Films de Guerre/ War Movies (17/100): LE PONT

 LE PONT

 

Le Pont: un groupe de jeunes soldats allemands confrontés en 1945 à l’invasion de leur patrie.

La version de 2008 bénéficie de moyens plus conséquents que celle de 1959.

                                                        

A gauche, l’affiche de 1959. A droite, la version de 2008.

Après la version de Bernhard Wicki datant de 1959, inspiré d’une histoire vraie, Le Pont de Wolfgang Panzer (sic!), sorti en 2008 (ce n’est qu’un téléfilm; l’oeuvre de 1959 étant destiné au grand écran), se déroule dans un petit village allemand en avril 1945. Un groupe d’adolescents sont poussés à combattre pour défendre leur patrie. Enrôlés au moment où leur village est menacé, ils auraient dû théoriquement rattachés au Volkssturm, bien que leurs uniformes soient plus dignes de ceux de la Wehrmacht. A ce propos, la version de 2008 est nettement plus réaliste que celle de 1959: uniformes, armements et équipement sont bien plus conformes à l’année 1945 (nos jeunes Landser du film de 1959 ont l’air d’être des recrues de 1940…). Ces jeunes soldats sont en fait incorporés au sein d’une Volksgrenadier-Division, soit une division d’infanterie, de la catégorie levée à partir de l’automne 1944.

Les jeunes Allemands sont fanatisés par les cadres locaux du parti (le père d’un des garçons). Une critique de l’endoctrinement et du nazisme, très visible dès la version de 1959, sortie dans un contexte de Guerre Froide et de création d’une nouvelle armée allemande, la Bundeswehr.
Dans les deux versions, les « anciens » soldats semblent s’émouvoir de leur sort. On leur assigne une mission secondaire, avec l’espoir qu’il ne leur arrivera rien: en l’occurrence, la défense du pont de leur propre village.
L’instruction qu’ils reçoivent est des plus sommaires (à la caserne uniquement dans la 1ère version en noir et blanc), ce qui ne les empêche pas d’accomplir quelques exploits face aux soldats américains… On perçoit clairement la fierté de ces Allemands lorsqu’ils revêtent l’uniforme de la Wehrmacht, leur enthousiasme, leur fascination pour des armes tels que le Panzerfaust, mais aussi leur naïveté et leur jeunesse… La mort du premier d’entre eux va les déterminer à combattre avec acharnement.
Des combats acharnés face aux Américains, assez réalistes. Dommage qu’in char moderne suive une réplique de M4 Sherman, beaucoup plus à sa place en 1945 (même s’il s’agit d’un vieux modèle)…
Dans ce film, les réalisateurs nous dressent des portraits de jeunes allemands aux profils psychologiques fort variés, tous plus ou moins va-t’en-guerre, avec l’insouciance de la jeunesse. Autre préoccupation de leur âge, les filles, à tout le moins les jeunes femmes car l’un des héros noue une idylle avec sa professeur, de façon fort explicite dans la version moderne (en 1959, un des garçons -Karl- s’est amouraché de l’assistante-coiffeuse de son père, tandis qu’une autre fille est amoureuse du jeune Klaus), mais beaucoup moins déshabillée et pudique dans l’ancienne version…
Une enseignante bien entreprenante…
Le début du film nous montre le quotidien de civils allemands d’un petit village alors que le III. Reich s’écroule
 L’absurdité de la guerre, le sacrifice inutile de la jeunesse, des ordres insensés: on critique la guerre et les conséquences de l’endoctrinement dans l’Allemagne nazie. On éprouve de la sympathie pour ces jeunes sacrifiés pour rien. Ce ne sont après tout que des gamins, encore adolescents et ignorant des choses de la vie. On laisse le lecteur découvrir le final… On reste surpris de l’indifférence des Américains à l’égard d’un des protagoniste
Au final, un téléfilm bien fait, que ce soient pour les scènes d’action ou celles plus calmes, avant et pendant l’affrontement avec les Américains, et tout aussi -voire plus- intéressantes, dans lesquelles le réalisateur nous montre un groupe d’adolescents pris dans les tourments d’une époque tragique. L’atmosphère de l’Allemagne de 1945 paraît bien rendue.

 

GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (42/44): Okinawa (II)

OKINAWA : LA BATAILLE DANS LE SECTEUR SUD,

18 AVRIL-22 JUIN 1945

 

Le sort de la bataille d’Okinawa se joue dans le sud de l’île, où se sont retranchées les forces japonaises d’Ushijima. Les combats vont s’avérer particulièrement meurtriers et sont d’emblée très disputés. La 96th ID est confrontée à un premier obstacle dès le 9 avril, lorsqu’elle s’attaque au village de Kakazu. Habilement mis en défense par les troupes nipponnes, ce village perchée et les collines environnantes vont représenter un cauchemar pour les GI’s. En effet, tous les assauts américains sont repoussés du 9 au 16 avril. Certes, la 62ème division japonaise perd plus de 4 600 hommes dans les combats, mais les Américains n’ont pas réussi à percer et les pertes sont très lourdes : 2 000 hommes, dont 600 tués.

Le général Buckner décide de frapper en force dès le 19 avril, en engageant cette fois-ci trois divisions en attaque. Buckner a en effet bien discerné que sur un tel terrain une percée n’a de chance d’être acquise qu’en employant des moyens conséquents. Les 27th et 7th US ID viennent donc renforcer la 96th. Sur le flanc gauche, les 7th et 96th ID sont confrontées à une situation particulièrement délicate. Les GI’s sont en effet bloqués par les défenseurs japonais. Une tentative de débordement de la fameuse colline sur laquelle est perché Kakazu tourne vite au désastre. 8 blindés sur les 30 engagés parviennent à rejoindre les lignes américaines après un fiasco total. Une unique pièce de 47 mm japonaise est parvenue à mettre hors de combat 4 Sherman à elle seule tandis que d’autres blindés sont victimes d’attaques suicides de soldats japonais bardés d’explosifs ! Fin avril, les pertes sont telles au sein des 7th et 96th ID que les deux divisions doivent être relevées. Toutefois, le succès est assuré sur l’aile droite, dans le secteur assigné à la 27th ID. La percée est en effet réalisée et la prise de contrôle de la vallée d’Urasoe-Mura permet d’envisager une manœuvre d’enveloppement qui aboutit enfin à la prise de Kakazu le 24 avril. L’avance totale n’excède pourtant pas quelques kilomètres et, en fait de percée, il s’agit tout au plus de la prise des premières positions de défenses japonaises.

Début mai 1945, les Américains piétinent en effet devant la défense acharnée de leurs adversaires. Le secteur de Shuri s’avère en particulier être un noix bien difficile à casser. C’est alors que le général Cho, chef d’état-major d’Ushijima, met au point une contre-attaque impliquant la 42ème division d’infanterie et la 44ème brigade mixte. Cho vise purement et simplement à isoler la 1st Marine Division et tenter de s’emparer de Futenma où, d’après le service de renseignement nippon, est établi le QG de Buckner. Cette ambitieuse attaque doit en outre être appuyé par des débarquements de faible ampleur sur les arrières américains. Le 4 mai au matin, le flot de l’infanterie nippone emporte les premières lignes de la 7th ID de Maeda à Ouki, sans accorder le moindre quartier aux défenseurs abasourdis. La pluie qui s’abat sur un terrain particulièrement meuble n’est cependant pas sans entraver les mouvements et constitue une gêne considérable pour les assaillants. Dans ces conditions, Cho ne parvient qu’à s’emparer de l’éminence de Tanabaru, entre les 7th et 77th ID. Certes, le succès tactique est indéniable, mais on est bien loin des objectifs de l’offensive. Buckner réagit d’ailleurs promptement dès le lendemain et, après deux jours de combats sanglants, qui occasionnent de terribles pertes dans les deux camps, les Japonais sont repoussés sur leurs lignes, ayant perdu tous les gains des jours précédents. 5 000 japonais ont péri au cours des ces quelques jours de combat, pour 1 200 pertes américaines. Ushijima prend alors la mesure des forces qui lui font face et comprend désormais que la partie est perdue. Dès lors, il ne lui reste plus qu’à vendre chèrement sa peau et occasionner le plus de pertes aux Américains et tenir le plus longtemps possible afin d’accorder le plus de temps possible à la mise en défense du Japon et permettre également aux Kamikaze de lancer le maximum d’opérations en direction de la flotte alliée.

Buckner s’emploie alors à enfoncer le front japonais de part et d’autre de Shuri. Les difficultés rencontrées sont telles que l’intégralité du mois de mai doit être consacrée à cette difficile tentative de percée. Les défenses japonaises doivent être assaillies sur l’intégralité du front afin de disperser les efforts de l’adversaire, mais l’assaut sera plus conséquent sur les deux ailes, le long des littoraux. Buckner envisage de détruire la majeure partie des défenseurs nippons encore présents dans l’île au cours de cette offensive. La tâche ingrate d’occuper les défenseurs japonais de Shuri est confiée à la 1st Marine Division, vétérante de bien des campagnes. L’opération est bien délicate et combattre ce réseau de collines fortifiées et déloger les japonais de leurs retranchements ne sera pas une mince affaire. Elle est cependant indispensable pour permette à la 96th ID de s’emparer de Yonabaru et à la 6th Marine Division de prendre la colline de « Sugar Loaf », près de Naha, sur la côte ouest. Cette colline est un morceau ardu. Les Marines de la 6th Marine Division réussissent à la prendre à la suite d’une attaque menée par le colonel Courtney le 14 mai. Le lendemain toutefois, à peine 15 survivants en reviennent, blessés pour la plupart d’entre-eux. Les deux jours suivants, de nouvelles tentatives américaines échouent dans un bain de sang face à des défenseurs admirablement retranchés. Le 19 mai, la 6th Marine Division s’empare enfin définitivement de la position, après une difficile bataille. Les pertes sont très lourdes puisque 2 662 Marines ont été perdus en à peine six jours de combats féroces, dans des conditions qui ne sont pas sans rappeler certains champs de bataille du premier conflit mondial. Le calvaire des Américains n’est pas fini puisque d’autres collines tout aussi redoutables se trouvent devant eux. Sur le littoral est, les combats sont également terribles pour les GI’s. Toutefois, la 96th ID s’empare de « Conical Hill » le 13 mai et Yonabaru est enlevée par la 7th ID le 23. Les percées sont donc finalement effectuées sur les flancs est et ouest, le long de la mer. Au centre, la situation tourne au cauchemar pour les Marines empêtrées dans la boue face à un adversaire coriace redoutablement retranché. Le terrain, bouleversé par les obus et la pluie, entrave les mouvements et seul un ravitaillement par voie des airs s’avère possible. Les combats pour les crêtes de Dakeshi puis de Wana sont très coûteux en hommes et en blindés. Décontenancés par leur impossibilité de percer, les Américains décident de soumettre Wana à 15 jours de bombardements en règle. Les navires de la flotte, l’artillerie de campagne et les escadrilles de l’aviation embarquée se relaient pour écraser les tranchées japonaises sous un déluge de feu et de mort. La crête de Wana est enfin prise le 28 mai, pour être aussitôt reprise par une féroce contre-attaque nippone ! Le repli japonais a toutefois commencé deux jours plus tôt, en raison de la menace qui se profile aux ailes. La retraite ne passe pas inaperçue et tourne à une boucherie innommable quand l’artillerie américaine se déchaîne sur les colonnes de militaires et de civils en fuite vers le sud de l’île. Le 31 mai, les combats cessent dans le secteur de Shuri.

Cette retraite inexorable vers le sud signifie que la fin est proche. Les Américains veulent accélérer le processus et débarquent ainsi le 4th Marine Regiment, puis le 29th Marine Regiment, dans la péninsule d’Oroku le 4 juin. Les troupes de marines de l’amiral Ota leur oppose une résistance désespérée mais ne peuvent empêcher la progression américaine : les grottes et les points d’appuis tombent les uns après les autres, sous les coups conjugués des grenades et des lance-flammes. Le 12 juin, les Américains ont la stupeur de voir surgir des drapeaux blancs, pratique inhabituelle en effet pour une armée nippone si hostile à toute idée de reddition. S’agit-il d’un piège ? En fait de capitulation, les Japonais sollicitent une trêve afin de pouvoir se suicider ! Les Japonais ont perdu 4 000 hommes et les américains tout de même 1 608 hommes et 30 Sherman.

Pendant ce temps, la 32ème armée japonaise a finalement stoppée son mouvement de retraite et elle établit ses positions sur une nouvelle ligne de collines, de Yaeju Dake, Yuza Dake et Kunishi. Les positions sont formidables mais Ushijima, le dos à la mer, ne dispose plus que de 30 000 hommes très mal ravitaillées. Les conditions de vie sont atroces et les médicaments manquent cruellement pour soulager la souffrance des blessés, dont beaucoup périssent faute de soins appropriés. Les combats commencent le 9 juin et sont d’emblée toujours aussi acharnés. Le 10 juin, les Américains sont au pied des collines. Le 14, Yaeju Dake tombe, suivi de la crête de Kinishi deux jours plus tard. C’est alors que le général Buckner est tué par des tirs de canons de 47 mm alors qu’il entreprend une tournée d’inspection dans les lignes de la 6th Marine Division. Le général Geiger, du corps des Marines, assume alors le commandement. La fin est pourtant proche. Le soir du 21 juin, Ushijima et Cho, dans leur QG de Mabuni, exécute le rituel du suicide –Sekkupu- : après s’être enfoncé un sabre dans le ventre, les deux officiers sont décapités par leurs ordonnances. Le lendemain, Geiger annonce la fin de la bataille. Celle-ci se poursuivra toutefois encore jusqu’au 1er juillet, causant encore 783 pertes américaines supplémentaires.

GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (41/44): Okinawa (I)

 

OKINAWA : L’ULTIME BATAILLE,

1er AVRIL-21 JUIN 1945

Au début de l’année 1945, les responsables japonais savent pertinemment que le Japon sera bientôt l’objet d’une offensive alliée. Les Américains sont maintenant assurés que le Japon n’est pas encore disposé à rendre les armes en dépit des sévères revers subis l’année précédente. L’étau se rapproche et une attaque massive en Mer de Chine semble imminente. Les stratèges américains optent pour un assaut sur l’île d’Okinawa, longue d’une centaine de kilomètres et étape indispensable sur la route qui mène à Kyushu, l’île la plus méridionale de l’archipel nippon. Les Japonais ont pleinement conscience de l’importance d’Okinawa. La défense de l’île est confiée à la 32ème armée japonaise du général Ushijima, une force imposante qui totalise pas moins de 110 000 hommes admirablement retranchés dans un réseau de fortifications et de grottes. La garnison japonaise n’est toutefois pas seule pour faire face à l’imminente attaque japonaise. Les stratèges japonais ont en effet mis au point un plan de bataille très simple mais pour le moins original. Il est en effet décidé de ne pas s’opposer au débarquement américain. La subtilité du plan réside dans le fait que les Japonais comptent ainsi frapper en masse la flotte américaine avec des vagues de Kamikazes qui, pense t-on, ne manqueront pas de causer des pertes sensibles à l’US Navy. Celle-ci n’aura alors d’autres alternatives que de lever l’ancre afin de se mettre à l’abri de ces assauts dévastateurs, abandonnant par là même à leur sort les GI’s et les Marines débarqués à Okinawa. Le combat sera mené sans pitié et le haut-commandement japonais attend de ses hommes le sacrifice ultime pour apporter la victoire : les combattants doivent rechercher délibérément la mort en tuant leurs adversaires. On attend que chaque avion ou bateau explosif détruise un navire de guerre et que chaque combattant à terre détruise un char ou tue dix soldats ennemis. Tous les combattants japonais reçoivent ainsi le nom de Kikusiu, « chrysanthème flottant », symbole de pureté de l’âme. L’impact psychologique de l’anéantissement des forces américaines sur l’île ne sera pas sans gonfler à bloc le peuple japonais et ses forces armées, alors sur la défensive. Bien plus, les Américains, confrontés à de terribles pertes, auraient ainsi un avant-goût du coût que représenterait l’invasion du Japon, ce qui ne pourrait que les inciter à envisager un compromis avec l’empire du Soleil Levant. Les Américains ne vont toutefois pas s’engager à la légère dans l’opération. Celle-ci est confiée à la 10th US Army du général Buckner, articulée en deux corps, totalisant 4 divisions de l’armée de terre et 3 divisions de Marines. Buckner dispose de 180 000 hommes. Avec la marine, c’est un total de 450 000 Américains qui sont impliqués dans l’opération. L’amiral Spruance est a la tête de la flotte de guerre la plus puissante jamais rassemblée : 1 200 navires, dont 40 porte-avions, 180 cuirassés et 200 destroyers ! Pour les Américains, la victoire ne fait pas l’ombre d’un doute.

        

L’opération est lancée le 1er avril 1945. Un déluge de feu s’abat sur les plages de la baie d’Hagushi et les débarquements peuvent débuter sans encombre à 8h30. L’opposition est étrangement négligeable et, dès la fin de matinée, les objectifs du Jour J sont atteints, à savoir les aérodromes de Kadena et Yontan. 60 000 hommes sont déjà à terre à la nuit tombée et l’avance atteint 5 kilomètres. Les Marines sont chargés de la partie septentrionale de l’île, tâche qu’ils accomplissent promptement et sans grande difficulté, puisqu’à peine 1 120 hommes sont perdus, dont 218 tués. L’armée s’empare de son côté sans coup férir de l’île de Shima et de son aérodrome.

  

En revanche, les difficultés rencontrées par les GI’s dans leur mouvement de progression vers le sud de l’île sont nombreuses et l’armée américaine se heurte à une vive résistance, articulée sur un système défensif élaboré qui s’appuie habilement sur la topographie du terrain. Les combats pour la zone de collines de Kakazu causent de nombreuses pertes et les Américaines ne s’empare du village que le 24 avril, soit après deux semaines de combats. Le 4 mai, Ushijima se paye même le luxe d’une contre-attaque qui n’aboutit pas cependant. Le mois de mai s’avère tout aussi sanglant pour les Américains dans leurs tentatives pour s’emparer du secteur de Shuri. Les troupes de l’armée de terre, maintenant épaulée par les Marines, réussissent pourtant à forcer les lignes japonaises et Shuri tombe finalement le 29 mai. Dès lors, les Japonais sont contraints à une irrémédiable retraite et les événements s’accélèrent.

 

Le 10 juin, l’ultime assaut peut être lancé contre l’ultime bastion japonais. Le 22 juin, le général Geiger, nouveau commandant de la 10th US Army, annonce la fin officielle des combats sur Okinawa. Cette bataille est de loin la plus meurtrière pour les Etats-Unis au cours de la guerre du Pacifique. 12 300 Américains sont morts et 36 400 ont été blessés. L’armée de terre a enregistré 4 500 tués et 18 000 blessés tandis que le corps des Marines reconnaît la perte de 2 900 tués et 13 600 blessés.

 

Entre-temps, la lutte s’est déroulée de manière toute aussi acharnée dans les airs et sur mer. En effet, conformément au plan mis au point pour la bataille, de multiples attaques Kamikaze vise la flotte de l’amiral Spruance, dans le but avouée de la forcer à lever l’ancre et quitter les parages d’Okinawa. L’amiral Ugaki lance ses vagues d’avions-suicides dès le 6 avril, après une attaque préventive peu couronnée de succès de l’aviation embarquée US sur Kyushu.

En dépit de la surprise, les Kamikazes et leur escorte sont interceptés et subissent de lourdes pertes mais les Japonais frappent durement. 248 appareils japonais ont été détruits mais ils ont réussi à couler 5 navires, alors que 2 autres sont désemparés et qu’une vingtaine de bateaux, dont 2 porte-avions, sont endommagés et doivent quitter le mouillage d’Haghushi sous escorte, affaiblissant d’autant plus l’US Navy pour la bataille. Le lendemain, les résultats sont toutefois moins spectaculaires pour les Kamikazes. Leur « tableau de chasse » s’étoffe cependant sensiblement le 12 avril lorsque 350 appareils nippons, dont 180 avions-suicides, prennent l’air.

Si un seul navire américain est envoyé par le fond ce jour là, ce ne sont pas moins de 25 unités, dont deux grands porte-avions et 4 cuirassés qui doivent romprent le combat et quitter le champ de bataille sous escorte. La stratégie japonaise semble donc fonctionner à merveille. Si le carnage continue et prend de l’ampleur, Spruance sera contraint d’admettre sa défaite et de prendre le large. Le mois de mai va s’avérer encore plus désastreux pour l’US Navy qui se trouve confrontée à ces attaques meurtrières quasiment quotidiennement. 19 grands navires sont en effet coulés, dont 9 destroyers. Le nombre de navires endommagés est considérable et aucune parade ne semble efficace à 100 %. Le moral des équipages en est gravement affecté. Quand la bataille d’Okinawa arrive à son terme à la fin du mois de juin, la marine américaine peut faire le compte de ses pertes. Elle a perdu le total impressionnent de 9 700 hommes, dont 4 900 tués, 40 navires coulés et 368 endommagés, ainsi que 763 avions, un chiffre non négligeable.

La bataille d’Okinawa est également le théâtre d’un pitoyable baroud d’honneur de la Marine Impériale. Le cuirassé Yamato, armé de canons de 457 mm, prestige de la flotte et, de loin, le navire de ligne le plus puissant du monde, est en effet engagé dans une mission de sacrifice le 6 avril. Avec son escorte, le Yamato doit fondre sur la flotte alliée et y causer le maximum de dégâts avant de s’échouer sur le rivage, faut de mazout suffisant pour rejoindre son port d’attache. La flottille est toutefois interceptée par l’aviation embarquée de la Task Force 58. Le super-cuirassé Yamato est ainsi torpillé avec le croiseur Yahagi et 4 destroyers. 3 665 marins japonais succombent tandis que les aviateurs américains ne perdent que 12 hommes. Cette piteuse affaire illustre avec brio le triomphe du porte-avions sur le cuirassé au cours du conflit.

  

D’un point de vue quantitatif, les pertes essuyées par l’armée, l’aviation et la marine japonaises au cours de la bataille d’Okinawa sont colossales. A peine 3 400 hommes sur les 110 000 soldats de la garnison survivent aux combats, ce qui représente toutefois un nombre inaccoutumé de prisonniers. Les civils ne sont pas épargnés puisqu’on évalue à 40 000 le nombre de ceux qui périrent. La flotte nipponne perd de son côté plus de 3 600 tués tandis que peut-être 8 000 aviateurs sont tués à bord de plus de 7 000 appareils. Les chiffres très élevés des pertes japonaises sont très inquiètent les Américains pour l’avenir. La défense acharnée d’Okinawa n’est pas sans conséquences pour la suite du conflit. Les Américains en tirent en effet la conclusion que l’assaut de l’archipel japonais ne pourra être conquis qu’à l’issue d’une bataille sanglante et très coûteuse. Dans un premier temps, il convient de repousser les dates prévues pour les débarquements. Il s’agit également d’envisager d’autres moyens pour contraindre le Japon à capituler et, donc, épargner de nombreuses vies américaines.

 

LA FLOTTE DE COMMERCE NIPPONNE

Les Japonais ont négligé leur flotte de commerce et leurs navires transporteurs au profit de la flotte de guerre. C’est ainsi qu’ils ne disposent que de 49 pétroliers pouvant transporter 587 000 tonnes au début de la guerre, contre respectivement 425 et 389 pour la Grande-Bretagne et les USA, totalisant une capacité de transport de 6 millions de tonnes de carburant. La marine et l’armée japonaise disposent alors d’environ 1 000 navires alors que la marine marchande, déjà insuffisante avant guerre pour assurer les transports maritimes, va devoir être renforcée par la capture de navires ennemis. Les japonais n’ont en fait pas les moyens d’assurer le fret et le transport de troupes indispensable à la défense de leur immense empire. Si les pertes de la marine marchande restent limitées pendant les 5 premiers mois de la guerre, elles ne cessent ensuite de croître dans des proportions inquiétantes en raison de l’efficace intervention des sous-marins américains, dans ce qui constitue probablement le blocus et la guerre sous-marine la plus réussie de l’histoire. En 1942, les sous-marins américains coulent 180 bâtiments, totalisant 715 000 tonnes, pertes remplacées à 90 000 tonnes près. A partir d’octobre 1943, le pacifique central constitue un véritable cimetière marin pour les transports militaires, alors qu’aucune offensive majeure n’y a encore été lancée. La marine impériale s’avère même incapable d’assurer la protection des convois en mer de Chine et au large du Japon. Au total, les sous-marins américains coulent 4,5 millions de tonnes de transports, soit 53% du total des pertes navales japonaises provoquées par moins de 2% de l’US Navy. La seule marine marchande japonaise perd 2 346 navires pendant le conflit et 70 000 hommes d’équipages, dont 16 000 tués. Les sous-marins américains ont envoyé par le fond 1 300 navires, dont 8 porte-avions, 1 cuirassé et 11 croiseurs.