Films de Guerre/ War Movies (17/100): LE PONT

 LE PONT

 

Le Pont: un groupe de jeunes soldats allemands confrontés en 1945 à l’invasion de leur patrie.

La version de 2008 bénéficie de moyens plus conséquents que celle de 1959.

                                                        

A gauche, l’affiche de 1959. A droite, la version de 2008.

Après la version de Bernhard Wicki datant de 1959, inspiré d’une histoire vraie, Le Pont de Wolfgang Panzer (sic!), sorti en 2008 (ce n’est qu’un téléfilm; l’oeuvre de 1959 étant destiné au grand écran), se déroule dans un petit village allemand en avril 1945. Un groupe d’adolescents sont poussés à combattre pour défendre leur patrie. Enrôlés au moment où leur village est menacé, ils auraient dû théoriquement rattachés au Volkssturm, bien que leurs uniformes soient plus dignes de ceux de la Wehrmacht. A ce propos, la version de 2008 est nettement plus réaliste que celle de 1959: uniformes, armements et équipement sont bien plus conformes à l’année 1945 (nos jeunes Landser du film de 1959 ont l’air d’être des recrues de 1940…). Ces jeunes soldats sont en fait incorporés au sein d’une Volksgrenadier-Division, soit une division d’infanterie, de la catégorie levée à partir de l’automne 1944.

Les jeunes Allemands sont fanatisés par les cadres locaux du parti (le père d’un des garçons). Une critique de l’endoctrinement et du nazisme, très visible dès la version de 1959, sortie dans un contexte de Guerre Froide et de création d’une nouvelle armée allemande, la Bundeswehr.
Dans les deux versions, les « anciens » soldats semblent s’émouvoir de leur sort. On leur assigne une mission secondaire, avec l’espoir qu’il ne leur arrivera rien: en l’occurrence, la défense du pont de leur propre village.
L’instruction qu’ils reçoivent est des plus sommaires (à la caserne uniquement dans la 1ère version en noir et blanc), ce qui ne les empêche pas d’accomplir quelques exploits face aux soldats américains… On perçoit clairement la fierté de ces Allemands lorsqu’ils revêtent l’uniforme de la Wehrmacht, leur enthousiasme, leur fascination pour des armes tels que le Panzerfaust, mais aussi leur naïveté et leur jeunesse… La mort du premier d’entre eux va les déterminer à combattre avec acharnement.
Des combats acharnés face aux Américains, assez réalistes. Dommage qu’in char moderne suive une réplique de M4 Sherman, beaucoup plus à sa place en 1945 (même s’il s’agit d’un vieux modèle)…
Dans ce film, les réalisateurs nous dressent des portraits de jeunes allemands aux profils psychologiques fort variés, tous plus ou moins va-t’en-guerre, avec l’insouciance de la jeunesse. Autre préoccupation de leur âge, les filles, à tout le moins les jeunes femmes car l’un des héros noue une idylle avec sa professeur, de façon fort explicite dans la version moderne (en 1959, un des garçons -Karl- s’est amouraché de l’assistante-coiffeuse de son père, tandis qu’une autre fille est amoureuse du jeune Klaus), mais beaucoup moins déshabillée et pudique dans l’ancienne version…
Une enseignante bien entreprenante…
Le début du film nous montre le quotidien de civils allemands d’un petit village alors que le III. Reich s’écroule
 L’absurdité de la guerre, le sacrifice inutile de la jeunesse, des ordres insensés: on critique la guerre et les conséquences de l’endoctrinement dans l’Allemagne nazie. On éprouve de la sympathie pour ces jeunes sacrifiés pour rien. Ce ne sont après tout que des gamins, encore adolescents et ignorant des choses de la vie. On laisse le lecteur découvrir le final… On reste surpris de l’indifférence des Américains à l’égard d’un des protagoniste
Au final, un téléfilm bien fait, que ce soient pour les scènes d’action ou celles plus calmes, avant et pendant l’affrontement avec les Américains, et tout aussi -voire plus- intéressantes, dans lesquelles le réalisateur nous montre un groupe d’adolescents pris dans les tourments d’une époque tragique. L’atmosphère de l’Allemagne de 1945 paraît bien rendue.

 

GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (42/44): Okinawa (II)

OKINAWA : LA BATAILLE DANS LE SECTEUR SUD,

18 AVRIL-22 JUIN 1945

 

Le sort de la bataille d’Okinawa se joue dans le sud de l’île, où se sont retranchées les forces japonaises d’Ushijima. Les combats vont s’avérer particulièrement meurtriers et sont d’emblée très disputés. La 96th ID est confrontée à un premier obstacle dès le 9 avril, lorsqu’elle s’attaque au village de Kakazu. Habilement mis en défense par les troupes nipponnes, ce village perchée et les collines environnantes vont représenter un cauchemar pour les GI’s. En effet, tous les assauts américains sont repoussés du 9 au 16 avril. Certes, la 62ème division japonaise perd plus de 4 600 hommes dans les combats, mais les Américains n’ont pas réussi à percer et les pertes sont très lourdes : 2 000 hommes, dont 600 tués.

Le général Buckner décide de frapper en force dès le 19 avril, en engageant cette fois-ci trois divisions en attaque. Buckner a en effet bien discerné que sur un tel terrain une percée n’a de chance d’être acquise qu’en employant des moyens conséquents. Les 27th et 7th US ID viennent donc renforcer la 96th. Sur le flanc gauche, les 7th et 96th ID sont confrontées à une situation particulièrement délicate. Les GI’s sont en effet bloqués par les défenseurs japonais. Une tentative de débordement de la fameuse colline sur laquelle est perché Kakazu tourne vite au désastre. 8 blindés sur les 30 engagés parviennent à rejoindre les lignes américaines après un fiasco total. Une unique pièce de 47 mm japonaise est parvenue à mettre hors de combat 4 Sherman à elle seule tandis que d’autres blindés sont victimes d’attaques suicides de soldats japonais bardés d’explosifs ! Fin avril, les pertes sont telles au sein des 7th et 96th ID que les deux divisions doivent être relevées. Toutefois, le succès est assuré sur l’aile droite, dans le secteur assigné à la 27th ID. La percée est en effet réalisée et la prise de contrôle de la vallée d’Urasoe-Mura permet d’envisager une manœuvre d’enveloppement qui aboutit enfin à la prise de Kakazu le 24 avril. L’avance totale n’excède pourtant pas quelques kilomètres et, en fait de percée, il s’agit tout au plus de la prise des premières positions de défenses japonaises.

Début mai 1945, les Américains piétinent en effet devant la défense acharnée de leurs adversaires. Le secteur de Shuri s’avère en particulier être un noix bien difficile à casser. C’est alors que le général Cho, chef d’état-major d’Ushijima, met au point une contre-attaque impliquant la 42ème division d’infanterie et la 44ème brigade mixte. Cho vise purement et simplement à isoler la 1st Marine Division et tenter de s’emparer de Futenma où, d’après le service de renseignement nippon, est établi le QG de Buckner. Cette ambitieuse attaque doit en outre être appuyé par des débarquements de faible ampleur sur les arrières américains. Le 4 mai au matin, le flot de l’infanterie nippone emporte les premières lignes de la 7th ID de Maeda à Ouki, sans accorder le moindre quartier aux défenseurs abasourdis. La pluie qui s’abat sur un terrain particulièrement meuble n’est cependant pas sans entraver les mouvements et constitue une gêne considérable pour les assaillants. Dans ces conditions, Cho ne parvient qu’à s’emparer de l’éminence de Tanabaru, entre les 7th et 77th ID. Certes, le succès tactique est indéniable, mais on est bien loin des objectifs de l’offensive. Buckner réagit d’ailleurs promptement dès le lendemain et, après deux jours de combats sanglants, qui occasionnent de terribles pertes dans les deux camps, les Japonais sont repoussés sur leurs lignes, ayant perdu tous les gains des jours précédents. 5 000 japonais ont péri au cours des ces quelques jours de combat, pour 1 200 pertes américaines. Ushijima prend alors la mesure des forces qui lui font face et comprend désormais que la partie est perdue. Dès lors, il ne lui reste plus qu’à vendre chèrement sa peau et occasionner le plus de pertes aux Américains et tenir le plus longtemps possible afin d’accorder le plus de temps possible à la mise en défense du Japon et permettre également aux Kamikaze de lancer le maximum d’opérations en direction de la flotte alliée.

Buckner s’emploie alors à enfoncer le front japonais de part et d’autre de Shuri. Les difficultés rencontrées sont telles que l’intégralité du mois de mai doit être consacrée à cette difficile tentative de percée. Les défenses japonaises doivent être assaillies sur l’intégralité du front afin de disperser les efforts de l’adversaire, mais l’assaut sera plus conséquent sur les deux ailes, le long des littoraux. Buckner envisage de détruire la majeure partie des défenseurs nippons encore présents dans l’île au cours de cette offensive. La tâche ingrate d’occuper les défenseurs japonais de Shuri est confiée à la 1st Marine Division, vétérante de bien des campagnes. L’opération est bien délicate et combattre ce réseau de collines fortifiées et déloger les japonais de leurs retranchements ne sera pas une mince affaire. Elle est cependant indispensable pour permette à la 96th ID de s’emparer de Yonabaru et à la 6th Marine Division de prendre la colline de « Sugar Loaf », près de Naha, sur la côte ouest. Cette colline est un morceau ardu. Les Marines de la 6th Marine Division réussissent à la prendre à la suite d’une attaque menée par le colonel Courtney le 14 mai. Le lendemain toutefois, à peine 15 survivants en reviennent, blessés pour la plupart d’entre-eux. Les deux jours suivants, de nouvelles tentatives américaines échouent dans un bain de sang face à des défenseurs admirablement retranchés. Le 19 mai, la 6th Marine Division s’empare enfin définitivement de la position, après une difficile bataille. Les pertes sont très lourdes puisque 2 662 Marines ont été perdus en à peine six jours de combats féroces, dans des conditions qui ne sont pas sans rappeler certains champs de bataille du premier conflit mondial. Le calvaire des Américains n’est pas fini puisque d’autres collines tout aussi redoutables se trouvent devant eux. Sur le littoral est, les combats sont également terribles pour les GI’s. Toutefois, la 96th ID s’empare de « Conical Hill » le 13 mai et Yonabaru est enlevée par la 7th ID le 23. Les percées sont donc finalement effectuées sur les flancs est et ouest, le long de la mer. Au centre, la situation tourne au cauchemar pour les Marines empêtrées dans la boue face à un adversaire coriace redoutablement retranché. Le terrain, bouleversé par les obus et la pluie, entrave les mouvements et seul un ravitaillement par voie des airs s’avère possible. Les combats pour les crêtes de Dakeshi puis de Wana sont très coûteux en hommes et en blindés. Décontenancés par leur impossibilité de percer, les Américains décident de soumettre Wana à 15 jours de bombardements en règle. Les navires de la flotte, l’artillerie de campagne et les escadrilles de l’aviation embarquée se relaient pour écraser les tranchées japonaises sous un déluge de feu et de mort. La crête de Wana est enfin prise le 28 mai, pour être aussitôt reprise par une féroce contre-attaque nippone ! Le repli japonais a toutefois commencé deux jours plus tôt, en raison de la menace qui se profile aux ailes. La retraite ne passe pas inaperçue et tourne à une boucherie innommable quand l’artillerie américaine se déchaîne sur les colonnes de militaires et de civils en fuite vers le sud de l’île. Le 31 mai, les combats cessent dans le secteur de Shuri.

Cette retraite inexorable vers le sud signifie que la fin est proche. Les Américains veulent accélérer le processus et débarquent ainsi le 4th Marine Regiment, puis le 29th Marine Regiment, dans la péninsule d’Oroku le 4 juin. Les troupes de marines de l’amiral Ota leur oppose une résistance désespérée mais ne peuvent empêcher la progression américaine : les grottes et les points d’appuis tombent les uns après les autres, sous les coups conjugués des grenades et des lance-flammes. Le 12 juin, les Américains ont la stupeur de voir surgir des drapeaux blancs, pratique inhabituelle en effet pour une armée nippone si hostile à toute idée de reddition. S’agit-il d’un piège ? En fait de capitulation, les Japonais sollicitent une trêve afin de pouvoir se suicider ! Les Japonais ont perdu 4 000 hommes et les américains tout de même 1 608 hommes et 30 Sherman.

Pendant ce temps, la 32ème armée japonaise a finalement stoppée son mouvement de retraite et elle établit ses positions sur une nouvelle ligne de collines, de Yaeju Dake, Yuza Dake et Kunishi. Les positions sont formidables mais Ushijima, le dos à la mer, ne dispose plus que de 30 000 hommes très mal ravitaillées. Les conditions de vie sont atroces et les médicaments manquent cruellement pour soulager la souffrance des blessés, dont beaucoup périssent faute de soins appropriés. Les combats commencent le 9 juin et sont d’emblée toujours aussi acharnés. Le 10 juin, les Américains sont au pied des collines. Le 14, Yaeju Dake tombe, suivi de la crête de Kinishi deux jours plus tard. C’est alors que le général Buckner est tué par des tirs de canons de 47 mm alors qu’il entreprend une tournée d’inspection dans les lignes de la 6th Marine Division. Le général Geiger, du corps des Marines, assume alors le commandement. La fin est pourtant proche. Le soir du 21 juin, Ushijima et Cho, dans leur QG de Mabuni, exécute le rituel du suicide –Sekkupu- : après s’être enfoncé un sabre dans le ventre, les deux officiers sont décapités par leurs ordonnances. Le lendemain, Geiger annonce la fin de la bataille. Celle-ci se poursuivra toutefois encore jusqu’au 1er juillet, causant encore 783 pertes américaines supplémentaires.

GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (41/44): Okinawa (I)

 

OKINAWA : L’ULTIME BATAILLE,

1er AVRIL-21 JUIN 1945

Au début de l’année 1945, les responsables japonais savent pertinemment que le Japon sera bientôt l’objet d’une offensive alliée. Les Américains sont maintenant assurés que le Japon n’est pas encore disposé à rendre les armes en dépit des sévères revers subis l’année précédente. L’étau se rapproche et une attaque massive en Mer de Chine semble imminente. Les stratèges américains optent pour un assaut sur l’île d’Okinawa, longue d’une centaine de kilomètres et étape indispensable sur la route qui mène à Kyushu, l’île la plus méridionale de l’archipel nippon. Les Japonais ont pleinement conscience de l’importance d’Okinawa. La défense de l’île est confiée à la 32ème armée japonaise du général Ushijima, une force imposante qui totalise pas moins de 110 000 hommes admirablement retranchés dans un réseau de fortifications et de grottes. La garnison japonaise n’est toutefois pas seule pour faire face à l’imminente attaque japonaise. Les stratèges japonais ont en effet mis au point un plan de bataille très simple mais pour le moins original. Il est en effet décidé de ne pas s’opposer au débarquement américain. La subtilité du plan réside dans le fait que les Japonais comptent ainsi frapper en masse la flotte américaine avec des vagues de Kamikazes qui, pense t-on, ne manqueront pas de causer des pertes sensibles à l’US Navy. Celle-ci n’aura alors d’autres alternatives que de lever l’ancre afin de se mettre à l’abri de ces assauts dévastateurs, abandonnant par là même à leur sort les GI’s et les Marines débarqués à Okinawa. Le combat sera mené sans pitié et le haut-commandement japonais attend de ses hommes le sacrifice ultime pour apporter la victoire : les combattants doivent rechercher délibérément la mort en tuant leurs adversaires. On attend que chaque avion ou bateau explosif détruise un navire de guerre et que chaque combattant à terre détruise un char ou tue dix soldats ennemis. Tous les combattants japonais reçoivent ainsi le nom de Kikusiu, « chrysanthème flottant », symbole de pureté de l’âme. L’impact psychologique de l’anéantissement des forces américaines sur l’île ne sera pas sans gonfler à bloc le peuple japonais et ses forces armées, alors sur la défensive. Bien plus, les Américains, confrontés à de terribles pertes, auraient ainsi un avant-goût du coût que représenterait l’invasion du Japon, ce qui ne pourrait que les inciter à envisager un compromis avec l’empire du Soleil Levant. Les Américains ne vont toutefois pas s’engager à la légère dans l’opération. Celle-ci est confiée à la 10th US Army du général Buckner, articulée en deux corps, totalisant 4 divisions de l’armée de terre et 3 divisions de Marines. Buckner dispose de 180 000 hommes. Avec la marine, c’est un total de 450 000 Américains qui sont impliqués dans l’opération. L’amiral Spruance est a la tête de la flotte de guerre la plus puissante jamais rassemblée : 1 200 navires, dont 40 porte-avions, 180 cuirassés et 200 destroyers ! Pour les Américains, la victoire ne fait pas l’ombre d’un doute.

        

L’opération est lancée le 1er avril 1945. Un déluge de feu s’abat sur les plages de la baie d’Hagushi et les débarquements peuvent débuter sans encombre à 8h30. L’opposition est étrangement négligeable et, dès la fin de matinée, les objectifs du Jour J sont atteints, à savoir les aérodromes de Kadena et Yontan. 60 000 hommes sont déjà à terre à la nuit tombée et l’avance atteint 5 kilomètres. Les Marines sont chargés de la partie septentrionale de l’île, tâche qu’ils accomplissent promptement et sans grande difficulté, puisqu’à peine 1 120 hommes sont perdus, dont 218 tués. L’armée s’empare de son côté sans coup férir de l’île de Shima et de son aérodrome.

  

En revanche, les difficultés rencontrées par les GI’s dans leur mouvement de progression vers le sud de l’île sont nombreuses et l’armée américaine se heurte à une vive résistance, articulée sur un système défensif élaboré qui s’appuie habilement sur la topographie du terrain. Les combats pour la zone de collines de Kakazu causent de nombreuses pertes et les Américaines ne s’empare du village que le 24 avril, soit après deux semaines de combats. Le 4 mai, Ushijima se paye même le luxe d’une contre-attaque qui n’aboutit pas cependant. Le mois de mai s’avère tout aussi sanglant pour les Américains dans leurs tentatives pour s’emparer du secteur de Shuri. Les troupes de l’armée de terre, maintenant épaulée par les Marines, réussissent pourtant à forcer les lignes japonaises et Shuri tombe finalement le 29 mai. Dès lors, les Japonais sont contraints à une irrémédiable retraite et les événements s’accélèrent.

 

Le 10 juin, l’ultime assaut peut être lancé contre l’ultime bastion japonais. Le 22 juin, le général Geiger, nouveau commandant de la 10th US Army, annonce la fin officielle des combats sur Okinawa. Cette bataille est de loin la plus meurtrière pour les Etats-Unis au cours de la guerre du Pacifique. 12 300 Américains sont morts et 36 400 ont été blessés. L’armée de terre a enregistré 4 500 tués et 18 000 blessés tandis que le corps des Marines reconnaît la perte de 2 900 tués et 13 600 blessés.

 

Entre-temps, la lutte s’est déroulée de manière toute aussi acharnée dans les airs et sur mer. En effet, conformément au plan mis au point pour la bataille, de multiples attaques Kamikaze vise la flotte de l’amiral Spruance, dans le but avouée de la forcer à lever l’ancre et quitter les parages d’Okinawa. L’amiral Ugaki lance ses vagues d’avions-suicides dès le 6 avril, après une attaque préventive peu couronnée de succès de l’aviation embarquée US sur Kyushu.

En dépit de la surprise, les Kamikazes et leur escorte sont interceptés et subissent de lourdes pertes mais les Japonais frappent durement. 248 appareils japonais ont été détruits mais ils ont réussi à couler 5 navires, alors que 2 autres sont désemparés et qu’une vingtaine de bateaux, dont 2 porte-avions, sont endommagés et doivent quitter le mouillage d’Haghushi sous escorte, affaiblissant d’autant plus l’US Navy pour la bataille. Le lendemain, les résultats sont toutefois moins spectaculaires pour les Kamikazes. Leur « tableau de chasse » s’étoffe cependant sensiblement le 12 avril lorsque 350 appareils nippons, dont 180 avions-suicides, prennent l’air.

Si un seul navire américain est envoyé par le fond ce jour là, ce ne sont pas moins de 25 unités, dont deux grands porte-avions et 4 cuirassés qui doivent romprent le combat et quitter le champ de bataille sous escorte. La stratégie japonaise semble donc fonctionner à merveille. Si le carnage continue et prend de l’ampleur, Spruance sera contraint d’admettre sa défaite et de prendre le large. Le mois de mai va s’avérer encore plus désastreux pour l’US Navy qui se trouve confrontée à ces attaques meurtrières quasiment quotidiennement. 19 grands navires sont en effet coulés, dont 9 destroyers. Le nombre de navires endommagés est considérable et aucune parade ne semble efficace à 100 %. Le moral des équipages en est gravement affecté. Quand la bataille d’Okinawa arrive à son terme à la fin du mois de juin, la marine américaine peut faire le compte de ses pertes. Elle a perdu le total impressionnent de 9 700 hommes, dont 4 900 tués, 40 navires coulés et 368 endommagés, ainsi que 763 avions, un chiffre non négligeable.

La bataille d’Okinawa est également le théâtre d’un pitoyable baroud d’honneur de la Marine Impériale. Le cuirassé Yamato, armé de canons de 457 mm, prestige de la flotte et, de loin, le navire de ligne le plus puissant du monde, est en effet engagé dans une mission de sacrifice le 6 avril. Avec son escorte, le Yamato doit fondre sur la flotte alliée et y causer le maximum de dégâts avant de s’échouer sur le rivage, faut de mazout suffisant pour rejoindre son port d’attache. La flottille est toutefois interceptée par l’aviation embarquée de la Task Force 58. Le super-cuirassé Yamato est ainsi torpillé avec le croiseur Yahagi et 4 destroyers. 3 665 marins japonais succombent tandis que les aviateurs américains ne perdent que 12 hommes. Cette piteuse affaire illustre avec brio le triomphe du porte-avions sur le cuirassé au cours du conflit.

  

D’un point de vue quantitatif, les pertes essuyées par l’armée, l’aviation et la marine japonaises au cours de la bataille d’Okinawa sont colossales. A peine 3 400 hommes sur les 110 000 soldats de la garnison survivent aux combats, ce qui représente toutefois un nombre inaccoutumé de prisonniers. Les civils ne sont pas épargnés puisqu’on évalue à 40 000 le nombre de ceux qui périrent. La flotte nipponne perd de son côté plus de 3 600 tués tandis que peut-être 8 000 aviateurs sont tués à bord de plus de 7 000 appareils. Les chiffres très élevés des pertes japonaises sont très inquiètent les Américains pour l’avenir. La défense acharnée d’Okinawa n’est pas sans conséquences pour la suite du conflit. Les Américains en tirent en effet la conclusion que l’assaut de l’archipel japonais ne pourra être conquis qu’à l’issue d’une bataille sanglante et très coûteuse. Dans un premier temps, il convient de repousser les dates prévues pour les débarquements. Il s’agit également d’envisager d’autres moyens pour contraindre le Japon à capituler et, donc, épargner de nombreuses vies américaines.

 

LA FLOTTE DE COMMERCE NIPPONNE

Les Japonais ont négligé leur flotte de commerce et leurs navires transporteurs au profit de la flotte de guerre. C’est ainsi qu’ils ne disposent que de 49 pétroliers pouvant transporter 587 000 tonnes au début de la guerre, contre respectivement 425 et 389 pour la Grande-Bretagne et les USA, totalisant une capacité de transport de 6 millions de tonnes de carburant. La marine et l’armée japonaise disposent alors d’environ 1 000 navires alors que la marine marchande, déjà insuffisante avant guerre pour assurer les transports maritimes, va devoir être renforcée par la capture de navires ennemis. Les japonais n’ont en fait pas les moyens d’assurer le fret et le transport de troupes indispensable à la défense de leur immense empire. Si les pertes de la marine marchande restent limitées pendant les 5 premiers mois de la guerre, elles ne cessent ensuite de croître dans des proportions inquiétantes en raison de l’efficace intervention des sous-marins américains, dans ce qui constitue probablement le blocus et la guerre sous-marine la plus réussie de l’histoire. En 1942, les sous-marins américains coulent 180 bâtiments, totalisant 715 000 tonnes, pertes remplacées à 90 000 tonnes près. A partir d’octobre 1943, le pacifique central constitue un véritable cimetière marin pour les transports militaires, alors qu’aucune offensive majeure n’y a encore été lancée. La marine impériale s’avère même incapable d’assurer la protection des convois en mer de Chine et au large du Japon. Au total, les sous-marins américains coulent 4,5 millions de tonnes de transports, soit 53% du total des pertes navales japonaises provoquées par moins de 2% de l’US Navy. La seule marine marchande japonaise perd 2 346 navires pendant le conflit et 70 000 hommes d’équipages, dont 16 000 tués. Les sous-marins américains ont envoyé par le fond 1 300 navires, dont 8 porte-avions, 1 cuirassé et 11 croiseurs.

GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (40/44): Mandalay et Meiktila

MANDALAY ET MEIKTILA :

L’ARMEE DES INDES REMPORTE LA VICTOIRE, FEVRIER-MARS1945

 

 

La phase finale de la campagne de Birmanie, qui mène victorieusement Slim jusqu’à Rangoon, voit la montée en puissance de la 14th British Army. Formée principalement à partir d’éléments de l’Armée des Indes, l’armée, réorganisée et réentraînée avec force efficacité par le général Slim, dispose désormais de moyens conséquents. Le 4th Indian Corps du général Messervy, un vétéran de la guerre du désert, est composé des 5th, 7th et 17th Indian Division, de deux brigades d’infanterie (la 28th East African et la Lushai Brigade) ainsi que d’une brigade blindée, la 255th Indian Armoured Brigade, équipée de chars Sherman. Notons que les 5th et 17th Divisions disposent chacune d’une brigade mobile et d’une autre aérotransportée. Le 33th Indian Corps est confiée au général Stopford. Il dispose d’une unité purement métropolitaine, la 2nd British Infantry Division. Ce corps comprend en outre les 19th et 20th Indian Divisions, la 268th Indian Brigade et la 254th Indian Armoured Brigade, moins bien dotée que sa consoeur puisqu’elle ne possède que des chars Stuart et Grant, ce qui n’a en fait guère d’importance en raison de l’absence de chars convenablement blindés et armés au sein des formations japonaises. Celles-ci se regroupent en fait au centre du front birman pour s’opposer à l’avancée de la 14th Army. En effet, le redéploiement des troupes sino-américaines en Chine permet un renforcement du front principal de Birmanie. L’armée nipponne de Birmanie est commandée par le général Kimura. Kimura a sous son commandement plusieurs unités indépendantes : la 49ème division, la 2ème division (en mouvement vers la Thaïlande sur ordre de Tokyo), le 14ème régiment blindé, limité à 20 engins, et le 4ème régiment d’artillerie. Toutes les autres unités sont distribuées au sein de trois armées. La 15ème armée de Katamura, qui tient le front de Mandalay, s’articule autour de quatre divisions (15ème, 31ème, 33ème et 53ème ). La 28ème armée de Sakurai, qui opère en Arakan, en possède deux (les 54ème et 55ème) ainsi qu’une brigade. Enfin, le général Honda dispose quant à lui également de deux divisions (18ème et 56ème) et d’une brigade indépendante au sein de sa 33ème armée. Il ne faut cependant pas se faire illusion en regard de cet ordre de bataille. Les pertes de l’armée japonaise de Birmanie en 1944 ont en effet été très élevées, de sorte que nombre d’unités voient leur capacité opérationnelle très diminuée. Ainsi, la plupart des divisions n’approchent que les 10 000 hommes en terme d’effectifs, en lieu et place des 25 000 de la dotation normale théorique. De plus, la capacité antichar de ces unités est des plus réduite faute d’armes adéquates, sans parler de l’inefficacité évidente des blindés japonais. Dans ces conditions, les soldats japonais doivent s’en remettre à leur artillerie pour combattre les chars alliés, au détriment de son emploi habituel. Les expédients que constituent les attaques suicides ou les explosifs fixés au bout d’une perche s’avèrent bien entendu absolument inefficaces contre des blindés soutenus par de l’infanterie. Enfin, les Alliés disposent d’une absolue maîtrise de l’espace aérien puisque les escadrilles nipponnes ne sont en mesure d’engager que quelques dizaines d’appareils. Les effectifs de l’armée de Slim vont monter jusqu’à 600 000 hommes, dont beaucoup en cantonnements permanents en Inde. En fait, il n’y aura jamais plus de 100 000 hommes engagés en même temps sur la ligne de front.

  

La bataille pour Meiktila et Mandalay débute réellement le 20 février 1945. Ce jour-là, la 17th Indian Division du général Cowan, avec l’appui des Sherman de la 255th Armoured Brigade, perce le front sur la tête de pont de Nyaungu. Le 24, Cowan est déjà à Taungtha, soit à mi-parcours de Meiktila. Il se trouve que, ce même jour, le commandement japonais en Birmanie organise dans cette même ville une réunion portant sur les possibilités de contre-attaque au nord de l’Irrawaddy. Nul doute que l’attaque de Cowan ne les prenne par surprise ! L’avancée alliée est confirmée par un observateur positionné sur le mont Popa, qui signale une colonne de 2 000 véhicules qui se dirige vers Meiktila. Perplexes, les officiers supérieurs japonais admettre la véracité des informations reçues et décident d’envoyer un chasseur Zéro en reconnaissance pour en avoir le cœur net. L’attaque britannique ne fait alors plus l’ombre d’un doute au QG de l’armée japonaise de Birmanie. Le 26 février, désormais conscients du danger et de l’importance de l’attaque ennemie, les troupes japonaises commencent à organiser la défense de Meiktila. Celle-ci s’articule autour du 168ème régiment de la 49ème division. Quelques troupes de al logistique et de défense antiaérienne complètent le dispositif. En tout, il n’y a pas plus de 4 000 défenseurs, ce qui est bien peu. Alors que les Japonais s’apprêtent à creuser des retranchements, la 17th Indian Division s’empare de la piste d’atterrissage de Thabutkon, à 30 kilomètres à l’ouest de Meiktila. Cette prise sera du plus haut intérêt pour les Britanniques. La 99th Brigade y est en effet immédiatement aérotransportés, de même qu’un ravitaillement en carburant, qui est le bien venu pour les Sherman qui participent à l’avance sur Meiktila. Le 1er mars, la ville est attaquée de tous les côtés par les Britanniques. Slim et Messervy craignent qu’une résistance acharnée se prolonge pendant des semaines. En fait, la ville tombe en moins de quatre jours.

Les forces japonaises qui pensent venir renforcer la garnison de Meiktila ont la déconvenue de constater qu’il va leur falloir désormais reprendre la localité. 12 000 hommes et 70 pièces d’artillerie des 18ème et 49ème divisions ainsi que plusieurs unités indépendantes sont ainsi confrontées à cette redoutable tâche. Cowan garde un avantage certain puisqu’il dispose de 15 000 hommes, 100 chars et 70 canons. Il sait en outre qu’il peut compter sur l’aide de l’aviation et que des renforts vont lui parvenir. Un dernier élément joue enfin en se faveur : les unités japonaises n’ont aucun contact entre elles et ne dispose d’aucun renseignement fiable concernant les positions alliées. Les premiers combats ont lieu quand la 17th Indian Division tente en vain de dégager une route en direction de Nyaungu. Les premières attaques de la 18ème division japonaise de Naka sont lancées au nord et à l’ouest de la ville et sont repoussées avec de lourdes pertes pour les assaillants. A partir du 12 mars, Naka décide alors de s’attaquer aux terrains d’aviation situés à l’est de la ville. Les combats sont acharnés car Cowan a besoin de ces pistes d’atterrissage pour assurer son ravitaillement. Le 18 mars, les Britanniques doivent se résoudre à abandonner les atterrissages d’hommes et de matériel au profit d’un parachutage du ravitaillement. Diverses attaques, non coordonnées, sont lancées par les Japonais, mais les positions alliées ne cèdent.

 

Pendant ce temps, plus au nord, la situation ne joue pas non plus en faveur des Japonais. A partir de la mi-février, la 19th Indian Division du général Rees repousse les restes affaiblis de la 15ème division japonaise vers le sud et étend ainsi sa tête de pont en direction de Mandalay. C’est ainsi que, le 7 mars, ses avant-gardes peuvent apercevoir la colline de Mandalay, couverte de pagodes et de temples bouddhiques. Le général Yamamoto, qui commande la 15ème division, reçoit l’ordre de tenir Mandalay coûte que coûte et d’y résister jusqu’au dernier homme. Cette ville est en effet un centre logistique de première importance pour le front japonais de Birmanie. Bien plus, Kimura ne peut accepter l’humiliation de perdre la ville, même si cela doit lui occasionner des pertes douloureuses et irrécupérables. Rees ne perd pas de temps et, dans la nuit du 8 mars, un bataillon de Gurkhas, commandé par un officier qui connaît bien la ville, puisqu’il a servi à Mandalay avant la guerre, s’empare de la colline. Il faudra toutefois plusieurs jours aux Gurkhas pour nettoyer le secteur et éliminer les défenseurs nippons terrés dans des bunkers et des tunnels établis sous les pagodes. Les troupes de Rees vont en revanche se trouver confrontés à une défense beaucoup plus inexpugnable en pénétrant plus en avant dans la cité. En effet, une ancienne citadelle entourée d’un fossé, le fort Dufferin, est défendue avec acharnement par les Japonais. Une attaque tentée à travers le tunnel d’une voie ferrée échoue. Le 21 mars cependant, les défenseurs évacuent le fort en empruntant les égouts.

La 20th Indian Division enfonce à son tour le front au-delà de sa tête de pont et s’approche dangereusement de Meiktila avant de faire volte-face vers le nord et menacer d’encerclement les restes des forces japonaises encore déployées dans le secteur, durement pressées en outre par la 2nd British Division qui se rapproche de Mandalay par l’ouest. La 15ème armée japonaise est en pleine déroute. De surcroît, Honda informe Tanaka, le chef d’état-major de Kimura, de l’état de ses pertes et des effectifs encore disponibles. Tanaka prend alors sur lui la responsabilité d’ordonner un repli et le siège de Meiktila est levé. La retraite est cependant particulièrement difficile pour les Japonais car ceux-ci ont perdu l’essentiel de leur matériel lourd et la chaîne logistique est brisée par la perte de dépôts très importants. La victoire est donc acquise pour Slim. La prise de Rangoon n’est plus qu’une question de temps. Les combats pour Mandalay et Meiktila ont tout de même coûté 2 307 tués et 15 888 blessés et disparus à la 14th British Army. Les pertes japonaises se montent à 6 513 tués et 6 299 blessés et disparus.

GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (39/44): Slim reprend Rangoon

Slim reprend Rangoon

(Source carte: wikipédia) 

Après la victoire défensive remportée à Imphal et à Kohima, Slim décide de poursuivre l’avantage et de pénétrer en Birmanie centrale. Toutefois, la mousson et la nécessité de franchir les obstacles de taille que représentent la Chindwin et l’Irrawady promettent de nombreuses difficultés, sans mentionner la combativité des Japonais. Fin 1944, lorsque la mousson s’achève, Slim dispose de deux têtes de pont sur la Chindwin. A la lumière des précédentes batailles de la campagne, il suppose que les Japonais vont chercher l’affrontement dans la plaine de Shwebo, c’est-à-dire le plus loin possible entre la Chindwin et l’Irrawady. Une telle éventualité n’est pas pour lui déplaire car sa notable supériorité en blindés et sa maîtrise de l’air lui assurerait la destruction complète de l’ennemi. Le 29 novembre, la 19th Indian Division du 4th Indian Corps attaque à partir de la tête de pont de Sittaung, suivie le 4 décembre par la 20th Indian Division du 33rd Indian Corps, qui frappe depuis Kalewa. Les deux divisions, progressent rapidement. Au bout de cinq jours, l’important centre ferroviaire d’Indaw est en vue. Toutefois, il apparaît que les suppositions d’une défense japonaise très au nord de l’Irrawady s’avèrent incorrectes.

Slim opère immédiatement des modifications dans son plan. Si le 33rd Indian Corps, auquel est adjoint la 19th Indian Division, poursuit son avance vers Mandalay, le 4th Indian Corps, renforcé, descend la vallée de Gangaw en suivant la rive occidentale de la Chindwin. Ce faisant, les arrières gardes nipponnes sont anéanties, parfois au cours de combats très disputés. La 19th Indian Division et la 2nd British Division s’emparent de Shwebo et la 20th Indian Division prend Monywa. La 19th Indian Division parvient à traverser l’Irrawady dès le 14 janvier, à environ 60 kilomètres au nord de Mandalay. Toutefois, le passage du fleuve plus au sud va nécessiter plus de préparation, même si les moyens font défaut. Le matériel est en effet disponible qu’en faible quantité sur ce théâtre d’opération et son état laisse parfois à désirer. Slim devra pourtant faire avec les canots d’assauts et les ferries dont il dispose.

 

Du côté du 4th Indian Corps, la 7th Indian Division est confrontée à une sérieuse résistance de la part des Japonais à Pauk. Les conditions de campagne dans al vallée de Gangaw ne sont pas très aisées à vrai dire. Les voies de communications font défaut et, à un moment donné, la colonne de véhicules du corps s’étire sur presque 700 kilomètres jusqu’à Kohima !

Le 13 février, la 20th Indian Division traverse l’Irrawady à 32 kilomètres à l’ouest de Mandalay. Les Britanniques parviennent à établir des têtes de pont mais elles sont sans cesse contre-attaquées par les Japonais pendant deux semaines. Dans le secteur du 4th Corps, la traversée est effectuée par la 7th Indian Division. Celle-ci attaque sur un large front. L’assaut principal est lancé sur Nyaungu tandis qu’une manœuvre secondaire est menée à Pagan. La surprise est totale pour la 15ème armée japonaise. Lorsque le commandant en chef japonais en Birmanie, le général Kimura, réagit enfin, il est bien tard. Le 4th Corps fonce en effet sur Meiktila, nœud de communication et dépôt essentiel pour les Japonais.

Meiktila, défendue par à peine 3 000 hommes, est occupée par les Britanniques le 4 mars. Certes, les administratifs nippons, commandés par Kasuya, tiennent encore. La situation est critique pour Kimura, qui doit s’opposer à l’avance des deux corps de Slim sur un terrain non préparée à l’avance et alors que son ravitaillement fait largement défaut. Toutefois, il réagit avec fermeté et confie deux divisions au général Honda, le chef de la 33ème armée japonaise, pour reprendre Meiktila. La manœuvre japonaise isole la 17th Indian Division de Cowan dans Meiktila. Mais celui-ci bénéficie d’un ravitaillement conséquent par voie aérienne, de telle sorte qu’il peut défaire une à une les colonnes qui convergent vers ses troupes isolées, qui peuvent en outre disposer de leur blindés et du soutien de l’aviation tactique. A Thabukton, Slim peut même aéroporter deux brigades en renfort sur un terrain d’aviation contrôlé par les alliés. Si les chars japonais parviennent à détruire sept C-47 sur la piste et forcer Slim à suspendre l’opération pendant dix jours, Honda finit pourtant par renoncer le 29 mars et il entreprend immédiatement un mouvement de retraite. C’est que la situation s’est gravement détériorée pour les Japonais à Mandalay. En dépit d’une résistance acharnée, notamment celle du fort Dufferin, qui ne tombe que sous les coups de bombes de 5 t, les Japonais doivent se résoudre à évacuer la ville le 21 mars. Les forces japonaises des 15ème et 33ème armées sont alors considérablement réduites. Seule la 28ème armée, basée en Arakan, est encore pleinement opérationnelle.

Slim peut donc engager ses troupes pour le stade ultime de la campagne : la reprise de Rangoon. Toutefois, le soutien logistique aérien se voit considérablement diminuer en raison de la situation critique en Chine où la reprise de l’offensive par les Japonais menace grandement les bases aériennes américaines. Slim opère donc avec des effectifs réduits, soit 5 divisions d’infanterie et 2 brigades blindées. Le 4th Indian Corps se lance à l’attaque sur l’itinéraire le plus court, via Pegu, à travers une jungle notablement moins épaisse et face à un adversaire considérablement affaibli par les derniers combats. De son côté, le 33rd Indian Corps longe l’Irrawady vers Promé. L’avance débute le 10 avril et se trouve confrontée à une résistance très vive. Toutefois, celle-ci s’émousse rapidement et le rythme journalier ne cesse de s’accélérer, l’ennemi étant constamment pris de court. La méthode employée par les divisions de Slim au cours de cette progression est pour le moins originale et prometteuse. Slim décide en effet de relayer chaque division d’infanterie tous les 30 à 50 kilomètres. Au sein de chacune d’elle, une brigade et des blindés avancent jusqu’à un terrain d’atterrissage où ils sont relayée par une brigade aérotransportée qui s’assure du secteur ; une deuxième division prend alors le relais selon le même schéma d’opération et ainsi de suite. Le 1er mai, Pégu est prise. La mousson s’abat alors avec force sur le 4th Indian Corps, qui ne dispose plus de piste d’atterrissage alors qu’il ne lui reste plus que 80 kilomètres à parcourir avant d’atteindre son but !

Les 1er et 2 mai, des parachutistes britanniques et la 26th Indian Division prennent les Japonais à revers dans le cadre de l’opération « Dracula ». Le débarquement bénéficie d’un soutien naval et aérien conséquent et Rangoon tombe dès le 3 mai. Trois jours plus tard, la jonction est établie avec le 4th Indian Corps à Hlegu. Hinda et Kimura ne s’avouent pas vaincus pour autant et tentent de faire traverser les lignes britanniques aux survivants de leurs unités totalement dispersées. Alertés par leurs services de renseignements, les Britanniques repoussent les tentatives japonaises. Des dizaines de milliers de soldats japonais errent dans les collines et la jungle birmanes. L’ampleur de la défaite japonaise en Birmanie est donc considérable. La 14th British Army, l’ « armée oubliée », est incontestablement de très haute qualité. Quant à son commandant en chef, le général Slim, il s’agit tout simplement de l’un des plus talentueux généraux de la guerre, qui plus est un général humain, humble, et soucieux de ses hommes. Les pertes britanniques en Birmanie depuis 1942 totalisent 71 000 hommes, dont 34 000 tués. Dans le camp japonais, 46 700 morts sont relevés sur le terrain pour 106 000 hommes perdus au cours des principaux affrontements. Au Japon, on estime que seuls 120 000 hommes sur les 300 000 engagés dans cette campagne seraient rentrés chez eux après la guerre.

 

LES SOLDATS NOIRS AMERICAINS DANS LE PACIFIQUE

L’armée britannique qui combat en Birmanie comporte essentiellement des unités coloniales, particulièrement issues de l’Armée des Indes. La discrimination y est incontestablement en partie présente, un fossé séparant les Européens et les autres, à tout le moins en ce qui concerne l’accès aux postes de commandement supérieurs. Une forme de discrimination ouvertement raciste concerne le sort réservé aux Noirs américains qui servent au sein de l’armée des Etats-Unis. L’opinion de l’armée et de la marine américaine d’alors est que les Noirs font de mauvais combattants et ne peuvent en tout cas combattre convenablement que commandés par des Blancs. Il n’y a d’ailleurs aucun Noir dans le corps de Marines et les rares Noirs américains servant dans la marine sont cantonnés au rôle de stewards. Après l’entrée en guerre des Etats-Unis, la discrimination demeure et les différentes armes s’efforcent de limiter au maximum le nombre de recrues noires. L’immense majorité d’entre eux sera affectée à des unités de services, de construction, de déchargement de navires, de repassage… Si les unités de la logistiques sont parfois touchées par les combats, les unités combattantes noires engagées au feu sont très peu nombreuses. Enfin, le heurt avec les populations blanches du théâtre d’opération peut paraître inévitable. Mais les GI’s de couleur ont moins de difficultés avec elles qu’avec leurs compatriotes blancs. L’Australie ne veut pas de soldats de couleurs sur son territoire et ce n’est qu’après d’âpres discussions que les contingents noirs sont acceptés. Toutefois, la discrimination de l’armée américaine à l’endroit des Noirs et les rixes qui s’ensuivent choquent la population et l’armée australienne qui sympathisent vite avec ces nouveaux venus, dont on met pourtant en garde la fréquentation, en particulier les jeunes filles.

Guerre du Pacifique/Pacific War (38/44): le mont Suribashi

LA BANNIERE ETOILEE FLOTTE SUR LE MONT SURIBASHI

                    

 

L’assaut du mont Suribashi s’achève par un événement dont l’image fera le tour du monde : les Marines plantent un drapeau américain sur le sommet du volcan. Toutefois, avant d’en arriver à ce dénouement emblématique de la victoire américaine, les Marines ont dû livrer une bataille féroce, confronté à une défense habilement articulée autour de point d’appuis installés dans des grottes rendues imprenables ou des positions articulées autour de casemates. Du côté américain, les combats dans le secteur sont avant tout menés par le 28th Marine Regiment.

Dès le premier jour, dès combats ont lieu aux abords du volcan, après que celui-ci ait été soumis à des tirs de marine vigoureux, tout en subissant d’autre part de violents attaques aériennes. Le débarquement du 28th Marine Regiment s’opère à 9h35. Très vite, les Marines s’avancent résolument vers l’intérieur, en direction de l’ouest. Ce faisant, ils n’hésitent pas à contourner et à dépasser les nœuds de résistance qui s’avèrent les plus durs à résorber, laissant cette tâche aux unités qui suivent les premiers débarqués. Bien plus, les blessés sont laissés aux bons soins des infirmiers de la Marine. Les pertes sont toutefois très lourdes. Mais, vers 10h35, les Marines sont parvenus à isoler la garnison du mont Suribashi du gros des forces japonaises qui défendent Iwo Jima. L’isthme au pied du volcan n’atteignant qu’une longueur de 640 mètres, le général Kuribayashi s’attendait en fait à ce qu’une telle situation arrive très rapidement.

Les soldats japonais du colonel Atsuchi sont donc isolés. Il reste que le cordon mis en place par les Américains est encore bien ténu et une attaque déterminée en viendrait à bout à n’en point douter. Rien de tel n’est envisagé par les Japonais. L’éventualité d’un tel isolement est en effet prévue et la garnison ne manque ni de ressources ni de puissance pour imposer un long et douloureux combat aux infortunés Marines qui leur sont confrontés. Le colonel Atsuchi dispose d’un nombre appréciable de pièces d’artillerie, de mortiers et de mitrailleuses disposés dans les grottes fortifiées de la montagne. Kuribayashi sait qu’une défense laissée à elle-même du volcan ne peut en aucune manière gêner son dispositif de défense au nord de l’île. L’arrivée des Américains sur la côte ouest n’est donc pas un danger pour la défense générale de l’île. Cette seconde journée est mise à profit par les Américains pour renforcer leur dispositif d’encerclement du mont Suribashi. D’est en ouest sont ainsi positionnés les 2nd , 3rd et 1st battalion 28th Regiment. Le 13ème Marine appuie la mise en place de ce dispositif avec le soutien de ses mortiers de 103 mm tandis que la Marine et l’aviation embarquée s’emploient à réduire au silence les défenses japonaises. Les îlots de résistance sont également réduits, parfois à l’issu de combats très acharnés. . La Marine n’est pas en reste puisque le destroyer USS Henry A.Wiley écrase également de nuit des Japonais s’apprêtant à contre-attaquer et qu’il illumine de ses projecteurs

   

Le 21 février, les trois bataillons de Marines commencent à resserrer leur étreinte autour du volcan. La première étape consiste à atteindre la base du volcan. Les combats sont très durs et semblent être une réminiscence des corps à corps sanglants de la Grande Guerre. Les fantassins américains sont en effet laissés à eux-mêmes car ils ne peuvent bénéficier du soutien immédiat des Sherman. Celui-ci serait bien sûr le bienvenu mais l’échelon d’intendance des précieux engins n’est pas encore arrivé à terre. Dans ces conditions, les blindés n’ont pu être ravitaillés à temps en essence et en munitions. Les tirs en provenance des cuirassés et des croiseurs ancrés au large fournissent certes un appui non négligeable, mais celui-ci devient impossible dès que les Marines sont au contact avec l’ennemi. Ce sont alors les vagues de chasseurs-bombardiers Corsair et Hellcat ainsi que les bombardiers légers Avenger qui prenent le relais, et leurs interventions sont toujours un soulagement pour les troupes à terre. Les Japonais bénéficient de l’avantage certain de postions fortifiées de longue date et surplombant leurs adversaires. Ni le napalm, ni le tir des destroyers sur les positions d’artillerie ne suffisent à éliminer toute résistance. Celle-ci est cependant soumise à rude épreuve et Atsuchi suggère à Kuribayashi de lancer une charge « Banzai ». Le général ne veut rien entendre à ce sujet. Pour lui, les charges « Banzai » ne sont qu’un gaspillage de forces et n’aboutissent qu’à des échecs. Il escompte au contraire que la garnison du mont Suribashi tienne en haleine les Américains pendant dix jours. Les combats ne perdent toutefois pas d’intensité. L’attaque américaine commence à 8h45, soutenue par l’artillerie, la marine et 40 appareils de l’aviation embarquée. La lutte est acharnée mais les Marines parviennent néanmoins à atteindre la base du volcan, mais l’avance a été bien limitée.

La nuit, les destroyers prennent le relais des unités lourdes et illuminent les positions japonaises avec des obus éclairants. Cette précaution s’avère nécessaire ainsi que l’illustrent les terribles combats qui se déroulent sur les pentes du mont Suribashi dans la nuit du 21 au 22 février. En effet, à deux reprises, les combattants japonais tentent de s’infiltrer au sein des positions américaines avant de déclencher une attaque brutale et sanglante. Ces assauts nocturnes font toutefois long feu et sont repoussés en causant de lourdes pertes aux Japonais. Les mortiers américains de 81 mm s’illustrent tout particulièrement en soumettant les assaillants à un feu dévastateur qui cause la mort de 60 soldats nippons en face des lignes tenues par le 2nd Battalion. 28 autres Japonais trouvent également la mort dans des circonstances similaires en tentant de suivre la côte ouest en direction du nord de l’île. A Jour J+3, les conditions météorologiques ne permettent pas d’envisager un appui aérien au nouvel assaut que se prépare à lancer le 28th Regiment.

Les Sherman sont pour leur part embourbés dans la boue qui recouvre tout le terrain. L’infanterie devra une fois de plus fournir l’effort principal. Les Marines sont maintenant trop proches des défenses japonaises pour bénéficier d’un soutien efficace de l’artillerie et des blindés. La journée du 22 février est toute aussi sanglante que les précédentes et les combats se multiplient sur l’ensemble du front autour du mont Suribashi, où les 8 à 900 combattants dont dispose encore Atsuchi sont bien déterminés à n’accorder aux Américains aucun répit ni aucune victoire aisément remportée. L’affrontement s’avère particulièrement dur et sanglant au centre du front, dans le secteur du 3rd Battalion, bien que la situation s’améliore grandement avec l’arrivée des chars et des half-tracks. Pendant que les Marines de ce bataillon livrent un combat acharné, leurs camarades des deux autres bataillons achèvent l’encerclement du volcan en s’assurant du contrôle de la totalité du périmètre de la montagne. Tout le littoral est aux mains des Américains. La liaison entre les deux bataillons est établie dans l’après-midi à Tobiishi Point. Toutefois, l’avance n’a pas été aisée sur un terrain rocailleux et particulièrement propice à la défense. Les combats acharnés sur les pentes de la face nord ont laissé que quelques centaines de survivants dans le camp japonais. De plus, beaucoup tentent de rejoindre le gros des forces de Kuribayashi dans le nord de l’île par le biais d’un invraisemblable réseau de tunnels et de souterrains. Les survivants sont toutefois vertement accueillis par Kuribayashi, désagréablement surpris par la capacité de résistance de ses hommes qui n’ont tenu qu’à peine quatre jours en lieu et place des dix escomptés. La fin semble proche sur le mont Suribashi.

Le 23 février, le 28th Regiment lance l’assaut final sur le mont Suribashi. L’assaut débute promptement à 8h du matin, alors que les conditions météorologiques se sont nettement améliorées par rapport à la veille. A 9h, le colonel Johnson envoie deux patrouilles en avant afin de trouver le passage le plus aisé vers le sommet. Ils sont suivi du lieutenant Hal Schrier, qui dirige alors un groupe de 40 hommes, et qui se lance à l’assaut du sommet. Alors que l’escalade devient plus ardue, l’opposition japonaise devient étonnamment des plus sporadiques. A 10h, les Marines atteignent le rebord du cratère et où un certain nombre de combattants japonais sont vite abattus. A 10h20, le drapeau américain, le « Stars and Stripes », est hissé au sommet du mont Suribashi. Le photographe Lou Lowery pense alors réaliser une photo qui fera date. La nouvelle fait rapidement le tour des positions américaines sur l’île et est accueillie avec enthousiasme. Sur mer, les navires ont tôt fait de saluer l’exploit par un concert de sirène. Toutefois, à midi, un autre drapeau, bien plus grand et plus visible, est mis en place du précédent. C’est alors que le photographe Joe Rosenthal, de l’Associated Press, immortalise l’événement au moment où les Marines s’apprêtent à lever la hampe. Ce cliché fera le tour du monde et il est incontestablement l’un des plus célèbre de la Seconde Guerre Mondiale.

 

Guerre du Pacifique/Pacific War (37/44):Iwo Jima

IWO JIMA : L’ETAU SE RESSERRE,

19 FEVRIER-26 MARS 1945

 

       

Fin 1944, les Américains se rapprochent inexorablement du Japon. Les Mariannes offrent la formidable possibilité de soumettre l’archipel japonais au bombardement des superforteresses volantes Boeing B-29. A mi-chemin entre le Japon et les Mariannes, l’île d’Iwo Jima, étape obligée du trajet aérien suivi par les bombardiers, se doit d’être sécurisée. En effet, la mainmise sur cette île assurerait une base idéale pour frapper l’intégralité du Japon. En outre, il serait alors possible aux bombardiers endommagés d’y trouver refuge au lieu de s’abîmer en mer. Le programme de bombardement du tissu industriel japonais doit prendre de l’ampleur en 1945. Il faut donc s’emparer d’Iwo Jima. Cette tâche est assignée au 5th US Marine Corps du général Harry Schmidt, subordonné à Holland-Smith, soit 70 000 hommes regroupés au sein des 3rd, 4th et 5th Marine Divisions. Le commandement japonais a clairement saisi l’importance d’Iwo Jima et les travaux de mise en défenses ont en fait débuté dès le mois de mars 1944. La garnison est dirigée par le brillant général Kuribayashi qui dispose de 21 000 hommes sous ses ordres, beaucoup plus que les estimations américaines qui lui en accordent à peine 13 000. Les Japonais possèdent en outre 361 pièces d’artillerie, 65 mortiers et 33 pièces navales de gros calibre. Kuribayashi est prêt à recevoir l’assaut américain. Ses hommes sont préparés à lutter jusqu’à la mort et les défenses sont conséquentes. Les bunkers, partiellement bétonnés, s’avèrent si habilement construits que des semaines de bombardements aériens et navals n’ont pas permis de les neutraliser. Kuribayashi a bien compris que les charges Banzaï n’aboutissent sur absolument aucun résultat tangible. Il préconise en revanche de combattre sur des positions de résistance préparées à l’avance. Le général japonais sait qu’il ne peut remporter la victoire, mais il est fermement disposé à infliger le maximum de pertes aux Américains. Lui-même et tous ses hommes sont prêts au sacrifice suprême pour leur patrie.

   

La formidable armada d’invasion quitte Saipan le 15 février. Le lundi 19 février 1945, les Marines débarquent à Iwo Jima. Dès le début, la bataille s’avère être un véritable cauchemar pour les Américains. Les jours précédents le débarquement voit se succéder une série de déconvenues au cours des bombardements préparatoires : mauvais temps, coups au but des batteries côtières japonaises, … Le Jour J, tandis que les cuirassés et les croiseurs soumettent l’île à une terrible et ultime préparation d’artillerie et que l’aviation embarquée frappe durement les défenses ennemies, des milliers de Marines embarquent à bord des LVT.

Alors que les Amtracks déversent leur lot de Marines et que les Sherman débarquent de concert, le sable noir volcanique s’avère être un premier obstacle, sans parler de la légère élévation haute d’une quinzaine de mètres qui court tout au long de la plage. Seuls des tirs d’armes légères et l’explosion d’un obus de mortier sporadique accueillent les assaillants.

Les vagues d’assaut se succèdent au rythme toutes les 5 minutes et, très vite, les plages sont congestionnées. Kuribayashi décide alors de déclencher comme prévu un terrible barrage en employant toutes se pièces d’artillerie et ses mortiers. Il est alors 10h. L’ensemble du front s’embrase sous les tirs d’obus et les rafales de mitrailleuses japonais. La confusion est totale.

 

Toutefois, sur Green Beach, au pied du mont Suribashi, le terrain, plus rocheux est moins difficile pour les Marines du 28th Rgt. Les combats sont cependant partout particulièrement acharnés et les Américains doivent lutter pour chaque bunker et chaque grotte défendu par les Japonais. Le mont Suribashi est rapidement isolé puisque les premiers Marines atteignent la côte ouest à 10h35. Sur les Red et Yellow Beaches, les 27th et 23rd Rgts progressent difficilement et subissent de lourdes pertes. Sur Blue beach, le 25th Rgt est aussi durement accueilli, particulièrement sur le flanc droit, dans le secteur de l’éminence baptisée « Quarry », où à peine 150 Marines d’un bataillon de 900 hommes sont encore sains et saufs. Toutefois, à 11h30, les Marines ont atteint l’extrémité sud de l’aérodrome n°1. Le soir, les objectifs n’ont pas tous été atteints et les pertes sont lourdes. 30 000 hommes sont déjà à terre. Aucune contre-attaque n’est lancée cette nuit-là.

 

Les cinq jours qui suivent, les Marines s’attaquent au mont Suribashi vers le sud tandis que plusieurs régiments sont engagés au nord afin de s’emparer des aérodromes n°1 et 2. Le volcan est soumis au bombardement terrifiant des appareils américains qui larguent bombes après bombes, dont du napalm, tandis que les destroyers apportent également leur concours aux assauts du 28th Rgt. Les combats sont particulièrement disputés et ce n’est que le 23 février que les Marines s’emparent du mont Suribashi, sur le sommet duquel est hissé le drapeau américain. Le pire est pourtant à venir. Les pertes élevées, le manque de soleil, l’absence de nourriture chaude et les intempéries minent le moral et l’efficacité des troupes américaines.

Les navires de la Navy Task Force qui soutient les débarquements sont eux mêmes soumis à une des premières véritables attaques Kamikaze de la guerre. Le porte-avions USS Bismark Sea succombe à l’attaque, tandis que deux autres sont endommagés, dont le vénérable USS Saratoga, vétéran du début de guerre. Le 24 février, une attaque d’envergure est lancée entre les deux aérodromes par le 21st Rgt sous le couvert d’une puissante préparation d’artillerie. Après un féroce corps à corps et des combats à la grenade et au lance-flammes, les Marines contrôlent l’aérodrome n°1. En six jours, les pertes américaines sur Iwo Jima se montent déjà à 1 034 tués, 3 741 blessés, 5 disparus et 558 souffrant d’épuisement consécutif aux combats. Le mont Suribashi et moins de la moitié de l’île sont contrôlés.

 

Les Marines doivent maintenant s’emparer de la partie septentrionale d’Iwo Jima. De J+6 à J+9, de terribles combats vont avoir lieu pour s’emparer de quatre formidables positions défensives situées à l’est de l’aérodrome n° 2 et baptisées ironiquement le « Hachoir à Viande » par les Marines de la 4th Division. La première journée révèle d’emblée l’enfer des combats : en dépit d’un soutien en armes lourdes conséquent, 500 hommes sont perdus pour des gains inférieurs à 100 m ! La colline 382 est en outre la scène d’une retraite humiliante des restes d’une section encerclée par les Japonais. Le lendemain, le 23rd Rgt est cloué par les tirs de mitrailleuses dans les secteurs « Amphitheater » et « Turkey Knob ». Ce jour-là toutefois, le Marine Douglas Jacobson réduit au silence à lui seul pas moins de 16 positions défensives ennemies avec son bazooka, tuant 75 Japonais à cette occasion. Cet exploit lui vaudra de recevoir la Médaille d’Honneur. A D+12, les Marines, soutenus par les Sherman, s’approchent du sommet de « Turkey Knob » pour être finalement repoussés. Seule la colline 382 tombe enfin. Sur la côte ouest, la 5th Marine Division repousse les défenses nippones après la prise de la colline 362A. Au centre, l’avance de la 3rd Marine Division est également satisfaisante mais les combats ont été acharnés, provoquant des pertes prohibitives. A J+16, le 8 mars, les pertes américaines sont alors terrifiantes : 16 000 hommes, dont 3 000 tués, ont été perdus depuis le Jour J. Dans le camp adverse, Kuribayashi ne dispose plus quant à lui que de 7 000 combattants. Entre-temps, l’aérodrome n°1 est déjà opérationnel et les premiers B-29 en perdition peuvent s’y poser.

Le 9 mars, le périmètre défensif japonais est coupé en deux poches : une au nord-ouest, avec le général Kuribayashi, dont un secteur recevra le très révélateur surnom de « La Vallée de la Mort » avec de nombreux canyons, et une seconde poche de résistance au nord-est, avec notamment le « Hachoir à Viande ». Ces poches vont s’avérer être le théâtre de violents combats très meurtriers. Les chars lance-flammes sont un appoint non négligeable mais la nature rocailleuse du terrain et les mines rend l’emploi des Sherman des plus délicats. Dans la nuit du 26 mars, 200 à 300 Japonais parviennent à s’infiltrer dans les lignes américaines et surprennent un campement américain encore endormi. Le carnage est complet mais les assaillants ont été massacrés. La bataille est maintenant achevée.

A l’issue de cette coûteuse campagne, 2 200 B-29 en détresse se poseront sur l’île d’Iwo Jima, avec 22 000 hommes d’équipages à leur bord, autant de vies humaines épargnées par le sang des Marines versé pour la prise de haute lutte de l’île. Les Américains ont perdu 6 871 tués et près de 20 000 blessés pour s’emparer d’Iwo Jima. 18 des 24 chefs de bataillons sont au nombre des pertes. Les 21 000 Japonais sont presque tous morts, dont leur chef, le général Kuribayashi, qui a réussi l’exploit d’infliger plus de pertes aux Américains qu’il n’en a lui-même subit, un cas unique dans la guerre du Pacifique.

 

LES CONSTRUCTIONS NAVALES AMERICAINES

Un des aspects essentiel expliquant la victoire des Alliés est sans conteste le formidable potentiel industriel que représentent les Etats-Unis. La construction navale américaine pendant le conflit est symptomatique de ce gigantisme. Le 1er septembre 1939, les unités de la flotte marchande jaugent 12,250 millions de tonneaux, dont beaucoup sont désarmés. La vétusté des navires et des chantiers navals qui ont survécu à la terrible crise économique est criante. Toutefois, la marine de guerre reste relativement épargnée et représente la seconde marine du monde, derrière la Royal Navy. La chute de la France et la nécessité d’apporter toute l’aide nécessaire au Royaume-Uni poussent à la mobilisation industrielle, tâche immense et complexe. Le Royaume-Uni, dont les chantiers navals ne sortent que 1 240 navires de 1939 à septembre 1944, n’aurait pu tenir seul. Le bilan des constructions navales en 1945 est absolument stupéfiant : les chantiers navals américains ont construits 5 600 navires de commerce, jaugeant le total impressionnant de 54 millions de tonneaux, et 8 000 navires de guerre entre 1939 et 1945 ! La marine marchande américaine a perdu 733 unités de plus de 1 000 tonneaux et 5 638 marins sont morts ou disparus. Si la guerre du Pacifique mobilise des ressources navales conséquentes, le tonnage de l’US Navy en Europe se monte à 6,5 millions de tonnes en septembre 1944, sans compter 5,6 millions en Méditerranée ! Au total, les navires américains ont transporté 7 millions de soldats, 140 000 civils et 268 millions de tonnes de marchandises.

Guerre du Pacifique/Pacific War (36/44): bataille de Leyte (octobre 1944)

LE COUP DE GRÂCE DE LA MARINE IMPERIALE,

23-25 OCTOBRE 1944

 

La bataille du golfe de Leyte constitue le chant du cygne de la flotte impériale japonaise et voit pour la dernière fois les deux flottes ennemies s’affronter au cours d’un engagement majeur. En fait, les Américains ne pensent pas que la flotte japonaise se battra pour Leyte, car il serait plus intéressant pour les Japonais de s’attaquer à l’US Navy quand les opérations de débarquement viseront Luçon et Mindoro. En effet, la flotte américaine, alors en pleine mer de Chine méridionale, sera à portée des bases aériennes de Formose et d’Okinawa et aura celles d’Indochine et de Chine dans son dos. Aussi un affrontement naval pour Leyte est-il jugé hautement improbable. Au contraire, pour l’amiral Toyoda, commandant en chef de la flotte combinée nipponne, il est impératif de se battre pour Leyte. La marine impériale risque en effet d’être coupée de ses bases de ravitaillement si les Américains réussissent à prendre pied aux Philippines. Toyoda met au point le plan Sho qui lui permet d’utiliser le seul atout qui lui reste : ses cuirassés et ses croiseurs lourds. La flotte nipponne doit ainsi être partagée en quatre groupes qui convergeront en même temps sur les bâtiments de transports américains. La bataille du golfe de Leyte consiste en fait en quatre engagements distincts entre les deux flottes entre le 23 et le 25 octobre 1944. Les 3rd et 7th Fleets de l’US NAVY, commandées respectivement par les vice-amiraux Halsey et Kinkaid rassemblent des effectifs particulièrement impressionnants : 17 grands porte-avions, 18 porte-avions d’escorte, 12 cuirassés, 24 croiseurs, 141 destroyers et 1 500 avions embarqués. Les Japonais, placés sous le commandement de l’amiral Ozawa, ne peuvent aligner pour cette bataille décisive que 4 porte-avions, 9 cuirassés, 19 croiseurs, 34 destroyers et environ 200 appareils. Les unités de l’aviation embarquée nipponne ont en effet été sérieusement affaiblies en tentant bien imprudemment de s’opposer aux raids de Halsey sur les Philippines, Formose et Okinawa. En outre, les pilotes capables d’opérer à bord de porte-avions font défaut. La flotte japonaise est subdivisée en quatre sous-groupements pour la bataille. La force de Kurita consiste en 5 cuirassés, 12 croiseurs et 13 destroyers. La flotte de Nihimura dispose pour sa part de 2 cuirassés, d’1 croiseur et de 4 destroyers. Enfin, la flotte de l’amiral Ozawa rassemble 4 porte-avions, dont le Zuikaku-le dernier porte-avions survivant de l’attaque sur Pearl Harbor-, embarquant à peine 108 appareils, 3 croiseurs et 9 destroyers. Shima dispose quant à lui de 2 croiseurs et de 8 destroyers.

Le 23 octobre, les sous-marins américains Dace et Darter repèrent la flotte du détroit de San Bernardino de Kurita qui pénètre dans le détroit de Palawan. Les deux sous-marins coulent deux croiseurs japonais et endommagent un autre. En fait, le propre navire amiral de Kurita sombre et l’amiral est à l’eau, laissant les unités nipponnes dans le chaos pendant plusieurs heures. Toutefois, un sous-marin américain s’échoue et coule. Kurita monte alors à bord du super-cuirassé Yamato et ordonne à sa flotte de poursuivre la route en direction du golfe de Leyte. Le 24 octobre, Kurita entre dans la mer de Sibuyan, au nord-ouest de Leyte. Les Japonais sont alors la proie des attaques de l’aviation embarquée américaine et le Musashi est coulé. A l’issue de l’engagement, les pilotes américains sont persuadés que Kurita renonce et qu’il opère un mouvement de retraite. En fait, l’amiral japonais fait demi-tour pour traverser de nuit le détroit de San Bernardino, incroyablement laissé sans défense par Halsey, et il se trouve ainsi au large de Samar le lendemain matin. Kurita va-t-il détruire les transports de troupes américains ?

Pendant ce temps, l’aviation japonaise de Luçon attaque à la bombe et à la torpille le Task Group 3 de l’amiral Sherman. Les chasseurs Hellcat américains déciment les assaillants. David McCampbelle, pilote sur l’Essex, établit un record en abattant pas moins de 9 avions japonais ! Toutefois, le porte-avions USS Princeton est sévèrement touché et dû être sabordé après une forte explosion dans la soute à torpilles, alors qu’il est pris en remorque par le croiseur USS Birmingham.

 

Le deuxième engagement a lieu le 25 octobre au matin. La flotte de Nishimura se dirige en effet vers le détroit de Surigao depuis le sud. Ce faisant, il se heurte à un groupe de combat de la 7th Fleet. 6 cuirassés, 8 croiseurs, 28 destroyers et 39 vedettes lance-torpilles. Dans la bataille qui s’ensuit, les cuirassés Fuso et Yamashiro sont coulés et Nishimura perd lui-même la vie. Les rescapés de la flotte nipponne mettent alors cap à l’ouest. Le Yamashiro est le dernier cuirassé à en combattre un autre en mer et il est aussi l’un des rares cuirassé coulé par des navires de surfaces au cours du conflit. C’est alors que survient la flotte de Shima, qui ne peut que constater la défaite subie par Nishimura. Shima ne peut que se résoudre à ordonner une retraite. Mais, au cours des manœuvres pour virer de bord, deux de ses croiseurs se heurtent !

Le même jour, une bataille aéronavale oppose la flotte d’Ozawa aux porte-avions de Halsey. Celui-ci remporte une victoire éclatante puisque, à l’issue de l’engagement, quatre porte-avions japonais sont coulés. Au matin du 25, Ozawa envoie 75 appareils contre Halsey, mais la plupart sont abattus par les chasseurs américains d’escorte et les dommages infligés à la flotte sont minimes. La contre-attaque américaine implique de son côté 180 appareils. Les restes de la flotte d’Ozawa rompent alors le combat et rentrent au Japon. Toutefois, Ozawa a accompli sa mission : il a attiré vers lui les porte-avions de la 3rd Fleet. Les autres formations navales japonaises vont pourtant se montrer incapables d’anéantir les navires de transport et de débarquement américains…

 

Le dernier engagement de la bataille du golfe de Leyte implique à nouveau la flotte de Kurita. A ce moment-là, les porte-avions d’Halsey poursuivent Ozawa. Kurita n’a donc en face de lui que la Task Unit Taffy 3 du contre-amiral Clifton T. Sprague, composée de destroyers et de porte-avions d’escorte. L’amiral japonais décide donc de balayer avec ses cuirassés et ces croiseurs cette misérable flottille. Toutefois, les neuf destroyers et les avions américains s’opposent avec cran et ténacité à la flotte nipponne. Trois destroyers américains sont coulés et quatre sont endommagés. En fait, les destroyers et les porte-avions d’escorte s’attendent à une fin inexorable. Mais les attaques des avions embraqués et l’audace des destroyers réussissent à éviter le pire. Cette résistance inattendue et l’absence de messages en provenance d’Ozawa surprennent les Japonais de telle sorte que Kurita, se croyant engagé avec le gros de la flotte adverse, décide de renoncer. Les navires de Spague sont ainsi sauvés in extremis ! Les Japonais sont pourtant sur le point de l’emporter !

 

La bataille du golfe de Leyte n’est pourtant pas terminée puisque les Japonais disposent encore d’une arme nouvelle qu’ils n’ont pas encore engagé : les avions-suicides kamikaze. A l’origine, les kamikaze doivent être engagés avec les escadres de la flotte combinée. Dans les faits, ils n’interviennent en fait alors que l’engagement entre Kurita et les porte-avions d’escorte de Clifton T.Sprague tire à sa fin. Le porte-avions d’escorte USS St-Lô est ainsi percuté par un kamikaze, qui traverse son pont d’envol et provoque une énorme déflagration. Le bâtiment sombre en une demi-heure. Deux autres porte-avions d’escorte sont également touchés. L’introduction des kamikaze dans la guerre du pacifique est donc fracassante. Comme prévu par les Japonais, les unités suicides, créées par le vice-amiral Onishi, consternent les Américains. Cette nouvelle façon de faire la guerre va devenir terriblement familière aux équipages des navires américains dans les mois qui vont suivre.

La bataille du golfe de Leyte a coûté 3 500 hommes, 1 porte-avions, 2 porte-avions d’escorte et 3 destroyers aux Américains. Les pertes japonaises sont beaucoup plus lourdes puisqu’elles se chiffrent à 10 000 morts, 4 porte-avions, 3 cuirassés, 8 croiseurs et 12 destroyers. Cette bataille est la plus grande et l’ultime bataille navale de la guerre. Elle s’est soldée par une éclatante victoire américaine. Toutefois, le plan Sho a failli réussir : Ozawa a bien attiré les porte-avions d’Halsey vers le nord tandis que Kurita a été à deux doigts d’emporter la décision. Mais des renseignements erronés et une mauvaise analyse de la situation l’ont empêché de remporter un succès considérable.

 

 

Guerre du Pacifique/Pacific War (35/44):retour de MacArthur aux Philippines (44-45)

LE RETOUR DE MAC-ARTHUR AUX PHILIPPINES :

20 OCTOBRE 1944-2 SEPTEMBRE 1945

 

Le 20 octobre, la 6th US Army du général Krueger débarque sur Leyte et établit des têtes de pont. Le général Mac-Arthur tient enfin sa promesse, faite en 1942 au moment de l’invasion japonaise, de revenir aux Philippines. Depuis l’été 1944 et l’irruption de ses forces à l’extrémité ouest de la Nouvelle-Guinée, Mac-Arthur n’est plus distant que de 500 kilomètres de Mindanao, l’île la plus méridionale de l’archipel philippin. Celui-ci subit déjà les incursions aériennes menées à partir des porte-avions américains. En septembre et en octobre, les porte-avions de la 3rd Fleet de l’amiral Halsey (en fait les mêmes unités que la 5th Fleet de Spruance mais les deux états-majors permutent le commandement pendant que l’autre prépare l’opération suivante !) saignent à blanc les escadrilles japonaises basées aux Philippines, à Formose et à Okinawa. Les Américains perdent moins de 100 avions contre 500 pour les Japonais. La prise des Palau par les forces de Nimitz en septembre 1944 marque le terme des opérations préliminaires au retour des Américains aux Philippines. La prise des Mariannes par Nimitz assure en outre la possibilité d’effectuer des bombardements stratégiques sur le Japon. Si la certitude de la victoire finale est désormais acquise dans le camp allié, le Japon ne montre aucun signe d’effondrement et dispose de ressources militaires encore redoutables. Les combats seront donc à n’en point douter encore acharnés et meurtriers. Toutefois, la discussion sur l’opportunité de s’attaquer aux Philippines comme le souhaite Mac-Arthur plutôt qu’à Formose comme le suggère l’amiral King. Toutefois, les forces nécessaires à la prise de Formose dépassent les possibilités. La guerre se poursuit en effet en Europe et la contre-offensive nipponne en Chine, l’opération Ichi-Go, a permis aux Japonais de s’emparer de la plupart des bases en Chine orientale. La prise d’un port en Chine méridionale apparaît donc hors de propos, d’autant que les forces de bombardement stratégiques considèrent les Mariannes comme leur principale base.

Le 20 octobre, les Américains effectuent donc leur retour aux Philippines, en l’occurrence sur le rivage est de Leyte, au nord de Mindanao. 730 navires et 160 000 combattants sont partis de Hollandia et de Manus, dans les îles de l’Amirauté. Le jour même, Mac-Arthur débarque lui-même de façon fort médiatisée, tenant ainsi sa promesse souvent réitérée de revenir aux Philippines. La stratégie japonaise se base alors sur une évaluation erronée des forces en présence et de la puissance américaine. Les amiraux japonais sont en effet convaincus de pouvoir anéantir la flotte américaine au large des Philippines avant d’annihiler la 6th US Army imprudemment débarquée et laissée à elle-même. En fait, la grande bataille navale livrée du 23 au 26 octobre dans le golfe de Leyte s’achève par une victoire retentissante de l’US Navy et élimine en fait les restes de la marine impériale nipponne. Toutefois, les Américains découvrent une nouvelle arme japonaise destinée à prendre de l’ampleur : les attaques suicides des kamikaze L’armée de terre japonaise est donc contrainte de renforcer ses positions à Leyte en débarquant des troupes dans la baie d’Ormoc, sur le rivage ouest de Leyte. C’est ainsi que les défenseurs présents sur l’île, 20 000 hommes commandé par le général Suzuki le 20 octobre, sont bientôt au nombre de 55 000 le 15 novembre, renforcés par 10 000 autres combattants en décembre. Toutefois, un convoi de renfort de 10 000 hommes est envoyé par le fond.

  

L’avance de la 6th US Army est cependant inexorable en dépit des pluies interminables et de la difficulté du terrain. Des troupes américaines occupent également l’île de Samar. Sur Leyte, les Japonais contre-attaquent en vain en engageant des parachutistes pour reprendre les aérodromes de l’île. Le 7 décembre, un nouveau débarquement américain est effectué à Leyte, dans la baie d’Ormoc, coupant ainsi définitivement la voie d’approvisionnement des troupes japonaises sur l’île. Si les combats s’éternisent encore pendant des mois sur Leyte, l’armée américaine contrôle l’île de Leyte. Les Américains ont perdu 3 500 tués et 12 000 blessés contre 49 000 tués japonais.

Le 15 décembre 1944, les forces de Mac-Arthur débarquent sur l’île de Mindoro. La résistance est assez faible. Il ne s’agit en fait que d’une opération préliminaire à l’invasion de Luçon. Toutefois, les attaques suicides des kamikaze frappent quotidiennement la flotte américaine. 24 navires sont coulés et 67 endommagés. Le débarquement de la 6th US Army de Krueger sur Luçon est effectué le 9 janvier 1945, sur la côte ouest de l’île. En quelques jours, 175 000 hommes sont à terre. Krueger va disposer en tout de 10 divisons et de 5 régiments indépendants pour la bataille de Luçon, qui représentent donc la campagne la plus importante de la guerre du Pacifique en terme de troupes engagées à terre par les Etats-Unis. Bénéficiant d’un appui aérien massif, les troupes américaines progressent vers l’intérieur de l’île en repoussant les forces japonaises qui leur font face. En face, le général Yamashita. Fin janvier, les GI’s prennent l’aérodrome de Clark Field, situé à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Manille. Deux débarquements supplémentaires sont prévus avant de s’emparer de la ville. Le premier assaut amphibie est lancé pour couper la presqu’île de Bataan.

   

Le second, qui met en œuvre des parachutages, est effectué au sud de Manille. La jonction entre les deux têtes de pont est vite établie et les premières troupes américaines pénètrent dans la ville le 3 février 1945. La prise de Manille, défendue par les 16 000 hommes du contre-amiral Iwabachi, est sanglante. Cette ville de 800 000 habitants est l’une des plus grandes d’Asie du Sud-Est. Ses édifices publics édifiés en béton pour résister aux tremblements de terre et les anciens forts espagnols constituent des positions défensives excellentes. La résistance japonaise est acharnée et Manille n’est totalement libérée que le 3 mars. La bataille coûte finalement la vie à 100 000 civils philippins !endant ce temps, la péninsule de Bataan est à nouveau contrôlée par les troupes américaines. Le 16 février, un assaut aéroporté et amphibie est lancé sur Corregidor, qui tombe à son tour le 27 du mois. Le dernier point d’appui nippon qui résiste encore jusqu’au 13 avril est le fort Drum, une île fortifiée située dans la baie de Manille, près de Corregidor. Les Américains n’ont d’autre solution que d’y déverser des milliers de litres de diesel avant de faire exploser des charges explosives.

 

Alors que les combats se poursuivent sur Manille, Mac-Arthur ordonne au général Eichelberger de libérer les autres îles des Philippines avec sa 8th US Army. Le 28 février, c’est donc au tour de l’île de Palawan d’être la cible d’un débarquement américain. L’assaut est délivré dans le secteur de Puerto Princesa. Les Japonais ne font que peu d’efforts pour tenir Palawan, mais les combats durent tout de même jusqu’en avril, à la faveur de la tactique nipponne de repli dans la jungle où les unités se dispersent en sous-groupes difficiles à éliminer. Toutes ses opérations sont sans intérêt stratégique, puisque les Japonais ne peuvent plus faire parvenir le pétrole de Bornéo au Japon, et affectent la capacité offensive de Krueger. Toutefois, la cruauté des japonais à l’endroit des civils lors de la bataille pour Manille expliquent en partie cette nécessité de libérer rapidement l’ensemble de l’archipel.

Le 17 avril, la 8th US Army débarque à Mindanao. Mindanao est en fait la dernière grande île des Philippines encore sous contrôle japonais. La résistance est acharnée mais l’issue ne fait aucun doute. A la fin juin, les poches de résistances ne sont plus bien nombreuses, elles sont isolées et ne cessent de se réduire comme une peau de chagrin. Les combats contre les îlots de résistance sur Mindanao et Luçon se poursuivent toutefois jusqu’à la signature de la reddition inconditionnelle du Japon le 2 septembre 1945. Les combats pour le contrôle de la partie nord de Luçon sont particulièrement disputés.

Les assauts américains contre un ennemi retranché en terrain montagneux s’avèrent coûteux en vies humaines. Après le débarquement à Mindanao, les Américains s’emparent de Panay, Cebu, Negros et de diverses îles des Sulu où l’armée de l’air établit des bases aériennes pour les escadrilles des 5th et 13th USAAF. La campagne menée par Mac-Arthur dans le Pacifique du Sud-Ouest est donc un franc succès. Alors que la bataille fait rage à Okinawa, où sont engagés les Marines, Mac-Arthur et Nimitz doivent à présent préparer leurs plans pour le stade ultime de la guerre du Pacifique : l’invasion du Japon.

 

LES KAMIKAZES

Kamikaze signifie « vent divin » et fait référence aux typhons qui détruisirent au 13ème siècle la flotte d’invasion de l’empereur mongole Kubilaï Khan en route pour le Japon. Le suicide de pilotes est apparu en fait assez tôt, comme moyen de mourir noblement quand l’appareil était touché sans espoir de retourner à la base. Toutefois, le vice-amiral Onishi Takijiro est à l’origine de la formation des premières véritables unités d’avions-suicide. En effet, la supériorité américaine est telle qu’il importe de créer une nouvelle parade. Le seul espoir est selon lui de transformer des avions remplis d’explosifs en missiles prévus pour s’écraser sur les bâtiments ennemis. L’avantage de cette tactique révolutionnaire est que tout pilote, même inexpérimenté, est apte à mener une telle mission sur n’importe quel type d’appareil. En outre, les responsables japonais pensent galvaniser leurs troupes par l’exemple de ces sacrifices héroïques tout en sapant le moral américain par la même occasion. Par ailleurs, escortés par des chasseurs, les kamikaze sont très difficiles à abattre, à moins d’un coup au but de la DCA qui désintègre totalement l’appareil. L’esprit japonais, le Yamato-damashii, l’emporterait sur la puissance matérielle américaine. La bataille des Philippines à l’automne 1944 voit l’introduction de ces nouvelles méthodes de combat, non sans créer la consternation au sein de l’US Navy. Le phénomène prit une ampleur considérable à Okinawa, avec des vagues d’assaut massives attaquant de plusieurs côtés et de plusieurs altitudes. Au moment de la capitulation du Japon, plusieurs milliers sont prêts à s’écraser sur la flotte d’invasion américaine.

Guerre du Pacifique/Pacific War (34/44): Introduction Partie IV

Introduction Partie IV

  

L’année 1944 voit se poursuivre l’avancée victorieuse des forces américaines amorcée définitivement à partir de la victoire de Guadalcanal. Après les succès obtenus par MacArthur en Nouvelle-Guinée, les Philippines sont désormais à portée de main alors que la reconquête du Pacifique central opérée par Nimitz jusqu’aux Mariannes et aux Palau menace directement le Japon, tout en infligeant des pertes irrémédiables aux forces navales et aériennes nipponnes désormais définitivement surclassées par leurs adversaires. Bien plus, les garnisons japonaises isolées de Rabaul et de Truk n’ont désormais aucune incidence sur le cours du conflit. L’ultime offensive Ichi-Go menée en Chine n’aboutit qu’à la neutralisation temporaire des forces aériennes stratégiques américaines basées en Chine au détriment du renforcement de fronts bien plus essentiels à la stratégie défensive du Japon. La bataille du Pacifique de l’automne 1944 à l’été 1945 est une bataille sans espoir pour le Japon. Les forces japonaises se battent avec l’énergie du désespoir avec le secret espoir que les pertes endurées par les Alliés vont décourager l’invasion de l’archipel japonais. Les soldats nippons sont prêts au sacrifice suprême, à la condition qu’il soit garant de la victoire finale. Pourtant, la fin de l’année 1944 et le premier semestre 1945 est désastreux pour le Japon. Aux Philippines, le coup de grâce est infligé à la flotte impériale par une US Navy surpuissante. En Birmanie, l’armée britannique inflige une défaite cinglante à l’armée nipponne. Lorsque la guerre s’arrête, les possessions japonaises en Chine, en Indonésie, en Thaïlande et en Malaisie sont menacées de s’effondrer lorsque les alliés reprendront l’offensive. Ces territoires sont cependant jugés de moindre importance par le haut-commandement japonais, en dépit de leurs ressources économiques qui ne parviennent toutefois plus dans l’archipel nippon. L’anneau défensif du Japon est pourtant également enfoncé dans le Pacifique à Iwo Jima puis à Okinawa en 1945. Les féroces combats livrés par les Américains pour la conquête de ses îles augurent mal de l’invasion du Japon, que les stratèges et les soldats américains redoutent avec raison. La ténacité et l’esprit de sacrifice du combattant japonais sont singulièrement effroyables pour les Alliés. L’illustration ultime de combat jusqu’à la mort pour l’honneur et la défense de la patrie est représentée avec le plus d’acuité par l’engagement des formations de kamikaze, unités d’avions-suicide qui doivent envoyer par le fond la flotte américaine. Dès lors, l’idée d’employer l’arme atomique, désormais disponible à l’été 1945, a fait son chemin. Pourtant, l’économie japonaise souffre considérablement des coups portés à sa flotte marchande par les sous-marins de l’US Navy. En outre, depuis le premier semestre 1944, les superfortresses B-29 opèrent les premiers bombardements stratégiques de grande ampleur à partir de bases en Chine, puis aux îles Mariannes plus proches du Japon. Les raids massifs et l’emploi de bombes incendiaires permettent une efficacité accrue des bombardements. Le potentiel industriel japonais est réduit de 60 à 85%. Les pertes civiles japonaises sont effroyables et le moral de la population nipponne s’en ressent. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, Tokyo subit un raid particulièrement dévastateur au cours duquel périssent carbonisées pas moins de 85 000 personnes. Dans les jours qui suivent, les villes de Nagoya, Osaka et Kobè sont également réduites en cendres par de gigantesques incendies produits par des attaques à la bombe incendiaire. Les escadrilles américaines sont de plus nombreuses et les raids impliquent de plus en plus d’appareils : 300 début 1945, 1 000 au cours de l’été ! 10 millions de civils sont sans-abris et 680 000 vont mourir sous les bombardements. Ce même été 1945, alors que les villes sont ravagées par l’aviation stratégique, l’aviation tactique basée à Okinawa et l’US Navy pilonnent sans relâche les côtes nipponnes en vue de la préparation du débarquement à Kyushu. Une des dernières déconvenues de la guerre pour les Japonais est l’offensive menée par l’Armée Rouge en Mandchourie en 1945. Tout espoir de médiation russe s’envole et le traumatisme causé par les deux bombardements atomiques achève de convaincre les dirigeants japonais qu’il faut maintenant accepter l’inévitable et capituler. La présence de 3 millions de combattants fanatisés et de 15 000 kamikaze n’a pu que convaincre les dirigeants américains d’employer l’arme atomique. Pour Truman, il importe avant tout d’en finir avec cette horrible guerre et d’épargner le sang des soldats américains, qui seraient des dizaines de milliers à périr pour l’invasion du Japon. En outre, il importe aussi aux Etats-Unis d’impressionner Staline. Mais la question de la nécessité des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki reste posée en raison des évidentes tentatives japonaises de règlement du conflit par voie diplomatique, sans parler de l’état calamiteux de l’économie japonaise.

Comme l’avait prophétisé l’amiral Yamamoto, la puissance industrielle des Etats-Unis s’est avérée être le facteur décisif. En avril 1944, l’amiral Spruance dispose de 19 porte-avions et de 900 appareils. En 1945, l’US Navy compte 3,4 millions d’hommes, dont 1,6 millions servant à bord de navires ! Les chantiers navals permettent en effet aux Américains non seulement de remplacer les pertes au combat, mais ils leur permettent de se doter de flottes aux effectifs défiant toute imagination. Les chiffres de la construction de bâtiments de guerre aux USA sont ahurissant : entre 1939 et 1945, 27 grands porte-avions sont livrés à l’US Navy, ainsi que 10 cuirassés ou croiseurs lourds, 33 croiseurs, 352 destroyers et 203 sous-marins. Les porte-avions d’escorte sont aussi livrés en masse puisque les arsenaux Kaiser et Todd en construisent 106 ! De son côté, le Japon n’est en mesure de fournir à la flotte impérial que 12 porte-avions, 1 cuirassé, 18 croiseurs, 24 destroyers et tout de même 130 sous-marins, dont l’emploi sera pourtant peu couronné de succès, puisque utilisés uniquement contre les navires de guerre ennemis. Un autre facteur d’affaiblissement progressif et constant de la puissance de l’armée nipponne est le manque cruel de pilotes expérimentés, en raison d’un fort taux d’attrition et du fait d’une formation de plus en plus écourtée. Bien plus, la nouvelle génération de chasseurs américains surclasse la plupart des appareils nippons.

 

Les pertes des forces armées japonaises entre décembre 1941 et septembre 1945 se montent à 1 700 000 morts. Un chiffre très élevé qui montre le caractère indubitablement fanatique du combattant nippon et le manque de sens tactique de certaines méthodes de combat, comme les charges banzaï. Ces pertes élevées illustrent également indubitablement la puissance de feu et l’écrasante supériorité en hommes et en matériel dont disposent les Alliés dans les phases finales de la guerre. De leur côté, les Américains n’ont pas eu plus de 80 000 tués dans le Pacifique (sur 291 000 soldats tués au combat et 114 000 morts pour autres causes pendant le conflit). L’US Army y déplore la perte de 160 454 hommes, dont 28 880 tués, sans compter les 4 458 hommes tombés en Chine, en Birmanie et aux Indes. L’USMC compte moins de 20 000 morts au combat ou de maladie. Quant aux Britanniques, seuls 7 000 métropolitains sont morts en Birmanie, 2 600 autres combattants étant portés disparus. Au total, l’empire britannique -métropole, dominions et colonies- accuse la perte d’au moins 350 000 morts pendant la Seconde Guerre Mondiale, la plupart étant tombés contre les Germano-Italiens. Les pertes civiles et militaires chinoises, très difficiles à chiffrer, se montent à plusieurs millions. Si l’Europe est le continent le plus ravagé par le conflit et celui qui compte la plus grande partie des 52 millions de morts de la Seconde Guerre Mondiale, l’Asie et le Pacifique n’ont pas été épargnés par la guerre et son cortège d’horreurs et de destruction.