Recension « Goodwood » de Ian Daglish

Ian Daglish, Goodwood, Pen & Sword, 2005

Encore la Normandie ? J’ai rencontré l’auteur, décédé depuis, il y a quelques années au salon du livre de Tilly-sur-Seulles, qui se tient régulièrement à l’occasion des festivités célébrant l’anniversaire du Débarquement. Un bel ouvrage qui traite d’une bataille bien connue : l’opération Goodwood. Certes, mais point de redondance. L’auteur écrit bien, s’appuie sur les archives et une connaissance précise du terrain. Un récit d’autant plus facile à suivre pour moi que j’ai grandi sur ce champ de bataille de Goodwood… L’utilisation des photographies aériennes, reproduites dans l’ouvrage, est pertinente. On apprécie aussi beaucoup les témoignages, les réflexions sur le matériel et les conditions de combat, ainsi que la clarté générale du propos. L’auteur ne manque pas non plus de s’élever au-dessus du simple combattant pour présenter les aspects stratégiques des enjeux. Bref, on est loin des textes mornes qui ne font que reprendre les journaux de guerre, sans l’aspect vivant conféré par les témoignages ou par une réflexion qui dépasse le simple recopiage de données brutes. Hautement recommandé. Daglish a récidivé puisque vous pouvez également lire sous sa plume Epsom et Bluecoat : la bataille de Normandie comme si vous étiez, sans dérives pro-SS et autres absurdités des nostalgiques du Feldgrau.

Pour changer de Sir Bernard Montgomery (5)

 

Adrian Stewart, The campaigns of Alexander of Tunis 1940-45, Pen & Sword, 2008

Harold Alexander est sans doute l’un des grands généraux britanniques les plus injustement méconnus de la guerre. L’homme a pourtant assumé une série impressionnante de commandements d’importance au cours du conflit. Simple divisionnaire, les circonstances font qu’il prend en charge le commandement et l’évacuation des forces britanniques à Dunkerque. Son premier commandement outremer est ensuite celui d’une situation désespérée : l’armée de Birmanie alors en proie à l’invasion japonaise. Ayant fait ses preuves, il est, cette même année 1942, nommé commandant en chef au Moyen-Orient. Las, la gloire va à son subordonné Montgomery, qui doit pourtant beaucoup à son supérieur. Alexander cumule ensuite les fonctions de haut-commandement : chef des forces terrestres alliées en Tunisie, en Sicile puis dans la botte italienne, avant d’accéder au commandement suprême en Méditerranée. Sa modestie, sa contenance, son flegme et sa façon d’être dignes d’un gentleman, masquent une résolution certaine. Une manière de donner les ordres à la Robert E. Lee et un manque apparent de fermeté dissimulent son professionnalisme, d’autant que le peu de cas qu’il fait de la recherche de la publicité le laisse dans l’ombre d’une diva égocentrique telle que Montgomery. Adrian Stewart permet ainsi de « remettre les pendules à l’heure », même si le propos est par trop critique à l’endroit des généraux Slim, Auchinleck et Patton, mais aussi l’amiral Cunningham, et accorde la part trop belle à Montgomery (un travers habituel de Stewart) et fait fi de certaines réalités, manquant ainsi parfois d’objectivité, mais cela est loin d’être systématique, particulièrement lorsqu’il est question de Dunkerque où l’auteur ne sombre pas dans une francophobie si fréquente dans les récits que les écrivains anglo-saxons consacrent à la campagne de 1940. L’ouvrage est cependant de lecture plaisante, bien mené et permet de découvrir un officier hors-norme, ainsi que des campagnes trop méconnues en France : Birmanie, El Alamein, Tunisie, Sicile, Italie.