Rommel vu par de Gaulle

 

Avant de passer à la télévision en 1969, le général de Gaulle n’apprécie que modérément de devoir se faire maquiller, de la « putasserie » qu’il déteste. « Cela me fait penser à Rommel », lance-t-il. Et d’affirmer que lors de la guerre du désert Rommel se préparait à rencontrer les médias: « il se mettait de la colle à la commissure des yeux et des lèvres, et il y jetait des grains de sable. Comme ça, il faisait plus loup gros du désert que nature. » Qu’il soit permis d’en douter…

1942: La première opération aéroportée britannique

 

La première opération impliquant un planeur britannique est relativement méconnue. Le 19 novembre 1942, deux Halifax doivent remorquer deux Horsa -dont un avec une équipe de pilotes australiens- vers Vermork, en Norvège, avec 30 sapeurs commandés par le Lieutenant Methuen. C’est l’opération « Freshman » : détruire une usine de fabrication de l’eau lourde. Des difficultés de repérage et de mauvaises conditions de navigation mènent à la catastrophe. 11 hommes meurent dans les crashs des atterrissages. 4 blessés graves sont empoisonnés par la Gestapo dans un hôpital et les 19 autres sont fusillés comme saboteurs.

« Etre Soldat de Hitler » présenté dans Ouest-France

Une belle recension de Etre Soldat de Hitler dans Ouest-France, un quotidien que je connaissais bien lorsque je vivais à Caen…

Merci à Didier Gourin

 

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11 novembre 1942

Il y a 77 ans: 11novembre 1942. Après trois jours de combats suite à Torch, c’est enfin le cessez-le-feu au Maroc entre les forces vichystes et les troupes américaines de Patton. Pendant ce temps, à plus de 4 500 kilomètres, l’armée de Rommel quitte définitivement l’Egypte.

Persécutions: prémices de la Shoah

Il y a 81 ans, dans la nuit du 9-10 novembre 1938, la « Nuit De Cristal »

Recension de « Mondes en Guerre. Tome 2 » sous la direction d’Hervé Drévillon

Hervé Drévillon (sous la direction), Mondes en Guerre. Tome 2. L’âge classique XVe-XIXe siècle, Passés Composés, 2019, 782 pages

Le second opus de cette série magistrale consacrée au fait de guerre dans l’Histoire de l’Humanité tient les promesses mises dans le 1er tome: une somme d’érudition servie par une iconographie riche, de belles cartes et, surtout, un texte captivant. Le lecteur ne doit pas s’attendre à une suite de récits de campagnes et batailles. Contrairement au premier tome portant sur l’Antiquité et le Moyen Age, ce second livre ne suit pas à proprement parler un canevas strictement chronologique, puisque l’étude est avant tout thématique et transversal. Un parti-pris certes intéressant, mais peut-être plus déroutant pour qui maîtrise mal les grands événements historiques de la période. Le travail embrasse de nouveau tous les continents, ce qui est une grande force de cette série. Le propos est des plus varié et aborde toute une série de thèmes majeurs et passionnants: citons simplement le métier des armes et la question des armées permanentes et de professionnels, la révolution de la mobilité, la logistique, l’impact de l’imprimerie sur l’institution militaire, la question de la suprématie du feu, les règles de la guerre sur mer, la religion et la guerre, la guérilla, le grand creuset de l’armée (échanges, transferts et hybridations), etc. Les passionnés des guerres révolutionnaires de la geste napoléonienne y trouveront sans doute leur compte. J’ai eu peu à me mettre sous la dent pour ce qui concerne la guerre de Sécession, non oubliée et abordée avec intelligence, mais le propos de l’ouvrage est global et englobe des siècles d’affrontements, rappelons-le: le lecteur ne doit pas rechercher le récit détaillée d’une guerre. La période est aussi celle des découvertes puis des conquête européennes, l’occasion de faire le point sur l’absence de supériorité technologique à l’ère des premiers empires coloniaux, ainsi que l’implications de nombreux peuples dans le processus des conquêtes européennes, impossibles sans les soutiens locaux. Au final, beaucoup d’informations et beaucoup de réflexions. Un très beau livre, réussi, que l’on peut aborder au gré de nos envies, selon le thème que l’on souhaite découvrir (ou relire). Si j’ai préféré le 1er tome, c’est parce que je suis passionné d’Histoire ancienne, mais celui-ci vaut l’investissement.

 

Il y a 77 ans El Alamein: 4-6 novembre 1942

4-6 novembre : une victoire inachevée

4 novembre 1942: la percée!

Les automitrailleuses et les tanks ne parviennent pas à optimiser le succès jusqu’à obtenir l’anéantissement de l’adversaire

La Panzerarmee abandonne un matériel considérable….

Le 4 novembre marque la fin de la bataille d’El Alamein. Rommel enrage de ne pas profiter de l’inaction des Britanniques pour extirper ses troupes du piège qui les menace. Il sait pourtant que la seule façon de sauver son armée est de commencer le repli. Von Thomas proteste de la décision prise de rester à combattre. Rommel se ravise donc et envoie en Allemagne le lieutenant Berndt, son aide de camp personnel qui est membre du parti nazi depuis longtemps, pour persuader Hitler de changer d’avis. Pendant la nuit du 3 au 4 novembre, alors que Rommel poursuit le retrait graduel de ses troupes de la ligne d’El Alamein, la 5th Indian Brigade opère une avancée victorieuse jusqu’à la piste de Rahman sans rencontrer d’opposition sérieuse. Plus tard dans la nuit, les Ecossais s’attaquent au point 44 sur Tell el Aqaqir et parviennent à s’en emparer au bout d’une heure de combat. 20 Valentines et de nombreux soldats sont cependant perdus dans l’affrontement. L’armée de Rommel est alors en pleine retraite. Les 15. et 21.Panzer Divisionen sont retirées du front à leur tour aux premières heures de la journée et entament leur repli vers Fouka. Au lever du jour, toutes les colonnes motorisées de l’Axe sont en mouvement vers l’ouest pendant que les unités d’infanterie dépourvues de transport tentent également de fuir, si toutefois elles sont parvenues à se désengager de l’étreinte de la 8th Army. La situation empire pour Rommel. Le général von Thomas est capturé au combat par l’ennemi tandis que les Britanniques anéantissent sa dernière réserve blindée, la division Ariete, écrasée par la 7th Armoured Division après avoir mené un héroïque combat de sacrifice. C’est en fait tout le 20ème Corps italien qui est anéanti puisque les divisions Littorio et Trieste ont également virtuellement cessé d’exister. Une brèche de 20 kilomètres est ainsi formée au sein du dispositif germano-italien, isolant les unités tenant la partie sud de la ligne de front. L’ordre de retraite général est donné à 15h30 mais toutes les unités ne peuvent y répondre de la même façon. La brigade Ramcke, la Folgore, la Brescia et la Pavia ne peuvent disposer de véhicules car elles sont isolées par les troupes britanniques qui se sont engouffrées par la brèche laissée par la destruction de l’Ariete. Il est également impossible de leur dépêcher des camions en raison du trop grand risque que représentent les nombreuses automitrailleuses britanniques en maraude. L’ordre insensé d’Hitler coûte donc très cher à la Panzerarmee. Notons seulement l’incroyable odyssée que Ramcke parviendra à réaliser en parvenant à se sauver avec 600 parachutistes après la capture, le 5 novembre, de camions britanniques. Les parachutistes allemands réussissent ensuite l’exploit de traverser les lignes britanniques pour rejoindre Rommel deux jours plus tard.

Les Britanniques ne cessent de laisser s’échapper des occasions de détruire l’armée de Rommel. En fait, lorsqu’il apparaît que l’ennemi a disparu, c’est un sentiment de soulagement qui s’empare des unités de la 8th Army plutôt que la volonté d’anéantir l’adversaire. Des officiers ordonnent ainsi à leurs hommes de préparer le bivouac pour la nuit. Dans la nuit du 4 au 5 novembre, les ordres sont donnés de poursuivre l’ennemi en se portant vers le nord-ouest pour couper la route côtière et, donc, la voie de retraite de la Panzerarmee Afrika. Mais ces ordres sont à exécuter le lendemain, au risque de perdre un temps précieux ! Montgomery estime que le moment est venu de lancer ses forces mobiles à la poursuite d’un ennemi désormais battu. La 1st Armoured Division parvient à s’extraire de l’embouteillage qui bloque tout mouvement dans le secteur de la piste de Rahman et commence à exploiter vers l’ouest à la poursuite de l’Afrika Korps dans la nuit du 4 au 5 novembre. La 7th Armoured Division se joint à son tour à la poursuite, suivie aux premières du jour par la 2nd New-Zealand Division. Monty décide en outre qu’il est temps d’engager également la 10th Armoured Division vers l’ouest contre les arrières-gardes de Rommel. Pendant ce temps, dans le sud, le 13th Corps ne rencontre plus guère d’opposition. Seule la 8th Armoured Brigade réussit à s’avancer suffisamment loin vers le nord-ouest pour atteindre la côte avant le passage de toutes les troupes ennemies en retraite. Le combat est dur et intense, les hommes de Rommel laissant sur le terrain 14 Panzer, 29 chars italiens, 4 canons, une centaine de camions et un millier d’hommes. Le 6 novembre, la 21.Panzer Division est immobilisée entre Fouka et Mersa Matrouh par manque de carburant. Elle ne doit son salut essentiellement qu’à une pluie providentielle et à l’irruption du Kamfgruppe Voss qui surprend la 22nd Armoured Brigade en lui infligeant de lourdes pertes. Pourtant, dès le 2 novembre, le général Harding, le chef de la 7th Armoured Division, présente bien un plan pour couper la retraite de l’ennemi après la prise de Mersa Matrouh en fonçant vers Tobrouk via la piste de Siwa. Ce plan aurait mis Rommel en grand péril mais Monty le rejeta.

La 8th Army au faîte de sa gloire

La 8th Army a remporté une grande victoire mais elle n’a pas été en mesure d’anéantir un ennemi à sa merci. Plus que la prudence, c’est la congestion qui bloque tout mouvement et surtout l’échec de la percée attendue pour « Supercharge » le 2 novembre. La poursuite de l’armée vaincue de Rommel n’a donc pas constitué le grand triomphe que l’armée de Montgomery aurait pu remporter. Désorganisée, fragmentée, démoralisée, à court de carburant, la Panzerarmee n’attend que le coup de grâce. Pourtant, la 8th Army, pourtant considérablement plus puissante, n’est pas en mesure d’asséner ce coup fatal. Le 13 novembre, Rommel est de retour à Tobrouk, site de sa plus belle victoire, celle qui l’avait mené jusqu’à El Alamein…

Recension « Histoire Mondiale de la Guerre Froide.1890-1991 » d’Odd Arne Westad

Odd Arne Westad, Histoire Mondiale de la Guerre Froide.1890-1991, Perrin, 2019, 712 pages

Une somme considérable consacrée à la Guerre Froide, et plus particulièrement à l’antagonisme entre les deux grandes puissances de l’après Seconde Guerre mondiale: les Etats-Unis et l’Union soviétique. L’auteur va au-delà de la période traditionnellement retenue, à savoir 1947-1991. Odd Arne Westad débute en effet son étude avec les cinquante années qui précèdent la Guerre Froide (sans doute la partie la plus intéressante), cinquante années qui président à la montée en puissance des Etats-Unis, à la révolution bolchevique, ainsi qu’au déclin de l’Europe occidentale, à tout le moins dans la domination mondiale qu’elle exerce. Les tensions entre les Etats-Unis et la Russie, aux idéaux si antagonistes, débutent par ailleurs bien avant 1947. La révolution de 1917 est l’un des événements majeurs du siècle précédent, de même que le développement de la puissance américaine, jusqu’à devenir la superpuissance par excellence. Les thèmes abordés sont forts variés et clairement traités. Si la trame est événementielle et chronologique, elle est également thématique, par zone géographiques (L’Inde, la Chine, le Moyen-Orient, …) et aborde des sujets aussi variés que l’économie, les sociétés, etc. En raison de l’étendue du sujet, on pourra penser que certains événements sont traités trop rapidement, comme l’érection du mur de Berlin par exemple (sans allusion au fameux discours de Kennedy), mais il est facile de compléter par d’autres lectures si le besoin s’en fait sentir. Un ouvrage qui au final fait le tour de la question de façon claire et abordable, n’omettant aucun sujet: un bel outil pour les passionnés, mais aussi les enseignants. L’occasion aussi pour nombre de lecteurs de revivre des événements vécu au 20e siècle, mais avec le bénéfice de l’éclairage d’un historien. L’occasion aussi de se réjouir une nouvelle fois que ce soient les Américains qui soient sortis victorieux de la Guerre Froide, et non leurs adversaires, et également d’être satisfait que la grande démocratie d’outre-Atlantique, en dépit de tous ses défauts, reste la puissance majeure dans les années 1990, alors que la domination absolue d’un Etat tel que la Russie (soviétique ou non) ou la Chine, liberticides à souhait, n’est pas souhaitable.

 

Il y a 77 ans El Alamein: 3 novembre 1942

3 novembre 1942: Tell-el-Aqqaqir

                         

Les combats pour Tell el Aqqaqir et la piste de Rahman sonnent le glas des Panzer de l’Afrika-Korps

L’arrivée de la nuit n’apporte aucun répit aux combats. La 7th Motor Brigade affronte à son tour l’écran antichar enterré sur la piste de Rahman mais elle est repoussée. Au nord, les Australiens poursuivent leur poussée. La journée du 3 novembre est le cadre de nouveaux assauts délivrés par les chars des 8th et 2th Armoured Brigades sans toutefois parvenir à briser l’énergique résistance des soldats allemands de l’Afrika-Korps. A droite, la 2nd Rifle Brigade dépasse la piste de Rahman pour être décimée par la défense italienne de la Trieste : les Bren-Carriers sont touchés par les antichars et l’infanterie est balayée par les rafales de mitrailleuses des blindés. Au centre, la 7th Rifle Brigade subit un sort bien pire encore. La pression continuelle exercée par la 8th Army est cependant sur le point de porter ses fruits car les troupes de Rommel ont atteint le point de rupture et ont arrivées à la limite de leurs forces. Le « Renard du Désert » réalise qu’il ne lui est plus possible de tenir la ligne de front à El Alamein compte tenu de l’état de ses forces. Il ne peut plus contre-attaquer mais peut profiter de l’épuisement britannique pour se retirer avant l’écrasement complet de ses troupes. Il prend donc la décision de replier les 20èmeet 21ème Corps italiens derrière l’écran protecteur de l’Afrika-Korps. Les unités du saillant nord, près de la route côtière, sont également repliées. L’ordre de repli se déroule complètement à l’insu des Britanniques au sud et au centre. Rommel écrit : « Déjà, les jours précédents, nous avions commencé à évacuer vers l’ouest les installations de l’arrière […] La 90.Leichte, l’Afrika-Korps et le 20ème Corps italien devaient se replier lentement pour permettre l’évacuation, à pied ou par camions, des divisions d’infanterie. Du fait que, jusqu’ici, les Britanniques nous suivaient en hésitant et qu’une prudence extrême –parfois incompréhensible- semblait être un des principes de leurs opérations, j’espérais au moins sauver une partie de l’infanterie. Après dix jours de lutte, la puissance de l’armée était tellement affaiblie qu’elle e trouvait dans l’impossibilité de repousser la prochaine tentative de percée de l’adversaire. Par suite de la pénurie de moyens de transport, une évacuation régulière des unités non motorisées semblait irréalisable. De plus, nous pouvions difficilement espérer que la totalité des unités rapides, durement engagées dans la bataille, fussent capables de se dégager. Dans une telle situation, nous devions nous attendre à la destruction progressive de l’armée et c’est dans ce sens que, ce même jour, j’avais alerté le quartier général du Führer ».

Les troupes motorisées seront-elles les seules à pouvoir s’extraire du front d’El Alamein et échapper à la 8th Army?

Rommel pense que la partie est perdue en Afrique et mise sur un rapatriement en Europe de ses divisions expérimentées. Le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord française cinq jours plus tard ne fera que le conforter dans son opinion. En fin de journée, les Allemands parviennent une nouvelle fois à repousser in extremis une attaque britannique lancée contre la piste de Rahman. Pourtant, la réponse de Hitler à Rommel tombe comme un couperet. Le message du Führer est le suivant : « Au maréchal Rommel,

C’est avec une pleine confiance dans votre talent de chef et dans la vaillance des troupes germano-italiennes que vous commandez, que le peuple allemand et moi suivons le déroulement de l’héroïque bataille défensive en Egypte. Dans la situation où vous vous trouvez, votre seule pensée doit être de tenir, de ne pas reculer d’un mètre et de jeter dans la bataille toutes vos armes et tous vos combattants. D’importants renforts d’aviation sont envoyés au commandant en chef Sud. De même le Duce et le Commando Supremo ne négligeront aucun effort pour vous procurer les moyens de continuer la lutte. Malgré sa supériorité, l’ennemi doit se trouver lui aussi à la limite de ses forces. Ce ne serait pas la première fois, dans l’Histoire, qu’une volonté plus forte triompherait d’un ennemi supérieur en nombre. Vous ne pouvez montrer d’autre voie à vos troupes que celle qui mène à la victoire ou à la mort.

Adolf Hitler. »

La mort dans l’âme, Rommel, en soldat obéissant, suit les ordres de son Führer et prend les dispositions pour arrêter la retraite. Les troupes allemandes sont, de l’aveu même de Rommel, prêtes à lutter jusqu’au bout, conformément aux ordres reçus. Le « Renard du Désert » est pourtant choqué par Hitler, dont l’ordre lui fait l’effet d’un désaveu, pensant que lui seul avait en main la destinée de l’armée qui lui avait été confiée.

 

Il y a 77 ans à El Alamein: 2 novembre 1942

2 novembre :  l’opération « Supercharge »

 

La dernière offensive des Australiens a donc trompé Rommel sur les intentions de Monty. Le « Renard du désert » est persuadé que la 8th Army va tenter sa principale percée le long de la route côtière. Montgomery a au contraire le projet de frapper plus au sud, dans le secteur de « Woodcock » et de « Snipe ». Le secteur est en effet défendu par des troupes italiennes. Monty convoque ses principaux subordonnés pour leur expliquer avec détails la manœuvre attendue. La discussion est très précise et de nombreuses modifications sont adoptées. La manière de commander de Montgomery et les qualités de de Guingand au poste de chef d’état-major sont brillamment illustrées par cette conférence. Lors de la première bataille d’El Alamein, personne, à part Auchinleck et Dorman-Smith, n’était en mesure de saisir la totalité des buts et objectifs d’une opération. La 8th Army se prépare à cette poussée finale, qui doit réaliser enfin une percée et aboutir à la victoire dès le 27 octobre. Le 30th Corps reçoit en effet l’ordre de retirer du front la 2nd New-Zealand Division, y compris la 9th Armoured Brigade, et rejoindre la 10th Armoured Division, déjà mise en réserve. La 7th Armoured Division reçoit également pour consigne de se préparer à rejoindre cette réserve qui se constitue dans le secteur nord du front.

Le plan de l’opération « Supercharge » offre quelques similitudes avec celui de « Lightfoot ».Sous le couvert des formations aériennes et avec le soutien d’une nouvelle préparation d’artillerie, les unités d’infanterie partiront les premières à l’attaque pour ouvrir le chemin aux blindés. L’objectif est distant de quatre kilomètres. Une différence de taille avec l’assaut du 23 octobre réside dans le fait essentiel que les champs de mines sont peu profonds, moins denses et non continus. L’attaque initiale de l’infanterie sera le fait de la 2nd New-Zealand Division,renforcée par l’appoint de la 151st Brigade de la 50th Division et de la 152nd Brigade de la 51thDivision, toutes deux soutenues par un bataillon blindé de 38 Valentines, soit un appuis de 76 chars. Précédée d’un tir de barrage roulant de l’artillerie, la 9th Armoured Brigade suivra de près l’avance des formations d’infanterie et devra exploiter immédiatement sans perdre le moindre temps. La percée de cette brigade blindée, commandée par le brigadier Briggs, devra se poursuivre deux kilomètres au-delà de l’objectif assigné à l’infanterie, jusqu’à la piste de Rahman. Il s’agit d’une véritable mission de sacrifice pour laquelle Monty dit à Briggs qu’il est prêt à assumer 100% de pertes ! Toutefois, les équipages de chars de l’unité ne sont pas mis au courant de leur mission de sacrifice afin de ne pas les démoraliser. L’initiative et l’allant de l’attaque ne doivent en aucun cas être perdu, de sorte que la 1st Armoured Division interviendra aussitôt, prête à repousser l’Afrika Korps. Des attaques simultanées seront également lancées sur d’autres secteurs du front, les unités guettant la moindre opportunité d’exploiter une éventuelle brèche. Ayant atteint la piste de Rahman, la 8th Army pourra envelopper les unités allemandes et les acculer à la mer avant de les détruire.

En fin de journée du 1er novembre, la Royal Navy se livre à un simulacre de débarquement pour abuser l’ennemi. La Desert Air Force et l’USAAF commencent pour leur part une suite ininterrompue de 7 heures de bombardement et de matraquage systématique des positions germano-italiennes. 184 tonnes de bombes tombent sur les forces de l’Axe, coupant toutes les communications téléphoniques du QG de l’Afrika Korps. L’opération « Supercharge » est lancée à 1h05 dans la nuit du 2 novembre. Un terrible barrage d’artillerie jette un ouragan de feu devant la 2nd New-Zealand Division qui part une nouvelle fois à l’attaque. 150 000 obus s’abattent sur les positions germano-italiennes en un déluge ininterrompu de feu et d’acier de 4 heures 30. Les 151st et 152nd Brigades et leurs chars Valentines de soutien se ruent courageusement sur les lignes adverses, pendant que la couverture des flancs est assurée au nord par la 133rd Lorried Brigade et au sud par le 28th Maori Battalion. L’attaque débute de façon fort satisfaisante puisque la 2nd New-Zealand Division parvient à conquérir ses objectifs après avoir enfoncé les lignes ennemies sur 4 kilomètres de profondeur sans avoir subi de pertes excessives. Les Allemands de la 90.Leichte Division et les Italiens de la Trieste ont pourtant luttés avec détermination, souvent jusqu’à la mort. Profitant sans tarder de la percée effectuée, deux régiments d’automitrailleuses tentent de s’engouffrer dans la brèche. La ruée des véhicules du 1st Royal Dragoons s’avère particulièrement réussie puisque l’unité va causer de sérieux dégâts sur les échelons arrières de la Panzerarmee Afrika.

            Comme prévu, suivant de près l’infanterie, la 9th Armoured Brigade se porte à son tour à l’attaque à 6h15. En raison de nombreux problèmes mécaniques, seuls 94 chars sur 133 parviennent sur la ligne de départ. Précédés d’un barrage d’artillerie, les chars de Briggs chargent courageusement les défenses antichars germano-italiennes en position sur la piste de Rahman. Bien que Rommel s’attend à une offensive sur la côte, il n’a pas pour autant négligé les défenses plus au sud, en particulier dans le secteur de Tell el Aqaqir où de nombreuses pièces antichars sont enterrées le long de la piste de Rahman avec au moins 24 pièces de 88 mm dans des positions défensives plus en arrière. Le ciel commence à s’éclaircir à l’est, de sorte que les silhouettes des chars se découpent sur l’horizon. Le feu nourri des canons antichars parvient presque à stopper la brigade blindée mais celle-ci parvient à atteindre son objectif, au prix exorbitant de 70 chars détruits sur 94 ! Sur 400 hommes d’équipages, plus de 200 sont perdus. Les antichars germano-italiens ont retenu leur tir jusqu’au dernier moment, puis le combat se transforme en une multitude de duels. Les pertes de l’infanterie d’accompagnement sont également sensibles car le nombre de camions détruits est terrifiant. La voie est donc ouverte pour les autres unités blindées. A ce moment précis, la 1st Armoured Division est introduite dans la bataille mais sa 2nd Armoured Brigade se heurte aux Panzer et aux antichars de l’Afrika Korps au nord de Tell el Aqaqir. Rommel a décidé de contre-attaquer et ses Panzer manoeuvrent sous le couvert des 88 mm. Ce n’est pas du tout ce que voulait Monty. Les pertes sont lourdes dans les deux camps. Un autre secteur de Tell el Aqaqir est alors attaqué à son tour, cette fois-ci par la 8th Armoured Brigade. Les blindés britanniques sont une nouvelle fois stoppés dans leur élan mais ils parviennent à infliger des pertes substantielles à Rommel. Ce dernier lance tout ce qu’il possède dans la bataille mais ses concentrations sont soumises à 7 raids de 18 bombardiers. La bataille autour de Tell el Aqaqir et sur la piste de Rahman, appelée piste du Télégraphe par les Allemands, atteint donc une intensité inégalée. Sur les autres parties du front, les lignes germano-italiennes, durement pressées depuis 10 jours de combat, commencent à donner des signes de craquement. En fin de journée, Rommel fait le point. Il ne lui reste que 35 Panzer en état et à peine plus de chars italiens. Le ravitaillement est en outre plus déficient que jamais, d’autant que les mouvements des unités brûlent un carburant précieux. Du côté britannique, les pertes sont très lourdes, dépassant les 150 chars. Mais plus de 300 chars sont encore opérationnels au sein des quatre brigades blindées britanniques. Montgomery peut donc attaquer à presque 10 contre un, sans compter 300 autres blindés pouvant intervenir à plus ou moins brève échéance en cas de nécessité. La seule division blindée encore intacte dont dispose Rommel, l’Ariete, n’est pas encore sur place avec sa centaine de chars. La ligne germano-italienne n’a cependant pas cédée et aucune percée n’a été réalisée l’opération « Supercharge » est donc un échec à cet égard.