Films de Guerre/ War Movies (16/100): LA GRANDE EVASION

LA GRANDE EVASION

 

 

Au « frigo »!

 

Admirablement servie par une musique inoubliable signée Elmer Bernstein, La Grande Evasion, le chef d’oeuvre de John Sturges, sorti sur les écrans en 1963, est le film d’évasion par excellence, bien davantage que des oeuvres comme La Grande Illusion ou, dans un genre un peu différent, La Vache et le Prisonnier. Le succès est immédiat, à une époque où le film de guerre est un genre qui a encore le vent en poupe (Le Jour le Plus Long est sorti l’année précédente, en 1962). L’un des grands intérêts du film, outre le suspense, est que le réalisateur nous offre une belle galerie de personnages aux profils psychologiques fort variés. Le film de Sturges bénéficie en outre de la présence de nombreux acteurs de premier plan: Steve McQueen, Charles Bronson, James Garner, James Coburn, Richard Attenborough,  Donald Pleasence, etc.

L’histoire raconte les préparatifs et la mise en œuvre d’une évasion massive de 76 pilotes de guerre alliés, majoritairement britanniques, détenus au Stalag Luft III, en Basse-Silésie. Le scénario est basé sur de faits réels: la plus massive et la plus spectaculaire évasion de détenus alliés sur le sol du Reich pendant la guerre. Les plans prévoyaient la fuite de davantage de détenus (le jour J, 203 hommes se présentent au baraquement 104 où se trouve l’entrée du tunnel), comme l’illustre parfaitement le film, un imprévu va rendre l’évasion plus ardue et tout compromettre. Le film nous présente remarquablement les différentes péripéties qui surviennent à l’intérieur même du camp pendant les préparatifs d’invasion, ainsi qu’à l’extérieur, lorsque les 76 évadés jouent leur vie pour recouvrer la liberté et, espèrent-ils, rejoindre l’Angleterre.

Des officiers pilotes: des spécialistes difficiles à former que les Allemands ont placé sous bonne garde.

Charles Bronson tente de quitter le camp avec un groupe de prisonniers de l’Est. Sturges ne nous montre pas du tout à quel point les prisonniers soviétiques sont maltraités de façon inhumaine par les Allemands… On rapporte que lorsque le film fut diffusé à Moscou, le public fut choqué de voir le abonne conditions de vie des prisonniers alliés.

Peu survécurent à la tentative d’évasion…

Les soldats américains à Hollywood: l’inévitable décontraction, le peu d’intérêt pour les convenances, une certaine ironie. Leur rôle est surévalué dans le film, par nécessité…

Des officiers de l’empire des plus divers dans leur accoutrement comme dans leur attitude. Les prisonniers les plus impliqués, faisaient partie du Comité « X » dirigé par le britannique Roger Bushell. 

Les Alliés ; très astucieux, ne manquent pas d’imagination pour tromper leurs gardiens, souvent muets dans le film. Un fait véridique : les soldats de la Luftwaffe étaient bien chargés de la surveillance des captifs des armées de l’air alliés. Ces gardes étaient surnommés les « crétins » par leurs captifs et leurs miradors les « boîtes à crétins ».

 

Quelques poncifs concernant l’armée allemande semblent émailler ce film pourtant très réussi. Les soldats de la Wehrmacht sont très corrects et humains, pour ne pas dire naïfs (cf le personnage de Werner), tandis que les SS sont systématiquement impitoyables.

La superproduction a été tournée en Allemagne, un camp de prisonniers étant reconstitué pour l’occasion sur le site d’une forêt peu éloignée des Studios Bavaria. Le réalisme est assuré par la récupération d’une multitude de véhicules (et un avion Bucker de 1937).

 

Une scène bien improbable: deux cafetiers, par ailleurs membres de la Résistance, trinque avec James Coburn, un évadé canadien qui est parvenu en France, après que deux officiers allemands aient été assassinés sur leur terrasse…

Le personnage du Squadron Leader Bartlett, surnommé « Grand X », l’âme de l’opération, est joué par Richard Attenborough, quelque peu suffisant et soucieux d’imposer son autorité.

Dans la nuit du 24 au 25 mars 1944, le jour de l’évasion, un problème de taille survient:  le tunnel est trop court de 10 mètres et débouche à l’orée du bois, au lieu de la forêt, donc non à l’abri du regard des sentinelles. Les évadés doivent donc attendre que la sentinelle du mirador regarde dans une autre direction pour pouvoir s’extirper, ce qui retarde le déroulement du plan. Lorsqu’un des gardiens découvre le trou, l’alerte est donnée: c’en est fini de l’évasion…

  

La traque commence et les évadés sont trahis par le moindre détail, qui ne passe jamais inaperçu aux yeux des Allemands lancés à leurs trousses.

Humilié, Hitler ne respecte pas la Convention de Genève, et ordonne que l’on exécute 50 des prisonniers échappés. Seuls trois réussissent à rejoindre le Royaume-Uni. De son côté, le chef du camp, l’Oberst von Lindeiner-Wildau est relevé de son commandement et condamné à 2 ans de forteresse. L’annonce du massacre arrive en Angleterre en juillet 1944. Dès l’annonce des meurtres, décision est prise de poursuivre les auteurs de ces meurtres. Traduits en 1947 devant la cour de justice militaire britannique à Hambourg, 21 des nazis responsables de ces exécutions sont condamnés à la peine de mort.

La scène d’anthologie du film: lorsqu’à l’issu d’une course poursuite à moto (digne des meilleurs polars hollywoodiens), Steve Mc Queen, alias Hilts, échoue à franchir la frontière suisse…