Ma biographie de Rommel

Ecrire une nouvelle biographie consacrée à Erwin Rommel, l’officier de la Wehrmacht le plus célèbre, peut sembler constituer une gageure. Mon ouvrage se démarque pourtant sur plusieurs points, offrant ainsi au lecteur un récit novateur sur la carrière du « Renard du désert »:

1.Je n’écris pas avec l’état d’esprit d’un historien avec des a priori le portant à rechercher à tout prix le scoop, et dont la position serait de contredire systématiquement tout ce qui a déjà été écrit sur Rommel.

2.J’évoque avec acuité et sans parti pris la complicité de Rommel avec le régime.

3. La carrière de Rommel embrasse dans une large mesure les deux campagnes dont je maîtrise le mieux les événements et la compréhension stratégique: la guerre du désert et la bataille de Normandie.

4.Je questionne de façon réfléchie le talent stratégique et tactique de Rommel.

5. L’iconographie est abondante, certains clichés provenant de ma collection personnelle, tandis qu’à côté des images fameuses et incontournables, de nombreuses photographies apparaissant dans mon livre sont méconnues.

6. J’accorde une large place à la bataille de Normandie, souvent abordée trop rapidement (et mal) dans les ouvrages consacrés à Rommel.

7. Je ne néglige ni la Grande Guerre, ni la campagne de 1940 et, au cours des nombreux chapitres consacrés à l’épopée de l’Afrika-Korps, j’insiste sur des événements souvent survolés, à l’instar de la remarquable retraite de son armée jusqu’en Tunisie.

8.Je multiplie les témoignages et les anecdotes, rendant ainsi la lecture plus plaisante et plus aisée, et permettant ainsi au lecteur de pénétrer dans l’intimité du maréchal.

Bonne lecture à ceux qui liront mon ouvrage.

 

Recension « Pegasus Bridge. Batterie de Merville » de von Keusgen

 

Helmut Konrad von Keusgen, Pegasus Bridge. Batterie de Merville. Deux opérations commandos du Jour J, Heimdal, 247 pages, 2018

Helmut Konrad von Keusgen a déjà signé plusieurs livres remarquables sur le D-Day, ce dernier ouvrage (paru en allemand en 2014) est de la même veine. Le texte se lit facilement et avec plaisir. Keusgen a fait l’effort de puiser des informations en se rendant en personne dans les archives. A l’instar de Didier Lodieu, lui aussi remarqué pour ses ouvrages traitant d’unités allemandes engagées en Normandie, Keusgen a  également multiplié les interviews avec des vétérans allemands directement impliqués par les événements relatés. Mais Keusgen, bien que cherchant à donner la vision allemande -peu connue- de ces deux attaques, a mis un point d’honneur pour rencontrer également les aéroportés anglais. Ce faisant, il nous livre un récit très vivant des opérations pour la prise du fameux pont « Pegasus Bridge », ainsi que pour les combats menés pour la batterie de Merville. Les longues pages consacrées à la période précédant le débarquement, agrémentée de témoignages, sont d’un grand intérêt. Si la partie consacrée aux Britanniques est mieux connue des amateurs, on y apprend beaucoup sur la mise en place des fortifications côté allemand. J’ai particulièrement apprécié les passages consacrées au point d’appui de la redoute de Franceville, que j’ai arpenté si souvent dans ma jeunesse. Le récit des opérations est précis et passionnant, même pour un amateur averti, surtout si, comme moi, il visualise parfaitement des lieux qu’il connaît très bien. Keusgen met en exergue les contradictions entre le compte-rendu des attaques donné par les Britanniques et la version allemande. On laissera au lecteur le soin de les découvrir. Le texte est par ailleurs annoté avec bonheur par Paul Cherrier, qui fournit des informations complémentaires très utiles, voire corrige quelques imprécisions. On peut objecter que Keusgen ne se démarque peut-être pas assez des témoignages oraux, qui fournissent l’essentiel de la base de sa version des événements, Keusgen qui, par ailleurs -et c’est un écueil qui n’est pas isolé dans le monde des historiens spécialistes de la bataille de Normandie (pire encore pour les aficionados du front de l’Est)- commet des erreurs dès qu’il s’agit d’évoquer la guerre du désert (il confond SAS et LRDG…). Keusgen ne semble pas non plus savoir que Gause a précédé Speidel en qualité de chef d’état-major de Rommel jusqu’au 15 avril… Quelques erreurs qui ne gâchent nullement la qualité de l’ouvrage, que tout passionné du Jour J se doit de lire: même si on n’est pas forcément convaincu par tous les éléments avancés (deux exemples: celui du planeur qui se serait écrasé sur la batterie de Merville à une heure bien suspecte; par ailleurs, d’autres récits donnés par des Allemands, dans d’autres ouvrages, présentent l’attaque de Pegasus Bridge différemment, y compris dans le rôle à accorder à Römer…) les faits relatés sont troublants et le récit est enrichissant, ne serait-ce que par les témoignages et les questions qu’il soulève (mais je n’arrive pas à croire à un débarquement sur Merville-Franceville…) . L’ouvrage est accompagné d’une riche iconographie, marque et force des éditions Heimdal, ainsi que de nombreux plans de bunkers ainsi que des cartes. Une lecture plaisante que je recommande vivement.

Rommel

Ne le manquez pas! Le 30 août: sortie de ma biographie vivante et détaillée de Rommel aux Editions Perrin. Riche iconographie, vie quotidienne du maréchal, réflexions stratégiques, l’épopée de l’Afrikakorps, évidemment, mais aussi le rôle -négligé- de Rommel dans la bataille de Normandie.

Films de Guerre/ War Movies (16/100): LA GRANDE EVASION

LA GRANDE EVASION

 

 

Au « frigo »!

 

Admirablement servie par une musique inoubliable signée Elmer Bernstein, La Grande Evasion, le chef d’oeuvre de John Sturges, sorti sur les écrans en 1963, est le film d’évasion par excellence, bien davantage que des oeuvres comme La Grande Illusion ou, dans un genre un peu différent, La Vache et le Prisonnier. Le succès est immédiat, à une époque où le film de guerre est un genre qui a encore le vent en poupe (Le Jour le Plus Long est sorti l’année précédente, en 1962). L’un des grands intérêts du film, outre le suspense, est que le réalisateur nous offre une belle galerie de personnages aux profils psychologiques fort variés. Le film de Sturges bénéficie en outre de la présence de nombreux acteurs de premier plan: Steve McQueen, Charles Bronson, James Garner, James Coburn, Richard Attenborough,  Donald Pleasence, etc.

L’histoire raconte les préparatifs et la mise en œuvre d’une évasion massive de 76 pilotes de guerre alliés, majoritairement britanniques, détenus au Stalag Luft III, en Basse-Silésie. Le scénario est basé sur de faits réels: la plus massive et la plus spectaculaire évasion de détenus alliés sur le sol du Reich pendant la guerre. Les plans prévoyaient la fuite de davantage de détenus (le jour J, 203 hommes se présentent au baraquement 104 où se trouve l’entrée du tunnel), comme l’illustre parfaitement le film, un imprévu va rendre l’évasion plus ardue et tout compromettre. Le film nous présente remarquablement les différentes péripéties qui surviennent à l’intérieur même du camp pendant les préparatifs d’invasion, ainsi qu’à l’extérieur, lorsque les 76 évadés jouent leur vie pour recouvrer la liberté et, espèrent-ils, rejoindre l’Angleterre.

Des officiers pilotes: des spécialistes difficiles à former que les Allemands ont placé sous bonne garde.

Charles Bronson tente de quitter le camp avec un groupe de prisonniers de l’Est. Sturges ne nous montre pas du tout à quel point les prisonniers soviétiques sont maltraités de façon inhumaine par les Allemands… On rapporte que lorsque le film fut diffusé à Moscou, le public fut choqué de voir le abonne conditions de vie des prisonniers alliés.

Peu survécurent à la tentative d’évasion…

Les soldats américains à Hollywood: l’inévitable décontraction, le peu d’intérêt pour les convenances, une certaine ironie. Leur rôle est surévalué dans le film, par nécessité…

Des officiers de l’empire des plus divers dans leur accoutrement comme dans leur attitude. Les prisonniers les plus impliqués, faisaient partie du Comité « X » dirigé par le britannique Roger Bushell. 

Les Alliés ; très astucieux, ne manquent pas d’imagination pour tromper leurs gardiens, souvent muets dans le film. Un fait véridique : les soldats de la Luftwaffe étaient bien chargés de la surveillance des captifs des armées de l’air alliés. Ces gardes étaient surnommés les « crétins » par leurs captifs et leurs miradors les « boîtes à crétins ».

 

Quelques poncifs concernant l’armée allemande semblent émailler ce film pourtant très réussi. Les soldats de la Wehrmacht sont très corrects et humains, pour ne pas dire naïfs (cf le personnage de Werner), tandis que les SS sont systématiquement impitoyables.

La superproduction a été tournée en Allemagne, un camp de prisonniers étant reconstitué pour l’occasion sur le site d’une forêt peu éloignée des Studios Bavaria. Le réalisme est assuré par la récupération d’une multitude de véhicules (et un avion Bucker de 1937).

 

Une scène bien improbable: deux cafetiers, par ailleurs membres de la Résistance, trinque avec James Coburn, un évadé canadien qui est parvenu en France, après que deux officiers allemands aient été assassinés sur leur terrasse…

Le personnage du Squadron Leader Bartlett, surnommé « Grand X », l’âme de l’opération, est joué par Richard Attenborough, quelque peu suffisant et soucieux d’imposer son autorité.

Dans la nuit du 24 au 25 mars 1944, le jour de l’évasion, un problème de taille survient:  le tunnel est trop court de 10 mètres et débouche à l’orée du bois, au lieu de la forêt, donc non à l’abri du regard des sentinelles. Les évadés doivent donc attendre que la sentinelle du mirador regarde dans une autre direction pour pouvoir s’extirper, ce qui retarde le déroulement du plan. Lorsqu’un des gardiens découvre le trou, l’alerte est donnée: c’en est fini de l’évasion…

  

La traque commence et les évadés sont trahis par le moindre détail, qui ne passe jamais inaperçu aux yeux des Allemands lancés à leurs trousses.

Humilié, Hitler ne respecte pas la Convention de Genève, et ordonne que l’on exécute 50 des prisonniers échappés. Seuls trois réussissent à rejoindre le Royaume-Uni. De son côté, le chef du camp, l’Oberst von Lindeiner-Wildau est relevé de son commandement et condamné à 2 ans de forteresse. L’annonce du massacre arrive en Angleterre en juillet 1944. Dès l’annonce des meurtres, décision est prise de poursuivre les auteurs de ces meurtres. Traduits en 1947 devant la cour de justice militaire britannique à Hambourg, 21 des nazis responsables de ces exécutions sont condamnés à la peine de mort.

La scène d’anthologie du film: lorsqu’à l’issu d’une course poursuite à moto (digne des meilleurs polars hollywoodiens), Steve Mc Queen, alias Hilts, échoue à franchir la frontière suisse…

 

Recension « De quoi fait fut fait l’empire » de Jacques Frémeaux

 

De quoi fait fut fait l’empire de Jacques Frémeaux, Collection Biblis, CNRS Editions, 2014

Ce livre très réussi de Jacques Frémeaux n’est pas une narration de la mise en place des empires coloniaux et des raisons du colonialisme, mais une explication des conditions dans lesquelles les opérations militaires ont été menées. Il s’agit donc d’un complément remarquable à des récits d’exploration et à des lectures résumant les conquêtes. Jacques Frémeaux a également l’intelligence de prendre garde à ne pas se laisser aller à des jugements qui ne seraient pas dignes d’un historien: au contraire, il laisse parler les faits, conscient à la fois du caractère inique du phénomène colonial et de l’absurdité du phénomène de repentance. La participation des colonisés aux conquêtes d’autres territoires et au maintien de l’ordre est par ailleurs évident à la lecture de cet ouvrage, qui couvre tous les continents, incluant l’expérience coloniale russe et américaine. Si certains chapitres sont rébarbatifs, on apprend beaucoup, l’auteur fournissant par ailleurs un nombre intéressant de données pour étayer son propos. Les origines des guerres, le poids du terrain, des moyens de déplacement et de communication de l’époque, l’importance de l’armement et du commandement, les forces et faiblesses relatives des troupes coloniales, blanche ou indigènes, la logistique, la violence de part et d’autre, les opinions occidentales et les guerres coloniales, etc: que de sujets, souvent peu ou jamais abordés, traités par une plume sérieuse et documentée. Cinq grandes parties subdivisées en de nombreux chapitres pour un livre de près de 600 pages : Aux origines des conflits: la colonisation; les armées coloniales; organisation; la guerre; le poids de la guerre. Un bel ouvrage, avant tout d’histoire militaire, recommandé à tous les passionnés d’histoire coloniale.

 

Films de Guerre/ War Movies (12/100): LES DOUZE SALOPARDS

 

LES DOUZE SALOPARDS

 

Lee Marvin, dans un rôle que John Wayne a failli tenir, mais le grand « Duke » n’aurait pas été crédible…

Le film de commandos par excellence

Le succès des « Canons de Navaronne » a lancé la vogue des films de commandos, dont « Les Douze Salopards » de Robert Aldrich constitue l’une des réalisations les plus réussies du genre, servie par un casting de choix. Comme d’accoutumée, je ne raconterai pas ici les diverses péripéties qui surviennent aux héros pour me concentrer sur certains éléments (erreurs, etc)…

Charles Bronson et Lee Marvin: les deux vedettes du film qui tiennent les rôles les plus importants

Telly Savalas, acteur qu’on retrouve dans d’autres aventures se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale se apparentées aux ‘histoires de commandos derrière les lignes ennemies (« De l’or pour les Braves », « Bons Baisers d’Athènes »), tient ici le rôle d’un véritable psychopathe.

John Cassavetes, l’un des « salopards » les plus intéressants: la tête brûlée indisciplinée par excellence

Ernst Borgnine dans un rôle d’un général plutôt affable, prêt à soutenir les unités les plus excentriques, à condition que les résultats suivent…

Le matériel: un bon point

Un des écueils que nombre de réalisateurs n’arrivent pas à éviter est celui de la qualité et du réalisme du matériel utilisé. Le matériel d’époque ne manque pas, que ce soit en Angleterre (lors des exercices), ou encore en France, au cours du raid, où on découvre du véritable matériel allemand, dont les inévitables Volkswagen Kübelwagen. Le réalisateur a eu le mérite de ne pas céder à la tentation d’employer du matériel moderne grimé en véhicules de la Seconde Guerre mondiale. Les uniformes sont globalement corrects, même si les 12 salopards ne sont pas vêtus de tenues des forces aéroportées et que des tenues modèles 41 comme celles portées par les MP auraient été préférables que leurs uniformes modèles 43 (ou, à la rigueur, du treillis).

    

A gauche: un semi-chenillé tracteur d’artillerie; à droite: une automitrailleuse anglais Daimler « Dingo » maquillée en engin allemand

Les incohérences du film

Peut-on réellement imaginer dans la réalité que Donald Sutherland puisse sérieusement donner l’illusion auprès de Robert Ryan  qu’il est un général incognito? Une scène savoureuse, mais tellement improbable…

Charles Bronson, Lee Marvin: ou comment le moindre Américain est capable de tromper les Allemands même lorsqu’il ne parle pas la langue de Goethe… (voire mon article sur les soldats allemands au cinéma)

  

Les Alliés n’ont pas pour habitude de confier des missions à des unités disciplinaires. Un raid aussi crucial tel qu’il est présenté dans le film ne saurait être confié qu’à des soldats d’élite, dûment entraînés, et non à un groupe de soldats indisciplinés, voire dangereux, qui ont pu être condamnés pour les crimes les plus graves… Les héros du film sont cependant indubitablement des durs, et ils ne font aucun quartier lors de l’accomplissement de leur mission…On note également la présence d’un Afro-Américain au sein de l’unité, chose difficilement imaginable dans une US Army où sévit encore la ségrégation…

Des liens avec l’Histoire?

Les exercices d’entrainements entre deux « armées » étaient fréquents en Angleterre. L’épisode mettant en scène un tel exercice constitue un des moments forts du film.

Le plan vise à neutraliser des hauts gradés allemands en Bretagne s’inspire d’un fait réel: le 6 juin, un Kriegspiel (exercice sur cartes) est prévu à Rennes pour les plus hauts responsables de la 7. Armee (déployée en Normandie et en Bretagne). Des officiers sont arrivés dès le 5 juin, mais il n’y a pas eu de raids de commandos de mis en place par les Alliés pour les neutraliser, et ce d’autant plus que la date du Jour J n’a été arrêtée que tardivement, puis repoussée. En revanche, le General Falley, Kommandeur de la 91. Luftlande-Division, est tué -par hasard- dans la Manche par des parachutistes américains, alors qu’il se rendait à Rennes pour cet exercice.

Dans les faits, des paras alliés ont bien été largués en Bretagne la veille du 6 juin, mais ils portaient l’uniforme des forces aéroportées britanniques et ils étaient… des soldats français du SAS (Special Air Service), l’unité de commandos sans doute la plus fameuse.

« Les Douze Salopards » est un film plaisant, avec un bon scénario (la période d’entraînement de ces « fortes têtes » est mémorable), sans être ridicule comme ses suites, ni gâchée par une violence débridée comme dans la version de Tarantino (« Inglorious Bastards »). Il s’agit en fait d’un des meilleurs films de commandos réalisé par Hollywood.

Recension « African Kaiser. General Paul von Lettow-Vorbeck and the Great War in Africa, 1914-1918 » de Robert Gaudi

African Kaiser. General Paul von Lettow-Vorbeck and the Great War in Africa, 1914-1918 de Robert Gaudi, Caliber, 2017

La Grande Guerre ne se limite pas au front de l’Ouest, dont les fameuses batailles -la Marne, Verdun, la Somme, Saint-Mihiel- sont passées à la postérité… Outre les autres champs de batailles européens et du Moyen-Orient, les opérations menées dans les colonies africaines sont méconnues. L’ouvrage de Gaudi est une biographie de Paul von Lettow-Vorbeck, le maître de la guérilla pendant la guerre de 1914-1918, au même titre (et peut-être davantage) que le célèbre Lawrence d’Arabie. L’auteur nous fait découvrir le temps de l’ère coloniale avec les missions menées par Lettow-Vorbeck dans sa jeunesse au Sud-Ouest africain allemand (avec le fameux génocide des Héréros) ainsi qu’en Chine, à l’occasion de la révolte de Boxers de 1900. Si d’autres ouvrages ont traité des colonies allemandes et de la guerre en Afrique orientale allemande, notamment en Français (je recommande plutôt l’excellent La conquête des colonies allemandes signé Rémy Porte plutôt que celui de Lugan, auteur plus sulfureux, quoique son récit de l’Afrique allemande ne soit pas sans intérêt).

L’ouvrage de Gaudi ne fait pas double-emploi avec les autres livres consacrés à l’incroyable odyssée des troupes coloniales allemandes de l’Est africain allemand pendant la Grande Guerre. La dextérité tactique et stratégique de Lettow-Vorbeck perce dans ce récit, mais aussi son humanité, puisque le livre abonde en marque de chevalerie d’un autre âge, ainsi que de déférence envers les Africains, illustrant sans ambages combien Lettow-Vorbeck n’a rien d’un raciste, bien au contraire (n’en déplaise à certains), ainsi que le montre son hostilité à Hitler et ses déclarations en faveur de ses soldats noirs (qui combattent aux côtés des Allemands, voire peuvent les commander…).

On apprécie certains éléments plus rarement abordés comme les chapitres consacrés aux opérations menées par le croiseur Königsberg ou encore l’incroyable aventure du Zeppelin envoyé d’Allemagne vers l’Afrique orientale… Gaudi nous dresse également une galerie de portraits très intéressants, dont la fameuse Karen Blixen (l’auteure de Out of Africa) avec laquelle l’officier allemand aurait eu une idylle.

Certes, l’auteur commet des erreurs quand il fait allusion à d’autres fronts (Lawrence n’est pas intervenu au Yemen; Gaudi confond tués et pertes; il confond Palestine et Mésopotamie ; etc), mais c’est un bon livre qui permet de découvrir autrement un épisode exaltant et trop méconnu de la Grande Guerre.

 

Films de Guerre/ War Movies (11/100): IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN

 

 

 

Le fameux film de Steven Spielberg, sorti en 1998, est connu par le réalisme de sa fameuse scène « choc » du débarquement sur Omaha, dont l’imagerie est très inspirée par les célèbres clichés de Robert Capa. Les autres moments forts et émouvants de l’oeuvre sont les passages tournés au cimetière américain de Colleville-sur-Mer ainsi que la scène dans laquelle le général Marshall, chef d’état-major de l’US Army, lit à ses subordonnés une lettre remarquable d’Abraham Lincoln, toujours très inspiré.

 

La vue de la mer couverte de navires, inspirée des clichés d’époque, est la plus mémorable à mes yeux…

Le scénario, certes un fiction, repose sur une mission confiée à un groupe de Rangers, chargés de retrouver un parachutiste, un certain Ryan, afin de le rapatrier en Angleterre puis aux Etats-Unis: ses trois frères sont morts au combat et il est démobilisé. Spielberg s’inspire à l’évidence de l’histoire vraie des frères Niland morts en Normandie, ainsi que celle des frères Sullivan.

Tom Hanks, un grand acteur dans l’un de ses grands rôles

Des erreurs étonnantes pourtant faciles à éviter

En dépit de gros efforts de réalisme, des erreurs surprenantes se sont glissées dans le film.Pour ce qui est des événements de la nuit du 5 au 6 juin, Spielberg glisse un clin d’oeil à la mort du général Don Pratt, tué lors du crash de son planeur Waco à l’atterrissage en Normandie, mais, bizarrement, invente un général fictif, du nom de Amend…

Concernant la scène de débarquement, si Spielberg fait l’effort de reconstituer les défenses de plages, il commet l’impair surprenant de disposer à l’envers les pieux (souvent dotés de mines et d' »ouvre-boîtes ») destinés à éventrer les péniches… Pis, les fortifications ne ressemblent en rien à celles qui étaient à Omaha, sur l’aile droite de la zone d’assaut, d’autant que Spielberg place des mitrailleuses dans un blockhaus d’observation…

Plusieurs approximations, pour ne pas dire erreurs, touchent le traitement des forces allemandes. La « Das Reich » n’est pas en Normandie à cette date (le film se déroule entre le 6 et le 8 juin), pas plus que les bataillons de Tiger: le 1er n’entre en lice qu’en date du 13 juin, en secteur britannique (comme les deux qui suivront)… Les Américains n’ont en fait pas eu l’opportunité de combattre des Tiger avant le bouclage de la poche de Falaise à la fin du mois d’août 1944… Les noms des Kampfgruppen (groupes de combats allemands) sont par ailleurs farfelus. Des soldats allemands qui sont d’ailleurs plus coiffés comme des militaires modernes ou des extrêmistes de mauvais aloi que comme des jeunes soldats allemands des années 1940, qui portent souvent les cheveux longs sur le haut du crâne…

Les cours de stratégie donnés par des officiers subalternes américains, avec, au passage, des critiques fusant à l’endroit du général britannique Montgomery, sont assez surprenantes et absolument pas réalistes ni à la date considérée, ni au niveau de la hiérarchie à laquelle appartiennent ce officiers : on assiste ni plus ni moins à un résumé de la campagne de Caen à Berlin…

Enfin, et c’est un grand classique, Spielberg ne semble pas savoir que la vitesse du son est nettement moins rapide que celle de la lumière: comme dans tous les films de guerre, le bruit des explosions qui surviennent au lointain nous arrive en même temps que la lueur qu’elle provoque…

 

Un matériel et un équipement réalistes?

Il s’agit là d’un des grands points forts du film (il suffit de comparer avec le « Jour le Plus Long » que j’ai plus longuement évoqué ici). Spielberg a fait un indéniable effort dans le réalisme et le soin apporté au détail dans les uniformes. Les Rangers sont correctement équipés, y compris de gilets d’assaut, avec des casques ornés de leur insigne spécifique, sans filets de camouflage contrairement aux troupes de la 29th US ID qui débarquent à leurs côtés. Le petit équipement et l’armement est à l’avenant… Les chargeurs, pour une fois, ne sont pas dotés d’un nombre de coups illimités… On apprécie toujours la vue de Sherman, qui plus est dotés de leur équipement d’étanchéité mis au point pour le D-Day, ainsi que de chasseurs Mustang (bien incapables, cependant, de neutraliser un Panzer…).

Le plus gros effort est fourni du côté des Allemands, portant des tenues correcte pour la période, y compris les SS. On découvre une reconstitution de semi-chenillé allemand, un automoteur Marder III et une réplique de Tiger (que l’on retrouve dans plusieurs films), ce qui est un effort conséquent  et place avantageusement le film de Speilberg par rapport aux fictions où du matériel américain ou moderne est maquillé en matériel de la Wehrmacht ou de la SS…

 

Au final, Spielberg nous offre un bon film de guerre réaliste, dans lequel l’action -souvent bien filmée- ne manque pas, accompagnée de combats réalistes, entrecoupée par des scènes plus calmes nous montrant la vie quotidienne des soldats, mais le film manque singulièrement de souffle une fois la scène de débarquement terminée et les personnages manquent singulièrement de charisme (à mes yeux, ce qui est fort discutable). Même si j’apprécie Tom Hanks et Matt Damon, le casting y est sans doute pour quelque chose dans ce ressenti… Le réalisme dans la violence est marquant. Je me souviens être sorti du film en restant coi, ainsi que tous ceux qui m’accompagnaient… On est toutefois loin du souffle épique du « Jour le Plus Long », plus facile à montrer au plus jeunes, et, surtout, le néophyte n’apprend rien et ne comprend rien au Débarquement… Et quid des Canadiens et des Britanniques? Pour ce qui est du réalisme et du scénario, rien ne vaut « Band of Brothers »…