Films de Guerre/ War Movies (10/100): LA BATAILLE DE MIDWAY

LA BATAILLE DE MIDWAY

  

La bataille de Midway, que j’ai relatée ici, est considérée, avec la bataille de Guadalcanal, comme étant le tournant de la guerre du Pacifique. Il était donc attendu qu’Hollywood s’attèle un jour à la reconstituer cet épisode de la Seconde Guerre mondiale, non dénué d’un certain souffle épique.

Une production bénéficiant de moyens conséquents

Le film de Jack Smight, sorti en 1976, est une superproduction qui n’a pas perdu de son charme. Cette oeuvre est agréable à visionner, ne serait-ce parce que le matériel ne manque pas: on est loin des réalisations à petits budgets qui ne disposent que de quelques figurants et une poignée d’engins. Les scènes aériennes -cruciales pour un film relatant une bataille où l’aéronavale tient le 1er rôle- sont centrales, mais le réalisateur utilise quelques appareils de la guerre non en service en juin 1942, ainsi que de nombreux inserts provenant d’extraits d’autres oeuvres (en particulier du film Tora! Tora! Tora!, qui met en scène l’attaque de Pearl Harbour)ou d’archives en couleur de l’époque ou , que la différence de qualité des pellicules les rend très visibles (surtout lors des crashs à l’apontage… quand les modèles ne correspondent pas…)… Cela n’altère cependant en rien le récit.

 

Le film bénéficie toutefois de moyens conséquents -des porte-avions! (le deuxième  USS Lexington, de type Essex)- et cela participe de sa réussite, les trucages donnant l’illusion de véritables flottes. Les uniformes et l’équipement des soldats sont réalistes.

Les GI de Midway sont bien doté de casques « plats à barbe »

Les intérêts du film

Disons-le d’emblée: la trame de la bataille est bien rendue et les affrontements aériens ainsi que les attaques aéronavales sont spectaculaires. Le film a le grand mérite de nous présenter la bataille du point de vue des deux camps, en alternance, des préparatifs de la bataille à la conclusion de celle-ci. Le réalisateur s’attache également à nous expliquer la grande stratégie, et nous brosse le portrait d’un certain nombre de grands commandant de l’époque, américains comme japonais, tout en présentant le vécu « au combat » des hommes au front, notamment par le biais du rôle confié à Charlton Heston et de son fils à l’écran.

On notera le grand rôle de Robert Mitchum!!!

Henri Fonda est particulièrement crédible dans le rôle de l’amiral Nimitz (en sus d’une certaine ressemblance).

Charlton Heston: une valeur sûre et un rôle imaginaire qui évite de donner au film un aspect documentaire en mettant en scène des pilotes aussi bien au combat qu’en dehors de celui-ci.

On apprécie aussi la représentation du drame survenu aux Américains d’origine nipponne, ainsi qu’aux ressortissants du pays du Soleil-Levant: l’internement dans des camps. C’est par le biais d’une idylle entre le fils du personnage joué par Charlton Heston et une jeune japonaise que le réalisateur nous fait prendre conscience de cette réalité, qui évite ainsi au film d’être juste une succession de combats et la simple relation d’une bataille.

Une histoire d’amour insérée dans un film de guerre, mais qui a l’intérêt de faire découvrir un drame historique aux spectateurs

Le scénario ménage un certain suspense, notamment les scènes des vols de reconnaissance des hydravions américains PBY Catalina, ou encore lors des affrontements aériens suivis à distance par radio par les officiers supérieurs: un beau moment de cinéma qui nous fait partager la tragédie comme si on y assistait…

Des scènes d’action efficaces

Le film présent un autre aspect réaliste de la guerre du Pacifique: l’inflexibilité des officiers japonais, leur incapacité à admettre leurs erreurs, faute de perdre la face, et donc de modifier leur stratégie en conséquence… Un travers que sauront habilement exploiter les hauts-responsables des armées alliées, notamment le général britannique Slim sur le front de Birmanie.

Le film présente aussi un autre élément véridique et décisif: le cassage des codes japonais par les Américains

Au mois d’avril 1942, la « Station Hypo », qui regroupe les installations d’écoute et de décodage de Pearl Harbor et les services analogues en place à Washington et en Australie, réussit à combler le retard. Ce succès est en partie attribuable au fait que les nouveaux codes japonais, périodiquement distribués, sont communiqués avec retard à certains QG, en raison de l’éparpillement des bases japonaises dans leur immense empire. Ces QG continuent par conséquent à utiliser les codes et chiffres anciens, que les américains peuvent comprendre en partie. Si les crypto-analystes lisent rarement plus de 10 à 15% des messages, combiné aux résultats des écoutes radio, cela permet d’interpréter les intentions japonaises avec une faible marge d’erreur. La modification du principal code de la marine japonaise est achevée fin mai 1942. A cette date, les Américains ont réussi à reconstituer la quasi-totalité du plan d’opération de Yamamoto pour la bataille de Midway, ainsi que la désignation des Aléoutiennes comme objectif de diversion, de même que la date et la direction des attaques japonaises. Les renseignements obtenus n’assurent certes pas la victoire, mais elle la rende possible.

Les limites de l’oeuvre

Le film n’est pas exempt de défauts et d’imperfection. Les Américains ont évidemment le beau rôle: ils ont le sens du sacrifice (quoique certains pilotes japonais l’aient aussi), ils sont déterminés, ils font montre d’un luxe d’ingéniosité… L’inflexibilité nipponne battue en brèche par la volonté de fer des Américains. Ces derniers sont représentés comme très inférieurs en nombre, ce qui renforce le caractère héroïque de leur prouesse. Déterminés, ils le sont, à l’instar de Nimitz, déjà vainqueur, mais qui veut « ce 4e porte-avions ». L’Amérique va jusqu’au bout de ce qu’elle entreprend et elle le fait toujours du mieux possible…

  

Cela tombe bien: les « méchants » ont des uniformes foncés et les « gentils » ont des tenues nettement plus claires…

On notera aussi à quel point les Américains apparaissent décontractés (le record est détenu par le responsable du déchiffrements des codes japonais), ainsi que la façon informelle avec laquelle les officiers se saluent, s’adressent les uns aux autres: on sent par ailleurs qu’une certaine amitié lient certains d’entre eux, aux antipodes de Japonais bien rigides. Nimitz apparaît également comme un vrai chef, résolu, celui qui prend des décisions. Nagumo semble au contraire trop influencé par ses subordonnés. Quant à Yamamoto, il semble impuissant face aux événements… Il y a enfin la figure de l’empereur, invisible, qui semble redoutable (on se croirait presque dans Star Wars…) et devant lequel il appartient au seul Yamamoto de présenter ses excuses, « à Sa Majesté »…

Au final, un bon film que je me lasse pas de redécouvrir.