Au total, la campagne va impliquer 71 000 Marines et GI’s sous le commandement du général Holland-Smith. En face, la garnison japonaise du général Saito se monte à 31 000 hommes. Les défenses de l’île sont toutefois inachevées. En effet, les travaux n’ont débuté que fort tardivement et une partie du matériel a été perdu en mer, sous les coups des sous-marins américains. Holland-Smith prévoit de débarquer dans la région de Charan Koa sur une largeur de 3 kilomètres. Pour gagner les Japonais de vitesse, les amtracks qui transportent les premières vagues, escortés par des tracteurs amphibies armés d’un canons de 75 mm et d’une mitrailleuse, doivent amener les combattants jusqu’aux premières collines. Le bombardement systématique et en règle de l’île de Saipan débute le 13 juin 1944. La marine est engagée en force dans cette opération puisque ce ne sont pas moins de 165 000 obus qui sont déversées sur les défenses japonaises par 25 grosses unités navales. Toutefois, la crainte des mines et le manque d’expérience des équipages en matière de tirs à courte distance ont poussé les 7 cuirassés modernes et rapides engagés le premier jour à ouvrir le feu à au moins 10 kilomètres de la côte. Habitués à tirer sur des objectifs en mer, la marine privilégie les objectifs de grande taille, au détriment des défenses. Le lendemain, le relais est pris par les 8 cuirassés anciens et 11 croiseurs de l’unité de l’amiral Oldendorf. Ces navires choisissent leurs objectifs avec plus d’acuité mais le temps et les munitions leur feront défaut. L’aviation ne se montre guère efficace non plus, mis à part la mise à l’écart des escadrilles nipponnes et la destruction des aérodromes. Au cours de la bataille, le tir de ces unités navales sera dirigé avec brio depuis la côte par les unités de communications américaines composés d’Indiens Navajos, dont la langue est bien sûr incompréhensible aux Japonais.

Les opérations de débarquement débutent le 15 juin 1944 à 7h. La première vague compte 8 000 Marines, qui montent à l’assaut à bord de plus de 700 LVT. Le débarquement est ainsi opéré à 9h en à peine vingt minutes sur la côte occidentale de l’île. L’opération amphibie n’est cependant pas une sinécure et l’arrivée à terre est loin de se dérouler sans encombre. Les pièces d’artillerie japonaise s’avèrent en effet très précises dans leur tir grâce à un plan de feu remarquablement préparé, s’appuyant notamment sur un système de drapeaux indiquant la distance des cibles dans la baie. Très vite, 20 LVT sont détruits. Les amtracks ne sont en effet pas blindés et les LVTA, qui emporte une pièce de 75 mm, n’ont qu’un bien mince blindage. En fait, les tirs japonais commencent dès que les premières vagues quittent la ligne de départ. Dès que la barrière de récifs est franchie et que les Américains sont dans la lagune, les défenses japonaises fournissent un feu nourri et dévastateur.

Les canons, les mortiers et les mitrailleuses abattent un feu d’enfer sur les Marines. Incontestablement, l’utilisation de tracteurs amphibies a sauvé de nombreuses vies humaines et éviter les lourdes pertes encourues à Tarawa six mois plus tôt quand les Marines ont dû parcourir une longue distance dans l’eau. Toutefois, la défense nipponne n’est pas en mesure de s’opposer efficacement au déferlement des Marines. Certes, la 2nd Marine Division débarque dans le désordre sous les effets conjugués des courants et des tirs ennemis, mais elle n’est pas rejetée à la mer. Tant est si bien que, à la nuit tombée, les 2nd et 4th Marine Divisions se sont assurées une tête de pont d’une largeur confortable de 10 kilomètres mais d’un seul kilomètre de profondeur. 20 000 Américains sont alors à terre, avec sept bataillons d’artillerie et deux de blindés. Les tentatives de contre-attaques nocturnes menées par les Japonais cette première nuit s’avèrent infructueuses et particulièrement coûteuses en hommes pour les forces de Saito. L’US Navy soutien à cette occasion efficacement les troupes à terre en illuminant les assaillants de leurs projecteurs et en pulvérisant les blindés légers japonais.

L’échec japonais dans la bataille aéronavale de la mer des Philippines et l’impossibilité donnée à Saito d’être ravitaillé signifient que la cause est sans espoir pour la garnison nipponne de Saipan. Toutefois, les défenseurs de l’île sont déterminés à se battre jusqu’au dernier homme. Le 16 juin, des unités de l’armée de terre américaine débarquent à leur tour, en l’occurrence la 27th Infantry Division. Le lendemain, les Marines repoussent une nouvelle attaque nipponne menée avec le soutien de 40 chars. L’engagement de l’armée de terre dans la bataille au côté des Marines sera d’ailleurs à l’origine de tensions entre les deux corps lorsque le général Holland-Smith relèvera de son commandement le général Ralph C. Smith. Les GI’s progressent en direction de l’aérodrome d’Aslito, dont ils s’emparent le 18 juin, après avoir affronté une deuxième contre-attaque nocturne japonaise qui s’avère être un nouvel échec pour Saito.

 

Au nord de Saipan, ce dernier dispose ses troupes sur des positions défensives prenant le parti du terrain accidenté du centre de l’île, en s’appuyant notamment sur le mont Tapotchau. La bataille est acharnée comme bien souvent au cours de la guerre du Pacifique et les surnoms que les combattants américains donnent aux différentes zones de combats sont bien révélateurs à cet égard. C’est ainsi que Saipan compte une «Vallée de la Mort », « Une Poche de l’Enfer » et une « Crète de la Purple Heart », en référence à la fameuse décoration militaire américaine.

Les Japonais mettent à profit les nombreuses grottes de cette île volcanique pour s’y dissimuler le jour et contre-attaquer la nuit. Pour parer à cette menace, les Américains n’hésitent pas à faire un usage croissant des lance-flammes pour nettoyer les différentes grottes. Des équipes de lance-flammes s’approchent ainsi des positions japonaises sous le couvert de l’artillerie et du tir des mitrailleuses et réduisent à néant les défenses ennemies une à une. La 2nd Marine Division attaque à gauche de la ligne de défense principale ennemie tandis que la 4th Marine Division opère à l’est. Pendant ce temps, les GI’s de la 27th ID réduisent la poche de résistance de la péninsule de Nafutan, au sud de l’île, avant d’être engagée au centre du dispositif des Marines. L’attaque principale débute le 22 juin. Tandis que la 2nd Marine Division peine devant le mont Tapotchau, la 27th ID affronte l’adversaire sur un terrain particulièrement difficile mais vient à bout des terribles défenses de la « Vallée de la Mort » et établit sa jonction avec les Marines.

Le front gagnant en étroitesse, la 2nd Marine Division est mise en réserve. La 27th ID prend alors en charge les opérations sur la côte ouest et la 4th Marine Division poursuit son avance au centre et au long de la côte est. Au 7 juillet, les Japonais n’ont plus d’espace de manœuvre et ne peuvent plus retraiter. Saito ordonne alors aux 3 000 hommes encore aptes au combat dont il dispose de lancer une charge Banzaï suicidaire, avant de se donner lui-même la mort. Les assaillants ne sont parfois armés que de grenades ou d’une simple baïonnette fixée au bout d’un long bâton de bois ! Les Japonais parviennent à profiter d’une brèche pour écraser deux bataillons du 105th Infantry Regiment pour ensuite s’attaquer à des positions d’artillerie des Marines, obligés de se défendre à l’arme individuelle après avoir pilonné les attaquants. Holland- Smith s’insurge à nouveau à l’endroit de la 27th ID et jure de ne plus jamais employer l’unité. De leur côté, les généraux de l’armée de terre sont bien décidés à ne plus jamais servir sous ses ordres ! Le 9 juillet, la bataille pour Saipan est arrivée à son terme. L’hécatombe n’est pourtant pas terminée. Le spectacle qui attend encore les Américains est particulièrement horrifiant. En effet, ils vont assister impuissant au suicide de centaines de civils qui se jettent du haut des falaises surplombant l’océan, parfois par familles entières.

D’autres encore sont tués dans les grottes en même temps que les soldats qui refusent la reddition. Ce comportement inouï prend sa source dans la propagande nipponne qui n’a eu de cesse de présenter les soldats américains en barbares cruels. Les efforts déployés par les soldats américains pour leur faire entendre raison restent en général futiles. Des interprètes et des prisonniers japonais munis de haut-parleurs essayent en vain de les persuader de se rendre. Certains y parviennent toutefois avec succès, comme le soldat Guy Gabaldon, élevé par des Américains d’origine japonaise. C’est ainsi que 921 soldats japonais seront capturés, un chiffre élevé pour la guerre du Pacifique, tandis que 24 000 seront tués au combat et 5 000 se sont suicidés. En outre, pas moins de 8 000 non-combattants se sont suicidés. Les pertes américaines ne sont pas négligeables non plus puisque les Américains déplorent 3 426 tués et 13 160 blessés. Si la bataille est finie en juillet 1944, un petit groupe de 47 hommes menés par le capitaine Sakeo Oba réussit à se maintenir dans les montagnes jusqu’au 1er décembre 1945, date à laquelle il consent enfin à la reddition.

La prise de Saipan va permettre le bombardement stratégique du Japon avec des superforteresses B-29, qui ne pouvaient alors opérer que depuis la Chine

Ostfront-La guerre germano-soviétique (21/50)

UNE VILLE SUR LA VOLGA : STALINGRAD

(13 SEPTEMBRE-18 NOVEMBRE 1942)

 

Le plan allemand prévoit la prise de Stalingrad afin de s’assurer de la destruction de la 62ème armée soviétique et établir de solides positions sur la Volga, permettant ainsi de bloquer cette voie de communication et de ravitaillement essentielle, tout en assurant le flanc nord des opérations dans le Caucase. La première attaque sur Stalingrad débute le 19 août 1942. Paulus tente de percer au-delà de Kalatch et d’anéantir les 62ème et 64ème armées soviétiques en engageant 18 divisions, dont 5 de Panzer. Le 23 août, l’aile droite de la 62ème armée est finalement enfoncée. Ce même jour, la atteint la Volga au nord de la ville.

Mais le corridor est étroit et soumis aux bombardements de l’artillerie russe. Pendant la nuit, la 4.Luftflotte de Richthofen opère ce qui est alors le raid le plus massif effectué sur le front de l’Est depuis le lancement de « Barbarossa ». La ville, largement construites avec des édifices en bois, se consume dans le brasier infernal allumé par les bombardiers allemands, transformant la cité en décombres beaucoup plus aisées à défendre pour les Soviétiques. Les premiers combats dans les faubourgs nord de la ville, à Spartakovka, donnent tout de suite aux Allemands le ton quant à l’âpreté des combats qui les attend. En revanche, les troupes de la Wehrmacht marquent un point en parvenant à s’emparer des installations du ferry-boat de Rynok, une perte des plus importantes pour les Soviétiques, puisque celui-ci représente l’unique liaison entre l’immense ville industrielle et la rive est de la Volga, dont le cours atteint à cet endroit presque 3 kilomètres de large.

La bataille ne fait que commencer. Le 30 août, les Panzer de la 4.Panzer-Armee de Hoth percent la ceinture extérieure de défenses de la ville à Gravilovka. Paulus engage 100 000 hommes dans la ville, 500 chars et 2 000 canons. Les ruines de la ville ne sont pas le terrain idéal pour le déploiement des blindés mais la confiance est encore de mise dans le camp allemand. Au nord, Paulus ne consent à appuyer Hoth en n’engageant que les 14. et 29.ID. Les Soviétiques estiment pour leur part qu’il est désormais impératif de se replier dans la ville proprement dite. Eremenko ordonne donc aux 62ème et 64ème armées de se retrancher dans Stalingrad et de rendre la ville inexpugnable. Lopatine, le chef de la 62ème armée, perd alors son sang-froid et ordonne le repli sur la rive est du fleuve. Dénoncé par son chef d’état-major, Lopatine est limogé et son commandement est confié au général Tchouikov.

  

Les usines et les immeubles vont alors constituer autant de forteresses que les Allemands vont devoir arracher à leurs adversaires de haute lutte. Krouchtchev, organise la défense de la ville en sa qualité de commissaire politique. Il peut ainsi fournir des volontaires pour les unités de Tchouikov : 50 000 hommes en tout, 75 000 autres étant enrôlés dans la 62ème armée, aux côtés de 7 000 jeunes gens des Komsomols et 3 000 jeunes filles versées dans les services auxiliaires. La situation n’est cependant pas brillante. Les défenseurs sont en effet acculés à la Volga et le ravitaillement ne peut s’opérer qu’avec difficulté à travers le fleuve dont les bacs ont été coulés. Les défenseurs soviétiques mettent admirablement à profit leurs talents de combattants en barricadant les édifices et en utilisant habilement les égouts, les caves et les nombreux abris creusés le long des rives escarpées de la Volga. Le général Tchouikov prodigue lui-même des conseils à ses hommes : « Tenez-vous au plus près des positions de l’ennemi. Déplacez-vous à quatre pattes ou en rampant. Utilisez les trous d’obus et les décombres. Creusez vos tranchées la nuit. Préparez-vous pour l’attaque sans qu’on vous voie, sans qu’on vous entende. Soyez prêts, la mitraillette à l’épaule, et 10 à 12 grenades en réserve. Vous n’aurez plus qu’à choisir le moment et vous aurez le bénéfice de la surprise […] N’entrez jamais seul dans une maison. Allez-y à deux : vous et une grenade […]. Vous entrez dans une pièce ? Une grenade dans chaque coin et en avant ! Une rafale de mitraillette pour le cas où il resterait encore quelque chose ! Vous avancez un peu plus loin, une grenade ! Vous entrez dans une autre pièce, une autre grenade ! Toujours le coup de balai avec votre mitraillette ! Et l’on continue comme ça. Une fois votre objectif conquis, il est possible que l’ennemi contre-attaque. Ne soyez pas effrayé. C’est vous qui avez pris l’initiative, elle est dans vos mains, gardez-là et réagissez brutalement : à la grenade, à la mitraillette, à la baïonnette, ou si vous n’en avez pas, au poignard et au couteau ! »

Dans ces conditions, la victoire allemande ne semble pas impossible. Si les Russes ont réussi à sauver leur armée, rien ne peut certifier que la ville puisse tenir. Le 13 septembre, les Allemands lancent ce qu’ils espèrent être l’ultime assaut contre Stalingrad. Les combats sont acharnés. Le sud de la ville est pratiquement coupé du commandement de Tchouikov et des combattants des 14., 27. et 29.ID parviennent à atteindre le fleuve. Toutefois, des troupes isolées continuent à lutter avec acharnement. La lutte s’avère des plus acharnée pour la prise d’un silo à céréales de grande taille, défendus par à peine une quarantaine de soldats russes, qui repoussent tous les assauts, causant des pertes sensibles aux assaillants. Le 22 septembre, le silo tombe enfin. Les combats pour la colline Mamaïev ont été également très disputés. La résistance russe est alors vite anéantie dans les secteurs sud et central. Dans le nord de la ville, au-delà de la Tsaritsa, les Soviétiques s’accrochent aux ruines, incapables de récupérer le terrain concédé à l’ennemi mais bien déterminés à causer le plus de pertes aux Allemands. Les combats provoquent une véritable hécatombe et nombre d’unités sont décimées. « Le temps, c’est du sang » lance Tchouikov. Il reste à savoir si la résistance peut encore durer suffisamment longtemps. Joukov n’est disposé qu’à envoyer les strict minimum pour renforcer Tchouikov : c’est ainsi que seules 5 divisions traversent le fleuve pour rejoindre l’enfer de Stalingrad en septembre et octobre, ce qui est loin de compenser les pertes consenties. Les combats de rues sont d’une rare intensité. Les Allemands sont contraints de diviser leurs forces en petites unités, au détriment des grandes manœuvres d’encerclement et de la mobilité dans lesquelles la Wehrmacht excelle. Les blindés sont très mal à l’aise dans les combats urbains. Le débattement vertical des pièces ne permet pas de réduire les postes de résistance sur les étages les plus élevés.

  

En outre, les Panzer, engagés à courte portée, sont beaucoup plus vulnérables aux embuscades tendues par les T34, les canons antichars et les fantassins armés de cocktails Molotov. Les compartiments moteurs sont en effet très exposés aux tirs venant des étages supérieurs des édifices. C’est à l’infanterie et aux troupes du génie qu’échoie donc la difficile tâche de s’emparer des immeubles. L’avance est en conséquence très lente et particulièrement meurtrière. Le lance-flammes et les explosifs s’avèrent être les armes de prédilection indispensables aux assaillants. Un lieutenant de Panzer a laissé un témoignage de cette lutte acharnée : « Il y a 15 jours que nous nous battons pour une seule maison, à grands coups de mortier, de grenade, de mitrailleuse…et de baïonnette. Depuis le troisième jour, les corps de 54 des nôtres jonchent le sol, à la cave, sur les paliers, dans les escaliers…Le front ? C’est un corridor entre deux chambres incendiées, un mince plafond entre deux étages […] Demandez à un soldat ce que représente seulement une demi-heure de combat corps à corps dans de pareilles conditions. Et imaginez Stalingrad : 80 jours et 80 nuits de corps à corps ». Et l’officier d’ajouter que, la nuit, même les chiens fuient cet enfer en tentant de traverser la Volga : un enfer que « seul l’homme peut endurer ». Les pertes témoignent de cet enfer : du 21 août au 16 octobre, la 6.Armee a perdu 40 000 hommes.

Après s’être rendus maîtres du secteur sud de Stalingrad, les Allemands entreprennent de nettoyer le nord de la métropole, une tâche qui ne peut que s’avérer que des plus délicates car les défenses y sont beaucoup plus redoutables, s’articulant sur des bâtiments en dur, en particulier trois complexes industriels impressionnants : les usines « Octobre Rouge », « Barricade » et des « Tracteurs » aussi appelée « Djerjinski ». Ces usines sont érigées en de bvéritables forteresses et leurs canaux d’évacuation vers la Volga constituent autant de voies de communications abritées, mises à profit pour frapper l’ennemi par derrière. Les combats qui vont s’y dérouler seront peut-être les plus terribles de la Seconde Guerre Mondiale. L’attaque allemande débute le 4 octobre et les combats s’y poursuivent avec acharnement pendant des semaines. Toutefois, des signes de fléchissement moral apparaisse au sein des unités allemandes, inquiètes à la perspective de vivre une nouvelle fois un terrible hiver russe, alors que la victoire semblait si proche au cœur de l’été. L’avance est désespérément lente. La 24.Panzer-Division combat dans le secteur des usines « Octobre Rouge » et « Barricade », parvenant à la Volga, avant de se rabattre vers le sud en direction de la « raquette de tennis », la voie ferrée desservant l’usine chimique Lazour, mais les Soviétiques ne cèdent pas. Le 14 octobre, l’usine des « Tracteurs » est conquise par la 389.ID et la 14.Panzer-Division, qui pénètre également dans l’usine «Barricade » tout en lançant un groupe de combat qui atteint lui aussi la Volga.

Fin octobre, les 16. et 94.ID se sont pour leur part emparées de Spartakovan. Un suprême effort a donc permis à la 6.Armee de s’emparer de l’usine « Djerjinski » et de la moitié de l’usine « Barricade ». L’usine « Octobre Rouge », totalement isolée, résiste encore. La Wehrmacht est donc maîtresse des quatre cinquièmes de la ville. Les Soviétiques sont acculées le long de la Volga, dans de minuscules poches ne dépassant guère 300 m de profondeur. Le PC de Tchouikov se trouve lui-même dans un môle de résistance d’à peine 200 mètres de large sur lequel s’accroche la 45ème division. La victoire allemande semble proche. Mais la résistance soviétique continue et, le 12 novembre, lorsque l’attaque allemande s’interrompt, Stalingrad résiste encore. L’armée de Paulus est à bout de souffle et il n’y a absolument aucune réserve disponible sur l’ensemble du front de l’Est pour venir la renforcer pour emporter enfin la décision. Paulus a alors perdu 59 000 hommes, 525 chars et 282 canons. Le front de l’Est est à ce moment là démesurément étendu, puisqu’il s’étend désormais sur une ligne plus de deux fois le double de ce qu’il était au début de l’été. De surcroît, le Reich commence à connaître une sérieuse crise des effectifs, les pertes s’accumulant de façon inquiétante depuis l’entrée en guerre. En outre, les lignes de communications, démesurément allongées, handicapent grandement les capacités opérationnelles de la Wehrmacht. Un nouveau danger menace d’ailleurs Hitler en ce début de novembre 1942. Alors que les effectifs manquent cruellement pour obtenir la décision à l’Est, Rommel subit une défaite cinglante en Egypte à El Alamein et se voit contraint à une longue retraite jusqu’en Tunisie, où la Wehrmacht envoie de précieux renforts pour faire face à un nouveau front, ouvert le 8 novembre 1942 en Afrique du Nord française par le débarquement des forces anglo-américaines du général Eisenhower. Le « second front » tant réclamé par Staline devient de plus en plus une réalité. Bientôt, une semaine à peine après la fin des attaques de la 6.Armee, les Soviétiques vont déclencher une offensive qui va conduire la Wehrmacht à subir une défaite décisive et sans appel, à Stalingrad précisément…

Recension , « La Guerre Romaine. 58 avant J.-C.-235 après J.-C. » par Yann Le Bohec

 

Yann Le Bohec, La Guerre Romaine. 58 avant J.-C.-235 après J.-C., Collection Texto, Tallandier, 2017, 475 pages

Contrairement à ce qu’affirme un poncif éculé, Rome n’aimait pas la guerre et faisait tout pour l’éviter. Ce livre, œuvre d’un des spécialistes incontestés de la question, est excellent et comblera tous les passionnés de l’armée romaine. Le style (parfois non dénué d’humour) et la somme de connaissances (et de références sérieuses) en font incontestablement un ouvrage de référence. On appréciera particulièrement l’honnêteté intellectuelle d’un historien qui se comporte en véritable historien, loin des inutiles querelles (il sait clore des débats inutiles sur des questions évidentes), ainsi que des présupposés politiques (l’auteur remet à sa place les auteurs marxistes et l’influence malheureuse qu’ils ont eu sur l’histoire militaire, qui à l’époque de l’école des Annales, qui sur Spartacus, etc). Le prologue est à cet égard remarquable. Y. Le Bohec, qui bât en brèche bien des idées reçues (comme l’idée d’une armée toujours disciplinée. Cf sur ce sujet L ‘armée romaine. Une armée modèle ? de Catherine Wolff, qui insiste sur les désertions et les transfuges), évite par ailleurs les nombreux anachronismes qui parsèment la réflexion de nombre de ses pairs. Toutefois, il se montre parfois trop affirmatif en balayant d’un revers de main les thèses qui ne sont pas les siennes. On sera surpris de voir l’armée parthe qualifiée de ne « valant pas grand chose » (Crassus en aurait été surpris), même si on peut entendre les arguments avancés. Quant au fait que l’armée romaine était pragmatique et qu’elle avait un grand sens de l’adaptabilité, je ne voit pas en quoi les historiens l’avaient sous-estimé jusqu’à présent… Le fait que les Romains chrétiens ait éprouvé des difficultés à concilier le métier des armes avec le commandement « tu ne tueras point » m’a toujours laissé dubitatif, au regard de la suite de l’Histoire, y compris au cours de l’Antiquité tardive…

Les thèmes les plus connus des amateurs et passionnés, tels que l’organisation et l’équipement de l’armée romaine sont revisités avec bonheur et permettent de briser quelques idées reçues. D’autres aspects moins souvent abordés ont retenu l’attention de l’auteur : citons seulement la religion, les mentalités, la logistique, etc. Les différents types de combats, et notamment un long développement sur la guérilla, sont abordés. Les passages sur la poliorcétique ou encore la stratégie sont passionnants. L’ouvrage est organisé comme une progression : I/L’armée comme institution ; II/ L’environnement de la guerre ; III/Vers le combat ; IV/ La tactique ; V/ La stratégie (chapitre très important qui revient sur les concepts de stratégie et d’impérialisme dans l’Antiquité). Le style est agréable à lire et le lecteur se sent transposé dans l’époque antique, capable de saisir le quotidien du soldat romain et de ses supérieurs. On ne s’ennuie jamais. Cette réédition en format Texto est la bienvenue. Un livre brillant que je recommande sans réserve. On en complétera la lecture avec des ouvrages tels que Le Soldat Romain (Errance, 2004) de François Gilbert et Christian Goudineau, un livre extraordinaire pour se plonger dans le quotidien d’un soldat et servi par de nombreuses images de reconstitution.


Guerre du Pacifique/Pacific War (30/43): Mariannes

BATAILLE AERONAVALE AU LARGE DES MARIANNES, JUIN-SEPTEMBRE 1944

 

      

Comme aux Marshall, les bases nipponnes des Mariannes sont soumises aux opérations de bombardements de la flotte américaine, dont la puissance et les moyens semblent condamner leurs adversaires à subir sans pouvoir réagir avec efficacité. Pendant que Mac-Arthur entreprend la reconquête de la Nouvelle-Guinée en vue de lancer son offensive finale contre les Philippines, un deuxième axe de progression est suivi par les forces américaines placées sous les ordres de l’amiral Nimitz dans le Pacifique central. Le nouvel objectif de Nimitz est l’archipel des Mariannes. Tenir les îles Mariannes est en effet un tremplin à la fois en direction des Philippines, via les Palau, et surtout en direction du Japon, via les îles Bonin. Entre mars et juin 1944, les Américains se préparent donc à envahir les Mariannes. Si la perte des Gilbert et des Marshall est acceptable à la rigueur par le haut-commandement japonais, il s’avère en revanche indispensable de tenir les Mariannes, placées sur la ligne de défense principale du Japon. L’amirauté nipponne est donc déterminée à livrer une bataille navale décisive dans l’archipel des Mariannes, bataille qui décidera en fait de l’issue de la guerre du Pacifique.

Chester Nimitz

L’attaque sur Saipan prend en fait au dépourvu l’état-major impérial. Le commandement japonais s’attendait en effet à une offensive américaine beaucoup plus au sud. Toutefois, comme prévu, l’amiral Toyoda Soemu voit dans l’attaque américaine une opportunité à saisir pour infliger une grave défaite à l’US Navy et retourner ainsi le cours de la guerre du Pacifique qui penche alors nettement en faveur des Alliés. L’ordre d’attaque est donné le 15 juin, dès l’annonce faite des débarquements américains. A ce stade de la guerre, l’équilibre des forces en mer penche nettement en faveur des Américains mais la flotte de l’amiral Ozawa est toutefois puissante et rassemble le meilleur de la marine impériale. Ozawa dispose en effet de pas moins de 6 grands porte-avions, 3 porte-avions légers, 5 cuirassés et 43 navires de guerre. Les avions embarqués à bord des porte-avions ne sont qu’au nombre de 432, soit 222 chasseurs et environ 200 bombardiers en piqué et avions lance-torpilles. La qualité des équipages est toutefois à caution, les pertes en pilotes expérimentés étant lourdes depuis le début du conflit. Mais Ozawa peut en théorie compter sur le soutien de 300 appareils de différentes escadrilles basées sur les îles environnantes.

Dans le camp américain, Spruance va engager des moyens considérables au sein de la 5th Fleet : 7 grands porte-avions, 8 porte-avions légers, 7 cuirassés modernes et 8 anciens, 14 croiseurs, 82 destroyers, 28 sous-marins et 936 appareils de l’aviation embarquée de la Task Force 58 de Mitscher (soit environ 500 chasseurs et 400 bombardiers). La première passe d’arme est lancée par Ozawa le 19 juin. Ozawa espère prendre la flotte américaine en tenaille entre son aviation embarquée et les escadrilles basées dans les Mariannes. Mais les Américains éventent le piège. 373 appareils nippons sont lancés contre la TF 58. La chasse américaine n’a toutefois aucune difficulté à repousser les courageuses attaques des pilotes japonais et les vagues d’attaques sont littéralement hachées par les américains dans ce qui sera surnommé le « tir au pigeons des Mariannes ». A peine 130 avions japonais parviendront à revenir sur les bases terrestres ou sur les porte-avions. Les Américains ne déplorent que la perte de 29 appareils. Entre-temps, les sous-marins américains enregistrent de spectaculaires succès puisqu’ils coulent deux porte-avions, dont le vénérable Shokaku, vétéran de Pearl Harbor ! Le sacrifice du pilote japonais qui s’écrase avec son appareil sur une torpille lancée contre le Taiho n’empêche pas celui-ci d’être gravement atteint par les autres torpilles. La riposte américaine engage 216 avions. Les raids aériens américains parviennent à ne couler que le porte-avions Hiyo et deux précieux tankers mais les dernières escadrilles japonaises sont laminées pour la perte de seulement 20 avions américains. Mitscher a cependant envoyé ses escadrilles à la limite de leur rayon d’action en connaissance de cause. Au retour, les escadrilles américaines sont à court de carburant et 80 appareils s’abîment ainsi en mer ou sur les ponts d’envol à la nuit tombée. Sachant les pilotes incapables de repérer la position des porte-avions la nuit, Mitscher a pourtant ordonné d’allumer des projecteurs et de tirer des fusées éclairantes, au risque d’attirer l’attention de sous-marins japonais. Toutefois, les pertes humaines restent raisonnables puisqu’elles ne se montent qu’à 49 morts, dont 16 pilotes. La bataille laisse pourtant un goût d’amertume aux Américains car les restes de la flotte japonaise s’échappent.

 

L’aviation embarquée américaine déplore la perte de 123 appareils, la plupart des hommes d’équipage ayant été sauvé par l’US Navy. Les Japonais ont perdu de leur côté 3 précieux porte-avions et environ 600 appareils, soit 400 de l’aviation embarquée et 200 des bases terrestres. La bataille de la mer des Philippines s’achève donc par un véritable désastre pour la marine impériale. Cette défaite signifie également celle de Saito à Saipan et des forces nipponnes dans les autres îles des Mariannes puisqu’il est désormais impossible aux Japonais de ravitailler et de renforcer les garnisons. En outre, il est désormais clair que l’US Navy a définitivement pris l’ascendant sur la flotte japonaise qui ne se remettra jamais de cette défaite cinglante. Les précieuses unités préservées depuis Guadalcanal ont été envoyées par le fond ! Sur terre, la victoire américaine est acquise à Saipan le 9 juillet. Près de 30 000 soldats japonais sont morts, ainsi que des milliers de civils qui préfèrent se donner la mort plutôt que de tomber vivants entre les mains des Américains, que la propagande nipponne présente comme des monstres.

La défaite de Saipan entraîne la chute du gouvernement d’Hideki Tojo, qui perd également ainsi la direction de l’armée impériale japonaise. Saipan va constituer une étape importante de la reconquête. Les Américains s’empressent d’y réaliser une base qui sert à la conquête de l’ensemble de l’archipel et pour l’assaut sur les Philippines. Bien plus, les bombardiers qui y sont désormais basés vont pouvoir y opérer en direction à la fois des Philippines, des îles Ryuku ainsi que du Japon.

 

Fin juillet, la conquête des Mariannes se poursuit avec l’offensive sur Tinian. Les débarquements sont précédés de trois jours de bombardements, notamment au napalm qui est utilisé pour la première fois de la guerre du Pacifique (il est utilisé au cours de la même période pour la première fois en Normandie). 15 000 Marines sont engagés dans ce qui représente l’ultime bataille pour la prise de l’archipel. Après une semaine de lutte, tout est enfin terminé. 5 000 Japonais sont morts pour la défense de l’île. Dans le camp américain, 389 hommes ont effectué le sacrifice suprême pour s’emparer de Tinian.

 

Le 10 août 1944, les Américains marquent un nouveau point en s’emparant de Guam, une reconquête symbolique menée par 55 000 soldats américains qui effacent ainsi la défaite de décembre 1941 en reprenant à l’ennemi un territoire américain. La lutte est nettement plus sanglante qu’en 1941 puisque seuls 1 500 Japonais sont capturés à l’issue de la terrible bataille, sur une garnison qui comptait 20 000 hommes.

  

Peleliu

Le mois suivant, une terrible bataille s’engage pour la prise des Palau. Cet archipel, situés entre les Carolines et les Philippines, va constituer une bien amère expérience pour le corps des Marines. Il s’agit du dernier groupe d’îles dont les Américains ont prévu de se rendre maîtres avant l’étape suivante, à savoir l’invasion des Philippines par Mac-Arthur. En dépit de la destruction de la flotte nipponne d’Ozawa, l’opération est maintenue. La bataille pour Peleliu, la principale île de l’archipel, coûte 1 000 morts et 5 000 blessés à la 1st Marine Division du 15 au 30 septembre. Après ce sanglant succès, Nimitz peut se préparer aux opérations futures en direction des Bonin tandis que Mac-Arthur est désormais en mesure de s’attaquer à la reconquête des Philippines, deux ans et demi son départ précipité de Bataan.

 

LA LOGISTIQUE ALLIEE DANS LE PACIFIQUE

 

L’imposante flotte de l’US Navy aurait été impotente sans l’incroyable logistique mise à son service

Dans le Pacifique, le transport et l’approvisionnement des forces gigantesques engagées par les alliés est un cauchemar logistique. Toutes les fournitures doivent être acheminées par mer entre les Etats-Unis et les théâtres du Pacifique. Les distances sont énormes : 7 000 milles de San Francisco à Brisbane en Australie, plus de 6 000 milles de San Francisco à la Nouvelle-calédonie, 1 500 milles de Brisbane à Guadalcanal… Par ailleurs, en dehors de Hawaï, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, les installations portuaires sont rudimentaires, voire inexistantes. L’avance rapide des forces alliées provoque ainsi des crises logistiques devant la pénurie de cargos, d’autant que les quais en eaux profondes sont parfois inexistants et le matériel et le ravitaillement à bord des navires doivent être débarqués en utilisant des chalands. La construction de bases est donc essentielle et les unités de génie s’avèrent indispensables pour construire ces bases dans les territoires nouvellement conquis, afin d’assurer l’étape suivante de l’avancée. Mais la pénurie de telles unités est toujours endémique en raison de la propension des commandants alliés à donner la priorité aux unités combattantes. En conséquence, des unités combattantes sont affectées à des travaux de construction. Dans le Pacifique central, le problème n’est pas seulement la construction de bases aériennes : il faut ravitailler l’imposante flotte américaine. A cette fin, Nimitz crée des bases flottantes mobiles, composées de ravitailleurs, navires-ateliers, docks flottants, bateaux entrepôts…Ces bases mobiles, à l’abri des sous-marins dans une lagune, assurent la maintenance de la flotte tandis que des péniches escortées par des destroyers amènent vivres et munitions jusqu’à la zone de combat. En outre, afin d’assurer le ravitaillement en carburant de la flotte, des bases de ravitaillement itinérantes, composées de 2 ou 3 pétroliers géants sous escorte, gagnent des « zones de ravitaillements », vastes rectangles d’océan, où la flotte vient se ravitailler pendant que l’ensemble file de 8 à 12 nœuds. L’énormité des distances exige toutefois une planification ardue, les fournitures et le matériel devant être expédiés des Etats-Unis des mois à l’avance.

Ostfront-La guerre germano-soviétique (20/50)

16. Infanterie-Division (mot) dans la steppe kalmouke

Sdkfz 251 dans la steppe kalmouke: la 16. ID (mot.) sera l’unité de la Wehrmacht la plus à l’Est…

   

 

Le propos de cet article, axé selon le seul point de vue allemand, est de présenter un aspect souvent négligé de la campagne menée par la Wehrmacht vers le Caucase au cours de l’été 1942, à savoir les opérations menées sur les vastes étendues de la steppe kalmouke alors que le Heeresgruppe A s’avance en direction de Grozny et Bakou et que, plus au nord, la 6. Armee s’approche de Stalingrad. Entre les deux, un gouffre béant de près de 400 kilomètres couvert essentiellement par une unité la 16. Infanterie-Division (mot).

 

L’arrivée dans la steppe aux confins de l’Europe

La 16. ID (mot) du Generalmajor Sigfrid Heinrici est l’une des premières divisions allemandes à s’enfoncer vers les confins européo-asiatiques en direction du Caucase. Le Don est franchi à la fin du mois de juillet 1942. Le 4 août, la division traverse le Kouban et s’empare d’Armavir. 6 août, elle est à Labinskaja, non loin de Maikop. Continuant sa progression vers les contreforts du Caucase, la division atteint Abadsechskaja où, le 20 août, elle est relevée par la 101. Jäger-Division. L’unité motorisée d’Heinrici prend alors la direction du Nord-Est, vers Astrakhan, en cheminant via Maïkop.

La zone dans laquelle opère la division n’est d’abord couverte que par des cartes au 1/300 000e manquant singulièrement de détails. Ce qui paraît symboliser une grande route ne s’avère être rien de plus qu’un chemin non macadamisé, voire qu’une piste. De façon caractéristique, une photographie nous montre une de ces pistes « Rommelweg », c’est à dire le chemin de Rommel. Comme en Afrique, les cartes indiquent également des dunes avec des passages pour chameaux ainsi que les oasis et les lacs salés. Lorsqu’une bonne carte soviétique au 1/100 000e tombe enfin entre les mains des Allemands, Heinrici la fait parvenir au département cartographique de la 4. Panzerarmee qui a tôt fait de la dupliquer avec des ajouts d’indications supplémentaires.

L’absence de relief significatif désigne l’ennemi à distance mais cette difficulté de dissimulation est réciproque. L’aviation n’aurait eu aucun mal à engager l’ennemi au sol mais seule une poignée d’appareils sont affectés à la 16. ID (mot) depuis la base qui sera établie à Yashkul: la Luftwaffe a beaucoup trop de tâches à accomplir de la Mer Noire à Bakou et du Caucase à Stalingrad : un front de 1 500 kilomètres ! Les reconnaissances tactiques menées à terre seront en revanche plus fréquentes : les éléments de l’Aufkälrung-Abteilung 341 disposent d’un vaste terrain d’opération, comparable uniquement à celui dont dispose ses homologues opérant en Libye et en Egypte.

Comme en Afrique du Nord, les combattants ne seront guère embarrassés par les populations locales, à savoir, ici, les Kalmouks, d’origine mongole, qui sont des nomades vivant dans des yourtes. Les Kalmouks sont plutôt hostile au régime stalinien et ils font bon accueil aux Allemands, d’autant plus que ces derniers font preuve de modération dans le traitement qu’ils leur réserve. La bonne entente ne se cantonne pas à un bon voisinage mais prend l’allure d’une coopération sur le plan militaire. Un escadron de volontaires kalmouks opère ainsi avec les Allemands.

 

Les Kalmouks et l’envahisseur allemand

L’Oberleutnant Holtermann, Ic de la 16. ID (mot), demande à Hitler l’autorisation de lever une « milice de volontaires » kalmouks pour assurer les flancs des forces allemandes. Un interprète, ancien agent de l’Abwehr en Crimée, est dépêché sur place : il s’agit d’un certain Vrba, un ancien Russe blanc et membre du parti nazi. L’homme maîtrise le Tibétain, langue que pratiquent les Kalmouks. Pour les attirer dans leur camp, les nazis promettent entre autres aux Kalmouks la réouverture des temples bouddhistes ainsi qu’une souveraineté presque totale sous l’occupation temporaire des Allemands. Les Kalmouks se montrent très coopératifs. A la mauvaise saison, ils ne vont pas hésiter à céder leurs Panje pour remplacer les chevaux européens qui ont succombé aux rigueurs du climat. En septembre, 25 unités défensive fortes d’une centaine d’hommes chacune sont constituées de Kalmouks. Outre assister les allemands dans leur défense, une de leurs missions premières est d’assurer la protection des communautés kalmoukes contre la guérilla soviétique. Toutefois, les Kalmouks se montrent assez brutaux, notamment à l’égard des Juifs. En décembre, 3 000 d’entre eux se battent aux côtés des Allemands.

 

Après une journée de repos à Armavir, la division opère un mouvement de 200 km le 18 août via Voroshilovsk jusqu’à Stavropol. L’unité de tête, depuis quelques jours, est le 116. Panzer-Bn, qui a progressé pendant plusieurs jours dans le sillage de la 17. Panzer. La 16. ID (mot) doit pourtant marquer le pas : la logistique est tendue à l’extrême et le carburant fait défaut. D’autres unités ont la priorité de sorte que le III. Panzer-Korps ordonne à Heinrici de rester sur place pendant une semaine, soit jusqu’au 25 août. Il faudra pourtant siphonner les réservoirs d’une division de Panzer pour permettre à la 16. ID (mot) de reprendre son avance car, depuis le 22 août, Hitler a décidé une nouvelle mission pour la division…

 

En mission de couverture de part et d’autre d’Elitsa

Entretemps, les ordres sont en effet tombés : l’unité devra assurer la liaison entre les Heeresgruppe A et B, étant rattachée à ce dernier bien que sa ligne de ravitaillement soit du ressort du Heeresgruppe A (malheureusement, un tronçon de voie ferrée entre Petrovskoe et Divnoe sera démantelé par le génie pour approvisionner d’autres secteurs du front en rails). Hitler craint ne effet une attaque soviétique de flanc depuis Astrakhan. Son front s’étire dans la steppe kalmouke entre le Manych et la confluence de Kuma sur sa droite et la ville de Yenotaevsk sur la Volga sur son flanc gauche. Un front démesuré pour une seule unité ! Le climat aride rend les conditions de vie difficiles. En août et septembre, les rivières sont à sec. Les seuls cours d’eaux encore existants se limitent à une succession d’étangs. Comme en Libye et en Egypte, l’approvisionnement en eau et son rationnement tient un rôle essentiel et impose ses sur la stratégie. La Luftwaffe tient ici un rôle pour suppléer en partie les carences de la logistique par voie terrestre. Des planeurs Dornier DFS 230 du 1/DFS 4 atterrissent ainsi sur l’aérodrome d’Utta avec des cargaisons de carburant, de rations et de munitions.

Lorsque l’avance reprend enfin le 25 août, celle-ci ne concerne d’abord qu’une avant-garde constituée du Kradschützen-Bn 165, deux batteries d’artillerie ainsi que quelques autres détachements dont le 3/228 Pz-Jäger. Divnoe est prise le jour même tandis qu’une compagnie de motocyclistes accompagnée des Panzerjäger relève la 370. ID à Elitsa, atteinte le lendemain par la plus grande part de l’unité de motocycliste, à savoir le Kampfgruppe Laroche. Elitsa avait été prise le 12 août par la 370. ID, qui n’était toutefois parvenue à s’emparer de la place qu’avec le concours de l’Aufklärungs-Bataillon 111 de la 111. ID. Le 26 juin, le Kampfgruppe occupe Ulan Erge où il relève un bataillon d’infanterie de la 370. ID. Les Soviétiques ne sont pas loin : ils sont retranchés à Sovkhoz Dolgan, à à peine 18 kilomètres. La position soviétique est attaquée avec succès dès le 27 août par le Kampfgruppe Laroche assisté du I/60 commandé par l’Hauptmann Torley. La poursuite de l’avance dans la steppe kalmouke se heurte pourtant à de plus amples difficultés, la nature du terrain –désespérément plat- favorisant les défenseurs de l’oasis de Yashkul. Torley parvient à avancer jusqu’à la localité mais ce n’est qu’à la faveur d’une attaque nocturne qu’il emporte la place. En récompense, on lui adjoint les feuilles de chênes à sa croix de chevalier de la Croix de Fer. Bien plus, l’oasis est rebaptisé en son nom.

Les unités de la division doivent se déployer sur un vaste front pour assurer la couverture d’Elitsa. Bien souvent, les points d’appuis qui se succèdent et qui ne consistent qu’en une unique compagnie. Chilgir, à 80 kilomètres au nord d’Elitsa, est ainsi occupé par la seule 10/60. Fort heureusement, la ligne téléphonique Elitsa-Stalingrad est intacte, ce qui facilite grandement les communications. L’avance se poursuit également vers l’est. Le 30 août, le Kampfgruppe Laroche occupe Utta abandonnée par les Soviétiques. L’environnement est sableux et les Landser découvrent des dunes dignes des déserts que parcourent au même moment leurs camarades de l’Afrika Korps. En fait de localité, Utta, s’il faut en croire le journal de marche du Kradschützen-Bn 165, se résume à deux oasis et une quinzaine de huttes d’argile.

Les reconnaissances menées sur la route Utta-Astrakhan observent de nombreuses positions défensives, notamment un fossé antichar creusé à 45 kilomètres à l’ouest de la ville. Celle-ci, place stratégique d’importance sur la Volga, est particulièrement bien défendue. Pourtant, les interrogatoires de prisonniers laissent penser que le moral est bas. Les revers subis par les Russes au cours du printemps et de l’été 1942 seraient-ils les signes annonciateurs de la victoire qui a échappé à la Wehrmacht en 1941 ? La ruée toujours plus loin vers l’est va-t-elle se poursuivre ?

Renforcé, l’Infanterie-Regiment 60 s’attaque aux défenses soviétiques de Khalkuta (que les Landser appellent Calcutta…). L’assaut s’effectue dans un secteur dunaire, ce qui ne correspond que difficilement à l’image d’Epinal qu’on se fait du front russe… Le contrôle des stations d’eau revêt une importance cruciale dans cet environnement ride. S’il faut en croire Wilhelm Tieke, l’oasis sera prise en partie grâce au courage individuel et à l’esprit d’initiative de l’Obergrefreiter Kulot. Ce dernier mène un assaut décisif au niveau des dernières dunes alors que le soleil accable les combattants un gosier sec. Suivant l’exemple stimulant de Kulot, les fantassins, dans un dernier effort, s’emparent enfin de l’oasis. Un fait d’armes qui vaut à Kulot d’être fait chevalier de la Croix de Fer. A l’instar de Torley quelques jours plus tôt, Kulot se voit honorer en baptisant l’oasis de son nom. Les combats pour Khalkuta sont donc acharnés et ce n’est qu’après un difficile combat que les Allemands parviennent à repousser l’adversaire qui parvient néanmoins à rétablir une nouvelle ligne de défense à 5 kilomètres à l’est de la ville. Le contrôle des points d’eau est si vital que l’incapacité de s’emparer de l’un d’entre eux oblige plusieurs Kampfgruppen à faire demi-tour pour se replier sur Utta. Khalkutta constituera la position défensive la plus orientale qui sera aménagée par le Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs assauts soviétiques seront repoussés, le plus important survenant le 7 septembre mais, apportant un soutien efficace aux fantassins, les Panzer et l’artillerie brisent la menace de concert.

 

Pendant que l’Infanterie-Regiment 60 s’avance vers l’est, en direction de la Caspienne, le Infanterie-Regiment 156, qui a atteint à son tour Elitsa, doit pour sa part rechercher le contact avec les Roumains déployés plus au nord, au sud de Stalingrad. La liaison est établie près de Vodin, à l’est de Derberty. Le 30 août, le régiment, dont les compagnies sont dispersées, doit faire face à de sévères contre-attaques soviétiques près de Bakhana et à Sertin. Le terrain, plat comme la main, facilite certes l’acquisition d’objectif par l’artillerie, mais celle-ci se voit aussi être particulièrement exposée, faute de couverts. Une configuration qui n’est pas sans rappeler la guerre du désert. Comme dans le désert libyen, dans un tel espace dépourvu de repères, les véhicules sont contraints d’évoluer au compas pour éviter de s’égarer dans la steppe inhospitalière. Elitsa, qui est le centre logistique est assez éloignée. Ce n’est que le 3 septembre qu’une liaison aérienne est effectuée depuis cette ville vers la ligne de front pour évacuer les blessés et apporter des approvisionnements. Les Soviétiques sont décidemment plus nombreux et plus pugnaces qu’escompté. L’avance programmée le long de la route Khanata-Surgan doit être abandonnée au profit d’une mise sur la défensive. Cette ligne de points d’appui suit un front qui va de Kharnud à l’est de Zharkov via Mosheen. Deux compagnies occupent en sus des postes isolés : la 2/156 à Chilgir et la 11/256 à Keryulchi.

Ces positions ne sont occupées qu’un temps. Heinrici relève l’Infanterie-Regiment 60 par le 156 à Khalkuta tandis que la 4e armée roumaine prend en charge certaines positions au nord du front. Le secteur sud, jusqu’au Manych oriental, ne l’inquiète guère puisqu’il est couvert par le Korps Felmy. En revanche, la zone vers Astrakhan est lourde de menaces. Déployée en intégralité, la 16. ID (mot) court en permanence le risque de voir ses éléments dispersés coupés de leurs bases logistiques en cas d’infiltration ennemie en profondeur à travers les vastes interstices qui subsistent entre les points d’appui. L’Hauptmann Herzer, responsable des transmissions de la division, assure le maintien des communications entre les unités, en s’appuyant notamment sur le réseau téléphonique soviétique, toujours intact. Le contact est aussi maintenu avec les Roumains, déployés 100 kilomètres plus au nord ainsi qu’avec les troupes cantonnées au sud, à Adyk, soit à 100 kilomètres de Yashkul. Les Soviétiques doivent certes également compter avec les contingences du terrain, à savoir le manque d’eau et l’absence de réseau routier digne de ce nom, sans compter la gravité de la situation de Voronej à Stalingrad et de Novorossisk à Bakou.

Il n’empêche que ces derniers sont capables d’exercer une menace constante sur les Allemands. Dans la nuit du 17 au 18 septembre 1942, la ville de Keryulchi, défendue par le 2/60, est ainsi la proie d’un assaut habile menée par une unité formée à partir de l’école des sous-officiers d’Astrakhan. Une ruse vieille comme la guerre est utilisée à cette occasion puisque, la veille de l’attaque, les Allemands découvrent une patrouille adverse vêtue comme de tenues de Landser et opérant à bord de véhicules de la Wehrmacht. Les combats ont apparemment été acharnés : lorsque l’Infanterie-Regiment 60, prévenu par une estafette 12 heures après l’attaque, envoie des renforts, le 2/60 a été entretemps intégralement anéanti. Les assaillants se sont pour leur part repliés sur Astrakhan après leur raid. Tous n’auront pas cette chance puisque le II/156, renforcé par des pionniers, en intercepte une partie à Kharsk.

Deux jours plus tard, dans la nuit du 20 septembre, l’Infanterie-Regiment 156, retranché à Khalkuta, le poste, rappelons-le, le plus oriental tenu par la Wehrmacht, subit une attaque en règle. Mais les défenseurs de l’oasis, soutenus par la 2e compagnie de Panzer, tiennent bon. Les infiltrations ennemies s’avèrent dangereuses puisqu’elles s’enfoncent en profondeur du dispositif allemand. Le 20 septembre dans la journée, des renforts de la 16. ID (mot) parviennent à Khalkuta puisque Heinrici s’attend à ce que les Soviétiques renouvellent leurs efforts. Ce ne sera pas le cas. Tirant les leçons des semaines passées, le commandant de la division décide de concentrer ses effectifs dans les deux points fortifiés de Khalkuta et d’Utta tandis que les autres localités seront défendues en hérisson par des garnisons plus réduites. Renforcés par des Kalmouks et soutenus par la population locale, la ligne défensive allemande devient inexpugnable, y compris pour les partisans.

 

Au sud de la 16. ID (mot) : la steppe Nogaï !

Au sud de la Kuma, jusqu’au cours du Terek, s’étend la steppe Nogaï, semblable à la steppe kalmouke. Alors que la 3. Panzer-Division combat à proximité de Mozdok sur le Terek et que des éléments des 13. et 22. Panzer-Divisionen atteindront un point une centaine de kilomètres plus à l’est, le flanc de la Pz AOK1 , soit l’immense espace steppique entre Terek et Kuma, n’est tenu que par des quelques éléments, dont le Korps Felmy au nord et le Gruppe von Jungschulz au centre. Le Korps Felmy, déployé autour d’Achikulak, n’aligne guère que quelques milliers hommes, dont le fameux Sonderverband 287 (de l’Orient-Korps) et ses soldats familiers du monde arabe destinés à l’origine à opérer en Transcaucasie puis au Moyen-Orient dans l’hypothétique espoir d’atteindre la frontière turco-iranienne. Jungschulz commande un régiment de Cosaques auquel sera adjoint le Panzer-Regiment 201 de l’Oberst Burmeister. Comme dans la steppe kalmouke, ce sont donc avec des effectifs tenus qu’il faut repousser les assauts soviétiques lancés en septembre-octobre 1942, en l’occurrence le 4e Corps de Cavalerie de la Garde de Cosaques du Kouban ravitaillé par des caravanes de chameaux.

 

La pénétration la plus orientale de la Wehrmacht

C’est au cours de ce mois de septembre 1942, le 13, que sont lancées les quatre fameuses patrouilles de reconnaissances qui pousseront des soldats allemands le plus loin vers l’Est qu’aucun autre de leurs camarades au cours de cette guerre. Le commandant du XVI. Armee-Korps, qui sait qu’il ne peut espérer de nouveaux renforts avant la fin du mois de septembre, veut absolument connaître les intentions de l’ennemi sur le front qui longe la Caspienne sur près de 300 kilomètres entre le Terek et la Volga. Y-a-t-il des mouvements de troupes ? L’ennemi est-il en train de faire franchir des troupes au niveau du delta de la Volga ? Il s’agit également de déterminer les capacités routières de la zone, observer la voie ferrée Astrakhan-Kizlyar ainsi que la zone côtière. Les reconnaissances tactiques sont généralement menées avec des engins de reconnaissance, des motos et des canons antiaériens légers. Les raids doivent être menés sur 150 kilomètres. Chaque patrouille compte deux engins à 8 roues dotés d’une pièce de 2 cm, une section motocycliste de 24 hommes, deux ou trois Pak 38 motorisés ou montés sur SPW. Les soldats proviennent en grande partie de l’Aufklärung-Abteilung 341 mais on compte aussi des sapeurs et du personnel de la logistique –il faut être autonome en eau et en carburant- ainsi qu’un médecin avec son ambulance. Cinq camions sont donc assignés à chaque patrouille : deux chargés d’essence, un de vivres et deux transportant de l’eau. Quelques mécanos accompagnent le groupe, ainsi qu’une estafette motocycliste, un radio et un interprète.

La patrouille du Leutnant Schroeder ne tarde pas à entrer au contact de l’ennemi après s’être porté à l’est d’Utta. L’officier meurt dans l’escarmouche qui s’ensuit et la mission fait long feu : la petite troupe parvient à se dégager et à faire demi-tour. Elle reprendra la route de l’Est le lendemain avec une autre colonne, celle du Leutnant Euler.

Cette patrouille commandée par le Leutnant Euler a pour mission de se diriger sur Sadovske, y reconnaître les positions défensives et établir si oui ou non des forces soviétiques franchissent la Volga en cet endroit. Euler parvient à 5 km de la ville avec ses deux engins blindés. Il essuie aussitôt des tirs des défenseurs soviétiques qui semblent solidement fortifiés. Il faut vite rebrousser chemin avec les deux prisonniers qu’Euler est parvenu à capturer. Si on excepte le cas des aviateurs bombardant les sites industriels de Sibérie, le Leutnant et ses hommes sont probablement les soldats de la Wehrmacht qui se sont enfoncé les plus à l’Est dans le territoire soviétique.

La troisième patrouille, menée par l’Oberleutnant Gottlieb, bien que desservie par l’utilisation de mauvaises cartes, réussit l’exploit de parvenir à 40 km d’Astrakhan le 14 septembre. Le lendemain, les Allemands ne sont plus qu’à 25 km de la Volga qu’ils aperçoivent du sommet d’une dune de sable. Le terrain s’avère impraticable, ce qui sera confirmé en s’informant, par le biais d’un Cosaque nommé Georg, auprès des Kalmouks qui nomadisent aux alentours.

La dernière patrouille, celle du Leutnant Schliep, atteint la voie ferrée Kislyar-Astrakhan le 14 septembre. Elle surprend un train dont les locomotives sont rapidement mises hors d’action par quelques obus tirés des engins de reconnaissance. Les Allemands détruisent alors les wagons-citernes remplis d’essence un à un avant d’arriver à la gare de Senseli où un des Allemands converse au téléphone avec un Soviétique qui s’inquiètent de savoir si le train de carburant de Bakou est passé car un autre train doit arriver. L’interprète tente en vain d’inciter le Soviétique à laisser partir le second train. Toutefois, le Soviétique, peu convaincu par les réponses de Grinning, l’interprète de Schliep, comprend que la situation est anormale… La patrouille essaye d’aller en reconnaissance sur Bassy mais elle s’y heurte à l’ennemi, alerté par l’attaque du train. Plusieurs trains blindés soviétiques ainsi que des unités de cavalerie vont assurer la sécurité de la voie ferrée.

Le 17, Schliep est de retour. C’est à l’occasion de ces raids en profondeurs menés avec célérité que la division reçoit le surnom de Windhund-Division, c’est-à-dire la division du lévrier. En effet, un chien de cette espèce, trouvé dans la steppe, devient la mascotte de la division après avoir été baptisé Sascha. L’animal, peint de façon stylisé sur les véhicules, devint l’emblème de l’unité (et, plus tard, celui de la 116. Panzer-Division).

L’état-major allemand est rassuré. Les quatre patrouilles confirment que l’ennemi ne prépare aucune attaque d’envergure depuis le secteur d’Astrakhan : l’énorme flanc gauche du Heeresgruppe A, alors en difficulté dans le Caucase où la percé attendue ne se réalise pas, ne semble pas menacé. L’offensive qui devrait amener la 1. Panzerarmee de Kleist jusqu’à Bakou pourrait donc se faire sans risques. Quelques autres reconnaissances seront lancées plus tard, notamment une patrouille qui parvient à capturer six camions et à s’emparer par la même occasion d’un appareil de projection de cinéma. Une patrouille de l’Infanterie-Regiment 156 (les soldats du Kradschützen-Bn ont besoin d’un peu de repos…) est également lancée vers un pont de chemin de fer enjambant la Kuma, mis en place à 20 km de l’embouchure sur la Caspienne s’il faut en croire les indications portées sur les cartes dont disposent les Allemands. Après quatre jours et demi de mission, il faut se rendre à l’évidence : ce pont n’existe pas. En cette saison, le Kuma n’est qu’une rivière asséchée et sableuse…

 

Un front nord solide ?

Le front au nord de la zone tenue par la 16. ID (mot) est défendu par la faible 4e armée roumaine -75 000 hommes- qui souffre également des difficultés logistiques et du terrain, sur lequel elle est très vulnérable à une attaque de blindés. Constituée de deux corps totalisant sept divisions, elle a la responsabilité de 270 km de front qu’elle ne peut couvrir qu’avec 255 pièces antichars dont seulement 24 de 75 mm, les seuls pouvant venir à bout d’un T 34 à distance. Comme pour leur voisine allemande, certaines unités ont une tâche qui semble démesurée : la 2e division d’infanterie est la mieux lotie avec tout de même 18 km à défendre, mais la 8e division de cavalerie doit en couvrir une centaine… La division allemande la plus proche, la 29. ID (mot) est déployée à Verth-Taritzynski mais avant tout en couverture des arrières de la 6. Armee de Paulus. Enfin, les informations précises sur les intentions de l’ennemi dans le secteur font défaut.

 

Dans la tourmente de la contre-offensive soviétique

Si une offensive d’envergure stratégique n’est pas à craindre des Soviétiques dans le secteur, une attaque en force contre la 16. ID (mot) reste toujours à craindre. Fin octobre, la Luftwaffe repère les préparatifs pour une action d’envergure des Soviétiques qui font alors mouvement à seulement 20 km au sud de Khalkuta. Des éléments du II/6 interviennent mais ne parviennent pas à localiser l’ennemi dans la steppe. C’est le concours de deux chasseurs de la Luftwaffe qui leur permettra de surprendre l’adversaire et d’en capturer plus d’une centaine en train d’établir un dépôt pour une formation situé dans un oasis plus en arrière. Une petite escarmouche sans commune mesure avec les terribles combats qui ensanglantent alors le front de l’Est. Dans une autre occasion le Major Lindner, à la tête du même bataillon, est guidé par d’autres appareils par messages radio (grâce au Flivo, l’Oberleutnant Damm, qui accompagne la troupe au sol dans son SPW) ou parachutés, parvient à s’emparer d’un kolkhoze où des forces adverses ont été repérées. D’autres combats similaires tournent à l’avantage des Allemands

La 16. ID (mot) est cependant passée définitivement sur la défensive. Le 15 novembre, elle passe sous le commandement du Generalmajor Graf Gerhard von Schwerin (qui sera plus tard un fameux commandant de la 116. Panzer-Division sur le front de l’Ouest en 1944, cette unité étant une émanation directe de la 16. ID (mot)). Une semaine plus tard, le 21 novembre, alors que les Soviétiques lancent l’opération « Uranus » de part et d’autre de Stalingrad, offensive qui aboutira à l’encerclement de la 6. Armee de Paulus et au fameux désastre qui s’ensuit, la 16. ID (mot) est elle-aussi l’objet des attentions de l’ennemi. L’effondrement des positions roumaines au nord des fantassins et les difficultés du Korps Felmy qui opère au sud représentent de graves menaces. La division elle-même est en grand danger lorsque l’Infanterie-Regiment 156 est sur le point d’être encerclé à Khalkuta. Les rapports allemands indiquent que les assaillants soviétiques sont constitués de la 38e ID de la Garde, de la 152e brigade d’infanterie motorisée ainsi que de la 6e brigade de chars. Les Allemands ne parent au désastre qu’avec l’entrée en lice de l’Infanterie-Regiment 60. Trois compagnies sont tout de même anéanties dans le processus. Le 22 novembre, la division s’est repliée sur de bonnes positions –dites « Tobrouk »- à Yashkul. La 16. ID (mot) est alors rattachée à la 4. Panzerarmee de Hoth. La défense est inspirée, plusieurs pénétrations étant éliminées dès le 26 novembre, de sorte que, le 9 décembre, les positions restent fermement tenues. Les renforts qu’obtient Schwerin ne sont cependant pas à la hauteur de ses difficultés et de l’immense front dont il a la charge : des unités d’alerte correspondant à à peine deux compagnies … A la décharge de ses supérieurs, au premier rangs desquels Manstein, les Allemands doivent alors faire face à une situation gravissime sur le front du Don et à Stalingrad, désormais encerclée. Wintergewitter, l’opération de dégagement de Stalingrad, bat alors son plein avant que d’autres offensives soviétiques n’aggravent une situation déjà fort délicate…

 

L’inévitable repli hors de la steppe kalmouke

Le 28 décembre, Schwerin constate que les Soviétiques entament une vaste manœuvre d’encerclement en s’avançant vers Remontnoe et Divnoe. Comment y parer ? Berlin ordonne à la 1. Panzerarmee de quitter ses positions sur le Terek et à la 16. ID (mot) de se replier sur Elitsa après avoir résisté le plus longtemps possible. Toutefois, le repli des Roumains de Sagista a ouvert une brèche avec la 4. Panzerarmee. La 16. ID (mot) risque de se faire encercler et, le 31 décembre, elle annonce qu’elle n’est plus en mesure de tenir Elitsa. Elle reçoit alors l’ordre de batailler pour s’ouvrir une route pour Driyutnoe, un peu plus à l’ouest. La situation le long du Manytsch en direction de Rostov est critique : si les Soviétiques s’enfoncent dans le secteur et s’emparent de la grande métropole, s’en est fini de la 1. Panzerarmee et de la 17. Armee qui tentent de s’extirper du Caucase. Heureusement pour les Allemands, l’intervention d’unités rapides, à savoir les 17. et 23. Panzer-Divisionen, la division Wiking mais aussi la 16. ID (mot) permettra de sauver une situation fort compromise. Lors de cette retraite épique, la division de Schwerin n’a eu de cesse de parer les tentatives de contournement de la part de la 28e armée soviétique. A partir du 13 janvier 1943, la division, renforcée par des Tiger du schweres Panzer-Abteilung 503, assiste la 17. Panzer-Division dans la défense de la zone allant de la tête de pont de Proletarskaya à Yekaterinovska. La 16. ID (mot) quitte alors la steppe kalmouke.

 

Ordre de bataille en juillet 1942

 

En mai 1942, les tableaux d’effectifs accordent 13 415 hommes à la division.

Infanterie-Regiment 60 (mot)
Infanterie-Regiment 156 (mot)
Kradschützen-Bataillon 165
Panzer-Abteilung 116

Aufkälrung-Abteilung 341
Artillerie-Regiment 146 (mot)
– I. – III. Abteilung
– IV. Abteilung [= renommé He.-Flak.Art.Abt 281]
Panzerjäger-Abteilung (Sfl) 228
Nachrichten-Abteilung 228 (mot)
Pionier-Bataillon 675 (mot)
Infanterie-Divisions-Nachschubführer 228 (mot)
Verwaltungsdienste 228
Sanitätsdienste 228

 

Bibliographie :

Wilhelm Tieke, « The Caucasus and the Oil. The German-Soviet War in the Caucasus 1942/43 », Fedorowicz, 1995, qui a constitué ma source principale.

Rolf-Dieter Mülle, « The Unknown Eastern Front: The Wehrmacht and Hitler’s Foreign Soldiers », I.B. Tauris, 2012

www.lexikon-der-wehrmacht.de

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