Recension « La Luftwaffe face au Débarquement. Normandie 6 juin-31 août 1944 », Jean-Bernard Frappé (Heimdal, 2018)

Jean-Bernard Frappé, La Luftwaffe face au Débarquement. Normandie 6 juin-31 août 1944, Heimdal, 2018, 431 pages

Version revue et augmentée de celle de 1999.

Jean-Bernard Frappé est incontestablement un spécialiste de la question étudiée. Le travail est à l’évidence le fruit d’un travail considérable, basé sur un épluchage des archives et une confrontation avec des témoignages. L’iconographie porte la « touche » Heimdal : des photographies abondantes et de qualité, outre des profils en couleur. Ce livre fourmille d’une multitude d’informations.

L’auteur détaille avec précision les différents engagements aériens sur le front de l’Invasion. On y voit à plusieurs reprises son souci de la recherche de la vérité, une réflexion digne d’une enquête lorsqu’il s’agit d’établir la véracité sur les pertes ou sur tel ou tel engagement. On apprend beaucoup sur la bataille aérienne de Normandie, d’autant plus que le point de vue adopté est celui des Allemands. Les témoignages constituent à mes yeux le point fort du récit car ils sont fournissent un élément essentiel à la compréhension des événements.

Hélas, le titre est trompeur : plutôt que de la Luftwaffe, il est question en fait essentiellement de la chasse, accessoirement d’unités de reconnaissance ou de chasseurs-bombardiers. Des escadrilles de bombardiers, ou encore de l’engagement des Arado ou des transports Ju-52, il n’en est pas question. L’évocation des « rampants » de la Luftwaffe est anecdotique, celle de la Flak oubliée, ou presque, sans mentionner les unités radars et autres…

Le livre pêche aussi par le manque –pour ne pas dire l’absence- de réflexion stratégique, le bilan de l’engagement des escadrilles de la Luftwaffe… La litanie des duels aériens devient répétitive, un travers récurrent à nombre de récits concernant les forces aériennes. L’auteur a en effet pris le parti de raconter successivement l’engagement de chaque escadrille, donc des entrées par unité, alors que celles-ci sont engagées le plus souvent dans les mêmes secteurs. Il eût été plus intéressant et utile d’adopter une approche à la fois chronologique (en parallèle avec les opérations terrestres) et thématique (différents types de missions), le tout suivi d’un bilan.

En dépit de ces réserves, ne boudons pas notre plaisir de disposer d’un tel ouvrage: le livre, résultat d’un travail conséquent, mérite cependant l’achat car il fournit de précieuses informations et traite d’un sujet abordé de façon si précise nul par ailleurs.