GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (44/44): La Mandchourie (1945)

LA MANDCHOURIE :

STALINE EFFACE L’HUMILIATION DE 1905

 


   La dernière bataille de la guerre est un immense succès pour les armées soviétiques

Le 8 août 1945, Staline déclara la guerre au Japon dans le but de conquérir d’importants territoires à l’est, actuellement sous contrôle japonais. L’Armée Rouge devait conquérir la Mandchourie, le nord de la Corée, les îles Kouriles et le sud de Sakhaline. Le 9 août 1945, les soldats soviétiques se lancèrent à l’assaut. L’opération, baptisée « Orage d’Août », bénéficie de forces considérables. Les Soviétiques engagent en effet trois fronts sous le commandement général du maréchal Vassilevsky, placé à la tête du commandement en Extrême-Orient. Le Front Transbaïkal du maréchal Malinovsky, qui frappe à l’ouest de la Mandchourie, est fort de 5 armées, dont une blindée, et d’un groupe de cavalerie mécanisée soviéto-mongol, dirigé par Pliyev. Le 1er Front d’Extrême-Orient du maréchal Meretskov, qui attaque en Mandchourie orientale, rassemble uniquement deux armées. Enfin, le 2ème Front d’Extrême-Orient du général Purkayev en concentre quatre, sans compter le groupe Chuguevsk et la flottille du fleuve Amour. Il convient d’ajouter deux armées aériennes pour que le dispositif soit complet. Il s’agit donc là de forces considérables rompues aux techniques de combats manœuvrières apprises dans la lutte menée à l’ouest contre l’occupant nazi : pas moins de 80 divisions totalisant 1,5 millions d’hommes, plus de 5 000 chars et canons automoteurs, 28 000 pièces d’artillerie et 4 300 avions. La flotte soviétique opérant depuis Vladivostok dispose pour sa part de 12 grosses unités et de 78 sous-marins. En face, l’armée du Kuantoung fait bien piètre figure devant cette débauche impressionnante de moyens. Ce groupe d’armées nippon est placé sous la direction du général Otsuzo Yamada. Le moins que l’on puisse dire est que les précédentes confrontations russo-japonaises et les différences en matière de qualité d’armement des armées respectives, ne serait-ce qu’en blindés, augurent bien mal du combat pour le Japon. L’armée du Kuantoung rassemble deux zones d’armées, soit quatre armées (équivalents chacun à un corps d’armée selon les normes des armées occidentales) et trois armées indépendantes, sans compter les forces dont disposent les Japonais en Corée. Pour être complet, il convient également de faire mention des troupes chinoises de l’armée du Mandchoukuo, un bien faible apport qualitatif pour les Japonais. Trois années de guerre du Pacifique n’ont fait qu’affaiblir l’armée du Kuantoung au profit du théâtre d’opération principal où les meilleures unités ont été englouties dans une lutte désespérée. La partie semble donc entendue. Yamada dispose tout de même d’un million d’hommes, 1 000 chars de faible qualité, 6 700 pièces d’artillerie et 1 800 avions. La disparité des forces en présence n’explique pas seule la terrible défaite que s’apprête à subir le Japon. Les responsables militaires nippons se fourvoient en effet totalement quant aux intentions d’attaque russes. Ils partent du présupposé que l’attaque soviétique depuis l’ouest se portera en direction de Hailar en suivant l’ancienne voie ferrée ou de Solun depuis la Mongolie. En fait, les Soviétiques vont non seulement attaquer suivant ces deux axes, mais leur effort principal se portera à travers la chaîne de Khingan, supposée à tort infranchissable. Bien plus, les effectifs transférés depuis le front de l’ouest par les Soviétiques sont gravement sous-estimés et la date de l’offensive est supposée être octobre 1945, voire le printemps 1946.

Les Japonais ne dispose d’aucun blindé capable d’affronter les T-34

L’offensive « Orage d’août » est lancée comme convenue le 8 août 1945. Les Soviétiques opèrent en fait une manœuvre d’encerclement tout à fait classique, si ce n’est que le champ de bataille couvre une superficie équivalente à l’Europe occidentale. La pince sud traverse les déserts et les montagnes depuis la Mongolie. Cette manœuvre, qui place les Russes loin de leurs lignes ferroviaires, surprend les Japonais, qui ne s’attendent pas à une telle possibilité en matière de logistique. Les troupes nippones sont donc battues en dehors de positions fortifiées et les zones avancées sont vite hors de tout contact. Les Russes engagent en outre des unités aéroportées qui s’emparent sans coup férir d’aérodromes et de zones urbaines en soutien de l’avance des troupes terrestres. La 6ème armée blindée parvint à franchir les montagnes de Khingan et prend à revers les lignes japonaises mais sa progression subie toutefois les aléas dus aux problèmes de ravitaillement. Les Soviétiques effectuent une percée vers le sud depuis le fleuve Amour. Le 10 août, ils entrent en Corée et ils envahissent la presqu’île de Sakhaline le 11. La guerre ne dure que depuis une semaine quand l’empereur Hiro Hito annonce la capitulation de l’empire du Soleil Levant sur les ondes. Le lendemain, le cessez-le-feu est déclaré pour le front de Mandchourie.

La supériorité de la VVS est écrasante

Les Soviétiques se sont alors déjà grandement enfoncés en Mandchourie et ils poursuivent leur avance, qui n’est désormais plus confrontée à la moindre opposition. Le 20 août, la garnison japonaise de Moutankiang capitule devant les 1ère et 5ème armées soviétiques. Les Russes prennent Tchang-Tchun et Moukden et avancent à pas de géants. A l’ouest, Guiha tombe également. Le 21 août, le général Pliyev opére sa jonction avec l’armée populaire de Mao-Tse-Toung, après avoir franchi la Grande Muraille. Pu Yi, l’empereur du Mandchoukuo, ancien empereur de Chine, tombe lui-même entre les mains soviétiques. Les soldats de Purkayev ont plus de difficulté à avancer. La 15ème armée russe prend de son côté Harbin et rejoint d’autres unités du 1er Front d’Extrême-Orient le 21 août après avoir parcouru 800 kilomètres en 12 jours. La campagne de Mandchourie est maintenant terminée.

A partir du 18 août, l’Armée Rouge entreprend une série de débarquements. Trois opérations amphibies sont ainsi effectuées dans le nord de la Corée, une sur Sakhaline et finalement une autre dans les îles Kouriles. Les Russes s’emparent de ces dernières le 1er septembre. Toutefois, les troupes débarquées en Corée sont encore isolées du gros des troupes, qui sont stoppées à peu de distance de la rivière Yalu, à l’extrémité nord de la péninsule coréenne. Les soldats soviétiques déjà en Corée parviennent à occuper une partie du nord du pays mais l’espoir caressé par les Soviétiques de faire main basse sur l’ensemble du territoire est contrecarré par le débarquement inopiné de troupes américaines dans le sud de la péninsule le 8 septembre, soit six jours après la capitulation effective du Japon à bord du cuirassé Missouri,  ancré dans la baie de Tokyo. D’après l’Armée Rouge, la campagne de Mandchourie coûta aux Soviétiques 8 219 et 22 264 blessés. Les Japonais eurent 83 737 tués, 20 000 disparus et 594 000 prisonniers de guerre. Les estimations japonaises mentionnent au contraire la perte de 20 000 morts dans chaque camp, sans compter 50 000 blessés soviétiques.

L’armée nipponne est balayée par une véritable « Blitzkrieg » soviétique

L’offensive menée par les Soviétiques en Mandchourie et les deux bombardements atomiques opérés par les Américains ont convaincus les dirigeants japonais que la lutte est désormais vaine. La présence russe en Mandchourie n’est pas sans conséquences sur les tensions internationales de l’après-guerre. La Mandchourie sera en effet la base opérationnelle du communiste chinois Mao Tsé-Toung, qui sortira victorieux en 1949 de sa confrontation avec Tchang Kai –Chek pour le contrôle de la Chine. Avant de quitter la Mandchourie, qui retourne à la Chine, les Russes démantèlent le pays de ses infrastructures industrielles pour reconstruire leur pays dévasté par la guerre. L’URSS s’empare également définitivement des îles Kouriles et de Sakhaline. Enfin, l’impossibilité pour les Soviétiques de s’emparer de l’ensemble de la Corée va mener à la partition du pays entre deux Etats, en prélude à la guerre qui va embraser la région cinq ans plus tard.

GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (43/44): Le Japon Capitule (mai-septembre 1945)

LE JAPON CAPITULE,

MAI-SEPTEMBRE 1945

 

2 septembre 1945: la Seconde Guerre Mondiale prend fin au bout de 6 ans, presque jour pour jour

 

 

Le Japon est soumis à des bombardements dévastateurs

Au printemps 1945, la victoire finale alliée ne fait plus de doute pour personnes, si ce n’est au sein de l’état-major impérial japonais, qui s’obstine à vouloir poursuivre la lutte jusqu’au bout. La situation est pourtant indéniablement préoccupante sur tous les fronts. En Indochine, les forces japonaise, passées de 35 à 50 000 hommes, attaquent les garnisons françaises le 9 mars 1945, probablement pour éviter tout pont d’appui qui pourraient faciliter les opérations américaines en direction de la Chine. En Chine, l’hiver 1944-45 voit un terme à l’offensive Ichi-Go, lancée en avril 1944. Cette opération, couronnée de succès, permet aux Japonais de s’emparer des bases aériennes de la 14th USAAF de Chennault dont les B-29 sont de plus en plus menaçants. Toutefois, en mai 1945, le front nord japonais est devenu prioritaire en raison de la menace soviétique. La contre-attaque des forces sino-américaines de Wedemeyer, qui a succédé à Stilwell, et de Tchang Kai-Chek, permet la reconquête du sud-ouest de la Chine sans grandes difficultés.

L’armée britannique en Birmanie est prête pour une nouvelle offensive

Le général Slim dispose alors de 2,7 millions d’hommes, répartis entre la 12th British Army, qui doit envahir la Thaïlande, et la fameuse 14th British Army aux Indes, qui doit reconquérir la Malaisie et Singapour. Slim, renforcé par des unités en provenance d’Europe, commande alors 28 divisions. L’aviation britannique est également montée en puissance puisqu’elle aligne 207 000 hommes et 184 escadrilles en juillet 1945. Les Japonais ne peuvent aligner de leur côté que 50 000 hommes en Thaïlande, autant dans les îles indonésiennes de Bornéo, Sumatra et Java, et 85 000 hommes en Malaisie et à Singapour. Mountbatten et Slim mettent au point les plans des futures opérations, le terme de la reconquête étant fixé au printemps 1946 dans le Pacifique du sud-ouest, mais plusieurs unités seront alors engagés aux côtés des Américains au Japon. Pendant ce temps, le 1er mai 1945, les Australiens du général Morshead procèdent à un premier débarquement sur Bornéo, suivis par d’autres en juin et en juillet. Des opérations ont précédemment touché Basilan, les Tawi-Tawi et Jolo.

La flotte alliée peut impunément lancer des attaques sur la côte nippone

Depuis le mois d’avril, les chefs d’états-majors combinés ont en effet ordonné à MacArthur et à Nimitz de préparer l’invasion du Japon. Alors que les stratèges de l’US Navy préconisent de s’emparer au préalable des côtes méridionales de la Chine afin d’établir un blocus total de l’archipel nippon et de le soumettre à des bombardements de grande envergure. Rien ne prouve pourtant que les bombardements stratégiques suffiront à emporter la décision, l’exemple de l’Allemagne étant assez parlant à cet égard. Macarthur préconise donc de son côté un débarquement à Kyushu, l’île la plus méridionale du Japon, suivi par une invasion de l’île principale de Honshu. Nimitz se range finalement aux arguments de MacArthur. L’invasion de Kyushu, baptisée opération « Olympic », doit être lancée à l’automne 1945 par 11 divisions de la 6th US Army de Krueger. De plus, la fin de la guerre en Europe doit voir le transfert de nombreuses unités de ce théâtre d’opération vers le Pacifique. Si les pertes sont du même ordre de grandeur que celles subies à Okinawa, les stratèges tablent sur des pertes d’environ 270 000 hommes pour 770 000 engagés pour « Olympic ». Truman est très anxieux sur la question des pertes américaines, mais une invasion de la Corée ou de Formose serait tout aussi coûteuse. La bataille d’Okinawa, incontestable succès américain, a comme conséquence surprenante de décourager les vainqueurs et au contraire redonner confiance aux Japonais. Les succès attribués aux kamikaze laissent espérer aux stratèges nippons que 30 à 50% de la force d’invasion pourraient être détruits en mer. Bien plus, le relief montagneux de Kyushu garantira aux défenseurs les mêmes avantages qu’à Okinawa. Sur Okinawa, 3 divisions japonaises coupées de tout soutien ont tenu pendant cent jours face à un ennemi nettement supérieur. A Kyushu, ce sont 14 divisions et 5 brigades, disposant de pièces lourdes, qui s’apprêtent à tenir les plages jusqu’au dernier homme. Cette fois-ci, les défenseurs japonais ne seront pas des garnisons isolées. Au contraire, les lignes de ravitaillement seront courtes et, comme pour le débarquement en Normandie, l’ennemi pourra bénéficier de l’arrivée de renforts pour repousser les assaillants à la mer. L’invasion est donc redoutée par l’armée américaine.

La reddition des forces japonaises: une scène si commune à l’été 1945, mais impossible en 4 ans de guerre impitoyable et acharnée

Pour de nombreux dirigeants américains, l’obstacle majeur à la reddition d’un Japon désormais vaincu réside dans la clause de reddition sans conditions décidée à la conférence de Casablanca en 1943. A leurs yeux, ceci ne peut que renforcer la détermination des Japonais à se battre avec acharnement contre toute invasion, d’autant plus qu’aucune garantie n’est donnée quant au maintien sur le trône de l’empereur, personnage sacré pour les Japonais. L’administration Truman va donc devoir trouver un compromis qui rende la reddition acceptable pour le Japon tout en ne heurtant pas l’opinion publique aux Etats-Unis, largement favorable à l’abolition du système impérial. Ce compromis prit la forme de la déclaration de Potsdam dans laquelle le président américain promet l’instauration au Japon d’ « un gouvernement pacifique et responsable, conforme à la volonté librement exprimée du peuple japonais ». Au Japon, bien des dirigeants sont désormais pleinement conscients des dangers d’une poursuite de la lutte. Toutefois, se déclarer ouvertement en faveur de la paix signifie la mort certaine. En avril 1945, le nouveau premier ministre, l’amiral Suzuki, voit en l’URSS le dernier médiateur possible pour obtenir des conditions honorables pour accepter la fin des hostilités. Le 22 juin, l’empereur lui-même demande aux responsables civils et militaires de tout mettre en œuvre pour trouver une issue diplomatique à la guerre. Toutefois, les négociations avec Moscou n’aboutissent pas. En outre, officiellement, Suzuki, relayé par la presse nipponne considère, la déclaration de Potsdam sans valeur. Les Alliés en concluent donc à un rejet des offres de paix.

 

A Yalta, les Alliés occidentaux acceptent la restauration des droits privilégiés de la Russie en Mandchourie, le retour du sud de Sakhaline et l’annexion des îles Kouriles comme prix de l’entrée en guerre de l’URSS contre le Japon. Toutefois, quelques mois plus tard, cette intervention soviétique n’est plus jugée nécessaire par Marshall puisque l’armée américaine dispose désormais de l’arme atomique. Elle est même considérée comme non souhaitable. Il est toutefois trop tard pour mettre à l’écart les Russes. En avril 1945, ceux-ci ne renouvellent pas leur traité de non-agression avec le Japon. Le 8 août, l’URSS attaque la Mandchourie où elle opère une véritable Blitzkrieg. Tout espoir de médiation soviétique s’envole donc pour le gouvernement japonais. Staline a toutefois avancée la date de l’offensive d’une semaine. Un événement de portée considérable a en effet en lieu deux jours plus tôt.

L’horreur d’Hiroshima: l’homme entre dans l’ère atomique

Le 6 août 1945, à Hiroshima, une bombe atomique, larguée par le bombardier B-29 « Enola Gay », piloté par le colonel Tibbets, réduit la ville en décombres. Près de 100 000 personnes périssent sur le coup. Le 9 août, une deuxième bombe atomique détruit la ville de Nagasaki, causant la mort immédiate de 35 000 personnes. Ce même jour, en dépit de l’aveuglement des militaires qui ne veulent pas mettre fin à la guerre, l’empereur Hiro Hito fait savoir qu’il désire qu’un terme soit mis au conflit sur la base de la déclaration de Potsdam, à l’unique condition que la dignité impériale soit maintenue. Le 15 août, l’empereur nippon s’adresse à la radio à ses sujets. Cette allocution absolument sans précédent annonce à tous qu’un terme est mis à la guerre.

MacArthur au sommet de sa gloire

La reddition officielle du Japon survient le 2 septembre 1945 à bord du cuirassé USS Missouri, à l’ancre dans la baie de Tokyo, en présence de MacArthur, nouveau commandant suprême des puissances alliées au Japon. La Seconde Guerre Mondiale, le conflit le plus meurtrier de l’humanité, au cours duquel 52 millions d’êtres humains ont péri, est enfin arrivé à son terme. Les tensions futures du monde sont pourtant déjà en germe et l’horreur des bombardements nucléaires offre une touche finale bien à l’image des cruautés innombrables qui ont déchiré et martyrisé l’humanité pendant six longues années.

 

LE PROJET MANHATTAN

Après Hiroshima, une bombe atomique détruit Nagasaki

Avant la guerre, en dépit de divers obstacles théoriques et technologiques, les progrès de la physique rendent possible la mise au pont d’une arme atomique. La question redevient pressante avec le début de la guerre en Europe. C’est ainsi que, en octobre 1939, Albert Einstein, sous la pression des physiciens Wigner et Szilard, écrit une lettre au président Roosevelt dans laquelle il affirme la possibilité de créer une bombe à uranium, précisant à l’occasion que les Nazis sont probablement déjà engagés dans cette entreprise. En juillet 1941, Vannevar Bush, conseiller du président en matière nucléaire, estime que la fabrication d’une bombe nucléaire est possible d’ici la fin du conflit. La course à l’arme atomique commence alors, les Alliés pensant à tort que les Allemands ont pris de l’avance. Le projet, baptisé « Manhattan », devient le programme de recherche et de développement militaire le plus coûteux de la guerre, atteignant finalement 2 milliards de dollars. 120 000 personnes sont impliquées, dans le cadre de 37 usines et laboratoires. Sur la base aérienne d’Alamogordo au Nouveau-Mexique, le 16 juillet 1945, la première bombe atomique explose avec succès. Elle a été mise au point à Los Alamos par l’équipe de J.Robert Oppenheimer. Dès lors, les Américains ont l’arme nécessaire pour faire plier le Japon, sauver de nombreuses vies américaines et impressionner l’allié soviétique.

2 novembre 1942 :  l’opération « Supercharge »

2 novembre :  l’opération « Supercharge »

 

La dernière offensive des Australiens a trompé Rommel sur les intentions de Monty. Le « Renard du désert » est persuadé que la 8th Army va tenter sa principale percée le long de la route côtière. Montgomery a au contraire le projet de frapper plus au sud, dans le secteur de « Woodcock » et de « Snipe ». Le secteur est en effet défendu par des troupes italiennes. Monty convoque ses principaux subordonnés pour leur expliquer avec détails la manœuvre attendue. La discussion est très précise et de nombreuses modifications sont adoptées. La manière de commander de Montgomery et les qualités de de Guingand au poste de chef d’état-major sont brillamment illustrées par cette conférence. Lors de la première bataille d’El Alamein, personne, à part Auchinleck et Dorman-Smith, n’était en mesure de saisir la totalité des buts et objectifs d’une opération. La 8th Army se prépare à cette poussée finale, qui doit réaliser enfin une percée et aboutir à la victoire dès le 27 octobre. Le 30th Corps reçoit en effet l’ordre de retirer du front la 2nd New-Zealand Division,y compris la 9th Armoured Brigade, et rejoindre la 10th Armoured Division, déjà mise en réserve. La 7th Armoured Division reçoit également pour consigne de se préparer à rejoindre cette réserve qui se constitue dans le secteur nord du front.

Le plan de l’opération « Supercharge » offre quelques similitudes avec celui de « Lightfoot ».Sous le couvert des formations aériennes et avec le soutien d’une nouvelle préparation d’artillerie, les unités d’infanterie partiront les premières à l’attaque pour ouvrir le chemin aux blindés. L’objectif est distant de quatre kilomètres. Une différence de taille avec l’assaut du 23 octobre réside dans le fait essentiel que les champs de mines sont peu profonds, moins denses et non continus. L’attaque initiale de l’infanterie sera le fait de la 2nd New-Zealand Division, renforcée par l’appoint de la 151st Brigade de la 50th Division et de la 152nd Brigade de la 51th Division, toutes deux soutenues par un bataillon blindé de 38 Valentines, soit un appuis de 76 chars. Précédée d’un tir de barrage roulant de l’artillerie, la9th Armoured Brigade suivra de près l’avance des formations d’infanterie et devra exploiter immédiatement sans perdre le moindre temps. La percée de cette brigade blindée, commandée par le brigadier Briggs, devra se poursuivre deux kilomètres au-delà de l’objectif assigné à l’infanterie, jusqu’à la piste de Rahman. Il s’agit d’une véritable mission de sacrifice pour laquelle Monty dit à Briggs qu’il est prêt à assumer 100% de pertes ! Toutefois, les équipages de chars de l’unité ne sont pas mis au courant de leur mission de sacrifice afin de ne pas les démoraliser. L’initiative et l’allant de l’attaque ne doivent en aucun cas être perdu, de sorte que la 1st Armoured Division interviendra aussitôt, prête à repousser l’Afrika Korps. Des attaques simultanées seront également lancées sur d’autres secteurs du front, les unités guettant la moindre opportunité d’exploiter une éventuelle brèche. Ayant atteint la piste de Rahman, la 8th Army pourra envelopper les unités allemandes et les acculer à la mer avant de les détruire.

En fin de journée du 1er novembre, la Royal Navy se livre à un simulacre de débarquement pour abuser l’ennemi. La Desert Air Force et l’USAAF commencent pour leur part une suite ininterrompue de 7 heures de bombardement et de matraquage systématique des positions germano-italiennes. 184 tonnes de bombes tombent sur les forces de l’Axe, coupant toutes les communications téléphoniques du QG de l’Afrika Korps. L’opération « Supercharge » est lancée à 1h05 dans la nuit du 2 novembre. Un terrible barrage d’artillerie jette un ouragan de feu devant la 2nd New-Zealand Division qui part une nouvelle fois à l’attaque. 150 000 obus s’abattent sur les positions germano-italiennes en un déluge ininterrompu de feu et d’acier de 4 heures 30. Les 151st et 152nd Brigades et leurs chars Valentines de soutien se ruent courageusement sur les lignes adverses, pendant que la couverture des flancs est assurée au nord par la 133rd Lorried Brigade et au sud par le28th Maori Battalion. L’attaque débute de façon fort satisfaisante puisque la 2nd New-Zealand Division parvient à conquérir ses objectifs après avoir enfoncé les lignes ennemies sur 4 kilomètres de profondeur sans avoir subi de pertes excessives. Les Allemands de la 90.Leichte Division et les Italiens de la Trieste ont pourtant luttés avec détermination, souvent jusqu’à la mort. Profitant sans tarder de la percée effectuée, deux régiments d’automitrailleuses tentent de s’engouffrer dans la brèche. La ruée des véhicules du 1st Royal Dragoons s’avère particulièrement réussie puisque l’unité va causer de sérieux dégâts sur les échelons arrières de la Panzerarmee Afrika.

            Comme prévu, suivant de près l’infanterie, la 9th Armoured Brigade se porte à son tour à l’attaque à 6h15. En raison de nombreux problèmes mécaniques, seuls 94 chars sur 133 parviennent sur la ligne de départ. Précédés d’un barrage d’artillerie, les chars de Briggs chargent courageusement les défenses antichars germano-italiennes en position sur la piste de Rahman. Bien que Rommel s’attend à une offensive sur la côte, il n’a pas pour autant négligé les défenses plus au sud, en particulier dans le secteur de Tell el Aqaqir où de nombreuses pièces antichars sont enterrées le long de la piste de Rahman avec au moins 24 pièces de 88 mm dans des positions défensives plus en arrière. Le ciel commence à s’éclaircir à l’est, de sorte que les silhouettes des chars se découpent sur l’horizon. Le feu nourri des canons antichars parvient presque à stopper la brigade blindée mais celle-ci parvient à atteindre son objectif, au prix exorbitant de 70 chars détruits sur 94 ! Sur 400 hommes d’équipages, plus de 200 sont perdus. Les antichars germano-italiens ont retenu leur tir jusqu’au dernier moment, puis le combat se transforme en une multitude de duels. Les pertes de l’infanterie d’accompagnement sont également sensibles car le nombre de camions détruits est terrifiant. La voie est donc ouverte pour les autres unités blindées. A ce moment précis, la 1st Armoured Division est introduite dans la bataille mais sa 2nd Armoured Brigade se heurte aux Panzer et aux antichars de l’Afrika Korps au nord de Tell el Aqaqir. Rommel a décidé de contre-attaquer et ses Panzer manoeuvrent sous le couvert des 88 mm. Ce n’est pas du tout ce que voulait Monty. Les pertes sont lourdes dans les deux camps. Un autre secteur de Tell el Aqaqir est alors attaqué à son tour, cette fois-ci par la 8th Armoured Brigade. Les blindés britanniques sont une nouvelle fois stoppés dans leur élan mais ils parviennent à infliger des pertes substantielles à Rommel. Ce dernier lance tout ce qu’il possède dans la bataille mais ses concentrations sont soumises à 7 raids de 18 bombardiers. La bataille autour de Tell el Aqaqir et sur la piste de Rahman, appelée piste du Télégraphe par les Allemands, atteint donc une intensité inégalée. Sur les autres parties du front, les lignes germano-italiennes, durement pressées depuis 10 jours de combat, commencent à donner des signes de craquement. En fin de journée, Rommel fait le point. Il ne lui reste que 35 Panzer en état et à peine plus de chars italiens. Le ravitaillement est en outre plus déficient que jamais, d’autant que les mouvements des unités brûlent un carburant précieux. Du côté britannique, les pertes sont très lourdes, dépassant les 150 chars. Mais plus de 300 chars sont encore opérationnels au sein des quatre brigades blindées britanniques. Montgomery peut donc attaquer à presque 10 contre un, sans compter 300 autres blindés pouvant intervenir à plus ou moins brève échéance en cas de nécessité. La seule division blindée encore intacte dont dispose Rommel, l’Ariete, n’est pas encore sur place avec sa centaine de chars. La ligne germano-italienne n’a cependant pas cédée et aucune percée n’a été réalisée l’opération « Supercharge » est donc un échec à cet égard