Recension « Les nazis en fuite »de Gerald Steinacher

Gerald Steinacher, Les nazis en fuite« Perrin, Tempus, 2018 

Presque 800 pages d’enquête et de révélations sur le devenir de bourreaux nazis après la Seconde Guerre mondiale. Gerald Steinacher s’intéresse plus particulièrement à la compromission du Vatican, de la CIA mais aussi du CICR avec les réseaux de fuite des nazis. On connaît l’opiniâtreté d’un Simon Wiesenthal ou des époux Klarsfeld, et c’est tout à leur honneur. Mais on sera surpris des appuis dont ont bénéficié les criminels dans un contexte de Guerre Froide, qui fournit bien des explications, puisque la traque des criminels allemands par les Alliés cesse rapidement. L’amnistie dont beaucoup ont bénéficié ne manque pas de consterner le lecteur qui croise par ailleurs au fil des pages le destin des nazis célèbres: Mengele, Eichmann, Barbie, Rauff, Rudel, etc. S’il est beaucoup question de l’Italie, l’auteur aborde évidemment le sujet de l’Amérique du Sud, et en premier lieu l’Argentine de Peron. On aurait cependant aimé plus de détails sur l’Espagne ou le Moyen-Orient, ainsi que des éléments concrets sur les activités post-Seconde Guerre mondiale des nazis, mais ce n’est pas là l’objet de cette étude déjà très poussée et très documentée. Au final un livre intéressant, qui porte à réflexion.

Recension « Massu » de Pierre Pellissier

Pierre Pellissier, Massu, Perrin, 2018 

Ce livre intéressera les amateurs du gaullisme et du général de Gaulle, car il en est beaucoup question dans cet ouvrage. Il permet surtout de mieux connaître une personnalité célèbre de la période et de l’entourage de de Gaulle. L’intérêt pour moi est d’y découvrir les « coulisses » de l’armée française, bien que de ce point de vue les biographies récentes de Corap et de De Lattre, que j’ai aussi recensées, apportent plus d’éléments. Le passage de Massu dans l’armée d’Afrique, notamment au Togo, est du plus haut intérêt pour qui s’intéresse à l’histoire coloniale. J’ai également apprécié les pages consacrées aux débuts de la France Libre au Tchad, de la rivalité avec Leclerc et des conditions dans lesquelles cette poignée de Français a poursuivi le combat aux confins de l’Empire. Massu devient d’ailleurs, à sa grande surprise, l’un des premiers Compagnons de la Libération. L’épopée de la Libération avec Paris et la Lorraine, puis l’Indochine, la crise de Suez et surtout l’Algérie, Massu étant le vainqueur de la « bataille d’Alger »: que de pages célèbres de l’histoire militaire française du 20e siècle. Enfin, en ce cinquantième anniversaire des événements de mai 68, le lecteur pourra (re)-découvrir le rôle important tenu par le général Massu auprès du président de la République. Un bémol cependant: une centaine de pages à peine pour la période allant jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale -celle qui m’intéresse- pour près 300 pour la suite. Dommage en ce qui me concerne, mais les amateurs des conflits d’après-guerre et surtout de la guerre d’Algérie y trouveront leur compte. Par ailleurs, il est beaucoup question du contexte, ce qui est certes important et indispensable, mais l’auteur nous éloigne parfois trop longtemps de son sujet d’étude.