Recension « La Corse Fortifiée » de Michel Tercé

Michel Tercé, La Corse Fortifiée. De la Préhistoire à nos jours, Editions Gérard Klopp, 2018

Ce très bel ouvrage de Michel Tercé nous emmène sur l’Ile de Beauté pour un parcours original. Richement illustré, ce livre de 315 pages ravira tous les amateurs de fortifications, ainsi que les amoureux de la Corse. Le propos de l’auteur est d’embrasser l’intégralité de l’histoire des fortifications de l’île, selon des chapitres thématiques ou chronologiques. Il y parvient avec bonheur, mêlant clichés pris in situ, photographies d’archives ainsi que de nombreux et magnifiques plans et dessins d’origine. Le tout est admirablement situé sur des cartes. L’iconographie, abondante, constitue le point fort. On apprécie en particulier les images sur double-pages ou en pleine pages, en particulier les vues aériennes, offrant des prises de vues superbes, sur fond de la nature enchanteresse de l’île méditerranéenne. Embrassant toutes les époques depuis l’âge du bronze, la diversité des sites est remarquable. Un chapitre entier est, sans surprise, consacré aux fameuses tours génoises. Les différents modèles sont présentés avec détails, chaque site photographié étant accompagné d’un texte explicatif. L’auteur étudie ensuite les fortifications des villes, les citadelles et les forts, avant deux chapitres traitant des batteries de défense côtières ainsi que de la défense des plages et des axes. Je ne soupçonnais pas l’existence de ces bunkers opérationnels à la veille de la Seconde Guerre mondiale, sorte de Ligne Maginot corse. Michel Tercé n’oublie pas d’évoquer la présence italienne, notamment par le biais de photographies originales. J’aurais aimé davantage de détails sur les mesures prises par les Allemands en septembre 1943 dans le cadre des opérations menées lors de la libération de la Corse, mais ce n’était pas le propos de l’ouvrage. L’auteur, visiblement fin connaisseur de son sujet, fournit au lecteur une mine d’informations, et il ne néglige pas de donner des éléments historiques propres à chaque période étudiée. Bref, un très bel ouvrage, volumineux, qui constitue une approche originale de la Corse, et permettra de préparer un voyage en envisageant la visite de sites militaires en sus des autres merveilles qu’offre l’Ile de Beauté à ses visiteurs.

Recension de « Commode. L’empereur gladiateur » d’Eric Teyssier, Perrin, 2018

Eric Teyssier, Commode. L’empereur gladiateur, Perrin, 2018

Eric Teyssier, spécialiste reconnu de la gladiature, est un choix évident pour une biographie de l’empereur qui a souvent été assimilé aux gladiateurs (d’où le sous-titre de l’ouvrage), une image d’Epinal relayée par le grand écran. Si le nom de Commode fait surgir en nous l’image d’un tyran ayant les traits de l’acteur Christopher Plummer ou ceux, plus tourmentés, de Joaquin Phoenix, la fameuse statue de l’empereur choisie en couverture nous rappelle combien ce monarque, qui se fait représenter en Hercule, est un César hors-norme. L’un des grands intérêts de cette biographie réside dans le fait que l’auteur nous replace admirablement dans le contexte de l’empire du 2e siècle en brossant un tableau de celui-ci. Les règnes des précédents empereurs de la dynastie des Antonins, en particulier du père de Commode, Marc-Aurèle, l’empereur philosophe, sont évoqués longuement à l’occasion des passages sur la jeunesse de Commode. Comme pour beaucoup d’individus, cette période de la vie s’avère essentielle pour comprendre l’adulte qu’il sera, l’influence néfaste de l’oncle Lucius Verus prenant ici tout son sens, ainsi que les drames familiaux subis par la famille. Empereur jeune (il n’a pas 19 ans lorsqu’il revêt la pourpre, soit à peine plus que Néron), Commode est sous la coupe de courtisans qui ne cessent de gagner en influence. Les mœurs de la cour, les complots, l’incroyable ascension d’un ancien portefaix parvenu à la tête de l’empire (Cleander), nous offrent une image d’une Rome bien différente de celle d’Auguste. Les temps difficiles et les épreuves du règne de Marc-Aurèle ainsi que de celui de Commode (guerres, épidémies, économie) sont très bien expliqués, de même que le quotidien des Romains, en particulier l’importance des jeux et de certaines cérémonies religieuses (le culte de Cybèle, entre autres). L’un des points forts du texte est, on n’en sera pas surpris, tout ce qui a trait à la gladiature, expliquée dans de longs passages avec connaissance et sérieux par un spécialiste incontestable du sujet et permet de bien saisir l’attrait que pouvait susciter pour les Romains un spectacle qui, a priori, ne devrait susciter que répulsion. La passion sans borne de l’empereur pour les combats est une évidence : gaucher, ce qui est très déstabilisant pour les adversaires, il en aurait remporté plus de mille. Commode, empereur violent et débauché, marqué par la trahison de sa sœur Lucilla, périt de façon dramatique, mais, si cette biographie est éclairante et documentée, si elle ne réhabilite pas un empereur fustigé par des historiens antiques issus d’un Sénat martyrisé sous son règne, mais dresse un portrait plus juste, elle ne provoque guère d’empathie pour un personnage assez sinistre. Pourtant, méprisé par les sénateurs pour avoir osé combattre comme gladiateur en public, dans l’arène, Commode était aimé des Romains, avant d’être méprisé du plus grand nombre, exception faite des légionnaires. Si la vie de Commode n’a rien d’exaltant comme celle de Pompée du même auteur, il faut lire ce livre que je recommande. L’ouvrage permet de connaître et de comprendre un empereur méconnu et son époque. Avec ce titre, les éditions Perrin poursuivent leur série de belles biographies consacrées aux personnalités de l’Histoire ancienne que je ne manque pas de lire avec avidité depuis des années.