Il y a 77 ans El Alamein: les idées reçues

EL ALAMEIN

Au-delà de la légende

La victoire remportée par la 8th Army à El Alamein est perçue comme un tournant de la guerre. Page glorieuse et fameuse pour l’armée britannique, elle prend sa place parmi les grandes batailles de l’Histoire, les engagements décisifs, ceux qui changent la donne. Son impact dans les esprits de l’époque et dans l’histoire est indubitable. Pourtant, bien des idées reçues perdurent sur cette bataille désormais auréolée d’un mythe.

Le mythe du barrage des 1 000 canons

Dans ses mémoires, évoquant le déclenchement de l’opération « Lightfoot » le 23 octobre 1942, Montgomery écrit « à 21h40, commençait le tir de barrage d’un millier de canons »[1]chiffre allégrement repris par les historiens, y compris Correlli Barnett, peu soupçonnable de complaisance à l’endroit de Monty. 1 000 canons : ce total dépasse la dotation la 8th Army. Rommel fait même dans la surenchêre puisqu’il mentionne « 540 batteries de 105 »,ce qui représente plus de 2 000 canons[2]. La 8th Army dispose en fait de 832 pièces de 25 livres et de 52 pièces de 4,5 et 5,5 pouces, soit un total de 884[3] (908 selon certaines sources[4]). Certes, plus de 1 400 pièces antichars sont en ligne et les canons antiaériens se comptent par centaines mais ils ne sont évidemment pas impliqués dans la préparation d’artillerie qui sonne le lever de rideau de la seconde bataille d’El Alamein. Sur le front d’attaque principal, celui du 30th Corps, les divisions d’assaut bénéficient du soutien de 456 pièces d’artillerie[5], soit plus de la moitié du total dont dispose l’armée. Si Monty est loin de disposer de 1 000 pièces d’artillerie pour son assaut, le tir de contre-batterie est d’une ampleur sans précédent dans le désert. Le barrage roulant qui appuie la progression des vagues d’infanterie partant à l’assaut des positions de l’Axe représente également un soutien conséquent. Des soldats allemands vétérans du front de l’Est ont affirmé que l’artillerie britannique était plus terrifiante que celle de l’Armée Rouge. Ce sont des témoignages à prendre avec caution : où et quand ces soldats ont-ils combattu sur le front russe? Etaient-ils en première ligne?… Quoi qu’il en soit, le chaos semé dans les lignes de la Panzerarmee (positions détruites, lignes de communications coupées, impact psychologique…) et la violence des tirs d’artillerie sont indéniables, mais la bataille ne fait que commencer…

 

Montgomery bénéficie-t-il d’une supériorité numérique absolue?[6]

Les historiens s’accordent pour accorder une supériorité numérique dans tous les domaines en faveur de la 8th Army : environ 2 contre 1 en hommes (210 000 contre 104 000), en blindés (1 035 en première ligne -en incluant les Churchill arrivés en Egypte- contre 511 -sans compter les canons automoteurs et les chars de prise), en pièces d’artillerie (environ 900 contre 571), au moins 1,5 contre 1 en canons antichars (1 451 contre, selon les sources, 520, 850 ou 1 063 canons s’il faut en croire Niall Barr, ce dernier chiffre paraissant élevé[7]) La Desert Air Force et les appareils américains assurent également à Monty une maîtrise de l’espace aérien (530 avions opérationnels contre 350). Les réserves en munitions et en carburant sont à l’avenant (268 000 obus de 25 livres sont stockés dans la zone avant de l’armée[8]). Les auteurs rappellent à l’envie l’avantage que présente la proximité du front des bases d’Alexandrie (une centaine de kilomètres) et de Suez alors que, dans le camp de l’Axe, les lignes de ravitaillement s’étirent sur 2 500 kilomètres jusqu’à Tripoli (compte tenu de la relative faible capacité de fret des ports de Benghazi et de Tobrouk). Une base logistique si proche d’El Alamein aurait toutefois été un handicap pour les Britanniques si la Luftwaffe et la Regia Aeronautica s’étaient assuré de la suprématie aérienne au-dessus d’El Alamein car il leur aurait été alors aisé d’interrompre l’approvisionnement.

Toutefois, la majeure partie des divisions de Montgomery n’est pas constituée de combattants. Chaque division d’infanterie n’aligne qu’entre 4 et 5 000 fantassins. C’est sur ces hommes que reposent les espoirs de percée. Les divisions d’assaut étant avant tout des formations du Commonwealth -9th Australian, 2nd New-Zealand, 1st South African-elles ne disposent que d’un pool ténu de remplaçants. Le potentiel démographique est en effet relativement limité dans les Dominions concernés, et, d’autre part, en ce qui concerne les Australiens et les Néo-Zélandais, il faut prendre en compte la nécessité de pourvoir à l’effort de guerre contre le Japon. Corollaire direct, il est impossible d’amalgamer ces troupes entre-elles, étant entendu qu’aucune recrue britannique ne peut combler les pertes de ces unités à forte identité nationale, pas plus que troupes des FFL, des Highlands ou de l’armée des Indes ne peuvent mixer leurs contingents respectifs au sein d’unités communes pour reformer des bataillons dont les rangs auraient été clairsemés.

L’Afrika Korps, solidement retranché, attend la confrontation avec confiance à l’abri d’un réseau de champs de mines à la densité jusqu’alors inégalée (445 000 au total) sous le couvert de nombreuses pièces antichars capables d’opérer des coupes sombres au sein des unités blindées britanniques comme ce fut toujours le cas jusqu’alors depuis l’entrée en lice du DAK en 1941. Dans le secteur d’attaque principal, celui du 30th Corps, quatre divisions d’infanterie alliées (9th Australian, 51st Highland, 2nd New-Zealand, 1st South-African), soit 20 000 fantassins au plus, sont confrontées à deux divisions d’infanterie de l’Axe (164. Leichte et Trento), soit 15 000 hommes. On ne constate donc aucune supériorité numérique manifeste.

Certes, les fantassins alliés bénéficieront du soutien de chars en nombre conséquent : 122 chars à la 9th Armoured Brigade (rattachée à la 2nd New-Zealand Division), 194 chars à la 23rd Armoured Brigade, 29 chars au 2nd New-Zealand Divisional Cavalry Regiment et 19 chars au 9th Australian Divisional Cavalery Regiment[9]De son côté, l’infanterie de la Trento et de la 164. Leichte peut compter sur 90 pièces d’artillerie et près de 300 canons antichars en comptant les Flak de 88 mm. En retrait, la 15. Panzer-Division et la Littorio (un peu plus de 200 blindés à elles-deux) peuvent apporter leur concours à la défense, étant entendu que le 10th Corps blindé de (449 chars[10]) ne pourra pleinement entrer en lice que lorsque les premières lignes germano-italiennes auront été enfoncées par le 30th Corps.

 

Le matériel allié était-il supérieur à celui de l’Afrika Korps?

Pour la première fois de la guerre du désert, les Alliés disposent en nombre d’un char aux performances supérieures à celles de ses adversaires : le M4 Sherman. L’engin, devenu l’emblème des forces blindées américaines du conflit, fait son baptême du feu à El Alamein. Le 11 septembre, 318 Sherman arrivent à Suez[11]. Le blindage des Sherman et leur armement principal, un canon de 75 mm à stabilisation gyroscopique, leur assurent un avantage décisif sur l’ennemi pour les combats à longue distance, caractéristiques de la guerre du désert.

 

La 8th Army est pareillement dotée en Lee/Grant (170) qu’à Gazala (167) et possède donc 252 nouveaux Sherman[13]. Malgré tout, les régiments blindés alignent encore 607 chars obsolètes ou nettement dépassés (Valentine, Stuart, Crusader)[14]. Les premiers chars Churchills Mk III, armés d’une pièce de 6 livres apparaissent également à El Alamein (6 exemplaires en ligne) mais ne sont guère une réussite. Contrairement à ce qui a prévalu au cours des combats du printemps et du début de l’été, Rommel dispose désormais de puissants Panzer en nombre – 86 Panzer III J Lang armés de 50 mm longs et 30 Panzer IV F2 à canon de 75 mm L/43 alors qu’il n’a engagé que 19 Panzer III Lang à Gazala et seulement 9 Panzer IV F2 (sans munitions!). Ces Panzer à l’armement amélioré sont nettement plus dangereux pour les tanks alliés que leurs prédécesseurs qui ont opérés dans le désert depuis février 1941. L’avantage essentiel du Sherman et du Grant réside dans leur capacité à engager les chars adverses à distance. Alors que les autres tanks des brigades blindées britanniques ne peuvent guère espérer pénétrer le blindage d’un Panzer à plus de 500 mètres, les Panzer III et IV ainsi que les Pak 38 peuvent percer l’avant de la caisse de tous leurs adversaires à 1 000 mètres. La situation est encore plus dramatique lorsque les 88 mm sont engagés dans un rôle antichar puisque leurs obus s’avèrent mortels pour tous les modèles de chars anglo-américains jusqu’à une distance de 2 000 mètres ! Le Panzer III avec un canon long (Lang) est craint par les Britanniques qui l’appellent le « Mark III Special ». Il en va de même en ce qui concerne le dernier modèle de Panzer IV, le modèle F2, armé d’un canon long de 75 mm, qui surclasse largement tout ce que peuvent lui opposer alors les Alliés. Les engins blindés allemands ne sont pas pour autant invulnérables aux coups portés par les chars anglais, même armés du canon de 2 livres. Quant aux Tiger I et aux Nebelwerfer promis par Hitler à Rommel, ils n’apparaîtront dans l’ordre de bataille qu’en Tunisie. Plus que le matériel, c’est une tactique efficace et une bonne coordination interarmes qui fait défaut au sein de la 8th Army.

A côté des chars de combat, la 8th Army dispose, pour la première fois dans l’armée britannique, de canons automoteurs, en l’occurrence une centaine de M7 Priests américains armés d’une pièce de 105 mm et des Bishops britanniques. Les Priests ont des châssis de Lee/Grant tandis que les Bishops sont des canons de 25 livres montés sur châssis de Valentine. En raison de sa trop haute silhouette et de la faiblesse de son blindage, le Bishop n’est pas vraiment une réussite à l’inverse de son homologue américain. L’avantage de ces canons automoteurs est bien évidemment le gain de temps considérable gagné par rapport à la mise en batterie des pièces attelés à des camions ou à des semi-chenillés. Ces automoteurs ont en outre la capacité de se mettre rapidement à couvert une fois leur position repérée. Ils ont aussi l’avantage de pouvoir se mouvoir plus près du front et d’accompagner plus rapidement les unités qui vont de l’avant.

Les forces de l’Axe disposent également de canons automoteurs et de chasseurs de chars. Les Italiens alignent une quarantaine de Semovente 75/18 avec leur excellente pièce de 75 mm, qui représente un progrès dans la dotation en armement lourds au sein de l’armée italienne. Les Allemands disposent de quelques automoteurs s.I.G 33 de 150 mm ainsi que de 36 pièces de 150 mm montées sur châssis de chenillettes française « Lorraine ». Les unités antichars allemandes alignent encore un certain nombre de Panzerjäger I, rescapés des premiers combats en Afrique, ainsi que un ou deux Sturmgeschütze (au Sonderverband 288) et des Marder III équipés du terrible canon antichar russe de 76,2 cm, aussi redoutable que le canon de 88 mm.

            Du côté des canons et des obusiers, la Royal Artillery peut compter sur l’excellente pièce de 25 livres. La profusion de pièces antichars à disposition de la 8th Army – 1 451 dont 849 excellentes pièces de 6 livres[16]– permet d’employer enfin le 25 livres uniquement à des fins de soutien d’artillerie, ce qui s’est avéré crucial depuis le début du mois de juillet 1942 et les premiers combats à El Alamein. Si le canon antichar de 6 livres soutient la comparaison avec le Pak 38 de 50 mm (290 exemplaires à El Alamein), les forces de l’Axe

Si les Britanniques disposent de centaines d’automitrailleuses de qualité (Daimler Mk II etHumber notamment), celles-ci ne pourront se déployer et opérer sur les arrières ennemis qu’une fois la percée acquise. La Panzerarmee Afrika ne compte ses engins blindés de reconnaisance que par dizaines. En revanche, sur le plan de l’armement individuel, les soldats de l’Afrika Korps sont dotés de mitraillettes MP38/40 et surtout de mitrailleuses MG 34 et 42 sans équivalent dans les rangs de leurs adversaires. Ceci étant, l’armement individuel, fusil-mitrailleur Bren, fusil Lee-Enfield Mk III et mitraillette Thompson, et l’armement collectif, mitrailleuses Vickers et mortiers, sont tout à fait satisfaisant. Au final, le bilan de la supériorité qualitative du matériel et de l’équipement de la 8th Army à El Alamein est quelque peu mitigé.

 

Un plan suivi à la lettre?

A la conférence de presse qui suit la bataille, le général Montgomery affirme sans ambages que tout s’est déroulé exactement comme il l’avait prévu et que, si des écarts semblaient s’être produits avec le plan, c’était exactement ce qu’il attendait. Son biographe, Alan Moorehead, écrit : « dans ses grandes lignes, la bataille d’El Alamein fut disputée conformément au plan de Montgomery »[17]. Pourtant, les erreurs furent légions et en aucun cas le plan ne fut suivi à la lettre. Dès le premier jour, l’assaut s’enlise et les chars sont encore déployés à l’est de la crète de Miteirya. Au sud, les opérations menées par le 13th Corps devaient certes s’apparenter à une feinte et fixer la 21. Panzer-Division et la division Ariete mais elles sont si peu couronnées de succès que Montgomery y met un terme tandis que la 7th Armoured Division sera rappellée et mise en réserve au nord.

Il convient cependant de mettre au crédit de Montgomery d’avoir su réagir à l’impasse dans laquelle il se trouve apparemment les 25-26 octobre. En attirant l’attention de Rommel sur le secteur australien en bordure de la côte et en contraignant l’Afrika Korps à user prématurément ses forces dans d’inutiles contre-attaque, Montgomery est parvenu à préparer les conditions pour une nouvelle offensive, l’opération « Supercharge », qui doit apporter le décision. Force est pourtant de constater que celle-ci bute également sur la résistance farouche des troupes germano-italiennes : les forces blindées britanniques sont étrillées sur Tell el Aqqaqir. La bataille d’attrition a cependant suivi son cours et, ne disposant pour ainsi dire plus que d’unités aux rangs clairesemés, Rommel doit s’avouer vaincu et entreprendre un difficile repli. La victoire est donc acquise dans des délais (10 jours) et avec des pertes (13 000) conformes aux prévisions de Montgomery[18], mais le déroulement de la bataille n’a pas été sans altération des plans dressés par le chef de la 8th Army.

 

L’ordre d’Hitler de résister sur place : l’arrêt de mort de la Panzerarmee?[19]

Le 3 novembre, alors que, la veille, la situation désespérée a contraint Rommel à prendre les mesures pour abandonner la position d’El Alamein, un message d’Hitler parvient au « Renard du Désert ». L’ordre, fameux, enjoint à l’Afrika Korps de combattre sur place jusqu’à la « victoire ou la mort ». La défaite est pourtant déjà consommée à ce moment-là. Les attaques ennemies ne pourront être contenues encore longtemps. Les pertes sont lourdes (le 3 novembre, à 14h30, les 15, et 21, Panzer-Divisionen n’alignent plus que 24 Panzeropérationnels contre 242 le 23 octobre[20]) et, sans l’ordre d’Hitler, le repli des forces de la Panzerarmee se serait de toute façon vraisemblablement avéré très délicat, en particulier pour le 10° Corpo et les Fallschimrjäger de Ramcke, déployés au sud du front. Les divisions blindées et motorisées du 20° Corpo, décimées le 4 novembre (l’Ariete perd environ 70 chars sur la centaine qui lui restait) au cours d’un combat qui sauve l’Afrika Korps en passe d’être isolé, auraient de toute façon probalement beaucoup souffert elles-aussi.

 

Rommel a-t-il abandonné les Italiens?

Rommel s’est-il replié en laissant à leur sort les unités italiennes déployées au sud du front? En fait, quand il se résigne au repli le 2 novembre, il espère sauver son infanterie en ordonnant au DAK et au formations motorisées italiennes de résister le plus longtemps possible. Les formations déployées au sud ne sont pas seulement italiennes puisque les parachutistes allemands de la Brigade Ramcke y ont également leurs positions. Le 4 novembre, après le contretemps consécutif à l’ordre de tenir donné par Hitler, le 10° Corpoest informé de l’ordre de retraite en fin d’après-midi. Depuis le 2 novembre, les véhicules disponibles sont mobilisés au profit du 10° Corpo mais la plupart sont interceptés par les unités se repliant le long de la côte. Ramcke est prevenu plus rapidement que le 10° Corpo et entame le repli sans en aviser les Italiens. Le salut d’une partie de son unité -pourtant partie à pied- ne sera dû qu’à la capture opportune de véhicules britanniquesà la faveur d’une embuscade. Les colonnes italienens seront pour leur part rattrapées dans le désert. Bien des soldats italiens sont capturés dans un état déshydratation avancée. Compte tenu des circonstances, Rommel n’aurait guère pu faire davantage en leur faveur sans compromettre l’existence de son armée durement pressée par l’ennemi.

 

El Alamein : une grande victoire britannique?

S’il a bien été de tout temps une armée composite, il s’agit bien de l’armée britannique. La 8th Army ne fait en aucune manière exception. Aux contingents anglais, écossais, gallois et irlandais s’ajoutent les alliés français, grecs, polonais et tchécoslovaques, les troupes des Dominions australiennes, néo-zélandaises et sud-africaines, ainsi que les forces provenant des colonies et de l’empire, à savoir des unités de l’armée des Indes, de Rhodésie et du Soudan.

La participation des Australiens, qui se considèrent eux-même comme des combattants de première classe, à la bataille d’El Alamein sera déterminante. Autres soldats venant des Antipodes, les Néo-Zélandais, dont le bataillon d’indigène -les Maoris- s’avèrent être des combattants tout aussi coriaces. Rommel les considère comme les meilleures troupes alliéeq. Moins renommés, les Sud-Africains participent aussi à El Alamein. Enfin, l’armée des Indes (la 5th Indian Division) se distingue des troupes des Dominions par sa composition particulière. Les Indes appartenant à l’Empire britannique, son statut est différent des armées des Dominions. En effet, dans chaque brigade, un bataillon sur trois est exclusivement composé de Britanniques, qui forment également en général les effectifs des unités d’artillerie.

Pour ne s’en tenir qu’aux hommes -puisqu’on l’a constaté plus haut le matériel made in USAà l’instar des M4 Sherman tient un rôle essentiel dans l’équipement- le constat est donc évident: la 8th Army est loin d’être une armée venant de Grande Bretagne (6 divisions sur 10 seulement). Les pertes enregistrées au cours de la bataille reflètent l’effort consenti par l’Empire : on ne compte que 58% des Britanniques parmis les 13 560 hommes tombés à El Alamein entre le 23 octobre et le 4 novembre 1942[23].

Un constat similaire pourrait être fait sur les forces aériennes engagées à El Alamein. Sur les 96 escadrilles dont dispose Tedder, qui chapeaute les forces aériennes alliées au Moyen-Orient, on dénombre, outre les formations du Commonwealth, 13 Squadrons de l’USAAF du général Brereton.

 

La pluie : facteur décisif au cours de la poursuite?

Le matin du 4 novembre, il est indubitable que Monty pense que sa victoire est complète. La poursuite est lancée : l’ennemi ne pourra s’y soustraire. Mais la prudence de Monty a sauvé la Panzerarmee de la destruction. Le général n’est pas le seul à blâmer. Ses subordonnés sont las[24] et les troupes sortent épuisées d’une confrontation de douze jours. La congestion de l’étroit corridor obtenu après la percée est telle que les embouteillages génèrent bien des retards. La majeure partie de la 8th Army se trouve encore du mauvais côté des champs de mines à El Alamein et il faut encore neutraliser les Italiens au sud du front[25]. La lenteur des opérations menées par les Britanniques est cependant clairement illustrée le 5 novembre par le fait que la poursuite s’arrête à la nuit tombante. En direction de Fouka, un faux champ de mines retarde la 10th Armoured Division puis la 7th[26]

Pourtant, Montgomery dispose de nombreuses unités d’automitrailleuses, très mobiles et bien équipées, qui sans nul doute pourraient être employées plus judicieusement. De même, dès le 2 novembre, le général Harding, le chef de la 7th Armoured Division, a présenté un plan pour couper la retraite de l’ennemi après la prise de Mersa Matrouh en fonçant vers Tobrouk via la piste de Siwa. Ce plan aurait mis Rommel en grand péril mais Monty l’a rejeté.

Le 6 novembre, les intempéries constituent une aide providentielle pour les hommes de Rommel. Engluées dans un sable devenu boueux, les colonnes britanniques sont stoppées les unes après les autres. De plus, les terrains d’aviation récemment capturés à El Daba deviennent inutilisables. Les Britanniques sont-ils pour autant si désavantagés par la météo ? Comme Montgomery[27], Churchill, explique lui-aussi l’impossibilité de détruire l’armée de Rommel par la pluie qui s’abat sur le champ de bataille[28]. Or, la Panzerarmee est également handicapée par les pluies qui s’abattent sur le champ de bataille puisque seule la route côtière est utilisable, ce qui provoque immédiatement des embouteillages et des ralentissements. La timidité de la poursuite explique davantage l’échec des Britanniques à anéantir l’armée de Rommel.

Conclusion:

Un mythe s’est forgé autour de la bataille d’El Alamein. Il est en grande partie l’oeuvre du vainqueur, Bernard Montgomery, et de ses admirateurs. Les mêmes approximations ont été maintes et maintes fois répétées depuis lors : un tir de barrage de 1 000 canons digne de la Grande Guerre, une supériorité dans tous les domaines assurant à coup sûr une nette victoire, des Italiens abandonné par Rommel dont l’armée est irrémédiablement affaiblie suite à un ordre insensé du Führer, la pluie qui frustre la 8th Army d’une victoire à sa portée… Plus que tout reste tenace la légende de la bataille décisive. Le Royaume Uni, qui avait subi de nombreux revers depuis 1940, avait alors besoin d’un héros et d’une bataille rédemptrice : il a eu Monty et El Alamein. L’Histoire a su rendre justice à Claude Auchinleck et à l’importance de la première bataille d’El Alamein, livrée en juillet 1942. Néanmoins, les mythes ont la vie dure et, dans l’esprit du grand public, la bataille d’El Alamein n’a eu lieu qu’en octobre-novembre 1942 et restera encore pour longtemps associée à Montgomery et au tournant de la Seconde Guerre mondiale. Il est aussi des historiens, prenant à rebours l’opinion la plus communément admise, pour réhabiliter les talents de général de Montgomery, mis à mal après guerre, et, donc, pour faire perdurer le mythe.

 

Bibliographie:

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THOMPSON R.W., « La légende de Montgomery », Presse de la Cité, 1967

[1] Montgomery B., « Mémoires », p 116

[2] Rommel E., « La Guerre sans Haine », p 281

[3] Pour tous ces chiffres, cf Playfair I.S.O., « The Mediterranean and Middle East. Volume IV : the Destruction of the Axis Forces in Africa », p 30 et Ford K., El Alamein 1942. The Turning of the Tide », p 61

[4] Playfair I.S.O., p 30

[5] Playfair I.S.O., p 36

[6] Barr N., « The pendulum of war. The three battles of El Alamein », p 276 et suivantes

[7] Barr N., p 276 ; 850 selon Playfair I.S.O.

[8] Playfair I.S.O., p 15

[9] Playfair I.SO., p 9

[10] Playfair I.S.O., p 9

[11] Playfair I.S.O., p 8

[13] Playfair I.S.O., p 9

[14] Playfair I.S.O., p 9

[16] Playfair I.SO., p 30

[17] Moorehead A., « Montgomery », p 170

[18] Barr N., p 404

[19] Barr N., p 401-405 ; Buffetaut Y., « Les Batailles d’El Alamein », p 147-157

[20] Rommel E., p 316

[23] Lucas Philllips C.E., « El alamein, bataille de soldats », p 324

[24] Stewart A., « Eighth Army’s Greatest Victories. Alam Halfa to Tunis, 1942-1943 », p 115

[25] Stewart A., p 119

[26] Playfair I.S.O., p 87

[27] Montgomery B., p 191

[28] Churchill W., « The Second World War, Volume IV », p 538

Il y a 77 ans à El Alamein: 30 octobre-1er novembre 1942

30 octobre-1er novembre : la poursuite des opérations par les Australiens

 

Les Australiens poursuivent leurs opérations dans le nord, appuyés par les tanks Valentine (ici avec des « Jocks »)

La nuit du 30 octobre, une nouvelle attaque des Australiens au-delà de la ligne de chemin de fer et à proximité de la route côtière. Appuyés par 360 pièces d’artillerie et les blindés du 40th RTR,les bataillons australiens, aux rangs éclaircis par les durs combats des jours précédant, tentent d’atteindre leurs objectifs dans la nuit. Des troupes du génie qui les accompagnent aménagent immédiatement un passage pour les véhicules dans le talus de la voie ferrée, un travail de forçats qui nécessite trois heures de dur labeur à l’explosif et à la pelle. Un bâtiment se trouve isolé sur le champ de bataille. On le surnomme « le blockhaus ». Il s’agit en fait d’un bâtiment à six pièces qui servait avant guerre aux employés des chemins de fer. Il est transformé en hôpital par les Allemands et lorsque les Australiens s’emparent du secteur, trois médecins et neuf infirmiers allemands s’y trouvent encore et ils vont y poursuivre leur tâche tout au long de la bataille avec leurs confrères australiens, soignant indistinctement avec la même conscience professionnelle amis et ennemis. Les deux bataillons australiens qui ont mené l’attaque, déjà réduits à 450 hommes avant l’assaut, ne rassemble plus qu’une centaine d’hommes à proximité du « blockhaus » et du « saucer », n’ayant pu percer plus en avant. Le surnom « saucer »,soucoupe, vient de la platitude du terrain occupé par les Australiens, alors que les Allemands tiennent la crête côtière et observent les Australiens depuis le minaret de la mosquée de Sidi Abd el Rahman, distante de 8 kilomètres. Les fantassins australiens sont littéralement balayés par le feu allemand : mitrailleuses, mortiers, mines causent des ravages. L’assaut de « Thompson Post » est donc très meurtrier pour les Australiens. Les hommes du génie qui auraient dû atteindre une zone dunaire proche de la côte sont également stoppés à mi-chemin dans une situation bien inconfortable. Ces positions précaires vont être défendues avec acharnement par les Australiens au cours des deux jours suivants. Pas moins de 25 contre-attaques sont menées par la 90.Leichte Division et la 21.Panzerdivision avant que le succès de l’opération « Supercharge » plus au sud n’oblige Rommel à se porter vers cette nouvelle menace. Retranchés dans leurs positions exposées de toutes parts, les Australiens bénéficient toutefois du soutien des blindés, des antichars de 6 Livres et des pièces de campagne des Rhodésiens due la 289th Battery Royal Artillery. 25 Valentines sont tout de même laissés sur le terrain. Au nord, la majeure partie des positions tenues par les pionniers du génie est emportée par les Allemands. Dans le secteur du « saucer », en revanche, Rommel a moins de succès : les Australiens se replient au sud de la voie ferrée, laissant l’hôpital du « blockhaus » dans un no man’s land, mais ils ne sont pas anéantis. Le désert impose toutefois sont tempo sur la bataille quand une tempête de sable se lève, recouvrant les cadavres et soumettant les vivants à rude épreuve, tout en leur apportant un certain répit. Les Australiens n’ont pas atteints tous leurs objectifs mais ils ont constitué un saillant dangereux qui rend la position des unités allemandes encore positionnées à l’est de celui-ci bien inconfortable car elles sont en grand danger d’encerclement et leur évacuation n’est pas des plus aisées puisque les Australiens ont coupé la route côtière. Toutefois, devant l’ampleur des pertes, Morshead décide de relever la 26thBrigade par la 24th Brigade. Les nouveaux arrivants sont accueillis par le terrifiant spectacle de cadavres démembrés et de restes calcinés de pièces antichars, de tanks et de véhicules de toutes sortes. Cette relève s’effectue dans la nuit du 1er novembre de façon tout à fait opportune car ce même jour les Allemands lancent une attaque résolue contre les lignes australiennes. Une tornade de feu s’abat sur les Australiens. L’infanterie allemande s’approche de très près et une grêle de balles et d’obus de mortiers et d’artillerie s’abat toute la matinée sur les Australiens. Une formation aérienne germano-italienne ne peut toutefois pas intervenir dans la bataille car elle est interceptée par la Desert Air Force. Toute l’après-midi les Australiens doivent résister aux assauts de l’infanterie allemande soutenue par des Panzer, des canons automoteurs et par de l’artillerie. Le combat autour des positions australiennes envahies de poussière et de fumées ne cesse pas avant 2h30 du matin le 2 novembre, après le déclanchement de « Supercharge ». Il apparaît clairement que le rôle joué par les Australiens dans le saillant nord du front pour le succès final à El Alamein est considérable. Leur ténacité et leur combativité ont été de grands atouts pour Monty. Rommel pense que Montgomery va chercher la percée finale dans ce secteur. Il désengage donc la 21.Panzer Division pour se constituer une réserve mobile et la positionne à Tell el Aqaqir. Le chef de la Panzerarmee Afrikaa parfaitement deviné les intentions du chef de la 8th Army. Seulement, Montgomery va une nouvelle fois changer de plan. Ce 1er novembre, le Tripolino, transportant carburant et munitions, est coulé au large de Derna : il n’y aura donc pas d’essence pour les Panzer de Rommel.

En kiosque

 

Mes deux articles dans 2e Guerre Mondiale Magazine N°86 actuellement en maison de presse:

Ecrire l’Histoire : « Les sources de l’historien de la Seconde Guerre mondiale »

« Les 5. et 3. Fallschirmjäger-Divisionen dans l’offensive des Ardennes »

Il y a 77 ans El Alamein: la légende de Montgomery et de la 8th Army

  • LA LEGENDE

 

Une bataille légendaire

La bataille terminée, la légende s’empare de la réalité. Il a été vite question du mythe du barrage des 1 000 canons pour le déclenchement de l’opération « Lightfoot ». Une autre légende tenace veut que Churchill ait fait sonner toutes les cloches d’Angleterre à l’annonce de la splendide victoire remportée dans le désert égyptien. La vérité est tout autre : en fait de geste spontané, Churchill attend l’issue de l’opération « Torch » prévu le 8 novembre. La population britannique a trop souffert des revers de fortune pour ne pas célébrer prématurément. Les cloches ont donc sonné le 15 novembre pour la victoire d’El Alamein le succès du débarquement anglo-américain.

« Torch » représente également la fin de l’indépendance du Royaume-Uni qui n’est plus que le membre d’une coalition dont les partenaires tiennent le premier rôle. La puissance américaine pèse désormais de tout son poids, devenant l’arsenal des démocraties et fournissant la majeure partie des unités qui vont affronter l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Les aides du programme « prêt-bail » signifient que le Royaume-Uni est largement dépendant des largesses américaines et cette dépendance ne cesse d’apparaître plus significative avec la poursuite du conflit. El Alamein est nostalgiquement perçue comme la dernière victoire britannique.

Pourtant, El Alamein n’est en aucun cas le produit des seuls efforts de la Grande-Bretagne. On a vu l’importance primordiale et le rôle crucial tenus par les troupes de l’empire et des Dominions. En ce sens, El Alamein marque également la fin d’une époque, la fin de l’ère de l’armée impériale. Les Australiens sont dirigés vers le Pacifique où ils vont affronter les Japonais. Ce n’est également qu’après négociations avec le gouvernement néo-zélandais que la 2nd New-Zealand Division de Freyberg est finalement maintenue sur le théâtre d’opérations méditerranéen.

On a constaté précédemment que la victoire remportée par La 8th Army est également perçue comme un tournant décisif de la guerre. La bataille d’El Alamein est à partir ce moment-là auréolée d’un mythe. Elle prend sa place parmi les grandes batailles de l’Histoire, les engagements décisifs, ceux qui changent la donne. Pour les Allemands et les Italiens, le souvenir qui s’y rattache est la fin d’un rêve, la fin de l’espoir de conquérir un Moyen-Orient à portée de main. Les victoires de Rommel semblent désormais bien loin.

 

De façon caractéristique, les décennies qui ont suivi la guerre ont célébré avant tout la victoire remportée par Montgomery. Les documentaires abordant la guerre du désert font également la part belle à celle-ci, au détriment des autres aspects décisifs de la campagne, mis à part Beda Fomm et la prise de Tobrouk par Rommel. Il en va jusqu’aux jeux de stratégies et aux modèles réduits qui en appellent avant tout à la bataille d’El Alamein. Pour ceux qui ont connus les petits soldats au 1/72ème de la 8th Army des marques « Airfix » et « Matchbox » des années 1960 et 1970, comment ne pas faire le lien entre la seconde bataille d’El Alamein et la couverture de la boîte de la première, inspirée d’une célèbre photo d’époque, et les figurines de Monty et de soldats écossais de la seconde. En définitive, pour le grand public encore averti, qui, même en Grande-Bretagne, est en mesure de donner un autre nom de commandant de la 8th Army que celui de Montgomery ?

 

Les marques de figurines s’emparent du mythe d’El Alamein…

 

 

La légende de Montgomery

La légende qui entoure le chef de la 8th Army victorieuse se forge dès la fin de la bataille. Sa carrière demeure à tout jamais liée à la bataille d’El Alamein. A la conférence de presse qui suit immédiatement, Monty est encore trop soulagé et trop ébloui par sa récente fortune pour en saisir encore toutes les implications. Le général au béret noir de tankiste va devenir le héros du Royaume-Uni, le symbole de la victoire sur l’Allemagne, et ce jusqu’à défaite totale de l’ennemi en 1945. Certes le Royal Tank Corps n’admet pas cette usurpation de son couvre-chef distinctif et le roi « n’en fut pas amusé » mais cette image est désormais attachée à l’excentrique vainqueur d’El Alamein. Lors de la conférence de presse, son évidente satisfaction de lui-même transparaît sans difficulté dans ses propos. Le général affirme sans ambages que tout s’est déroulé exactement comme il l’avait prévu et que, si des écarts semblaient s’être produits avec le plan, c’était exactement ce qu’il attendait. Pourtant, les erreurs furent légions et en aucun cas le plan ne fut suivi à la lettre. Mais la victoire a tôt fait de faire oublier les écueils de la bataille. En ce matin du 4 novembre, il est indubitable que Monty pense que sa victoire est complète. La capture de von Thomas le conforte dans cette opinion et, de plus, la poursuite est lancée : l’ennemi ne pourra s’y soustraire. Mais Monty ne peut prévoir ni comprendre la nature du commandement de Rommel et des officiers, un commandement absolument voué à la mobilité, prêt à accepter la confusion. Sa prudence a sauvé la Panzerarmee de la destruction. Monty ne remporte pas la victoire totale et absolue qui est à sa portée. Dans ces conditions, cette grande faiblesse de commandement qui caractérise Montgomery suffit à relativiser la portée de la victoire. Pourtant El Alamein est à l’origine de la légende d’un général qui se dit n’avoir jamais essuyé d’échecs. Il reste que sa mission était de détruire l’armée germano-italienne, non de la poursuivre sur la moitié de la longueur des côtes nord-africaines de la Méditerranée ! L’habileté que l’on accorde à Monty doit être mesurée car sa victoire est avant tout remportée dans le cadre d’une bataille d’usure. Le grignotage des lignes adverses, ses plus grandes réserves, ses facilités de ravitaillements et sa supériorité aérienne ont été la clé de son succès, plus que la moindre touche de génie de sa part. La guerre mobile effraye Monty. En fait, la victoire remportée à El Alamein ne requiert que peut d’intervention du QG de l’armée pour être acquise.

La marche triomphale qui s’ensuivit, avec la reprise de hauts lieux des combats des deux années précédentes, tels Tobrouk et de Benghazi, et l’entrée victorieuse à Tripoli, le 23 janvier 1943, trois mois jour pour jour après le déclenchement de « Lightfoot », confortent l’aura qui entoure le général victorieux. Ces noms de lieux, fortement enracinés dans la mémoire, ponctuent le trajet et reçoivent une nouvelle dimension. Cette fois-ci, il n’y aura pas ce dépriment retour de balancier qui amène à abandonner le territoire nouvellement conquis à la faveur d’une contre-offensive ennemie. Monty est bien l’homme de la victoire. L’avance se poursuit donc, avec à chaque étape un nouvel ordre du jour, écrit en style napoléonien, avec des exhortations, des hommages, des déclarations d’intentions audacieuses et dévastatrices. Ces succès ne sont pourtant que des réussites en demi-teinte car il ne fait plus aucun doute que la partie est gagnée en Afrique du Nord. Le sort de la guerre va se jouer désormais sous d’autres cieux. La poursuite réalisée par la 8th Army n’en reste pas moins un exploit logistique. Mais dans quelle mesure est-ce l’exploit de Monty ? Le général Alexander, son état-major, les services, à tous les échelons, ont permis à Montgomery de vaincre et de poursuivre Rommel. LaRoyal Navy et la Desert Air Force n’ont cessé de le soutenir dans son avance. Disposant de tout cela, Monty n’a pas été en mesure d’asséner le coup décisif. Le crédit de la prise de Tripoli revient plus à Alexander qu’à Montgomery, mais le triomphe tout entier, ou presque, revient à ce dernier. Sa nouvelle stature se confirme, sa légende s’inscrit dans le sable mais elle ne sera pas pérenne.

Montgomery: le mythe est créé à El Alamein

 

Monty connaît alors une gloire sans doute unique dans l’histoire militaire. Lorsque Tripoli tombe, cela fait presque une centaine de jours que tous les journaux du Royaume-Uni, des Dominions et des Etats-Unis publient de grosses manchettes portant son nom. Partout en Angleterre, la population lit, entend à la radio et voit les nouvelles qu’elle a si désespérément attendues pendant trois années. C’est irrésistible et Monty devient leur héros indestructible. On a vu plus haut le rôle tenu par le film « La Victoire du Désert ». Les cinéastes, les photographes et les journalistes ont donc tous rempli leur rôle de propagande à merveille. La vénération qui entoure Monty éclate au grand jour lorsqu’on lit les lignes de l’un de ces journalistes, Richard McMillan, dans son ouvrage « Montgomery et ses hommes », publié en décembre 1944. En vrai panégyriste, il le proclame « Cromwell du désert » et avoue avoir failli intituler son ouvrage « Miracle à El Alamein ». Le livre reste intéressant pour ce qu’il montre de l’image donnée en pleine guerre, mais l’ennemi y est invariablement qualifié de nazi ou de fasciste, les subtilités n’étant pas de mises à ce moment-là. Ce qui est flagrant, c’est la stature de Monty, le chef charismatique et sûr de lui qui est indubitablement à la source de la grande victoire, même si l’ouvrage fait la part belle aux combattants auxquels il tient à rendre un vibrant hommage. Avec le recul, on reste toutefois confondu devant des phrases telles que « vous pouvez jugez par vous-même lequel est le plus grand : Rommel ou Montgomery ; et votre opinion ne fait aucun doute lorsque vous lisez l’histoire des erreurs du Generalfeldmarschall et la méthode rusée employée par Monty pour rouler et battre l’ennemi ». Monty est crédité d’avoir mis fin à la fortune de l’Afrika Korps en Egypte, sans mention d’Auchinleck ! Rommel, dépeint comme le « tueur de Cobourg »fait même l’objet d’un chapitre spécial où ses succès sont mis plus en rapport avec la chance qu’un quelconque génie. Ce chapitre se clôt par une phrase abrupte qui masque la réalité de l’incurie de Monty : « quelle que soit la suite de sa carrière, il est sûr de figurer dans l’Histoire comme le général qui battit en retraite plus vite et plus loin que n’importe quel autre ».Ironiquement, l’incapacité de Monty à détruire l’adversaire à El Alamein a pour conséquence que la poursuite permette en quelque sorte de constituer une sorte de feuilleton dont on attend avec émotion la suite à chaque parution. Les gens, en allant à leur travail, ou en revenant, se racontent d’innombrables anecdotes à son sujet. Un vaste public s’amuse de ses excentricités, ses brutalités et de ses renvois de généraux. Les mères, les épouses et les fiancées l’adorent car ils épargnent la vie de ceux qu’elles aiment. Très vite, Monty reçoit un courrier digne d’une star car ses admirateurs se multiplient.

La gloire doublée d’affection qui entoure Montgomery ne peut être sans conséquences sur le général. Devenu le symbole de la victoire, il devient aussi la « mascotte » de son armée et de toute une nation. Il ne discute en aucune manière cette gloire, s’en enorgueillit même. Aucun signe d’humilité ne transparaît chez cet homme. Il semble être devenu plus aimable, d’un certain point de vue. Plus que jamais, il est sûr de lui, certain de son infaillibilité, une certitude à le rendre hostile à toute forme de contradiction. Sa nature renfermée et son austérité, non sans rapport avec le décès de son épouse avant la guerre, s’accommodent avec cette gloire fraîchement acquise. Au Caire, à Pâques, en lisant l’évangile à la cathédrale, il en jouit de nouveau. A Londres, il prend conscience de son immense popularité en entendant les applaudissements de la foule en tout lieu où il se rend, dès que les Britanniques reconnaissent sa silhouette si caractéristique. Pendant ce temps, le général Alexander, son supérieur, et le général Auchinleck, le double vainqueur de Rommel lors de l’opération « Crusader » au cours de l’hiver 1941-1942 et lors de la cruciale bataille d’El Alamein de juillet 1942, restent d’illustres inconnus. L’Histoire saura leur rendre justice. Montgomery aurait gagné en grandeur sans perdre de mérite en retour s’il avait accordé la reconnaissance qui était due à ces hommes. Certes, la réorganisation, l’entraînement et la préparation de l’armée pour l’offensive portent la marque de Monty. Son style de commandement, ses talents de planificateur et de général ont permis à celui-ci de mener une bataille d’une manière qui correspondait à cette armée. Indéniablement, Montgomery est un grand général.

La bataille d’El Alamein ne marque que l’épilogue de la guerre du désert car la partie est désormais perdue pour l’Axe. Elle constitue pourtant paradoxalement le premier acte dans la fulgurante carrière du général Montgomery, commandant des forces terrestres le Jour J le 6 juin 1944, maréchal le 1er septembre 1944, chevalier de l’ordre de la Jarretière et vicomte d’El Alamein.

 

Le mythe de la 8th Army

Les soldats de Monty partagent la gloire de leur chef. Montgomery leur adresse un vibrant ordre du jour lors de la conquête tant convoitée de Tripoli : « Depuis notre victoire d’El Alamein vous avez, chaque soir, dressé votre tente à une journée de marche plus près de vos foyers. Quand, dans les jours à venir, on vous demandera ce que vous avez fait durant la Seconde Guerre Mondiale, il vous suffira de répondre : j’ai avancé avec la 8th Army ». En permission, l’aura qui entoure la 8th Army leur est tout de suite perceptible. Ces soldats se sentent différents des autres hommes, différents mêmes des combattants des autres armées britanniques. En Birmanie, a 14th Army du général Slim, qui combat dans d’atroces conditions face à un ennemi impitoyable, n’a jamais tant méritée son surnom d’ « armée oubliée ». Presque inconnue reste également la 1st Army qui mène pourtant de durs combats en Tunisie. Mais la 8th Army lui rafle la vedette, non sans créer une certaine amertume au sein des nouveaux arrivés en Afrique du Nord. Cette 1st Army va mettre un point d’honneur à se forger sa propre gloire et à se différencier de son aînée sur le sol africain. Les Britanniques, mis à part leurs dirigeants, n’ont pas saisi que la suprématie de leur empire est arrivée à son terme et que l’allié américain sera en outre le partenaire le plus fort de la coalition. A peine perçoivent-ils un espoir après deux ans d’épreuves, que la dure réalité s’impose peu à peu à tous. Si la 8th Army éclipse la 1st, les Britanniques sont d’autant plus fiers de leurs soldats qu’ils stigmatisent les échecs essuyés par la novice armée américaine. Ces échecs semblent en effet rehausser les hauts faits de l’armée du désert.

Montgomery est nommé à la tête de la 8th Army au bon moment et au bon endroit. Une victoire est remportée peu après son installation et un nouveau matériel et un nouvel équipement président à une nouvelle 8th Army. Il a une forte tendance à considérer cette armée comme sa « chose ». Il est d’ailleurs navrant de constater que certains, à l’instar de Montgomery, en son venus à considérer que la 8th Army n’a vraiment existé qu’à partir d’El Alamein, vouant à l’oubli les deux années de guerre du désert menées par la Western Desert Force puis la première 8thArmy, celle d’Auchinleck. Ne faut-il pas s’offusquer qu’il ait fallu participer à la deuxième bataille d’El Alamein pour voir un « 8 » apposé sur le ruban de la médaille commémorative de la campagne d’Afrique du Nord ? On oublie un peu vite les exploits des hommes de Wavell, O’Connor, Cunningham, Ritchie et d’Auchinleck depuis août 1940. Une légende veut donc que la 8th Army ait commencé sa carrière au cours de la seconde bataille d’El Alamein. Elle a été transformée en fausse histoire par ceux qui ont refusé aux soldats qui servirent avant le 23 octobre 1942 le droit de porter ce fameux chiffre « 8 » mentionné plus haut. Le nom d’El Alamein est donc usurpé puisque la gloire méritée par Auchinleck et ses généraux ne leur revient jamais. Aucun drapeau de régiment ne porte la mention de la première bataille d’El Alamein. Dénigrant ceux qui l’ont précédé, cherchant toujours à amplifier le changement, Montgomery trouva plus simple de détester Auchinleck, un homme pourtant apprécié par tous ceux qui l’ont approché au cours de sa brillante carrière.

La légende de la 8th Army précède pourtant Monty et son épopée est jalonnée de hauts faits bien antérieurs à l’arrivée du nouveau chef : songeons à l’opération « Compass », Beda Fomm, Tobrouk et « Crusader ». Pour de nombreux Britanniques, particulièrement au sein des plus vieilles générations, une certaine nostalgie et un certain enchantement restent attachés à la guerre du désert. Le prestige de la 8th Army est toujours vivace. Bien sûr, les morts et les horreurs de la guerre ne sont pas oubliés. Mais il existe chez les vétérans des deux camps de la guerre du désert un souvenir très particulier de la guerre. En fait, un tel sentiment est unique et ne se retrouve pas connoté aux autres campagnes, que ce soit l’Italie, la campagne du nord-ouest de l’Europe ou bien la Birmanie. Si les sentiments y tiennent leur part, la raison essentielle est que, pendant près de trois ans, le désert constitue la seule zone de front terrestre où les Britanniques ont pu affronter les forces de l’Axe. Les vastes étendues ouvertes du désert de Libye, sans zones urbaines, sont un champ de bataille presque parfait. En dépit des conditions de vie difficiles et de l’horreur des combats, la guerre du désert a gardé un caractère chevaleresque. Cet aspect de l’affrontement doit beaucoup à la personnalité des chefs qui dirigent les armées qui s’y affrontent, et en premier lieu le maréchal Rommel. Dans les deux camps, les soldats se respectent, les prisonniers et les blessés sont bien traités et on n’y déplore pas d’atrocités commises sur une large échelle. L’effet de la vie dans le désert et le respect mutuel ont conduit les soldats des deux camps à y adopter une attitude sans aucun parallèle sur toute autre théâtre d’opérations de la guerre. D’où cette fascination sans fin des historiens, des passionnés et des vétérans pour cette guerre du désert menée entre 1940 et 1943. D’où également la légende qui entoure l’armée britannique du désert, triplement victorieuse, une première fois des Italiens en 1940-1941, puis des forces de l’Axe à El Alamein et, enfin, en Tunisie pour l’issue finale de la campagne d’Afrique du Nord en mai 1943. Une place particulière entoure le souvenir des faits et gestes des unités qui ont opéré des raids et des renseignements sur les arrières de l’ennemi à travers les profondeurs du désert. Ces unités, le LRDG, le SAS et la brigade Popsky, ont acquis une aura qui leur est propre car leur épopée guerrière s’apparente plus à une aventure dans des confins désertiques, à la vaillance d’hommes au caractère et à l’endurance exceptionnels. L’imagerie populaire du désert prend ici tout son sens avec ces troupes exceptionnelles.

La 8th Army est sans conteste la plus célèbre des armées britanniques de la Seconde Guerre Mondiale. La bataille du désert menée par cette armée l’a été sans aide significative de la part des Etats-Unis avant El Alamein. L’appoint essentiel fourni par les blindés américains au cours de cette bataille est même généralement négligé chez nombre d’auteurs britanniques. La constitution cosmopolite de cette armée a participé à forger une identité particulière, de même que l’adoption de mots arabes et celle d’une tenue adaptée au désert. Le mythe attaché à la 8thArmy se retrouve donc chez ceux qui en ont été membres, depuis sa création en septembre 1941, à partir des unités de la Western Desert Force. Ces hommes sont britanniques, australiens, néo-zélandais, indiens, sud-africains, polonais, français, grecs et tchécoslovaques. Tous ces vétérans et leurs associations perpétuent le mythe et l’aura de la 8th Army. Ils entretiennent également d’excellentes relations avec leurs anciens adversaires, qu’ils retrouvent à El Alamein, sur les lieux même de l’affrontement au cours des grandes commémorations.

En face: l’Afrika Korps, unité légendaire entourée d’une aura encore plus mythique.

Il y a 77 ans El Alamein: la couverture médiatique de la bataille

 

LA COUVERTURE MEDIATIQUE DE

LA BATAILLED’EL ALAMEIN

 

« Desert Victory »

La décision de réaliser un film de propagande sur la seconde bataille d’El Alamein est prise pendant la guerre. L’œuvre est appelée « Desert Victory ». La base de l’Army Film and Photographic Unit (AFPU) est située aux studios Pinewood, dans le comté de Buckingham. Les prises de vues sont d’abord livrées au département Public Relation 2 dirigé par Ronald Tritton afin d’êtres classées et subir la censure. Tritton, responsable des films de propagande de l’armée, est en lien avec le Ministère de l’Information. La plupart des films sont ensuite envoyés à Pinewood, où les différents directeurs vont parachever leur travail. L’équipe n°1 de la Photographic Unit est attachée à la 8th Army et elle est placée sous le commandement du major David MacDonald. Tous ses caméramans ont suivi l’entraînement de tous les combattants et possèdent tous le grade de sergent. MacDonald est donc chargé de la réalisation de « Desert Victory ». Roy Boulting sera le directeur et supervisera le film. Les caméramans ont couvert la bataille d’El Alamein de façon tout à fait routinière, comme ils l’ont fait pour les batailles précédentes. Toutefois, devant le succès immense de la bataille et son retentissement, le projet gagne de l’ampleur pour devenir un élément de propagande essentiel. La couverture des combats par les caméramans ne permet bien sûr pas de filmer la totalité de l’action, mais les équipes ont donné le maximum. C’est ainsi qu’entre 26 et 32 reporters ont en permanence suivi les forces terrestres. 3 ou 4 des caméramans ont payé de leur vie cette couverture de l’événement. Entre 5 et 7 de ces hommes sont blessés et entre 3 et 6 sont capturés. Les conditions de tournage imposent bien sûr de procéder à plusieurs reconstitutions. Si les tirs de canons dans la nuit sont bien réels, les scènes montrant des officiers consultant leurs montres et donnant l’ordre d’ouvrir le feu sont des scènes de studio. C’est également à Pinewood que sont tournées les images montrant l’infanterie et les sapeurs avançant au son de la cornemuse. Il était en effet impossible d’obtenir de telles scènes dans le feu de l’action. Des graphiques animés sont en outre ajoutés pour expliquer le déroulement de la bataille. Sur ces cartes, les Britanniques sont donc placés à droite. Il sera exigé que les scènes gardées pour le film montrent toujours les Alliés se déplaçant vers la gauche de l’écran. Des images sont donc inversées pour répondre à cette demande, ce qui inverse donc parfois les places des conducteurs et des mitrailleurs des tanks, sans parler du M3 Grant dont la pièce de 75 mm est normalement placée en casemate sur le flanc droit de la caisse ! Les images mettant en scène des fantassins sont un mélange de reconstitutions et de scènes prises sur le vif.

Une des plus fameuses photographies du « Chet’s Circus »

Les photographies les plus célèbres de la bataille sont certainement celles prises par l’unité du sergent Chetwyn, le « Chet’s Circus ». Les images des soldats australiens menés par leur officier et attaquant baïonnette au canon ont fait le tour du monde, illustrant en fait dans nombre de livres n’importe quel épisode de la campagne d’Afrique du Nord ! Ce sont pourtant des scènes reconstituées. Il en va de même de la fameuse scène d’une équipe de fantassin, dont le tireur armé d’un Bren ouvre le feu avec son arme posé sur une épave de Panzer III, la scène étant d’ailleurs inversée pour indiquer toujours le sens de l’attaque alliée, vers la gauche des images. Filmées à l’arrière des zones de combat, en choisissant l’angle de prise, les effets visuels et la luminosité, les images de Chetwyn sont incontestablement d’une qualité supérieure à celles prises dans le feu de l’action, d’où le choix de les retenir par les responsables du film. Mais cela n’est pas sans causer des tensions avec les autres équipes de caméramans qui ont risqués leur vie pour réaliser leurs films sur le front. Boulting a pourtant besoin des images de Chetwyn pour son projet. Toutefois, le montage final comporte bien trop d’images inversées, à en juger par le nombre important de gauchers ! Monty lui-même n’a pas été épargné par le procédé ! Notons que le grand succès de « Desert Victory » avec sa voix-off calme couplée avec des images d’action est à l’origine du style des prochains films de propagande réalisés à al suite du débarquement en Normandie. Pourtant, il ne sera alors plus nécessaire de recourir à des images de studios comme pour le travail de Boulting et MacDonald. Quant aux scènes illustrant l’action des forces aériennes, rien ne prouve n’y ne contredit le fait qu’elles aient été réellement pris au cours de la seconde bataille d’El Alamein. Certaines images allemandes ont été en outre ajoutées au film pour présenter le côté adverse.

Après la prise de Tripoli, le 23 janvier 1943, l’équipe de MacDonald travaille nuit et jour pour terminer au plus vite le film, dont la sortie est prévue en mars. L’œuvre est finalement rendue achevée le 15 mars 1943, alors que les rêves africains de l’Axe s’écroulent en Tunisie. Une première projection a eu en fait lieu 10 jours plus tôt à Londres. Dès que des copies sont disponibles, elles sont envoyées à New-York, où sont centralisées les compagnies de distribution américaines, canadienne et sud-américaine. Winston Churchill envoie personnellement un exemplaire au président Roosevelt. Des copies sont également distribuées en Egypte, en Turquie, en Palestine, en Perse, en Irak, en Afrique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Dans sa lettre accompagnant l’exemplaire destiné à Roosevelt, Churchill affirme que les images offrent une vue réaliste de la bataille et que le président sera sûrement content de voir des images du char M4 Sherman en action. Roosevelt répond en affirmant que « Desert Victory » est la plus grande réussite cinématographique sur cette guerre depuis son déclenchement. Staline répond lui aussi à Churchill, qui lui a également envoyé un exemplaire du film. Le dictateur du Kremlin écrit que « Desert Victory » lui a fait grande impression et montre comment la Grande-Bretagne se bat et qu’elle se bat effectivement, n’en déplaise à certains détracteurs russes. Il affirme en outre sa volonté de le diffuser au sein des armées soviétiques. En raison de son style novateur en matière d’œuvre de propagande en temps de guerre, c’est-à-dire en mixant des informations de guerre et des scènes dramatiques, « Desert Victory » reçu un accueil favorable de la critique. En Amérique, le film reçoit même un Oscar. Le succès est tel qu’un certain B.J.Goldenburg tente de mettre sur le marché un « béret de Monty », qui apparaît sur la tête d’un mannequin sur une couverture de Life.

 

La bataille d’El Alamein dans la presse, la radio et les comptes-rendus des armées

 

 Lundi 26 octobre 1942

Commando Supremo, Rome :

« Sur le front égyptien, de nouvelles attaques en force de l’ennemies, soutenues par            

     des blindés, ont été repoussées. »

Lundi 26 octobre 1942

QG 8th Army :

« A l’heure qu’il est, la 8th Army est aux prises avec l’Afrika Korps et les forces italiennes sur un large front dans le secteur d’El Alamein. Après deux jours de combats intenses les premiers résultats peuvent être évalués : cinq brèches ont été opérées dans les champs de mines ennemis et des corridors par lesquels vont opérer les blindés sont aménagés et sécurisés. »

Vendredi 30 octobre 1942

United Press :

« En dépit des énergiques contre-attaques des troupes de l’Axe, les forces britanniques ont consolidé les positions acquises depuis le déclenchement de l’offensive ».

Lundi 2 novembre 1942

QG 8th Army, Le Caire :

“La deuxième phase de la bataille à El Alamein a débuté. La bataille se déroule à proximité de la côte dans le secteur défensif le plus solide de la ligne des forces de l’Axe. Les combats ont lieu au milieu des dunes, qui font plus d’un kilomètre et demi de large. Chaque dune est orientée parallèlement à la route côtière et à la voie ferrée, qui se situe à peu près à un kilomètre et demi de la route. Ce secteur côtier dur à embrasser d’un coup d’œil comporte des centaines de petits, mais solides, points de défense, qui ont été édifiés au cours des mois précédents par les troupes du génie des forces de l’Axe pour former un « Westwall du désert » ».

Mercredi 4 novembre 1942

United Press, Le Caire :

« D’après les dernières nouvelles en provenance du front, Rommel a commencé à abandonner ses positions du front d’El Alamein et fait retraite en direction de l’ouest ».

 

Jeudi 5 novembre 1942

La parole du jour du chef de la presse du Reich, Berlin :

« Il ne faut pas prêter attention aux déclarations étranges et aux nouvelles de victoire des Britanniques. »

Il y a 77 ans à El Alamein: 28 octobre 1942

 Le 28 octobre: l’offensive est poursuivie par les Australiens tandis que les Xth et XXXth Corps se repositionnent en vue du prochain assaut que prépare Montgomery un peu plus au sud

Le 28 octobre, Monty réoriente son offensive au nord et tente de parvenir jusqu’à la route côtière. Les Australiens repartent à l’assaut à partir du Trig 29. La 20thAustralian Brigade, soutenue par les blindés de la 23rd Armoured Brigade, progresse de façon satisfaisante mais elle se trouve stoppée peu avant d’atteindre la voie ferrée. La 26th Australian Brigade attaque à droite de la 20th en direction de la position défensive ennemie baptisé « Thompson’s Post ». Cette redoute germano-italienne est astucieusement établie sur une position dominante, avec des nids de mitrailleuses se couvrant mutuellement, des réseaux de barbelés, des tranchées et des mines. Les combats qui s’ensuivent sont particulièrement acharnés et un bataillon de fantassins allemands est virtuellement anéanti au cours de cet affrontement. Cette double attaque australienne oblige Rommel à engager de nouvelles unités plus au nord pour s’opposer à la dangereuse avance australienne en direction de la côte. De terribles combats s’ensuivent donc. Rommel, déterminé à remporter cet affrontement décisif, engage dans la lutte des forces conséquentes, en l’occurrence la 90.Leichte Divisionpuis la 21.Panzer Division. Ce même 28 octobre, Churchill commence à s’inquiéter de la tournure des événements et insiste pour que la victoire soit remportée avant le déclenchement de l’opération « Torch ». La question est considérée comme grave par le premier ministre, qui considère qu’un match nul serait l’équivalent d’une défaite. Le chef d’état-major impérial, Sir Alan Brooke, nourrit lui aussi des doutes sur l’issue de la bataille mais il garde ses sentiments pour lui et soutien le général Montgomery.

Il y a 77 ans à El Alamein: 26-27 octobre 1942

Au soir du 25 octobre, Rommel est de retour à El Alamein. Il est effaré de la suite des événements depuis son départ et marque son inquiétude devant la situation préoccupante des réserves de carburant et de munitions. Le problème de l’essence l’affecte tout particulièrement à un moment où son armée a besoin de toute sa mobilité. Von Thomas lui dresse un état des forces : 81 Panzer et 197 chars italiens sont disponibles. Ces estimations sont trop basses, peut-être en raison de rapports incomplets en provenance du front. En fait, la Panzerarmee Afrika compte encore 137 Panzer et 221 chars italiens. Les pertes en chars se montent donc à 127. La 15.Panzer Division est réduite à 31 chars. Si les blindés britanniques sont efficacement contrés par les antichars, il apparaît tout aussi clairement que les contre-attaques germano-italiennes sont très coûteuses en chars. Le 26 octobre, un décompte précis des pertes indique 343 tués, 919 blessés et 2 429 disparus, soit 3 691 soldats hors de combat. Rommel donne des ordres pour que ses unités blindées soient immédiatement placées en réserve mobile. Il ordonne également que les assauts des unités blindées alliées soient repoussés par les unités antichars et non par des contre-attaques de chars.

Les effectifs en Panzer opérationnels, gaspillés dans de vaines contre-attaques, ne cessent de diminuer

La réaction de Rommel dans le secteur australien a renforcé la mainmise de Monty sur le déroulement de la bataille. Rommel engage en effet de plus en plus de blindés au combat pour reprendre à la 8th Army les faibles gains qu’elle a acquis. Ce faisant, les forces de Rommel ne cessent de s’affaiblir dans des contre-attaques trop coûteuses et inefficaces. La 15.Panzer Division est ainsi réduite à peine 40 chars. Il apparaît que Rommel aurait été plus avisé de se placer sur la défensive plutôt que de se persévérer dans des contre-attaques inutiles. Le 26 octobre, la 1st Armoured Division attaque les deux points défensifs ennemis de Kidney Ridge« Snipe » et « Woodcock ». La nuit suivante, les 2nd New-Zealand, 51th Highlands et 1st South African Divisions attaquent à nouveau vers l’ouest pour parachever les quelques gains manquants encore pour atteindre les objectifs de « Lightfoot ». La 15.Panzer Division affronte la 2nd Armoured Division sur Kidney Ridge. La contre-attaque allemande est cependant repoussée. Le tireur d’un Sherman du 9th Lancers parvient à détruire un Panzer IV à une distance de 4 000 mètres, un exploit considéré comme le tir le plus réussi du régiment de toute la guerre. La 21.Panzer Division est rappelée du secteur sud du front pour contrer la menace de Monty dans le nord. Les attaques des Panzer allemands visant à reprendre Kidney Ridge à la 1st Armoured Division mettent gravement en péril la division britannique.

 

Les 6 pounder à « Snipe »: l’un des plus fameux fait d’armes d’El Alamein

Les pertes en blindés allemands et italiens sont toutefois sensibles, notamment autour du point d’appuis « Snipe » où 19 pièces antichars de 6 Livres de la 2nd Rifle Brigade et du 239th Antitank Battalion réalisent un véritable exploit. La défense héroïque de des soldats britanniques repousse toutes les tentatives ennemies en lui causant des pertes bien trop sévères, soit une cinquantaine de chars détruits ou endommagés. Si un seul canon de 6 Livres est évacué, les pertes britanniques se limitent à 14 tués, 44 blessés et 1 disparu. L’exploit est récompensé par l’octroi de la Victoria Cross au lieutenant-colonel Turner, le chef de la 2nd Rifle Brigade. L’aviation cause également de sérieux dommages aux forces de l’Axe. C’est ainsi que, à l’aube, une escadrille de Hurricanes de reconnaissance repère une concentration de 1 000 véhicules dans le secteur de Tell el Aqaqir. L’intégralité des bombardiers légers est concentrée contre cette cible qui s’avère être le point de rassemblement de la 21.Panzer Division et la 90.Leichte Division. Près de 200 bombardiers attaquent de plein jour, utilisant la piste de Rahman comme point de repère aisément identifiable. L’attaque aérienne cause une considérable confusion au sein des deux unités. L’importante couverture aérienne qui accompagne les bombardiers tient aussi un rôle essentiel ce jour là en repoussant des formations de Stukas et de Messerschmitt 109 avant que ces derniers ne puissent intervenir sur le champ de bataille. En dépit de ces fâcheux contretemps, l’importance de la prise du Trig 29 par les Australiens est clairement ressentie par le chef de la Panzerarmee qui dépêche dans le secteur la 90.Leichte Division, jusqu’alors tenue en réserve à Daba, et surtout en concentrant dans cette zone la majeure partie de l’Afrika Korps et des unités mobiles italiennes. Dégarnissant ainsi son centre, Rommel expose ses lignes à une nouvelle attaque majeure de Monty, l’opération « Supercharge » déclenchée le 1er novembre dans le secteur néo-zélandais, tandis que les positions tenues par la 9th Australian Division deviennent le pivot de la bataille. Von Thomas et Bayerlein estiment que la position du 125.Panzergrenadier Regiment dans le saillant est désormais bien trop exposée et qu’il serait avisé de l’évacuer. Rommel objecte que Montgomery est sur le point de lancer une offensive dans ce secteur et que toute tentative d’évacuation du saillant s’avérerait désastreuse. Dans la nuit du 27 au 28, la 133th Lorried Brigade de la 10thArmoured Division consolide les positions de « Woodcock » et de « Snipe ». Entre-temps, Rommel a la désagréable nouvelle d’apprendre le torpillage du tanker italien Proserpina, sur lequel il comptait beaucoup pour rétablir la liberté de mouvement de ses unités mobiles. A cette perte s’ajoute vite celle du Tergesta, coulé à quelques encablures de Tobrouk.

Sans maîtrise de l’espace aérien, surclassé en nombre de chars et souffrant d’un ravitaillement erratique, la Panzerarmee peut-elle encore l’emporter?

Il y a 77 ans à El Alamein: 25 octobre 1942

25 octobre : la bataille d’attrition se poursuit mais aucune percée n’est réalisée

Lumsden a informé Montgomery de l’attaque nocturne qu’il va lancer avec son corps blindé. Un violent tir de contre-batterie puis un barrage d’artillerie forment le prélude à l’opération lancée par la 10th Armoured Division. Les deux brigades blindées de Gatehouse, les 8th et 24th , et la brigade motorisée de soutien, la 133rd , sont pourtant dès le début empêtrées dans le champs de mines disposé le long de la crête de Miteiryia. Les tentatives de déminage sont soumises aux tirs efficaces de l’artillerie germano-italienne tandis que les blindés en attente reçoivent l’attention de la Luftwaffe qui lance un raid aérien, ce qui a pour conséquence de désorganiser les unités contraintes de se disperser pour éviter les bombes. Une colonne de la 8thBrigade est atteinte par un bombardier allemand, provoquant un brasier illuminant tout le secteur. Les canons antichars germano-italiens et la Luftwaffe se concentrent alors sur la brigade blindée. Cette intervention de Junker 88 depuis la Crète démontre de façon brillante à quel point l’offensive de Montgomery n’aurait eu aucune chance de réussir sans une totale supériorité aérienne. Lorsque l’assaut est repris, le barrage d’artillerie britannique tombe bien trop en avant des unités blindées pour que celles-ci puissent espérer progresser derrière sa protection. Dans ces conditions, le brigadier Custance, le chef de la 24th Armoured Brigade, est d’avis qu’il serait bien mal avisé de poursuivre l’avance au risque d’exposer ses blindés en terrain découvert au lever du jour. Gatehouse acquiesce, au grand dam de Freyberg dont les Néo-Zélandais ont absolument besoin du soutien des divisions blindées. Freyberg informe donc Leese de la situation. Ce dernier s’empresse de réveiller Monty, pour le moins ennuyé par la tournure que prennent les événements. Montgomery décide donc d’une conférence avec ses deux chefs de corps, Lumsden et Leese, à son QG tactique à 3h30 du matin. Monty annonce à ses subordonnés que la 10th Armoured Division percera comme prévu cette nuit même et il avise Lumsden de ne pas hésiter à relever des officiers de leurs fonctions si les ordres ne sont pas suivis. Dans la nuit, des rumeurs encourageantes lui parviennent. Pourtant, au lever du jour, le commandant de la 8thArmy constate amèrement que rien de concret n’a en fait été réalisé : la 10thArmoured Division et la 9th Armoured Brigade ne sont toujours pas en mesure d’affronter les divisions de Panzer ni de soutenir les opérations menées par les Néo-Zélandais. Des dizaines de Shermans et de Grants ont été perdus en vain. Au nord, la 1st Armoured Division n’a toujours pas conquis Kidney Ridge. Au sud, la 7th Armoured Division se trouve encore confrontée à la difficulté de traverser les champs de mines. Devant ce constat accablant, Freyberg annonce à ses supérieurs que sa division néo-zélandaise n’est pas en mesure de réaliser ses opérations de grignotage des positions d’infanterie adverses. Sa confiance envers les unités blindées est désormais au plus bas et il désespère désormais que Gatehouse se résigne un jour à pousser sa division au-delà de la crête de Miteiriya. Freyberg propose pourtant à Montgomery de lancer à l’assaut sa 2nd New-Zealand soutenue par l’artillerie pour s’emparer d’une position à quatre kilomètres plus à l’ouest. Ce gain appréciable de terrain permettra, pense t-il, de déployer enfin la 10th Armoured Division au-delà de la crête de Miteiriya. Monty rejette la proposition de Freyberg, sachant pertinemment qu’une telle attaque serait trop coûteuse en hommes et opérerait des coupes sombres au sein des unités d’infanterie. Il aura en effet trop besoin de ces hommes dans ses opérations de grignotage. De plus, Monty sait que les quatre divisions de 30th Corps qui ont mené l’attaque principale à travers les champs de mines depuis le 23 octobre ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes en raison des pertes. Seule la 9th Australian Division fait encore bonne figure, ses bataillons étant encore à peu près à effectifs pleins. Dans l’autre camp, von Thomas et son état-major sont consternés du manque d’allant des unités britanniques. Von Thomas ne comprend absolument pas pourquoi Montgomery n’a pas poussé immédiatement le succès remporté au cours de la première nuit ni la timidité d’action qui caractérise les unité blindées britanniques. Devant l’importance des moyens mis à disposition de Leese et de Lumsden, von Thomas a clairement identifié le secteur de la crête de Miteiriya comme l’attaque principale ennemie. La lenteur de ses adversaires lui a permis de redéployer dans cette zone de nouveaux canons, de poser de nouvelles mines et d’y déployer une partie de ses forces blindées. En dépit de la supériorité numérique britannique à la veille de la bataille, l’armée germano-italienne est à moment-là en mesure de faire échouer complètement l’offensive de la 8th Army. L’opération « Lightfoot » ne se déroule donc absolument pas comme l’avait prévu Montgomery. Contrairement aux divisions blindées du 10th Corps, le 30th Corps a certes atteints ses objectifs, au prix de 4 600 pertes dans les rangs de l’infanterie. En face, l’Axe accuse la perte de 3 700 hommes. Toutefois, il n’a pas été nécessaire à la Panzerarmee Afrika de faire intervenir la majeure partie de l’Afrika Korps, hormis quelques blindés de la 15.Panzer Division, et la 90.Leichte est toujours placée en réserve. Monty doit donc s’assurer que son armée peut se permettre de poursuivre cette bataille d’attrition. Il convoque donc son chef d’état-major, Freddie de que, pour obtenir les informations nécessaires. En à peine deux jours de bataille, le 10th Corps a perdu 191 chars, dont 121 précieux Shermans et Grants. Ceci signifie que 29% des précieux chars moyens américains ont été touchés. La 23rd Armoured Brigade a perdu de son côté 63 blindés et la 7thArmoured Division accuse la perte de 62 tanks, dont seulement 8 Grants. Monty a donc perdu 316 chars et n’en possède donc plus qu’environ 750. Ceci représente une supériorité numérique confortable amis les pertes en chars Sherman et Grants sont inquiétantes. L’analyse de de Guingand est toutefois rassurante pour Monty puisqu’il souligne que de nombreuses pertes correspondent en fait à des dommages causés par des mines, ce qui signifie donc que les réparations ne seront pas longues. De Guingand estime en outre à 40-50 chars en provenance des ateliers et des bases le chiffre quotidien pouvant être perçus au cours de la semaine à venir. La 8th Army peut donc maintenir sa pression sur la Panzerarmee. Il reste que l’inquiétude gagne le QG de la 8th Army et Londres : un échec de la 8th Army jouissant d’une telle supériorité serait un véritable honte pour l’armée britannique, qui plus juste avant le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord. Toutefois, la bataille ne sera pas gagnée facilement et les Britanniques s’en sont rendus compte dès les premières heures. Monty ne dispose pas de réserves puisque le 10th Corps est déjà engagé. On constate ici une limite aux conceptions opérationnelles britanniques en matière de percée.

Le 25 octobre, en milieu de journée, Monty décide de surprendre son adversaire en frappant en force depuis son aile droite. La 1st Armoured Division brisera les lignes adverses à partir d’un bouclier défensif établi par les Australiens. Ces derniers vont commencer leurs opérations de grignotage en direction de la route côtière. La Panzerarmee ne peut laisser une telle menace se réaliser sans réagir. Par conséquent, Monty est décidé à faire porter tout le poids de l’offensive dans le nord si les opérations menées par les Australiens et la 1st Armoured Division sont couronnées de succès. Entre temps, la 10th Armoured Division est retirée du front à l’exception de sa 24th Armoured Brigade qui rejoint la 1st Armoured Division dans le nord et l’assister dans sa délicate offensive. Le 25 octobre, l’avance de la 1st Armoured Division est certes limitée devant le rideau antichar défensif adverse mais elle parvient néanmoins à repousser une contre-attaque blindée adverse, au prix de la perte de 34 de ses chars. Dans le sud, la 7th Armoured Division est relevée par la 44th Home Counties Division. Si les gains du 13th Corps ne sont guère significatifs, son succès réside dans le maintien au sud de la 21.Panzer Division et de la division blindée Ariete alors que le sort de la bataille se joue au nord. Ces deux unités ne se maintiennent toutefois au sud qu’un temps car la division Folgore et les parachutistes allemands de la brigade Ramcke font savoir qu’ils sont en mesure de contenir la poussée ennemie sans l’aide des blindés.

  

Bishop et Lorraine Schlepper: l’artillerie automotrice est une nouveauté dans la guerre du désert

Dans le plan de « Lightfoot », la 24th Brigade de la 9th Australian Division doit attaquer avant tout pour maintenir la pression sur les unités ennemies qui lui font face dans le secteur côtier, tandis que les deux autres brigades de la division, la 20th et la 26th, participent au grand assaut qui doit permettre de percer le front de la Panzerarmee. Le 25 octobre, Monty décide de porter l’effort de grignotage de l’infanterie de Rommel dans le secteur nord, celui des Australiens. La 26th Brigade est donc envoyée à l’assaut du Point 29, une éminence d’à peine 20 mètres de hauteur, mais c’est la seule de son secteur et elle offre des vues sur 4 à 5 kilomètres dans toutes les directions. Cet objectif se trouve au nord des positions atteintes par les fantassins australiens au cours des combats des jours précédents. Il apparaît donc que le contrôle de la crête 29 permettra de poursuivre l’avance en direction de la côte, encerclant par cette occasion la majeure partie de la 164.Leichte Division. Monty saisit vite l’opportunité d’une telle attaque : une telle menace pesant sur la 164.Leichte Division ne peut qu’obliger l’ennemi à intervenir, exposant ainsi ses Panzer à la destruction. Outre les Australiens, la 51th Highland continue sa pression dans son secteur tandis que les blindés de la 1st Armoured Division doivent poursuivre leurs tentatives de percée en direction de l’ouest et du nord-ouest. Ces trois formations représentent donc une menace de première importance sur le flanc gauche de la Panzerarmee. 15 000 obus s’abattent sur les positions allemandes. L’attaque s’est fait à bord de Bren-Carriers et les soldats australiens se ruent sur des défenseurs pris totalement par surprise une minute à peine après que le bombardement d’artillerie dont le bruit fracassant et la poussière dégagée a poussé les défenseurs à se terrer dans leurs abris de fortune. Le Trig 29 est donc pris par les Australiens la nuit du 25 au 26 octobre, après quoi Morshead s’apprête à lancer un nouvel assaut vers le nord dans la nuit du 28.

Recension « Des Tigres dans la Boue » d’Otto Carius

Otto Carius, Des Tigres dans la Boue, Overlord-Press, 2019

Les mémoires de l’as des Panzer Otto Carius (150 victoires!) est le 1er opus de la nouvelle maison d’éditions Overlord-Press, créée par le prolifique Yannis Kadari, qui est déjà à l’origine des éditions Caraktère.

Nous avons là pour la première fois la version française de l’ouvrage de Carius. Une initiative heureuse. Avec la multiplication des traductions ou la de republication des mémoires de participants illustres de la Seconde Guerre mondiale, on a l’impression de revivre la forte activité éditoriale des années 1950-1960 (que je n’ai évidemment pas connue…), période de frénésie des publications émanant des témoins directe les plus renommés, ou qui côtoyèrent les plus « grands ». On regrette juste qu’il n’y ait pas de notes explicatives au fil du texte, comme il l’est de plus ne plus le cas avec les éditions de mémoires de la guerre.

Le livre de Carius est intéressant à plus d’un titre. Il se lit bien, comme un roman, la plupart des chapitres étant relativement courts. Il s’agit d’un récit guerrier haletant, qui permet au lecteur de comprendre ce que peut signifier être un Panzerschütze, particulièrement à bord d’un Tiger (on y apprend de nombreux petits détails). Carius est d’ailleurs de prime abord un peu décevant car il ne semble pas apprécier le « monstre » d’acier dès le premier regard (alors qu’il s’agit de mon Panzer préféré…), lui reprochant entre autres les lignes modernes du T-34. Quant au Jadgtiger, il ne remporte aucun suffrage… Ce qui est absolument remarquable, c’est la description des engagements, la relation des hommes au sein des unités (les fameux « groupes primaires »), la coopération avec les fantassins et les autres armes, … Les différentes opérations relatées à l’Est sont vraiment instructives. Je laisse la primeur aux lecteurs et ne dévoile pas les nombreuses (et parfois incroyables) péripéties, notamment la rencontre avec trois Russes… Il y a aussi un galerie de personnages, dont le général Strachwitz, mais aussi un supérieur direct ainsi qu’un autre général peu convaincants. Les briefings avant les opérations méritent aussi la lecture.

Carius est aussi un homme de son temps, un vaincu de la Wehrmacht qui écrit après la guerre. Un homme qui ne renie pas son engagement, se prétendant naïvement apolitique (« peu importe si on fait son travail pour le Führer, pour son pays ou par sens du devoir ») et juste un bon patriote, peu amène envers les conjurés du 20 juillet (sauf, dans une certaine mesure, Stauffenberg), ni ceux qui accueillent les Américains.

Sa vision de ces derniers est caricaturale, autant quand il le compare aux Soviétiques, que lorsqu’il aborde la question des bombardements ou encore le traitement des prisonniers de guerre.

Evoquant la guerre ou les SS, ainsi que les « prétendues atrocités » allemandes, Carius est bien un « soldat de Hitler ». Il ne rencontre pas le dictateur pour ses feuilles de chênes, mais Himmler: un épisode intéressant et relaté sans état d’âme.

L’homme reste au final très modeste (on est bien en mal de suivre son palmarès ni s’en faire une idée à la lecture de ses mémoires), très humain dans le contact avec ses compagnons d’armes, mais également dévoué au service, sans se rendre compte de la cause qu’il sert, même a posteriori. Il ne semble pas nazi à proprement parler, mais on chercherait en vain une allusion aux horreurs qu’ont subi le civils soviétiques au quotidien à l’Est…Quant à  la position désignée « Judennase », « nez de Juif », cette appellation n’aurait rien d’antisémite, mais serait juste facilement compréhensible par tous en raison de la forme du relief en question…

Un bon livre de guerre, agréable à lire, que je recommande vivement: on ne s’ennuie pas!

Une excellente initiale des nouvelles éditions Overlord-Press: on attend la suite avec impatience!

http://overlord-press.com/

Il y a 77 ans à El Alamein: 24 octobre 1942

24 octobre : Monty dans l’impasse

L’infanterie soutenue par les tanks va t-elle réussir à atteindre ses objectifs?

Au lever du jour du 24 octobre, les espoirs sont permis pour la 8th Army. Pourtant, 6 divisions tentent simultanément de frayer un chemin à leurs véhicules sur un espace dépourvus de repères, de sorte que les limites des secteurs alloués à chaque unité sont bien difficiles à distinguer. Les difficultés à surmonter sont de taille. Les nuages de poussière provoqués par les explosions s’allient à ceux dégagés par les véhicules en mouvement dans le sable et se combinent à la fumée des combats, aux mines et aux embouteillages pour provoquer une confusion sur le champ de bataille. Les opérations du 24 au 26 octobre s’avèrent décevantes pour les Britanniques : les pertes sont nombreuses pour des gains très limités tandis qu’aucune percée n’est acquise. En revanche, le grignotage des unités d’infanterie ennemies est effectif, tandis que l’Afrika Korps, frappé du fort au fort, ne cesse de voir sa capacité offensive s’amoindrir.

La Lutfwaffe manque l’occasion de contrer l’ennemi encore empêtré dans les champs de mines…

Le matin du 24 octobre, Monty a fermement l’intention de poursuivre son plan à la lettre. Au nord, la 51th Highlands doit parvenir à s’emparer de ses objectifs initiaux sur la ligne « Oxalic » et participer activement à la sécurisation des corridors dévolus à la 1st Armoured Division. Les Shermans de cette unité repoussent les Panzer à plus de 2 000 mètres de distance, à la grande stupeur des Allemands. La tactique qui avait si bien fonctionné pour les Allemands est donc devenue obsolète et les Anglais sont désormais assurés de remporter les duels à longue distance. Pourtant, les tankistes de l’Afrika Korps espéraient contrebalancer la supériorité numérique de leur adversaire par leur tactique antichar qui avait montré ses preuves. Bien plus, les pièces de 88 mm peuvent être détruites à distance grâce aux obus explosifs et aux appareils de visée des Shermans, un luxe jusqu’alors impossible aux équipages britanniques. L’intervention de la Desert Air Force est un appoint supplémentaire dans la mesure où les pièces de 88 mm tentent de les engager au détriment de cibles terrestres. Mais, à l’instant précis où les tubes se dressent vers le ciel, les positions encore inconnues des 88 mm se révèlent ainsi aux Shermans qui peuvent les détruire à loisir.

Redoutables, les Flak de 88, embossés au ras du sol, révèlent leurs positions à l’ennemi lorsque leurs tubes se dressent vers le ciel pour repousser la Desert Air Force…

La présence pour la première fois de canons automoteurs, en particulier les 105 mm Priests, est un autre appoint tactique de premier ordre car il permet aux unités assaillantes de bénéficier rapidement du soutien de l’artillerie qui peut ainsi suivre la progression des blindés et leur apporter sans tarder leur soutien souvent indispensable. Dans le secteur de la 1st Armoured Division, les équipes de démolition britanniques détruisent pas moins de 26 carcasses de Panzer. Les Australiens doivent pour leur part poursuivre leurs efforts sur le flanc droit de l’offensive en commençant leurs opérations vers le nord en remontant vers la côte. Pourtant, le vent de sable, les antichars ennemis et une dramatique erreur d’identification qui provoque un raid des lignes australiennes par des bombardiers Boston font que les progrès restent très limités. Les Néo-Zélandais doivent enfoncer le front ennemi au-delà de la crête de Miteiriya en exploitant vers le sud. Dans le même secteur, la 10th Armoured Divisiondoit se porter vers l’avant à la faveur d’un soutien en artillerie conséquent. Au sud, le 13th Corps engage à nouveau la 7th Armoured Division. En cas d’insuccès dans sa nouvelle tentative pour aménager un passage à travers le second champ de mines, le relais sera pris la nuit suivante par la 44th Home Counties Division qui se chargera d’opérer une brèche. Dans le camp adverse, l’offensive de la 8th Army a jeté le chaos. Peu de canons ont été en mesure de retourner le feu face à la tornade de feu qui s’est abattue sur leurs positions. Le pilonnage incessant de l’artillerie et de l’aviation alliée a semé une confusion extrême dans les communications. Les câbles téléphoniques ont été sectionnés par les tirs de l’artillerie britannique. Faute de pouvoir efficacement utiliser leurs fréquences radios, les Allemands en sont réduits à envoyer des estafettes aux états-majors ! Dans ces conditions, il faut un certain temps au QG de la Panzerarmee pour établir une évaluation claire de l’offensive ennemie. La portée de celle-ci, son ampleur et son axe d’effort majeur sont difficilement discernables par le général Stumme du fait de la multitude d’assauts simultanés lancés de la Méditerranée à la dépression de Qattara. Le général allemand décide donc d’évaluer la situation lui-même sur le terrain et c’est à cette occasion qu’il perdra la vie. A Berlin, l’OKW prend également la nouvelle de l’offensive avec quelques inquiétudes. Vers 15 heures, Rommel, encore convalescent, est contacté. Keitel, le chef de l’OKW, demande à Rommel si l’état de santé de celui-ci lui permet de regagner El Alamein. Devant une réponse affirmative, Keitel, l’assure qu’il continuera à le tenir au courant de la situation. Puis Hitler appelle en personne. Rommel écrira : « Il m’annonça que le général Stumme, toujours manquent, était ou prisonnier ou mort, et me demanda si je pouvais retourner immédiatement en Afrique. […] Peu après minuit, le Führer m’appela de nouveau. La situation à El Alamein était telle qu’il me priait de rejoindre l’Afrique tout de suite et de reprendre mon commandement. Dès le lendemain, je m’envolai ; je savais pertinemment que nous n’avions plus de lauriers à récolter sur le théâtre d’opérations d’Afrique du Nord, les renseignements fournis par mes officiers m’ayant appris que le minimum d’approvisionnements que j’avais réclamé était loin d’avoir été livré ».

Hitler sollicite le retour de Rommel à la tête de la Panzerarmee. Le Feldmarschall s’exécute: serra t-il en mesure de redresser la situation?

Les progrès réalisés par la 8th Army ce 24 octobre s’avèrent des plus décevants. Peu d’unités blindées sont parvenues à traverser les champs de mines en dépit des injonctions de Monty et de Leese à Lumsden et aux chefs des deux divisions blindées. En fait, seuls de timides efforts sont consentis pour obéir aux ordres de Montgomery qui veut absolument que ses tanks prennent position sur le terrain dégagé au-delà des champs de mines. Les Ecossais ont bien tentés de nettoyer le terrain et de préparer le passage pour les blindés de la 1st Armoured Division mais les gains sont minimes. Il faut souligner que les hommes sont épuisés par une nuit de bataille et une longue journée en étant en permanence soumis aux bombardements et aux tirs d’infanterie. La division blindée de Briggs reste donc hors de portée de Kidney Ridge, son objectif du jour. Freyberg s’emporte contre Gatehouse et sa 10stArmoured Division dont la lenteur ne permet pas d’exploiter le succès réalisé par les Néo-Zélandais. Mais Gatehouse ne veut pas risquer ses blindés au-delà de la crête et semble en fait moins préoccupé par l’idée de lancer une attaque que de se préparer à repousser un assaut des divisions de Panzer. Gatehouse est aussi bien conscient de la difficulté à faire traverser les champs de mines à ses camions de ravitaillement en munitions et en carburant. Or ce fait est essentiel s’il veut préserver son unité de la destruction. L’insistance de Monty amène toutefois Gathehouse à engager à 16 heures sa 8th Armoured Brigade dans une reconnaissance en force bien timide à l’ouest de la crête de Miteiriya. Cette attaque, qui manque singulièrement d’allant, est bien vite stoppée par la découverte d’un nouveau champ de mines protégé par d’efficaces positions d’artillerie.