Il y a 74 ans/74 years ago

 Le 6 juin 1944: le Débarquement

La flotte alliée arrive en vue des côtes normandes en cette aube du 6 juin. Au mal de mer dont la majorité des hommes est atteint s’ajoute l’angoisse du combat et la peur de la mort. Quelques heures auparavant, les aéroportés se sont lancés dans la nuit pour assurer les deux flancs de la zone de débarquement. « Overlord » a commencé.



 

A 0h15, 5 des 6 planeurs « Horsa » du major Howard atterrissent silencieusement à côté de leurs objectifs pour un coup de main audacieux : les ponts qui enjambent l’Orne et son canal à Ranville et Bénouville sont aux mains des Britanniques pour le prix de seulement 2 tués et 14 blessés. A 0h50, les 2 000 hommes de la 5th Parachute Brigade de Poett sont largués à proximité de Ranville. La 3rd Parachute Brigade de Hill et ses 2 500 hommes atteignent au même moment leurs « Droping Zones » près de Sannerville et de Varaville.

En dépit de la dispersion des largages, les bataillons édifient immédiatement un réseau de défense face à l’ennemi du bois de Bavent à l’Orne et vont renforcer les hommes du major Howard. Le 9th Battalion de Terence Otway est particulièrement dispersé. A 4h30, avec l’appui d’une seule mitrailleuse Vickers, il entreprend néanmoins de mener sa mission et s’attaque à la batterie de Merville. A 5h00, celle-ci est neutralisée après une lutte épique qui ne laisse que 80 hommes indemnes à Otway. Plus à l’est, les ponts de Varaville, de Robehomme, de Bures et de Troarn sont détruits. En fin de journée, 2 800 hommes et du matériel lourd arrivent par planeurs. La 6th Airborne britannique a rempli sa mission.

 

Sur le flanc ouest de l’invasion, 850 C-47 transportant les 13 400 hommes des 101st et 82nd Airborne Divisions larguent les parachutistes avec une dispersion effarante en raison de la FLAK, d’erreurs de repérage des « Droping zones » et de conditions météo défavorables. Bien des hommes trouvent une mort atroce dans les marais du Merderet et de Carentan. Les planeurs qui doivent amener le matériel lourd atterrissent eux aussi dans des conditions dramatiques. La 82nd Airborne du général Ridgway doit assurer le flanc ouest du débarquement. Les ponts de la Fière et de Chef-du-Pont sont ainsi contrôlés après de durs combats. Le carrefour de Sainte-Mère-Eglise est également entre les mains des parachutistes. La 101st Airborne Division de Taylor doit sécuriser les sorties de plage de Utah Beach et s’approcher de Carentan. La confusion est là encore importante mais elle est encore plus marquée chez l’adversaire. Si les opérations en direction de Carentan ne sont pas couronnées de succès, en revanche les sorties de plage sont tenues. En fin de journée ce 6 juin, 209 planeurs et transportant 1 200 hommes et des pièces d’artillerie renforcent les 82nd et 101st Airborne.

A Utah, Le bombardement aérien préliminaire des 293 B26 « Marauder » est un succès. A 5h30, les Iles Saint-Marcouf sont occupées mais aucun Allemand ne s’y trouve. A 5h45, les navires de la flotte ouvrent le feu sur des objectifs pré-désignés. L’assaut est confiée à la 4th Infantry Division du général Barton. A 6h30, les LCVP touchent terre sans rencontrer la moindre opposition. Les quelques défenses ennemies sont rapidement mises au silence. Il s’avère vite que l’assaut s’est effectué 2 kilomètres au sud de la plage prévue, en raison des forts courants et de l’absence de repères côtiers. A 13h00, la jonction est faite avec des éléments de la 82nd Airborne. L’avance des troupes débarquées est toutefois lent en raison du caractère marécageux de l’arrière-pays et du nombre limité de routes, par ailleurs fort étroites. A 18h00, 21 328 hommes, 1 742 véhicules et 1 695 tonnes de matériels ont déjà été débarqués. Les pertes ne se montent qu’à 197 hommes.

 

Un peu plus à l’est, des Rangers sous le commandement du lieutenant-colonel Rudder sont engagés dans une opération commando visant à neutraliser la batterie allemande de la Pointe du hoc. Tandis que les destroyers appuient l’assaut et obligent l’ennemi à se terrer dans ses retranchements, les Rangers accèdent au sommet de la falaise. La position est vite entre les mains de Rudder qui constate que les emplacements pour canons sont vides : ceux-ci seront découverts dans un petit chemin au sud de la batterie et détruits. Les Rangers vont en fait subir un siège de deux jours avant d’être dégagés par leurs compatriotes venant d’Omaha Beach. On ne compte alors plus que 90 Américains valides sur les 225 débarqués.

A Omaha Beach le bombardement naval débute à 5h50. Le plafond bas et la crainte de toucher les troupes d’assaut vont provoquer un échec total du bombardement aérien. L’heure H est 6h30 et l’assaut sur les 6 kilomètres de la plage d’Omaha est confié à la 1st Infantry Division de Huebner et à la 29th Infantry Division de Gerhardt. La situation est encore plus dramatique aux 743rd et 741st Tank Bataillons, ce dernier perdant 27 tanks DD sur 29 mis en mer. La mer entraîne aussi par le fond une dizaine de LCVP et en fait dériver un nombre encore plus considérable, ce qui fait que les unités sont mélangées et désordonnées. Les premières vagues des deux régiments d’assaut subissent une terrible hécatombe. Des soldats tentent en vain de s’abriter derrière les obstacles de plage mais ils sont la proie des tirs ennemis tandis que la marée montante noie les blessés et les mourants incapables de se mouvoir. De son côté, le génie éprouve les pires difficultés à ouvrir des brèches sous le feu dévastateur des Allemands. La seconde vague d’assaut subit également des pertes terrifiantes. A la fin de la première heure de la bataille, les Américains sont toujours cloués sur la plage. Peu à peu la situation évolue favorablement. Les infiltrations se font de plus en plus nombreuses et vers 9h00 plusieurs groupes réussissent à pénétrer et à contourner le dispositif ennemi, notamment au pied de l’actuel cimetière américain, où des hommes parviennent à traverser le champ de mines dans une zone peu défendue. A 20h00 les Américains disposent de cinq sorties dont une créée par les bulldozers qui ont aménagé une route en aplanissant la falaise qui domine la plage. Mais la tête de pont est réduite, ne dépassant pas 2 kilomètres de profondeur. 34 000 hommes ont été débarqués sur Omaha mais les pertes ont été très lourdes : environ 4 000 hommes, 26 canons et 79 tanks détruits.

 

A 15 kilomètres à l’est d’Omaha se trouve Gold Beach, la plage assignée à la 50th Northumbrian Division de Graham du 30th British Corps du général Bucknall. De 6h05 à 6h20 la flotte de débarquement est prise à partie par la batterie de Longues et ses pièces de 15,2 cm. 3 des 4 pièces sont réduites au silence mais la dernière continue ses tirs jusqu’à 17h00. Sur la plage du Hamel, l’infanterie progresse lentement et le génie éprouve les pires difficultés. A l’est, le 1st Dorset éprouve moins de difficultés à franchir la plage. A l’ouest de la plage Gold, 2 régiments, les 6th Green Howards et 5th East Yorkshire, réduisent les défenses allemandes grâce à la présence des chars et à l’efficacité du soutien naval. Le nettoyage des maisons fortifiées de la Rivière requiert cependant une lutte acharnée. En début d’après-midi, la 50th Division est au complet et peut commencer son exploitation qui la mettra en bonne position pour s’emparer de Bayeux dès le lendemain. 25 000 hommes ont été débarqués sur Gold. On compte 413 pertes sur les plages.

 

A l’est de Gold se trouvent les plages destinées à recevoir l’assaut de la 3rd Canadian Infantry Division du général Keller : le secteur Juno Beach. Le bombardement préliminaire est d’une efficacité redoutable et la résistance allemande est en conséquence très faible. En revanche, la marée montante recouvre à présent une grande partie des obstacles de plage qui causent des dégâts importants : 90 péniches sur 306 sont ainsi coulées ou endommagées. La 7th Brigade s’empare rapidement de Graye-sur-Mer mais le Regina Rifles éprouve des difficultés à se rendre maître de Courseulles où la situation n’est assurée à l’aide d’un soutien blindé qu’en fin d’après-midi. Partout ailleurs la progression est favorable mais la congestion s’empare vite des plages en raison de la difficulté rencontrée par le génie à assurer la destruction des obstacles. A l’est de Courseulles, l’assaut sur la plage de Bernières va occasionner des pertes sensibles. Néanmoins la situation tourne rapidement en faveur des Canadiens qui débarquent 21 500 hommes et 3 200 véhicules. L’avancée se poursuit ensuite vers les objectifs situés à l’intérieur des terres. La 7th Brigade atteint Fontaine-Henry et les 8th et 9th Brigade avancent vers Caen. La jonction est assurée avec les Britanniques débarqués sur Gold. Les pertes se montent à 1200 hommes, dont 319 tués.

Sur Sword Beach, la mission de s’assurer une tête de pont solide puis d’occuper Caen est confiée à la 3rd Infantry Division du général Rennie du 1st British Corps de Crocker. La division est renforcée par diverses unités de commandos, dont la 1st Special Service Brigade de Lord Lovat. Le débarquement de la 8th Brigade a lieu à 7h30. Les bombardements terriblement efficaces ont écrasé les défenses ennemies et les poches de résistance sont réduites par l’action efficace des Sherman DD. Les combats sont cependant violents dans certains secteurs et il faut attendre l’arrivée du N°4 Commando pour que le nettoyage des plages soit assuré. A Ouistreham, la décision est emportée grâce à l’intervention des 177 commandos français du commandant Kieffer. A une heure, le contact est pris avec les hommes de la 6th Airborne à Bénouville. L’embouteillage des plages cause ici des retards considérables. La 3rd Infantry Division ne met pas à profit la facilité de la conquête des plages en perdant du temps à consolider la tête de pont. Elle est en outre retardée par la défense adverse : le site fortifié Hillman, sur la route de Caen, retarde ainsi le 1st Suffolk Regiment de 10 heures !

 

Les réactions allemandes sont tardives et manquent sérieusement de puissance. La 21.Panzer-Division affronte la tête de pont de la 6th Airborne sans réussir à la résorber tandis qu’une action est menée vers la mer. La division atteint la côte à Lion-sur-Mer, créant ainsi une solution de continuité entre les unités alliées débarquées à Sword et celles de Gold et Juno. L’assaut des Panzer se brise néanmoins sur les positions antichars de la 3rd Division et subit des pertes sensibles (64 chars sur 134) sous l’action conjuguée de la flotte et de l’aviation alliée.

 

Au soir du 6 juin, Eisenhower et Montgomery peuvent exprimer leur satisfaction : le débarquement a réussi et les pertes, 10 000 hommes, dont de 2 000 à 3 000 tués, sont nettement moins sensibles que les prévisions ne le laissaient présager. Si des centaines de péniches et barges sont détruites ou endommagées, seuls deux destroyers ont été coulés dans l’immense armada. 127 avions ont été perdus sur une flotte de 10 000 appareils. La marine et l’aviation ont réussi l’exploit d’amener en Normandie 156 000 hommes. Les Britanniques à eux seuls disposent de 900 chars et blindés et de 600 canons. La tête de pont en Normandie ne sera toutefois assurée définitivement que si les Alliés réussissent à renforcer et à étendre leur dispositif sur le continent rapidement. La consolidation et la rapidité de la réaction allemande vont être déterminantes