Recension « Les Marines dans l’enfer du Pacifique » de Charles Trang

Charles Trang, Les Marines dans l’enfer du Pacifique, Heimdal, 2018

Comme d’accoutumée, un très bel album avec la qualité habituelle des éditions Heimdal: des centaines de clichés, un texte intéressant. J’avais un a priori sur Charles Trang en raison de ses publications axées sur la Waffen SS (ce qui est toujours malsain sur la durée, dont des dictionnaires d’un intérêt douteux à répétition), mais son deuxième opus sur les Marines (le 1er ne concernait que la 1st Marine Division « The Old Breed ») est vraiment le bienvenu. L’ouvrage est de qualité et comble une lacune sur le sujet. On aurait certes aimé davantage de considérations stratégiques et de liaisons entre les chapitres. Les textes sont par ailleurs difficiles à lire, non pas par leur qualité et leur sérieux (très documentés, bien écrit, laissant la part aux témoignages, etc), mais par l’absence de paragraphes sur de très longs passages, de même qu’une mise en page qui fait alterner ces longues pages d’écriture peu aérée avec des reportages photos (superbes et légendées avec soin). Par ailleurs, les textes concernant les opérations de Marines auxquelles a pris part la 1st Marine Division sont identiques à ceux publiés dans « The Old Breed ». L’auteur, qui connaît très bien son sujet, a cependant mis un point d’honneur a présenter de nouvelles photographies pour ces campagnes. L’ouvrage ne fait donc aucunement double-emploi avec « The Old Breed ». Mieux: il est indispensable à tous les passionnés de la guerre du Pacifique, voire du second conflit mondial car je n’arrive toujours pas à admettre qu’un véritable passionné se focalise sur un seul front, ce qui ne peut que provoquer un jugement biaisé du conflit (très marqué chez les amateurs de l’Ostfront). Je ne peux qu’en recommander la lecture.

 

Il y a 74 ans en Normandie

10 juin 1944

Ce n’est que le 10 juin que le Panzergruppe West se trouve en position autour de Caen pour lancer la contre-attaque tant attendue. Ce jour-là, le QG du Panzergruppe West, établi à la Caine, est l’objet d’une attaque aérienne ciblée de 61 B-25 Mitchell ainsi que de 40 chasseurs-bombardiers Typhoon de la RAF.Les effets du bombardement sont dévastateurs. Si Geyr von Schweppenburg est miraculeusement épargné, son état-major est décimé: une trentaine de tués, dont le chef d’état-major, le chef du bureau opérations et le responsable de la logistique. Rommel, qui s’est rendu auprès de Geyr von Schweppenburg plus tôt dans la journée, a bien failli être lui-même victime de cette attaque. Dans ces conditions, toute contre-offensive cohérente est inenvisageable dans l’immédiat, faute de disposer d’un état-major pour coordonner l’ensemble. Ce délai a des conséquences stratégiques dramatiques pour l’armée allemande: en renonçant à contre-attaquer rapidement, elle court le risque de ne plus être en mesure de résorber la tête de pont alliée. Par une ironie dont l’Histoire est friande, Geyr von Schweppenburg -ainsi que ses rêves de contre-offensive- est frappé de plein fouet par la toute puissance aérienne alliée dont il n’a cessé de négliger l’impact sur les opérations.

Il y a 74 ans/74 years ago

9 juin 1944

Ce jour-là, Isigny est prise par les Américains débarqués à Omaha.

Dans le secteur Utah, après une préparation d’artillerie nourrie et grâce à l’action héroïque du soldat Ralph G. Riley équipé d’un lance-flammes, la 4th US ID emporte enfin la batterie d’Azeville.

Dans le secteur d’Omaha, lorsque point l’aube du 9 juin, les forces de la 352. ID sont sérieusement entamées.  Le risque de percée ennemie dans le secteur reste sérieux. Il en va de même sur l’aile droite, près de Bayeux.

Ce jour-là, Le 9 juin, Rommel, qui a pourtant longuement insisté sur l’importance cruciale de la journée suivant le débarquement, accède à la demande de Dollmann (commandant 7. Armee) qui propose que la contre-attaque soit repoussée jusqu’à ce que le II. Fallschirm-Korps soit en ligne et en mesure de soutenir le flanc du I. SS Panzerkorps.A D+3, les renforts allemands en route pour le front ou arrivés en Normandie  totalisent 125 000 hommes et 750 Panzer.

 

L’armée allemande contre-attaque pourtant ce jour-là, mais de façon fort limitée, voire piteuse…L’entrée en lice du Panther est calamiteuse… Dans la nuit du 8 au 9 juin, le Kampfgruppe Meyer mène un assaut sur Rots, préalable à une attaque lancée en direction de la station radar de Douvres-la-Délivrande avec pour objectif Bretteville l’Orgueilleuse, Norrey-en-Bessin puis la côte à Courseulles.  L’ambitieuse attaque est le cadre du premier engagement du char Panther en Normandie. L’assaut nocturne fait long feu. Après la prise de Rots, rapidement privé d’un soutien suffisant et à la merci des antichars, les Panther ne peuvent espérer s’emparer de villages transformés en véritables forteresses par l’ennemi. 5 des précieux Panzer sont perdus, dont un aurait été détruit à Bretteville l’Orgueilleuse par un autre Panther… Dans la journée du 9 juin lors d’une contre-attaque mal préparée sur Norrey, 7 Panther sont détruits en quatre minutes par 9 Sherman du Fort Garry Horse.

La Panzer Lehr ne connaît pas plus de succès. La division doit reprendre Bayeux aux Anglais. L’attaque, lancée le 9, semble débuter sous de bons auspices. Ellon est prise. Encore 5 kilomètres et Bayeux est reprise. Mais les Panzer et les Panzergrenadiere d’accompagnement sont pris à partie par un adversaire tenace, puis toutes les unités reçoivent l’ordre de stopper l’avance : il faut dépêcher de toute urgence des forces pour contrer les Canadiens qui se sont infiltrés sur le flanc gauche de la « Hitlerjugend ». Les combats se concentrent autour du secteur Tilly-sur-Seulles/Villers-Bocage. Etirée sur un front de 17 kilomètres, la Panzer Lehr est contrainte de passer -temporairement pense-t-on- sur la défensive.

A l’ouest de l’Orne, la 21. Panzer et la 346. ID échouent dans une contre-attaque bien que les Allemands bloquent les Britanniques devant le bois de Bavent.

 

 

Il y a 74 ans/74 years ago

 

8 juin 1944: la jonction est établie entre Américains (Omaha) et Britanniques. Port-en-Bessin et la batterie de Longues sont prises.

  

 

La situation est plus difficile sur le front de Cherbourg, depuis Utah (ci-dessous).

 

 

Le 8 juin 1944, les Américains débarqués à Omaha attaquent dans toutes les directions: vers l’ouest (vers la Pointe-du-Hoc et Grandcamp), au sud (Formigny et Trévières) et vers l’est (vers Port-en-Bessin). Kraiss n’est pas en mesure de s’opposer à la jonction entre les Américains débarqués sur Omaha et les Britanniques débarqués sur Gold. A Longues-sur-Mer, les artilleurs de la batterie de la Kriegsmarine offre une résistance sérieuse mais vaine.

Montgomery se montrant dans l’incapacité de s’emparer de Caen par une attaque frontale, les opérations menées sur son aile droite, à Bayeux, revêtent donc un caractère crucial. Ce jour-là, il envisage de s’emparer de Caen par une attaque en pince depuis Bayeux et la tête de pont à l’est de l’Orne.

Ce 8 juin, l’importance stratégique du secteur de la tête de pont aéroportée britannique le rend prioritaire. Avant d’envisager la contre-attaque du Panzergruppe-West, « la 7. Armee prévoit d’abord de détruire l’opposition à l’ouest de l’Orne pour ensuite attaquer la tête de pont de Bayeux avec toutes les forces disponibles ».Craignant une jonction entre les forces alliées à l’est de l’Orne et des forces qui débarqueraient entre la Somme et le Pas-de-Calais, le Panzergruppe West prépare de son côté des plans pour une contre-attaque nocturne.

Il y a 74 ans/74 years ago

7 juin 1944: sur le front de la 3rd ID, devant Caen, la 185th British Infantry Brigade, pourtant soutenue par trois régiments d’artillerie et les tirs d’un croiseur, ne parvient pas à entamer les lignes défensives allemandes de la 21; Panzer. La 9th British Infantry Brigade n’atteint Cambe qu’au cours de l’après-midi. Sur le flanc droit, les Canadiens subissent un premier revers sérieux face aux Waffen SS de la 12.SS-Panzer-Division « Hitlerjugend ».

 

Le 7 juin, quand point l’aube, les forces armées des deux camps s’apprêtent à reprendre les opérations. La veille au soir, les soldats alliés se sont effondrés dans leurs trous, épuisés par une journée riche en émotions. L’Atlantikwall a été percé pour des pertes dépassant les 10 000 hommes mais le pire est à venir: il faut vaincre la Wehrmacht. Pour les troupes d’Eisenhower, le plan consiste simplement à s’assurer des objectifs du D-Day qui n’ont pas encore été atteints, à commencer par la prise de Caen et la jonction entre les différentes têtes de pont. Il faut également se préparer à contrer la contre-attaque de Rommel qui semble inévitable. Rundstedt se veut optimiste dans le rapport qu’il adresse à Hitler. Sur le front cependant, notamment au QG du I. SS Panzerkorps, des rumeurs erronées -colportées par des fuyards venant de la côte- font état de la prise de Caen par les Britanniques et d’une percée en direction de Falaise. Il faut toutes les résorber au plus vite et empêcher leur jonction et la constitution d’une unique tête de pont qui serait trop difficile à anéantir. Rommel doit faire face à diverses et réelles menaces dans tous les secteurs du front: à l’est de l’Orne où sont établis les aéroportés britanniques, devant Caen qui monopolise toutes les attentions, dans le secteur Tilly/Bayeux, entre cette dernière et Isigny où les restes de la 352. ID sont seuls à affronter un ennemi considérablement supérieur en nombre et en matériel. A Carentan enfin, où les paras allemands s’efforcent d’empêcher l’unification des têtes de pont américaines d’Utah et d’Omaha et un peu plus au nord dans le Cotentin où l’armée allemande s’efforce de tenir ses positions afin d’empêcher l’adversaire de prendre la direction de Cherbourg et de son port.

Il y a 74 ans/74 years ago

 Le 6 juin 1944: le Débarquement

La flotte alliée arrive en vue des côtes normandes en cette aube du 6 juin. Au mal de mer dont la majorité des hommes est atteint s’ajoute l’angoisse du combat et la peur de la mort. Quelques heures auparavant, les aéroportés se sont lancés dans la nuit pour assurer les deux flancs de la zone de débarquement. « Overlord » a commencé.



 

A 0h15, 5 des 6 planeurs « Horsa » du major Howard atterrissent silencieusement à côté de leurs objectifs pour un coup de main audacieux : les ponts qui enjambent l’Orne et son canal à Ranville et Bénouville sont aux mains des Britanniques pour le prix de seulement 2 tués et 14 blessés. A 0h50, les 2 000 hommes de la 5th Parachute Brigade de Poett sont largués à proximité de Ranville. La 3rd Parachute Brigade de Hill et ses 2 500 hommes atteignent au même moment leurs « Droping Zones » près de Sannerville et de Varaville.

En dépit de la dispersion des largages, les bataillons édifient immédiatement un réseau de défense face à l’ennemi du bois de Bavent à l’Orne et vont renforcer les hommes du major Howard. Le 9th Battalion de Terence Otway est particulièrement dispersé. A 4h30, avec l’appui d’une seule mitrailleuse Vickers, il entreprend néanmoins de mener sa mission et s’attaque à la batterie de Merville. A 5h00, celle-ci est neutralisée après une lutte épique qui ne laisse que 80 hommes indemnes à Otway. Plus à l’est, les ponts de Varaville, de Robehomme, de Bures et de Troarn sont détruits. En fin de journée, 2 800 hommes et du matériel lourd arrivent par planeurs. La 6th Airborne britannique a rempli sa mission.

 

Sur le flanc ouest de l’invasion, 850 C-47 transportant les 13 400 hommes des 101st et 82nd Airborne Divisions larguent les parachutistes avec une dispersion effarante en raison de la FLAK, d’erreurs de repérage des « Droping zones » et de conditions météo défavorables. Bien des hommes trouvent une mort atroce dans les marais du Merderet et de Carentan. Les planeurs qui doivent amener le matériel lourd atterrissent eux aussi dans des conditions dramatiques. La 82nd Airborne du général Ridgway doit assurer le flanc ouest du débarquement. Les ponts de la Fière et de Chef-du-Pont sont ainsi contrôlés après de durs combats. Le carrefour de Sainte-Mère-Eglise est également entre les mains des parachutistes. La 101st Airborne Division de Taylor doit sécuriser les sorties de plage de Utah Beach et s’approcher de Carentan. La confusion est là encore importante mais elle est encore plus marquée chez l’adversaire. Si les opérations en direction de Carentan ne sont pas couronnées de succès, en revanche les sorties de plage sont tenues. En fin de journée ce 6 juin, 209 planeurs et transportant 1 200 hommes et des pièces d’artillerie renforcent les 82nd et 101st Airborne.

A Utah, Le bombardement aérien préliminaire des 293 B26 « Marauder » est un succès. A 5h30, les Iles Saint-Marcouf sont occupées mais aucun Allemand ne s’y trouve. A 5h45, les navires de la flotte ouvrent le feu sur des objectifs pré-désignés. L’assaut est confiée à la 4th Infantry Division du général Barton. A 6h30, les LCVP touchent terre sans rencontrer la moindre opposition. Les quelques défenses ennemies sont rapidement mises au silence. Il s’avère vite que l’assaut s’est effectué 2 kilomètres au sud de la plage prévue, en raison des forts courants et de l’absence de repères côtiers. A 13h00, la jonction est faite avec des éléments de la 82nd Airborne. L’avance des troupes débarquées est toutefois lent en raison du caractère marécageux de l’arrière-pays et du nombre limité de routes, par ailleurs fort étroites. A 18h00, 21 328 hommes, 1 742 véhicules et 1 695 tonnes de matériels ont déjà été débarqués. Les pertes ne se montent qu’à 197 hommes.

 

Un peu plus à l’est, des Rangers sous le commandement du lieutenant-colonel Rudder sont engagés dans une opération commando visant à neutraliser la batterie allemande de la Pointe du hoc. Tandis que les destroyers appuient l’assaut et obligent l’ennemi à se terrer dans ses retranchements, les Rangers accèdent au sommet de la falaise. La position est vite entre les mains de Rudder qui constate que les emplacements pour canons sont vides : ceux-ci seront découverts dans un petit chemin au sud de la batterie et détruits. Les Rangers vont en fait subir un siège de deux jours avant d’être dégagés par leurs compatriotes venant d’Omaha Beach. On ne compte alors plus que 90 Américains valides sur les 225 débarqués.

A Omaha Beach le bombardement naval débute à 5h50. Le plafond bas et la crainte de toucher les troupes d’assaut vont provoquer un échec total du bombardement aérien. L’heure H est 6h30 et l’assaut sur les 6 kilomètres de la plage d’Omaha est confié à la 1st Infantry Division de Huebner et à la 29th Infantry Division de Gerhardt. La situation est encore plus dramatique aux 743rd et 741st Tank Bataillons, ce dernier perdant 27 tanks DD sur 29 mis en mer. La mer entraîne aussi par le fond une dizaine de LCVP et en fait dériver un nombre encore plus considérable, ce qui fait que les unités sont mélangées et désordonnées. Les premières vagues des deux régiments d’assaut subissent une terrible hécatombe. Des soldats tentent en vain de s’abriter derrière les obstacles de plage mais ils sont la proie des tirs ennemis tandis que la marée montante noie les blessés et les mourants incapables de se mouvoir. De son côté, le génie éprouve les pires difficultés à ouvrir des brèches sous le feu dévastateur des Allemands. La seconde vague d’assaut subit également des pertes terrifiantes. A la fin de la première heure de la bataille, les Américains sont toujours cloués sur la plage. Peu à peu la situation évolue favorablement. Les infiltrations se font de plus en plus nombreuses et vers 9h00 plusieurs groupes réussissent à pénétrer et à contourner le dispositif ennemi, notamment au pied de l’actuel cimetière américain, où des hommes parviennent à traverser le champ de mines dans une zone peu défendue. A 20h00 les Américains disposent de cinq sorties dont une créée par les bulldozers qui ont aménagé une route en aplanissant la falaise qui domine la plage. Mais la tête de pont est réduite, ne dépassant pas 2 kilomètres de profondeur. 34 000 hommes ont été débarqués sur Omaha mais les pertes ont été très lourdes : environ 4 000 hommes, 26 canons et 79 tanks détruits.

 

A 15 kilomètres à l’est d’Omaha se trouve Gold Beach, la plage assignée à la 50th Northumbrian Division de Graham du 30th British Corps du général Bucknall. De 6h05 à 6h20 la flotte de débarquement est prise à partie par la batterie de Longues et ses pièces de 15,2 cm. 3 des 4 pièces sont réduites au silence mais la dernière continue ses tirs jusqu’à 17h00. Sur la plage du Hamel, l’infanterie progresse lentement et le génie éprouve les pires difficultés. A l’est, le 1st Dorset éprouve moins de difficultés à franchir la plage. A l’ouest de la plage Gold, 2 régiments, les 6th Green Howards et 5th East Yorkshire, réduisent les défenses allemandes grâce à la présence des chars et à l’efficacité du soutien naval. Le nettoyage des maisons fortifiées de la Rivière requiert cependant une lutte acharnée. En début d’après-midi, la 50th Division est au complet et peut commencer son exploitation qui la mettra en bonne position pour s’emparer de Bayeux dès le lendemain. 25 000 hommes ont été débarqués sur Gold. On compte 413 pertes sur les plages.

 

A l’est de Gold se trouvent les plages destinées à recevoir l’assaut de la 3rd Canadian Infantry Division du général Keller : le secteur Juno Beach. Le bombardement préliminaire est d’une efficacité redoutable et la résistance allemande est en conséquence très faible. En revanche, la marée montante recouvre à présent une grande partie des obstacles de plage qui causent des dégâts importants : 90 péniches sur 306 sont ainsi coulées ou endommagées. La 7th Brigade s’empare rapidement de Graye-sur-Mer mais le Regina Rifles éprouve des difficultés à se rendre maître de Courseulles où la situation n’est assurée à l’aide d’un soutien blindé qu’en fin d’après-midi. Partout ailleurs la progression est favorable mais la congestion s’empare vite des plages en raison de la difficulté rencontrée par le génie à assurer la destruction des obstacles. A l’est de Courseulles, l’assaut sur la plage de Bernières va occasionner des pertes sensibles. Néanmoins la situation tourne rapidement en faveur des Canadiens qui débarquent 21 500 hommes et 3 200 véhicules. L’avancée se poursuit ensuite vers les objectifs situés à l’intérieur des terres. La 7th Brigade atteint Fontaine-Henry et les 8th et 9th Brigade avancent vers Caen. La jonction est assurée avec les Britanniques débarqués sur Gold. Les pertes se montent à 1200 hommes, dont 319 tués.

Sur Sword Beach, la mission de s’assurer une tête de pont solide puis d’occuper Caen est confiée à la 3rd Infantry Division du général Rennie du 1st British Corps de Crocker. La division est renforcée par diverses unités de commandos, dont la 1st Special Service Brigade de Lord Lovat. Le débarquement de la 8th Brigade a lieu à 7h30. Les bombardements terriblement efficaces ont écrasé les défenses ennemies et les poches de résistance sont réduites par l’action efficace des Sherman DD. Les combats sont cependant violents dans certains secteurs et il faut attendre l’arrivée du N°4 Commando pour que le nettoyage des plages soit assuré. A Ouistreham, la décision est emportée grâce à l’intervention des 177 commandos français du commandant Kieffer. A une heure, le contact est pris avec les hommes de la 6th Airborne à Bénouville. L’embouteillage des plages cause ici des retards considérables. La 3rd Infantry Division ne met pas à profit la facilité de la conquête des plages en perdant du temps à consolider la tête de pont. Elle est en outre retardée par la défense adverse : le site fortifié Hillman, sur la route de Caen, retarde ainsi le 1st Suffolk Regiment de 10 heures !

 

Les réactions allemandes sont tardives et manquent sérieusement de puissance. La 21.Panzer-Division affronte la tête de pont de la 6th Airborne sans réussir à la résorber tandis qu’une action est menée vers la mer. La division atteint la côte à Lion-sur-Mer, créant ainsi une solution de continuité entre les unités alliées débarquées à Sword et celles de Gold et Juno. L’assaut des Panzer se brise néanmoins sur les positions antichars de la 3rd Division et subit des pertes sensibles (64 chars sur 134) sous l’action conjuguée de la flotte et de l’aviation alliée.

 

Au soir du 6 juin, Eisenhower et Montgomery peuvent exprimer leur satisfaction : le débarquement a réussi et les pertes, 10 000 hommes, dont de 2 000 à 3 000 tués, sont nettement moins sensibles que les prévisions ne le laissaient présager. Si des centaines de péniches et barges sont détruites ou endommagées, seuls deux destroyers ont été coulés dans l’immense armada. 127 avions ont été perdus sur une flotte de 10 000 appareils. La marine et l’aviation ont réussi l’exploit d’amener en Normandie 156 000 hommes. Les Britanniques à eux seuls disposent de 900 chars et blindés et de 600 canons. La tête de pont en Normandie ne sera toutefois assurée définitivement que si les Alliés réussissent à renforcer et à étendre leur dispositif sur le continent rapidement. La consolidation et la rapidité de la réaction allemande vont être déterminantes

La « Ligne Maginot du Désert » signé Michel Truttmann et Jean-Jacques Moulins aux éditions Gérard Klopp.

Ma recension suivra bientôt!

Site de l’éditeur:

https://www.editions-klopp.com/home/119-ligne-maginot-du-desert-9782911992957.html

 

 

Il y a 74 ans/75 years ago

L’armada se met en route pour la Normandie. Le soir, les troupes aéroportées sont fins prêtes et s’embarquent pour la Normandie. « Ike » vient saluer ceux pour lesquels on lui a prédit de très lourdes pertes.

De l’autre côté de la Manche, les sentinelles veillent mais le temps est si exécrable que des missions de reconnaissance maritime et aérienne sont annulées… De nombreux officiers supérieurs de la 7. Armee se rendent à Rennes pour un Kriegspiel qui doit avoir lieu le 6 juin.

Il y a 74 ans/ 74 years ago.

4 juin 1944: les prévisions météorologiques du Group Captain Stagg sont formelles en assurant une accalmie dans le mauvais temps. Eisenhower décide que le Jour J aura lieu le 6 juin.

4 juin 1944: les prévisions météorologiques sont très défavorables à un débarquement. Rommel décide donc de se rendre en Allemagne pour y rencontrer Hitler et réclamer des renforts pour la Normandie (Panzer-Divisionen), et en profiter pour célébrer l’anniversaire de sa femme… le 6 juin.

Recension « Dans l’équipe de Staline » de Sheila Fitzpatrick

Sheila Fitzpatrick, Dans l’équipe de Staline, Perrin, 2018 

Le grand mérite de cet ouvrage est de nous faire découvrir les principaux leaders de l’Union soviétique qui entouraient Staline tels que Ordjonikidze, Mikoyan, Kaganovitch, etc. Le « Vojd » feint en effet en quelque sorte de diriger l’Etat de façon collégiale, simple primus inter pares au sein du Poliburo, Kalinine étant notamment de facto le chef de l’Etat en titre. Pourtant, le véritable leader est sans conteste Staline, comme l’illustre l’épisode des purges. La façon dont les opposants sont écartés est éclairante. On appréciera aussi la fidélité des hommes-liges tels que Béria et Molotov (dont la femme n’est pourtant pas épargnée), jamais assurés de leur place au sein du système. Ce qui est remarquable, c’est de découvrir la familiarité des rapports entre Staline et nombre de membres du Politburo, jusque dans la manière de s’adresser à lui, avec parfois un franc-parler ou des prises de position qui peuvent surprendre. Aussi sanguinaire soit-il, le dictateur, beaucoup plus cultivé qu’on ne l’a prétendu, apparaît dans sa simplicité, bon vivant lors des moments de détente entre amis. Au fil des pages, le lecteur comprend le fonctionnement de l’Etat soviétique, criminel et liberticide, mais très différent de l’autre dictature totalitaire à laquelle on a souvent tort de le comparer : l’Allemagne nazie. L’étude ne débute pas avec un Staline maître des destinées de l’URSS, puisqu’une première partie est logiquement consacrée à son entourage au temps où Lénine est au pouvoir, partie suivie d’une description des tensions avec les « factions » et la lutte contre Trotski, qui aboutit à l’éviction de ce dernier. L’auteure a également le mérite de nous faire découvrir toute une galerie de portraits de personnalités féminine, les épouses et filles des dirigeants soviétiques. Le final ne manque pas d’intérêt : le système peut-il perdurer sans le « Vojd » ? De fait, l’équipe disparaît avec Khrouchtchev. Staline ne gagne certes pas en sympathie, qu’il ne mérite pas, mais le personnage et sa place dans l’Histoire sont trop considérables pour qu’on n’y attache pas de l’importance. Cette étude sérieuse et érudite est donc la bienvenue.