LE SOLDAT ALLEMAND AU CINEMA : DE LA CARICATURE A LA REALITE

LE SOLDAT ALLEMAND AU CINEMA : DE LA CARICATURE A LA REALITE

Robert Shaw dans « La Bataille des Ardennes »

 

Quelle image donne le cinéma du soldat allemand ? Reflète-t-elle la réalité ? Nous tenterons de répondre à ces questions à partir d’un certain nombre d’exemples tirés principalement de productions hollywoodienne, mais pas exclusivement.

 

Des soldats stupides et/ou ridicules

Une des caractéristiques de nombreux soldats allemands, qui est celle de nombreux « méchants » au cinéma, est de se montrer le plus souvent incapables de faire feu correctement, en dépit de chargeurs très bien pourvus. Dans « Fury » (David Ayer, 2014), un film beaucoup plus réussi que d’aucuns ont voulu le prétendre, notons tout de même que les servants de Pak ou de Panzerfaust qui ouvrent le feu sont exceptionnellement maladroits, même pour des recrues levées à la va-vite en 1945… En revanche, le moindre commando allié fait mouche à chaque tir… On ne compte plus non plus le nombre de grenades renvoyées à leurs propriétaires (cf « Quand les Aigles attaquent » de Brian G. Hutton (1968)). Dans le combat rapproché, ils mettent un point d’honneur à attaquer –bien maladroitement- un par un. Sens de l’honneur qui les pousserait à un duel à la loyale ? Mauvais combattants, ils sont aussi souvent dépeints comme de parfaits imbéciles, ou à tout le moins pour des individus naïfs. Comment éloigner une sentinelle ? Jetez un caillou à l’opposé de la cachette où vous êtes dissimulés et/ou imitez le miaulement d’un chat. Le Landser s’y laisse prendre (cela marche dans « Les Canons de Navarone »).

Gregory Peck n’a pas de soucis à se faire: les sentinelles allemandes sont stupides…

Autre stratagème, une jolie fille suffit à leur faire manquer leur devoir (la première scène à Pegasus Bridge dans « Le Jour le Plus Long » de Darryl Zanuck (1962)). Pis, à moins que leurs interlocuteurs, pourtant distants de quelques mètres, ne soient particulièrement atteints de surdité, ils ne savent qu’hurler, quand bien même un minimum de discrétion serait fortement conseillé.

Il est aussi caractéristique que le moindre soldat ou résistant allié soit capable de donner illusion en portant l’uniforme allemand que par le seul miracle d’un « Ja ! Ja ! » bien placé (« La Grande Vadrouille » de Gérard Oury (1966), encore qu’il s’agisse d’un film comique) ou encore de rester muet (Donald Sutherland et Lee Marvin dans « Les Douze Salopards » de Robert Aldrich (1966)). Heureusement, pour son supérieur passablement réservé, Charles Bronson parle pour deux Allemands… Pareille mésaventure survient à une patrouille de soldats de l’Afrika-Korps dans « Les Diables du Désert » (Guy Green, 1958). Alors qu’ils surprennent un camion du LRDG en panne sur le bas-côté de la route, il suffit d’un court dialogue avec un Britannique coiffé d’une casquette allemande et versé en langue germanique pour donner le change (il a fallu pourtant insister pour obtenir une réponse tandis les autres raiders restent muets). Les Allemands vont d’ailleurs jusqu’à faire preuve de prévenance en possédant systématiquement les mensurations des soldats alliés qui s’emparent de leurs tenues (Harrison Ford, qui s’insurgeait contre cette incohérence, a su imposer un changement à Steven Spielberg dans « Les Aventuriers de l’Arche Perdu » (1981)).

 

Les gentils et les méchants

Une autres des caractéristiques majeures de nombre de films est de dépeindre des individus très manichéens et à la personnalité sans nuances: on remarque clairement, chez les Allemands, des « méchants » et d’autres qui, eux, sont « corrects », voire des « bons ».

Cette distinction recoupe la césure Wehrmacht/SS. Ainsi, les SS caricaturaux qu’on rencontre dans « Le Pont de Remagen » de John Guillermin (1969), « Quand les Aigles Attaquent » de Brian Hutton (1968) ou « Les Canons de Navarone » de Jack Lee Thompson (1961). Dans « Le Passeur d’Homme » du même Jack Lee Thompson (1979), le SS va jusqu’à pousser la caricature à porter un signe nazi sur son slip… Une rengaine habituelle dans nombre de film : l’officier de la Wehrmacht est humain et incite ses prisonniers à parler, sinon il devra les livrer, à son grand regret, à la SS ou à la Gestapo… Dans « Le Pont de Remagen », Robert Vaughn apparaît comme un soldat de métier injustement puni par une hiérarchie impitoyable. On retrouve cette image d’officiers allemands apolitiques et professionnels dans les ouvrages publiés à la même époque. Le climat de la Guerre Froide y est pour beaucoup : les Allemands sont désormais nos alliés et il faut intégrer de nombreux vétérans de la Wehrmacht en tant que cadres de la nouvelle Bundeswehr.

En rapport avec les typologies précédemment évoquées, l’officier allemand oscille donc entre la brute nazifiée et le militaire éduqué et correct qui ne cherche qu’à accomplir son devoir en dépit de la cause qu’il semble servir bien malgré lui : il n’est qu’un soldat qui obéit aux ordres. Le septième art multiplie les portraits d’officiers impeccables et cultivés.

Le cinéma et la télévision française abondent de ces exemples d’officiers francophiles qui s’attachent à leurs hôtes : pensons aux rôles principaux du film « Le Silence de la Mer » (Jean-Pierre Melville en 1947 puis Pierre Boutron en 2004) ainsi que de la série télévisuelle « Le 15 à Kerbriant » (Michel Wyn, 1972).

L’Hauptmann von Stegel campé par Hardy Krüger dans « Un Taxi Pour Tobrouk » (Denis de la Patellière, 1961) a également tout de l’officier de carrière, respectueux des lois de la guerre et bon père de famille, à même de susciter la sympathie du spectateur. Hollywood ne manque pas non plus d’officiers de carrière honorables : citons seulement le commandant de sous-marins joué par Curd Jürgens dans « Torpilles sous l’Atlantique » (Dick Powell, 1957) ou encore les aviateurs de « La Bataille d’Angleterre » (Guy Hamilton, 1969). Certains s’en sont fait une spécialité. Parmi les abonnés aux rôles de ces soldats allemands « corrects » à Hollywood, on notera ainsi notamment l’acteur allemand Wolfgang Preiss qui aura prêté ses traits à une pléiade d’officiers de la Wehrmacht, dont trois Feldmarshall : Rommel (« Le Cinquième Commando » d’Henry Hattaway en 1971) ; Rundstedt (dans « Un Pont Trop Loin » de Richard Attenborough en 1977 ; Kesselring (dans « La Bataille pour Anzio » de Duilio Coletti et Edward Dmytryk en 1968). Ses rôles dans « Le Train » (John Frankenheimer, 1964) et « Le Jour le Plus Long » restent ceux d’officiers de carrière « faisant leur devoir ».

Symbole éculé du « bon » officier allemand sous la plume des historiens jusqu’à il y a peu, Rommel est systématiquement présenté sous des traits sympathiques (sauf dans « Les Cinq Secrets du Désert » de Billy Wilder, en 1943, avec Erich von Stroheim dans le rôle du maréchal mais il s’agit là d’une œuvre de propagande en temps de guerre) : soldat de carrière (« Le Jour le Plus Long » avec Werner Hinz ou encore « Patton » où Karl Michael Vogler joue un Rommel peu crédible et assez désabusé), subissant parfois les injonctions jugés absurdes de Berlin (« La Bataille d’El Alamein » de Giorgio Ferroni, tourné en 1969 avec Robert Hossein), voire conspirateur (« La Nuit des Généraux » d’Anatole Litvak en 1967). Le summum en la matière est atteint avec « Le Renard du Désert » (Henry Hathaway, 1951), d’après la célèbre biographie dithyrambique de Desmond Young (qui apparaît d’ailleurs dans son propre rôle au début de l’adaptation à l’écran). James Mason prête les traits à un Rommel de légende tel qu’il est apparu aux historiens et, partant, au grand public, pendant près d’un demi-siècle. Plus récemment, en 2012, les spectateurs ont eu une nouvelle version, discutable, axée sur la fin de sa vie: « Rommel, le stratège du 3ème Reich » de Nikolaus Stein von Kamienski avec Ulrich Tukur.

 

Des personnages plus nuancés dans les films plus modernes ?

La Guerre Froide seule responsable d’une présentation manichéenne des Allemands ? Voire. La méthode perdure.

Certes, en 2002, dans « Amen » de Costa-Gavras, Kurt Gerstein, joué par Ulrich Tukur, est un SS plus inattendu que d’accoutumé en présentant ce nazi tentant d’alerter le Vatican du drame qui frappe les communautés juives d’Europe. « Fury », pourtant très récent, puisque sorti en 2014, met en scène encore cette distinction SS/Wehrmacht avec un Brad Pitt particulièrement avide de tuer des SS. On sait que la découverte des camps de concentration ne faut pas sans conséquences sur la vision qu’ont eu les soldats alliés de leurs adversaires. Les personnages campés par les Allemands sont plus nuancés dans certaines œuvres, notamment dans « De l’Or Pour les Braves », où ils paraissent aussi cupides et retors que les héros américains du film.

         On appréciera la diversité des caractères, mais aussi la présentation du soldat allemand au quotidien et dans la camaraderie au front dans « Croix de Fer » de Sam Peckinpah (1977), « Le Bateau » de Wolfgang Petersen » (1981) ou encore « Stalingrad » de Joseph Vilsmaier (1992).

Pourtant, des films comme « Stalingrad » de Joseph Vilsmaier (1992) ou encore « Walkyrie » de Bryan Singer (2008) nous laissent encore entrevoir l’image d’officiers que l’on veut nets et valeureux. L’Oberleutnant von Witzland qui est le héros du premier film se distingue ainsi par son attitude respectueuse envers une jeune femme russe ainsi que par sa préoccupation du sort de prisonniers russes. Pourtant, comme dans les décennies précédentes, ce sont des soldats qui paraissent bien apolitiques et comme tous les autres, comme voudrait nous le laisser croire une certaine littérature d’extrême-droite. Steiner et Stransky, les deux protagonistes de « Croix de Fer », n’ont-ils pas en commun de ne se sentir aucune attirance pour le parti nazi tout en mettant un point d’honneur à faire leur devoir ? Steiner met immédiatement en garde l’unique soldat « du parti » qui arrive à son poste, et ce avec une ironie et une franchise qui auraient pu avoir de graves conséquences dans la réalité. Le commandant de l’U-96, admirablement interprété par Jürgen Prochnow ne lance-t-il pas à la cantonade une tirade contre la propagande et les caciques du parti ?

 

Nazis fanatiques et criminels

Parallèlement à ces productions mettant en scène des soldats de la Wehrmacht semblables aux soldats de toutes les armées du monde, certains films les présentent sous des traits de fanatiques, dans des portraits sans nuances. De façon caractéristique, ce sont des films russes ou français, donc de peuples ayant subi l’occupation nazie, qui présentent le soldat allemand sous ses aspects les plus noirs et criminels.

« La Bataille de Brest-Litovsk », film biélorusse d’Alexander Kott (2010) ou encore le film russe Stalingrad de Fiodor Bondartchouk (2013), dépeignent des Landser brutaux, violeurs, assassins et sans respect pour les civils.

Le célèbre « Requiem pour un Massacre » (Elem Klimov, 1985), est sans concession avec les crimes nazis et la politique brutale menée contre les Slaves par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Les films tournés dans l’Hexagone sont nombreux à suivre ce schéma : citons pour exemple « Le Vieux Fusil » de Robert Enrico (1975) où des Waffen SS commettent des outrages dans une ambiance rappelant le célèbre massacre d’Oradour-sur-Glane.

Dans « Il faut sauver le soldat Ryan » de Steven Spielberg (1998), on notera ce soldat allemand retord qui avait été épargné près de la station radar et qu’on retrouve à la fin du film dans la scène du pont. Dans « Frères d’Armes » de David Frankel (2001), comme dans « Il faut sauver le soldat Ryan » et même « Le Jour le Plus Long », les soldats alliés n’hésitent pas eux-aussi à commettre des crimes de guerre à leur endroit : les trois films (sur un ton assez badin dans « Le Jour le Plus Long ») présentent des exécutions de prisonniers de sang-froid, particulièrement dans « Frères d’Armes ». Dans « Fury » également, les GI abattent de sang froid un prisonnier et n’hésitent pas à laisser rôtir leurs malheureux adversaires transformés en torches vivantes. Par ailleurs, dans « Frères d’Armes », les Allemands sont les ennemis et on les voit à peine.

Ce phénomène atteint son paroxysme dans « White Tiger » Karen Shakhnazarov (2012) où l’adversaire germanique se résume en une machine d’acier infernale. Une autre façon d’appréhender un adversaire qui fut implacable.

 

En guise de conclusion :

L’image du soldat allemand à travers les quelques exemples retenus est donc fort variée, fruit de l’époque où les films ont été tournés, mais aussi de la nationalité du réalisateur ainsi que de ses intentions. Les liens entre la Wehrmacht et le régime nazi qu’elle a servi avec un zèle indéniable sont complexes et cette complexité se reflète sur l’écran au profit, trop souvent, de raccourcis. On relève, depuis les années 1950, une nette distinction entre de « bons » soldats allemands (ceux de la Wehrmacht, notamment des officiers pétris de culture française) et des « mauvais » (les SS). Quelques films récents atténuent en partie cette tendance (personnages plus complexes, crimes également perpétrés par des Alliés, moins de maladresses en tant que combattants) mais cela ne reste en rien une généralité. Entre image d’Epinal éculée, réhabilitation malfaisante d’une idée de « tous des soldats comme les autres » et une présentation plus nuancée des caractères, l’armée allemande au cinéma restera un élément incontournable auquel la plupart des réalisateurs s’attaquant à une œuvre se déroulant entre 1939 et 1945 devront tenir compte.

 

Il y a 74 ans en Normandie

 

Il y a 74 ans en Normandie.
25 juillet 1944: les Alliés lancent l’opération « Cobra » (dans la Manche) et l’opération « Spring » (près de Caen)

Recension « Mémorial de la Bataille de France. Tome 4. 17 juin-25 juin 1940 » de Jean-Yves Mary

Mémorial de la Bataille de France. Tome 4. 17 juin-25 juin 1940, Jean-Yves Mary, Heimdal, 2018, pages

Ce 4e volume clôt avec brio la superbe série que Jean-Yves Mary a consacré à la campagne de 1940, série qui fait suite aux volumes très détaillés que l’auteur a publié les années précédentes aux mêmes éditions Heimdal (Le Carrousel des Panzers, etc). Cet opus traite des journées tragiques du 17 au 25 juin 1940, au jour le jour, passant en revue les différents fronts, en n’oubliant jamais d’évoquer la situation générale (mais de façon beaucoup trop rapide: on manque de vue d’ensemble, faute aussi de cartes), avant de traiter en détail des opérations au niveau des armées, corps d’armées et divisions (le texte est très précis sur de petits engagements). Des encadrés donnent régulièrement des références de lectures ou des sites recommandés par l’auteur. Le chapitre final, qui est un bilan de la campagne, est particulièrement intéressant. On retrouve comme toujours la grande qualité des livres des éditions Heimdal (depuis les premiers exemplaires que j’ai achetés au début des années 1980), en particulier en ce qui concerne l’iconographie, une des grandes forces de cette maison d’édition normande, incontournable pour les passionnés de la période. Il manque cependant des cartes: il est très difficile de se repérer… et c’est vraiment dommage. On peut également regretter que les photographies, souvent inédites, ne soient pas publiées dans un format plus large, mais il aurait fallu pour cela doubler la pagination… On appréciera aussi les clichés pris in situ par un auteur certes passionné, mais surtout très sérieux, parfaitement documenté et qui n’a pas hésité à arpenter le terrain pendant des années et à étudier, scruter, décortiquer des milliers de pages d’archives. Dans son épilogue, l’auteur espère qu’il est parvenu à participer à la mémoire du combattant français de 1940, injustement oublié et souvent méprisé. Qu’il soit rassuré sur ce point: il a largement réussi, comme Eric Denis ou Christophe Dutrône et Dominique Lormier, et on ne peut que l’en remercier. Outre de beaux et intéressants moments de lecture, il nous permet de connaître objectivement les événements tragiques de 1940. Une lecture très recommandée, au besoin avec les trois tomes qui précèdent.



Recension « Un Français dans la Tourmente »T.3, 1941-42 de Rudolph de Patureaux

Un Français dans la Tourmente, T.3, 1941-42, Rudolph de Patureaux, Lulus Editions, 2018 (édition revue, corrigée et augmentée), 369 pages

Un roman sur la Seconde Guerre mondiale dont le héros est un soldat des FFL: voilà qui n’est pas courant. A travers 5 tomes (le 1er opus est publié en 2013), Rudolph de Patureaux nous emmène sur les traces d’André d’Aubusson, ce 3e opus ayant un attrait particulier à mes yeux puisqu’il se déroule pendant la guerre du désert… Le style de l’auteur est agréable, sa prose sûre et loin d’être ennuyeuse. Le choix des mots est pertinent, notamment dans les dialogues, et on apprécie plus particulièrement les descriptions qui mettent parfaitement « dans l’ambiance » des lieux et des combats. On est véritablement dans l’action et, à la lecture de cette fiction romanesque, il est évident que Rudolph de Patureaux connaît très bien l’équipement, les armes et les événements relatés. Le lecteur est plongé dans l’atmosphère d’un combattant de première ligne, aussi bien lors des raids menés par des « Jocks Columns » (des colonnes mobile interarmes mises au point par les Britanniques) que lors du fameux siège de Bir Hacheim, qui est le propos d’une grande partie du roman. Le lecteur aura la surprise de rencontrer de nombreux hommes célèbres au fil des pages, certains intervenant à plusieurs reprises: Koenig (le défenseur de Bir Hacheim), De Gaulle, mais aussi… Staline. Car le héros est ensuite envoyé à Stalingrad, dans l’enfer du front de l’Est, dans des circonstances que je vous laisse découvrir. Parallèlement à l’histoire du héros, l’auteur rappelle le contexte de la grande Histoire. Il nous accorde aussi des moments légers, à Alexandrie ou ailleurs. Car, au fil des tomes de la série, André d’Aubusson multiplie les conquêtes et les flirts. Rudolph de Patureaux ne nous épargne aucun détail de ces moments érotiques… On apprécie aussi la belle couverture signée Thomas du Caju… Au final, un bon roman pour les passionnés de la période. Ce 3e tome est l’édition revue, corrigée et augmentée de la version sortie en 2015.

 

« Les Témoins d’Acier, Tomes 1 et 2, édition Weyrich, 2017, de Hugues Wenkin et

Témoins d’Acier, Tomes 1 et 2, édition Weyrich, Hugues Wenkin et Christian Dujardin, Weyrich, 2017 et 2018, 126 et 115 pages

Deux magnifiques ouvrages peu encombrants à emmener avec soi par l’amateur d’Histoire qui parcourt les sites de la bataille des Ardennes. Si les musées consacrés à cette grande bataille sont souvent remarquables, les blindés qui sont demeurés en place sont plus nombreux que les tanks et Panzer restés en Normandie depuis 1944 (depuis lors, de nombreux blindés ayant participé ou non à la bataille ont retrouvé une place sur les sites normands). C’est sur les traces de ces blindés, témoins de l’opération « Wacht am Rhein »/ »Herbstnebel« , que les auteurs nous convient. Les textes, fort bien écrits, nous narrent de façon concise l’historique des événements de la bataille impliquant l’unité d’appartenance de chaque engin retenu, historique suivi des éléments propres à chacun de ceux-ci, y compris après la guerre. Les informations obtenues sont le fruit de véritables enquêtes menées sur le terrain et d’une exploitation minutieuse des archives. Les auteurs mettent aussi un point d’honneur à donner et expliquer une multitude de détails techniques propres à chaque véhicule étudié par le menu, les nombreuses photographies prises sur ces « témoins d’acier » facilitant la compréhension de leur propos. On apprécie la variété des tanks étudiés: 1 Tiger II, 3 Panther et 6 Sherman de modèles  différents (M4, M4A1, M4A3 de 75 ou de 76 mm). Des profils en couleur, diagrammes d’unités ou dessins explicatifs, qui de la balistique, qui des blindages, complètent utilement le texte. Chaque livre se conclut par un road-book. Bref, le lecteur a donc entre ses mains des petits ouvrages certes, mais remplis d’informations: cela donne envie de retourner dans les Ardennes! On a qu’une envie: avoir la même chose pour la Normandie! Hugues Wenkin, également connu pour ses articles dans la presse spécialisée, poursuit ainsi avec brio sa série d’ouvrages .

 

 

 

Recension « Ligne Maginot du Désert. La défense du limes républicain. La Ligne Mareth, sud-tunisien 1934-1943 »

 

Ligne Maginot du Désert. La défense du limes républicain. La Ligne Mareth, sud-tunisien 1934-1943, Jean-Jacques Moulins et Michel Truttmann, Editions Gérard Klopp, 2018, 219 pages

Un magnifique ouvrage cartonné et richement illustré (et ce d’autant plus que le désert du sud tunisien est magnifique), fruit d’un travail de recherche particulièrement conséquent, ainsi que d’une exploration in situ des sites décrits.  Les douze premières pages, agrémentées de superbes photographies, y compris du fameux limes romain d’Afrique du Nord, nous présentent la manière de procéder des auteurs, ainsi que leurs voyages en Tunisie. Jean-Jacques Moulins et Michel Truttmann ont réussi le tour de force à dénicher une documentation exceptionnelle, et souvent inédite, sur la trop méconnue Ligne Mareth. Leur arpentage systématique du terrain, complété par la documentation et les plans d’époque, se traduit par un tableau détaillé stupéfiant de la Ligne Mareth en 1939-40. Cette ligne a été édifiée dans la perspective d’un affrontement avec l’Italie fasciste de Benito Mussolini. Dans les faits, elle ne sert qu’en mars 1943, comme zone de défense des forces de l’Axe dans le sud tunisien, au cours d’une bataille qui implique à la fois le fameux Afrika-Korps et la  8th Army du non moins célèbre Bernard Montgomery (une bataille majeure de la campagne d’Afrique du Nord qui mériterait enfin son livre ou son article détaillé…). Un chapitre nous présente avec bonheur la genèse du projet de fortification, ainsi que les moyens qui seront alloués par le gouvernement français. Fins connaisseurs de leur sujet, les auteurs nous présentent tous les points d’appui, y compris les zones de défenses situés en dehors de la ligne proprement dite (Bizerte, Tataouine, Ben Gardane, la zone côtière…). Les auteurs vont au-delà des seuls bunkers de la ligne de front: le lecteur découvre aussi les postes de commandements, réoccupés en 1943 par les forces de l’Axe, ainsi que le dispositif détaillé des unités d’artillerie française en position dans le secteur de la mobilisation à juin 1940. Les clichés pris par les deux auteurs lors de leurs 12 campagnes de repérage et de travail sur le terrain sont remarquables: on y découvre tous les types de bunkers, sans oublier nombre de détails pittoresques tels que citernes à eau, instructions de tirs peintes sur un mur, graffitis (français, allemands et italiens), peintures, dessins… Des détails d’embrasures ou de restes significatifs d’éléments métalliques, ou encore des clichés de pièces d’artillerie diverses complètent les informations. Les études des différentes zones fortifiées sont systématiquement accompagnées de plans et cartes d’époque, de photographies, voire d’infographie 3D. On apprécie aussi le chapitre consacré à l’incroyable bordj Novamor, sorte de « villa » de la fameuse famille Triolet. Les quarante dernières pages sont essentiellement consacrées à la période s’étalant de la déclaration de guerre à l’Allemagne en septembre 1939 à l’armistice avec l’Italie en juin 1940. Les éléments que les auteurs nous fournissent sur les plans et l’évolution du dispositif français sont des plus originaux et, donc, intéressants. Les opérations de 1943, si elles ne sont pas ignorées, sont malheureusement rapidement abordées (ce n’est pas le propos de l’ouvrage), mais elles sont l’occasion de nombreux clichés très originaux. Au final, nous avons là un très bel ouvrage, que je conseille vivement. Il va ravir les passionnés de fortifications, les férus de l’armée française de 1940, ainsi que les passionnés de la guerre du désert. En relisant les événements de la campagne de Tunisie de 1943, il est désormais beaucoup plus aisé de visualiser certains faits en ayant des clichés en tête. Enfin, il s’agit surtout d’un travail sur un sujet très peu abordé: la Ligne Mareth. Il ne faut pas bouder notre plaisir, ne serait-ce que pour la qualité de l’iconographie.

Recension « La Wehrmacht de Fall Gelb » d’Eric Denis

Eric Denis, La Wehrmacht de Fall Gelb, Economica, 2018, 196 pages

L’étude de la campagne de 1940 bénéficie depuis un certain nombre d’année de la publication d’ouvrages de références de grande qualité. Le travail d’Eric Denis, richement illustré et bénéficiant de cartes détaillées, s’intègre dans cette mouvance. L’auteur, spécialiste de la campagne, à laquelle il a déjà consacré un nombre important d’articles, nous offre le fruit de sa réflexion et d’un travail sérieux et conséquent basé sur les archives. Il ne s’agit pas d’une énième narration de la bataille (je renvoie ici à l’étude très détaillée de Jean-Yves Mary dans ses séries parues chez Heimdal). Eric Denis ne traite que de la première partie de la campagne de 1940, celle passée à la postérité sous le nom de « coup de faucille », qui aboutit à la défaite irrémédiable des forces alliées. Le propos est de nous fournir un tableau des forces et faiblesses de la Wehrmacht à la veille et au cours de l’affrontement, bref de nous donner des clés de compréhension de l’incroyable victoire remportée par les Allemands lors de leur campagne à l’Ouest (la Westfeldzug).

L’étude débute logiquement par la mise sur pied de l’arme blindée allemande, qui est à l’origine de cette victoire, dans un chapitre appelé « Les bases fondatrices de l’emploi des Panzer-Divisionen ». Le chapitre le plus passionnant est sans conteste celui qui rapporte la genèse et la mise au point du Fall Gelb. La présentation de l’organisation des formations allemandes, avant un « zoom » plus précis sur la 1. Panzer-Division et la 12. ID (j’aurais pour ma part préféré que l’auteur continue à donner des éléments sur l’intégralité des divisions blindées et des divisions d’infanterie), est également du plus haut intérêt. Eric Denis alterne avec bonheur les thèmes de chapitres traitant d’aspect divers, mais complémentaires, pour permettre de bien appréhender ce qu’est la Wehrmacht en mai 1940: stratégie (Fall Gelb), matériel (Panzer IV, Stuka), tactique (le soutien aérien et l’observations aérienne), organisation, armement (« Présentation, production et disponibilité), unités (les unités de Flak accompagnant la Heer pendant Fall Gelb). Les nombreux tableaux chiffrés, tirés de l’analyse des archives, l’iconographie bien choisie (inédite en grande partie, me semble t-il) et amplement légendées (photos et légendes fournissent un surplus intéressant d’informations aux données déjà présentes dans le texte), les éléments biographiques des officiers concernés… Rien ne manque, ou presque: certaines armes comme les Fallschirmjäger sont négligées, mais il est vrai que le sujet a déjà été souvent étudié, pour ne pas dire rabâché… Le passionné trouvera avec bonheur l’ordre de bataille complet allemand avec le nom des Kommandeure et de leurs chef d’état-major et du bureau « opérations » (Ia). Il sera tout aussi intéressé par les 14 double-pages présentant les rapports de situations quotidiennes des Heeres-Gruppen entre le 10 mai et le 23 mai au soir: une très bonne idée qui met en vis-à-vis ces rapports la carte correspondante à chaque date (la cartographie est également l’oeuvre de l’auteur, décidément véritable spécialiste de la question traitée). Il serait intéressant de disposer des mêmes cartes avec les décisions prises par les états-majors alliés qui tentent de s’opposer à l’invasion…

L’épilogue, établi en s’appuyant sur les archives et des données chiffrées questionnées avec sérieux, constitue un de chapitres le plus intéressants. On regrettera juste qu’un chapitre entier ait été consacré à la SS-Totenkopf en France, au détriment des autres chapitres, certes fort réussis, mais qui auraient gagné en approfondissement au lieu d’accorder tant de pages à une unité peu représentative, d’autant que les études sur les Waffen SS ne manquent pas. Ceci étant, ce chapitre ne cache ne rien la qualité de l’ouvrage et  l’auteur a le mérite de fournir un récit bien construit, détaillé et doté de témoignages éclairants sur le parcours de la SS-Totenkopf .

Au final, un livre fort réussi que doivent posséder dans leur bibliothèque tous les passionnés de la Seconde Guerre mondiale, et plus particulièrement à ceux qui veulent mieux connaître et comprendre le désastre survenu à notre armée en mai 1940. Eric Denis nous dresse en effet un remarquable tableau explicatif de la Wehrmacht dans un texte bien écrit et fourmillant de détails et d’informations.

 

 

 

 

10 juillet 1943: opération « Husky »

OPERATION « HUSKY » : LE RETOUR DES ALLIES

EN EUROPE, 10-11 JUILLET 1943

La défense de l’île est confiée à la 6ème Armée italienne du général Guzzoni. Les troupes mises à sa disposition sont essentiellement italiennes, dont les unités sont mal équipées, mal commandées et au moral particulièrement bas, particulièrement au sein des divisions côtières. Il dispose néanmoins de l’appoint de quelques unités allemandes. Convaincu de l’impossibilité de remporter la décision sur les plages, il décide de garder une masse de manœuvre en réserve afin de pouvoir frapper en force les unités débarquées. Ces réserves sont articulées autour de la 15.Panzergrenadier-Division et de la Panzer-Division « Hermann Goering ».

Les deux unités alignent 184 Panzer, dont 17 « Tiger ». En tout, Guzzoni dispose de 200 000 soldats italiens et de 35 000 Allemands. Ceci étant, Kesserling a autorisé ses deux commandants de divisions d’agir à leur guise, ce qui augure mal de la coopération entre Italiens et Allemands. Il n’a en effet plus confiance dans les qualités combatives de ses alliés et craint une capitulation de ceux-ci. La Lutfwaffe et la Regia Aeronautica alignent 1 560 avions en Méditerranée occidentale, mais, en raison des raids incessants des Alliés, seuls 175 avions allemands se trouvent en Sicile le jour du débarquement. Stationnée à la Spezia, la lotte italienne compte 6 cuirassés, 7 croiseurs et 30 destroyers. En outre, les forces de l’Axe possèdent 68 sous-marins, dont 20 U-Boote.

 

Aéroportés américains

L’opération « Husky » prévoit pour la première fois l’engagement de nombreuses troupes aéroportées. Dans le secteur britannique, ce sont 2 000 aéroportés de la 1st Airlanding Brigade du général Hopkinson qui doivent arriver sur l’île en planeurs et s’emparer du pont de Ponte Grande. Outre la prise du pont, la mission des aéroportés britanniques est de s’emparer. Le décollage s’effectue correctement mais la tempête se déchaîne et déporte les appareils de leur ligne de vol. 133 avions sur 145 atteignent le cap Passero, à la corne sud-est de la Sicile, mais en raison de l’obscurité qui empêche un certains nombre de pilotes inexpérimentés des remorqueurs de repérer les sites d’atterrissage, seuls 115 avions lâchent leurs planeurs. Les formations sont aussitôt dispersées par le feu nourri des pièces de DCA germano-italiennes.

Un terrible catastrophe s’abattit alors sur les aéroportés puisque plus de la moitié des planeurs atterrit en mer ! 252 hommes périssent noyés en mer. Seuls 12 planeurs se posent sur l’objectif. Beaucoup d’hommes sont blessés à l’atterrissage tandis qu’une partie des rescapés se heurte à des unités ennemies et sont tués, blessés ou capturés. Deux heures après les Britanniques, 266 C-47, chargés de 3 045 parachutistes américains du 505th Parachute Infantry Regiment du colonel Gavin, décollent à leur tour des aérodromes africains. Dès le départ, les groupes perdent leur cohésion. Novices au vol de nuit, les pilotes abordent la Sicile depuis plusieurs directions et les largages sont d’une imprécision stupéfiante : moins de 200 hommes sont sur leur objectif au lever du jour. Toutefois, la majorité des parachutistes sautent à proximité de la zone de débarquement de la 45th ID.

 

A 1h45, le 10 juillet, débute le bombardement préparatoire de la flotte de guerre alliée. Il n’y a cependant aucune surprise tactique car des appareils de la Luftwaffe ont repéré plusieurs convois la veille tandis que la présence de parachutistes confirme qu’une opération de grande envergure a été lancée par les Alliés. A 2h45, les débarquements des troupes britanniques débutent, face à une opposition légère. Des unités de commandos participent à l’opération, une unité du SAS et le N°3 Commando s’emparant d’une batterie côtière au Cap Murro di Porco, tandis que les N°40 et N°41 Royal Marine Commando débarquent dans la péninsule de Pachino. La nuit et le manque d’entraînement sont toutefois à l’origine d’une certaine confusion. Certaines unités se trompent de plage ou débarquent en retard sur l’horaire prévu.

Près d’Avola, le débarquement de la 50th ID est encore plus difficile en raison du vent et des vagues. Dès le lever du jour, la situation s’améliore cependant, d’autant plus que la résistance ennemie est très faible. Sur le flanc droit, la 5th ID de Kirkmann s’empare du Ponte Grande, pris par les « Red Devils » la nuit puis repris par les Italiens, puis marche sur Syracuse qui tombe le jour même. Sur le flanc gauche, l’avance des Canadiens est également rapide et ils se rendent maître du terrain d’aviation de Pachino.

La 8th Army a donc débarqué la 1st Canadian Division, la 5th ID, la 50th ID, la 51th ID, une brigade indépendante et des unités de commandos pour des pertes très légères. Le débarquement est donc un succès.

 

Dans le secteur attribué à la 7th Army de Patton, les péniches de débarquement souffrent également de l’état de la mer. Ainsi, sur le flanc gauche, à Licata, la 3th ID de Truscott touche terre à 3h30, avec trois quarts d’heures de retard. L’unité est soumise aux tirs de l’artillerie lourde et de nids de mitrailleuses et doit subir une contre-attaque italienne. Toutefois, la tête de pont est solide. A l’aube, la ville de Licata est capturée. Les pertes américaines s’élèvent seulement à cent hommes. Au centre, la 1st ID, la « Big Red One », commandée par le général Terry de la Mesa Allen, commence son débarquement sur les plages de Géla à 2h, soutenue par des unités de Rangers, commandés par le colonel Darby. La résistance italienne s’avère acharnée et les Rangers doivent mener un dur combat pour nettoyer la plage et s’emparer de Géla en milieu de matinée. A droite de la 1st ID, la 45th ID de Middleton débarque sans encombre de part et d’autre de Scoglitti. En fin de journée, l’avance atteint 10 kilomètres. Trois divisions renforcées de plusieurs unités indépendantes sont donc à terre. Le débarquement de l’armée de Patton a donc réussi.

 

La réaction des forces germano-italiennes ne se fait toutefois pas attendre. Elle vient en premier lieu du ciel, où la Lutftwaffe intervient avec force dans la matinée. Un Stuka touche de plein fouet le destroyer USS Maddox, qui explose aussitôt. Plusieurs autres navires sont coulés, dont deux précieux LST. Sur terre, Guzzoni est déterminé à réagir également avec force. La Panzerdivision « Hermann Goering »  du général Conrath est chargée de repousser les Américains à Géla. La première attaque est toutefois délivrée par une colonne blindée italienne de la Force Mobile E, équipée de chars Renault R-35, bien obsolètes en cet été 1943. Repoussée par l’infanterie américaine tirs des navires alliés, les Italiens n’en font pas moins preuve de courage et ils arrivent aux abords même de Géla.

Le Kampfgruppe de la « Hermann Goering » qui attaque également Géla est de son côté cloué au sol par l’intervention décisive des navires de guerre alliés. A Géla, les combats continuent. La Force Mobile E, renforcée par la division « Livorno » du général Chirieleison, s’accroche courageusement dans la ville où les combats font rage pendant des heures. Les pertes sont toutefois lourdes et les Italiens sont contraints au repli. Plus à l’est, un deuxième Kampfgruppe de la division « Hermann Goering » échoue face à la 45th ID, principalement en raison de l’incapacité des « Tiger » à venir porter soutien aux fantassins allemands. Au soir du 10 juillet, la tête de pont ne semble pas encore assurée. Guzzoni et Kesselring espèrent encore rejeter l’envahisseur à la mer. Le 11 juillet sera une journée cruciale.

 

Le 11 juillet, les Germano-italiens décident de lancer une opération conjointe avec pour seul objectif le secteur de Géla. Tandis que la division « Livorno » attaquera par l’ouest, la Panzerdivion « Hermann Goering » lancera des attaques convergentes vers Géla. L’attaque débute à 6h15, en même temps que l’aviation de l’Axe qui lancent de nombreux raids sur les plages et la flotte alliée. La division « Livorno » est stoppée nette devant Géla par un déluge d’artillerie terrestre et surtout marine qui pulvérise les véhicules italiens et écrasent les fantassins sous un feu d’enfer. Au bout de deux heures, les Italiens refluent. Les Rangers font 400 prisonniers. Les Panzer et les fantassins de Conrath passent également à l’attaque et sont très vite engagés dans des combats à très courte portée. Conrath regroupe en personne ses unités et les renvoie à l’assaut. Les Allemands finissent par submerger certaines positions avancées américaines et progressent irrésistiblement jusqu’à 9h. Les troupes de Conrath sont alors frappées de flanc à partir de l’est par un groupe de parachutistes menés par le colonel Gavin. Conrath doit alors détourner une partie de ses troupes pour parer à la menace mais gavin résiste à tous les assauts. Pendant que la division « Livorno » se fait écraser, sous les yeux même de Patton, les Panzer font mouvement vers les plages, et ne sont plus qu’à deux kilomètres du rivage, prenant d’enfilade les dépôts de ravitaillement et les chalands de débarquement. La victoire apparaît à portée de main. Les adversaires étant trop proches, la marine ne peut intervenir. Conrath est cependant repoussé et doit suspendre son attaque. Les Panzer subissent alors le feu des canons lourds de marine au cours du repli et le tiers des blindés de la division « Hermann Goering » sont détruits ou endommagés. Les Américains n’ont pas été rejetés à la mer : l’opération « Husky » est un succès.

Cette journée du 11 juillet se termine cependant par un drame pour les forces alliées. Les multiples raids aériens des forces de l’Axe dans la journée vont provoquer une tragique méprise de la part de la DCA américaine. En fin de journée, juste après avoir subit une attaque aérienne germano-italienne, la flotte américaine entend le grondement des moteurs d’une formation aérienne. Une mitrailleuse ouvre alors le feu sur les avions. En quelques minutes, toutes les pièces de DCA alliées de la flotte et de la tête de pont entrent en action. Personne n’a prévenu la flotte du passage des avions transportant les 2 300 Américains du 504th Parachute Infantry Regiment du colonel Tucker. 23 appareils sont abattus et 37 endommagés. En ce qui concerne les passagers, 141 parachutistes et pilotes sont tués, 132 sont blessés et 16 sont portés disparus. En outre, les formations aériennes perdent leur cohésion et les largages sont totalement dispersés. Les opérations aéroportées en Sicile se déroulent donc sous le sceau de la malchance, du manque d’entraînement et de l’inexpérience, des défauts auxquels il faudra remédier pour l’assaut à travers la Manche, prévu en 1944. Heureusement, ce désastre est sans conséquence sur « Husky », Patton et Monty ont déjà gagné la bataille pour assurer les têtes de pont.

Patton débarque en Sicile