Recension rapide de « Le Jour où l’Amérique a vu la guerre » de Cyril Azouvi

Cyril Azouvi, Le Jour où l’Amérique a vu la guerre, Lux, 2015, 141 pages

Un petit bijou que ce petit livre de Cyril Azouvi, fruit d’un véritable travail d’historien et d’une enquête passionnante. A l’heure où le public attend la « guerre à zéro mort », l’auteur, journaliste, nous démontre comment la couverture médiatique de la bataille de Tarawa, le fameux combat mené par les Marines pendant trois jours sur un îlot de l’atoll en novembre 1943, a changé radicalement la manière de montrer la guerre à la population américaine. Cyril Azouvi a eu le privilège de rencontrer Norman Hatch, l’homme qui a bravé les balles japonaises pour nous rapporter les seules images tournées le premier jour de la bataille… à tout le moins les plus crues. La réaction des civils américains aux premières coupures de presse et aux premières images, puis lors de la sortie de films sur le sujet est très instructive. Le gouffre qui sépare le ressenti et le vécu des soldats de « ceux de l’arrière » est parfaitement mis en exergue. Outre son enquête, l’auteur n’oublie pas de nous narrer la bataille et de nous fournir des témoignages poignants. Cyril Azouvi répond ensuite à des questions pertinentes: « Hiroshima, fille de Tarawa »? « Payer le prix de la victoire? » L’introduction est excellente et donne le ton des pages qui suivent. Un texte très actuel qui nous interroge sur notre rapport à la guerre. Une belle lecture captivante (servie par un texte bien écrit).

Recension « De la Terreur à la Lune » de Hugues Wenkin

Hugues Wenkin, De la Terreur à la Lune. La saga des armes secrètes d’Hitler, Weyrich/Pierre de Taillac, 2019, 230 pages

Hugues Wenkin poursuit sa série de livres de qualité consacrés à la Seconde Guerre mondiale. En cette année du cinquantième anniversaire de l’arrivée des astronautes de Apollo 11 sur la Lune, l’auteur nous narre les prémices de la conquête spatiale, à savoir la mise au point d’armes secrètes -les armes de « représailles » pour Goebbels- par l’Allemagne nazie. Un livre richement illustré : les photographies sont nombreuses et, surtout, les dessins superbes, et très didactiques. Hugues Wenkin nous raconte par le menu la genèse et le processus de fabrication des armes « V », au centre desquels on retrouve évidemment Dornberger et von Braun. Les difficultés diverses (à commencer par un Hitler bien dubitatif à l’origine), l’incroyable site de Peenemünde, mais aussi les difficultés qui ont dû être résolues par les ingénieurs et techniciens (et l’auteur rentre dans des détails très techniques), l’enfer de Dora (que j’ai visité en compagnie d’anciens déportés du sinistre camp lorsque j’étais à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation-FMD): rien n’est oublié. Les bunkers spéciaux et autres zones de lancements sont également abordés, à commencer par le site dit « La Coupole » (où travaille mon ancien collègue à la FMD, Laurent Thiery). La seconde partie de l’ouvrage s’attache à décrire les contre-mesures prises par les Alliés (le passage qui a le plus retenu mon attention), ainsi que l’engagement opérationnel  des armes « V », plus connu par les passionnés. Hugues Wenkin termine par un bilan: « Les armes secrètes, quel bilan devant l’Histoire? » La dernière image montrant un von Braun tout sourire en compagnie du président Eisenhower, alors que l’Allemand entame une seconde carrière après avoir servi la pire des dictatures, est à mettre en parallèle avec la photographie qui précède, illustrant l’horreur concentrationnaire. L’amateur appréciera le titre en clin d’oeil à Jules Verne… Un livre passionnant et instructif.