« Un Pont Trop Loin ». Le cor de chasse du colonel Frost et autres méthodes d’identification

Anthony Hopkins, le J.D. Frost du 7e art, jouant du cor de chasse

Avant d’être un parachutiste, John D. Frost, le héros du pont d’Arnhem (mais aussi du raid sur Bruneval, en Normandie, du largage sur Depienne, en Tunisie et du pont de Primosole, en Sicile), est d’abord officier aux Cameronians (Scottish Rifles). A partir de 1932, il sert au sein de cette unité en Angleterre puis en Palestine. Capitaine en 1938, il est transféré au sein des Iraq Levies, avec lesquels son contrat expire en 1940. En guise de cadeau de départ, il reçoit un cor de chasse en cuivre, ornée d’une inscription en argent: « Au Captain JD Frost avec les meilleurs voeux des Membres de la Royal Exodus Hunt« . Frost considère qu’il s’agit-là d’un des plus beaux présents qu’il lui ait été faits.

A droite, le véritable J. D. Frost

Quid des méthodes dont disposent les parachutistes alliées pour identifier de troupes amies le Jour J?

L’histoire du cor de chasse de Frost, qu’il utilise pour rameuter ses hommes pose la question de la façon dont les forces aéroportées ont appréhendé la question de reconnaître l’ami de l’ennemi au cours de l’opération « Overlord« .

Une fois que les hommes seront arrivés en Normandie grâce à leurs parachutes (ou à bord de leur planeur), une question tenaille les responsables des divisions aéroportées: comment se repérer dans la nuit? Comment reconnaître l’ami de l’ennemi? En cas de dispersion, outre les mots de passe, les paras alliés adoptent différents moyens de ralliements. Les Américains utilisent des criquets. La 5th Parachute Brigade britannique dispose de différents signes de reconnaissance: le 7th Bn aura des bugles (pour la chasse au renard), le 12th Bn des klaxons de motos et le 13th Bn des cornes de vélo.

Chez les paras US, on utilise au besoin des fusées tirées de pistolets lance-fusées. Le sifflet ou le corps de chasse peut également être utilisé. Un bataillon du 501st PIR utilise un clairon et un autre une cloche… Un mot de passe est adopté: à l’annonce « Flash » (« Foudre ») doit répondre « Thunder » (« Tonnerre »). Le crie de ralliement est « V for Victory » à la 6th Airborne.

 

On adopte aussi, au sein de la 101st (peut-être également, mais sous forme différente, au sein de certaines unités de la 82nd, mais sans que cela ne soit généralisé), les fameux criquets du débarquement. Il s’agit en fait d’une idée d’un aide de camp du Major General Maxwell Taylor, ce dernier veut absolument éviter une nouvelle dispersion de ses hommes comme en Sicile (il était alors à la 82nd). Ce criquet en métal est un jouet, et une commande est passée à une usine anglaise en quantités suffisantes pour en fournir aux membres de la 101st. Comme l’a immortalisé « Le Jour le Plus Long« , un « clic » doit avoir pour réponse deux « clics ».

Certains bataillons ont donc eu recours à des moyens sonores autres que le criquet pour se rassembler: un clairon au 3/506th PIR, un cor de chasse au 501st PIR, une cloche au 502nd PIR… Un brassard d’identification est également parfois en dotation: porté sur l’épaule gauche au 2/502nd PIR ou au cou au sein du 3/502nd PIR.

Recension « Utah Beach. Mardi 6 juin 1944 », éditions OREP

Christophe Prime, Utah Beach. Mardi 6 juin 1944, OREP, 2019, 128 pages

On salue ici l’initiative des éditions OREP, qui nous gratifient d’une série d’ouvrages consacrés aux sites et batailles emblématiques du Jour-J et de la bataille de Normandie. Le dernier opus est l’un des plus réussis. Les combats pour Utah Beach sont moins célébrés que ceux d’Omaha Beach, et c’est bien regrettable. Ce livre a le grand mérite de nous les faire découvrir. Il est signé Christophe Prime, historien du Mémorial de Caen, qui fait partie de ces auteurs qui comblent le vide qui est celui de nos universités en matière d’histoire militaire de la Seconde Guerre mondiale.

Fin connaisseur de la bataille de Normandie, il revient sur une bataille qu’il a déjà abordé (voir son La bataille du Cotentin). Le style, clair, précis et documenté, ravira les amateurs. L’auteur évite les poncifs, ainsi que les légendes qui n’en sont plus pour les connaisseurs (cf les fameux parachutistes suspendus au clocher de Sainte-Mère-Eglise) et sait aller à l’essentiel sans pour autant verser dans un récit rêche et sans âme : les détails et les anecdotes fourmillent (notamment sous forme d’encadrés en bas de page, tous très intéressants), ainsi que des chiffres précis et actualisés (cf les pertes à Utah Beach, l’auteur n’oubliant ni les unités rattachées à la 4th US ID, ni les unités aéroportées). De fait, Christophe Prime parvient toujours à me surprendre, alors même que j’ai multiplié les lectures sur cette campagne qui compte aussi parmi mes favorites.

L’un des atouts de ce livre réside dans son iconographie : enfin un éditeur qui nous propose de belles photographies d’époque inédites (ce qui justifie l’achat de l’ouvrage), outre les nombreux clichés de pièces d’équipements actuelles retrouvées sur le terrain, souvent très originales et rarissimes (cf aussi Traces de Guerre du même auteur). On enrage parfois à ne pas les posséder… J’ai apprécié le passage évoquant les raisons de la tenue du fameux Kriegspiel de Rennes, ainsi que l’éventualité d’un déploiement complet de la 2. Fallschirmjäger-Division dans le Cotentin. Les opérations aéroportées sont en bonne place dans l’ouvrage, et clairement explicitées. Christophe Prime a eu en outre la présence d’esprit de ne pas limiter son propos aux événements du seul 6 juin, et d’esquisser un tableau des combats menés au sud (Carentan) et au nord (Montebourg), puisque la raison d’être du débarquement sur Utah réside bien dans Cherbourg, alors même qu’il est également tout aussi impératif d’établir la jonction avec les forces débarquées sur Omaha. Quant à Utah, l’auteur nous décrit le devenir de la plage après le D-Day, l’organisation de la logistique et des unités qui y sont affectées. Il n’oublie pas non plus d’évoquer le Luftwaffe, moins absente que souvent rapporté, ainsi que la menace que représentent les mines sous-marines.

En quelque sorte spécialiste de la bataille de Normandie, j’apprécie toujours de passer un bon moment sur avec de nouvelles lectures sur le sujet, quand bien même elles sont destinées au grand public : ce type d’ouvrage correspond parfaitement à cette attente. Amateurs comme passionnés y trouveront leur compte.

 

Recension de « Bearded Brigands » de Brendan O’Carroll

 

Brendan O’Carroll, Bearded Brigands, Pen & Sword, 2003

Que découvre le lecteur dans ce livre ? D’abord un récit d’aventures, de vraies aventures. Un récit remarquable, très vivant, très instructif sur les conditions d’opérations des raiders du désert. Les photographies –nombreuses- sont également remarquables, le plus souvent inconnues et inédites par ailleurs. Le livre d’O’Carroll se distingue par un récit vivant, en fait le journal personnel que Frank Jopling, un des premiers membres du Long Range Desert Group, tenait alors qu’il était sous les drapeaux, bien que cela fusse expressément interdit. Ce faisant, il nous donne une multitude d’informations sur le fonctionnement du LRDG, sur le quotidien aussi bien en opérations (très variées, sir plusieurs années), qu’à la base (au Caire ou ailleurs), sur les différents oasis (très détaillés), sur le matériel et l’entraînement… Le récit des missions est particulièrement palpitant.

L’épopée du Long Range Desert Group, mis sur pied par Ralph Bagnold en 1940, est l’une des plus passionnantes de la guerre du désert, bien plus palpitante encore que l’odyssée (incroyable aussi) de sa cadette et consoeur, le Special Air Service créé par David Stirling au cours de l’été 1941. Les opérations menées par le LRDG sont bien plus variées que celles du SAS, ses membres, triés eux aussi sur le volet, ne sont pas des commandos, mais les aptitudes requises sont nombreuses : être sociable, avoir une bonne condition physique, posséder des connaissances en mécanique, être autonome et capable d’initiative, avoir des aptitudes à apprendre des capacités aussi nouvelles la navigation dans le désert, etc. Les péripéties sont nombreuses, aussi bien liées aux éléments et à l’environnement, qu’à l’ennemi.

Les livres consacrés au LRDG sont légions, celui-ci est -de loin- mon préféré. On appréciera Patrouilles du Désert, de Kennedy Shaw (un des compagnons d’exploration du désert de Bagnold, avant-guerre), Les Raiders. Patrouilleurs du désert d’Arthur Swinson (très illustré), ainsi que des ouvrages plus récents tels que Special Forces in the Desert War, publié par les « National Archives » (un rapport préparé après-guerre pour le War Cabinet), pour ne citer que celui-ci.On peut compléter par les trois ouvrages Osprey Publishing portant sur le sujet.

Les missions très diverses du LRDG (1940-1942)

LRDG, les Raiders du désert

 

 

 

Le LRDG, qui a assisté dans leurs missions toutes les autres unités britanniques opérant sur les arrières de l’ennemi en Afrique du Nord, est la plus célèbre des unités de raiders. Plutôt qu’à une énième redite de son histoire, intéressons-nous à la nature de ses missions et posons-nous la question de leur succès.

 

Pourquoi une telle unité fut mise sur pied et pourquoi fut-ce possible?

Lorsque l’Italie fasciste entre en guerre contre le Royaume-Uni et la France le 10 juin 1940, une sourde menace plane sur l’Egypte occupé par les Britanniques. Lord Wavell, qui occupe le poste de commandant en chef du Middle East Command, ne dispose que de ressources bien ténues pour assurer la défense de l’immense territoire placé sous son autorité. Concernant les Italiens de Libye, il importe de connaître leurs intentions: vont-ils attaquer? Si oui, le désert entre Siwa et Wadi Halfa présente-t-il des possibilités d’invasion que pourraient mettre à profit les Italiens? La question n’est pas anodine. Depuis les explorations menées dans le désert libyque dans les années 30 et la controverse quant à la possession du Gabal Uweinat et de ses puits aux confins de l’Egypte, du Soudan et de la Libye, il est évident qu’une action résolue des Italiens en poste à Koufra en direction de Wadi Halfa puis d’Assouan serait imparable. Combinée à une offensive en provenance d’Afrique Orientale, une telle éventualité serait de nature à remettre en cause la présence britannique dans cette partie du monde.

C’est un de ces explorateurs du désert, Ralph Bagnold, qui propose à Wavell la mise sur pied d’une nouvelle unité qui sera chargée de s’assurer de l’énorme flanc ouvert du désert égyptien et d’y recueillir les renseignements relatifs aux intentions des Italiens. Ce sera les Long Range Patrol Units (ou encore Long Range Desert Patrols), formées en juillet 1940, qui prennent le nom de Long Range Desert Group en novembre 1940. Outre l’obtention de renseignements, le maintien d’une activité dans les profondeurs du désert laissera penser aux Italiens que le flanc gauche anglais est assuré. La présence fortuite de Bagnold en Egypte représente une aubaine pour Wavell. Au contraire des Italiens qui comptent pourtant dans leurs rangs des navigateurs du désert tout aussi talentueux, Bagnold a tôt fait de rassembler autour de lui quelques-uns de ses fidèles compagnons d’excursions dans le désert: Bill Kennedy-Shaw, Guy Prendergast, Pat Clayton.

Bien que les Britanniques soient les champions des petites unités et des forces de commandos, le général Wavell, conscient des difficultés qui attendent Bagnold, lui rédige une note pour pallier aux inévitables tracasseries administratives qui pourraient faire obstacle à une mission jugée essentielle. Ce papier, laconique, contient les mots suivants: « A tous les responsables de départements et de services. Je souhaite que toute requête faite par le Major Bagnold en personne soit honorée sur le champ sans discussion ». Comme pour toutes les autres « armées privées » du désert, le LRDG éprouve pourtant des difficultés dans le recrutement du personnel et pour l’obtention du matériel.

Début 1941, après les premiers succès du LRDG, et devant la possible menace d’une intervention allemande depuis la Turquie ou la Syrie, le principe de la création d’unités similaires pour opérer dans les déserts syrien et africain est entériné (ce sera l’ILRS, Indian Long Range Service, constitué à partir du personnel de l’Armée des Indes mais qui sera in fine transféré du Moyen-Orient au Western Desert nord africain où il passera sous le contrôle du LRDG).

 

 

L’équipement et le matériel sont-ils adaptés?

1940. Les premiers types de Chevrolet de l’unité

Une partie des camions Chevrolet initialement utilisés sont ainsi achetés au concessionnaire Chevrolet du Caire, les autres provenant de l’armée égyptienne. Le système D permettra d’améliorer l’armement. Ainsi, des Breda de 20 mm italiens seront réutilisés par le LRDG ainsi que des mitrailleuses Vickers récupérés sur une épave d’un appareil de la RAF. La maintenance posera problème à plusieurs repris, avec les conséquences mécaniques que cela suppose. Les filtres et les pièces détachées font en effet défaut. Conscient de l’importance de la question, le Colonel Bagnold décide d’agir et, à l’automne 1941, une compagnie du RAOC est créée et rattachée au LRDG, sous le commandement du Captain Ashdown. Le maintien opérationnel des deux avions Waco, acheté par le LRDG, cause aussi des soucis puisque la RAF ne s’y intéresse pas. Pour assurer la logistique de l’unité, toujours rattachée au Middle East Command alors qu’elle est en opération loin à l’ouest du Caire, Bagnold suggère en septembre 1941 que le LRDG soit rattaché à la logistique de la 8th Army pour toutes les questions de ravitaillement et de matériel autres que ceux ayant trait à la navigation. Le matériel mis à disposition de l’unité ne cessera d’évoluer. Aux 33 Chevrolet WB 30-cwt initiaux succéderont des Ford F30 30-cwt (trop dispendieux en essence) avant de céder la place dès mars 1942 à l’emblématique Chevrolet 1533 X2 30-cwt. Plusieurs véhicules légers destinés notamment aux chefs de patrouilles, comme par exemple des voitures Ford V8, complètent la dotation: des jeeps seront finalement perçues en 1942 et même quelques automitrailleuses ainsi qu’un tank Vickers VI. Globalement, on peut souligner que bien que l’armement lourd ne fasse pas défaut, en tout cas en ce qui concerne les mitrailleuses, les véhicules ne sont pas blindés et, donc, très vulnérables. Effectuer de longs trajets ans le désert, loin de toute source de ravitaillement, suppose d’avoir à disposition un engin à la fois assez spacieux pour embarquer suffisamment d’approvisionnement, dont la consommation en carburant reste raisonnable, qui ne soit pas d’un poids excessif afin de pouvoir franchir aisément les dunes et autres obstacles et, enfin, qui soit d’une maintenance facile.

 

Les bases du LRDG

L’oasis de Siwa

Le LRDG a utilisé de nombreux oasis comme base temporaires: Jarabub Jalo, Aujila… Koufra et Siwa, plus spacieux et plus éloignés du front, furent utilisés plus longuement. La première base fut établie au Caire, notamment à la Citadelle de Saladin. Mais, dès que les Italiens eurent été repoussés jusqu’à El Agheila en février 1941, il apparaît évident que Le Caire se situe trop à l’est pour servir de base. Siwa sert de base dès avril 1941 et surtout en novembre de la même année, pour se rapprocher du QG de la 8th Army. Koufra sert de base après la prise de l’oasis par Leclerc en mars 194, et ce jusqu’en décembre de la même année (bien que la Sudan Defense Force y demeure). Jalo devient alors le nouveau QG. Siwa, redevenue la base dès février 1942, est abandonné aux Italo-Allemands en juillet 1942 avec l’avancée de Rommel jusqu’à El Alamein. Le LRDG se replie alors sur l’oasis du Fayoum.

 

Les missions de renseignement par reconnaissance lointaine

Le « road watch »

Les premières missions du LRDG (en fait le LRDP) consistent en la reconnaissance du dispositif italien dans le Sahara. Dans la mesure du possible, tout contact avec l’ennemi doit être évité. Le LRDG excelle dans ces missions de renseignements. Aussi, avec le développement de véritables unités de commandos (le SAS notamment), ses missions ont avant tout pour but d’obtenir des renseignements et de surveiller l’activité de l’ennemi. Ces missions s’effectuent très en profondeur, bien loin de la ligne de front et chaque patrouille se voit confier une immense zone d’opération. Fin juillet 1941, la patrouille T prend part à la première mission de reconnaissance de très grande envergure: son secteur de mission couvre la zone El Agheila-Marada-Zella-Hon-Bouerat. Si, à cette occasion, peu de renseignements ont été rapportés, la patrouille n’est pas détectée. En octobre 1941, réduite de 12 à 5-6 véhicules, les patrouilles sont plus difficiles à repérer et peuvent se camoufler plus aisément.

La mission de renseignement s’est traduite par ce qui a été appelé le « road watch », c’est à dire la surveillance de la route côtière, la Via Balbia. C’est à partir d’octobre 1941 que commencent ces missions visant à d’établir avec précision le trafic des véhicules ennemis en provenance de Tripoli où est acheminé l’essentiel du ravitaillement à destination de la Panzerarmee Afrika. Plusieurs secteurs ont été sélectionnés par le LRDG pour effectuer cette surveillance, notamment à proximité de « Marble Arch ». La patrouille qui est chargée d’une telle mission doit se dissimuler, le plus souvent dans un wadi, pour établir son campement: tout doit être dûment camouflé et toute trace de roues est effacée. L’observation de la route s’effectue par paire de soldats relevés toutes les 24 heures dans l’obscurité, ce qui n’est pas une mince affaire. Il faut ensuite rester étendu et immobile pendant la journée et surveiller la route. Il s’agit donc d’un travail très pénible, les sens devant être constamment en éveil pour établir un rapport exact du trafic et pour éviter d’être repéré par un ennemi parfois très proche. Deux fois par jour, un contact radio est établi avec la base du LRDG pour envoyer les rapports mais aussi pour recevoir des instructions.

 

Les « taxis » du LRDG: déposer ou récupérer des hommes ou du matériel

Les SAS avec des jeeps: plus besoin d’être convoyés par le LRDG…

Le transport de matériel pour constituer des dépôts en vue de missions futures fut l’objectif assigné à certaines missions. Le 6 novembre 1941, les 3 camions Ford d’un détachement de la patrouille S mené par le sous-lieutenant Browne quittent Koufra en direction de Jalo dans l’intention non pas d’y acheminer des commandos mais tout simplement de déposer une carte recouverte de fausses données dans le but de leurrer l’ennemi alors même que la 8th Army s’apprête à déclencher l’opération « Crusader » pour dégager Tobrouk. Le plan réussit: par la suite, on découvrit ces fausses informations reportées sur une carte italienne à Jalo. Le 29 décembre 1941, le LRDG vient en aide aux FFL de Leclerc qui s’apprêtent à opérer dans le Fezzan en apportant un poste radio (pour permettre les communications entre le QG de le 8th Army et celui des Français Libres) ainsi que 20 antitanks (des fusils antichars Boys?) à Zouar, dans le Tibesti.

Le LRDG mène également des missions de « taxis » en faveur des autres unités opérant sur les arrières ennemis. En juin 1941, la patrouille H dépose ainsi deux arabes (Libyan Arab Force ) à Gambut puis, au cours d’une autre mission, un officier et deux arabes sur les arrières de l’ennemi à Barce. C’est le 16 décembre 1941 que le LRDG, en l’occurrence la patrouille S1, mène sa première opération de taxi en faveur du SAS en acheminant 13 hommes près de Sirte. Le 17 novembre 1941, la patrouille R1 quitte Siwa pour ramener les 55 premier commandos du SAS qui vient d’être créé par le capitaine Stirling. Si seuls 21 SAS sont retrouvés et ramenés en Egypte, c’est le début d’un partenariat entre les deux unités. Parfois, une patrouille du LRDG amène des agents derrière les lignes ennemies et déposent d’autres raiders par la même occasion: c’est le cas en mars 1942 lorsque la patrouille R2, tout en emmenant avec elle des agents arabes dans le Djebel Akhdar, récupère 7 SAS comme convenu mais aussi d’autres soldats de la 8th Army et un officier de la Libyan Arab Force. Parfois, il s’agit de récupérer un pilote égaré ou encore de ramener un véhicule endommagé provisoirement abandonné.

 

Le guidage à travers le désert

Pendant l’opération « Crusader » (lancée le 18 novembre 1941), le LRDG doit patrouiller les pistes dans le secteur Bir Hacheim-El Adem-Mechili-Bir Tengeder mais aussi Jalo ainsi que le Trigh el Abd. Il doit aussi surveiller l’ennemi et transférer tout information intéressante à la Force « E », une brigade indienne et des automitrailleuses placées sous le commandement du Brigadier Reid chargé d’opérer un mouvement tournant à travers le désert depuis Jarabub. Le LRDG reconnaît à nouveau les bons passages au sud de Mersa el Brega en décembre 1942. La patrouille R1 du capitaine Browne accompagne à cet effet la fameuse 2nd New Zealand Division du général Freyberg dans son mouvement tournant visant à prendre de flanc des positions que Rommel, anticipant l’attaque adverse, a prudemment évacué. La patrouille mène donc l’avance néo-zélandaise, d’abord de concert avec la Cavalry de la division (c’est à dire son unité de reconnaissance). En mars 1943, c’est un détachement de la patrouille T2, deux jeeps et trois hommes sous le commandement du lieutenant Tinker, qui guide la division néo-zélandaise et les troupes qui lui sont rattachées dans un vaste mouvement tournant visant à contourner la « Ligne Mareth ».

 

En patrouille ou en protection en flanc-garde au profit des forces conventionnelles

Une colonne de l’Afrika-Korps: l’adversaire contre lequel il faut mener des missions de soutien au profit de la Western Desert Force puis de la 8th Army

Le LRDG n’opère donc pas que dans les profondeurs du désert pour être parfois associé aux grandes batailles menées à proximité de la côte. Les combats s’apparentent alors à ceux de formations conventionnelles. C’est ainsi que, durant l’opération « Crusader », des patrouilles soutiennent directement les opérations de la 8th Army en attaquant des convois de ravitaillement germano-italiens (comme le font les unités de reconnaissance ou encore les « Jocks Columns »). En fait, des hommes du LRDG sont en première ligne dès la première offensive de Rommel de mars-avril 1941. Le A Squadron (patrouilles G et Y) du Major Mitford est basé à Jalo et doit surveiller l’activité des Allemands basés à Marada (l’oasis est prise par une colonne allemande), tout en évaluant la praticabilité du terrain. La patrouille G du capitaine Crichton-Stuart, encerclée, est cependant obligée d’abandonner tous ses véhicules dans l’oasis d’Augila, faute d’essence. Les 2-3 avril, le LRDG est dans le secteur de Msus alors que les colonnes de Rommel se rapprochent. Les hommes de Mitford surveillent en effet le Trigh-el-Abd. Ils parviennent à Mechili le 6 avril au moment même où une unité italienne tente un premier assaut. Si les raiders parviennent à s’emparer d’un canon italien, ils sont finalement repoussés par des blindés. Le lendemain, des camions allemands sont mis en fuite et les premiers soldats de l’Afrika Korps sont capturés. En mai 1941, pendant l’opération « Brevity », la patrouille est à nouveau utilisée comme unité de reconnaissance « classique » aux côtés du 11th Hussars au nord de Fort Madalena au cours de l’attaque sur Solloum: tombé sur un fort parti de véhicules blindés allemand à Bir Sheferzen le 14 mai 1941, la patrouille ne parvient qu’à sauver que 3 véhicules à l’issue d’une course-poursuite dans le désert sur des dizaines de kilomètres à 80 km/h… En décembre 1941, alors que le 11th Hussars avance en tête, le LRDG opère en flanc-garde des unités britanniques (notamment la « Marriott Force ») tentant de couper la retraite ennemie (à travers le Djebel Akhdar) par le désert jusqu’à Antelat, dans la vain espoir de rééditer l’exploit de Beda Fomm en février de la même année. Les attaques furtives qui sont appréciées par le LRDG ne sont pas possible: les attaques de convois ne sont pas possibles dans un secteur aussi encombré de soldats raisonne le capitaine Easonsmith (patrouille R1).

Un an plus tard, en décembre 1942, c’est avec les FFL de Leclerc remontant vers la Tripolitaine depuis le Fezzan que le LRDG doit coopérer (en premier lieu la patrouille S2 du lieutenant Henry puis une patrouille de l’ILRS menée par le capitaine Cantlay), moins pour leur fournir des guides comme le prétendent certains Britanniques, que pour donner le maximum de renseignement aux Français tout en leur fournissant un soutien bienvenu, étant entendu que les forces de Leclerc restent relativement modestes et mal équipées. Les hommes du LRDG, spécialistes de la conduite dans le désert, se plaignent d’ailleurs de l’inexpérience des chauffeurs français. L’avance s’effectue d’oasis en oasis sous les attaques des avions italiens et de leurs unités motorisées sahariennes mais la coopération franco-britannique fonctionne au mieux.

 

Les raids

A l’instar du SAS, le LRDG a aussi mené des raids

En juillet 1941, la patrouille G, alors en opération dans la Djebel Akhdar, s’attaque ainsi à un aérodrome. Mais c’est en juillet 1942, alors que Rommel et Auchinleck disputent la première et décisive bataille d’El Alamein que plusieurs patrouilles (G1,Y2) interviennent au plus près du front. Il s’agit de semer le chaos dans la logistique adverse, le talon d’Achille de la Panzerarmee Afrika arrivée à de 2 500 kilomètres de Tripoli. L’objectif des raiders sont les colonnes de camions et, surtout, leur contenu: carburant, munitions, ravitaillement de toutes sortes… De concert avec le SAS, le LRDG (les patrouilles susnommées plus la G2) s’en prend au même moment aux aérodromes de Fouka et de Mersa Matrouh (30 avions y auraient été détruits), à peine occupés par les forces aériennes de l’Axe. Le 29 novembre 1941, la patrouille Y2 du capitaine Lloyd-Owen parvient à s’emparer d’un fort, certes modeste, près d’El Ezzeiat dans le Djebel Akhdar. Parvenus à 200 mètres du fortin, les camions du LRDG subissent les tirs des défenseurs. Lloyd-Owen envoie donc ses hommes à l’attaque à pied. Après un premier refus, la garnison rend les armes: 2 tués et 12 prisonniers chez les Italiens. Les Britanniques s’en retournent après avoir pris ou détruits tout le matériel d’importance: documents, armes, munitions… La participation à des raids d’envergure se limite toutefois à deux cas: Mourzouk en 1940 et Barce en septembre 1942 (l’opération « Caravan »). Dès novembre 1940, il est décidé d’opérer en coordination avec les Forces Françaises Libres du Tchad.

 

L’attaque de Mourzouk

            Le 11 janvier 1941, les patrouilles T et G embarquant avec elles quelques Français libres, dont le lieutenant-colonel d’Ornano, parviennent à l’oasis de Mourzouk, après avoir parcouru 2 200 kilomètres depuis Le Caire sans que les Italiens, dépouillés de leurs unités motorisées dans le Sahara à l’exception d’une compagnie à Koufra, n’aient été en mesure de les repérer. Si l’attaque sur l’aérodrome et ses hangars est un succès, les raiders qui mènent l’assaut sur le fort de Mourzouk ne peuvent s’en emparer malgré l’utilisation de leur Bofors de 37 mm et de deux mortiers de 2 inches. Le LRDG est trop faiblement équipé pour mener ce genre d’attaque, ce qui est confirmé aux villages d’Um el Araneb et d’El Gatrun où de petites garnisons parviennent à repousser les Britanniques. Quelques jours plus tard, alors en mission de repérage sur la route de Koufra, la patrouille T est décelée par un avion de reconnaissance italien puis surprise dans une embuscade monté par des éléments de la Compagna Sahariana (40 hommes et 5 véhicules) au djebel Sherif: 3 Chevrolets sur les 11 sont incendiés, les 9 autres devant leur survie à leur rapidité. Le LRDG semble décidément mal adapté au combat.

 

Les attaques d’opportunité

Un armement puissant permettant des attaques dévastatrices

Bien que n’ayant pas à proprement parler vocation à être des unités combattantes, les patrouilles du LRDG ont mené des attaques à de nombreuses reprises au cours de leurs missions. Ainsi, des positions ou des véhicules isolés de l’Axe, ou encore des convois ou tout type d’installations militaires italo-allemandes (notamment des dépôts de carburant) ont pu être la proie des raiders du LRDG. Ceux-ci, évoluant dans des véhicules peu blindés, marquent leur préférence pour le sabotage, la mise en place de mines ou encore l’embuscade. Remonter une colonne ennemie en faisant feu de toutes ses armes est une pratique opérée par le LRDG, à condition de ne pas être confronté à des engins blindés. Harasser l’ennemi et lui laisser un sentiment d’insécurité. Le 23 octobre 1941, la patrouille R du capitaine Easonsmith incendie quelques camions après qu’Easonsmith ait en personne fait signe à la colonne de stopper et bien failli y laisser sa vie lorsque le chauffeur du premier véhicule réussit à saisir sa mitraillette Thompson en bondissant hors de l’engin avant de s’évanouir dans la nuit… Le 26 novembre 1941, près d’Abier-el-Aleima, la patrouille Y1 tombe par hasard sur un parc d’une trentaine de camions et parvient à en détruire la moitié avant de s’éclipser.

 

L’embuscade-type
            Causer des pertes, susciter un sentiment d’insécurité, obtenir des renseignements: les raisons pour monter une embuscade sont multiples. Lorsqu’une patrouille du LRDG en prépare une sur une route qu’elle sait empruntée, elle positionne ses camions de façon à ce que l’avant soit à l’opposé de la route, permettant ainsi la fuite dans le désert en cas de difficulté. L’idéal est de se placer à portée de grenade et de mettre à profit buissons, wadis et filets de camouflage pour se dissimuler, étant entendu que l’embuscade aura avantage à être menée de nuit. Une attaque menée depuis un virage aura l’intérêt de frapper l’ennemi de face et sur les flancs, une configuration qui a la faveur du LRDG. Le groupe d’assaut mitraille l’ennemi par le côté avant de foncer à pied sur les épaves des engins adverses sous le couvert des autres véhicules (dont les armes les plus lourdes) en position de soutien sur les deux ailes au cas où un nouvel adversaire se présenterait.

Plan-type d’une embuscade : le groupe d’assaut
Plan-type d’une embuscade : le groupe d’assaut et le groupe de soutien assurent des tirs de face et de flancs sur la colonne ennemie.
             Une fois le combat est terminé, la patrouille doit rapidement quitter le lieu de l’action afin d’éviter d’être interceptée par plus fort parti. Auparavant, avant de miner le terrain dans la direction prise la patrouille, les soldats du LRDG auront pris soin de fouiller les véhicules détruits avec l’espoir de mettre la main sur des documents importants (y compris les fréquences radio). Ce genre d’attaque a été mené par les patrouilles S2 et R2 dans le Djebel Akhdar le 29 novembre 1941. Une première embuscade détruit 2 camions avant que les raiders suivent la route et y anéantissent 4 autres véhicules. Se repositionnant en embuscade, les soldats du LRDG surprennent un autre convoi et détruisent deux camions et leurs remorques ainsi qu’un camion-citerne.

 

Découvrir des passages pour l’armée

Le terrain est-il praticable pour les unités de la 8th Army? C’est une des missions du LRDG. En fait, dès l’époque de la Western Desert Force, on cherche à évaluer la qualité du terrain: le sol est-il trop sableux? Est-il trop dangereux pour les pneus? Le LRDG doit aussi trouver ses propres passages (ainsi Bagnold trouvera une solution dans les dunes de sables de la Mer de Sable Occidental). En décembre 1942, après les combats pour Mersa el Brega, la patrouille R1 doit évaluer le terrain dans les secteurs du wadi Tamet, du wadi el Chebir et du wadi Zem Zem, c’est à dire entre Sirte et Bouerat. Peu après, le LRDG est envoyé en reconnaissance sur la frontière tunisienne. C’est au cours de ces pérégrinations qu’une information capitale est fournie à Montgomery: il est possible de contourner les défenses de la « Ligne Mareth » au-delà des monts Matmata par la trouée de Tegaba en direction de Gabès. Une opération qui n’est pas sans danger: en janvier 1943, l’aviation ennemie repère un campement et anéantie une jeep et six Chevrolets de la patrouille T2 et des hommes de peniakoff (Popski’s Private Army). Pour s’assurer de la praticabilité du terrain par des blindés, la ptrouille Y2 emmène avec elle le lieutenant Bristowe de la 7th Armoured Division. De son côté, la patrouille G du lieutenant Bruce établit clairement que le secteur au sud du Chott el Djerid (lac salé) est impassable: les Chevrolets ont eux-mêmes eu bien des ennuis mécaniques et c’est vraiment de façon exceptionnelle qu’il a pu couvrir toute la région. Par ailleurs, aucune piste indiquée sur les cartes françaises n’est visible: tout a té effacé depuis longtemps par le vent du désert…

 

 

Des difficultés pour les patrouilles du LRDG

« Sur le sable mou »…

Le LRDG n’a parfois pas toujours été en mesure de mener à bien ses missions. Ainsi, le manque de protection offert par ses camions, bien que très bien armés, empêche les raiders de participer à des combats soutenus. L’embuscade ou l’attaque soudaine suivie d’une esquive immédiate sont préférables. C’est ce qui ressort de l’affaire de Sheferzen en 1941 où une patrouille du LRDG, placée en flanc garde de la Western Desert Force subit de lourdes pertes en camions du fait de leur vulnérabilité. Il ne faut plus chercher le combat, ne plus se faire voir, mais chercher avant tout le renseignement, voire capturer des prisonniers (un retour à un rôle plus offensif sera toutefois opéré à partir de « Crusader » en novembre 1941). Un autre écueil survient au cours de la première surveillance de la route près de. Les hommes ne sont en effet pas assez entraînés pour reconnaître le matériel ennemi et donner des renseignements précis. Ce problème sera réglé par la suite et les missions d’observations de la Via Balbia seront de la plus haute importance pour la 8th Army et seront parmi les contributions les plus importantes du LRDG dans la guerre du désert. Le repérage de terrain d’atterrissage et les missions topographiques ont parfois été imprécis faute d’avoir emporté un théodolite, erreur qui ne se répétera pas souvent. La dissimulation au regard de l’aviation ennemie exige aussi d’adopter de petites formations, d’où la réorganisation d’octobre-novembre 1941 puisque auparavant, une patrouille comptait un camion de 15 cwt et 10 camions de 30 cwt. Elles compteront désormais 6 camions chacune, chaque ancienne patrouille se dédoublant, la patrouille G formant ainsi les patrouilles G1 et G2.

Convenir d’un rendez-vous et établir la liaison n’est pas chose aisée dans les immensités désertiques. Ainsi, en avril 1941, la patrouille G est envoyée en reconnaissance dans le secteur de Marada avant de se diriger vers l’oasis d’Aujila où elle a rendez-vous avec le reste du A Squadron. Pourtant, aucune autre patrouille n’y parviendra et aucune liaison radio ne pourra être établie.

Les hommes souffrent aussi. La malaria sévit à Siwa, des hommes tombent malades sous l’effet de l’insolation. Les pertes sont parfois telles que, au printemps 1941, la patrouille Y se retrouve sans officier, obligée de ce fait à s’en tenir à un rôle de garnison. Une difficulté non prévue survient en janvier 1942 lorsque, dépourvus de moyens de transport, 10 hommes du LRDG et du SAS sont contraints de rejoindre leurs lignes à pied. Ces hommes, accoutumés au transport en camions, éprouvent les pires difficultés à marcher sur des longues distances avec des chausses inadaptées : brodequins, chaussures légères et même sandales…

La nature elle-même cause bien des difficultés. Le 20 avril 1941, la patrouille G, en route pour surveiller la piste de Gardaba, est ainsi immobilisée par une tempête de sable particulièrement virulente. Dans un autre cas, le 1er août 1941, la patrouille T est contrainte d’effectuer un long détour pour éviter une zone de dépressions couvertes de dunes. Lorsque le sol est poudreux, l’empreinte des véhicules est particulièrement bien apparente, un danger certain en cas de survol du secteur par un appareil ennemi. A plusieurs reprises, des crevaisons de pneus retarderont la progression du LRDG.

 

Mission accomplie?

Les raids contre les bases ennemies ont entretenu un climat d’insécurité

De décembre 1940 à avril 1943, il ne s’est pas passé plus de 15 jours sans que des éléments du LRDG ne soient en action. Toutefois, les pertes infligées à l’ennemi semblent limitées au regard des pertes totales subies par les Italo-Allemands en Afrique. Le LRDG, comme d’autres unités opérant sur les arrières de l’Axe, ont certes obligé la diversion de forces du front principal, mais cela reste difficile à quantifier étant entendu que les bases, aérodromes, camps et dépôts ennemis auraient de toute façon reçu le bénéfice d’une protection. Le LRDG fut-il à cet égard plus menaçant que le SAS? Rommel lui-même semble confondre les deux unités. Il reste que des documents capturés aux Allemands indiquent clairement que les victimes du LRDG ont surestimé les effectifs de leurs adversaires et ont éprouvé beaucoup de craintes pour la sécurité de leurs lignes de communications. En mars-mai1942, avant la bataille de Gazala, on dénombre 20 bataillons d’infanterie, trois régiments d’artillerie, des automitrailleuses et des tanks entre Derna et El Agheila. Pourtant, le LRDG et le SAS semblent y opérer en toute impunité. Certes, les Compagnie Sahariane sont au Fezzan, face à la menace des FFL, des forces britanniques au Soudan et également du LRDG. Par ailleurs, l’importance des effectifs de l’Axe s’explique aussi par la relative proximité de la ligne de front (à Gazala).

Les plus grands succès du LRDG sont sans conteste ceux ayant trait à la recherche de renseignements sur l’adversaire et sur la praticabilité du terrain. Les renseignements obtenus étaient précis et ont aidé le GQG du Caire à planifier ses opérations tout en ayant la vision la plus exacte possible des intentions et des mouvements de l’ennemi. Toutefois, ces rapports ne font que s’ajouter ou simplement confirmer les données obtenues par ULTRA, la reconnaissance aérienne, les services d’écoute ou encore les patrouilles menées par des forces plus conventionnelles de la 8th Army. Il fallait être capable de renvoyer les informations au QG (grâce à la radio) et que celui-ci soit à même de les traiter à temps. Si ces missions menées par le LRDG étaient essentielles, il est difficile de quantifier leur importance réelle comparativement aux autres sources de renseignements. Le LRDG a été également efficace pour l’évaluation de la qualité du terrain et la recherche de passage. Il a indubitablement réussi aussi dans sa tâche de taxi pour d’autres unités opérant sur les arrières des forces de l’Axe.

La lecture des lettres du pays: moment de détente pour des hommes d’une trempe exceptionnelle

Par ailleurs, les pertes essuyées par le LRDG en hommes et en véhicules ont parfois été sévères pour certaines patrouilles mais se limitent au final à quelques dizaines d’hommes. Comme pour les SAS, les résultats obtenus dépassent largement l’effort militaire consenti par l’armée britannique. Au final, on peut conclure que a formidable épopée du LRDG est une réussite et un choix judicieux du général Wavell. L’unité se devait d’être mise sur pied, ne serait-ce qu’au cas où les Italiens auraient tiré davantage profit de leurs garnisons dans le désert pour menacer l’Egypte dès l’été 1940. Sans le LRDG, le SAS, non encore doté de ses fameuses jeeps après le fiasco de son premier parachutage, ni aucune autre unité de commandos ou d’espions n’aurait pu voir le jour ni mener des opérations derrière les lignes de l’armée de Rommel. L’existence même du LRDG, pourtant avant tout unité de renseignement, a permis la pérennité de toutes ces formations.

 

 

Bibliographie indicative

Gordon John W., The Other Desert War: British Special Forces in North Africa, 1940-1943, Greenwood Press, 1987

Kennedy-Shaw W.B., Patrouilles du Désert, Berger-Levrault, 1948 : un récit vivant d’un des premiers raiders

O’Carroll Brendan, Bearded Brigands: the legendary Long Range Desert Group in the diaries & photographs of trooper Frank Jopling, 2003: probablement le meilleur ouvrage sur le sujet.

Swinson Arthur, Les Raiders, patrouilleurs du désert, Marabout, 1971. Un récit clair qui est une bonne introduction au sujet.

Winter H.W., Special Forces in the Desert War, 1940-43, The National Archives, 2001 (lire aussi l’histoire officielle néo-zélandaise sur le LRDG) écrit à l’origine pour la section historique du War Cabinet, fourmille de données et de détails à partir des archives du LRDG.

 

Les ouvrages des éditions Osprey, pas toujours réussis, sont toutefois de qualité pour le LRDG, en particulier les deux premiers cités:

Molinari Andrea, Desert Raiders: Axis and Allied Special Forces 1940-43, Battle Ordrers n°23, Osprey, 2007

Moreman Tim, Long Range Desert Group Patrolman, Warrior n°148, Osprey, 2010

Jenner Robin et List David, The Long Range Desert Group, New Vanguard n°32, Osprey, 1999

internet:

www.lrdg.org

www.lrdg.de/main.htm

Recension « La véritable histoire des douze Césars » de Virginie Girod

Virginie Girod, La véritable histoire des douze Césars, Perrin, 2019

Virginie Girod relève avec brio un défi qui n’était pas gagné d’avance : marcher sur les traces de l’illustre Suétone pour nous narrer la vie des « douze Césars ». J’ai apprécié le style d’écriture, la rigueur du propos (il s’agit en effet de la « véritable histoire »), ainsi que l’actualisation des informations sur les personnages décrits (Suétone étant bien peu partial), à savoir Jules César puis les onze premiers empereurs de Rome, dont des personnages relativement moins souvent étudiés, en tout cas moins connus du grand public, tels que Galba, Othon et Vitellius, voire Titus et Domitien (les Flaviens mériteraient qu’on leur consacre une belle étude dynastique). L’atmosphère du temps est bien rendue, ainsi que le caractère et la personnalité de chaque empereur. Comme il se doit, ce genre d’ouvrage multiplie les anecdotes, ce qui est plaisant, Virginie Girod en profitant pour tordre le coup à de nombreuses légendes qui ont cours depuis l’Antiquité. L’auteure met également en avant les grandes figures féminines qui entourent ces empereurs, une de ses spécialités, et on lui en sait gré. Passionné d’Histoire Ancienne (ma spécialité de fac), je ne me suis pas ennuyé à la lecture d’un texte a priori destiné au grand public : l’amateur averti passera aussi un agréable moment (mais restera sur sa faim). Pour aller plus loin, je ne saurai trop vous conseiller de lire les excellentes biographies publiées ces dernières années aux éditions Perrin, au-delà même des Julio-Claudiens et des Flaviens. On regrettera peut-être que ces courtes biographies aient été a priori pensées pour pouvoir être lues indépendamment les unes des autres, ce qui induit des répétitions lorsqu’on passe d’une fin de règne au début du chapitre suivant. Je n’ai en revanche pas adhéré aux passages mêlant fiction et réalité, qui introduisent et concluent chaque chapitres : on ne devrait pas mêler les genres dans le même ouvrage, car le cœur du livre reste une étude historique rigoureuse (sinon, il est préférable d’écrire un roman historique de bout en bout). Heureusement, ces passages fictifs sont clairement signalés par un trait noir sur la marge, comme l’explique Virginie Girod, qui invite ceux qui le souhaite à sauter ces textes : c’est ce que j’ai fait. Cela n’a ne rien gâché ma lecture.

Recension « Les Vikings. Vérités et légendes » de Jean Renaud, éditions Perrin

Jean Renaud, Les Vikings, vérités et légendes, Perrin, 2019, 352 pages

J’ai été passionné par ce livre écrit par mon spécialiste préféré de la civilisation viking: Jean Renaud. L’avant-propos introduit assez longuement la question de l’image véhiculée par les Vikings jusqu’à nos jours, évoquant ainsi bien des approximations, que le cinéma n’a fait qu’amplifier. Cela nous rappelle l’importance des représentations en Histoire. L’auteur répond à toutes ces questions et revient sur nombre d’idées reçues dans les 30 chapitres qui constituent son remarquable ouvrage. Ce faisant, il brise bien des mythes (qui ne le sont pas tous pour les passionnés de la civilisation viking, bien au fait d’éléments bien connus) ou donne des précisions bien utiles. Les navires vikings sont-ils des drakkars ? Sont-ils arrivés en Amérique? Quid de leurs casques: ailés et à cornes? Les Vikings sont-ils avant tout des guerriers pirates, ou bien des commerçants ? Et d’ailleurs, d’où vient le mot « viking » et que signifie-t-il ? Vous le saurez en lisant ce livre. Il traite aussi bien de la Russie et des Varègues, que de l’Irlande, du Groenland ou encore de savoir si la Bretagne aurait pu connaître le destin de la Normandie. Pour les Normands comme moi, le chapitre consacré à Rollon et celui sur les traces qu’ils ont laissé en Normandie retiennent particulièrement l’attention. Le sujet a pu être sulfureux, laissé entre les mains d’extrémiste set autres identitaires. Avec Jean Renaud, nous sommes rassurés : c’est un spécialiste qui sait pertinemment de quoi il parle. Le livre, fort documenté, se révèle passionnant. Un seul bémol (s’il le fallait) : le recours à la graphie scandinave pour les noms propres et les mots techniques, qui ne doit surtout pas rebuter le néophyte car ce choix se défend pleinement (d’autant plus que l’étymologie est essentielle à maintes démonstrations).

Un livre consacré à une civilisation fascinante bien fait, bien écrit, relativement rapide à lire.

MARKET-GARDEN: les Fallschirmjäger face aux aéroportés alliés

MARKET-GARDEN: les Fallschirmjäger face aux aéroportés alliés

 

La bataille d’Arnhem et l’imposante opération « Market-Garden » renvoient invariablement aux images d’aéroportés britanniques, américains et polonais. De très nombreuses unités de parachutistes allemands sont pourtant elles-aussi impliquées dans les combats. C’est à elles que nous nous intéresserons dans cet article.

 

Défendre les Pays-Bas

Au moment même où Ramcke, commandant de la 2. FJD devenu responsable de la Festung Brest, vient d’accepter la reddition, les Alliés, pressés de hâter la fin de la guerre et espérant déboucher au-delà du Rhin, viennent de déclencher l’opération « Market-Garden » aux Pays-Bas. Le 17 septembre 1944, à son QG à Vught, le General Student, le père de l’arme parachutiste allemande, ne peut s’empêcher d’exprimer son admiration et son envie quand il observe le spectacle impressionnant de l’armada aérienne alliée: « Oh, comme j’aurais aimé avoir une force d’une telle puissance à ma disposition ».

En septembre 1944, Kurt Student crée la I. Fallschirm-Armee (nous ne nous intéresserons ici qu’aux unités de parachutistes dont il dispose) en même temps que les divisions de parachutistes durement malmenées en Normandie sont remises sur pied. La 2. FJD détruite en Bretagne et la 5. FJD anéantie en Normandie, les 3. et 6. FJD ne sont elles-mêmes que des unités réduites à des Kampfgruppen. Les régiments et les unités organiques de ce qui n’est une armée que de nom (Student ne commande qu’à 20 000 hommes le 17 septembre) sont regroupés aux Pays-Bas et en Prusse-Orientale. Les effectifs sont complétés à partir de jeunes recrues en provenance des dépôts, des unités d’entraînement parachutistes ou encore de formations terrestres de la Luftwaffe. La 3. FJD, désormais commandée par le Generalleutnant Wadehn, ne compte alors plus que quelques Kampfgruppen. Elle sera reformée en novembre 1944 et combattra en Hollande de même que la nouvelle 2. FJD (FJR 2, 7 et 23) du Generalleutnant Lackner, la 6. FJD (FJR 16, 17 et 18) du Generalleutant Plocher et la 7. FJD (FJR 19, 20 et 21) du Generalleutnant Erdmann. Ce dernier ne peut plus demeurer aux côtés de Student qui doit donc commander une armée sans chef d’état-major puisque l’officier promu à ce poste, l’Oberst Kusserow, n’arrive qu’en octobre 1944. Si certains régiments, comme les FJR 2 et 6, comptent des vétérans et sont aptes au combat, encore que la plupart des nouveaux venus n’aient jamais tiré un coup de feu au front, les autres ne comptent que des recrues récentes. Début septembre, les unités de paras n’engerbent encore aucune artillerie. Student dispose également d’un nouvel Panzerjäger-Abteilung de paras ainsi que de 5 000 Fallschirmjäger affectés à des tâches de logistiques.

Quelles sont les troupes parachutistes dont dispose Student pour contrer l’opération « Market Garden »? Parmis les unités de premier plan on compte encore le FJR 6 de l’Oberstleutnant von der Heydte (1 000 hommes), régiment qui s’est illustré en Normandie et qui garde toujours une certaine indépendance. Pour compléter ses effectifs, Heydte dispose d’un bataillon disciplinaire de la Luftwaffe, le Luftwaffe-Straf-Bataillon 6 z.b.V. en provenance d’Italie : souvent d’anciens officiers dégradés, la plupart des hommes portent encore leur tenue tropicale… Les formations défendant la zone de Neerpelt, soit 3 000 hommes, sont regroupées au sein du Kampfgruppe Walther (cet officier est un para). Les trois autres régiments mis à disposition de Student constituent la Fallschirmjäger-Lehr-Division Erdmann. L’entrée en lice de ces unités en Hollande début septembre participe à la reconstitution d’un front cohérent mais n’empêche pas les Britanniques d’établir deux têtes de pont sur le canal Meuse-Escaut avant le lancement de l’opération « Market-Garden ».

La Divisionsverband Walther tient la première ligne aux Pays-Bas pour empêcher toute percée depuis la tête de pont de Neerpelt. On trouve le FJR 6 et les trois bataillons du Fallschirmjäger-Lehr-Regiment Hoffmann –futur FJR 18, dont seul le 1er bataillon, commandé par le Major Kerutt, peut être considéré de bonne qualité. Ce FJR Hoffmann doit intégrer une nouvelle 6. FJD (qui doit compter également les Luftwaffen-Festungs-Bataillone 2, 29, 31, 38 et 40). Walther dispose en outre du II./FJR 2 ainsi que d’unités de la Waffen SS, dont le Kampfgruppe Heinke avec des éléments des 9. et 10. SS Panzer-Divisionen, dont 2 bataillons de Panzergrenadiere, 4 batterie d’artillerie et 12 StuG IV de la SS-Panzerjäger-Abteilung 10. Ce Kampfgruppe comble la brèche qui s’était formée entre le Kamfgruppe Chill et la Division Erdmann. Au niveau de la route principale (la route le long de laquelle attaque le XXXth British Corps vers Arnhem, baptisée « Hell’s Highway ») se trouve le bataillon pénal. A l’est de la route est postée une autre unité commandée par un Fallschirmjäger, le Kampfgruppe Henke, soit deux bataillons de Waffen SS de la « Hohenstaufen » et de la « Frunsberg ». L’Oberst Walther dispose aussi d’une artillerie nombreuse et des chasseurs de chars. Sur sa gauche se trouve positionnée la 85. ID du General Chill et sur sa droite est déployée la Fallschirmjäger-Lehr-Division Erdmann.

 

Les premiers combats

Parmi les premiers aéroportés alliés à être confrontés à une unité « parachutiste » allemande se trouvent les GIs du 506th PIR du colonel Sink. Pas très loin du pont de Zon, en un lieu-dit appelé Wolfswinkel, quelques vieux Panzer III et IV du II. Abteilung du Fallschirmjäger-Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment « Hermann Goering » contre-attaquent en vain et laissent trois engins sur le terrain grâce à l’intervention efficace de p-51 Mustang équipés en chasseurs-bombardiers. Un 4e Panzer sera engagé contre le 501st PIR à Veghel. Quelques autres soldats de la « Hermann Goering » vont s’opposer le 18 septembre aux parachutistes américains (du 504th PIR de la 101st cette fois-ci) qui s’emparent du pont de Neerbosch sur le canal Maas-Waal, entre Grave et Nimègue. Le Kampfgruppe Runge aligne en effet notamment le 21. Unterführer-Lehrkommando (c’est à dire une unité d’entraînement pour sous-officiers) du « Hermann Goering » Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment de l’Oberst Böhme.

Les seuls Fallschirmjäger qui vont lutter contre la 1st British Airborne Division au cours de ses combats épiques menés à Arnhem sont précisément des éléments de cette unité de la « Hermann Goering », en l’occurrence le bataillon Wossowski -600 hommes- qui intègre la Kampfgruppe von Tettau. L’unité se distingue d’ailleurs par sa participation brutale à la répression contre la résistance locale. Les soldats du bataillon sont parvenus à Arnhem depuis la côte en bicyclettes. C’est d’ailleurs montés sur ces moyens de locomotion peu dignes d’une formation d’élite qu’ils essuient les premiers tirs des « Red Devils » le 21 septembre. Soutenus par 4 chars Renault, les Allemands parviennent à repousser leurs adversaires des hauteurs de Westerbouwing. Succès à la Pyrrhus : la moitié du bataillon est hors de combat, Wossowski ayant lui-même perdu la vie.

Alors que les paras alliés sont largués sur les Pays-Bas, le XXXth Corps de Horrocks déclenche son attaque à 14h15 le 17 septembre 1944. Un feu roulant tiré par 350 pièces d’artillerie sème le chaos et la destruction dans les lignes allemandes alors que les Typhoons mènent des attaques en appui des troupes au sol. La Guards Division perd rapidement 9 chars et 2 scouts cars mais la réplique est puissante et, bientôt, Roestel, qui commande les chasseurs de chars, n’aligne plus que 8 Jagpanzer IV. Le poids de l’offensive britannique s’abat sur les paras du Major Kerutt, le chef du I./FJR 18. Kerutt dipsoe bien de 9 pièces de 7,62 au sein de sa 14. Kompanie mais, malheureusement, l’absence de tracteurs l’empêche de les déployer dans les bois : les canons sont donc disposés en terrain clair, le long de la route. A un kilomètre derrière ses lignes, Kerutt met cependant en place une deuxième ligne antichar au sein de son dispositif sous la forme d’un Panzer-Vernichtungs-Zug, soit 30 paras commandés par le Leutnant Finke et armés de Panzerfaust et de Panzerschreck, dans des foxholes de part et d’autre de la route. Ce sont ces hommes qui causeront le plus de pertes, et non les Pak, pulvérisés par le barrage d’artillerie qui a sonné le lever de rideau de « Garden ». 9 tanks anglais seront ainsi détruits dans le secteur. Le XXXth Corps fera, ce jour-là, des prisonniers du régiment Hoffmann, de la division Erdmann et aussi du FJR 6 qui est pourtant peu engagé à la grande frustration de son chef. Heydte, sans contact avec Walther ou les autres unités, décide de prendre le commandement des forces positionnées à gauche de la route. Il peste contre le manque de moyens alloués au Kampfgruppe Walther, notamment en moyens de communications, et s’insurge contre le manque de professionnalisme de son état-major : il ne comprend pas qu’un seul et unique officier n’ait pas eu clairement en charge la défense de la « Hell’s Highway » en ayant sous ses ordres toutes les unités se trouvant de part et d’autres. Contraint au repli, qu’il effectue sans autorisation ainsi qu’il lui est reproché (il est décidément un habitué de la chose, si l’on songe à l’épisode de Carentan en Normandie), Heydte est rattaché à la 85. ID le lendemain. Ordre est également donné de maintenir le contact avec la division Erdmann. La Guards Division s’arrête à Valkenswaard au soir du premier jour de l’offensive. La situation du Kampfgruppe Walther et cependant précaire et l’Oberst Hofmann reçoit la tâche d’organiser la défense d’Eindhoven (dont il devient le Kampfkommandant).

 

Les Fallschirmjäger au cœur des combats

Le II. Fallschirm-Korps d’Eugen Meindl reçoit l’ordre de contre-attaquer sur Eindhoven dès que la « Frunsberg » sera à Nimègue. La route principale sur laquelle évolue le British XXXth Corps est attaquée de part et d’autre: depuis l’ouest par le FJR 6 et la 59. ID et depuis l’est par le Kampfgruppe Walther et la Panzerbrigade 107. Cette dernière unité est sans doute la mieux équipée que l’armée allemande va engager au cour de « Market-Garden » : outre 36 Panther et 11 PanzerJäger IV, la brigade aligne plus de 100 Sdkfz 251 pour ses Panzergrenadiere et ses Pioniere dont beaucoup avec un armement lourd (4 avec un lance-grenade de 8 cm ; 4 avec lance-flammes ; 10 avec un 7,5 cm court ; 42 avec un affût de trois MG ; 2 avec un Nebelwerfer de 6 tubes et 8 avec un mortier de 12 cm). Toutefois, le II. Fallschirm-Korps est bien faible en regard de son titre (il n’aligne plus que 7 bataillons, dont 2 d’entraînement et de dépôt de la 6. FJD et des unités de services). Meindl le sait bien et Model ordonne que les unités attaquantes soient renforcées par les Kampfgruppen Becker et Hermann constitués de parachutistes. La Panzerbrigade 107 est donc appuyée par un bataillon de Fallschirmjäger commandé par l’Hauptmann Vosshage. L’attaque sur le pont de Son (un pont du génie Bailey qui remplace le pont originel détruit à temps par les Allemands) est lancée le 19 septembre contre des éléments de la 101st US Airborne mais les Allemands ne parviennent pas à empoter la décision. De façon exceptionnelle, 76 bombardiers de la Luftwaffe frappent Eindhoven cette même nuit… Il s’agit en fait de sa dernière attaque de grande envergure sur un ville de la guerre.

Les Américains de la 82nd US Airborne sont eux aussi sujets aux contre-mesures prises par les Allemands. Le secteur sensible consiste en ses Landing Zones T et N pour le contrôle desquelles elle va assigner beaucoup trop d’unités au détriment de l’attaque des ponts de Nimègue (une erreur qui sera aussi celle de la 1st British Airborne à Arnhem). La menace provient de la 406. Landesschütze-Division du Generalleutnant Scherbening, formation ad hoc qui n’est qu’un patchwork d’unités fort bigarrées et plutôt faibles du point de vue des capacités combattantes. Les paras occupent le flanc droit : 600 soldats au sein de la Kampfgruppe Jenkel (soit les restes des Fallschirm-Artillerie-Regiment 2 et 4 avec à peine 7 obusiers, renforcés par une compagnie de cadets de la Kriegsmarine en provenance de Nimègue) et les 700 Fallschirmjäger de la 3. FJD soutenus par 5 Stug de la Fallschirm-Sturmgeschütz Brigade 12 réunis au sein de la Kampfgruppe Becker. Les allemands ne pourront s’emparer des zones d’atterrissages.

Les Allemands vont aussi s’employer à menacer les lignes de communications pour isoler les paras alliés et les forces du XXXth British Corps. Meindl attaque donc la 82nd Airborne sur le front de la Reichswald le 20 septembre et s’empare du village de Riethorst. Plus au nord, le 508th PIR est repoussé de ses positions par les Kampfgruppen Becker et Fürstenberg à Wyler tandis que le 505th PIR est pris à partie par le Kampfgruppe Herrmann (des restes de la 6. FJD, notamment du Fallschirmjäger-Lehr-Regiment 21 de l’Oberstleutnant Herrmann ainsi que des pièces d’artillerie du I./ Fallschirmjäger-Art-Rgt 6, des SS flamands et des canons de la 4. Flak-Division) à Mook, situé à seulement deux kilomètres du pont d’Heumen. Au centre, l’assaut est mené par le Kampfgruppe Greschick. Les combats seront acharnés dans le secteur jusque dans la nuit même si les Allemands seront dans l’impossibilité d’avancer jusqu’aux ponts et à la route. A Monk, la bataille va s’éterniser une semaine durant. Les Allemands ne peuvent s’emparer des hauteurs de Groesbeck, leur objectif. Mais l’alerte a été chaude pour Gavin.

C’est à Nimègue que se joue en grande partie le sort de « Market-Garden ». Gavin a sans doute mésestimé l’importance de la capture du pont sur la Meuse dès le premier jour alors que cela aurait certainement dû constituer la priorité absolue. Les combats menés dans la ville seront acharnés, de l’aveu même des participants. Si le passage en force du fleuve par le 3rd Battalion du 504th PIR de Julian Cook a été immortalisé dans le film « Un Pont Trop Loin » (avec Robert Redford prêtant ses traits à l’officier américain), on oublie que la bataille menée pour le contrôle de la ville a été déterminante. Les abords sud du pont routier sont particulièrement défendus, notamment le Hunnerpark mais aussi la villa Belvoir, sorte de manoir sis sur une place contrôlant l’accès à la rampe du pont. Cette villa est défendue par une compagnie de Fallschirmjäger qui s’y installe le 17 septembre. Les paras allemands aménagent une défense tout azimut : des MG sont embusquées au fenêtres, des tranchées et des barbelés disposés dans le jardin. Sur le rond-point limitrophe, une pièce de 8,8 cm complète le dispositif ainsi que des Pak. L’ensemble constitue le Kampfgruppe Henke, du nom de l’Oberst commandant le Fallschirmjäger-Lehr-stab 1. Les paras allemands proviennent d’une compagnie du Fallschirmjäger-Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment « Hermann Goering » commandée par le Major Ahlborn. Lorsque la position tombe enfin le 20 septembre après de durs combats, les Alliés pourront photographier un antique Panzer II Ausf B de ce régiment parmi le butin abandonné par les Allemands. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas tous été capturés puisque Euling parvient à s’esquiver avec une soixantaine d’hommes.

 

Menacer la « Hell’s Highway »

On a déjà évoqué les assauts en direction de Nimègue, qui menacent eux-aussi de couper le corridor. La 101st doit cependant faire face à une attaque coordonnée de la part de Student. La « Hell’s Highway » est sujette à ces assauts de part et d’autre. A l’est, la Panzerbrigade 107 change de tactique à partir du 20 septembre, optant pour soumettre la route à des tirs d’interdiction plutôt que de viser à s’en emparer. L’attaque menée depuis l’ouest, c’est à dire de l’autre côté de la route, est dirigée par l’expérimenté Major Jungwirth. L’attaque est couronnée de succès puisque Jungwirth parvient à couper le corridor du 24 au 26 septembre. Il dispose du Kampfgruppe Huber, un agrégat de différentes unités de Fallschirmjäger et de la 59. ID, ainsi que 7 Pak et 2 Sturmgeschütze en provenance du Kampfgruppe Chill. Jungwirth commande aussi en théorie le FJR 6 d’Heydte, renforcé d’un nouveau bataillon, qui doit donc se désengager des Britanniques à Best avant de remonter vers le nord. Les Fallschirmjäger ont marché jour et nuit et c’est épuisés que les hommes d’Heydte bouclent les 90 kilomètres les séparant de la zone d’attaque. Ils arrivent pourtant trop tard pour participer à l’assaut lancé le 22 septembre, dans le secteur de Veghel. La menace venant de l’est semble plus dangereuse et les Américains y font face, repoussant les Allemands de la route. Ce faisant, ils parviennent à encercler une partie du Kampfgruppe Huber. A cette occasion, certains soldats allemands, tapis dans un fossé, sont tués par l’acide chloridrique déversé par les Américains. Les Fallschirmjäger font cependant preuve de mordant et on rapporte que Student se serait exposé en personne en première ligne. Les Américains de la 101st et les Britanniques de la 50th parviennent cependant à réouvrir la route.

Le 23 septembre, toutefois, le FJR 6 (l’unité aligne alors 301 MG, 4 lIG, 2 Pak, 9 Flak de 2 cm, 58 Panzerschreck et 46 mGR.W.) attaque à son tour et se rapproche de Veghel. Les combats sont toutefois inégaux car Heydte attaque seul, avec le support des quatre derniers Jagdpanther du Panzer-Jäger-Abteilung 559. De surcroît, ignorant la situation et les plans des troupes allemandes situées à l’est de la route et de Veghel, il se trouve dans l’incapacité de coordonner son assaut avec d’autres unités. A 9 heures, Heydte s’empare des dunes surplombant les positions américaines qu’ils soumettent aux tirs d’artillerie et de mortiers. A l’ouest de Eerde, le 501st PIR appuyé par des blindés britanniques stoppe le FJR 6. L’attaque est donc un échec et le FJR 6 n’a plus qu’à s’enterrer provisoirement où il se trouve. Model et la 15. Armee s’entêtent pourtant et ordonnent que l’attaque se poursuivent, au contraire de Reinhard (le chef du LXXXVIII Korps), Chill et Poppe (le chef de la 59. ID).

Student n’a pourtant pas dit son dernier mot. Jungwirth prépare une nouvelle attaque en envoyant des patrouilles reconnaître les secteurs les plus faiblement tenus de la ligne adverse. Mais l’arrivée des derniers éléments de la 101st -1 077 hommes et 400 véhicules- décourage les Allemands. De son côté, l’Oberst Walther (il a alors perdu 1/5 de ses fantassins et 1/4 de ses blindés) apprend que le British VIIIth Corps s’apprête à attaquer Deurne. Il décide donc de replier ses hommes sur une nouvelle ligne à l’ouest de la Meuse et installe son QG à Venray.

Le 25 septembre, mettant à profit les reconnaissances effectuées la veille, Student attaque à nouveau depuis l’ouest. Les unités dont il dispose ont plus de succès que ne le laisserait croire leur nombre. Les restes de la 59. ID et du Kampfgruppe Huber (du Grenadier-Regiment 1035), le FJR 6 ainsi que le Bataillon Jungwirth (200 hommes, trois Jagdpanther et un canon automoteur) sont de la partie. L’objectif principal sont les ponts routier et ferroviaire sur le canal Zuid-Willemsvaart. Fort du succès de l’avant-veille qui leur avait permis de prendre les dunes à un bataillon américain, les paras de Heydte lancent l’assaut à 10 heures contre un autre bataillon du 501st PIR en poste à Eerde. A midi, les GIs contre-attaquent les Allemands dans les dunes de sable. La section du Lieutenant Mosier charge en terrain découvert 5 mitrailleuses allemandes soutenues par un mortier. Pris d’un soudain accès de furie guerrière, ces Américains parviennent à balayer les positions allemandes, tuant 15 Landser et en capturant 7, tandis que les 50 autres s’enfuient sans demander leur reste. L’artillerie allemande reste cependant active et parvient à tenir la « Hell’s Highway » sous ses feux pendant toute la journée et jusque dans la nuit. Plusieurs camions et trois tanks sont détruits: la logistique britannique ravitaillant la tête du XXXth Corps doit donc s’interrompre.

E son côté, Jungwirth reprend son avance dès la fin d’après-midi et, la nuit tombée, il parvient jusqu’à la route, à Koevering. Rejoint par une partie des hommes de Heydte et de Huber, il peut annoncer la destruction de 50 véhicules, dont 3 tanks, ainsi que la capture de 40 soldats ennemis et de 2 tanks britanniques: personne ne s’attendaient à voir surgir ici des Fallschirmjäger! Au moins 30 camions ont été détruits. Bien plus, les Allemands coupent les câbles reliant les arrières de la 101st Airborne à St Oedenrode avec les forces présentes à Veghel et Eerde.

Les Alliés entreprennent de nettoyer cette position allemande bien gênante. L’attaque est menée depuis le nord (de Veghel) et du sud, isolant bientôt le Bataillon Jungwirth, qui tient cependant toujours une portion de la « Hell’s Highway » mais qui subit désormais des tirs ravageurs depuis trois côtés. L’artillerie frappe les Fallschirmjäger avec des effets dévastateurs. Zangen (le commandant de la 15. Armee) consent toutefois d’ordonner un repli et Jungwirth s’esquive avant le lever du jour. Parmi les engins ennemis dont s’emparent les Alliés, on retrouve des antiquités comme au cours des combats précédents : un Stug III Ausf E doté d’un canon court de calibre 7,5 cm L/24 appartenant évidemment du Fallschirmjäger-Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment « Hermann Goering », unité exceptionnelle pour le conglomérat de blindés déclassés qu’elle rassemble (mais c’est une unité d’instruction), ainsi qu’un L43 Pak (t) auf PzKpfw 35R (f) armé pour sa part d’un canon antichar tchèque de 4,7 cm.

La « Hell’s Highway » n’est pas ouverte au trafic pour autant: il faudra attendre jusqu’à 14 heures le 26 septembre pour que le génie américain ait fini de la déminer. S’il n’y a plus désormais d’attaque contre le corridor, les Allemands continuent leurs tirs de harcèlement, poursuivent leurs missions de patrouilles et affrontent les Alliés dans des escarmouches. La circulation sur le corridor a été interrompue pendant une grande partie de cinq journées. Certes, des colonnes de ravitaillement ont pu emprunter des routes secondaires dans le secteur du VIIIth Corps.

 

Un essai de bilan

Les unités de Fallschirmjäger engagées par la Wehrmacht pour contrer « Market-Garden » semblent bien bigarrées et manquant de puissance. De fait, elles ne purent contenir la progression du XXXth British Corps ni empêcher les paras américains de mener à bien leur mission. Néanmoins, la menace constante et l’activité permanente des forces allemandes sur les flancs, notamment les paras, ont tenu un rôle dans l’échec final de l’opération. Il fut loin d’être le plus décisif et d’être le seul, mais il reste un succès indéniable en dépit de pertes élevées liées notamment à la piètre qualité de la plupart des troupes impliquées et engagées dans des formations de circonstances. Celles-ci font pourtant face aux meilleurs éléments des forces adverses -à commencer par les troupes aéroportées mais aussi les unités blindées- et leur tenue au feu reste donc honorable.

 

Recension « Barbarossa » de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, éditions Passés/Composés

Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, Barbarossa 1941. La guerre absolue, Passés/Composés, 2019, 957 pages

Colossal! Magistral! Ce sont les mots qui viennent à l’esprit à l’issue de la lecture de cette somme remarquable dont nous gratifient Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri. On pourrait presque écrire qu’à l’ouverture de l’ouvrage, le monde des amateurs de la Seconde Guerre mondiale retient son souffle… Ce pavé de plus de 900 pages est remarquable à plus d’un titre. Le lecteur passionné ne doit pas être rebuté devant son épaisseur: le sujet et la masse des informations, ainsi que des questions à aborder le justifie amplement. L’opération « Barbarossa« , l’offensive terrestre la plus formidable de la guerre, représente la tournant du conflit. Elle inaugure un affrontement titanesque qui décide du cours de la guerre.

Que trouvera le lecteur dans ce livre? Une énième narration des combats? Que nenni: il lui faut pour cela attendre d’avoir lu plus de 300 pages… 300 pages qui posent le cadre, expliquent le contexte, donnent les clés de ce qui va suivre. Jean Lopez ne renouvelle pas l’erreur d’Antony Beevor dans son histoire du débarquement qui commence… au débarquement. Le prélude, « Le dîner de la rue Bendler », un épisode méconnu survenu le 3 février 1933, constitue une excellente entame après une courte introduction. Au cours de cette soirée mémorable, le nouveau chancelier expose sans fard ses projets de guerre et d’expansion à l’Est. Suit un chapitre sur Hitler avant son accession au pouvoir, les origines de son antisémitisme, de son antislavisme, de sa haine du bolchevisme, bref de la genèse de son projet de conquête à l’Est, qui est une idée fixe chez lui… L’ouvrage nous amène peu à peu à la fatidique année 1941 en nous exposant la vision des événements vus depuis l’Allemagne et l’Union soviétique. Le récit de la conquête de la Pologne est particulièrement intéressant. La paranoïa de Staline, capable d’imaginer une connivence entre Londres et Berlin est remarquablement mise en valeur. Les auteurs accordent comme il se doit une place importante à la préparation de l’affrontement, ainsi qu’à la coopération entre les deux puissances avant la rupture: partie essentielle où il est question aussi bien des purges staliniennes, que des plans de campagne face à la Grande Bretagne, ou encore de la campagne des Balkans de 1941 (loin d’avoir été la cause de l’échec de « Barbarossa »). Ce qui ressort en permanence est que le projet de la guerre à l’Est constitue LE projet de Hitler, celui qui justifie toute son action politique depuis le début. L’un des traits saillants du texte est de mettre en évidence l’aspect idéologique du conflit, et donc ses conséquences sur le terrain. « Barbarossa » débouche sur la Shoah, le massacre des prisonniers soviétiques, l’assassinat, l’asservissement et la mise en famine des populations slaves. Des crimes sont la Wehrmacht se rend complice. « De l’autre côté de la colline », la brutalité inouïe du système soviétique, ses incohérences, les ordres inconséquents du Vojd (Staline). On est sidéré de la valse des menaces, exécutions, déportations des familles d’officiers qui auraient failli à leur devoir (l’infâme ordre numéro 270)…

Les amateurs d’histoire militaire peuvent se réjouir: Jean Lopez est toujours aussi excellent quand il s’agit de la guerre à l’Est. On apprend beaucoup. Le récit des opérations est clair, bourré d’informations et suffisamment dense (qu’on peut facilement compléter avec des livres, le plus souvent anglo-saxons spécifiquement consacrés à telle ou telle bataille), et remet en cause bien des idées reçues (comme la transhumance industrielle vers l’Oural, l’impact de la boue, etc) et aborde des sujets souvent rapidement survolés, ou à tout le moins non saisis dans leur importance (comme l’action vaine du général Dietl pour s’emparer de Mourmansk, dans le grand nord ou encore l’invasion anglo-soviétique de l’Iran). Les erreurs commises dans les deux camps ne cessent de surprendre… J’ai particulièrement apprécié les nombreux témoignages de hauts gradés, les passages consacrés à l’organisation des deux armées (notamment le commandement), ainsi que les nombreuses cartes (par ailleurs très claires), signées Aurélie Boissière. On apprécie aussi le va-et-vient entre le front et d’autres considérations sur la guerre. Les auteurs n’oublient pas de faire intervenir les nombreux alliés -souvent négligés- de Hitler, d’expliciter leurs motivations, ni d’aborder la politique, avec les voyages d’Eden et autres envoyés anglo-saxons auprès de Staline (les prémices du soutien américain et le début de l’aide britannique sont passionnants à découvrir).

Les pages les plus terribles sont celles qui touchent à la genèse de la Shoah, ainsi que brutalités, massacres et autres horreurs réservés au civils (les pages sur Leningrad sont édifiantes) et aux soldats soviétiques, mais aussi, dans l’autre camp, la terreur stalinienne et l’action du NKVD. L’implication des Roumains est plus qu’explicite. On découvre aussi l’étonnante histoire de la république antisoviétique de Lokot.

In fine, Hitler ne porte pas seul la responsabilité de l’échec de « Barbarossa » puis de « Typhon« . Les auteurs semblent n’accorder aucune chance de victoire au Reich, même en anticipant une campagne en deux temps, avec hivernage en Russie. J’en doute, pour un certain nombre de raisons. En revanche, comme l’ouvrage le souligne, il est impensable d’imaginer un succès du plan « Barbarossa » en posant le postulat que les Allemands utilisent à leur profit le capital de sympathie que leur apporte le rejet du régime stalinien auprès de nombreux soviétiques, et pas seulement les Ukrainiens. L’organisation du système est telle que toute révolte est impensable: 1941 n’est pas 1917… Et surtout, ce serait supposer que le III Reich et la Wehrmacht fassent fi de l’antislavisme et du racisme intrinsèque au nazisme. On ne comprend pas « Barbarossa » sans le projet de colonisation à l’Est de Hitler. On ne peut séparer « Barbarossa » de l’asservissement des Slaves. On comprend aussi qu’aucun compromis ne peut survenir pour mettre fin aux hostilités: le projet de Hitler vise ni plus ni moins à l’anéantissement de l’union soviétique. La guerre contre l’Angleterre, il n’en voulait pas… Quant à la Wehrmacht, son attitude eau cours de « Barbarossa » révèle, s’il le fallait encore, que l’armée allemande n’est pas une armée comme les autres, ce qui est au coeur de mon livre paru cette année aux éditions Perrin: « Etre Soldat de Hitler« .

Lecteur assidu de Jean Lopez, qui a su faire découvrir le front de l’Est au lectorat français, j’attendais depuis longtemps qu’il se lance dans l’aventure de l’écriture d’un ouvrage sur « Barbarossa« . Avec Lasha Otkhemzuri en tandem, le résultat ne pouvait qu’être à la hauteur des espérances. L’ouvrage, qui met la barre très haut, fera date, sans nul doute, et restera une référence. Je ne peux que le recommander: il est passionnant, incontournable.

Documentaire « Rommel » sur la chaîne « Toute l’Histoire »

Mon interview pour le documentaire de Sandra Rude pour « Toute l’Histoire » avait été réalisée à La Roche-Guyon : l’idéal pour parler de Rommel… A approfondir avec mon livre paru aux Editions Perrin.

Un nouveau blog d’histoire militaire

 

Un nouveau blog d’histoire militaire à découvrir, celui de Christophe Prime, historien de talent du Mémorial de Caen et spécialiste de la  Seconde Guerre mondiale

tracesdeguerre.com