Films de Guerre/ War Movies (19/100): LES MARAUDERS ATTAQUENT

LES MARAUDERS ATTAQUENT

Ce film de Samuel Fuller (Merril’s Marauders), tourné en 1961, est un grand classique, mais aussi un film très réussi. Il met en scène l’histoire véridique d’une unité américaine engagées en Birmanie et commandée par le General Merril. Le rôle titre est tenu par Jeff Chandler. Fuller rapporte des faits en partie exacts: Merril est frappé d’une crise cardiaque, ses hommes sont épuisés et décimés, ils ont pour mission de s’emparer de Myitkyina. Le réalisateur parvient à nous transmettre les épreuves de la longue marche des héros de son épopée à travers les lignes japonaises.

LES MARAUDERS DE MERRIL: l’HISTOIRE VRAIE

  

Les Marauders de Merril (assis à droite sur le cliché de gauche): une petite participation américaine à la campagne de Birmanie passée à la postérité, notamment grâce à Hollywood

La seule unité de l’US Army engagée auprès des Chinois, en l’occurrence en Birmanie, baptisée force Galahad, ou détachement 1688, puis régiment 5 307 le 1er janvier 1944, ou encore appelée les Marauders de Merrill, du nom du 1er commandant de l’unité, ne rassemble que 2 850 hommes, théoriquement rompus au combat dans la jungle et tous volontaires. Ces hommes vont combattre héroïquement dans des conditions particulièrement difficiles. L’exploit réalisé par les Marauders est sans conteste la prise de Myitkyina et de son important aérodrome en mai 1944, même si les combats s’y éternisèrent jusqu’au mois de juillet. Fin mai, il n’y a alors plus que 200 Marauders de valides ! La mission est couronnée de succès grâce à une marche forcée exténuante exécutée de concert avec plusieurs unités chinoises. Toutefois, Stilwell a beaucoup trop exigé des ses hommes et 80% des Marauders, totalement épuisés, sont hospitalisés. Galahad n’est plus opérationnel. Pourtant l’unité est reconstituée et forme ensuite la Task Force Mars, comprenant le 475th Infantry Regiment (ex-5 307), le 124th Cavalry, le 612th Field Artillery et un régiment chinois. Une unité de l’OSS, le service d’espionnage américain, sert également sous les ordres de Stilwell : le détachement 101 du major Eifler. Pendant cette campagne de Myitkyina, les Rangers kachins se battent aux côtés des forces de Merrill. Fin 1944, le détachement 101 compte 566 Américains et près de 10 000 Kachins. Les pertes totales qu’il inflige aux Japonais sont estimées à 5 500, pour seulement 15 tués Américains et à peine 200 Kachins. En outre, plus de 200 aviateurs alliés sont secourus par l’unité.

LE FILM: LES PERSONNAGES

Un chef charismatique joué avec bonheur par Jeff Chandler.

 

Le lieutenant Stockton, joué par Ty Hardin, le « beau gosse » nécessaire à tous les films américains. Comme dans les films de John Ford, on sent une relation paternaliste entre le commandant et son fidèle second.

Des soldats pittoresques, râleurs, dont un farfelu coiffé d’un chapeau de paille qui n’aime rien de plus que sa jument…Fuller s’arrête sur le quotidien de ces soldats dans la jungle et s’arrêt sur quelques individus aux caractères très différents.

Peu de femmes dans un film d’hommes…Une charmante birmane, à l’occasion d’un passage de la troupe dans un village. L’occasion d’une scène touchante avec un enfant.

 

LE FILM: L’ACTION

 

La traversée d’un cours d’eau: toujours un moment risqué, surtout dans la jungle… Les tenues sont plutôt réalistes (les hommes sont de plus en plus dépenaillés et les barbes fleurissent…).

La scène de combat à Shaduzup dans un dédale de béton près de cuves: une des scènes d’anthologie du film.

Une unité poussée au-delà des limites du raisonnable, comme dans la réalité

Deuxième scène d’anthologie: le combat défensif de nuit des GI’s près de la rivière

 

Ces soldats américains perdus dans la jungle sont tout sauf des va-t-en-guerre. Epuisés, nullement à la recherche d’une vaine gloriole, ils accomplissent cependant leur devoir. La mission accomplie, aucun sentiment triomphaliste. Ils partent pour Myitkyina… Merril risque de mourir. Cela en vaut-il la peine? Au final, aucune gloire ne semble surgir d’un fait de guerre…

Presse

Deux de mes articles actuellement dans les maisons de presse dans 2e Guerre Mondiale magazine n°82:
« Le Landser de 1940 », soit une étude du fantassin allemand, grand oublié de la campagne de 1940.
Ecrire l’histoire: « Dis-moi ce que tu écris et je te dirais quel historien de la 2e Guerre Mondiale tu es »

Recension de « Trajan »de Christophe Burgeon

Christophe Burgeon, Trajan, Perrin, 2019, 272 pages

Christophe Burgeon comble un lacune historiographie: une biographie de l’empereur Trajan. Les Romains l’ont souvent acclamé pour son excellence: il est donc particulièrement important d’en découvrir l’explication. Historien spécialisé sur la période, l’auteur manie avec dextérité les sources à disposition -elles ne sont pas si nombreuses pour connaître cet empereur antonin- pour brosser un tableau assez complet de la vie de Trajan. Connu avant tout pour ses conquêtes, ce princeps semble s’être intéressé à des questions sociales, notamment au sort des enfants pauvres. Après avoir évoqué la carrière de son père (nommé Trajanus pour éviter toute confusion…), l’auteur poursuit en relatant le cursus honorum du futur empereur sous Domitien et Nerva. Les lignes concernant le processus de succession impériale entre Nerva et Trajan, puis entre Trajan et Hadrien sont intéressantes. J’ai particulièrement apprécié le récit de la conquête de la province d’Arabie. Les campagnes de Dacie et face aux Parthes sont évidemment des incontournables sur un tel sujet. Des chapitres portent sur des questions peu abordées, comme « l’idéologie politico-morale et religieuse de Trajan ». En évoquant le gouvernement impérial, l’auteur s’attache plus particulièrement aux institutions romaines (fonctions politiques, finances, justice). En revanche, peu de choses sur le Trajan intime, sur la vie quotidienne du personnage, presque rien sur son oeuvre de bâtisseur à Rome (quid de son forum et des fameux marchés?) et quelques longueurs sur les carrières de différents individus dans un style trop académique et, parfois, des litanies de noms. J’ai été consterné de lire par deux fois « maïs » au lieu de blé lorsqu’il est question de  congiaires/alimenta… On serait donc déjà au 16e siècle? Les biographies de grands personnages romains publiées aux éditions Perrin sont remarquables et représentent les meilleures dont dispose le lectorat francophone. IL faut donc se réjouir de constater que cela continue, mais j’aurais préféré un texte chronologique et thématique à la fois, ainsi qu’un style plus enlevé… Les amateurs de Trajan et, plus généralement, de la Rome impériale, y trouveront cependant leur plaisir, d’autant que Christophe Burgeon argumente ses hypothèses en présentant les éléments qui le pousse à les présenter. Trajan a voulu marcher sur les traces d’Alexandre le Grand, mais, s’il reste un personnage moins grandiose que le Grec, son règne constitue un moment décisif qu’il est impératif de connaître. On attend avec impatience la prochaine biographie d’un illustre romain chez les éditions Perrin.

 

Recension de « L’histoire de la 1ère Division Blindée Polonaise, 1939-1945. L’Odyssée du Phénix », de Jacques Wiacek, Ysec, 2019

Jacques Wiacek, L’histoire de la 1ère Division Blindée Polonaise, 1939-1945. L’Odyssée du Phénix, Ysec, 2019, 416 pages

Un livre bienvenu pour le 75e anniversaire de la bataille de Normandie. Jacques Wiacek nous retrace le parcours étonnant et passionnant de la brigade qui deviendra la 1st Polish Armoured Division au sein du 21st Army Group de Bernard Montgomery. La qualité des recherches, ainsi que la richesse et l’originalité de l’iconographie, en font incontestablement le meilleur ouvrage sur le sujet. La précision des détails fournis est garante du sérieux de ce travail conséquent. Le texte est bien écrit et fourmille de témoignages, un élément indispensable à mes yeux. Les événements survenus en Pologne (plus de 70 pages avec l’introduction) et, plus encore, en France sont méconnus pour cette unité (et pour toutes les formations polonaises en général). La mise sur pied et l’entraînement de la division au Royaume-Uni (une trentaine de pages) constituent également un passage captivant. Les Polonais avaient incontestablement un excellent motif pour être motivés à la perspective de combattre les Allemands. Si la bataille de Falaise/Chambois est bien connue, mais fort bien relatée, on appréciera le récit captivant et moins connu (à tout le moins pour les Polonais, mais aussi pour l’armée britannique en général) des suites de la campagne du Nord-Ouest de l’Europe jusqu’en 1945. Un livre que je recommande donc. Il est par ailleurs bien écrit, ce qui ne gâche rien.Pour ce qui concerne la bataille de Normandie, le lecteur pourra compléter cette lecture par celle de La Massue de Didier Lodieu. Saluons donc cette initiative, et j’en profite pour inciter les lecteurs à aller visiter le Mémorial du Montormel, très beau musée situé sur un site majeur –et trop méconnu- de la bataille de Normandie. Je ne me lasse pas de lire sur ce conflit et j’ai découvert des éléments passionnants. Bravo.

Pour l’acheter, allez sur le site de l’éditeur:

Histoire de la 1re division blindée polonaise, l’odyssée du Phénix

Recension « Churchill, seigneur de guerre » de Carlo d’Este, Perrin, Tempus, 2019

Churchill, seigneur de guerre de Carlo d’Este, Perrin, Tempus, 2019, 1237 pages

Quel récit époustouflant! Ce n’est pas la première fois que je lis la vie de Churchill (en dernier lieu ce beau livre de François Kersaudy: Churchill, stratège passionné), qui tient du vrai roman et de l’épopée, mais ce livre, axé sur son rôle comme chef de guerre, est des plus passionnants.Churchill, très ambitieux, percutant et fort prétentieux, de caractère difficile, au physique sans aucun charme, n’inspire de prime abord que peu de sympathie. Sa dureté envers biens ses généraux renforce ce sentiment. Néanmoins, le personnage est superbe et plein d’humour, son parcours stupéfiant, son verbe magnifique.

Les pages sur ses aventures en Inde, au Soudan et aux cours de la guerre des Boers (à ce propos: lire L’or, l’empire et le sang où il est beaucoup question de Churchill) sont bien connues, mais leur récit reste toujours enthousiasmant, surtout si cela est bien écrit, ce qui est la cas ici. Féru des guerres coloniales britanniques, ces pages ont particulièrement retenu mon attention: pour celui qui veut comprendre le Churchill des années 1940, il faut connaître l’officier subalterne et le journaliste de la fin de l’ère victorienne… La fameuse charge du 21st Lancers à Omdurman (j’en suis à ma énième lecture de ce fait d’armes insensé et imprévu) et l’évasion de Churchill des mains des Boers sont toujours de grands moments à lire. On est impressionné par la compréhension de la guerre et la compassion pour l’ennemi de la part de Churchill. D’Este se trompe cependant lorsqu’il affirme que Omdurman est le cadre de la dernière charge de l’armée de Sa Majesté: il devrait s’intéresser à la Première Guerre mondiale au Moyen-Orient et à notamment aux troupes du général Allenby… Les pages consacrées à la Grande Guerre sont évidemment indispensables à la compréhension du personnage. L’après-guerre également, bien que survolé car il ne s’agit pas là d’une biographie: le sujet est bien « Churchill, seigneur de la guerre).

Ce sont bien entendu les chapitres sur la Seconde Guerre mondiale qui ont le plus retenu mon attention. Notre dette envers cet homme est considérable: un fait de nature à contredire ceux qui osent encore relativiser le rôle des grands homme dans l’Histoire, ceux qui nient qu’un homme puisse avoir une influence déterminante sur les événements (une vision erronée des choses qui n’est pas sans arrière-pensée politique). Sa détermination inébranlable, sa volonté absolue de lutter contre Hitler quoiqu’il arrive, son espérance en des jouer meilleurs, son impulsion décisive et son charisme: son arrivée au 10 Downing Street constitue un des événements majeurs de la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, je ne me lasse pas de ses discours, de son art oratoire, de son don de l’expression, de la répartie ou de la petite phrase bien choisie (il faut lire « Le monde selon Churchill : Sentences, confidences, prophéties et reparties » de François Kersaudy)… Carlo d’Este nions montre bien à quel point il s’est montré difficile dans ses relations avec ses généraux, notamment Dill, Wavell (qu’il n’apprécie vraiment pas) ou encore Auchinleck (qu’il aimait, au contraire), mais aussi Brooke. Ce dernier avait son franc-parler et savait lui tenir tête: voilà ce que le Premier Ministre appréciait. Mais il fallait aussi se montrer agressif contre l’ennemi. A contrario, il n’hésite pas à soutenir des officiers plus controversés comme Mounbatten. Churchill a multiplié les projets farfelus, le gabegies stratégiques, les sautes d’humeur malvenues, les erreurs de jugement sur les délais nécessaires pour qu’une armée soit opérationnelles… Comme Hitler, il veut tout gérer, et parfois très mal… Comme Hitler, il se croit aussi talentueux que ses généraux… Comme Hitler, il est berné par les chiffres… Comme Hitler, il estime qu’une volonté plus forte est à même de triompher de tous les obstacles… Carlo d’Este ne cache pas combien il estime que le choix -non voulu- de Montgomery pour commander la 8th Army sous les ordres d’Alexander représente l’une des décisions les plus réussies de Churchill: l’Angleterre aurait enfin le chef d’armée qu’elle mérite.

Au final, un beau récit, palpitant et bien écrit, fourmillant d’anecdotes, qui permet de revisiter les grands moments du 20e siècle à travers le prisme d’un de ses acteurs majeurs, envisagé ici comme chef de guerre. Il ne faut pas hésiter à le lire!

Les erreurs sont toutefois nombreuses, et j’ai toutes les peines du monde à les accepter de la part d’un historien à plein temps qui se veut spécialiste de la Seconde Guerre mondiale. Comme d’accoutumée, il semble que certains soient perdus dès qu’ils s’éloignent des sentiers battus de leur campagne de prédilection…

Une grande surprise: il n’est jamais question de De Gaulle. Ce dernier n’est évoqué que trois fois (à chaque fois dans l’espace d’une phrase, sans qu’il ne soit vraiment question de la France libre)  et jamais pour les événements de 1940, y compris quand il est question de la faction du gouvernement français hostile à l’armistice…

Parmis les erreurs et inexactitudes décelées:

-Carlo d’Este, comme tout anglo-saxon peu au fait de la langue de Molière, traduit « drôle » dans « Drôle de Guerre » par « amusant » , au lieu de comprendre « étrange » ou « bizarre », confondant ainsi « funny » et « strange ». Une erreur récurrente chez les historiens américains…

-Il fait débuter le guerre en mai 1940!! Page 18, parlant de Hitler se déplaçant en train jusqu’à son QG le 10 mai 1940, il écrit : ‘ »il était venu jusque-là pour assister aux premiers coups de feu de la Seconde Guerre mondiale. » Vraiment? Qui des campagnes de Pologne et de Scandinavie?

-Lorsqu’il est question de Narvik et de la Scandinavie, et notamment des projets pour « couper la route du fer », D’Este semble ignorer que la motivation première des Alliés, qui justifieraient une intervention dans le secteur avant les Allemands, réside dans la volonté de venir en aide à la Finlande. Carlo d’Este n’en parle pas du tout…

-page 632, le 17 mai 1940, il est question des « deux chefs en lice, Churchill et Hitler ». Il n’y a ni armée ni gouvernement français?

-page 678, Paris tombe le 15 juin 1940: non, la Wehrmacht y fait son entrée la veille…

-page 719: il est question de deux porte-avions français. A cette date (juin 1940),notre flotte n’en a aucun de terminé et d’opérationnel.

-page 737: il prétend (mai 1940) que la guerre en Méditerranée survient pour le pétrole. Rien de plus faux: Mussolini rêve d’un nouvel empire romain…

-page 771: d’Este attribue l’échec de Barbarossa au 5 semaines de retard survenues dans les Balkans. Cette explication fallacieuse existe-t-elle donc toujours?

-Etrangement, lors de la 1ère rencontre avec Roosevelt, il est fait peu de cas de l’importance et des implications de la Charte de l’Atlantique

-page 913, lorsque l’auteur évoque les chars spéciaux du général Hobart, les « funnies », la liste donnée donne à penser qu’il semble ignorer que le Crocodile et le Churchill doté d’un lance-flammes ne constituent qu’une seule et unique variante…

– Les erreurs concernant la guerre du désert sont sans nombre (notons au passage que globalement, Carlo d’Este est assez dur avec Claude Auchinleck): lorsque la Western Desert Force devient un corps d’armée, c’est le 13e corps, et non le 23e…; les pertes de l’opération Brevity (mai 1941) sont erronées; le Flak de 88 mm n’est pas utilisé pour la 1ère fois comme antichar lors de l’opération Battleaxe (cf Guerre d’Espagne et aussi mai-juin 1940); les effectifs en tanks de l’opération Crusader sont inexacts ; son récit de la bataille de Gazala est médiocre et ne reflète pas la réalité des événements pour un néophyte ; lorsqu’à El Alamein Montgomery lance l’assaut décisif le 2 novembre, d’Este invente l’opération Overload (au lieu de Supercharge!!) ; D’Este écrit que Rommel abandonne Tripoli le 13 janvier 1943: c’est dix jours plus tard…

-Concernant Salerne et l’opération Avalanche, nulle mention des débarquements anglais concomitants à la pointe de la botte (opération Baytown) et au talon (à Tarente…), ce qui a évidemment influé sur l’action de Kesselring à Salerne…

-page 826, il est écrit « Hitler aurait probablement gagné »si Churchill n’avait pas endossé le « rôle du seigneur de guerre ». C’est aller un peu vite en la matière: Winston Churchill n’est pas à la hauteur de ses généraux, et ses errements stratégiques le prouvent… Quant au fait qu’Hitler aurait gagné sans lui…

-page 922, l’auteur écrit que Churchill attend le 13 novembre pour « faire sonner les cloches » afin d’être assuré du succès d’El Alamein. En fait, il a été convenu d’attendre le succès de Torch, le débarquement en Afrique du Nord, qui survient le 8 novembre (cessez-le-feu avec les Français le 11 novembre).

-pages 1046-1047: en conclusion de la bataille de Normandie, parlant de l’armée allemande, l’auteur écrit que « seuls quelques vestiges s’échappèrent vers la Seine »: non, 240 000 hommes, dont de nombreux cadres, qui seront à l’origine du prolongement de la guerre et des tragédies d’Arnhem et des Ardennes…

-L’auteur donne des chiffres différents sur les pertes allemandes à l’Ouest au cours de l’été 1944. le chiffre de 300 000 est trop bas et ne concerne que la seule Normandie.

-Page 1050: il écrit que la bataille des Ardennes est la plus coûteuse de la guerre pour l’US Army. Non, la première place revient à la bataille de Normandie (deux fois plus de morts…).

-D’Este s’avance un peu en affirmant, en parlant su stalinisme: une « dictature communiste plus répressive que l’Allemagne fasciste »…

Ceci étant, ces erreurs n’ont pas entaché mon plaisir et l’ensemble reste un livre passionnant.

Recension de « Le cimetière de l’espérance. Essais sur l’histoire de l’Union soviétique 1914-1991 » de Nicolas Werth, Perrin, 2019

Nicolas Werth, Le cimetière de l’espérance. Essais sur l’histoire de l’Union soviétique 1914-1991, Perrin, 2019, 476 pages

L’histoire de l’Union soviétique connaît un renouveau salutaire depuis des années. J’ai recensé récemment Dans l’équipe de Staline, ici. Le centenaire de la Révolution d’Octobre a également été le prétexte à des publications nombreuses et fort enrichissantes. Avec ce nouvel ouvrage, intitulé bien à propos Le cimetière de l’espérance, c’est Nicolas Werth, indiscutablement l’un des grands spécialistes français de l’URSS, qui nous fait part du fruit de ses recherches sur ce vaste et passionnant sujet. L’introduction (longue de 31 pages) nous explique le parcours de l’auteur et en quoi la nouvelle donne concernant l’accès aux sources soviétiques (ouverture certes très loin d’être complète) a permis de renouveler les connaissances sur le sujet. Si les différents chapitres constituent en fait un recueil d’articles parus dans la revue L’Histoire entre 1991 et 2017, ils ont tous été revus, amendés ou augmentés par N. Werth à la lumière de ses recherches. A côté des incontournables sujets sur la Révolution ou la Seconde Guerre mondiale, on a le plaisir de lire des pages consacrées à des thèmes moins connus : « A l’Est le front oublié » (sur la Grande Guerre), « URSS : de l’amour libre à l’ordre moral », « Le « dimanche rouge » de Novotcherkassk » (en 1962) ou encore « La grande stagnation ». Plus encore, on apprécie une mise au point sérieuse et documentée sur des thèmes centraux de l’histoire de l’URSS et forts controversés, et ce loin des accents anti-communistes primaires ou a contrario nostalgiques du système soviétique, au demeurant l’une des dictatures les plus abjectes qu’ait connu le monde. Ainsi des chapitres « La vérité sur la grande terreur », « Goulag : les vrais chiffres », « Les derniers jours du tyran », etc. Au final, 21 chapitres agréables à lire sur une des histoires les plus conséquentes du 20e siècle. Un ouvrage réussi qui a aussi le mérite de pouvoir faire une comparaison avec le nazisme et le fascisme contemporains, systèmes totalitaires de nature et de projets forts différents, et, contrairement à l’Union soviétique (qui n’est certes pas un modèle), loin d’avoir été porteurs d’une quelconque espérance pour l’humanité…

Recension de « Un village vosgien et deux déportations : Moussey 1944 » de Jean-Michel Adenot, Editions Jardin David, 2018,

Jean-Michel Adenot, Un village vosgien et deux déportations : Moussey 1944, Editions Jardin David, 2018, 255 pages

Cet ouvrage nous démontre sans ambages qu’un écrivain peut faire et écrire un livre d’histoire sans être un professionnel, à savoir être un historien de formation. Le travail de Jean-Michel Adenot s’appuie sur une recherche rigoureuse dans les archives ainsi que sur un questionnement sérieux des témoignages. On apprécie les détails ajoutés en notes, souvent fort à propos.

Un des intérêts du livre est de nous faire découvrir un drame moins connu que celui des Glières ou encore du Vercors, pour ne pas parler d’Oradour-sur-Glane. Jean-Michel Adenot raconte le martyr de villages, suite au démantèlement du maquis. Le massacre est sans nom. Quant à ceux qui ne seront pas tués immédiatement, ils sont nombreux à être déportés (le 18 août 1944, puis le 24 septembre de la même année). Un drame survenu au moment de la libération du pays, alors que la liberté se rapproche… Le sort des Britanniques du SAS est également évoqué.

Après un récit des événements, l’auteur se livre à une véritable enquête. Il questionne les suites de ces crimes, en abordant le déroulement des procès d’après-guerre et en évoquant le parcours des collaborateurs français qui ont travaillé avec la Gestapo de Strasbourg. Ce récit m’a replongé dans mes années de chercheur à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, lorsque j’ai dû traiter les cas de déportés du camp de Schirmeck, ainsi qu’étudier le cas des maquis de la région. Outre les événements tragiques survenus à Moussey (le témoignage de Jean Vinot est le bienvenu), ainsi que la poignante description des conditions de vie des déportés au Kommando de Haslach (dépendant de Schirmeck), le témoignage du SS Isselhorst (le chef des polices allemandes d’Alsace) constitue un des moments fort du récit, car il est proprement stupéfiant : le déni des crimes perpétrés, ainsi que la vision des événements par ce personnage sont du plus haut intérêt.

Au final, cette enquête révèle les complicités qui ont existé avec les Allemands et qui ont présidé à ce drame. On est également surpris des « espions » que les Allemands espéraient laisser derrière eux après leur repli, de même que de la véritable impunité dont ont bénéficié les criminels nazis (dans cette affaire comme dans tant d’autres…).

Jean-Michel Adenot a réussi le tour de force à dépoussiérer de nombreuses zones d’ombre. Un beau livre d’Histoire qui répond à un impératif de devoir de Mémoire : on aimerait que des initiatives de ce genre se multiplient partout où de tels drames et des faits de résistance se sont produits au cours des années noires.

Site de l’éditeur pour acheter un livre:

https://editionsjardindavid.webnode.fr/commander-un-livre/

Recension de « La Peur et la Liberté. Comment la Seconde Guerre mondiale a bouleversé nos vies »de Keith Lowe, Perrin, 2019,

 

Keith Lowe, La Peur et la Liberté. Comment la Seconde Guerre mondiale a bouleversé nos vies, Perrin, 2019, 640 pages

Quel est le legs de la Seconde Guerre mondiale ? Comment a-t-elle eu une influence sur nos vies ? Vaste sujet traité avec brio par Keith Lowe. L’auteur a pris le parti de débuter chaque chapitre par le récit du parcours d’un individu qui introduit le propos qui va suivre, menant le lecteur d’un cas particulier à des généralités. Les personnes choisies par l’auteur ont été sélectionnées avec bonheur, même si Keith Lowe confesse que nombre d’entre eux sont des Anglo-Saxons. Certains témoignages sont stupéfiants, comme ce médecin japonais qui a procédé à la vivisection de prisonniers chinois… Les thèmes abordés sont fort variés. Loin des poncifs habituels, l’auteur sait nous replonger dans la détresse d’après-guerre, après le choc d’un cataclysme sans précédent. Les espérances de toutes sortes, ainsi que les craintes, mais également les désillusions qui surgissent rapidement sont très bien traitées.  Il est aussi bien question de On ne sera pas forcément d’accord avec toutes les conclusions de l’auteur, peut-être parfois -mais très rarement-  un peu trop marqué politiquement (ou alors est-ce juste un sentiment par ce que cela ne concorde pas avec ma vision des choses), d’autant que certaines imprécisions entachent parfois le propos pourtant très savant, fort documenté et le plus souvent argumenté avec bonheur. Un seul exemple. Lorsque affirme que le niveau de vie des Britanniques était identique à celui des Américains à la veille de la guerre en se basant sur le PIB des deux pays, on se retient de rire, car ce n’est pas un critère pour le déterminer : l’équipement et le quotidien du ménage moyen Outre-Atlantique ne peut pourtant se comparer avec la situation qui prévaut Outre-Manche… Les pages consacrées à l’Europe sont un peu décevantes et ternes, peut-être un peu trop… britanniques, l’auteur ne semblant pas se rendre compte du rôle moteur de la France (notamment pour le CECA). On semble parfois s’éloigner de la Seconde Guerre mondiale et de ses conséquences l’orque sont abordés certains sujets ou exemples très contemporains sans qu’il n’y ait de relation de cause à effet. Le résultat reste cependant impressionnant. L’auteur nous livre ici une somme appréciable et bienvenue, sans équivalent, un travail qui pousse par ailleurs à la réflexion. Je pense qu’il s’agit d’un très bel ouvrage, pour ne pas dire un ouvrage majeur, qui mérite d’être lu pour saisir le monde actuel, car la Seconde Guerre mondiale est en grande partie la matrice du monde contemporain, et ce sur de nombreux plans, que ce soient la question de l’ONU, de l’organisation du commerce mondial, de la genèse de la cour de justice internationale, ou encore comment des débats majeurs actuels –le nationalisme, l’immigration ou la mondialisation- peuvent être liés ou faite écho à la période trouble de l’après-guerre. Les pages consacrées aux  Etats-Unis ou à l’Union soviétique au sortir de la guerre sont passionnantes, de même que celles consacrées à l’Afrique. Toutefois, si j’ai apprécié ce livre, j’ai une grande déception: concernant le legs de la Seconde Guerre mondiale, rien sur la vie quotidienne, les pratiques ou les objets, sur son importance dans notre imaginaire ou encore comment l’événement est perçu et enseigné, rien sur les retombées culturelles, rien sur l’impact sur l’art, le cinéma, la littérature ou autre, et trop peu sur la science ou la philosophie. Pa grand chose non plus sur la façon avec laquelle on perçoit certains pays depuis la guerre, te comment cela a-t-il pu influer sur les relations internationales, et ce à différents niveaux. L’auteur, britannique, n’est pas non plus issu d’une nation qui a connu la nuit de l’Occupation… Ce livre est pourtant remarquable, je le recommande aux passionnés de la Seconde Guerre mondiale : son étude et sa compréhension ne doivent pas se borner au déroulement du conflit, ni à sa genèse, mais il importe d’en saisir les conséquences à travers un ouvrage écrit avec sérieux.

Recension de « US Soldier vs. Afrikakorps Soldier: Tunisia 1943 » de David Campbell, Osprey Publishing, 2019

 

David Campbell, US Soldier vs. Afrikakorps Soldier: Tunisia 1943, Osprey Publishing, 2019, 80 pages

Les fameuses éditions Osprey publient régulièrement de nouveaux titres et ce dernier séduira les passionnés de la guerre du désert, ainsi que de la passionnante, mais beaucoup moins bien connue, campagne de Tunisie. L’auteur décortique avec bonheur et en détail les affrontements de Sidi-bou-Zid, Kasserine et El Guettar, mais sans véritable « scoop » (serait-ce possible ?). L’auteur s’avance sans doute quand il attribue un peu précocement à Rommel l’idée de s’emparer de Tébessa. On s’attend toutefois  à un récit plus précis, témoignages à l’appui, des combats menés entre fantassins des deux camps, alors qu’il s’agit ici des soldats toutes armes confondues. Alors que les éditions Osprey ont souvent été excellentes en la matière, on pourra regretter le manque d’originalité des photographies, parfois sans lien avec la Tunisie (mais évoquant la guerre du désert) lors de la présentation des deux camps. Les cartes et les illustrations sont de qualité, les ordres de bataille précis.  Je regrette que la réflexion n’ait pas été plus poussée et qu’elle se borne à quelques pages en fin d’ouvrage. Par ailleurs, Pourquoi ne pas y avoir inclus les autres affrontements américano-allemands de Tunisie, dont le premier dans le secteur de Tébourba en novembre 1942, ainsi que ceux qui sont survenus en fin de campagne dans la zone Mateur/Bizerte ? Sans doute car le parti-pris était de traiter des combats entre l’US Army et le DAK, et non d’inclure la 5. Panzerarmee. Finalement, j’aurais préféré qu’une seule bataille soit abordée, Sidi-bou-Zid notamment, mais plus en détail, et que les tactiques, doctrines des deux camps soient mieux décortiquées, le tout avec témoignages et retour d’expérience. Un petit livre qui offre un moment de lecture sympathique car il présente un bon (et clair) résumé des événements relatés.

Recension de « Till Victory » de Clément Horvath, Ouest-France, 2018

Clément Horvath, Till Victory, Ouest-France, 2018, 374 pages

Un bel ouvrage, fruit d’un travail intense et de longue haleine de la part d’un passionné. Le projet est ambitieux : traiter de l’intégralité de la Seconde Guerre mondiale en partant des lettres de soldats, ce qui a supposé un immense travail de recherches, de traduction, mais aussi de prises den contact de la part de l’auteur. Il ne s’agit pourtant pas ici d’une simple compilation d’extraits de lettres, comme dans d’autres ouvrages, ni même de témoignages. Non, Clément Horvath entend replacer chaque parcours dans l’écrin plus vaste du conflit : les récits sont effet contextualisés et accompagnés d’explications. Le lecteur qui serait un néophyte, ou à tout le moins peu au fait des événements survenus au cours de certaines campagnes, n’est donc pas perdu. Les paroles des combattants et de leurs familles sont pourtant au cœur du récit et ils en font toute la richesse. Il y a donc deux ouvrages en un : un récit de l’intégralité de la guerre et une présentation de lettres de protagonistes de cette conflagration planétaire qui permet d’appréhender le quotidien de ceux qui l’ont vécue. Le procédé est même très enrichissant, même pour un connaisseur de la période. Il reste que bien des témoignages sont poignants, car leurs auteurs sont morts à la guerre, leurs espérances de bonheur qui noircissent les pages de leurs lettres brisées par la cruauté de la guerre.  Le livre n’est pas seulement un texte conséquent (374 pages), il est aussi agrémenté de nombreuses photographies, dont celles des auteurs des lettres citées qui servent de fil directeur au récit. L’auteur étant par ailleurs collectionneur, de nombreuses scènes de reconstitution nous permettent de découvrir tout un panel riche et varié de papiers et décorations diverses, d’objets, d’uniformes et d’équipements, des pièces parfois rarissimes, toujours en accord avec le texte dans lequel figurent ces illustrations. L’auteur n’est pas un historien, ce qui n’enlève en rien la qualité du travail (indéniablement conséquent).

Passionné par la Seconde Guerre mondiale, il est des fronts dont il semble moins maîtriser les événements que d’autres. Non, la campagne de Pologne n’est pas un affrontement entre des cavaliers et des Panzer  pas plus que les paras allemands ne sont pas engagés comme tels en Pologne (leur 1er saut opérationnel survient en Norvège en avril 1940); non, il n’y a pas de Tiger à Kasserine le 19 février 1942 (ils ne dépassent pas Sidi-bou-Zid le 14 février, avant qu’Arnim frustre Rommel de l’emploi de ces monstres d’acier) ; la 8th Army ne compte pas d’Australiens ni en Tunisie, ni en Italie (la dernière unité, la 9th Australian ID, finit son parcours méditerranéen à El Alamein) ; non, le combat héroïque de Bir Hacheim n’a en rien permis le rétablissement à El Alamein (un mythe à bannir et perpétué par les seuls anciens FFL et les historiens peu intéressés par la guerre du désert: il suffit pourtant de se pencher sur le déroulement de la campagne pour le comprendre) ; il n’y a pas eu 600 000 tués allemands au cours de l’opération « Bagration » ; 200 000 véhicules alliés débarqués le 6 juin : c’est un zéro de trop ; la fameuse affaire de Graignes ne se déroule pas le jour de la contre-attaque de la « Götz von Berlichingen » sur Carentan, mais la veille et l’avant-veille (10-12 juin) et elle ne met pas en oeuvre tant de soldats allemands, qui sont loin de perdre 1 500 des leurs dont 500 tués (le chiffre est plutôt celui de la contre-attaque ratée visant la reprise de Carentan) ; Le général Roosevelt de la 4th ID est le fils de l’ancien président éponyme (« Teddy »), et non de Franklin Delano Roosevelt comme pourrait le faire croire une phrase (peut-être simplement mal tournée) ; ce n’est pas la 90th US ID qui coupe le Cotentin (ce qui était prévu), mais la 9th US ID ; l’opération « Walkyrie » à proprement parler n’est pas l’attentat contre Hitler, mais un plan avalisé par l’OKW pour mobiliser l’Ersatzheer en cas d’insurrection ou d’urgence au cœur du Reich ; enfin, comme dans nombre de publications, le terme « engineer » est mal traduit par « ingénieur », alors qu’il désigne tout simplement du personnel d’unités du génie…

Quelques coquilles, pas si nombreuses (le livre est long) et sans conséquences car l’ouvrage est vraiment très plaisant à lire, car il est bien écrit et superbement illustré. Il est en fait inédit et fort original : ces témoignages étaient inconnus et, par ailleurs, l’idée d’allier ces destins personnels avec, en filigrane, le récit complet du conflit est une excellente idée. Bravo à Clément Horvath pour ce travail. Espérons qu’il poursuivra sur ce chemin avec un nouvel opus. Un très beau livre (dans tous les sens du terme) que je recommande vivement.